mercredi 31 juillet 2013

Essential Opera

Queen "A Night at the Opera" (1975)
ou "Le grand classique"


Universellement reconnu comme le Magnum Opus de la Reine, A Night at the Opera n'avait pas eu la pire édition cd. Le remaster - puissant et clair - est tout de même le bienvenue et nous permet de replonger dans ce dantesque album avec un plaisir accru.

Bon, j'enfonce un peu une porte ouverte mais, quel album tout de même ! Pas qu'il soit exempt de tout défaut mais tellement mineurs qu'on les chassera d'un revers de main. Pour ses Grandes Chansons, qu'elle soient dans un registre léger (Lazing on a Sunday Afternoon, You're My Best Friend, '39, Love of My Life, Good company) ou plus rock'n'roll (Death on Two Legs, I'm in Love with My Car) ou presque progressif (The Prophet's Song et, évidemment, Bohemian Rhapsody); pour son étincelante production aussi, A Night at the Opera est une œuvre que tout amateur de rock se doit de posséder.

C'est aussi, historiquement, l'album qui a relancé le quatuor Queen qui songeait à se séparer cet album n'eût-il pas été le succès qu'il escomptait. Leurs espérances - comme vous le savez certainement - auront été largement dépassées et ce n'est que justice.

Le cd de bonus de la présente édition deluxe apporte relativement peu au package, tout juste retiendra-t-on un outtake de 1975 de Keep Yourself Alive de belle qualité et le '39 de May enregistré live à l'Earl's Court en 1977). C'est peu mais l'essentiel est sur le CD1 à savoir un grandissime album dans une version enfin digne de sa splendeur.

CD 1
album

1. Death on Two Legs (Dedicated to…) 3:43
2. Lazing on a Sunday Afternoon 1:08
3. I'm in Love with My Car 3:05
4. You're My Best Friend 2:50
5. '39 3:25
6. Sweet Lady 4:01
7. Seaside Rendezvous 2:13
8. The Prophet's Song 8:17
9. Love of My Life 3:38
10. Good Company 3:26
11. Bohemian Rhapsody 5:55
12. God Save the Queen 1:11

CD 2
bonus

1. Keep Yourself Alive (Long-Lost Retake, June 1975) 4:04
2. Bohemian Rhapsody (Operatic Section A-cappella Mix) 1:03
3. You're My Best Friend (Backing Track Mix) 2:57
4. I'm in Love with My Car (Guitar & Vocal Mix) 3:18
5. '39 (Live at Earl's Court, June 1977) 3:46
6. Love of My Life (South American Live Single, June 1979) 3:43


Freddie Mercury – lead and backing vocals, piano, jangle piano, woodwind vocalisations on "Seaside Rendezvous"
Brian May – guitars, ukelele, backing vocals, lead vocals on "'39" and "Good Company", toy koto on "The Prophet's Song", harp on "Love of My Life"
Roger Taylor – drums, percussion, lead vocals on "I'm in Love with My Car", brass vocalisations on "Seaside Rendezvous", backing vocals
John Deacon – bass guitar, double-bass, electric piano on "You're My Best Friend", acoustic guitars

mardi 30 juillet 2013

Beep beep !

Roadrunners "Instant Trouble" (1996)
ou "La classe, tout simplement !"


Ha ! Les Roadrunners ! Rien de bien compliqué en fait, du rock'n'roll brut de décoffrage, d'inspiration 60s sans être vieillot. Mais, surtout, les Roadrunners, c'est la classe... Un groupe français qui s'exprime en anglais sans crainte et sans reproche, qui déroule des riffs simples, des mélodies entêtantes avec une spontanéité, une facilité pas si souvent rencontrée.

En France, il n'y a guère que les Dogs (autre formation ô combien méritante et sous-estimée) pour tenir la comparaison et ça ne doit pas être tout à fait par hasard si les deux « packs » proviennent de Normandie (Rouen pour les Dogs, Le Havre pour les Roadrunners), région où, dans les 70s/80s, la jeunesse doit s'ennuyer encore un peu plus qu'ailleurs mais où débarquent facilement les imports étasunio-britanniques (merci Closer, excellent disquaire qui deviendra label) en un temps ou le Global Village n'est qu'un lointain fantasme d'auteur de science-fiction...

Concrètement, Instant Trouble, avant-dernière livraison du groupe pour Boucherie productions avant de plier les gaulles au milieu des 90s, 4ème album studio d'une formation sûre de son fait menée par un charismatique et talentueux frontman, Frandol (chant et guitare), ne nous propose rien de plus que ce que à quoi les Roadrunners nous ont habitués. Il y a du Kinks, du Troggs, du Dr.Feelgood, du Faces dans cette musique, influences audibles mais pas envahissantes, fondations d'un quintet qui recrache tout ça avec talent et conviction.

Instant Trouble, donc, est une parfaite petite machine qui, durant 11 chansons et 33 trop courtes minutes, nous divertit autant que les plus beaux « modèles » des précités. Carrément. Et il y a même une excellente reprise du Hey Bulldog des Beatles (le meilleure que j'ai entendu du titre). Et comme la production simple et efficace de Jeff Eyrich (déjà responsable de la mise en son des Plimsouls, Gun Club et autres Died Pretty... c'est dire s'il sait y faire) colle comme un gant, il n'y a plus qu'à profiter du grand talent de Roadrunners toujours pas remplacés dans un paysage musical français pas si foisonnant qu'on le croit...

Hélas, la mort de Boucherie Productions et l'indisponibilité chronique de la plupart des titres leur catalogue rendra difficile la quête de cet album (et des autres Roadrunners aussi). Outre une fouille chez les disquaires d'occasion, dans les brocantes et les vide-greniers, les chances de le trouver sont minces (d'autant qu'il n'est pas disponible non plus sur les plateformes de téléchargement). Mais le jeu en vaut la chandelle !


1. I'm Watchin' You 3:44
2. Saturation Point 2:07
3. Contortions 3:57
4. Bags Under Our Eyes 3:08
5. Hey Bulldog 2:33
6. Eye of the Cyclone 2:08
7. Beat Around the Bush 2:31
8. Count Me Out 2:21
9. Don't Wake Me Up 2:41
10. Lucky Find 2:36
11. Don't Look Down 5:13


Frandol: chant, guitare
Thomas: claviers, chœurs
Thierry: basse, chœurs
Vincent: batterie, chœurs
Nito: guitare, chœurs

 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON  

lundi 29 juillet 2013

The ultimate Country Lady

Bobbie Gentry "Ode to Billie Joe/Touch 'Em with Love" (1967/69)
ou "Ode to a classy lady"


Si on pourra questionner la raison qui fit rapprocher ces deux albums distants de 2 années et séparés par 3 autres long-jeux au label australien Raven, il faut se réjouir d'enfin en trouver une édition cd digne de ce nom.

Le premier des deux albums, Ode to Billie Joe, est évidemment connu pour sa chanson titre (le titre le plus connu de Bobbie) dont les nombreuses reprises (de Joe Dassin à Sinead O'Connor) assurent encore aujourd'hui une renommée - souvent indirecte - à une artiste ayant tiré sa révérence après une courte carrière (même pas 5 ans et tout de même 6 album dont un en duo avec Glen Campbell). En l'occurrence, la musique de Bobbie, navigant librement entre country, folk, rock, blues, jazz, soul, et middle of the road typique des late 60s, est quasiment sans équivalent à son époque. Déjà parce que Mlle Gentry, dont la musique semble vouloir accrocher les charts, est compositrice et auteure en plus d'être interprète, ensuite parce que, même quand la plus grande facilité mélodique se fait jour, une exigence artistique de tous les instants et des arrangements au cordeau emportent aisément le morceau.

Et puis il y a la voix de Bobbie, ce voile qui lui rajoute tant et sa capacité à coller à chaque registre avec un égal bonheur. Et ça vaut aussi pour la seconde partie de ce double set, Touch `Em With Love (encore un petit cran au dessus de son illustre voisin, album d'une rare variété et d'une excellente tenue de bout en bout... Peut-être le meilleur de Bobbie Gentry, ce qui n'est pas peu dire ! Et comme si ça ne suffisait pas (alors que si, on s'en serait contenté), Raven a ajouté 7 ( !) titres bonus dont une seule facilement trouvable ailleurs (sur l'album avec Glen Campbell déjà évoqué)... Royal !

Si certaines compilations donnent une bonne idée de l'étendue de la palette d'une artiste aujourd'hui trop peu rarement citée quand on en vient à évoquer les grandes dames du passé, cette rencontre de deux de ses plus beaux albums les remplacera avantageusement permettant, qui plus est, par son petit livret biographique, de plonger encore plus avant dans l'histoire peu banale d'une artiste qui ne l'était pas moins.

Manquent toutefois les paroles pour que cette édition soit parfaite, étant entendu que, musicalement, elle l'est déjà.


Ode to Billie Joe
1. Mississippi Delta 3:06
2. I Saw an Angel Die 2:58
3. Chickasaw County Child 2:47
4. Sunday Best 2:45
5. Niki Hoeky 2:47
6. Papa, Won't You Let Me Go to Town with You 2:34
7. Bugs 2:09
8. Hurry, Tuesday Child 3:55
9. Lazy Willie 2:42
10. Ode to Billie Joe 4:15
Touch 'Em With Love
11. Touch 'Em with Love 2:03
12. Greyhound Goin' Somewhere 2:23
13. Natural to Be Gone 2:21
14. Seasons Come, Seasons Go 2:50
15. Glory Hallelujah, How They'll Sing 2:35
16. I Wouldn't Be Surprised 3:24
17. Son of a Preacher Man 2:06
18. Where's the Playground, Johnny 2:32
19. I'll Never Fall in Love Again 2:52
20. You've Made Me So Very Happy 3:19
Bonus
21. Scarlet Ribbons 2:39
22. The Girl from Cincinnati 3:32
23. You and Me Together 4:00
24. Let It Be Me (With Glenn Campbell) 2:07
25. All I Have to Do Is Dream (With Glenn Campbell) 2:34
26. Walk Right Back (With Glenn Campbell) 2:19
27. En Todas Partes (Here, There and Everywhere) 2:18
 
 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON  

dimanche 28 juillet 2013

Saxon, the "shame" years


S'il y a une période que même les fans de Saxon ont du mal à accepter, c'est bien celle où Biff Byford et ses acolytes se prirent au jeu de l'américanisation de leur musique, de l'émasculation de leur musique diront certains. Pourtant tout n'est pas noir dans ces "années de la honte"... Revue d'effectif.


"Innocence Is No Excuse" (1985)
ou "Tu parles d'une excuse !!!"


Le succès de Crusader est peut-être un peu monté au bourrichon de Biff & Co, sans doute les gars se sont-ils vus déjà arrivés, prêt à suivre les trace d'un Def Leppard qui triomphait outre-Atlantique... Oui mais Saxon n'est pas Def Leppard, Saxon est avant tout un groupe de (heavy) rockers pour mecs et nanas en cuir, un machin qui s'écoute en sirotant un breuvage houblonné et en lançant de grasses vannes, pas de la musique pour adolescentes extatiques énamourées, et puis Biff & Co ne sont pas assez beaux pour ça. Il y a sans doute aussi, dans le coup, quelque exécutif de leur label d'alors, EMI, qui, voyant le front du heavy pur et dur déjà couvert par Iron Maiden, avec le succès qu'on connait, décida d'orienter nos preux guerriers dans des eaux qui ne leurs étaient ni familières ni particulièrement hospitalières : on ne coince pas un grand blanc dans un aquarium de salon, fut-il doré.

Parce que, fondamentalement, c'est au béton, à une grisaille bruineuse, à la graisse mécanique, à la sueur et au sang qu'on identifie Saxon, pas à leurs beaux teint hâlés au soleil de Californie, à leurs luxuriantes chevelures ou à leur gueules d'anges ni à leurs chansons charto-compatibles, et, niveau répertoire, c'est évidemment la même chose. Même ici en fait ! Si la production et la direction artistique ont émoussé les lames de ces valeureux guerriers du riff, ceux-ci n'ont pas même pris la peine d'y adapter leur écriture. Saxon reste donc Saxon mais un Saxon plus gentil, presque domestiqué par le clinquant de la mise en son, mais heureusement pas tout à fait émasculé par ses prétentions commerciales inaccessibles au groupe. De, fait, il y a du bon sur cet Inexcusable Innocence (titre pour le coup bien choisi tant on a l'impression qu'il y vont "la fleur au fusil). Et ce n'est pas le coup de ripolin outre-atlanticard qui y changera quoique ce soit comme le démontrent les trois titres de l'album repris en version live re-masculinisée sur ce remaster (Back on the Streets, Devil Rides Out et Gonna Shout), du pur Saxon, du bon.

Mis en perspective du reste de la carrière du quintet, Innocence Is No Excuse est une solide production dépassant même, quand à la qualité de son écriture, le Crusader qui le précède, où, il faut bien le dire, l'exceptionnelle chanson-titre ressemblait fort au majestueux chêne cachant la maigre forêt. On le considèrerait même comme l'égal d'un Power & the Glory s'il était juste un poil plus burné. Ca ne fait qu'amplifier une impression de potentiel non totalement réalisé qui ne gâche toutefois pas le plaisir de l'écoute... De justesse.


1. Rockin' Again 5:12
2. Call of the Wild 4:03
3. Back on the Streets 3:59
4. Devil Rides Out 4:23
5. Rock 'n' Roll Gypsy 4:13
6. Broken Heroes 5:27
7. Gonna Shout 3:58
8. Everybody Up 3:28
9. Raise Some Hell 3:40
10. Give It Everything You've Got 3:27
Bonus
11. Back on the Streets (12" Club Mix) 5:10
12. Live Fast Die Young (b-side "Back on the Streets") 3:48
13. Krakatoa (b-side "Rock 'n' Roll Gypsy") 3:46
14. The Medley (live, b-side "Rock 'n' Roll Gypsy") 9:05
15. Gonna Shout (live) 4:14
16. Devil Rides Out (live) 4:59
17. Back on the Streets (BBC in Concert, Hammersmith 1985) 4:38


Biff Byford - vocals
Graham Oliver - guitar
Paul Quinn - guitar
Steve Dawson - bass
Nigel Glockler - drums



"Rock the Nations" (1986)
ou "Ca rocke ou ça rocke pas ?!"


A peine échaudés par la critique que reçut leur précédent opus dans la presse spécialisée, sans doute revigorés par leur meilleur classement dans les charts US sur le pourtant mou du genou Innocence Is No Excuse (pas un mauvais album au demeurant mais manquant trop de testostérone pour "saxonner" comme il se doit), Saxon ne corrige pas le tir sur Rock the Nations, second volet de la "trilogie américaine" (ou au moins américanisée) qui se conclura en 1988 avec Destiny. En plus, pensez !, ils ont Sir Elton John en guest pianiste sur deux des neuf titres de l'album, de quoi vous surbooster quand on sait que "Moumoute-Man" triomphait alors mondialement.

Oui mais voilà, là où la qualité des compositions sauvait son prédécesseur, Rock the Nations faillit aussi. Et c'est sans doute grandement dû à une collection de chanson n'arrivant pas à produire un "tout" cohérent. Ainsi passe-t-on d'un hymne heavy metal guerrier convaincant (Battle Cry) à une tentative semi-ratée de single (Waiting for the Night et son refrain péri-Bon-Jovien) à un rocker simple et direct mais finalement trop simpliste (We Came Here to Rock... ben voyons !) à un mid-tempo groovy sans grand intérêt (You Ain't No Angel), etc. Il faut dire aussi que la production policée, standardisée ne rend pas même justice même aux deux pièces de bravoure introductives (le précité Battle Cry et le très réussi Rock the Nations). Pas étonnant, à partir de là, que l'auditeur se sente parfois saisi d'une certaine lourdeur dans les paupières. Et ce ne sont pas les deux interventions du Sir Perruqué (un bon rocker rapide et une power ballade crapoteuse) qui sortirons ce claudiquant ensemble de ses écueils récurrents.

Sans doute Saxon voulu-t-il trop vite capitaliser sur les maigres accomplissements commerciaux d'Innocence Is No Excuse aux Etats Unis et se rendit-il en studio trop peu armé de bonnes chansons pour parvenir à sa tâche, sans doute aussi fut-il mal guidé par un management et une maison de disque espérant décrocher quelque illusoire cocotier avec de vieux briscards ayant plus à voir avec Motörhead que Def Leppard (pour rester dans les angliches). Le fait est là, à 2/3 chansons près, Rock the Nations est un ratage. Ce que confirme des bonus live n'offrant qu'une maigre place (sur 5!) au répertoire issu d'icelui, de bons bonus valorisant, pour le coup, un remaster pas exactement essentiel mais néanmoins sauvable.


1. Rock the Nations 4:40
2. Battle Cry 5:26
3. Waiting for the Night 4:51
4. We Came Here to Rock 4:18
5. You Ain't No Angel 5:28
6. Running Hot 3:35
7. Party 'til You Puke 3:25
8. Empty Promises 4:09
9. Northern Lady 4:42
Bonus
10. Chase the Fade (b-side "Waiting for the Night") 2:32
11. Waiting for the Night (7" single edit) 4:12
12. Northern Lady (7" single edit) 3:57
13. Everybody Up (live, b-side "Northern Lady") 3:37
14. Dallas 1PM (live, b-side "Northern Lady") 6:34
15. Power and the Glory (live) 6:52
16. Rock the Nations (live) 4:49
17. Waiting for the Night (live) 4:34


Biff Byford - vocals, bass
Graham Oliver - guitar
Paul Quinn - guitar
Nigel Glockler - drums
&
Elton John - piano (7, 9)


"Destiny" (1988)
ou "Destinés à disparaître ?"
 
Cerise rance sur le gâteau pourri pour certains, preuve d'une constance et d'une consistance dans les objectifs de la carrière du groupe pour d'autres, Destiny, avec son monolithe quasi-funéraire de pochette, est la pierre tombale de la période américano-Hair Metal de Saxon, les clous du cercueil de leurs ambitions commerciales, de leurs rêves de gloire planétaire aussi.

Mais, au moment de l'enregistrement, ils y croient encore (sinon ils auraient fait autre chose, me direz-vous), et il n'y a qu'à les voir attifés et coiffés-pétard pour se convaincre que ce n'est pas forcément la meilleure idée qu'ils aient eu. Fautes de goût visuelles mises à part (qu'importe le flacon..), c'est à un Saxon encore plus radicalement américanisé, détaché de ses bases heavy metal comme jamais auquel nous avons affaire. Et pourquoi pas après tout ? Pourquoi pas ne pas y aller plein pot, joindre volontairement la masse des (hard) rockers FM alors en pleine bourre ? Parce que Saxon ne sait pas faire et que ça s'entend ! Qui plus est, ils ne sont visiblement pas très inspiré par leur sujet à tel point que le morceau le plus convaincant ici est une reprise (Ride Like the Wind de Christopher Cross), et qui ouvre d'ailleurs l'album, mauvais augure.

Le reste de la tracklist alterne l'acceptable (baisquement l'emballage final de For Whom the Bell Tolls à Red Alert) et l'embarrassant (le reste, sauf le reprise inaugurale, donc) avec, qui plus est, une mise en son et des arrangements typiques de l'époque, l'omniprésence de claviers clinquants en est l'artifice le plus audible, et du style visé (Pop Metal ?) qui ne sied définitivement pas au teint blafard de nos britanniques. Ceci dit, à tout prendre, ce full-on FM Hard Rock a plus de cohérence que le puzzle démonté de Rock the Nations... Sans cependant en avoir les grand moments.

L'échec de l'album, un changement de crèmerie (le groupe passant d'EMI à Virgin), mettrons fin aux prétentions commerciales du groupe qui reviendra bientôt, sur le bien nommé Solid Ball of Rock, à une inclinaison stylistique plus proche de celles de leurs origines, plus compatibles avec leurs capacités, aussi. Il faudra cependant encore attendre quelques années et quelques albums pour retrouver la fière formation auteure d'un heavy metal simple, direct et convaincant (en 1997 avec Unleash the Beast). Entre temps, Saxon aura perdu une partie de son aura et la majorité d'une audience si durement acquise avec, comme seul bénéfice, de désormais savoir ne plus dévier du chemin lui étant destiné. Un mal pour un bien, en somme.

1. Ride Like the Wind 4:28
2. Where the Lightning Strikes 4:19
3. I Can't Wait Anymore 4:24
4. Calm Before the Storm 3:46
5. S.O.S. 6:02
6. Song for Emma 4:45
7. For Whom the Bell Tolls 3:54
8. We Are Strong 3:55
9. Jericho Siren 3:36
10. Red Alert 4:34
Bonus
11. I Can't Wait Anymore (12" mix) 4:51
12. Rock the Nations (Live - b'side "Ride Like the Wind") 4:42
13. Broken Heroes (Live - b'side "I Can't Wait Anymore") 6:06
14. Gonna Shout (Live - b'side "I Can't Wait Anymore") 4:40
15. Ride Like the Wind (Monitor mix) 4:26
16. For Whom the Bell Tolls (Monitor mix) 3:57


Biff Byford - vocals
Graham Oliver - guitar
Paul Quinn - guitar
Paul Johnson - bass
Nigel Durham - drums
&
Steven Lawes-Clifford - keyboards
Dave Taggart, George Lamb, Phil Caffrey, Steve Mann - backing vocals

samedi 27 juillet 2013

J.J. CALE (1938-2013)

J.J. CALE
(John Weldon Cale)
5 décembre 1938 - 26 juillet 2013
R.I.P.


Comme Bernadette Lafont, autre icone si dans un tout autre domaine que j'hommage ici furtivement (même si elle mérite évidemment mieux), J.J. Cale avait 74 ans quand son coeur lâcha.
 
Un si triste évènement ne pouvait décemment pas rester sans écho et donc, en toute logique, je vous livre ici le "baistophe" que j'avais confectionné pour le blog du même nom. Et le petit texte introductif en anglais proposé pour l'occasion, il y a déjà 4 ans et demi de ça :

"Notorious for his laid-back, rootsy style, J.J. Cale is best known for writing "After Midnight" and "Cocaine," songs that Eric Clapton later made into hits. But Cale's influence wasn't only through songwriting — his distinctly loping sense of rhythm and shuffling boogie became the blueprint for the adult-oriented roots rock of Clapton and Mark Knopfler, among others. Cale's refusal to vary the sound of his music over the course of his career caused some critics to label him as a one-trick pony, but he managed to build a dedicated cult following with his sporadically released recordings.
And so, here comes Baistophe's comprehensive introduction to the man's work. 27 tracks browsing 35 years of the loner of recording industry's career. We hope you'll enjoy it.
"

Bref... Encore un grand qui nous quitte, putain de vie !


- 1971
1. Call Me the Breeze 2:35
2. Crazy Mama 2:32
3. After Midnight 2:23
- 1972
4. Lies 2:56
5. Right Down Here 3:15
6. If You're Ever in Oklahoma 2:04
- 1974
7. Everlovin' Woman 2:10
8. Cajun Moon 2:12
- 1976
9. Hey Baby 3:11
10. Ride Me High 3:34
11. Cocaine 2:48
- 1979
12. Thirteen Days 2:49
13. Don't Cry Sister 2:13
- 1981
14. Carry On 2:20
- 1982
15. City Girls 2:50
16. Devil in Disguise 2:02
- 1983
17. Money Talks 4:19
18. Hard Times 3:55
- 1990
19. Change Your Mind 2:25
- 1992
20. Jailer 2:50
- 1994
21. Brown Dirt 3:26
- 1996
22. Tow Down 2:48
23. Guitar Man 4:01
- 2004
24. New Lover 3:12
25. These Blues 3:49
- 2006
26. When This War Is Over (with Eric Clapton) 3:49
27. Anyway the Wind Blows (with Eric Clapton) 3:56

Le reine vise au cœur

Queen "Sheer Heart Attack" (1974)
ou "Transition et qualité"


Queen III, le premier à avoir son propre titre, Sheer Heart Attack. Album transitoire s'il en fut, inégal mais passionnant de bout en bout.

Déjà Brighton Rock, furieux rappel des épisodes précédents, ouvre le bal avec un May simplement au sommet et un groupe au diapason. Ca défouraille sévère ! Killer Queen suit et c'est une autre affaire et, sans aucun doute, le morceau fondateur du versant pop du son que le groupe peaufinera dès son album suivant, grande classe et chanson imparable. Ensuite, Taylor fait du bon boulot sur Tenement Funster mais on se dit que Mercury eût fait bien mieux et, du coup, on reste un peu sur sa faim...

D'autant que la triplette qu'il aurait pu former (les trois morceaux s'enchainant) avec l'efficace art/hard rock Flick of the Wrist et sa conclusion aérienne (Lily of the Valley) eût pu être légendaire, dommage. Ce qui suit s'inscrit directement dans la légende, un autre futur grand classique (versant rock cette fois) habite la fin de cette face A, c'est du lourd, du Queen emblématique, celui-là même qui trônera longtemps en tête des charts avec son pomp rock parfois presque pop, parfois franchement hard. Oui, Now I'm Here est une grande chanson, de celles qui redéfinissent le son d'un groupe qui, présentement, réussit à être chatoyant tout en riffant dru, du bel ouvrage, vraiment... Que ne vient pas contredire le grandiloquent In the Lap of the Gods que les petits gars de Muse ont dû user jusqu'à la corde avant de commettre leurs hommages de Resistance. Las, ce qui fait merveille pour certains n'est qu'accessoire pour les maîtres et on passera donc vite sur cet aimable mais secondaire intermède pour plonger dans le furieux et presque punkoïde Stone Cold Crazy, un rocker court et d'une rare efficacité, parfait jusque dans les feulements félins d'un Mercury toutes griffes dehors.

On s'arrêterait bien là, tiens, en fanfare, mais nous n'en sommes qu'au second morceau de la face B et les gars nous ont réservé quelques douceurs dont ils ont le secret : une berceuse avec Dear Friend (jolie), un petit rock presque latino avec un Misfire un peu kitsch mais sympathique ou une faux-swinguerie rigolote avec Bring Back That Leroy Brown. Pas bien sérieux tout ça mais tellement bon ! Mais il est temps, Fin des intermèdes et arrivée du morceau de Brian, autre étape incontournable de tout album de Queen. En l'occurrence Brian fera mieux que ce She Makes Me (Stormtrooper in Stilletos), probablement le morceau le plus faible de tout l'album d'autant qu'il a tendance à s'éterniser (ou à en donner l'impression) malgré une durée de seulement 4 minutes. Heureusement, Freddie relève le niveau avec son In the Lap of the Gods... Revisited, sorte de power ballad typiquement Queenesque (théâtrale à souhait donc) où le piano et la voix de Mercury font la différence. Une conclusion au niveau d'un bel album (presque) sans temps mort.

Les bonus du présent deluxe sont quasi exclusivement live et pas que d'époque... On se dit qu'EMI n'avait probablement pas beaucoup de matériel pour nous proposer un enregistrement venant d'un live officiel, en l'occurrence le Wembley de 86. Et ce n'est pas un acappella mix de Leroy Brown (oui, bon, rigolo mais fondamentalement sans intérêt) qui relèvera le niveau. Heureusement qu'il y a les BBC sessions et - surtout ! - le remaster tip top de l'album qui font de l'objet un investissement valable, indéniablement.


CD 1
album
1. Brighton Rock 5:08
2. Killer Queen 3:01
3. Tenement Funster 2:48
4. Flick of the Wrist 3:19
5. Lily of the Valley 1:43
6. Now I'm Here 4:10
7. In the Lap of the Gods 3:20
8. Stone Cold Crazy 2:12
9. Dear Friends 1:07
10. Misfire 1:50
11. Bring Back That Leroy Brown 2:13
12. She Makes Me (Stormtrooper in Stilettos) 4:08
13. In the Lap of the Gods... Revisited 3:42

CD 2
bonus
1. Now I'm Here (Live at Hammersmith Odeon, December 1975) 4:25
2. Flick of the Wrist (BBC Session, October 1974) 3:24
3. Tenement Funster (BBC Session, October 1974) 2:58
4. Bring Back That Leroy Brown (A Cappella mix 2011) 2:17
5. In the Lap of the Gods... Revisited (Live at Wembley Stadium, July 1986) 2:35


Freddie Mercury - lead vocals, piano, jangle piano
Brian May - guitars, backing vocals, piano, banjolele, lead vocals on "She Makes Me"
Roger Taylor - drums, percussion, backing vocals, lead vocals on "Tenement Funster", screams on "In the Lap of the Gods"
John Deacon - bass guitars, acoustic guitar, rhythm guitar, almost all guitars on "Misfire", double bass on "Bring Back That Leroy Brown"

vendredi 26 juillet 2013

Une balle "dum dum"... En plein coeur !

Artaud/Felix J "Dum Dum" (2006)
ou "Jazz et polar"


Jazz et polar, polar et jazz, les univers « concomitent », c'est indéniable. Et l'approche cinématique qu'à Vincent Artaud de la musique, logiquement, l'amenait vers pareilles expérimentations.

Si la musique d'Artaud est essentielle et que la (belle) partition se suffit à elle-même, l'expérience de Dum Dum ne sera jamais aussi concluante qu'avec son livret où les mots de Félix J et les illustrations pop'art de Thierry Guitard accompagnent les sons dans une expérience multimédia qui rappellera aux « quarantetplusnaires » les livres-disques de leur enfance... Version adulte, évidemment.

Plus dépouillé musicalement que les trois excellents albums de Vincent Artaud en tant que leader (quoique... Music From Early Times...), plus rock aussi (c'est l'histoire qui veut ça), Dum Dum s'ouvre aussi à la voix humaine en un spoken-word monocorde tout à fait approprié puisque ne « mangeant » pas la musique, se contentant d'en suivre le rythme (c'est du Slam ? Ha bon...). Et ça marche impeccablement, quelque soit le nom qu'on y accole ! Il faut dire que, bien qu'enregistré à la maison (chez Artaud, donc), c'est à une mise en son d'un parfait professionnalisme et à un line-up aux « petits oignons », avec des pointures telles que Régis Ceccarelli (batterie) ou Lionel Belmondo (flute), auxquels nous avons affaire.

Et l'histoire ? Je vous laisse la découvrir par la voix de Félix J et les sons de Vincent Artaud qui vous souhaitent, pas peu fiers de leur bon coup, un bon voyage... Au bout du béton.

Recommandé.


1. Le Minutage Et Les Flaques 2:45
2. C'est Selon 2:01
3. A La Seine 3:41
4. 3ème Rôle 2:52
5. Monopoly 3:19
6. Tirer Dans Les Lustres 3:13
7. Leica (Une Histoire De Sidonie) 4:01
8. Pour En Arriver Là 1:38
9. Le décor 3:54
10. Le Nouveau Détective 3:39
11. Un-Un° Celciuz 3:20
12. Supervilain 2:41
13. 10.000 Angles 4:19
14. Tilgen 1:16
(pas d'extrait cette fois, je vous laisse apprécier l'histoire en son entièreté)


Vincent Artaud: contrebasse, basse, guitare, claviers, programmations
Gilles Coronado: guitare, effets
Yxxy: voix (3, 6)
Felix Jousserand : voix
Lionel Belmondo: flute
Régis Ceccarelli: batterie


 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON  

jeudi 25 juillet 2013

Aux Sources du Mal

Darkthrone "The Underground Resistance"  (2013)
ou "Le denier occulte"


Le duo norvégien Darkthrone est du genre voyageur. Death Metal d'abord, Black Metal ensuite, Punk Crust Heavy Metal pour continuer et maintentant revivaliste d'un underground par beaucoup ignoré, celui d'un Heavy Metal vraiment evil... on peut dire que Nocturno Culto (Ted Skjellum) et Fenriz (Gylve Fenris Nagell) n'ont d'autre ambition que de se faire plaisir en jouant ce que bon leur semble et se foutant comme de leur première guigne de ce que les "fans" attentent d'eux. De vrais punks, en somme.

Sur The Undeground Resistance, 15ème album (!) des norvégiens depuis leurs débuts discographiques en 1991, ils se penchent sur divers styles dans leur entendement 80's. Ainsi, ce qu'il reste de Black Metal est influencé par les premiers maîtres du genre (Venom, Bathory, Celtic Frost), ce qui vient du Doom Metal a de forts relents de Candlemass ou St Vitus, leur Heavy Metal a beaucoup à voir avec les cultes Mercyful Fate, Angel Witch, Satan ou Holocaust, leur Speed/Thrash avec Exciter ou Whiplash et leur punkitude, nul doute !, a de vraies (si rares présentement) accointances avec Discharge ou Exploited (etc.)... Que des noms qui échapperont aux non-spécialistes ce qui n'est que logique parce que, justement, Fenriz et Nocturno Culto sont des spécialistes, de ces monomaniaques collectionneurs de démos, eps, lps plus improbables et obscurs les uns que les autres, des mecs qui diraient probablement que ma liste ne contient que des formations célébrissimes (et qui n'auraient pas tort dans le petit cercle des spécialistes).  Si je m'appesantis tant sur le sujet c'est parce que The Underground Resistance est exactement la résultante de leur passion débordante et d'une musique "fan de" extrêmement référencée.

Name-dropping mis de côté, c'est un foutu bon album de metal à l'ancienne auquel nous avons affaire. Cette espèce de bouillon de cultures d'influences, de références, de connaissances et de savoir-faire atteint le but qu'on imagine que ses deux concepteurs s'était fixé : faire du neuf avec du vieux. Loin de l'impression de plagiat éhonté que laissent moult formations, pour ne pas dire la quasi-entièreté, de la scène rétro-Metal), Darkthrone hommage ici plus qu'il ne recycle. Evidemment, on ne niera pas que, pour fun que soit The Underground Resistance, il n'aura aucunement la portée du Darkthrone Black Metal (1992-2004, Transylvanian Hunger et toussa) qui, en son temps, redéfinit à lui seul le genre, un Darkthrone que les afficionados de trve BM (comme on dit) ne reconnaîtront que très épisodiquement ici, et encore, en tendant bien l'oreille. Qu'importe, la "sauce" prend admirablement et c'est bien là l'essentiel. Et ça fait un bien fou, comme quand comme votre serviteur on s'est régulièrement délecté de délices underground 80s, de sentir revivre une autre conception du Heavy Metal (du sans fioritures et atermoiements, tout en riffs simples et rythmiques bastonnantes) , avant tout mue par une vraie passion, une indéfectible honnêteté et une vraie indépendance d'esprit pour un groupe jamais vraiment là où on l'attendait.

En 2013, Darkthrone (aka Fenriz et Nocturno Culto) se fait plaisir et nous fait plaisir... Que demande le peuple ?


1. Dead Early 4:55
2. Valkyrie 5:19
3. Lesser Men 5:00
4. The Ones You Left Behind 4:20
5. Come Warfare, The Entire Doom 8:47
6. Leave No Cross Unturned 13:49


Nocturno Culto – vocals, electric guitar, bass guitar
Fenriz – drums, vocals, bass guitar on track 4

mercredi 24 juillet 2013

Gregg à la coule

Gregg Allman "Laid Back" (1973)
ou "Brother's Soul"


Qu'est-ce qui pousse le leader d'une formation connue et reconnue à tenter l'expérience solitaire ? Des envies d'ailleurs, d'autre chose pardi ! Pas que Gregg Allman (des Allman Brothers Band, donc) s'éloigne drastiquement de valeurs roots si chères à sa formation tutélaire, notez, c'est toujours le terreau où croît son inspiration, sur Laid Back il les exploite différemment, tout simplement.

Diparues les jams péri-jazz à rallonge, finies les blues-rockeries aux intenses démonstrations guitaristiques et l'énergie qui va avec, Laid Back, comme son titre l'indique, est un album "à la coule" ou soul, gospel et folk constituent les forces vives, les fondamentaux stylistiques. Forcément, à l'époque, les afficionados des Brothers en furent pour leur frais et leur déception... Pourtant l'album est bon, vraiment bon.

De fait, si vous parvenez à passer outre une pochette d'une rare hideur (pourtant signée Mati Klarwein qui fit mieux sur le Bitches Brew de Miles Davis ou le Abraxas de Santana), c'est à une fort belle collection de chansons que vous aurez à vous frotter avec, en immanquable tête de gondole, une performance vocale aux petits oignons du leader (une de ses toutes meilleures en solitaire, ceci dit en passant) sur un album lui laissant toute la place, tout le loisir de la développer. On a même l'impression que ces chansons décontractées (laid back en VF) ont été conçues pour ça, pour enfin donner pleinement voie à sa voix. Ceci dit, les performances instrumentales ne sont pas tout à fait absentes de l'album, on notera ainsi la grâce du seul "Brother" ici présent, Chuck Leavell dont les discrètes interventions sont absolument à louer. Et que dire des deux guitaristes (les méconnus Tommy Talton et Scott Boyer) si ce n'est que leur art est au diapason d'une galette éminemment réussie. On devrait aussi mentionner le saxophoniste David Newman (ha ! le solo de Queen of Hearts !) mais, à tirer le fil, on finirait par louanger tout le line-up dans une fastidieuse énumération. Fi ! Ils sont tous bons, voilà, c'est dit !

En solo ou en groupe, Gregg Allman a rarement manqué son but. Sur Laid Back, il inaugure une carrière solitaire en dents de scie sous les meilleurs auspice avec ce qui demeure probablement la plus belle réussite d'icelle et la plus belle démonstration du grand vocaliste soul/blues qu'il a toujours été.


1. Midnight Rider 4:28
2. Queen of Hearts 6:17
3. Please Call Home 2:48
4. Don't Mess Up a Good Thing 4:13
5. These Days 3:56
6. Multi-Colored Lady 4:55
7. All My Friends 4:32
8. Will the Circle Be Unbroken 4:49


Gregg Allman – vocals, organ, acoustic guitar
Chuck Leavell – acoustic and electric pianos, vibes
Tommy Talton – acoustic, electric and slide guitars, dobro and tambourine
Scott Boyer – acoustic, electric and steel guitars, electric piano
David Brown, Johnny Sandlin, Charlie Hayward – bass
Buzz Feiten, Jim Nalls – guitar
Paul Hornsby – organ, keyboards, clavinet
David "Fathead" Newman – saxophone
Ed Freeman – strings
Max Cahn, Tony Posk – violin
Bill Stewart – drums
Butch Trucks, Jai Johanny Johanson – percussion
Carl Hall, Hilda Harris, Cissy Houston, Emily Houston, June McGruder, Helene Miles, Linda November, Eileen Gilbert, Maretha Stewart, Albertine Robinson – background vocals

mardi 23 juillet 2013

L'os à souhaits retrouve sa moelle

Wishbone Ash "Elegant Stealth" (2011)
ou "Les vieux héros ne meurent jamais"


Croyez-le ou pas, voici le 23ème album studio (!) de Wishbone Ash (ou plutôt de ce qu'il en reste, Andy Powell, guitariste et chanteur, demeurant le seul membre originel depuis le second départ de Martin Turner, guitariste également, en 1996).

Concrètement, à l'instar de ce que des formations telles qu'Uriah Heep ou Nazareth, Wishbone Ash fait du vieux avec du neuf et nous propose son album le plus proche du style les ayant rendu populaire dans la première moitié des années 70 depuis une petite éternité. Il faut dire que le groupe, au gré de nombreux changements de personnel et d'adaptations plus ou moins finaudes au « goût du jour », avait fini par lasser jusqu'une partie sa fan-base particulièrement décontenancée par des albums tels que Trance Visionary (1998) et son parti-pris électronique d'autant plus contestable qu'il n'était pas couronné de réussite artistique. Rien de tout ça ici. Déjà, parce que les fameuses twin-guitars qui sont la marque de fabrique du groupe sont bel et bien présentes et enluminent comme il se doit des compositions nous ramenant vers un lointain passé (Pilgrimage, Argus) avec, cependant, une production moderne - signée d'Andy Powell et Tom Greenwood - qui dérange d'autant moins qu'elle sait mettre en valeur les interprétations d'un quatuor en belle forme.

En l'occurrence, sans avoir l'air d'y toucher, Wishbone Ash produit son meilleur album depuis No Smoke Without Fire de... 1978 ! Rien que ça ! Dire qu'il aura fallu à ces vénérables anciens se replient sur leur fondamentaux pour enfin recapturer l'esprit qui les animaient jadis tombe finalement sous le sens puisque c'est, in fine, exactement ce que la multitude attendait d'eux et qu'il savent faire le mieux : un rock un peu hard, un peu prog, un peu folk, chargé de nombreux soli en altitude et totalement « wishbonien » où tout n'est pas parfait mais qui apparait suffisamment miraculeux pour qu'on célèbre comme il se doit le retour en force (et en forme) d'une formation enfin retrouvée.


1. Reason To Believe 4:21
2. Warm Tears 5:02
3. Man With No Name 4:18
4. Can't Go It Alone 5:39
5. Give It Up 5:07
6. Searching For Satellites 6:02
7. Heavy Weather 6:40
8. Mud-slick 4:14
9. Big Issues 7:42
10. Migrant Worker 5:13
11. Invisible Thread/Reason To Believe (Remix, Hidden track) 11:34


Andy Powell: chant, guitare, chœurs
Muddy Manninen: guitare, hammond, chœurs
Bob Skeet: basse, chœurs
Joe Crabtree: batterie, percussions
&
Lucy Underhill: choeurs (Heavy Weather)
Brian Haflermann: trompette (Heavy Weather)
Don Airey: hammond (Mud-slick)
Pat McManus: violon (Can't Go It Alone)
Nanyana Summers, Tasha Larde, Nia Reed, Darren Elam, Byron Word: chœurs gospel (Heavy Weather)

lundi 22 juillet 2013

Second sacre

Queen "Queen II" (1974)
ou "Un premier classique dans l'escarcelle"

Quand on en examine la tracklist, cet album de Queen peut paraître anodin. Peu de chansons, en effet, en ont fuité dans les compilations les plus populaires du groupe...

Il faut dire que ce II est, comme le I, un animal à part dans le catalogue de la Reine. Clairement, le glam art rock du 1er album a été reconduit et raffiné. Comme en plus les compositions sont dans l'ensemble d'un meilleur niveau (voir le fabuleux White Queen) c'est bel et bien au premier classique de la discographie de Deacon, Taylor, May & Mercury auquel nous avons affaire.

Certes, ceux qui ont été élevé au tube Queenesque ne reconnaîtront pas forcément leurs petits ici, on leur conseillera pourtant de jeter une oreille attentive (et même les deux) à ce splendide exercice de hard rock épique, mélodique, intelligent et diablement attachant. Ils y découvriront un Queen différent, un poil hippie parfois (comme sur la magnifique ballade chantée par Brian May, Some Day One Day) pour une étape à n'en pas douter marquante dans l'évolution du groupe.

Les bonus de l'édition deluxe consistent en 3 titres live de qualité, un mix instru de Sevens Seas of Rhye qu'on qualifiera d'accessoire et une face B (See What a Fool I've Been) qui fera bien plaisir aux complétistes. Rien de bien essentiel mais tout de même bon à prendre d'autant que le remaster de qualité (comprendre fidèle et dynamique) nous sauve enfin des odieuses éditions qui l'ont précédé.


CD 1
album

White Side
1. Procession 1:12
2. Father to Son 6:14
3. White Queen (As It Began) 4:34
4. Some Day One Day 4:23
5. The Loser in the End 4:02
Black Side
6. Ogre Battle 4:10
7. The Fairy Feller's Master-Stroke 2:40
8. Nevermore 1:15
9. The March of the Black Queen 6:33
10. Funny How Love Is 2:50
11. Seven Seas of Rhye 2:50

CD 2
bonus

1. See What a Fool I've Been (BBC Session July 1973) 4:22
2. White Queen (As It Began) (Live at Hammersmith Odeon, December 1975) 5:32
3. Seven Seas of Rhye (Instrumental Mix) 3:09
4. Nevermore (BBC Session, April 1974) 1:27
5. See What a Fool I've Been (B-Side Version February 1974) 4:31


Freddie Mercury – lead and backing vocals, piano, harpsichord, string piano on "Nevermore"
Brian May – electric and acoustic guitars, bells on "The March of the Black Queen", lead vocals on "Some Day One Day", backing vocals, piano and organ on "Father to Son"
Roger Taylor – drums, gong, marimba, backing vocals, additional vocals on one line of "The March of the Black Queen", lead vocals on "The Loser in the End"
John Deacon – bass guitar, acoustic guitars
&
Roy Thomas Baker
– castanets on "The Fairy Feller's Master-Stroke", stylophone on "Seven Seas of Rhye".
Robin Cable – piano effects (with Mercury) on "Nevermore"

 CECI EST UN RECYCLAGE DE LA CAVERNE D'ALI BABA 

dimanche 21 juillet 2013

Fada Trip Hoptronica !

Homelife "Flying Wonders" (2002)
ou "Pur (electro) fun !"


Des fois, il suffit de pas grand chose pour qu'on ait envie de s'intéresser à un album... Une pochette pas exactement belle mais qui "accroche" l'œil, une formation dont on se dit que la somme de ses composantes peut vraiment donner quelque chose d'intéressant, le logo d'un label connu pour l'extrême soin avec lequel il choisit ses artistes, aussi.

Collectif britannique, c'est en l'estimable maison Ninja Tune qu'Homelife nous régale de sa débordante créativité sur un troisième opus tout simplement dantesque. De bases trip-hop ils retiennent un esprit mélodique et un art consommé de "tresser" les textures sonores et des ambiances tour à tour cotonneuses ou éthérées... Qu'ils se précipitent à déstructurer, déconstruire, remonter tel un meccano musical "grand-huitesque", une sorte de parc d'attraction pour des tympans avides d'improbables autant que réjouissantes sensations.

Ce n'est pas à dire que l'album soit particulièrement chaotique cependant, juste que le dépaysement est souvent au rendez-vous bringuebalant l'auditeur entre Manchester (où le collectif est basé) et Recife en passant par Bangalore ou la Nouvelle Orléans.

Flying Wonders ? Une vraie belle réussite qui plaira autant aux amateurs de musique prospective mais rigolote qu'à ceux qui aiment leur electro avec un vrai supplément d'âme.


1. Flying Wonders 4:16
2. Buffalo 4:06
3. Try Again 2:32
4. Seedpod 6:23
5. Fair-Weather View 3:06
6. Steps-Tone 3:25
7. Fruit Machine 3:35
8. D.Ex.1 1:25
9. Mai Beshe Peeinal 3:37
10. Dosta 4:31
11. Too Fast 5:41
12. Wonderly 7:12


Anthony Burnside - vocals, guitars, keyboards, programmings, zither
Simon King - guitar, steel drums, percussion, xylophone
Paddy Steer - guitar, bass, glockenspiel, banjo, vocals, keyboards, glockenspiel, bass, zither, pedal steel, harmonica, steel drums
Graham Massey - synthesizers, bass clarinet, baritone saxophone, trumpet
Seaming To - vocals, clarinet, bongos
Faron Brooks - vocals, backing vocals
Rina Araya - vocals
Koteche MacIntosh - planet, organ
Semay Wu - cello
Rosie Iowdell - violin
Howard Jacobs - percussion
Richard Harrison - drums, percussion
Pat Illington - drums
James Ford - drums
Icarus Wilson-Wright - bongos
Sophie Hastings - marimba
Owen Bourne - trombone
Peter Parker - trumpet
Andy Diagram - trumpet

samedi 20 juillet 2013

Chamber music

JS Bach "Sonatas for Viola da Gamba & Harpsichord" (2009)
ou "Une merveille de virtuosité et d'intimité"


Je n'ai pas forcément la « grammaire » pour décrire en terme savants et informés la musique de Bach ici interprétée par les deux maîtres que sont Jordi Savall et Ton Koopman. Je pourrais, à renfort de « wikiculture » prétendre savoir, bah, c'est vain et les émotions procurées par ces sons, de toute façon, suffisent amplement. Pour l'expertise technique, vous repasserez.

Et donc, épurées et belles, ces 3 sonates pour formation de poche, si elles ne seront pas forcément une révélation pour ceux que le classique baroque interpelle et qui connaissent leur Bach comme le dos de leur main, proposent une musique d'un autre temps où tout est dans l'harmonie, l'art du contrepoint et, évidemment !, la grâce de mélodies savamment composées mais finalement très accessibles même à un public relativement peur roué à la chose. Entendre ainsi la viole de gambe et clavecin, instruments anciens et inhabituels pour les occidentaux gavés d'électricité que nous sommes, a quelque chose de profondément apaisant même dans les tempi rapides d'icelle.

Forcément, l'interprétation de Jordi Savall et Ton Koopman est parfaite. La prise de son, intime comme il se doit, ne l'est pas moins. Et à ceux qui pourraient avoir peur d'aborder cette musique à priori savante, je le répète, c'est de simple beauté dont il s'agit et cette langue là n'a pas de frontière, géographique ou temporelle.


Sonate n1 sol maj bwv1027
1. I-Adagio I 3:59
2. II-Allegro 3:46
3. III-Andante 2:25
4. IV-Allegro 3:16
Sonate n2 re maj bwv1028
5. I-Adagio 1:52
6. II-Allegro 4:02
7. III-Andante 4:50
8. IV-Allegro 4:13
Sonate n3 sol min bwv1029 
9. I-Vivace 5:30
10. II-Adagio 5:59
11. III-Allegro 3:56


Ton Koopman - Harpsichord
Jordi Savall - Viole de Gambe

 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON 

vendredi 19 juillet 2013

Fondateur !

Jacques Dutronc "Jacques Dutronc" (1966)
ou "Dutronc, du bon !"

Remisez aux oubliettes Danyel Gérard, Danny Boy, Les Chats Sauvages, Les Chaussettes Noires et autres Johnny Hallyday, c'est en 1966 que nait le rock français ou, plutôt, le rock "à la française" et c'est à deux Jacques que l'on le doit, Dutronc et Lanzmann, son parolier qu'on n'oublie évidemment pas.

Musicalement, la formule est simple : recyclage à tous les étages ! Ainsi entend-on du Rolling Stones, du Dylan, du Beatles ou du Kinks (etc.) dans cette musique sous évidente influence anglo-américaine. S'il n'y avait que ça, on expédierait facilement ce Dandy parisien aux côtés de ses devanciers yé-yé, de sinistre mémoire, dans les approximations françaises à traduire l'idiome rock à la sauce Camembert... Mais, d'une, il y a l'interprétation distanciée et souvent potache de Dutronc, un délice en soi, et, aussi (et surtout), l'irrévérence de sale-gosse des délicieuses pastilles textuelles de Lanzmann qui font, il faut le dire, toute la différence.

Pour le reste, vous connaissez tous la demi-douzaine de tubes mais sans doute moins le reste de la collection pourtant aussi recommandable et présentement bonussée de versions espagnoles et italiennes de deux emblématiques chansons (Et moi et moi et moi et les Playboys) et d'une outtake. Pas beaucoup mais vu la qualité du reste, on ne fera pas la fine bouche et conseillera vivement ce vinyl replica grande classe d'un album important et indispensable.

1. Les Plays Boys 3:06
2. L'espace D'une Fille 2:44
3. Sur Une Nappe De Restaurant 2:11
4. J'ai Mis Un Tigre Dans Ma Guitare 2:18
5. Les Cactus 2:39
6. Et Moi, Et Moi, Et Moi 2:53
7. L'opération 3:08
8. On Nous Cache Tout, On Nous Dit Rien 2:32
9. La Fille Du Père Noël 2:33
10. Les Gens Sont Fous, Les Temps Sont Flous 2:58
11. La Compapade 3:16
12. Mini-Mini-Mini 1:52
Bonus
13. Les Gens Sont Fous, Les Temps Sont Flous (Version Alternative) 3:26
14. Il Mondo Va Cosi (Et Moi, Et Moi, Et Moi Démo Version Italienne) 2:15
15. Il Mondo Va Cosi (Et Moi, Et Moi, Et Moi Version Italienne) 2:40
16. Les Play Boys (titre bonus Version Espagnole) 3:07


Jacques Dutronc - Voix, Guitares rythmique et solo, Percussions
Hadi Kalafate - Basse, Percussions
Alain Le Govic (Alain Chamfort) - Piano, Orgue
Jean-Pierre Alarcen - guitare
Jacques Pasut - guitare rythmique
Michel Pelay - batterie

jeudi 18 juillet 2013

Premier sacre

Queen "Queen" (1973)
ou "Une étoile est (presque) née"


Il était plus que temps qu'EMI se décide à remplacer les indignes versions cd qui avaient été jusque là éditées.

Ce remaster 2011 arrive donc comme une bénédiction pour enfin savourer les débuts de Queen autrement que par le vieux vinyle "qui gratte", et que tout le monde ne possède pas d'ailleurs.

Pour les néophytes, je me dois de souligner que, si beaucoup d'aspects du "Pomp Rock" que développeront ces fiers britanniques sont déjà présent, on reste au niveau du brouillon.

Cru, inabouti mais aussi d'un charme incroyable, ce premier long-jeu de Queen a vieilli et s'écoute par conséquent plus comme une tranche d'histoire (et quelle histoire !) que comme un grand classique. On y apprécie le Queen qu'on n'entendra plus et qui doit autant à Quicksilver Messenger Service (Liar est psychédéliquement jammy) qu'à Led Zeppelin (ces riffs, ces riffs !!!) ou à Sweet (ces choeurs, ha, ces choeurs !). Pas d'une folle originalité donc mais il faut bien commencer quelque part. Evidemment la voix de Freddie et la guitare de Brian ont déjà quelque chose de bien à elles mais ce n'est qu'un germe qui s'épanouira dès un second album magistral.

Faut-il alors conseiller l'album à ceux qui ne connaissent de Queen que les "tubes" ? J'aurais tendance à répondre oui anticipant le choc qu'ils auront en découvrant que Queen, c'est tout de même un putain de groupe de rock'n'roll !

Quand au contenu du remaster proprement dit et de ses bonus en particulier, je pressens qu'EMI en a gardé sous la semelle histoire de nous proposer, quand la présente édition se sera suffisamment écoulée, un super deluxe avec dvd ou un truc du genre... Du commerce quoi ! Ca n'empêche pas d'apprécier ces "nouveautés" mais on entrevoit l'embrouille...


CD 1
1. Keep Yourself Alive 3:47
2. Doing All Right 4:09
3. Great King Rat 5:42
4. My Fairy King 4:13
5. Liar 6:25
6. The Night Comes Down 4:23
7. Modern Times Rock’n’Roll 1:48
8. Son & Daughter 3:23
9. Jesus  3:44
10. Seven Seas of Rhye... 1:16

CD 2
1. Keep Yourself Alive (De Lane Lea Demo, Dec 71) 3:51
2. The Night Comes Down (De Lane Lea Demo, Dec 71) 4:24
3. Great King Rat (De Lane Lea Demo, Dec 71) 6:09
4. Jesus (De Lane Lea Demo, Dec 71) 5:06
4. Liar (De Lane Lea Demo, Dec 71) 7:54
5. Mad The Swine (June 72) 3:22


Freddie Mercury - lead and backing vocals, piano, Hammond organ on "Liar"
Brian May - electric and acoustic guitars, backing vocals, vocal bridge on "Keep Yourself Alive", piano on "Doing All Right"
Roger Taylor - drums, backing vocals, lead vocals on "Modern Times Rock 'n' Roll", vocal bridge on "Keep Yourself Alive", percussion
John Deacon - bass guitar, acoustic guitar
&
John Anthony - producer, backing vocals on "Modern Times Rock 'n' Roll"
Roy Thomas Baker - producer, sound engineer

mercredi 17 juillet 2013

J'ai la guitare qui soule

George Benson "Shape of Things to Come" (1968)
ou "Guitare et sentiments"

Ladies et gentlemen, voici un album important. Important dans la carrière de George Benson qui atteint pour la première fois le divin, important dans l’évolution de la guitare jazz et, enfin, important pour les amateurs de bonne musique qui y trouvent moult motifs à satisfaction.

Nous sommes en 1968, Creed Taylor (qui a donc du nez), alors dépourvu d’un guitariste world class suite au décès de Wes Montgommery, se jette comme un mort de faim sur une étoile montante de la six-cordes jazz : George Benson. Le gars a alors quelques sympathiques albums à son actif où il s’est affiché comme un très sérieux performer et un habile mélodiste. Pour autant, ces albums demeurent anecdotiques et ne rencontrent qu’un succès modéré.

Puis vint “The Shape of Things to Come” (où l'on ressent l'influence du défunt Wes, tiens, tiens...). Produit par le boss (Creed) et arrangé par Don Sebesky (dont on ne vantera jamais assez les mérites, présentement), c’est un festin de jazz groovy, mélodique et inventif où, en plus de guests de renom (Hank Jones, Herbie Hancock ou Ron Carter), une formation d’instrumentistes d’exception a été réunie. Sur ce lit de merveille (cordes et percussions et cuivres… excusez du peu !), Benson démontre enfin son plein potentiel. Concrètement, aux deux excellents originaux (Footin’ It co-signé par Benson et Sebersky et Shape of Things That Are and Were du seul George) s’ajoute un mélange de standards et emprunts à la soul (Don’t Let Me Lose the Dream du Aretha Franklin songbook) qui sied parfaitement aux aptitudes et humeur du guitariste. De fait, jamais excessivement démonstratif, Benson s’impose, sans en avoir l’air, par la seule grâce de son imposant feeling même si quelques remarquables prouesses techniques (non mais visez moi ce dialogue guitare-orgue du morceau titre !) viennent, opportunément, épicer la recette... Toujours avec discrétion, retenue et bon goût, vous l’aurez compris. 

Au bout de ces trop courtes 33 minutes, on n’a qu’une envie, revenir au début pour s’assurer qu’on n’a pas rêvé et reprendre une bonne tranche de cette primesautière, réjouissante et funky collection ! Bon ce “Shape of Things to Come” ? C’est un euphémisme.


1. Footin' It 4:23
2. Face It Boy, It's Over 4:05
3. Shape Of Things To Come 5:16
4. Chattanooga Choo Choo 3:34
5. Don't Let Me Lose This Dream 4:42
6. Shape Of Things That Are And Were 5:48
7. Last Train To Clarksville 5:32


George Benson: guitare
Herbie Hancock: piano
Hank Jones: piano
Charles Covington: orgue
Ron Carter: basse
Richard Davis: basse
Leo Morris: batterie
Jack Jennings: vibraphone
Johnny Pacheco: congas
Bernard Eichen: violon
Charles Libove: violon
David Mankovitz: viola
George Ricci: violoncelle
George Marge: violoncelle
Romeo Penque: violoncelle
Stan Webb: flute
Burt Collins: trompette
Joe Shepley: trumpette, flugelhorn
Marvin Stamm: trompette, flugelhorn, piccolo
Wayne Andre: trombone, saxophone bariton
Alan Ralph: trombone, tuba
Buddy Lucas: saxophone, harmonica
Don Sebesky: arrangeur

 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON  

mardi 16 juillet 2013

Le blues vire à l'est

The Paul Butterfield Blues Band "East-West" (1966)
ou "Blues & Raga"

Il y a beaucoup à dire sur le Paul Butterfield Blues Band.

Sa formation multiraciale dans une Amérique sortant difficilement des démons d'une politique ségrégationniste déjà, pas forcément facile à assumer au cœur des sixties.

Son incroyable fidélité à un idiome blues et jazz ancien juste électrifié pour contenter la jeune génération et contrer les hordes de chevelus britanniques venus squatter aussi, la formation sait faire, indéniablement.

Mais, sur ce second album, il y a surtout East-West, exploration fusionnelle des ragas indiens sur les base blues et rock du combo, une révolution en soi avec son "cut & paste" alors inédit, un sommet de psychédélisme que les Byrds ou le Quicksilver Messenger Service ne tarderont pas à recycler à leurs sauces (Eight Miles High en version live pour les premiers, Calvary pour les seconds) faisant injustement ombre à la création de Mr. Butterfield et des ses acolytes.

East-West c'est aussi, et surtout !, un excellent album de blues rock soul et cru mais pas sans finesse où un harmoniciste/chanteur d'exception, le leader d'ailleurs un temps réquisitionné par nul autre que le légendaire Muddy Waters, déroule ses exceptionnelles capacités techniques et émotionnelles bien entouré par des musiciens au diapason de sa performance dont un jeune et bouillant Mike Bloomfield (écoutez donc l'exceptionnelle reprise de Nat Adderley, frère de Cannonball, Work Song !). East-West c'est, enfin, une addition nécessaire à toute discothèque rock qui se respecte, un vrai morceau d'histoire avec de la très bonne musique dedans.

Obligatoire !


1. Walkin' Blues 3:15
2. Get Out of My Life Woman 3:13
3. I Got A Mind to Give Up Living 4:57
4. All These Blues 2:18
5. Work Song 7:53
6. Mary, Mary 2:48
7. Two Trains Running 3:50
8. Never Say No 2:57
9. East-West 13:10


Paul Butterfield — vocals, harmonica
Mike Bloomfield — electric guitar
Elvin Bishop — electric guitar, lead vocal on "Never Say No"
Mark Naftalin — piano, organ
Jerome Arnold — bass
Billy Davenport — drums

lundi 15 juillet 2013

C'est si Kool !

Kool & the Gang "Wild and Peaceful" (1973)
ou "Funky jam!"


Loin des succès radiophoniques millimétrés qui feront leur gloire planétaire et leur considérable fortune, c'est ici que tout commence pourtant vraiment pour Kool & the Gang.

Pourtant le groupe n'en est pas à ses premières armes ayant sorti, depuis 1969, une collection d'album jazz/soul vaguement funky et instrumentaux. Ici, pour la première fois, Kool & the Gang est un vrai groupe de Funk. L'ajout du chant mais aussi un plus total abandon à un son qui fait alors florès dans une bouillonnante scène black américaine dopée par la récente affirmation de sa noire fierté. Et la concurrence est rude ! De James Brown à Parliament/Funkadelic en passant par Earth Wind & Fire, les Ohio Players, Sly Stone et une multitude d'autres tout aussi recommandables, la qualité s'ajoute alors à la quantité pour le plus grand plaisir d'auditeurs comblés. Dans ce foisonnant panorama, les, donc, néo-funksters de Kool & the Gang n'ont aucunement à rougir. Ici, les cuivres rutilent, les voix soulent, la basse sautille, la batterie groove... C'est de Funk de compétition dont il s'agit ! Crue, urbaine, suante, profondément séxuée aussi, cette musique, souvent orgasmique, est faite pour secouer le bas des reins sur ses cadences diaboliques, pour se pâmer sur la soie de sa profonde sensualité... Un appel du corps au corps, un appel au corps à corps !

Evidemment, plus tard, la formation rencontrera encore plus de succès, en refourguant sa « street cred' » au profit d'une image policée et d'un son à l'avenant. Ce n'est pas de ce Kool & the Gang FMiné dont il s'agit mais bien d'une vraie formation de bon gros funk, ici très inspirée du Soul Makossa de Manu Dibango (cela se devait d'être précisé), comme il se faisait si bien dans les 70s. Une très recommandable si hélas trop courte (38 minutes) rasade de bon son et, crénonvindiou !, qu'est-ce que ça joue !


1. Funky Stuff 3:03
2. More Funky Stuff 2:53
3. Jungle Boogie 3:06
4. Heaven At Once 5:05
 5. Hollywood Swinging 4:39
6. This Is You, This Is Me 5:26
7. Life Is What You Make It 3:56
8. Wild And Peaceful 9:30

Robert "Kool" Bell - basse, chant
"Funky" George Brown - batterie, percussions, chant
Ricky West - piano, chant
Clay Smith - guitare
Dennis "Dee Tee" Thomas - saxophone alto, flute, congas, chant
Ronald Bell - saxophone ténor et soprano, chant
Robert "Spike" Mickens - trompette, chant

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dimanche 14 juillet 2013

Baisecul au Palais de la Variétoche

The Pogues "in Paris, 30th Anniversary Concert Live at the Olympia" (2012)
ou "C'est dans les vieux pots..."


30 ans de folk-punkeries, ça se fête !

Certes, les pointilleux noteront que, depuis leur retour aux affaires les Pogues sont essentiellement un tour band nostalgique revisitant les classiques de son glorieux répertoire... Plutôt qu'une moderne et vaine tentative de re-capturer une magie tellement ancrée dans le passé, pourquoi pas... On aimerait bien qu'ils retournent en studio à l'occasion...

Et donc, Paris, 2012, l'Olympia (parce qu'ils le valent bien).

Il faut dire que la France a toujours eu une affection particulière pour MacGowan et ses amis buveurs, ceci explique sans doute le choix, un choix "safe" mais l'assurance pour le groupe, aussi, d'avoir un public particulièrement réceptif pour une captation évènementielle. Rien que de très logique, donc.

Le concert en lui-même ne surprend pas. Public conquis d'avance, groupe visiblement content d'être là, tous les classiques joués et bien joués avec une captation de qualité... on savait que les Pogues savaient faire, on est rassuré de voir qu'il n'ont pas perdu la formule ou l'énergie. On est donc comblé à tel point qu'on parvient rapidement à oublier le zozotement permanent de MacGowan (dentier - ou absence de... - oblige !).

Et dans la version "deluxe", c'est encore mieux ! Parce qu'en plus du très bon concert en audio, on a aussi en vidéo de celui-ci (dvd 1) bonussé (dvd 2) de deux reportages d'époque élaborés pour les Enfants du Rock et Avenue du Rock en 1986 soit dans la foulée de l'album toujours référentiel de leur discographie : Rum, Sodomy & the Lash (1985). Si vous rajoutez à ça un bon gros livret bourré d'anecdotes, d'informations et de photos (de l'Olympia ou illustrant l'histoire des Pogues), vous comprendrez aisément l'attrait de l'objet.

Bel objet, bonne musique... Vous savez ce qu'il vous reste à faire !


CD 1
1. Streams of Whiskey 3:12
2. If I Should Fall from Grace with God 2:45
3. The Broad Majestic Shannon 3:15
4. Greenland Whale Fisheries 2:58
5. A Pair of Brown Eyes 3:37
6. Tuesday Morning 3:57
7. Kitty 3:44
8. The Sunnyside of the Street 3:33
9. Thousands Are Sailing 5:28
10. Repeal of the Licensing Laws 2:28
11. Lullaby of London 3:36
12. The Body of an American 4:57
13. Young Ned of the Hill 3:44
14. Boys from the County Hell 3:04
15. Dirty Old Town 4:08
16. Bottle of Smoke 3:14
17. The Sickbed of Cuchulainn 3:49

CD 2
1. Sally MacLennane 3:20
2. Rainy Night in Soho 5:34
3. The Irish Rover 3:51
4. Star of the County Down 3:08
5. Poor Paddy on the Railway 3:31
6. Fairytale of New York 5:08
7. Fiesta 6:38


Spider Stacy - vocals, tin whistle
Jem Finer - banjo, mandola, saxophone, hurdy-gurdy, guitar, vocals
James Fearnley - accordion, mandolin, piano, guitar
Shane MacGowan - vocals, guitar, banjo, bodhrán
Andrew Ranken - drums, percussion, harmonica, vocals
Philip Chevron - guitar, vocals
Darryl Hunt - bass guitar
Terry Woods - mandolin, cittern, concertina, guitar, vocals

samedi 13 juillet 2013

Vous n'êtes plus en 2013, vous êtes en Suède !

Enforcer "Death by Fire" (2013)
ou "Ha ! Ces suédois !"


Sonnez tambours, résonnez trompettes (ou bien est-ce l'inverse ?), revoici les suédois spandexés d'Enforcer avec leur troisième galette et, ce ne sera une surprise pour aucun de ceux qui connaissent Into the Night et Diamonds, les deux autres long-jeux de la formation, Death by Fire propose, une fois de plus, ce qu'il est convenu d'appeler du rétro Heavy Metal soit, en l'occurrence, une fusion du Iron Maiden de 1983 et du Helloween de 1985 (je schématise mais à peine).

C'est tellement peu nouveau, en fait, que même la ronde des changements de label (toujours en progressant vers des structures s'apparentant plus à une major company, c'est qu'ils montent ces bougres !) se poursuit avec, cette fois, Nuclear Blast en lieu et place d'Earache (pour Diamonds) qui avait lui-même succédé à Heavy Artillery (pour Into the Night)... Vous suivez ? En toute logique, on s'attend à la même inclinaison de professionnalisme accru... Mais finalement non, et c'est même plus à un retour en arrière qu'à une progression à la quelle on assiste avec un album plus proche de leurs heavy speed des débuts que du heavy-à-l-ancienne plus tempéré et raffiné qui suivit.

Parce que la majorité des compostions file pied au plancher, à grand renfort de double grosse-caisses badaboumantes, de riffs supersoniques et de voix les "ouilles" coincées dans la porte, que du très classique, en somme. L'effet n'en est d'ailleurs pas désagréable si on loue la brièveté de l'exercice (36 minutes) parce que la dose limite serait facilement atteinte... Parce que l'exercice est éminemment redondant, tant et si bien qu'on accueille chaque ralentissement de l'allure, chaque pause dans le matraquage effréné de nos pauvres oreilles avec un certain ravissement... J'ai failli dire soulagement... Pourtant iceux ne convainquent pas autant que sur Diamonds, pas indigne et bien troussé mais moins immédiatement enivrant de décibels revivalistes à l'exception notable d'un instrumental  (Crystal Suite) qui pour ressembler beaucoup à l'Iron Maiden des deux premiers albums n'en demeure pas moins le vrai highlight de l'album avec l'épique Silent Hour/The Conjugation et le supra-efficace Run For Your Life single potentiel... en 1983 !

On voit, en fait, bien l'impasse de la "niche" rétro-Metal et des groupes qui la peuple (White Wizzard, Cauldron, etc.) qui, à trop vouloir faire du neuf avec du vieux, s'interdisent une ouverture vers l'actualité et y souffrent fatalement d'un manque de sang neuf. C'est un peu le constat qu'on fait de Death by Fire, album correct d'une formation désormais rouée au format mais si dérivatif de ses glorieux devanciers, et point suffisamment inspiré pour jamais les faire oublier, qu'on y "mord" moins férocement qu'on l'aurait souhaité...

A voir si l'avenir confirmera la tendance, si (on peut toujours rêver) Enforcer ajoutera de nouveaux épices à son routinier bouillon ou si leur inspiration emportera le morceau. En l'espèce, on conseillera Death by Fire à ceux qui, vraiment !, n'en auront jamais assez de la NWOBHM et toute cette sorte de choses, n'en doutons pas, ils y trouveront leur compte. Aux autres de sampler dûment la chose afin de se faire leur propre opinion, vous connaissez désormais la mienne... Pour ce qu'elle vaut !


1. Bells of Hades 0:28
2. Death Rides this Night 3:37
3. Run for Your Life 3:21
4. Mesmerized by Fire 4:02
5. Take Me Out of this Nightmare 4:59
6. Crystal Suite 3:55
7. Sacrificed 5:35
8. Silent Hour/The Conjugation 6:30
9. Satan 4:00


Olof Wikstrand - Guitars, Vocals
Joseph Tholl - Guitars
Tobias Lindqvist - Bass
Jonas Wikstrand - Drums

vendredi 12 juillet 2013

Hare Santa Rama Rama Hare Santa Na Hare Hare (et John aussi !)

Carlos Santana, Mahavishnu John McLaughlin "Love Devotion Surrender" (1972)
ou "Fusion spirituelle"


Conspué à sa sortie par les fans de Santana n'acceptant pas le virage jazz fusion de leur poulain, album ayant depuis acquis une réputation culte bien méritée, Love Devotion Surrender est une œuvre qui touche souvent au divin.

En l'occurrence, la rencontre d'une sélection de musiciens du Santana band et du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin (l'autre tête d'affiche de l'album) sur une somme d'influences héritées de John Coltrane et Miles Davis (dont John a été le sideman) réactualisées à la sauce fusion mystique  fonctionne magnifiquement bien. Les latineries du Santana star mondiale chicano n’apparaissent que fort ponctuellement donc, évidemment, et on comprend le désespoir d’accros soudain privés de leur dose mais, en l’espèce, bouder son plaisir devant pareille merveille tient purement et simplement du sacrilège.

Bien sûr les deux guitaristes sont des maîtres, personne ne le niera, il n’était pourtant pas gagné d’avance que leur cohabitation se mue en l’accord parfait dont nous avons l’avantage d’être les témoins, de fait, au service de la musique plus que de leur égo, les deux rivalisent de virtuosité et de feeling sans jamais donner l’impression de vouloir manger dans l’assiette du voisin. Le répertoire – 2 Coltrane, un traditionnel et 2 originaux, le tout glorieusement bonussé de deux alternate takes dans la présente édition - est, il bien l’avouer, d’une rare grâce. Et si la formation modernise des standards tels qu’A Love Supreme ou Naima, c’est toujours avec doigté, sentiment, talent et – surtout ! -, en disciples dévoués, en respectant scrupuleusement l’esprit de cette musique prospective aspirant aux plus inaccessibles hauteurs (A Love Supreme) ou pleine de tendresse et de nostalgie (Naima, où les deux leaders dialoguent en acoustique). Et ce n’est pas tout à fait un hasard si les deux originaux de l’album, The Life Divine et Meditation (signés McLaughlin) évoqueront à parts égales le Mahavishnu Orchestra de John et les fusionnantes années de Miles en ne perdant toutefois jamais de vue les guides spirituel (Sri Chinmoy) et artistique de l’album (John Coltrane). Finalement, seul le traditionnel (Let Us Go Into the House of the Lord, déjà repris par Pharoah Sanders) rappellera un tant soit peu l’œuvre du moustachu Carlos tout en restant admirablement cohérent dans un ensemble jazz prog ici élevé par la double caution d’un duo de choc en osmose intégrale.

Que dire de plus ? Ah, oui, que Love Devotion Surrender est un album essentiel.


1. A Love Supreme 7:51
2. Naima 3:12
3. The Life Divine 9:28
4. Let Us Go into The House of the Lord 15:45 
5. Meditation 2:51
Bonus Tracks
6. A Love Supreme (alternate take) 7:27
7. Naima (alternate take) 2:52


Carlos Santana - guitare, chant
John McLaughlin - guitare, piano
Billy Cobham, Don Alias, Michael Shrieve - batterie
Phil Browne - percussions
Jan Hammer - batterie, claviers
James Mingo Lewis - piano
Armando Peraza - congas, percussions, chant
Doug Rauch - basse, guitare
Khalid Yasin, Larry Young - orgue


 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON