samedi 30 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 7ème Tour (the final show!)

Faster Pussycat Kill Kill!
Des filles qui en ont...

Une apothéose en guise de final à cette magistrale 7ème édition du Grand Jeu sans frontière des Mangeurs de Disques : 3 albums, 3 univers. Il fallait bien ça pour rendre hommage à une gent féminine souvent maltraitée dans le milieu musical. Et puisque le thème est "des filles qui en ont", allons-y gaiment avec d'admirables ladies particulièrement, si pas biologiquement, burnées. (désolé à ceux que j'aurais doublonné)

Nina Simone "Nuff Said!" (1968)
ou "Colère, tristesse, ferveur... le combat continue !"


Une fille qui en a ? Nina !

Nous sommes dans la période RCA de Nina Simone (1967-1974) qui tombe pilepoil sur l'époque ou Eunice Kathleen Waymon (son vrai nom) s'implique le plus politiquement dans le son combat pour les droits civils, contre la guerre du Vietnam. Rappelons aux plus jeunes et aux oublieux que c'est une époque où c'est synonyme de risquer sa peau, vraiment, physiquement.

Enregistré tois jours après l'assassinat de Martin Luther King (l'album lui est dédié), `Nuff Said est un live passionné où Nina Simone déverse son âme avec toute la pudeur et la classe qu'on lui connait. Visiblement blessée (et révoltée) par l'ignominie du meurtre haineux d'un homme dont le message visait à servir la paix et la fraternité, elle habite ces enregistrements de sa puissante indignation, de son évidente tristesse. Ce faisant, elle nous fait revivre une période noire où l'activisme conduisait trop souvent à des atrocités aujourd'hui difficilement compréhensibles (quoique...).

La performance est digne (s'apparentant parfois à un exutoire joyeux), et l'album ô combien recommandé bien qu'on soit loin de la qualité sonore de captations modernes.  En complément, on conseillera un autre live survolté, celui-ci à inclinaison gospel, Emergency Ward, autre preuve que l'encombrant My Baby Just Cares for Me n'est que l'arbre qui cache la forêt et Nina Simone une immense dame au répertoire richement doté.


1. In the Morning 2:27
2. Sunday in Savannah 6:13
3. Backlash Blues 2:48
4. Please Read Me 2:52
5. Gin House Blues 3:08
6. Why? (The King of Love Is Dead) 12:51
7. Peace of Mind 2:46
8. Ain't Got No / I Got Life 2:07
9. I Loves You Porgy 3:28
10. Take My Hand Precious Lord 1:56
11. Do What You Gotta Do 3:04


Nina Simone - vocals, piano
(autres musiciens inconnus)


SUPPLEMENT (prime)
Patti Smith "Horses" (1975)
ou "This Woman's Art"


Madame Patti Smith fut punk avant les punks, poétesse de tous temps, presque chanteuse des hard rockers de Blue Öyster Cult, féministe toujours mais femme avant tout, sensible et dure à la fois, résolue... Une artiste de paradoxes, une créature complexe et sans concession... Et un premier album, crévindiou, venons-y :

Déjà il y a la pochette avec une Patti n'essayant aucunement de capitaliser sur sa féminité ou de sourire au chaland, pas de ça ici, on fait de la musique sérieuse, pas de la pop saccharosée pour flatter l'oreille radiophonique. Pour réussir l'exercice d'un rock à la fois brut et arty, la Dame s'est, il faut dire, entouré d'un sacré groupe de furieux zigomars à commencer par le gallois ex-Velvet Underground John Cale, producteur ô combien compétant de la galette, avec qui Mlle Smith a plus d'un point commun et qui apparait, donc, comme une évidence. Aussi, deux fameuses guests ont été convoqués en la personne de Tom Verlaine (Television) et d'Allen Lanier (Blue Oyster Cult, alors intime avec Patti) parfaits compléments de ce qui deviendra le "Group" dès le suivant, Radio Ethiopia. Présentement, c'est une Patti Smith survoltée, qui se dévoile sur son inaugural long-jeu, une Patti Smith en marraine de la scène punk new yorkaise alors en développement, une Patti Smith qu'on n'a aucun mal à imaginer en avant-gardiste de toutes les consœurs (de Chrissie Hynde à Debbie Harry, de Courtney Love à Beth Ditto) qui afficheront le droit, que dis-je la légitimité de rocker avec les c***les en-dedans sans craindre la comparaison avec la mâle majorité. Parce qu'encore plus que les chansons (qui, ceci dit, se défendent très bien, de Gloria adapté/remanié de Van Morrison à l'épique final Land convoquant le fantôme psychédélisé d'un autre Morrison, Jim), c'est par son intensité particulière, sa capacité à faire de l'art ET de la sueur ET du sang que la Dame se démarque, s'impose.

Horses est un grand album. Horses est un album important, influent, aussi. Un indispensable d'une artiste qui ne l'est pas moins.


1. Gloria 5:57
Part I: "In Excelsis Deo"
Part II: "Gloria"
2. Redondo Beach 3:26
3. Birdland 9:15
4. Free Money 3:52
5. Kimberly 4:27
6. Break It Up 4:04
7. Land 9:25
Part I: "Horses"
Part II: "Land of a Thousand Dances"
Part III: "La Mer(de)"
8. Elegie 2:57
Bonus
9. My Generation (Live) 3:16


Patti Smith – vocals, guitar
Jay Dee Daugherty – drums, consultant
Lenny Kaye – guitar, bass guitar, vocals
Ivan Kral – bass guitar, guitar, vocals
Richard Sohl – keyboards
&
Allen Lanier – production, guitar, keyboards
Tom Verlaine – guitar


SUPPLEMENT (bis)
The Runaways "The Runaways" (1976)
ou "Girls go crazy!"


Avant les Riot Grrrls il y avait les Runaways. Bon, il y en a eu d'autres mais les Runaways, par leur mélange de séxualité faussement innocente et d'agression rock'n'rollesque, se posaient un peu là.

Et donc, voici 5 post-adolescentes rageuses et leur producteur, Kim Fowley, qui tire les ficelles, bien sûr, mais  a aussi le cran de miser sur un diamant brut alors encore mal dégrossi jusqu'à la finalité : l'album ! Dans l'imagination du monsieur, en tête de gondole, il y a une Cherrie Currie, d'ailleurs seule présente sur la pochette de l'album, petite bombe de sexualité décomplexée affichant souvent des tenues scéniques outrageuses quoique minimalistes, la parfaite frontwoman pour pareil exercice glamo-punko-rockant qui n'a, cependant, pas grand chose à voir avec les agitations frénétiques secouant alors la Grosse Pomme (ne vous laissez pas berner par la reprise du Rock & Roll du Velvet Underground) et la Perfide Albion, parce que c'est de fun dont il s'agit surtout ici, ce qui n'est pas vraiment étonnant considérant que nous avons affaire à une formation poussée sous le soleil de Californie. Ce qui n'empêche pas d'envoyer du bois ou d'être positivement, si épisodiquement, en colère mais, bon, voilà quoi. De bout en bout l'album convainc. Parce qu'il y a les irrésistibles coups de boutoir introductifs que sont Cherry Bomb et You Drive Me Wild, archétypique de l'énergie musicale et sexuelle développée par le quintet, et parce que le reste accompagne bien cette doublette et que le groupe est largement aussi compétent (et plus sensuel !) que ce qu'on attendrait d'une pareille aventure sur le versant testostéroné.

Les Runaways n'ont rien inventé ? Vrai... et faux. Elles ont inventé le girl group électrique, la possibilité pour une bande de nanas d'en remontrer à un music business trop souvent machiste, ouvrant ainsi la voie... à hélas toujours trop peu de groupes aujourd'hui (les habitudes ont la vie dure !). Parce qu'une fille peut être autre chose qu'une groupie, choriste, vocaliste voire bassiste comme le prouvent, mais ne le prouveront plus jamais aussi explosivement ou résolument, les Runaways sur un premier album toujours aussi recommandé.


1. Cherry Bomb 2:18
2. You Drive Me Wild 3:22
3. Is It Day or Night? 2:45
4. Thunder 2:31
5. Rock & Roll 3:17
6. Lovers 2:09
7. American Nights 3:15
8. Blackmail 2:41
9. Secrets 2:43
10. Dead End Justice 7:01


Cherie Currie - lead vocals, keyboard on "American Nights"
Joan Jett - rhythm guitar, vocals
Lita Ford - lead guitar, backing vocals
Jackie Fox - bass, backing vocals
Sandy West - drums, backing vocals

vendredi 29 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 6ème Tour (supplément)

Encore un peu vert !
Une première œuvre pas tout à fait mûre.

Vert. Pas encore mûr ? Pire ! Différent... C'est un autre phénomène en fait, quand un groupe change au point d'en devenir quasiment méconnaissable. Ca fait des albums "vilain petit canard" comme le From Genesis to Revelation de Genesis, le Rocka Rolla de Judas Priest (un peu moins) ou...

Scorpions "Lonesome Crow" (1972)
ou "Lonesome kraut"


Peut-être parce qu'il est très différent du reste de leur catalogue, Lonesome Crow fait - pour beaucoup - figure de vilain petit canard dans la discographie des éminents teutons de Scorpions, un à l'instar d'un Rocka Rolla pour Judas Priest. Grave erreur.

En fait, le Scorpions de Lonesome Crow n'est pas encore le vrai Scorpions. En effet, le line-up présent sur cet album ne survivra pas à cet album et, en particulier, au départ de leur guitariste soliste, Michael Schenker, recruté par les anglais de UFO qui l'avaient repéré alors que Scorpions ouvraient pour eux. C'est donc un Scorpions nouveau qui poursuivra son ascension et pas celui de Lonesome Crow le groupe ne reprenant - dans sa nouvelle formation - sous ce nom que pour capitaliser sur sa réputation Outre-Rhin.

Mais revenons à Lonesome Crow même et à sa personnalité si atypique. Si pas mal d'éléments - à commencer par la voix de Klaus Meine - sont déjà présents, l'orientation ouvertement "kraut" ne fera pas flores. C'est d'autant plus dommage que Lonesome Crow fonctionne excellemment bien. La dose de psychédélisme et de progressisme que les Schenker, Meine & Co ont réussi à insuffler dans leur Hard Rock le rend d'autant plus savoureux et intéressant. Alors, certes, tout n'est pas parfait à commencer par la production qui, pour être propre, n'offre pas aux compositions l'écrin à la hauteur de leur qualité (pas que ça empêche d'apprécier l'album, notez bien) mais ça reste du cependant du bon boulot. Les compositions, elles, sont toutes de bonne qualité même si In Search of the Peace of Mind et l'épique Lonesome Crow se détachent du lot. On remarquera, en particulier, les performances du jeune Michael (alors âgé de seulement 17 ans) qui s'impose dés sa première apparition discographique comme un soliste de tout premier ordre.

Vous avez donc ici un album qui surprendra ceux qui pensent tout connaître de Scorpions mais ont scrupuleusement évité cet album du fait de sa peu élogieuse réputation et qui ravira ceux qui n'aiment pas particulièrement le Hard Rock de Scorpions mais apprécient le Rock Allemand Progressif (aka Krautrock) des 70's. Personnellement, j'adore.


1. I'm Goin' Mad 4:53  (vidéo d'époque, ça mérite le coup d'œil !)
2. It All Depends 3:30
3. Leave Me 5:06
4. In Search of the Peace of Mind 4:59
5. Inheritance 4:41
6. Action 3:56
7. Lonesome Crow 13:31


Klaus Meine - vocals
Michael Schenker - lead guitar, backing vocals
Rudolf Schenker - rhythm guitar, backing vocals
Lothar Heimberg - bass guitar, backing vocals
Wolfgang Dziony - drums, percussion, backing vocals



.Recyclé de la Caverne d'Ali Baba.

jeudi 28 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 6ème Tour

Encore un peu vert !
Une première oeuvre pas tout à fait mure.

C'est toujours émouvant les premiers pas... Bébé s'appuie sur la table basse du salon, pousse sur ses bras, vacille un peu mais finalement avance... avant de vite retomber. En musique, je vous parle d'un temps etc., c'est un peu la même chose, les débuts sont parfois troublés par la jeunesse de leurs compositeurs, l'incertitude qui plane encore sur le style, le son...

Van der Graaf Generator "The Aerosol Grey Machine" (1969)
ou "Le Premier Pas"


...Parce qu'en 1969, Van der Graaf Generator n'est pas encore l'écorché vif d'un rock progressif britannique triomphant (de Yes à ELP en passant par Genesis et King Crimson, pour le "top of the iceberg"), le misfit ultime, plus primitif, séminal, enragé que ses petits copains sympho-kek-chose, mais moins expérimental que les allumés du cerveau du Rock in Opposition (qui viendra plus tard trépaner les neurones avec Henry Cow et ses successeurs, le free punk du prog, pour situer). Bref...

1969 : Aerosol Grey Machine, est sensé être le premier album d'un jeune artiste du nom de Peter Hammill,  il finira par être attribué au groupe auquel il participait et qui vient tout juste de se reformer : Van der Graaf Generator. Clairement, dès l'entame, on sent que peu de moyens ont été alloués à cette production, c'est cru, brut de décoffrage. Musicalement, entre folk, psychédélisme 60s et soupçons du progressisme que développera bientôt la formation, c'est une vague si sympathique approximation du mastodonte fragile que nous connaissons tous, cette créature indomptable (et au jour d'aujourd'hui toujours indomptée) capable des douceurs les plus émouvantes comme des saillies les plus radicales où Hammill se mue en proto-punk lettré. Le Van der Graaf Generator de 1969 est plus tempéré, ce n'est pas encore ce fauve rugissant mais un mignon gros chaton qu'on recueillerait presque en son foyer (j'exagère bien sûr, mais pas tant...). Il y a évidemment de bonnes choses sur cet inaugural long-jeu parce qu'Hammill sait déjà trousser une chanson et l'interpréter de tout son cœur : l'harmonieux Afterwards où l'orgue de Banton et le falsetto de Peter font merveille, la pièce progressive Orthenthian St. ou Into a Game où les indices des constructions émotionnelles à venir sont évidents, l'efficace et gothique Necromancer même s'il prête un peu à sourire... Et quelques autres mais, soyons clair, ce n'est ni Pawn Hearts ni Still Life. Et d'ailleurs, au line-up, qui ne survivra pas à la session, manquent le saxophone et la flute de David Jackson et, évidemment !, la guitare électrique d'Hammill si distinctive, si essentielle au développement du SON Van der Graaf Generator.

Probablement fallait-il en passer par là, et nul doute que les afficionados de la formation y trouveront leur compte... Bientôt, la chenille brisera son cocon et se transformera en resplendissant, et probablement venimeux, papillon (The Least We Can Do Is Wave to Each Other, 1970). En 1969, tout est presque là, mais reste à définir, raffiner. Tout ceci fait d'Aerosol Grey Machine un album accessoire d'une discographie qui n'en connaîtra pas d'autres, sympathique mais accessoire.


1. Afterwards 4:58
2. Orthenthian St., Pts. 1 & 2 6:18
3. Running Back 6:35
4. Into a Game 6:56
5. Ferret & Featherbird 4:33*
6. Aerosol Grey Machine 0:46
7. Black Smoke Yen 1:26
8. Aquarian 8:21
9. Giant Squid 3:19*
10. Octopus 7:57
11. Necromancer 3:29
* bonus


Peter Hammill – lead vocals, acoustic guitar
Hugh Banton – piano, organ, percussion, backing vocals
Keith Ellis – bass
Guy Evans – drums, percussion
&
Jeff Peach – flute

mercredi 27 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 5ème Tour (supplément)

Sugar Sugar
Une œuvre narcotique, le type de drogue n'a pas d'importance.

Après le Sweet Smoke d'hier, j'ai voulu vous proposer, en guise de supplément, l'autre évidence qui m'était venue sur le thème de la musique narcotique, pour le genre bien sûr mais aussi pour le légendaire morceau titre... Plus que tout autre album de reggae, en fait. Enjoie !

Peter Tosh "Legalize It" (1976)
ou "C'est du bon, man!"


Premier album du Wailer Peter Tosh et, de part sa chanson titre, hymne à la libre fumette, Legalize It est ce qu'il est convenu d'appeler un grand classique du reggae.

Attention, la libre fumette, pour Peter et ses amis Rastafari, c'est un machin spirituel, pas seulement une défonce de petit occidental trop bien nourri... Mystique ! Forcément, ça donne une autre portée au titre comme au reste d'un album combattant, pourtant le moins politique de la carrière de Sir Tosh ici à ses prémices (Legalize It est le premier album après la rupture d'avec Bob "vous-savez-qui"et ses Wailers).

Musicalement, c'est un Rolls Reggae Roots qui nous est proposée. Et un line-up de toute première bourre avec les bientôt légendaires Sly & Robbie à la rythmique, un bout des I-Threes, exceptionnellement délogées de chez les Wailers et présentement supplémenté de Bunny Wailer venu prêter la voix à son vieux pote, aux chœurs... Etc. (du lourd !). Et d'excellentes chansons avec, en particulier, le précité Legalize It, le fataliste et émouvant Why Must I Cry ou le joyeux Ketchy Shuby. Juste quelques exemples, highlights, d'un album appréciable de bout en bout.

Un classique le Tosh inaugural ? Oui da !


1. Legalize It 4:35
2. Burial 3:54
3. What'cha Gonna Do? 2:25
4. No Sympathy 4:35
5. Why Must I Cry 3:08
6. Igziabeher (Let Jah Be Praised) 4:37
7. Ketchy Shuby 4:53
8. Till Your Well Runs Dry 6:09
9. Brand New Second Hand 4:03
Bonus
10. Ketchy Shuby (instrumental) 3:16


Peter Tosh – guitar, keyboards, vocals
Al Anderson – guitar
Robbie Shakespeare – bass
Sly Dunbar – drums
Tyrone "Organ D" Downie – keyboards
Donald Kinsey – guitar
Robbie "Ras" Lee – harmonica
Rita Marley – background vocals
Judy Mowatt - background vocals
Bunny Wailer – background vocals

Et en bonus du supplément, chanceux que vous êtes !, une compilation maison sur le thème de la fumette postée initialement dans la Caverne d'Ali Baba en 2011 avec le texte qui l'accompagnait :

V/a "Light One Up: a Cannacompilation" (2011)
ou "Tant qu'il y aura de l'herbe..."

Bande de petits veinards, je suis en veine compilatrice dernièrement ! Et donc, je vous ai concocté le volume deux des compils de la Caverne.

Cette fois-ci, le sujet est nettement plus léger (le premier était consacré aux chansons anti-guerre, nda), fumeux même diraient certains et pourtant, certains artistes sont communs au deux compilations ! De là à dire que la ganja rend pacifiste il n’y a qu’un pas que je vous laisserai la responsabilité de franchir…

Bref, j'espère que vous apprécierez cette sélection que j’ai voulu la plus variée possible. Je vous engage aussi à réfléchir aux chansons que vous aimeriez voir figurer sur le volume 2* et que je pourrais ne pas connaître.

Et, maintenant, let's light one up!

1. Peter, Paul & Mary "Puff the Magic Dragon" 3:25
2. Rick James "Mary Jane" 4:55
3. Sinsemilia "Dans l'Camion/Douanier 007" 4:06
4. Muddy Waters "Champagne and Reefer" 4:35
5. Bob Marley & the Wailers "Kaya" 3:12
6. Cab Calloway "Reefer Man" 2:50
7. Neil Young "Roll Another Number (for the Road)" 3:02
8. Black Sabbath "Sweet Leaf" 5:00
9. Hubert-Félix Thiéfaine "La Fille du Coupeur de Joints" 3:50
10. Bob Dylan "Rainy Day Woman #12 & 35" 4:31
11. Peter Tosh "Legalize It" 4:37
12. Steppenwolf "Don't Step on the Grass, Sam" 5:31
13. Tom Petty "You Don't Know How It Feels" 4:45
14. Lords of Acid "Marijuana in Your Brain" 3:52
15. Ben Harper "Burn One Down" 3:27
16. Johnny Osbourne "Marijuana Tree" 3:27
17. Serge Gainsbourg "Cannabis" 2:24
18. Fraternity of Man "Don't Bogart Me" 3:02
19. Joe Cocker "Let's Go Get Stoned" 7:19

* volume 2 que je m'engage à faire et à poster chez Keith si je réunis assez de propositions.

mardi 26 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 5ème Tour

Sugar Sugar
Une oeuvre narcotique, le type de drogue n'a pas d'importance.

Cette fois, c'est l'évidence qui s'est imposée. De la pochette (que j'aime beaucoup, et vous ?) au trip musical, tout est là pour faire du Just a Poke de Sweet Smoke l'ultime œuvre narcotique... Enjoie (avec modération !)

Sweet Smoke "Just a Poke" (1970)
ou "Fumeux !"


"Juste une taffe ! Allez, goûte donc, mais goûte donc... Tu verras, c'est bon." Cette scène, préambule probable d'une prochaine campagne jointe des ministères de la Jeunesse et des Sports, de l'Intérieur et de Santé (la santé, pas la prison... quoique), pourrait aussi être un excellent teaser pour le premier album des fumeux Sweet Smoke, Just a Poke. Parce que l'album, en archétype freak-o-stoner, se pose un peu là avec son cocktail de psychédélisme progressif jazzy et ses deux longues et jammesques compositions.

Quand on analyse un peu l'affaire, on est surpris que ce groupe produit par Rosie Schmitz et Winfried Ebert, pas aussi fameux que Conny Plank, metteur en son attitré de nombres de formation de Kraut Rock (et qui fait d'ailleurs office d'ingé son), mais du même accabit, soit en fait composé de cinq juifs new yorkais relocalisés dans une communauté hippie d'outre-Rhin. Et puis la musique, il faut bien le dire, est plus fleurie et chamarrée que ce que le "rock au chou" se préparait à nous servir frontalement en ces naissantes 70s (de Faust à Neu! en passant par Can). Parce que Sweet Smoke jamme, certes, mais groove aussi pas mal, et trippe comme si on était en 1967 à San Francisco... Et, crévindiou, qu'est-ce que c'est bon ! On visualise volontiers à l'écoute l'ambiance enfumée et "encachetonnée" qui reignait lors de sessions qu'on imagine aussi épiques que chaotiques, dans le bon sens du terme, ce genre de chaos qui permet à 5 possédés envapés qui, c'est le miracle de Just a Poke, à malgré tout à jouer ensembles et, ce faisant, à nous communiquer le plaisir joueur qu'ils prirent à enregistrer la chose.

Trois ans plus tard, avec une formation gonflée de quelques guests du cru, Sweet Smoke tentera de revenir essayant de reproduire son exploit originel. Mais le temps était passé et le groupe ne parvint qu'à approximer la formule qui avait si bien fonctionné. Darkness to Light (le successeur en question) n'est pas exactement un mauvais album, il manque juste ce souffle de folie, de cette possession psychotrope qui marquait un Just a Poke à partir de là unique en son genre.


1. Baby Night 16:24
incl. ″In The World Of Glass Teardrops″, ″The Soft Parade
2. Silly Sally 16:22


Andrew Dershin – bass
Jay Dorfman – drums and percussion
Marvin Kaminowitz – lead guitar, vocals
Michael Paris – tenor sax, alto recorder, vocals, percussion
Steve Rosenstein – rhythm guitar, vocals


BONUS (parce que c'est sur le même cd)
pochette moche !
 Darkness to Light (1973)

 1. Just an Empty Dream 4:20
 2. I'd Rather Burn Than Disappear 4:15
 3. Kundalini 13:25
 4. Believe Me My Friends 4:29
 5. Show Me the Way to the War 5:30
 6. Darkness to Light 12:51

 Michael Paris – sax, flute, vocals
 Marvin Kaminowitz – guitar, vocals
 Steve Rosenstein – guitar, vocals
 Rochus Kuhn – violincello
Jeffrey Dershin – piano, percussion, vocals
Andrew Dershin – bass
Jay Dorfman – drums
&
Marty Rosenberg – percussion on "Kundalini" and "Believe Me My Friends"
Puppa Kuhn – flute on "Darkness to Light"
Peter von de Locht – alto saxophone on "Darkness to Light"

lundi 25 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 4ème Tour (supplément)

Life on Mars?
Une musique d'une autre planète ou presque.

J'ai vraiment été surpris, hier, sauf erreur ou omission d'un grand joueur à qui je présente d'avance mes plus plates excuses, que, pour le thème de la musique d'une autre planète, personne n'ait pensé à LA référence française en la matière : MAGMA !  Alors, voilà, c'est fait... Bienvenue sur Kobaïa !

Magma "Mekanïk Destruktïw Kommandöh" (1973)
ou "Kobaïa attacks!"


D'une autre planète ! Peut-on faire plus alien que le cabaret prog science-fictionneux de Christian Vander et sa troupe d'allumés cosmiques ?

Ecoutez donc l'intro d'Hortz Fur Dëhn Stekën West, ouverture du légendaire Mekanïk Destruktïw Kommandöh, on y a l'impression d'entrer dans le domaine d'un Evil Emperor d'une galaxie far far away... C'est magistral et décadent à la fois, imposant et bizarroïde aussi... C'est Magma !

Et Magma ce sont surtout les drôles d'obsessions d'un petit gars de Nogent sur Marne, fils adoptif du pianiste de Claude Nougaro (Maurice Vander), batteur/vocaliste/pianiste/compositeur/inventeur de sa chose dont la musique est tellement d'ailleurs qu'elle a sa propre langue (le kobaïen), et son propre univers où l'on croise aussi bien John Coltrane que Stravinski/Orff/Stockhausen (etc. pour le côté contemporain de l'affaire) ou King Crimson... Re-haché à la sauce Zeuhl, bien sûr !, puisque c'est ainsi que Christian Vander étiquette le style, l'improbable fusion de sa formation. Pour les newbies, on décrirait volontiers Magma comme une sorte de jazz progressif polyphonique mutant, un genre où la liberté coltranienne, l'expérimentation harmonique stravinskienne et la sombre majesté crimsonienne se rejoignent.

Et donc Mekanïk Destruktïw Kommandöh , le Sgt Pepper, le Red, le Pet Sounds, le Love Supreme de la formation francilienne... Leur magnum opus de l'avis général. Parce que l'album est bouillant, trippant, transcendantal presque. Un album moins jazz que ne le furent ses prédécesseurs et où l'addition d'un vocaliste aussi frapadingue que Klaus Blasquiz apporte sa pierre à l'édifice. Et quel édifice ! Un majestueux, ténébreux et fantasque opéra spatial, opéra parce que les voix c'est important chez Magma, qui vous prend à la première seconde, vous entraîne au passage dans les méandres de la création Vanderienne, méandres où les possibles se dissolvent dans le bouillant magma (je devais bien la faire celle là) d'une "créativite" (virus intersidéral bien documenté) débordante, pour vous laisser, exsangue mais heureux, 38 intenses mais trop courtes minutes plus tard... Un immense (space) trip, quoi ! Alors, évidemment, cette musique se gagne, demande de multiples écoutes pour être pleinement et parfaitement appréhendée, elle n'en aura qu'une plus grande endurance, une supérieure résistance aux usures du temps.

Parce qu'une fois gagné, une fois exploré les autres splendeurs du catalogue de Kobaïa-Prime (de Magma donc, avec en priorité Köhntarkösz ou Ẁurdah Ïtah, parce que le zeul de Christian a fait des petits ailleurs, jusqu'au japon), on revient invariablement à M.D.K., un chef d'œuvre, un vrai !


1. Hortz Fur Dëhn Stekëhn West 9:34
2. Ïma Süri Dondaï 4:28
3. Kobaïa Iss de Hündïn 3:35
4. Da Zeuhl Wortz Mekanïk 7:48
5. Nebëhr Gudahtt 6:00
6. Mekanïk Kommandöh 4:08
7. Kreühn Köhrmahn Iss de Hündïn 3:14


Christian Vander : batterie, chant, orgue, percussions
Jannick Top : basse
Klaus Blasquiz : chant, percussions
Jean-Luc Manderlier : piano, orgue
René Garber : clarinette basse, chant
Claude Olmos : guitare
Stella Vander : chant
Muriel Streisfield : chant
Evelyne Razymovski : chant
Michèle Saulnier : chant
Doris Reinhardt : chant
Teddy Lasry : basse, flûte

dimanche 24 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 4ème Tour

Life on Mars?
Une musique d'une autre planète ou presque.

Comme ça, à la première impression, le thème appelait à de la science-fiction musicale, ou à un genre si totalement alien qu'on l'aurait pu croire joué par des individus d'un autre monde... Vous vous en doutez, je ne manquais pas de matériel sur le sujet, à la limite j'en avais trop, même... Et puis, et puis, et puis...

Fela Kuti & the Afrika 70 "Gentleman" (1973)
ou "Planet Afrika"


D'une autre planète... l'Afrique ! Pas une Afrique de carte postale, une Afrique ouverte sur le monde, violente souvent, sensuelle toujours, à la fois si proche et si loin de nous...

De la riche discographie de Fela, Gentleman est celui que je préfère (suivi de près par Confusion de 1975 auquel il est groupé dans la présente réédition), un album politique bien-sûr, comme le fut toute l'œuvre de Fela Anikulapo Kuti, un album pour lequel il a spécialement appris à jouer du saxophone afin de remplacer, au cours des sessions, un Igo Chico démissionnaire, il impressionne dans l'exercice, d'ailleurs sur un album suant et groovant, tribal et jammy, chaud, lourd, céleste... Tout ça !

Comme à l'accoutumé dans l'afrobeat de Fela, ce funk de la jungle, jazzy et libre dont il est le géniteur, les pistes sont longues, largement improvisés, avec de vibrantes chorales tribales, de rutilants cuivres et de trépidantes rythmiques panafricaines. C'est vibrant, aussi étourdissant de virtuosité que de vérité, une musique de ghetto pour sortir du ghetto, un gospel impossible pour le droit des hommes.

A la mort de Fela Kuti, on a pleuré la mort d'un grand homme , pas seulement d'un grand homme africain, d'un grand musicien aussi dont l'impressionnant catalogue est évidemment à revisiter souvent, religieusement. Gentleman, en diamant sur la couronne,  est une parfaite introduction à l'homme et à son art.


Gentleman (1973)
1. Gentleman 14:32
2. Fefe Naa Efe 8:06
3. Igbe 8:14
Confusion (1975)
1. Confusion 25:35


Fela Ransome-Kuti – alto saxophone, arrangements, electric piano, production, tenor saxophone, vocals
Tunde Williams – trumpet
Igo Chico – tenor saxophone (tracks 2, 3)
(autres musiciens inconnus)

samedi 23 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 3ème Tour (supplément)

Music from the North Country
Un seul mot d'ordre: Nordique!

Un (gros) bonus venu du nord, de Finlande plus particulièrement, qui permettra à ceux n'ayant que modérément gouté aux exactions metallogènes d'hier. C'est du lourd, c'est du sérieux, c'est du beau... Enjoie !

Jean Sibelius "The Complete Symphonies (Leonard Bernstein)" (2003)
ou "Finnish what you started"


Compositeur finlandais majeur, sans doute le seul qu'un mélomane lambda serait capable de citer, Jean Sibelius, eut un rôle historique dans l'histoire de l'indépendance de son pays de part le poème symphonique Finlandia (l'hymne non-officiel d'un pays qui en est dépourvu) ayant servi à l'autodétermination de la nouvelle nation de la Grande Russie. Sibelius est donc un compositeur nationaliste, enfin, nationaliste dans l'acceptation particulière de la circonstance.

Outre Finlandia, Sibelius est évidemment connue pour son œuvre symphonique imposante encore régulièrement jouée par les plus grands solistes dirigés par les plus grands chefs d'orchestre. C'est justement à cette partie importante des travaux du compositeur que Leonard Bernstein s'intéresse sur cette intégrale de ses symphonies comprenant aussi le poème symphonique pour soprano et orchestre Luonnotar et un autre, instrumental celui-ci, le florissant Pohjola's Daughter.

Côté son, cette intégrale est une Rolls, rien à redire. Côté musique, bien que globalement de belle qualité, c'est plus inégal. Si la 4ème et la 7ème sont des modèles de transcriptions réussies, un tour de force en particulier sur la dépressive et austère 4ème, la 5ème souffre d'un traitement trop affecté l'entrainant trop loin de l'ascèse orchestrale souhaitable. Rien de vraiment dramatique mais pas tout à fait la version escomptée. Un petit désagrément qui ne ternit pas l'exploration, de 1899 à 1924, du catalogue symphonique de Sibelius. On y retrouve ses influences de jeunesse (WagnerTchaikovsky, Bruckner) de mieux en mieux digérées les années passant et son style s'affirmant.

In fine, imparfaite mais foncièrement honnête, Bernstein n'ayant jamais perdu son temps à s'interesser à autre chose que ce qui l'émouvait, cette intégrale est un excellent pied à l'étrier à qui veut découvrir un compositeur ne dépassant que trop rarement la sphère des amateurs de musique classique. Dommage, il y a de vrais merveilles ici !


CD 1
Symphony No.1 in E minor, op.39
1. I. Andante ma non troppo - Allegro energico 10:29
2. II. Andante (ma non troppo lento) 9:16
3. III. Scherzo. Allegro 5:05
4. IV. Finale (Quasi una fantasia). Andante - Allegro molto 11:57
Symphony No.3 in C major, op.52
5. I. Allegro moderato 9:58
6. II. Andantino con moto, quasi allegretto 8:27
7. III. Moderato - Allegro (ma non tanto) 8:02

CD 2
Symphony No.2 in D major, op.43
1. I. Allegretto 9:29
2. II. Tempo Andante, ma rubato 14:47
3. III. Vivacissimo - (attacca) 5:41
4. IV. Finale. Allegro moderato 14:42
Luonnotar, op. 70
5. Luonnatar 8:15
Pohjola's Daughter, op. 49
6. Pohjola's Daughter 12:40

CD 3
Symphony No.4 in a minor, op.63
1. I. Tempo molto moderato, quasi adagio 11:09
2. II. Allegro moto vivace 5:20
3. III. Il tempo largo 11:17
4. IV. Allegro 11:47
Symphony No.5 in E-flat major, op.82
5. I. Tempo molto moderato - Largamente 8:22
6. II. Allegro moderato - Presto 4:52
7. III. Andante mosso, quasi allegretto 9:51
8. IV. Allgro molto - Un pochettino largamente - Largamente assai 9:39

CD 4
Symphony No.6 in d minor, op.104
1. I. Allegro molto moderato
2. II. Allegretto moderato
3. III. Poco vivace
4. IV. Allegro molto - Allegro assai - Doppio piú lento
Symphony No.7 in C major
5. Adagio - Vivacissimo - Adagio - Allegro molto moderato - Allegro moderato - Vivace - Presto - Adagio - Largamente molto - Affettuoso

(les extraits ne correspondent pas forcément exactement aux enregistrements mais tous sont dirigés par Bernstein)

Leonard Bernstein - direction
New York Philarmoniqc Orchestra
&
Phyllis Curtis - soprano (Luonnatar)

vendredi 22 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 3ème Tour

Music from the North Country
Un seul mot d'ordre: Nordique!

J'aurais pu faire dans le consensuel... J'avais pensé au Chansons des Mers Froides du regretté Hector Zazou, un excellent choix à mon avis mais je vois bien Sb ou Jimmy (ou un autre, je ne suis pas devin !) avoir décroché cette pépite. Bref, j'ai opté pour du radical aussi, un petit conseil, cliquez sur les morceaux pour accéder aux extraits, ils devraient suffire à la plupart d'entre vous. Et promis, demain, je mets la pédale douce.

Solefald "An Icelandic Odyssey Pt. 1 & 2" (2005/06)
ou "Sagaglagla"


Il fait froid en Norvège, pas étonnant que des hordes de chevelus agités, défourailleurs de décibels en fusion en déboulent, on se réchauffe comme on peut.

Mais, présentement, l'ambition le dispute aux gigotations et autres excès sonores en tous genres parce que Solefald n'est pas le groupe de Metal de base lui qui, depuis les débuts de sa carrière, expérimente avec la grammaire du genre jusqu'à le rendre méconnaissable. Présentement, il n'y a qu'a observer la composition des line-ups pour se convaincre qu'on n'est pas tombé sur une bande demi-sels atrophiés du bulbe ni d'intégristes furieux incapable de quelque évolution que ce soit.

D'ailleurs, l'évolution, c'est un peu le fond de commerce du duo à la barre de l'entreprise : partis d'un Black Metal bizarroïde où s'imbriquaient des genres à priori incompatibles (jazz, pop, classique, punk, prog, etc.), ce qu'il est convenu d'appeler de l'Avant-Garde Black Metal, il atterrissent ici, sans qu'on s'y soit vraiment attendu, dans le Viking Metal avec un double concept album (ambitieux, vous dis-je !) écrit et enregisté en Islande dépeignant les affres d'un poète amoureux tragique d'une reine, nordic style !
Musicalement, si la base est indéniablement à chercher dans la galaxie black-metalleuse, les mélodies néo-folkloriques inventées pour la circonstance, l'instrumentation riche d'apports bienvenus (voix féminines, saxophone, violoncelle, violon), et bien sûr l'imagination de deux maîtres d'œuvre, le poussent vers un ailleurs inaccessible à la plupart de leur collègues quoiqu'on puisse soulever quelques similitudes avec Vintersorg ou Borknagar. Ce n'est pas dur, pour se rendre compte à quel point cet ensemble peut surprendre, il suffit d'enfoncer la touche play sur le premier volume, Red for Fire, où, sur les 30 premières secondes au moins de Sun I Call, on a l'impression d'avoir fait erreur et glissé un King Crimson millésimé dans la platine ou, plus loin, de croire reconnaitre les prog-folkeux de Renaissance sur le délicieusement mélodique et éthéré White Frost Queen. Et les surprises sont nombreuses qui s'accumulent dans une doublette d'albums sans compromis de part leur liberté stylistique pour une audience chevelue souvent connue pour son total manque d'ouverture d'esprit. Parce que Solefald souffle le froid et la chaud, la mélodie la plus douce et le déboulé le plus furieux avec une égale maîtrise, une identique classe.
On précisera que, des deux volumes, le rouge premier est le plus cohérent, le plus réussi aussi quand le noir, Black for Death, s'éparpille un poil trop pour reproduire l'exploit sans pour autant apparaitre indigne parce que, soyons clair, Solefald reste très au-dessus du lot des laborieux.

Groupe libre, qu'on conseillerait presque à ceux qui se croient allergique au metal en général et à ses penchants extrémistes en particulier, Solefald est un drôle d'animal qu'on recommandera à tous ceux qui aiment leur musique détachée de contingences stylistiques strictes et pourvue d'atours progressifs accueillants. Du vrai metal prog, en somme, du metal qui n'a pas peur de progresser.


Red for Fire (2005)
1. Sun I Call 6:19
2. Survival of the Outlaw 6:37
3. Where Birds Have Never Been 5:50
4. Bragi 1:18
5. White Frost Queen 6:57
6. There Is Need 5:53
7. Prayer of a Son (Poem) 1:47
8. Crater of the Valkyries 8:21
9. Sea I Called 5:34
10. Lokasenna 5:39

Black for Death (2006)
1. Red for Fire + Black for Death 3:55
2. Queen in the Bay of Smoke 5:34
3. Silver Dwarf 3:23
4. Underworld 1:15
5. Necrodyssey 3:47
6. Allfathers 5:56
7. Lokasenna Part 2 4:29
8. Loki Trickster God 5:50
9. Spoken to the End of All (Poem) 2:05
10. Dark Waves Dying 3:55
11. Lokasenna Part 3 4:47
12. Sagateller 5:45

Cornelius – vocals, guitar, samples
Lazare – vocals, keyboards, drums
&
- Red for Fire
Aggie Frost Peterson – vocals on "Sun I Call" and "White Frost Queen"
Sareeta – violin on all tracks except "There Is Need" and "Lokasenna"
Live Julianne Kostøl – cello on all tracks except "There Is Need", "Prayer of a Son (Poem)" and "Lokasenna"
Kjetil Selvik – saxophone on "Sun I Call"
Jörmundur Ingi – vocals on "Lokasenna"
- Black for Death
Kristoffer Rygg – vocals on "Loki Trickster God"
Aggie Frost Peterson – vocals on "Loki Trickster God"
Sareeta – violin on tracks 1, 2, 6, 8, 9, 10 and 12
Live Julianne Kostøl – cello on tracks 1, 2, 6, 8, 9 and 12
Kjetil Selvik – saxophone on "Underworld" and "Dark Waves Dying"
Jörmundur Ingi – vocals on "Lokasenna" compositions

jeudi 21 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 2ème Tour (supplément)

Teen Titan
Un disque usé jusqu’à la corde étant ado!

Bonus beat pour un album de début d'adolescence, un album marquant dont la richesse musicale a forcément influencé le mélomane qui sommeillait en moi... Et tant pis si Fracas est déjà passé par le commissariat hier.
 

The Police "Synchronicity" (1983)
ou "Vous avez demandé la police, ne quittez pas..."


Le dernier album  The Police. Je les avais découvert avec Ghost in the Machine où déjà le blond trio redéfinissait, transformait même !, le son qui avait fait d'eux une vraie success story.
Mais The Police est libre et s'il fut hâtivement assimilé à la vague punk/new wave (quand ses trois musiciens avaient régulièrement frayé avec des formations de jazz fusion ou de rock progressif, l'antithèse du punk, en somme), il a maintenant dépassé son hybride reggae rock et expérimente sans frontière avec les tous ses possibles sans jamais, cependant, perdre de vue que c'est de chansons dont il s'agit.

Et quelle collection d'icelles ! Evidemment, il y a Every Breath You Take, énorme tube que tout le monde a trop entendu (en diverses versions, certaines fort crapoteuses, il faut bien le dire), qui n'en demeure pas moins une belle chanson au texte si glauque, un amoureux à la jalousie maladive surveillant tous les faits et gestes de l'être convoité, qu'on rit forcément à son utilisation romantico-fleur bleue d'aujourd'hui. Le reste de la sélection est la continuation d'un trio libéré du style qui les avait imposé sur une triplette d'albums inaugurale de belle qualité.
De fait, comme sur Ghost in the Machine, 4ème opus et premier à se démarquer radicalement, les trois membres de The Police jouent les multi-instrumentistes et si, comme à l'habitude, à l'exception d'une petite chanson pour chacun des autres, Sting truste le songwriting, il est impossible de nier au si sous-estimé guitariste (et claviériste ici) qu'est Andy Summers et à l'incroyable batteur et précieux percussionniste que chacun sait qu'est Stewart Copeland, une part bien plus importante que celle de simples accompagnateurs. C'est évident pas le rôle de créateur d'ambiances qu'accomplit Andy Summers, guitariste discret plus intéressé par des parties texturantes et mélodiques que par de bêtes riffs, et auteur, au passage, de la dernière saillie punkoïde du groupe avec le furieux Mother. C'est flagrant sur tous les morceaux mais plus particulièrement sur les deux Synchronicity et Walking in Your Footsteps. Et que dire de Stewart Copeland dont les recherches percussives apportent une saveur world music encore inédite chez le groupe (Waling in Your Footsteps, King of Pain) et dont l'excellence et l'inventivité instrumentale ne sont pas pour rien dans la dynamique de chaque composition. C'est aussi sur Synchronicity, a bien des points annonciateur du Dream of the Blue Turtles de Sting solo, que des tentations de rapprochement avec le jazz (fusion) se font jour, discrètes sur O My God, plus définies sur Miss Gradenko et Wrapped Around Your Finger ou Murder by Numbers, elles restent néanmoins marginales, mais la graine plantée sur Ghost in the Machine, indéniablement, est en train de prendre.

Au bout du compte, album le plus éclaté et ambitieux stylistiquement du trio, Synchronicity laisse le sentiment de l'énorme gâchis que fut leur séparation. Ils en avaient encore forcément sous la pédale mais, épuisés par les tournées incessantes et les envies musicales divergentes de chacun, ils finiront par en tirer la conclusion qui s'imposait et se sépareront, quel dommage. Reste un album presque parfait (comme le reste de la discographie de The Police, d'ailleurs) finissant en beauté une trop courte carrière.


1. Synchronicity I 3:23
2. Walking in Your Footsteps 3:36
3. O My God 4:02
4. Mother 3:05
5. Miss Gradenko 2:00
6. Synchronicity II 5:02
7. Every Breath You Take 4:13
8. King of Pain 4:59
9. Wrapped Around Your Finger 5:13
10. Tea in the Sahara 4:19
11. Murder by Numbers 4:36


Sting - bass guitar, keyboards, lead and backing vocals, oboe, drum machine on "Synchronicity I", saxophone on "O My God"
Andy Summers - electric guitar, keyboards, lead vocals on "Mother"
Stewart Copeland - drums, xylophone, miscellaneous percussion

mercredi 20 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 2ème Tour

Teen Titan
Un disque usé jusqu’à la corde étant ado!
 
Petite réflexion préalable : Quel thème de M***e !* Du sadisme pur et simple parce que, franchement choisir 1 (UN !) album dans la multitude de merveilles qui peuplaient une adolescence d'accro à la musique, ça tient de la torture ! Alors j'en ai choisi 1 (UN !) parce qu'il le fallait bien, avec toute la frustration que ça suppose. En y repensant, le premier qui me soit venu à l'esprit (c'est toujours la première idée qui est la bonne). Et donc, amis Grands Joueurs, Toorsch, en voici un dans le lot, en espérant que le "bon goût" adulte ne vienne pas souiller les émotions juvéniles...

Metallica "Master of Puppets" (1986)
ou "A fond les ballons !"


Ce que j'ai pu l'écouter celui-ci ! Il y en a d'autres, bien-sûr, qui peuplèrent mes addictions musicales adolescentes (une cinquantaine !), mais vraiment, Master of Puppets se démarque...

D'abord pour le mélange d'énergie brute et de finesse progressive, parce qu'il n'y en a pas tant que ça des groupes capables de pondre un Battery, un Master of Puppets, un Welcome Home (Sanitarium), un Orion et un Damage Inc. sur le même album. Evidemment, l'instrumental, Orion est le plus progressif du lot mais il y a également de ça dans Welcome Home (Sanitarium) ou la chanson titre de l'album, tandis que Battery et Damage Incorporated rappellent à qui pourrait l'oublier que Metallica est encore alors un sacré groupe de thrash metal, en plus d'avoir élargi sa palette.
Elargi sa palette ? Pas tant que ça en fait, le prédécesseur de Master of Puppets, Ride the Lightning est du même (ardent) metal avec sa ballade épique (Fade to Black), son instru (The Call of Ktulu), et sa dose d'agression (l'imparable Fight Fire with Fire en tête)... Mais présentement, Metallica pousse encore plus la formule, perfectionne une approche à la fois mélodique et radicale du thrash metal qui fait alors d'eux un des prétendants au trône de "metal god"...
Evidemment, on loue les mérites de James Hetfield et Lars Ulrich, déjà tête penseuses et communicateurs du groupe, il ne faudrait pas pour autant en oublier un soliste fin et racé (Kirk Hammett) et un bassiste qui, de l'aveu du duo de leaders, a eu une importance prépondérante dans le développement de leur style, je veux bien sûr parler du regretté Cliff Burton dont les addictions au rock et prog 70s, relayées sur ses comparses, ont définitivement eu un impact dans la fusion générée par la formation.
Ha, s'il n'y avait la production de Flemming Rasmussen, le tableau serait parfait. Mais même avec elle, un peu trop cheap, un peu trop amateure, Master of Puppets reste un exceptionnel opus, un album justement louangé par quasiment tous les amateurs de metal (à part quelques intégristes ne jurant que par d'obscures formations, parce que ça fait bien). C'est, encore et toujours, une excellente porte d'entrée vers un genre (le thrash metal en particulier mais aussi le metal en général) souvent décrié pour son imbécilité et son absence d'imagination, deux défauts ici plus qu'absents, terrassés.

Forcément, tout le monde le connait... Pour une fois qu'un album artistiquement osé fait florès, on ne se plaindra pas.

PS: pour la première fois depuis longtemps, j'ai réécouté cet album du début à la fin. En suis-je toujours aussi fan ? Probablement pas. De nombreuses années ont passé, de nouvelles musiques sont venues s'ajouter à ma "palette", mais Master of Puppets (et Ride the Lightning avant lui) reste de ces œuvres fondatrices sans lesquelles je ne serais pas exactement celui que je suis aujourd'hui. Et un(très)  bon album aussi, plus aussi haut qu'avant dans mon "hall of fame" mais bien présent, indéracinable.


1. Battery 5:12
2. Master of Puppets 8:36
3. The Thing That Should Not Be 6:37
4. Welcome Home (Sanitarium) 6:27
5. Disposable Heroes 8:17
6. Leper Messiah 5:40
7. Orion 8:28
8. Damage, Inc. 5:29


James Hetfield – lead vocals, rhythm guitar, 1st guitar solo on Master of Puppets, 2nd guitar solo on Orion
Lars Ulrich – drums
Cliff Burton – bass, backing vocals
Kirk Hammett – lead guitar


Vous y avez échappé !
Van der Graaf Generator "World Record" (1976)
Thin Lizzy "Renegade" (1981)
Judas Priest "Screaming for Vengeance" (1982)
Iron Maiden "Piece of Mind" (1983)
Dio "Holy Diver" (1983)
The Cure "The Head on the Door" (1985)
Dire Straits "Brothers in Arms" (1985)
Marillion "Misplaced Childhood" (1985)
Peter Gabriel "So" (1986)
IQ "Nomzamo" (1987)
Hubert-Félix Thiéfaine "Météo Für Nada" (1988)
Les Garçons Bouchers "Tome 2" (1988)
King's X "Out of the Silent Planet" (1988)
Jacques Higelin "Tombé du Ciel" (1989)
etc. (comme nous le verrons demain !)
 
 
* mais, non, il est très bien ton thème, Toorschinounet !

mardi 19 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 1er Tour (supplément)

The Wear Don't Make the Monk!
Pochette hideuse mais disque génial.


Gong "Acid Motherhood" (2003)
ou "Mama mia que atrocidad"


Ne pas juger un livre par sa couverture, dit-on. Ne pas juger la rencontre (au sommet !) entre le collectif transnational psyché-space-prog Gong et deux membres des japonais barrés d'Acid Mothers Temple (d'où le titre de l'album, Acid Motherhood) parce que, franchement, la tête emperruquée de ce vieux grigou de Daevid Allen accolée au le corps doublé et "en-cloqué" d'une probable jeunesse sur fond de couleurs criardes en motifs géométriques... Horreur quoi !, du genre a faire fuir le plus téméraire des audiophiles.

Et quel dommage d'afficher pareille hérésie sur ce qui est la plus éclatante réussite du groupe depuis Gazeuse! (1976) ou You (1974), ultime partie de la trilogie Radio Gnome Invisible. On inclura à l'équation comparative de son excellence tous les "offshoot" de la planète Gong (qui sont pourtant nombreux et souvent fameux)... Oui, autant que ça ! Sans doute le sang frais de Kawabata Makoto et Cotton Casino (les deux Acid Mothers Temple temporairement additionnés au line-up, ce qui à vaut la présente formation le surnom d'Acid Mothers Gong) n'est-il pas étranger à ce salutaire regain de créativité mais, indéniablement, c'est du Gong, de l'Allen Gong dirait-on puisque le fils de David, Orlando Allen, y bat les peaux et que même madame (ex ?) Allen, Gilli Smyth y fait une très remarquée apparition (Supercotton). Enfin, même s'il n'est pas de la famille, il serait injuste de ne pas mentionner la présence de Josh Pollock d'University of Errors (l'autre groupe de Daevid Allen) tant son travail tout au long de l'album est formidable de fougue et de virtuosité utile.

Et la musique donc ? Du Gong, pardi ! Il y a ici toute la malice, toute l'inventivité foutraque d'Allen et, bien sûr, toutes ses histoires abracadabrantesques de monstres et créatures magiques... Certes, on a vu plus "cérébré" mais c'est très distrayant, ce qui n'est pas rien. Donc la musique est du Gong, c'est dit, mais pas seulement, Cotton Casino et Kawabata Makoto apportent naturellement leur lot de bizarreries et leur propension naturelle à alourdir le ton, une composante pas forcément très présente dans le Gong millésimé (et presque envahissante sur le long instrumental Makokoten). On n'en reste pas moins dans le progressif spatial et psychédélique de quelques hippies jamais redescendus (et qu'on ne voudrait surtout pas voir, ni entendre, redescendre), de vieux hippies encore très capables de douceurs acoustiques absolument charmantes (Waving). Et surtout présentement très inspirés sur un album sans titre faible et avec quelques vrais sommets (le précité et totalement maboule SupercottonMonstah! et son riff de la mort, Brainwash Me et son irrésistible groove chelou).

De fait, on se dit souvent que la fameuse Gnomique trilogie a fait de beaux petits et que Gong, ce qui se confirmera jusque 2032, dernier opus en date de ces grands allumés, mais plus jamais autant qu'ici. Parce qu'Acid Motherhood, petit miracle épisodique, rencontre bienheureuse sous l'œil riant de Saint Timothy Leary, est un immense album... Hélas fort mal emballé.


1. Ocean Of Molasses 0:32
2. Supercotton 8:36
3. Olde Fooles Game 2:08
4. Zeroina 2:56
5. Brainwash Me 3:58
6. Monstah! 2:31
7. Bible Study 0:30
8. Bazuki Logix 4:15
9. Waving 4:05
10. Makototen 13:36
11. Schwitless In Molasses 4:36


Daevid Allen – guitar, vocals
Kawabata Makoto – guitar, bouzouki
Cotton Casino – synthesizer, voice
Josh Pollock – guitar
Dharmawan Bradbridge – bass
Orlando Allen – drums
&
Gilli Smyth – vocals (on "Supercotton")
Greg Sheehan – percussion (on "Monstah!")
Kurt Schwitters – voice (on "Schwitless In Molasses")


(pochette alternative... c'est pas beaucoup mieux)

lundi 18 novembre 2013

Grand Jeu, 7ème Edition, 1er Tour

The Wear Don't Make the Monk!
Pochette hideuse mais disque génial.

pochette originale
Kraftwerk "Trans-Europe Express" (1977)
ou "Beau, beau ou laid"


A mater les gueules de premiers communiants des 4 teutons on pourrait croire qu'on a affaire à de la pop chrétienne ou autre ringarderie crétine du genre... Si on ne connait pas Kraftwerk, qui n'en sont plus alors à leurs premiers coups d'éclat, bien sûr. Coup de bol parce qu'un visuel pareil pour un premier album, c'eût été la cata assurée.

Au lieu de ça, Trans-Europe Express, sixième album des quatre de Düsseldorf, loin des explorations art-rock des trois premiers albums du début des années 70, est l'archétypale réussite d'une approche toute électronique entamée avec Autobahn (1974), qui tiendra le monde en haleine jusqu'au début des années 80 (Computer World, 1981) avant de se voir rattrapé par l'actualité et d'y perdre son particularisme, son unicité. Présentement, tout va encore très bien et Kraftwerk, fermement mené par la paire Ralf Hütter/Florian Schneider, produit une musique électronique jamais aussi abordable et mélodique qu'ici. Et tubesque avec un Showroom Dummies, un Trans-Europe Express ou un Metal on Metal/Abzug (ici séparés) et leur irrésistibles hooks dont les échos s'entendent jusque dans l'électro-pop et la dance music d'aujourd'hui, et un petit tour de force avec l'hommage à Franz Schubert, etc.

Etc. parce que tout l'album est un tour de force de mélodie et de minimalisme et, osons !, le sommet de l'œuvre de Kraftwerk qui n'en manque pourtant pas. Alors, évidemment, il y a la pochette repoussoir (heureusement masquée dans l'édition remasterisée de 2009 ici commentée), c'est bien le seul défaut d'un album sans faille d'une formation alors au sommet de son art.


1. Europe Endless 9:40
2. The Hall of Mirrors 7:56
3. Showroom Dummies 6:15
4. Trans-Europe Express 6:37
5. Metal on Metal 2:12
6. Abzug 4:55
7. Franz Schubert 4:26
8. Endless Endless 0:55

Ralf Hütter – voice, synthesizer, orchestron, synthanorma-sequenzer, electronics, producer
Florian Schneider – voice, vocoder, votrax, synthesizer, electronics, producer
Karl Bartos – electronic percussion
Wolfgang Flür – electronic percussion

Pochettes alternatives (édition internationale 1977, réédition 2009):

dimanche 17 novembre 2013

Have a Beautiful Zornday! (...et Cantatutti)

John Zorn "On the Torment of Saints, the Casting of Spells and the Evocation of the Spirits" (2013)
ou "Grace contemporaine"


Du John Zorn contemporain, du John Zorn mystique aussi, pas exactement la partie la plus abordable de l'œuvre du stakhanoviste New Yorkais mais un excellent examen des tréfonds d'un occiput dont on me murmure que la dissection ne déplairait pas à quelques neurochirurgiens parce que, tout ça part un seul homme, ce n'est définitivement pas humain.

On the Torments of Saints, the Casting of Spells and the Evocation of the Spirits (quel titre !) n'est que la 7 ou 8ème galette de l'an (selon que l'on compte le Painkiller sorti à la même date avant ou après), ce serait presque une petite année si ne s'annonçait déjà deux additions pour décembre... A 60 ans, John Zorn a encore donc la forme et l'inspiration, bonne nouvelle.

Concrètement, le présent opus se partage en 3 sections pour autant de formations.
Ca commence avec The Tempest qui porte bien son nom. Flute, clarinette et batterie, il n'en faut pas plus pour habiter cette pièce où se marient chaos et mélodie. En schématisant, on dirait que la batterie joue le tonnerre et le fracas du vent surpuissant détruisant tout, emportant tout quand les vents qui l'accompagnent jouent la pluie et les divers objets emportés par le souffle ravageur. En schématisant, donc, parce que les tourbillonnements de la flute et de la clarinette sont venteux aussi, et que la batterie, instrument trop peu utilisé en musique contemporaine conférant à la tempête dont il est question un petit quelque chose de jazzy pas désagréable, évoque à merveille le démembrement, le bringuebalement d'artefacts dépecés. Et c'est passionnant ! Epique ! Et, forcément, tumultueux. Savant et accessible à la fois, cinématique, et mélodique aussi, quoique rarement classiquement mélodique et, surtout !, jamais ennuyeux... En un mot comme en mille, formidable ! Un sommet zornien, rien de moins.
Vient ensuite All Hallows' Eve suite en 3 parties pour deux violoncelles et un violon. On y retrouve épisodiquement l'approche cartoonesque que Zorn a souvent du classique contemporain atonal pour une partition, par contre, plus austère que celles auxquelles ce traitement est habituellement réservé, en gros, si vous voulez vous marrer, il faudra repasser. Formellement, on y retrouve une de ces compositions mathématico-mystiques où Zorn se réfère autant à la sorcellerie qu'il s'intéresse à la construction comme nous l'expliquent les notes de pochettes (où comment perdre l'auditeur lambda dans des calculs de mesures en rapport à des œuvres de Webern et Schoenberg). Musicalement, sans le support (au moins mental) d'image évocatrices, le triplé de mouvements paraitra au mieux abscons, imbittable. Avec ? C'est une toute autre histoire et un sabbat inquiétant peuplé de stridences sombres et de lumières violentes.
Et finalement, The Temptations of St. Anthony, qui justifie l'usage d'un sommet de Savador Dali en illustration de couverture de l'alum, thème classique s'il en fut que Zorn traite avec la formation la plus développée du présent opus. C'est aussi l'œuvre la plus classique des trois pièces de l'album. On y retrouve une formation de chambre égrenant une série de figures dont on se doute que chacune représente une tentation de ce vieil Antoine, qui résistera ! Comme All Hallows' Eve, on regrettera l'absence d'un support visuel qui aurait indéniablement donné du corps à cette musique certes évocatrice mais un poil trop éclatée pour qu'on se laisse totalement emporter. A défaut, on peut se faire son film, si on veut, si on peut...

Toujours aussi prolifique, toujours aussi passionnant, John Zorn continue d'épater par sa capacité à toucher à tout sans jamais se perdre. C'est encore la cas dans cet On the Torments of Saints, the Casting of Spells and the Evocation of the Spirits (quel titre ! (bis)) où, si tout ne nous convainc pas également, rien ne déçoit vraiment non plus. Et puis, finalement, rien que pour le fantastique The Tempest, il devrait être impossible de s'en passer !


The Tempest
(a masque)

1. The Tempest 11:20
All Hallows' Eve
(satanic counterpoint for the witches' sabbath)

2. I - Matins 9:29
3. II - Lauds 4:09
4. III - Vespers 1:37
The Temptations of St. Anthony
(thirteen talismanic antiphons for piano and nine instruments)

5. The Temptations of St. Anthony 8:46


Jon Zorn - composition, production, direction
&
- The Tempest
International Contemporary Ensemble:
Claire Chase - flute
Joshua Rubin - clarinet, bass clarinet
Nathan Davis - drums, percussion
- All Hallows' Eve
Chris Otto - violon
David Fulmer - viola
Jay Campbell - cello
- The Temptations of St. Anthony
Fifth House Ensemble:
Melissa Snoza - flute
Crystal Hall - english horn
Jennifer Woodrum - clavinet
Karl Rzasa - bassoon
Matt Monroe - french horn
Jani Parsons - piano
Andrew Williams - violin
Clark Carruth - viola
Herine Coetzee Koschak - cello
Eric Snoza - bass


Painkiller "The Prophecy" (2013)
ou "Heavy Prophets"


Un nouveau Painkiller ! Depuis la 50th Birthday Celebration de 2005, volume 12 enregistré en septembre 2003 à l'occasion de la célébration des 50 ans de John Zorn, on était sans nouvelle de la formation, outre un concert Nancéen à l'hiver 2008 auquel quelques bienheureux eurent l'honneur et l'avantage d'assister (dont votre serviteur)...

Pour ceux qui y étaient, on se calme tout de suite, ce n'est pas de l'enregistrement de ce concert exceptionnel (avec Mike Patton et Fred Frith en plus du trio originel) dont il s'agit mais d'un audacieux montage de deux prestations, de Berlin et Varsovie en 2004 et 2005, avec cette fois, en lieu et place d'un Mick Harris (Napalm Death, Scorn, etc.) retiré des bidons, le barjotant batteur, chanteur, percussionniste de Ruins et Koenji Hyakkei, j'ai nommé Yoshida Tatsuya (rythmiquement, on ne perd pas au change, si vous voulez mon avis).

Musicalement, ce changement de line-up ne change pas grand chose et on retrouve le Painkiller mélangeant allègrement free jazz, grindcrore et dub dans un format improvisé laissant toute latitude aux expérimentations, exploits instrumentaux et débordements de sève de chacun des protagonistes Parce que, définitivement, Painkiller n'est pas un long fleuve tranquille. Certes, les passages dub et ambient, respirations salutaires de ce bouillon furieux, calment le ton, on n'en est pas moins dans ce qu'il est convenu d'appeler de la musique furieuse, sans concession.
Et donc trois pistes, Prelude et Postlude en saillies hérétiques toutes griffes dehors (le côté grind du groupe), et The Prophecy (64 minutes !) en pièce épique par excellence, enchainement de climats, immense jam dont on se dit d'abord qu'elle ne pourra être que trop longue et qui s'avère, au final, simplement jouissive. Jouissive parce que Zorn y étale toute sa palette, du hard bop à la soul en passant par le free le plus "out there", parce que Laswell y texture de son gros gros (deux fois gros, oui !) son de basse, parce que Tatsuya (l'équivalent le plus proche "in real life" de l'animal des Muppets) y bat ses peaux et cymbales comme si sa vie en dépendait, parce que ces trois musiciens ensembles, sans autre construction visible que l'évolution de leurs envies au cours de la "party", si complices et inventifs, donnent une leçon de musique improvisée "qui tripe". A tel point que, la grosse heure écoulée, on en redemanderait bien encore !

Que ce soit avec Harris, actuellement plus préoccupé par la musique électronique, ou Tatsuya (dont on conseillera jamais assez les autres travaux), Painkiller demeure un beau monstre qui manque aujourd'hui cruellement, ce que vient rappeler ce live échevelé et passionnant, et donc obligatoire !


1. Prelude 2:12
2. The Prophecy 64:53
3. Postlude 2:50
(en extrait, les dix premières minutes de The Prophecy)

Bill Laswell - bass
John Zorn - alto saxophone
Yoshida Tatsuya - drums


ET UN BONUS QUI N'A STRICTEMENT RIEN A VOIR AVEC JOHN ZORN MAIS QUE J'AVAIS ENVIE DE VOUS CASER AVANT LE GRAND JEU :

Détroit [Bertrand Cantat, Pascal Humbert] "Horizons" (2013)
ou "Horizons voisins"


Dire que le retour discographique en long-jeu de Bertrand Cantat suite à la dissolution de Noir Désir fut attendu fébrilement est indéniablement un euphémisme. Dire qu'il fut attendu, par une majorité de gens en tout cas, pour les mauvaises raisons voyeuristes que l'on sait est une évidence. Alors oui, Bertrand Cantat est un meurtrier (accidentel)... qui a payé sa dette à la société. Alors parlons plutôt de la musique de Détroit, son nouveau projet en compagnie de Pascal Humbert (Passion Fodder, 16 Horsepower, Wovenhand et Lilium) et laissons à Voici, et autres feuilles de choux du genre, les cancans et les rumeurs.

Au programme, 10 chansons, deux courts intermèdes et un "machin" planqué à la fin après un silence (Sonic 5). Et pas vraiment de surprise parce que, forcément !, Cantat fait du Cantat dans le texte, dans le style mélodique aussi. Un peu moins énervé que Noir Désir, on se calme avec l'âge, et musicalement plus aéré, Détroit n'apparait pas comme autrement que la suite logique dans le parcours du vocaliste. A titre d'exemple Ma Muse, chanson d'ouverture, se pose un peu là avec son texte péri-poétique, sa voix écorchée vive et, même, des guitares qui s'électrifient dans un crescendo final bienvenu. Aussi, on ne perd pas les bonnes habitudes, quand Cantat chante en anglais il rappelle encore et toujours Jeffrey Lee Pierce (Gun Club). Cantat est donc toujours Cantat et, de fait, s'il n'y avait certaines constructions musicales, leurs influences plus américaines et/ou tempérées, plus bricolées aussi, l'ombre de son ancienne formation en deviendrait envahissante. Présentement, c'est un fantôme duquel on comprend que Bertrand demeurera toujours indissociable tant il l'a marqué de son empreinte.

Globalement, les chansons sont bonnes, surprenantes parfois (Terre Brûlante et sa fausse monotonie, pas loin de Diabologum, Horizon et sa belle montée de sève toute en cordes, le presque robotique Sa Majesté et ses chœurs soul), confortables souvent (Ma Muse, Glitter in Your Eyes, Ange de Désolation, Droit dans le Soleil, Le Creux de ta Main en clin d'œil appuyé au rock de son passé, etc.), juste ce qu'il faut pour suffisamment brosser dans le sens du poil un auditoire en attente fébrile sans s'obliger à faire du surplace. Parce que Détroit est bien l'étape d'après, pas une révolution, une évolution. Un retour finalement tout sauf surprenant qui aurait pu suivre de près Des Visages Des Figures où, déjà, planait un autre chose plus acoustique, plus ambient. Plus adulte. Autre point commun, la présence d'une autre figure tutélaire de l'art de Cantat, Léo Ferré, avec, cette fois, non pas une adaptation d'un texte (le très réussi Des Armes) mais la très belle et musicalement surprenante reprise de l'inoxydable Avec le Temps où Cantat chante bien soutenu par une instrumentation electro-minimaliste qui, finalement, sied étrangement au teint de la chanson.
Au passage, si on louera la performance de tous les musiciens dont le nom n'apparait sur la pochette, on soulignera particulièrement l'implication de Bruno Green présent et précieux sur toutes les pistes de l'album et celle de Ion Meunier, batteur de Shaka Ponk, qui le suit de près et bat ses futs avec une vraie classe.

Bref... Fi de vaines polémiques, voici un bel album, qui plaira aux amateurs de Cantat et de feu-Noir Désir mais pas seulement, un album qui offre de nouveaux Horizons à une carrière qu'on a bien cru morte et enterrée, c'est bien là l'essentiel.

1. Ma Muse 5:02
2. Glimmer in Your Eyes 5:06
3. Terre Brûlante 3:30
4. Détroit- 1 1:30
5. Ange de Désolation 3:55
6. Horizon 5:03
7. Droit dans le Soleil 3:24
8. Détroit- 2 0:36
9. Le Creux de ta Main 3:41
10. Sa Majesté 4:23
11. Null & Void 4:35
12. Avec le Temps 4:35
13. Sonic 5 7:22


Bertrand Cantat - voix, guitare, ken, harmonica
Pascal Humbert - basse, guitare, contrebasse, beat box
Bruno Green - programmations, claviers, guitare
&
Ion Meunier - batterie (1, 2, 3, 6, 9, 11)
Frah - programmations (1)
Steve Desgarceaux - claviers (1)
Manfred Kovacic - claviers (9, 10)
Catherine Graindorge - violon alto, chœurs (2, 6, 7, 9)
Lisa Berg - violoncelle (2, 7)
Olia Ougrik - chœurs (9)
Tree Laurita Humbert - chœurs (9)
Samaha Sam - chœurs (10)

 
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