mercredi 30 décembre 2015

3 for Lemmy

Trois albums pour rendre hommage à celui dont la disparition nous touche tous un peu, ça a du sens, le bonhomme étant un adepte du power trio, que de trouver dans sa carrière trois albums qui le représente complètement : d'abord le freak, avec Hawkwind, puis le speed-freak avec Motörhead et enfin le gamin des fifties tombé amoureux du rock'n'roll avec The Head Cat.

HiGHWiND
Hawkwind "Hall of the Mountain Grill" (1974)
ou "Lemmy in Space"

Si les primo-recommandations concernant Hawkwind cochent souvent la case live, avec Space Ritual en particulier, il est un album studio des plus fameux space rockers de la galaxie qui rivalise, Hall of the Mountain Grill où le line-up classique de cette première période de leur carrière (avant le renvoi de Lemmy et le départ de Nik Turner, quoi) atteint sa plénitude créative et trippante.
Evidemment, certains regretteront de ne pas y retrouver l'organe d'un Robert Calvert qui avait été une des attractions de Space Ritual, l'insaisissable personnage menait alors sa propre petite affaire avec le large soutien de ses ex et futurs partenaires (voir Captain Lockheed and the Starfighters et Lucky Leif and the Longships). C'est donc à trois voix, Brock, Lemmy et Turner que "ceux qui restent" se partage un festin spatial largement concocté par l'indéboulonnable Dave Brock (qui laisse un petit crédit à chacun de ses compagnons, rien de plus).
Et quel festin !, parce que de The Psychedelic Warriors (Disappear in Smoke) à Paradox, c'est à l'Hawkwind studio le plus convaincant jusqu'alors (et même le plus convaincant tout court comme nous le savons désormais) auquel nous avons affaire, une formation qui sait exprimer sa folie psyché-progressive par une alliance de grâce, d'étrangeté et de puissance qui laisse baba et un petit peu groggy. Parce qu'il y a chez Hawkwind, une belle bande de zozos utilisatrice de "substances" à gogo, plus que ces constructions kaléidoscopiques pour un public aux similaires addictions récréatives, il y a la puissance de feu des riffs d'un Brock fondamental, il y a les lourdes et électriques tortures des quatre cordes de la basse du sieur Kilmister, et les stridences et libertés de quelques "tisseurs de sons" hors du commun (le violon de Simon House, le saxophone de Nik Turner, les claviers de Del Dettmar) le tout bien soutenu par le tonnerre rythmique d'un Simon King, batteur de son état. Et que de bonne chansons pour articuler ces possibles de la puissante pièce d'ouverture en passant par les planeries d'un Wind of Change, la freak-folk revisitée de Web Weaver, les crescendos réussis de You'd Better Believe It, la pause bienvenu d'un beau petit instrumental à la Satie tout en légèreté (Hall of the Mountain Grill) avant de replonger dans le grand bain électrique avec Lemmy et son Lost Johnny et le solide et inspiré Paradox de Brock, que du bon !
Tout ça fait d'Hall of the Mountain Grill, 4ème opus studio des furieux spationautes, un absolu indispensable pour les amateurs d'envolées acides et de redescentes contrôlées, un album dont on pourra juste reprocher la mise en son parfois un peu confuse (même sur le remaster) qui, cependant, contribue à perdre l'auditeur dans les méandres d'une conception sonique pas comme les autres.

1. The Psychedelic Warlords (Disappear in Smoke) 6:50
2. Wind of Change 5:08
3. D-Rider 6:14
4. Web Weaver 3:15
5. You'd Better Believe It 7:13
6. Hall of the Mountain Grill 2:24
7. Lost Johnny 3:30
8. Goat Willow 1:37
9. Paradox 5:35
Bonus
10. You'd Better Believe It (Single Version Edit) 3:22
11. The Psychedelic Warlords (Disappear in Smoke) (Single Version) 3:57
12. Paradox (Remix Single Edit) 4:04
13. It's So Easy 5:20

Dave Brock – lead guitar, 12-string guitar, synthesizer, organ, harmonica, vocals
Lemmy Kilmister – bass, vocals, guitars
Simon House – synthesizer, Mellotron, violin
Nik Turner – saxophone, oboe, flute, vocals
Simon King – drums, percussion
Del Dettmar – keyboards, synthesizer, kalimba

HAWKWIND

aFFReuX SaLeS eT MéCHaNTS
Motörhead "Ace of Spades" (1980)
ou "Speed Freaks"

Cette fois, on y est, Motörhead, le vrai, trio d'affreux sales et méchants despérados d'un rock cru et speedé, sorte d'hybride de hard rock et de punk rock mené par un ex-bassiste des space rockers d'Hawkwind, Lemmy bien sûr, est arrivé ! Parce qu'avec Ace of Spades, c'est du lourd, du rageur, et du classique incontestable, le mètre étalon du groupe, un bon gros brûlot qu'on n'a même plus besoin de conseiller. Comment ça c'était pareil sur les deux albums d'avant (Overkill et Bomber) ? Pas ma faute, Lemmy m'a trépané.
Et c'est compréhensible parce que l'assaut du machin, quoi, impressionnant ! Evidemment, en ces temps où les extrêmes se sont encore radicalisés, Motörhead parait presque comme un bon vieux groupe de hard mais, à l'époque, croyez-moi, c'était quelque chose ! Déjà, il y a la voix de Lemmy et ses cordes vocales qui ont dû être passées au papier de verre pour être si abrasives, ensuite, il y a la basse du même, en quatre ou en huit cordes, qu'il martyrise consciencieusement, et puis il y a la guitare de Fast Eddie Clarke qui, rien de bien compliqué en somme, booste les standards du rock'n'roll avec une dynamique, une attaque à peine croyable, enfin, il y a les martellements trépidants d'un Philthy Taylor, l'équivalent humain de l'Animal des Muppets, pas moins, et un surnom bien choisi, un ! Mais, outre l'agression rock'n'rollesque du trio, il y aussi des chansons, et quelles chansons ! Un petit coup d'œil à la tracklist du présent vous révèlera que les classiques n'y manquent pas de la chanson titre à (We Are) The Road Crew, de Jailbait à The Chase Is Better Than the Catch, ça dépote d'autant plus inspiré que ce qu'il y a autour est loin d'être négligeable. Comme, en plus, le tout est idéalement mis en son, cru et sale mais pas sans maîtrise, par l'excellent Vic Maile (qui fera le bonheur d'autres rockers costauds tels que les Inmates, les Godfathers ou Dr. Feelgood), et que la version remasterisée propose, bonheur !, les deux titres enregistrés en commun par Motörhead et leurs bonnes copines électriques (Girlschool) et une face B pas piquée des verts (Dirty Love), vous comprendrez que la fête est complète et que, en l'occurrence, le power trio le moins sexy du monde vient de réussir son troisième album référentiel d'affilée, le plus monumentalement réussi d'iceux.
Ace of Spades ? Si tu ne l'as pas c'est que tu as raté ta vie !

1. Ace of Spades 2:49
2. Love Me Like a Reptile 3:23
3. Shoot You in the Back 2:39
4. Live to Win 3:37
5. Fast and Loose 3:23
6. (We Are) The Road Crew 3:13
7. Fire, Fire 2:44
8. Jailbait 3:33
9. Dance 2:38
10. Bite the Bullet 1:38
11. The Chase Is Better Than the Catch 4:18
12. The Hammer 2:48
Bonus
13. Dirty Love 2:57 (B-side of "Ace of Spades")
14. Please Don't Touch 2:49 (St. Valentine's Day Massacre EP)
15. Emergency 3:00 (St. Valentine's Day Massacre EP)

Lemmy Kilmister  - bass, lead vocals
"Fast" Eddie Clarke - guitar, backing vocals on "Emergency"
Phil "Philthy Animal" Taylor - drums
&
14 - 15

GIRLSCHOOL
Kim McAuliffe - rhythm guitar
Kelly Johnson - lead guitar, vocals
Enid Williams - bass, vocals
Denise Dufort - drums

MOTÖRHEAD

SéQueNCe NoSTaLGie
The Head Cat "Fool's Paradise" (2006)
ou "Rockalemmy"

Quand Lemmy rend hommage au rock'n'roll, en compagnie de rockers de goutière dont l'histoirique Slim Jim Phantom, il jouait du tambour debout, ça donne ?
Ca donne The Head Cat et le second, si l'on compte celui où seuls les noms de musiciens sont mentionnés, de leur trois albums, le plus fameux du lot, Fool's Paradise. Au programme que des reprises, que du rock'n'roll originel comme l'affreux et pourtant si attachant bassiste (R.I.P.) l'affectionnait particulièrement. Cela réinvente-t-il quoique que ce soit ? Certes non mais là n'était de toute façon pas le but d'un album où l'omniprésence de Buddy Holly (la moitié de l'album) démontre que l'amour vrai du sieur Kilmister était bien pour cette musique-là, à laquelle il avait biberonné, tout en laissant de la place à quelques très jolies surprises comme le Big River de Johnny Cash. Par contre ça surprend. Parce que Lemmy n'y martèle pas violemment sa Rickenbacker mais gratte de la six-cordes acoustique, souffle dans l'harmonica et chante... presque comme s'il s'essayait à une berceuse. Bon, j'exagère mais le contraste avec les abrasifs éructations de la Tête de Möteur en chef est plus que flagrant, immense ! Et ça fonctionne, parce que l'on sent que ces trois messieurs (chacun bien dans son rôle) se font un réel plaisir, et donc nous avec, c'est aussi simple que ça.
Fool's Paradise, si vous aimez Lemmy, je vous le recommande, au-delà de la curiosité et du souvenir d'un incontournable du rock mondial.

1. Fool's Paradise 2:29
2. Tell Me How 1:50
3. You Got Me Dizzy 3:00
4. Not Fade Away 2:16
5. Cut Across Shorty 2:04
6. Lawdy Miss Clawdy 2:01
7. Take Your Time 2:03
8. Well...All Right 2:19
9. Trying to Get to You 1:40
10. Learning the Game 2:17
11. Peggy Sue Got Married 2:15
12. Crying, Waiting, Hoping 2:13
13. Love's Made a Fool of You 1:57
14. Big River 2:28
15. Matchbox 2:31

Lemmy Kilmister - vocals, acoustic guitar, harmonica
Danny B.Harvey - guitar, keyboards, bass guitar, background vocals
Slim Jim Phantom - drums, percussion, background vocals

THE HEAD CAT

Ian Fraser "Lemmy" Kilmister
24/12/1945 - 28/12/2015
R.I.P.

lundi 28 décembre 2015

Funk Story (le groove par 12)

Comme les douze coups de minuit d'un réveillon bien groovy, voici l'ultime offrande de l'an du Zornophage. Comme, traditionnellement, la Saint-Sylvestre et son inéluctable passage sur l'année calendaire suivante est dévolu à une grosse fiesta, je me suis dit qu'une petite histoire du funk serait la bienvenue, j'espère que vous apprécierez. Enjoie !

Le PaRRaiN
James Brown "Cold Sweat" (1967)
ou "En Funkation"

Ce serait presque un album normal ce Cold Sweat. Oui mais il y a Cold Sweat, le titre, et, l'air de rien, l'invention d'un nouveau genre dont l'auteur, le remuant et électrique James Brown, demeurera l'éternel parrain, le Funk. Mais place au mots de Maniac Blues (Forces Parallèles) pour le détail de l'affaire :
"Et en 1967 James Brown créa le funk. Avec le single « Cold Sweat », le Parrain de la soul jette un pavé dans la mare : il va en effet changer la face de la musique noire de la fin des années soixante. De George Clinton à Sly Stone en passant par Michael Jackson et Prince, James Brown va exercer une influence considérable sur plusieurs générations d’artistes.
Etymologiquement, le sens du mot funk évolue selon les époques et les régions. Evoquant d’abord la peur, puis l’odeur âcre du tabac avant de désigner des odeurs sexuelles et corporelles comme la sueur, ce mot traduit en tout cas quelque chose de sale et de brut. A l’origine, dans la musique noire américaine, ce qui est funky caractérise des formes primitives de blues et de jazz précurseurs du rhythm’n’blues et de la soul. En 1967, alors que des morceaux pionniers comme « Funky Broadway » d’ Arlester « Dyke » Christian enflamment les pistes de danse, James Brown contribue avec « Cold Sweat » à faire de cette forme musicale un genre à part entière.
Après avoir enregistré brillamment un nouveau concert à l’Apollo en juin, James Brown grave dans le studio du label King le single deux faces « Cold Sweat ». Révolutionnaire, ce grand succès commercial pose les fondamentaux du funk. Morceau de rythme pur, « Cold Sweat » fascine par son riff obsédant qui se répète imperturbablement pendant sept minutes. Les cuivres dirigés par Alfred « Pee Wee » Ellis, la basse imposante de Bernard Odum, la batterie de Clyde Stubblefield imposent un rythme en béton armé. James Brown, quant à lui, rugit, hurle les paroles et sue comme un beau diable, tandis que les soli de sax de Maceo Parker font monter encore un peu plus la température.
Après tant de sueurs froides dans cette fournaise funky, la tension ne peut que retomber. En effet, le reste de l’album déçoit grandement. Il faut savoir qu’à cette époque, l’usine King sort environ un single de Brown toutes les trois semaines et un album tous les trois mois. James Brown doit suivre ce tempo d’enfer en enregistrant des hits entre deux tournées et en meublant les albums de vieilleries. Des vieilleries, il y en a un bon petit paquet. Les pistes cinq à dix, c’est-à-dire de « Good Rockin Tonight » à « I Loves You Porgy », sont déjà présentes sur l’album Out Of Sight sorti trois ans plus tôt.
Autrement, quatre autres chansons, uniquement des reprises, viennent apporter un peu de variété. Le standard « Fever » est superbement interprété par un James Brown plus sensuel que jamais. Il dynamite également deux classiques de rhythm’n’blues, « Kansas City » et « Stagger Lee ». La version de « Kansas City » a même plutôt bien marché dans les charts. Enfin, James Brown se fait plaisir à l’orgue sur l’instrumental « Back Stabbin » qui clôt ce disque avec entrain.
En définitive, comme bien des albums de JB à l’époque, Cold Sweat est un disque curieux, à la fois novateur et rétrograde. « Cold Sweat », une vraie merveille du répertoire de JB, sort irrémédiablement du lot. La révolution Funk est en marche!
"

1. Cold Sweat, Pt. 1 2:24
2. Cold Sweat, Pt. 2 4:46
3. Fever 3:04
4. Kansas City 3:22
5. Stagger Lee 2:43
6. Good Rockin' Tonight 2:25
7. Mona Lisa 1:54
8. I Want to Be Around 2:20
9. Nature Boy 2:38
10. Come Rain or Come Shine 2:47
11. I Loves You Porgy 2:30
12. Back Stabbin' 2:43

JAMES BROWN

LeS MéTiSSéS
Sly & the Family Stone "Stand!" (1969)
ou "Debout!"

Au rayon du proto-funk, il y a une bande de garçons et de filles de toutes les couleurs qu'il s'agit de ne surtout pas oublier, Sly & the Family Stone bien-sûr !
Après quelques albums déjà bien sympathiques mais encore pas tout à fait définis montrant un collectif en constante progression (ainsi, Life, le prédécesseur immédiat est-il le plus recommandé), la bande revient avec un féroce appétit et des idées qui jaillissent dans tous les sens. Epoque oblige, tout ceci est gonflé de psychédélisme jammy, d'un flower power militant mais, musicalement, c'est indéniablement un des albums qui définit cette musique à trémousser des hanches, à suer sur les dance-floors au sons de vocaux passionnés et de cuivres rutilants... Le funk ! C'est évident sur I Want to Take You Higher, le "supra-bœufante (13 minutes 45 secondes !) Sex Machine, qui n'est pas une reprise du titre du même nom de James Brown mais une folie psyché/rock/groove du plus bel effet, et le très "street cred'" Sing a Simple Song qu'on imagine bien illustrer un nanar blaxploitation où il serait, bien entendu, la star. Ceci dit, plus généralement, c'est tout l'album qui est infusé de ce groove poisseux et sexuel qui identifie le genre. Alors, évidemment, il reste des échos de la génération Woodstock (c'est d'actualité, après tout) comme sur un Stand! ou un Everyday People des marguerites plein l'afro, deux excellentissimes singles, est-ce encore à préciser ?
La collection est si bluffante et tellement passionnément habitée par ses interprètes, et si bien bonnussée dans l'édition remasterisée (deux beaux inédits et les version mono des trois singles), qu'il est tout simplement impossible d'y résister. Si on ajoute l'importance historique de l'album, c'est bel et bien d'un immense classique incontournable dont il s'agit, ce que vous saviez d'ailleurs sans doute déjà. Si ce n'est pas le cas, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

1. Stand! 3:08
2. Don't Call Me Nigger, Whitey 5:58
3. I Want to Take You Higher 5:22
4. Somebody's Watching You 3:20
5. Sing a Simple Song 3:56
6. Everyday People 2:21
7. Sex Machine 13:45
8. You Can Make It If You Try 3:37
Bonus
9. Stand! (mono single version) 3:10
10. I Want To Take You Higher (mono single version) 3:03
11. You Can Make It If You Try (mono single version) 3:40
12. Soul Clappin' II (previously unreleased) 3:28
13. My Brain (Zig-Zag) (previously unreleased instrumental) 3:19

Sly Stone: vocals, organ, guitar, piano, harmonica, vocoder, and bass guitar on "You Can Make It If You Try."
Freddie Stone: vocals, guitar
Larry Graham: vocals, bass guitar (tracks one through seven)
Rose Stone: vocals, piano, keyboard
Cynthia Robinson: trumpet, vocal ad-libs, background vocals on "I Want to Take You Higher"
Jerry Martini: saxophone, background vocals on "I Want to Take You Higher"
Greg Errico: drums, background vocals on "I Want to Take You Higher"
Little Sister (Vet Stone, Mary McCreary, Elva Mouton): background vocals on "Stand!", "Sing a Simple Song", "Everyday People", and "I Want to Take you Higher"

SLY & THE FAMILY STONE

LeS SPaTiauX, DéBaRQueMeNT
Funkadelic "Free Your Mind... and Your Ass Will Follow" (1970)
ou "Funky Trip I"

C'est toute une branche du funk de référence, et tout part de George Clinton, un bête vocaliste de Doo-Wop qui a pris le virus du groove. Ca s'appelle le P-Funk et c'est Dioneo (Guts of Darkness) qui va nous en parler :
"Bien sûr qu’elle compte : la Couleur. Celle de la peau, celle de la rue, des rues autour, du voisinage. Ça n’est pas une question de race, d’ethnologie, de théories superstitieuses. C’est social, historique, génétiquement détourné. C’est humain. Comme l’étreinte, comme un coup de brique. Comme une trahison. Comme frères et sœurs. Comme l’amour, la drogue et l’ennui. Comme de crever au coin de la rue, Rejoindre la Cause ou descendre à la cave…
Il y avait tous ces hippies de bonne famille, des classes moyennes, avec leur liasse au fond du sac, petit passeport précieusement gardé pour regagner en cas de coup dur le pavillon parental. Au cas où la Révolution ferait faillite une saison de trop. De fait, ça n’a pas raté. L’alternative psychédélique - acides, rock’n’roll, galetas et Amour Libre - s’est bien vite ravalée au rang de marché parallèle, réduit à ces quatre seuls éléments vidés de leur substance, de leur potentiel de renversement. En dépit - ô grand dépit - des premiers élans de liberté, des bonnes idées du départ. Et puis il y avait ces types et ces filles des taudis, parqués dans leurs réserves ; cantonnés au folklore, aux yeux des nations, dans leur propre pays. Ceux-là n’eurent guère le choix : de ce qu’ils embrassaient, il leur fallait tout prendre. En entier, et dans le détail. S’ils n’avaient, comme disait l’autre, ‘rien d’autre à perdre que leurs chaînes’, ceux-ci savaient bien aussi tout ce qu’ils avaient à y gagner. Leur propre vie, ni plus ni moins.
Le son de Funkadelic, à cette époque, c'est encore le bruit que font les humains en s’emparant de leur existence, pour leur propre compte et sans demander la permission. Alors forcément, il y a excès. Le LSD s’écoule sans compter. La production est brute, énorme, sommaire. Le fuzz des guitares grésille sans pitié aux membranes des amplis, en vagues, en solo sans fin, en wha tranchantes, en grooves chargés jusqu'aux yeux. L’orgue est gorgé d’une même électricité, saturée à l’extrême, acide à faire monter les larmes. La batterie fracasse tout, enfonce ses syncopes dans les crânes et les entrailles. La basse fait sauter les clous. Et les voix… Les voix deviennent folles, déployées en chœurs sublimes et grotesques, hurlées toujours avec l’implacable justesse, pour toucher le ciel et fendre les murs. Le tout, bien sûr, dans la débauche stéréophonique, rebondissant et tournoyant d’une enceinte à l’autre le flot de rythme, de parole, de mélodie vivace. Il y a dans cette musique noyée d’échos, hantée de timbres déformés, toute une charge d’émotions, de joies, de rages trop longtemps comprimées, de frustrations qui se brisent en rires inextinguibles. Une intelligence à l’œuvre, aussi : fulgurante, instantanée, qui ne s’embarrasse pas de programmes et de motifs. À l’axiome pop : ‘un peu de chaque chose bien dosée, pour avoir une chance de plaire à tout le monde’, Clinton et son gang répliquent par la déferlante : trop de tout, afin que chacun se prenne en pleine face le prix du rêve et le poids du réel. Car au fond rien ne se perd, en ce somptueux chaos, en ce lâcher prise intégral. La lucidité qui fait mal, qui libère ou qui démange, ne s’émousse pas un seul instant. Les paroles balancent un humour féroce, le regard et la plume saisissent tous les détails d’une misère entretenue, d’une mauvaise faim de papier vert qui étouffe toute âme, toute chaleur naissante ; le désespoir de la vie mutilée est retourné contre lui-même, en éclats sardoniques, en répliques imparables ; la chair est là aussi, bien sûr, avec ses sécrétions, ses manques et ses frénésies : affirmée, jetée crue, dévorée dans le ravissement ; tous les élans vitaux, les plus nobles et les plus vils, bien mêlés pour qu'on sente à quel point ils se causent en intimes. Rien ne se délite, non plus, de cette science pragmatique, de cet art de contrebande, de ce savoir brillant du jeu, des arrangements, emmagasinés depuis des décennies, des siècles, dans les cellules où l’Amérique séquestrait ses parias, ses amuseurs. Grossis par l’amplification, dilatés par les substances, déchirés par l’ironie et par l’exultation, ce sont les riffs des vieux blues, des rythmes de danses qui sont un siècle d’histoire (souterraine et publique), les harmonies complexes et décalées, polymorphes, de ces chants d’églises qui furent signal d’évasion, vers les Cieux ou le Canada. L’expérimentation, dans un tel contexte, à tout de l’instantané, de l’acte perpétré dans l’urgence, parce que c’est ça qu’il faut faire. Bandes à l’envers, ritournelles obsédantes de clavier, mises en boucles et en panoramiques… Tout fait sens et mystère. Presque quarante ans plus tard, rien n’a moisi, rien ne s’est desséché…
Et les perruques, les colifichets, queues de renards et montures improbables, ne dissimulent rien : sous leur souveraine décontraction, ces types-là ne cherchent même pas à cacher qu’ils savent encore manier la lame si la situation l’exige. S’ils prêchent la paix, ça n’est pas mus par la peur ni pour cacher une impuissance : c’est qu’ils ont mis la main sur eux-mêmes, dans cet effort violent où l'on dépasse l'ordure et l'épuisement ; après quoi tout existe encore, de part et d'autre de la peau. ‘Libère ton Esprit et ton Cul suivra’. Ça n’a rien d’un boniment. Ça n’est pas un sarcasme, même pas, ni une pauvre provocation. C’est une philosophie, vitale et directe, riche et dangereuse. Ne compte que sur toi, sans t’abstenir d’aimer. Existe sans excuse, toujours au-dessus de toi-même. Une voie directe, exigeante, physique et supérieure dans l'ordre des raisons. La seule forme du Cool qui ne soit pas une pose. C'est revenir de loin."

1. Free Your Mind and Your Ass Will Follow 10:04
2. Friday Night, August 14th 5:21
3. Funky Dollar Bill 3:15
4. I Wanna Know If It's Good to You? 5:59
5. Some More 2:56
6. Eulogy and Light 3:31
Bonus
7. Fish, Chips and Sweat 3:22
8. Free Your Mind Radio Advert 0:55
9. I Wanna Know If It's Good to You 2:50
10. I Wanna Know If It's Good to You (instrumental)  3:12

George Clinton - lead vocals (tracks 1, 6)
Raymond Davis, Fuzzy Haskins, Calvin Simon, Grady Thomas – vocals
Eddie Hazel – guitar, lead vocals (tracks 4, 5)
Tawl Ross – guitar, lead vocals (tracks 3)
Bernie Worrell – Hammond organ, Vox organ, keyboards
Billy Nelson – bass guitar, lead vocals (tracks 2, 4)
Tiki Fulwood – drums
Martha Reeves, Telma Hopkins, Joyce Vincent - backing vocals

FUNKADELIC

L'aFRiCaiN
Fela Ransome-Kuti "Fela's London Scene" (1971)
ou "Africa...on the Beat!"

On ne peut pas parler de l'histoire du développement de la musique funk sans parler de l'immense Fela, c'est chose faite avec l'excellent billet de Progmonster pour le très webzine Guts of Darkness :
"Fela Kuti, The Black President, est à considérer parmi une des figures les plus emblématiques de la musique mondiale du vingtième siècle dernier. Il est, sans conteste possible, l'artiste le plus important à émerger de l'Afrique noire de l'après colonialisme, l'un des rares aussi pour lequel l'engagement politique était une réalité et non pas un faire-valoir juste assez bon pour soulager sa conscience et apporter du crédit à sa démarche artistique. Il avait l'aura des plus grands, le même magnétisme électrique que des Miles Davis, Sun Ra, John Coltrane, James Brown, voire Bob Marley ou Frank Zappa - qu'on les apprécie ou pas - la même attitude despote aussi.
Après une escale décisive en Californie fin des années soixante où il enregistre une série de singles qui préfigurent déjà le devenir de l'Afro-Beat, le charismatique Fela retourne à Lagos où il assoit son dictat sur une formation désormais appelée Africa'70. L'accueil est disproportionné. En moins de temps qu'il m'en faut pour vous l'écrire, Fela devient un véritable phénomène culturel sur sa terre natale où son style musical rencontre un succès sans précédent. Les vibrations de l'évènement s'apparentent à une onde de choc qui va jusqu'à frapper l'Angleterre. De là, l'ancien batteur des Cream, Ginger Baker, ira faire le déplacement jusqu'au Nigeria, lui aussi interpellé par toute la puissance dégagée par cette nouvelle sensation. S'ils jamment ensemble et se lient vite d'amitié, la providence veut que Baker ait grandement aidé Fela à décrocher des dates en dehors du continent africain, le ramenant avec lui sur Londres où il fit ses études une dizaine d'années plus tôt ; l'engouement est tel que les portes des studios Abbey Road s'ouvrent à lui. Il y enregistrera ce "Fela's London Scene", premier authentique manifeste Afro-Beat où rythmes entêtants, élasticité des compositions (s'aventurant pour la première fois au-delà des dix minutes), lyrisme porté à bout de bras par les cuivres et force de la contestation sociale célèbrent la naissance d'un langage nouveau.
Les bandes seront exploitées seulement deux ans plus tard, surfant sur la vague de son succès alors grandissant."
Pour conclure ? Le beat de Fela, ça ne se manque pas.

1. J’Ehin-J’Ehin 7:26
2. Egbe Mio 13:13
3. Who’re You 9:30
4. Buy Africa 5:51
5. Fight to Finish 7:26

Fela Kuti - electric piano, vocals
Eddie Faychum, Tunde Williams - trumpet
Igo Chico - tenor saxophone
Lekan Animashaun - baritone saxophone
Peter Animashaun - guitar
Maurice Ekpo - bass guitar
Tony Allen, Ginger Baker - drums
Akwesi Korranting, Friday Jumbo, Henry Kofi - congas
Tony Abayomi - percussion

FELA KUTI

L'HoMMe De L'oMBRe
Isaac Hayes "Shaft" (1971)
ou "Blaxploitation"

Est-il encore besoin de présenter la plus fameuse bande son de toute l'histoire de la blaxploitation, ce sommet de funk/soul au thème mille fois repris mais jamais égalé ? Sûrement pas, Shaft fait partie de la légende.
L'auteur de cet absolu tour de force, qui n'est pas que le cuisiner de South Park, n'est, il faut dire, pas exactement un débutant. Isaac Hayes, 29 ans au moment des faits, a entamé sa carrière professionnelle plus d'une décennie plus tôt, comme session man pour Stax Records, pour qui il devient bientôt compositeur (Soul Man de Sam & Dave, c'est lui !) avant, logiquement, de se lancer dans une carrière solo en 1968. Fort de toute cette expérience, Hayes est idéalement taillé pour produire une musique à la fois variée et viscérale pour un polar violent et cru, il ne lui reste plus qu'à étaler "son jeu" soit un exercice d'équilibriste entre soul, funk, jazz, blues et score orchestral, tous des genres à qui il rend justice avec un vibrant talent de mélodiste et d'arrangeur, variant savamment les climats et les ambiances... Une bombe qui récoltera trois Grammy et un Oscar en plus d'un large et mérité succès public.
Ultime honneur, l'album a été ajouté au catalogue de la Librairie du Congrès en 2014 car étant "culturellement, historiquement et esthétiquement significatif", ce qui est tout à fait justifié parce que Shaft, c'est de l'immanquable par excellence.
 
1. Theme from Shaft (Vocal) 4:39
2. Bumpy's Lament 1:51
3. Walk from Regio's 2:24
4. Ellie's Love Theme 3:18
5. Shaft's Cab Ride 1:10
6. Cafe Regio's 6:10
7. Early Sunday Morning 3:49
8. Be Yourself 4:30
9. A Friend's Place 3:24
10. Soulsville (Vocal) 3:48
11. No Name Bar 6:11
12. Bumpy's Blues 4:04
13. Shaft Strikes Again 3:04
14. Do Your Thing (Vocal) 19:30
15. The End Theme 1:56

Lead vocals, keyboards and lyrics : Isaac Hayes
Rhythm, Horns and Strings arranged by Johnny Allen, J. J. Johnson , and Isaac Hayes
Backing vocals by Pat Lewis, Rose Williams, and Telma Hopkins
Instrumentation by The Bar-Kays and The Isaac Hayes Movement Electric piano by Lester Snell
Bass guitar by James Alexander
Guitar by Charles Pitts
Guitar by Michael Toles
Drums by Willie Hall
Conga, and Bongo drums by Gary Jones
Lead Trumpet by Richard "Johnny" Davis
Flute by John Fonville

ISAAC HAYES

Le ReCyCLé
Stevie Wonder "Talking Book" (1972)
ou "The Wonder of Funk"

Enfant prodige de la Motown, toujours en recherche de nouvelles sensations musicales, pas seulement pour rester au gout du jour, il n'était que logique que Stevie Wonder penche vers la funk, la tentation était trop forte. A sa manière à lui, c'est ce que va nous explique le Religionnaire (destination rock) :
"Music of My Mind est déjà un album extraordinaire, par lequel Stevie Wonder se propulse dans de nouvelles contrées musicales que lui seul connait. Mais que dire de ce Talking Book paru la même année, si ce n'est qu'il pousse encore plus sa musique vers une incontestable universalité.
Oscillant toujours entre deux thèmes : amour et société, Stevie Wonder ne les aura rarement aussi bien traité, musicalement et textuellement. Faussement simpliste, affublé de clichés et de reprises dégueulasses depuis plus de 30 ans, "You are the Sunshine of My Life" survit pourtant admirablement et mérite largement sa place au panthéon des plus belles chansons d'amour car ce titre est magique, tout simplement magique.
Talking Book est aussi l'album d'un des plus grand titres funk de tous les temps! Il s'agit bien sur de "Superstition", ce morceau acide, corrosif et totalement irrésistible, qui a également résisté aux pompeurs en tout genre et surtout à son statut de générique officiel de Téléfoot pendant de nombreuses années (beaucoup auraient préféré revenir du Vietnam avec une jambe en moins...).
Mais Talking Book vaut bien plus que ces deux magnifiques titres. Le groove massif et agressif de "Superstition" semble se réincarner sur le long et lourd "Maybe Your Baby" tandis que les chansons d'amour foisonnent ("You and I", "Tuesday Heartbreak", "Looking for Another Pure Love" et le solo de Jeff Beck, "I Believe") et surpassent absolument tout ce qui a été fait ou le sera par la suite. "You've Got it Bad Girl" est quant à lui l'illustration parfaite de la maitrise totale du groove par Stevie Wonder à cette époque. Emmené par cette ligne de basse encore et toujours jouée au synthé, sur laquelle se greffe à merveille ce chant si particulier, ce titre n'arrive pourtant toujours pas à figurer sur le moindre best of à mon grand désespoir.
"Big Brother", bien que musicalement inférieure, est une chanson historique car la première vraie critique sociale directe de Stevie Wonder. Il y dénonce la propension des politiciens à séduire les classes inférieures, dans l'idée d'obtenir toujours plus de votes. Tout cela parait aujourd'hui franchement banal voire démagogique, mais j'aime à penser qu'à l'époque, il doit en être autrement...
"Blame it on the Sun" ou "I Believe"? Il s'agit tout simplement d'essayer de départager les deux plus belles chansons de l'album. Pour les textes, la première est coécrite avec sa femme Syreeta Wright, la seconde avec sa sœur Yvonne Wright... Musicalement, aussi grandioses qu'elles soient, ces deux chansons semblent se départager une fois de plus parla puissance de l'amour et c'est la seconde qui finit forcément par l'emporter. Une fois l'album terminé, il n'y a qu'une seule phrase qui compte, celle ci :
"I believe, when I fall in love, with you, it will be forever"...
"
Mitou.

1. You Are the Sunshine of My Life 2:58
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, drums
Jim Gilstrap – first lead vocal, background vocal
Lani Groves – second lead vocal, background vocal
Gloria Barley – background vocal
Scott Edwards – electric bass
Daniel Ben Zebulon – congas

2. Maybe Your Baby 6:51
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Hohner clavinet, drums, Moog bass
Ray Parker Jr. – electric guitar

3. You and I (We Can Conquer the World) 4:39
Stevie Wonder – lead vocal, piano, T.O.N.T.O. synthesizer
4. Tuesday Heartbreak 3:02
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender rhodes, Hohner clavinet, drums, Moog bass
David Sanborn – alto saxophone
Deniece Williams – background vocal
Shirley Brewer – background vocal

5. You've Got It Bad Girl 4:56
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, drums, Moog bass, T.O.N.T.O. synthesizer
Jim Gilstrap – background vocal
Lani Groves – background vocal
Daniel Ben Zebulon – congas

6. Superstition 4:26
Stevie Wonder – lead vocal, Hohner clavinet, drums, Moog bass
Trevor Laurence – tenor saxophone
Steve Madaio – trumpet

7. Big Brother 3:34
Stevie Wonder – lead vocals, Hohner clavinet, drums, harmonica, Moog bass
8. Blame It On the Sun 3:26
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, piano, drums, Moog bass, T.O.N.T.O. synthesizer
Jim Gilstrap – background vocal
Lani Groves – background vocal
Uncredited – guitar

9. Lookin' for Another Pure Love 4:44
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, drums, Moog bass
Debra Wilson – background vocal
Shirley Brewer – background vocal
Loris Harvin – background vocal
Jeff Beck – electric guitar
Howard "Buzz" Feiten – electric guitar

10. I Believe (When I Fall in Love It Will Be Forever) 4:51
Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, piano, Hohner clavinet, drums, Moog bass

STEVIE WONDER

Les CuiVRéS
Tower of Power "Tower of Power" (1973)
ou "Rutilances I"

Contrairement à ce son éponymie pourrait faire penser, Tower of Power est le troisième album de Tower of Power. C'est aussi le premier sommet du collectif multiracial d'Oakland, Californie lancé par le saxophoniste Emilio Castillo, celui où les attraits d'un big band jazzy épousent enfin victorieusement le groove funky qui fait alors fureur.
Il faut dire que l'arrivée d'une voix bien soul, celle de Lenny Williams, fait beaucoup pour booster le combo, chaude et puissante, elle est l'exact élément qui manquait pour synthétiser toutes les bonnes idées des deux précédents opus en un tout... Bluffant. Parce qu'ici la mécanique d'une des plus belles section de cuivres de l'histoire de la musique, pourtant déjà bien huilée et ne souffrant aucune concurrence, brûle de feux encore plus ardents, parce que le groove s'y fait plus lourd, plus poisseux et sensuel et que même un Bruce Conte à la discrète guitare s'y fait ponctuellement remarquer, parce que les compositions y sont simplement meilleures aussi, c'est enfin une bonne raison de célébrer la qualité jusqu'alors seulement entrevue d'une sacrée belle équipe. Et l'excellent résultat !, ces quarante minutes de haute-volée où, évidemment, voix et cuivres sont les stars du répertoire.
Premier des trois immanquables de Tower of Power (tous avec Lenny Williams, y a pas de hasard), l'éponyme de 1973 est une des plus belles offrandes du funk des années 70. Pas mal pour une bande de petits blancs du nord de la Californie.

1. What Is Hip? 5:08
2. Clever Girl 2:56
3. This Time It's Real 2:54
4. Will I Ever Find a Love? 3:51
5. Get Yo' Feet Back on the Ground 4:52
6. So Very Hard to Go 3:41
7. Soul Vaccination 5:13
8. Both Sorry Over Nothin' 3:25
9. Clean Slate 3:22
10. Just Another Day 4:34

Greg Adams – Strings, Trumpet, Arranger, Conductor, Flugelhorn, Horn, Vocals, String Arrangements
Brent Byars – Bongos, Conga
Emilio Castillo – Saxophone (Tenor), Vocals, Production Supervisor
Bruce Conte – Guitar, Vocals
David Garibaldi – Drums
Mic Gillette – Trombone, Trumpet, Flugelhorn, Horn, Baritone, Vocals
Stephen "Doc" Kupka – Oboe, Saxophone (Baritone), Vocals
Lenny Pickett – Clarinet, Flute, Saxophone (Tenor), Vocals
Francis "Rocco" Prestia – Bass
Jay Spell – Piano
Bruce Steinberg – Harmonica, Art Direction, Design, Photography, Illustrations, Cover Design
Chester Thompson – Organ, Keyboards, Vocals
Lenny Williams – Vocals

TOWER OF POWER

Le GaNG
Kool & the Gang "Wild and Peaceful" (1973)
ou "Street Cred'"

Loin des succès radiophoniques millimétrés qui feront leur gloire planétaire et leur considérable fortune, c'est ici que tout commence pourtant vraiment pour Kool & the Gang.
Pourtant le groupe n'en est pas à ses premières armes ayant sorti, depuis 1969, une collection d'album jazz/soul vaguement funky et instrumentaux. Ici, pour la première fois, Kool & the Gang est un vrai groupe de Funk. L'ajout du chant mais aussi un plus total abandon à un son qui fait alors florès dans une bouillonnante scène black américaine dopée par la récente affirmation de sa noire fierté. Et la concurrence est rude ! De James Brown à Parliament/Funkadelic en passant par Earth Wind & Fire, les Ohio Players, Sly Stone et une multitude d'autres tout aussi recommandables, la qualité s'ajoute alors à la quantité pour le plus grand plaisir d'auditeurs comblés. Dans ce foisonnant panorama, les, donc, néo-funksters de Kool & the Gang n'ont aucunement à rougir. Ici, les cuivres rutilent, les voix soulent, la basse sautille, la batterie groove... C'est de Funk de compétition dont il s'agit ! Crue, urbaine, suante, profondément sexuée aussi, cette musique, souvent orgasmique, est faite pour secouer le bas des reins sur ses cadences diaboliques, pour se pâmer sur la soie de sa profonde sensualité... Un appel du corps au corps, un appel au corps à corps !
Evidemment, plus tard, la formation rencontrera encore plus de succès, en refourguant sa « street cred' » au profit d'une image policée et d'un son à l'avenant. Ce n'est pas de ce Kool & the Gang FMiné dont il s'agit mais bien d'une vraie formation de bon gros funk, ici très inspirée du Soul Makossa de Manu Dibango (cela se devait d'être précisé), comme il se faisait si bien dans les 70s. Une très recommandable si hélas trop courte (38 minutes) rasade de bon son et, crénonvindiou !, qu'est-ce que ça joue !

1. Funky Stuff 3:00
2. More Funky Stuff 2:50
3. Jungle Boogie 3:03
4. Heaven at Once 5:01
5. Hollywood Swinging 4:36
6. This Is You, This Is Me 5:23
7. Life Is What You Make It 3:53
8. Wild and Peaceful 9:26

Robert "Kool" Bell: basse, chant
"Funky" George Brown: batterie, percussions, chant
Ricky West: piano, chant
Clay Smith: guitare
Dennis "Dee Tee" Thomas: saxophone alto, flute, congas, chant
Ronald Bell: saxophone ténor et soprano, chant
Robert "Spike" Mickens: trompette, chant

KOOL & THE GANG

LeS PeTiTS BLaNCS
Average White Band "AWB" (1974)
ou "Highland Funk"

C'est de l'album blanc des écossais de l'Average White Band dont il s'agit principalement ici, mais puisque j'avais fait un billet sur le coffret qui l'unit à leur premier et à leur album perdu (respectivement Show Your Hands et How Sweet Can You Get?). C'est donc un cadeau augmenté pour vous, petit chanceux ! Enjoie.
Voir un groupe de Soul'n'Funk d'exception débarquer d'Ecosse au début de années 70 ne devrait surprendre personne, le nord du Royaume Uni ayant, déjà à l'époque, une vraie propension à recycler avec talent la musique à gigoter du popotin noire américaine (un peu comme les irlandais s'y entendent en blues). C'est donc sans étonnement, quoiqu'avec une certaine perplexité, que furent accueillis les débuts du combo d'enkiltés le plus funky de la planète.
Déjà, Average White Band, quel nom tout de même ! Groupe Blanc Moyen ? L'undestatement si cher à nos cousins d'outre-Manche est dans l'air, pas de doute ! Parce que la musique est extrêmement convaincante sur les deux premiers opus, et quelques uns par la suite, ici bonussés d'un album perdu, How Sweet Can You Get?, et de quelques titres supplémentaires pour bonne mesure... Riche, donc.
Tout commence en 1973 avec Show Your Hand mais pas le succès puisque la formation devra attendre l'année suivante, sa signature sur la Warner et un album éponyme du feu de Dieu pour véritablement exploser commercialement. Pourtant, tout est déjà là, une funk/soul resplendissante évoquant ce qui se fait alors de mieux en la matière, de Tower of Power à Blood Sweat and Tears, d'Earth Wind & Fire aux Ohio Players... Et les compositions à l'avenant ! Parce qu'il y a matière à se réjouir sur les 8 titres de cet initial tour de force : voix pleines de soul, cuivres rutilants, grooves implacables, soli triomphants... Une fête de tous les instants mais, donc, pas vraiment de succès et on imagine bien volontiers qu'il ne fut pas facile de "vendre" une bande d'écossais goguenards à des stations soul qui ne manquaient pas d'équivalents afro-américains à diffuser. Il fallut en fait les irrésistibles Pick Up the Pieces, Person to Person ou Work to Do (ce dernier repris des Isley Brothers) sur leur blanc second album, où on retrouve, excusez du peu, les Brecker Brothers en session men de luxe, pour que la garde corporatiste baisse et qu'enfin la mayonnaise prenne. Et que les highlanders du funk s'installent durablement dans les oreilles et dans les cœurs des amateurs du genre.
Un package attractif, une musique inattaquable, un riche livret, la réédition Edsel, quart d'une série de quatre double CDs documentant la période faste de l'Average White Band (1973-1982), est, vous l'aurez compris, un investissement obligatoire, et finalement fort peu onéreux, à qui aime la funk music de qualité. Une bonne façon, aussi, de se remémorer la classe absolue d'un groupe trop souvent oublié aujourd'hui.

CD 1
Show Your Hand (1973)
1. The Jugglers 4:51
2. This World Has Music 5:58
3. Twilight Zone 5:28
4. Put It Where You Want It 5:16
5. Show Your Hand 4:29
6. Back In '67 4:12
7. Reach Out 4:04
8. T.L.C. 8:06
Bonus
9. Reach Out (First Version) 3:43
10. The Jugglers (First Version) 4:05
11. It Didn't Take Me A Minute 2:24
12. In The Beginning 3:45
13. Look Out Now 2:14
14. Back in '67 (First Version) 4:04
15. White Water Dreams 4:00
16. How Can You Go Home? 3:05

CD 2
How Sweet Can You Get (1974)
1. Person To Person 3:23
2. Keepin' It To Myself 3:09
3. There's Always Someone Waiting 5:01
4. McEwan's Export 4:47
5. Got The Love 3:41
6. Work To Do 3:42
7. Just Want To Love You Tonight 4:42
8. Pick Up The Pieces 3:56
9. I Just Can't Give You Up 3:45
10. How Sweet Can You Get? (First Version) 3:41
Average White Band (1974)
11. You Got It 3:30
12. Got The Love 3:47
13. Pick Up The Pieces 3:54
14. Person To Person 3:36
15. Work To Do 4:20
16. Nothing You Can Do 4:04
17. Just Want To Love You Tonight 3:53
18. Keepin' It To Myself 3:56
19. I Just Can't Give You Up 3:26
20. There's Alway Someone Waiting 5:27

Show Your Hand
Alan Gorrie – bass, guitar, vocals
Hamish Stuart – bass, guitar, vocals
Roger Ball – keyboards, alto saxophone, vocals
Malcolm Duncan – tenor saxophone, vocals
Onnie McIntyre – guitar, vocals
Robbie McIntosh – drums, percussion

Average White Band
Alan Gorrie – lead vocals (on "Keepin' It To Myself" and "There's Always Someone Waiting"), co-lead vocals (on "You Got It", "Work To Do", "Nothing You Can Do", and "Just Wanna Love You Tonight"), background vocals, bass, guitar (on "You Got It")
Hamish Stuart – lead vocals (on "Got The Love", "Person To Person", and "I Just Can't Give You Up"), co-lead vocals (on "You Got It", "Work To Do", "Nothing You Can Do", and "Just Wanna Love You Tonight"), background vocals, lead guitar, bass (on "You Got It")
Roger Ball – keyboards, alto & baritone saxophones
Malcolm (Molly) Duncan – tenor saxophone
Onnie McIntyre – background vocals, guitar, guitar solo on "Work To Do"
Robbie McIntosh – drums, percussion
&
Ralph MacDonald – congas, percussion
Michael Brecker – tenor saxophone
Randy Brecker – trumpet
Marvin Stamm – trumpet
Mel Davis – trumpet
Glenn Ferris – trombone
Ken Bichel – mellotron (on "Just Wanna Love You Tonight")

AVERAGE WHITE BAND

LeS LouiSiaNaiS
The Meters "Fire on the Bayou" (1975)
ou "Funk épicé"

Fire on the Bayou est le 6ème album des Meters et 3ème pour Reprise. Le groupe de funk louisianais est alors totalement confortable avec sa musique qui, après quelques tentatives mainstream peu recommandables, est revenue vers un son roots de bon aloi.
On retrouve donc ici une musique rythmique et groovy par essence, un machin qui pulse et fait secouer le bas des reins. Les voix, évidemment, sont une composante importante les cinq membres donnant volontiers de la gorge. L'effet est plus tribal que religieux d'ailleurs, vaudou presque. Et puis il y a le son, brûlant, caniculaire. La lourdeur de la basse, les entrechats de l'orgue, les jonglages de la batterie et des congas, aussi. La sarabande dure 46 minutes, c'est peu mais suffisant pour en ressortir avec une belle suée.
Tout ceci contribue à un album de funk poisseux (et un poil jazzy en particulier sur l'extraordinaire Middle of the Road) typiquement 70's et chaudement (vous l'aurez compris) recommandé.

1. Out in the Country 3:38
2. Fire on the Bayou 4:10
3. Love Slip Upon Ya 4:59
4. Talkin' 'Bout New Orleans 3:38
5. They All Ask'd for You 4:12
6. Can You Do Without? 3:52
7. Liar 5:12
8. You're a Friend of Mine 4:11
9. Middle of the Road 7:57
10. Running Fast 1:27
11. Mardi Gras Mambo 2:39

Leo Nocentelli: chant, guitare
Art Neville: orgue
George Porter Jr: basse
Zig Modeliste: batterie
Cyril Neville: congas
Wardell Quezergue: arrangements de cuivres
(autres musiciens inconnus)

THE METERS

LeS oRFèVReS
Earth, Wind & Fire "Gratitude" (1975)
ou "Rutilances II"

Surfant sur le succès de That's the Way the World Is (sorti seulement 6 mois plus tôt) et de la conséquente tournée qui le suivit, les funksters d'Earth Wind & Fire sortent en novembre 1975 un album (3/4) live où ils déroulent toute la classe qu'on leur connait alors.
Dès le fusionnant Africano/Power, il est évident que ces garçons maîtrisent parfaitement leur sujet. Les cuivrent rutilent, les percussions percutent, les guitares sont tour à tour acérées ou sensuelles, la rythmique tient son groove avec flegme et savoir-faire et - bien sûr - ça chante divinement bien.
Notons aussi que le son, puissant et précis, rend parfaitement hommage à ces compositions ne sombrant jamais dans la mièvrerie même quand elles donnent dans le sentimentalisme. C'est l'évidence, si en studio EWF est un générateur de tubes comme on n'en rencontre pas souvent, sur scène, c'est une machine de guerre qui ne fait pas de prisonniers.
Spiritualité, sensualité, ferveur, puissance, précision sont autant de qualités que possède cette formation. Bien sûr, comme c'est très souvent le cas, quelques retouches de studio ont dû être appliquées afin de pour booster (perfectionner) encore plus ce bouillonnant live. Et ? Seul le bonheur de l'auditeur importe et, ici, il est total.
Quand on sait, en plus, que les albums live d'EWF sont rares et que ceux de leur période la plus faste le sont encore plus, on se dit qu'il serait vraiment dommage de passer à côté... que vous aimiez le funk ou pas (carrément !).

1. Introduction by MC Perry Jones 0:21
2. Africano/Power 5:56
3. Yearnin' Learnin' 4:16
4. Devotion 5:07
5. Sun Goddess 7:41
6. Reasons 8:23
7. Sing a Message to You 1:19
8. Shining Star 4:55
9. New World Symphony 9:28
10. Musical Interlude #1 0:15
11. Sunshine 4:24
12. Sing a Song 3:23
13. Gratitude 3:23
14. Celebrate 3:06
15. Musical Interlude #2 0:27
16. Can't Hide Love 4:10
Bonus
17. Live Medley: Serpentine Fire/Saturday Nite/Can't Hide Love/Reasons 6:13

Johnny Graham: guitare
Al McKay: guitare, percussions
Verdine White: basse, percussions, chant
Don Myrick: saxophone
Michael Harris: trompette
Louis Satterfield: trombone
Larry Dunn: orgue, piano, moog
Andrew Woolfolk: percussions, saxophone
Fred White, Ralph Johnson: batterie, percussions
Maurice White: chant, batterie, timbales, kalimba
Philip Bailey: percussions, conga, chant


EARTH, WIND & FIRE

LeS SPaTiauX, Le ReTouR
Parliament "Mothership Connection" (1975)
ou "Funky Trip II"

Fina en beauté avec un retour dans l'espace avec l'autre formation de George Clinton, Parliament, c'est TomTom (Force Parallèles) qui nous en parle :
"M’avancerais-je de beaucoup en affirmant que « Unfunky UFO » est la plus grande chanson de funk de tous les temps ?
Après deux très bons albums (Up For Down Stroke et Chocolate City), Parliament livre ici son grand classique, pas indépassable (Dr Funkenstein suivra bientôt) mais furieusement efficace. De « Give Up The Funk » à « P Funk » en passant par « Mothership Connection », l’album enchaîne les hymnes à ne plus savoir qu’en faire.
Avec la seconde partie de « Night Of The Thumpasorus Peoples », Bootsy Collins tient sûrement le meilleur riff de basse de sa carrière. Entre voix solistes étranglées et choristes soul, chacun sied parfaitement au poste qu’on lui a assigné.
Partout, les arrangements de Fred Wesley sont magnifiques, le clavier de Bernie Worrell apporte cette ambiance électro-furiste gentiment désuète mais qui fait toujours autant triper.
Servi par la crème des musiciens blacks de l’époque, « Mothership Connection » place Parliament en orbite et n’a pas fini de les faire tourner. Complètement marteau, George Clinton va vite devenir le gourou le plus créatif de la fin des années 70, à des années lumières de la concurrence.
Mothership Connection, c’est un peu le trip funky ultime. Heureusement, tout ce bazar n’est pas prêt de s’arrêter.
"
Rien à rajouter... Ha, si, il vous le faut, maintenant !

1. P. Funk (Wants to Get Funked Up) 7:41
2. Mothership Connection (Star Child) 6:13
3. Unfunky UFO 4:23
4. Supergroovalisticprosifunkstication 5:03
5. Handcuffs 4:02
6. Give Up the Funk (Tear the Roof off the Sucker) 5:46
7. Night of the Thumpasorus Peoples 5:10
Bonus
8. Star Child (Mothership Connection) (Promo Radio Version)  3:08

Lead vocals - George Clinton (Lead in "P. Funk (Wants to Get Funked Up)", "Mothership Connection (Star Child)"), Calvin Simon, Fuzzy Haskins, Ray Davis, Grady Thomas, Gary Shider (lead in "Handcuffs"), Glen Goins (lead in "Unfunky UFO", "Handcuffs"), Bootsy Collins
Horns - Fred Wesley, Maceo Parker, Michael Brecker, Randy Brecker, Boom, Joe Farrell
Bass guitar - Bootsy Collins (Only in "Mothership Connection (Star Child)", "Unfunky UFO", "Handcuffs" and "Night of the Thumpasorus Peoples"), Cordell Mosson
Guitars - Garry Shider, Michael Hampton, Glen Goins, Bootsy Collins
Drums and percussion - Tiki Fulwood, Jerome Brailey, Bootsy Collins, Gary Cooper
Keyboards and synthesizers - Bernie Worrell (Minimoog, Wurlitzer electric piano, ARP Pro Soloist, Hammond organ, grand piano, Fender Rhodes, clavinet D6)
Backing vocals and handclaps - Gary Cooper, Debbie Edwards, Taka Kahn, Archie Ivy, Bryna Chimenti, Rasputin Boutte, Pam Vincent, Debra Wright, Sidney Barnes

PARLIAMENT

Il manquait une fille, vous l'aurez au moins en photo :
BETTY DAVIS, bête de scène et ex de Miles Davis

jeudi 24 décembre 2015

Double Dose de Plaisir (Volume 2)

Une double dose de plaisir pour un Noël anticipé ? Parce qu'on ne fait pas les choses à moitié chez le Zornophage ! Vous y retrouverez d'énormes classiques (tellement classiques que je n'y ai même pas mis d'extrait) et d'autres, plus récents, que vous ne connaissez sans doute pas encore. Allez, Ho Ho Ho, Joyeux Noël et toutes ces sortes de choses, et, bien-sûr, Enjoie !

BoB Deluxe
Bob Dylan "Blonde on Blonde" (1966)
ou "Double Blonde"

C'est un Bob Dylan au sommet de sa gloire, au summum de son inspiration aussi. C'est un Bob Dylan qui a gagné la bataille de l'électricité, trouvé un nouveau public et imposé une liberté de ton inhabituelle dans une scène folk dont il s'éloigne de plus en plus. C'est un Bob Dylan bien entouré, enfin, et donc prêt à en découdre sur une double galette noire depuis dûment entrée dans la légende, Blonde on Blonde, évidemment.
Présentement, sur les talons de deux albums qui ont affiché sa notable évolution, nommément Bring It All Back Home et Highway 61 Revisited, Dylan a une pression phénoménale sur ses frêles épaules tant tout le monde ou presque s'attend à ce qu'il ne parvienne pas à maintenir l'hallucinant niveau dont il fait montre depuis le tout début de sa carrière discographique, 4 ans et demi plus tôt seulement. C'est avec un double album que le Zim' réalise son tour de force, le premier du genre dans la musique populaire destiné à un public plutôt jeune ceci dit en passant, un sacré pari relevé par un artiste dont l'inspiration ne se dément nullement. Parce qu'il faut le dire, avec un groupe évoluant de celui employé sur les deux fameuses galettes précédentes, Bob épate par les trésors qu'il est encore et toujours capable de délivrer. Des textes, bien-sûr, parce que la plume du petit gars de Duluth est une des plus sûres de son époque, des mélodies aussi parce que si Dylan n'est objectivement pas le plus grand vocaliste de la création, les limitations de son timbre n'amoindrissent en aucun cas la porté harmonique de sa production. Ainsi a-t-on droit à quelques morceaux destinés à devenir d'authentiques classiques (Rainy Day Women #12 & 35, I Want You et Just Like a Woman sur lesquels il n'est pas besoin de faire l'article) entourés d'une sélection qui, franchement, en impose. A titre informatif, on citera Visions of Johanna (une déchirante ballade), Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again (où ce diable prouve que le blues est aussi, encore et toujours, dans ses divines cordes), Absolutely Sweet Marie (où Bob prouve qu'il sait aussi faire de la pop) ou Sad Eyed Lady of the Lowlands (une longue ballade dit-on dédicacée à sa chérie d'alors) mais, vraiment, c'est toutes les pistes de cette mine à chansons précieuses qui méritera votre attention pointilliste et, conséquemment, récoltera votre absolue admiration.
Blonde on Blonde, c'est aussi un Bob Dylan qui brûle le cierge de son inspiration par les deux bouts ce qui ne tardera pas à annoncer des heures moins enthousiasmantes, mais pas avant d'avoir dûment exploré des racines étatsuniennes traditionnelles (John Wesley HardingNashville Skyline) pour le magnifier. Blonde on Blonde c'est aussi, surtout !, une immanquable galette d'un artiste essentiel, mais ça, vous le saviez déjà.

1. Rainy Day Women #12 & 35 4:36
2. Pledging My Time 3:50
3. Visions of Johanna 7:33
4. One of Us Must Know (Sooner or Later) 4:54
5. I Want You 3:07
6. Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again 7:05
7. Leopard-Skin Pill-Box Hat 3:58
8. Just Like a Woman 4:52
9. Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine 3:30
10. Temporary Like Achilles 5:02
11. Absolutely Sweet Marie 4:57
12. 4th Time Around 4:35
13. Obviously 5 Believers 3:35
14. Sad Eyed Lady of the Lowlands 11:23

Bob Dylan – vocals, guitar, harmonica, piano
&
Bill Aikins
– keyboards
Wayne Butler – trombone
Kenneth Buttrey – drums
Rick Danko or Bill Lee – bass guitar (New York)
Bobby Gregg – drums (New York)
Paul Griffin – piano (New York)
Jerry Kennedy – guitar
Al Kooper – organ, guitar
Charlie McCoy – bass guitar, guitar, harmonica, trumpet
Wayne Moss – guitar, vocals
Hargus "Pig" Robbins – piano, keyboards
Robbie Robertson – guitar, vocals
Henry Strzelecki – bass guitar
Joe South – bass guitar, guitar

BOB DYLAN

PSyCHéBLue
The Jimi Hendrix Experience "Electric Ladyland" (1968)
ou "Jimiland"

Progmonster de chez Guts of Darkness :
"Riche. Intense. Intelligent. Puissant. Mystique. Il doit manquer des milliers de pages à mon dictionnaire puisque je me retrouve tout à coup à cours d'adjectifs mélioratifs pour tenter seulement de vous décrire le torrent d'émotion qui vous submerge à l'écoute de ce disque mythique. Ce n'est pas possible autrement.
Non, je ne deviens pas gâteux. Je ne vous écris pas sous l'effet d'une soudaine nostalgie de vieux soixante-huitard mal embouché, chose que je ne suis pas d'ailleurs (pas embouché, soixante-huitard je veux dire). Parce que, merde quoi, il ne s'agit pas de n'importe quoi ! Je vous parle de "Electric Ladyland", le double album de la fin des années soixante qui surpasse facilement tous les autres. Un monument de musique pop qui revisite à coup de baguette magique tout ce qui fût, tout ce qui est et tout ce qui sera. Ce disque a tout simplement des allures de chef-d'oeuvre visionnaire ou chaques notes se revêtissent d'une importance capitale, tout en s'abandonnant à l'insouciance et à l'urgence de l'instant.
Bon, ouais, ça va, j'avoue, "Little Miss Strange" fait peut-être exception à cette règle d'excellence qui habite le troisième disque de l'Experience. Mais on peut se dire aussi que ce titre, s'il est présent, l'est de manière tout à fait emblématique, comme dernière trace d'une époque à jamais révolue. Car après cette pause légère (en fait, bien venue après ce sommet de blues psychédélique qu'est "Voodoo Chile", jouissant de plus des interventions lumineuses de l'organiste de Traffic, Steve Winwood), on repart de plus belle avec une série de titres toujours aussi terriblement accrocheurs, remplis de pépites d'inventivités tant harmoniques que rythmiques à vous en donner le vertige. Ce sont l'adaptation musclée du "Come On (Let the Good Times Roll)" de Earl King, "Gypsy Eyes", "Burning of the Midnight Lamp" et "Rainy Day, Dream Away", autant d'incontournables du songbook d'Hendrix. Mais on n'est pas au bout de nos peines ; avant de refermer le disque sur d'autres monuments laissés au patrimoine de l'humanité ("House Burning Down", sa version du "All Along the Watchtower" de Dylan et le célebrissime "Voodoo Child"), s'intercale le vrai gros morceau de la session. J'ai nommé "1983", sa suite en deux parties, qui pourrait bien suffire à toute personne désireuse de goûter au progressif sans se risquer à s'y plonger d'avantage. Jazz, psyché, rock, tout est là, tout ça à la fois.
Toute cette part de notre culture musicale réunit et extrapolée en un peu moins d'une heure et vingt minutes. "Electric Ladyland" serait-il donc l'album parfait ? Je ne suis pas loin de le penser. Et vous ?"
...J'aurais pas mieux dit.

1. ...And the Gods Made Love 1:21
2. Have You Ever Been (To Electric Ladyland) 2:11
3. Crosstown Traffic 2:25
4. Voodoo Chile 15:00
5. Little Miss Strange 2:52
6. Long Hot Summer Night 3:27
7. Come On (Part I) 4:09
8. Gypsy Eyes 3:43
9. Burning of the Midnight Lamp 3:39
10. Rainy Day, Dream Away 3:42
11. 1983... (A Merman I Should Turn to Be) 13:39
12. Moon, Turn the Tides... Gently Gently Away 1:02
13. Still Raining, Still Dreaming 4:25
14. House Burning Down 4:33
15. All Along the Watchtower 4:01
16. Voodoo Child (Slight Return) 5:12

Jimi Hendrix – lead vocals, guitar, piano, percussion, comb and tissue paper kazoo, electric harpsichord, bass on "Have You Ever Been (To Electric Ladyland)", "Long Hot Summer Night", "Gypsy Eyes", "1983", "House Burning Down", and "All Along the Watchtower"
Noel Redding – backing vocals, bass on "Crosstown Traffic", "Little Miss Strange", "Come On (Let the Good Times Roll)", "Burning of the Midnight Lamp", and "Voodoo Child (Slight Return)", acoustic guitar and lead vocals on "Little Miss Strange"
Mitch Mitchell – backing vocals, drums (except on "Rainy Day Dream Away" and "Still Raining, Still Dreaming"), percussion, lead vocals on "Little Miss Strange"
&
Jack Casady
– bass on "Voodoo Chile"
Brian Jones – percussion on "All Along the Watchtower"
Al Kooper – piano on "Long Hot Summer Night"
Dave Mason – twelve string guitar on "All Along the Watchtower", backing vocals on "Crosstown Traffic"
The Sweet Inspirations – backing vocals on "Burning of the Midnight Lamp"
Steve Winwood – organ on "Voodoo Chile"
Chris Wood – flute on "1983... (A Merman I Should Turn to Be)"
- On "Rainy Day, Dream Away" and "Still Raining, Still Dreaming":
Larry Faucette – congas
Mike Finnigan – organ
Buddy Miles – drums
Freddie Smith – tenor saxophone


THE JIMI HENDRIX EXPERIENCE

FRee SToNeS
The Rolling Stones "Exile on Main St" (1972)
ou "Blue Exile"

Grand album de blues rock malade d'un combo en exil forcé pour diverses et peu reluisantes raisons fiscales et judiciaires, Exile on Main St est, surtout !, le grand chef d'œuvre de la seule mouture des Rolling Stones à avoir jamais possédé un authentique guitar-hero dans ses rangs, celle avec Mick Taylor, évidemment.
Dans les faits, l'album final est un collage de trois sessions s'étalant de 69 à 72, un collage qui, mis bout à bout, fait totalement sens, un collage qui recadre les Rolling Stones dans ce qu'on attend fondamentalement d'eux, une version sale gosse british du rock et du blues américain, ce qu'explicite divinement la pochette... en collage. Cette cohérence de ton, malgré l'espacement des enregistrements donc, ce côté à la fois laid-back et énervé, on s'en fout mais on va tous péter !, est la force de ces dix-huit chansons bricolées avec moult guests venu palier les absences de, surtout, Bill Wyman et Charlie Watts sans doute trop occupés à mener la belle vie sur la Côte d'Azur, lieu d'élection de leur doux exil. Et donc, ce qui devrait être un grand fourre-tout, le Double Blanc de Jagger/Richards, s'avère le plus aboutis, le plus poisseux aussi, des albums de ces londoniens à nuls autres pareils. En chanson, ça donne une très solide collection, ce n'est pas toujours le cas chez les Rolling Stones, où quelques pépites se démarquent tout de même : Rocks Off où le riff typique de Richards et la morgue bluesy de Jagger font tellement merveille qu'on n'aurait presque pas besoin de ce piano honky-tonk, des ces cuivres staxiens en diable et de la guitare de Mick mais si en fait, Tumbling Dice qui sait pousser ces Pierres Qui Roulent dans leurs derniers retranchements soul'n'blues, Tom and Frayed en impeccable country rock à faire pâlir d'envie tous ceux, nombreux !, qui s'adonnent alors à l'exercice, ce Ventilator Blues rampant en résurgence de Chicago via le Delta qui confirment que les angliches "ont des lettres" et les moyens de leurs envies, Let It Loose en magnifique ballade rock rondement menée et si joliment enrichie d'aptes flaveurs gospel qu'on n'y résiste pas, ou Shine a Light où, vraiment !, Taylor est trop bon pour qu'on ne le dise pas... Comme ces perles articulent un album dans réel faux-pas, quelques dérapages contrôlés, ça oui !, le bonheur est évidemment au bout du chemin.
Exile on Main Street ? C'est sans le moindre doute la dernière grande-œuvre des Rolling Stones, un album séminal et essentiel, et pas seulement pour les afficionados du groupe, un album que tout amateur de rock qui se respecte se doit de posséder dans sa collection, un immense classique, quoi.

1. Rocks Off 4:31
2. Rip This Joint 2:22
3. Shake Your Hips 2:59
4. Casino Boogie 3:33
5. Tumbling Dice 3:45
6. Sweet Virginia 4:27
7. Torn and Frayed 4:17
8. Sweet Black Angel 2:54
9. Loving Cup 4:25
10. Happy 3:04
11. Turd on the Run 2:36
12. Ventilator Blues 3:24
13. I Just Want to See His Face 2:52
14. Let It Loose 5:16
15. All Down the Line 3:49
16. Stop Breaking Down 4:34
17. Shine a Light 4:14
18. Soul Survivor 3:49

Mick Jagger – lead vocals, harmonica, percussion; guitar on "Tumbling Dice" and "Stop Breaking Down"
Keith Richards – guitars, backing vocals; lead vocals on "Happy"; electric piano on "I Just Want to See His Face"; bass guitar on "Casino Boogie", "Happy" and "Soul Survivor"
Mick Taylor – guitars, slide guitar; bass guitar on "Tumbling Dice", "Torn and Frayed", "I Just Want to See His Face" and "Shine a Light"
Bill Wyman – bass guitar
Charlie Watts – drums
&
Nicky Hopkins
– piano
Bobby Keys – saxophone, percussion on "Happy"
Jim Price – trumpet, trombone, organ on "Torn and Frayed"
Ian Stewart – piano on "Shake Your Hips", "Sweet Virginia" and "Stop Breaking Down"
Jimmy Miller – drums on "Tumbling Dice" (the outro), "Happy" and "Shine a Light", percussion on "Sweet Black Angel", "Loving Cup", "I Just Want to See His Face" and "All Down the Line"
Bill Plummer – upright bass on "Rip This Joint", "Turd on the Run", "I Just Want to See His Face" and "All Down the Line"
Billy Preston – piano and organ on "Shine a Light"
Al Perkins – pedal steel guitar on "Torn and Frayed"
Richard Washington – marimba on "Sweet Black Angel"
Clydie King, Venetta Fields – backing vocals on "Tumbling Dice", "I Just Want to See His Face", "Let It Loose" and "Shine a Light"
Joe Green – backing vocals on "Let It Loose" and "Shine a Light"
Gram Parsons – backing vocals on "Sweet Virginia"
Chris Shepard – tambourine on "Turd on the Run"
Jerry Kirkland – backing vocals on "I Just Want to See His Face" and "Shine a Light"
Mac Rebennack, Shirley Goodman, Tami Lynn – backing vocals on "Let It Loose"
Kathi McDonald – backing vocals on "All Down the Line"

THE ROLLING STONES

UNDeR WaTeRS
Pink Floyd "The Wall" (1979)
ou "Concept névrotique"

Sous la coupe d'un Roger Waters plus que jamais en contrôle de la destiné d'un quatuor qu'il considère désormais comme le véhicule de sa cafardeuse inspiration, Pink Floyd produit le dernier grand concept album de 70s finissantes, à une époque où, punk oblige, le format, et le style psychédélico-progressif pratiqué par le groupe, n'a plus vraiment le vent en poupe. Vous y êtes ? Alors place aux mots d'Oli de W-Fenec :
"The Wall est l'album d'une vie, celle de Roger Waters, un concept album autobiographique qui interpelle le monde en 1979 mais qu'il avait en tête depuis toujours. Avant de se lancer dans l'écriture finale de l'album, il avait présenté deux idées : celle-là, sombre et personnelle et une autre The Pros and Cons of Hitch-Hiking, concept album construit autour d'un auto-stoppeur, album qu'il enregistrera plus tard en solo. L'histoire de Waters, mûre, s'est imposée. En même temps que la musique, il imagine un film mais le projet qui est devenu un double album est suffisamment ambitieux... le film viendra deux ans plus tard (une fois le succès assuré) avec les incroyables participations de Bob Geldorf (le rôle de Pink), Gerald Scarfe (dessinateur) et Alan Parker (réalisateur). The Wall est le résultat de l'enfance de Roger et de sa starisation. Il se construit un mur, son mur à l'intérieur duquel il est prisonnier. Les briques qui le façonnent sont la guerre avec ses incertitudes et ses bombes ("Goodbye Blue Sky", "Vera", "Bring the Boys Back Home"), la guerre qui lui prend son père ("Another Brick in the Wall - part 1"), sa mère ultra possessive et protectrice ("Mother"), le système éducatif anglais qui réprime sa créativité ("Another Brick in the Wall - part 2"), puis les problèmes relatifs à la célébrité ("In the Flesh", "The Show Must Go On") et l'explosion de son couple ("Young Lust", "Nobody Home"). Face à tout cela, Roger n'arrive à pas à réagir, ne trouve pas les moyens de fuir comme il le conseille dans un délire mégalomaniaque ("Run Like Hell"), il s'enferme, culpabilise, tente de se suicider ("Goodbye Cruel World"), il attend la fin, sa fin ("Waiting for the Worms").
L'album est sombre, violent ("In the Flesh ?"), formidablement triste ("The Thin Ice", "Hey You", "Outside the Wall"), on s'apitoie sur un Roger isolé, incompris, qui cherche désespérément un peu de réconfort ... il le trouve dans "Comfortably Numb", rare titre (Roger Waters a quasiment tout écrit seul) où David Gilmour (qui n'a pas autant de tourments !) participe, il l'enrichit majestueusement de parties de guitares magistrales, Wright, plus discret, joue sur les atmosphères et la tension pendant que Mason alterne retenue et défoulement ("Run Like Hell").
The Wall est la psychanalise de Waters interprétée par un Pink Floyd qui nous offre un nouveau visage : le chant n'a jamais eu autant d'importance, l'ambiance n'a jamais été aussi glauque ("Don't Leave Me Now"), jamais un album n'avait mis aussi mal à l'aise son auditeur.
Le succés est lui, toujours aussi planétaire, dans certains pays les étudiants contestataires s'approprient "Another Brick in the Wall - part 2", les autorités interdisent la vente de l'album..., aujourd'hui encore ce titre est connu de tous (we don't need no education) et subi des reprises plus ou moins heureuses (de Pearl Jam à Artsonic en passant par Class of '99 et des DJs innommables). Cet album de a contribué à l'écriture de la légende Pink Floyd et clôt le dernier grand chapitre, The Final Cut, sorte de suite malheureuse de The Wall (la guerre et le père de Waters y étant omniprésents) marquant plus le début de la carrière solo de Waters que la fin de celle du groupe dont il vient de prendre (et perdre) définitivement possession.
"
On précisera que, remasterisation dernière génération oblige, c'est aussi à un festin sonore, de ceux qui font oublier la galette noire originelle, pas moins !, dont il s'agit. A vos souris, en gros !

CD 1
1. In the Flesh? 3:16
2. The Thin Ice 2:27
3. Another Brick in the Wall (Part I) 3:21
4. The Happiest Days of Our Lives 1:46
5. Another Brick in the Wall (Part II) 3:59
6. Mother 5:32
7. Goodbye Blue Sky 2:45
8. Empty Spaces 2:10
9. Young Lust 3:25
10. One of My Turns 3:41
11. Don't Leave Me Now 4:08
12. Another Brick in the Wall (Part III) 1:48
13. Goodbye Cruel World 0:48

CD 2
1. Hey You 4:40
2. Is There Anybody Out There? 2:44
3. Nobody Home 3:26
4. Vera 1:35
5. Bring the Boys Back Home 1:21
6. Comfortably Numb 6:23
7. The Show Must Go On 1:36
8. In the Flesh 4:15
9. Run Like Hell 4:20
10. Waiting for the Worms 4:04
11. Stop 0:30
12. The Trial 5:13
13. Outside the Wall 1:41

Roger Waters - bass, vocals, rhythm guitar, synthesizers, sound effects
David Gilmour - lead and rhythm guitars, vocals, bass, synthesizers
Nick Mason - percussion
Richard Wright - piano, hammond organ, electric piano, synthesizers, bass pedals
&
Bruce Johnston
– backing vocals
Toni Tennille – backing vocals
Joe Chemay – backing vocals
Jon Joyce – backing vocals
Stan Farber – backing vocals
Jim Haas – backing vocals
Children of Islington Green School – vocals
Bob Ezrin – piano, hammond organ, synthesizers, reed organ, backing vocals
James Guthrie – percussion, synthesizer, sound effects
Jeff Porcaro – drums
Joe Porcaro, Blue Ocean & 34 others – snare drums
Lee Ritenour – guitars
Joe (Ron) di Blasi – classical guitar
Fred Mandel – hammond organ
Bobbye Hall – congas, bongos
Frank Marrocco – concertina
Larry Williams – clarinet
Trevor Veitch – mandolin
New York Orchestra – orchestra
New York Opera – choral vocals
Unnamed children's choir from New York – children’s choral vocals
"Vicki & Clare" – backing vocals
Harry Waters – child's voice, "Goodbye Blue Sky"
Chris Fitzmorris – male telephone voice
Trudy Young – voice of the groupie
Phil Taylor – sound effects

PINK FLOYD

RoYaL !
Prince "Sign "O" the Times" (1987)
ou "Funk progress"

Il en parle tellement bien de ce Signe O' the Times de Roger "Prince" Nelson, Korama de chez Forces Parallèles, que, sans coup férir, je lui laisse la main :
"Nous voici donc en 1987, et Prince, désormais seul aux manettes, sort son nouvel album un an tout pile après Parade. Sign O' The Times : le disque de tous les classements, de toutes les discothèques idéales, de tous les superlatifs. Pourquoi une telle unanimité ?
Peut-être parce que Sign O' The Times est en réalité le “best of” de trois projets refusés par Warner, signant le début des bisbilles entre l’artiste et sa maison de disque : le double Dream Factory concocté en 1986 avec The Revolution, le side project Camille, alter égo féminin de Prince interprété par Prince lui-même et dont la voix est pitchée dans les aigus, et le triple Crystal Ball regroupant ces deux précédents projets en y ajoutant des nouveautés. Devant le refus de Warner de sortir un triple album, Prince n’a d’autre choix que de le réduire à un double. Il conserve 15 titres triés sur le volet du projet Crystal Ball, et enregistre un duo avec Sheena Easton. Ça donnera le 16ème titre, “U Got The Look”.
Peut être parce que Sign O' The Times est aussi un album somme. Un véritable catalogue de genres musicaux, retraçant trente ans de musique populaire tout en se payant le luxe d’être novateur. C’est bien simple, tout y passe :
- de la soul à la Curtis Mayfield ? “Slow love” et “Adore”. Check.
- de la ritournelle pop à la Beatles ? “Starfish and Coffee” et “Strange Relationship”. Check.
- un petit hommage jazzy à Joni Mitchell ? “The Ballad Of Dorothy Parker”. Check.
- du funk robotique façon Herbie ? “It” et “Hot Thing”, deux techno-funk minimalistes avec une grosse louche de sexe pour faire bonne mesure. Check.
- du blues 21eme siècle ? “Forever In My Life”. Avec en plus, une petite subtilité qui en fait tout le sel : les chœurs sont constamment en avance sur ce que prononce le lead. Inversion des rôles. Check.
- du rock à guitare virant hymne de stade ? “I Could Never Take The Place of Your Man”, mais surtout “The Cross” qui démarre dans un quasi silence pour terminer en explosion de guitares (on en fait des belles choses avec un Mi et un La…). Check.
- de la pop efficace calibrée charts ? “U Got The Look”. Check.
- du jam funk festif ? “It’s Gonna Be A Beautiful Night”, premier titre live paru officiellement sur disque, et c’est en France que cela a été capturé (Paris 1986) ! Check.
Peut être enfin parce que Sign O' The Times possède en son sein de véritables osnis (objets sonores non identifiés) - enfin, des trucs encore plus bizarres que le reste du disque, pour être exact. Des titres qui font que cet album est définitivement ailleurs et écrase forcément la concurrence de l’époque.
Commençons par le titre qui ouvre l’album et donne son nom à cet opus, je veux bien sûr parler de “Sign O' The Times”. Un beat de Linn Drum, des percussions synthétiques, et ce “Oh yeah” qui résonne comme une invitation. Et là, Prince nous envoie sa chanson la plus politique depuis un bail. Prince devient, le temps d’un titre, un Dylan funk, évoquant tour à tour le sida, l’explosion de Challenger, les homeless, la drogue… Dance on man ! Sur ce rythme robotique, une guitare se balade, comme autant de ponctuations d’un discours désabusé. Cette guitare se fera hargneuse dans les versions live. La chronique du déclin du rêve américain.
Deuxième ovni, “Housequake”. Mais c’est quoi, ça ! C’est funk, c’est jazz, et ça renvoie le rap naissant à ses chères études. C’est autre chose, on ne sait pas quoi, mais c’est unique. Ce titre, c’est l’essence de Prince. Un morceau qui est toujours d’actualité, vingt cinq ans après sa sortie.
Enfin, troisième morceau d’exception, le troublant “If I Was Your Girlfriend”, attribué à Camille. Drôle de morceau construit sur une basse slappée sur fond de nappe synthétique, un beat de Linn Drum et un motif mélodique au clavier doté d’un son d’accordéon. Et les voix de Prince, la lead étant pitchée dans les aigus alors que les chœurs étant pitchés dans les graves. De tant d’artifices devrait naître une certaine distance, mais c’est au contraire toute une humanité, toute une sensibilité étrange qui se dégage, les lyrics renforçant la confusion des sentiments et des genres.
Voila peut être pourquoi Sign O' The Times est, encore aujourd’hui, classé parmi les disques incontournables. Alors, doit on se féliciter du choix de la Warner d’avoir refusé les autres projets ? Au vu du résultat, on serait tenté de dire oui. Mais à la vérité, quand on connait les titres écartés - et qui sortiront quasiment tous dans les années qui suivront - Prince avait largement de quoi remplir un triple album qui tienne la route. Tout simplement parce que sa boulimie créatrice était sans limite durant cette période, et qu'il était intouchable, tout comme son modèle Stevie Wonder dominait outrageusement la musique entre 1972 et 1976.
"
Personellement, ça demeure mon Prince préféré, celui où les expérimentations de son passées se rencontrent et s'épousent en un tout ô combien recommandable que, si vous l'avez jusqu'à ce jour manqué, c'est mal !, je ne puis que chaudement vous conseiller.

CD 1
1. Sign o' the Times 4:57
2. Play in the Sunshine 5:05
3. Housequake 4:42
4. The Ballad of Dorothy Parker 4:01
5. It 5:09
6. Starfish and Coffee 2:50
7. Slow Love 4:22
8. Hot Thing 5:39
9. Forever in My Life 3:30

CD 2
1. U Got the Look 3:47
2. If I Was Your Girlfriend 5:01
3. Strange Relationship 4:01
4. I Could Never Take the Place of Your Man 6:29
5. The Cross 4:48
6. It's Gonna Be a Beautiful Night 9:01
7. Adore 6:30

Prince - all vocals and instruments except as noted below
Wendy Melvoin - guitar and backing vocals (7), tambourine and congas (12, 15)
Lisa Coleman - backing vocals (7), Fairlight sitar and wooden flute (12), keyboards and backing vocals (15)
Sheila E. - drums and percussion (10), percussion and rap (15)
Dr. Fink - keyboards (15)
Miko Weaver - guitar (15)
Brown Mark - bass (15)
Bobby Z. - drums (15)
Eric Leeds - saxophone (3, 7, 8, 15, 16)
Atlanta Bliss - trumpet (3, 7, 15, 16)
Susannah Melvoin - backing vocals (2, 4), vocals (15)
Jill Jones - vocals (15)
Sheena Easton - co-lead vocals (10)

PRINCE

BRiT aNGST
Manic Street Preachers "Generation Terrorists" (1992)
ou "Punk's Not Dead"

Oser un double album studio dès son premier opus, il faut être un peu punk, carrément décadent et assurément plein de morgue et d'envie pour s'y essayer. Ca tombe bien c'est exactement le cas d'un quatuor gallois répondant au doux nom de Manic Street Preachers.
Mais quelle est exactement l'ambition de ces quatre gars quand ils se lancent dans un projet semblant destiné à rabibocher le plus "pomp" du rock avec l'éthos punk d'un Clash ? Et comment parvenir à réaliser telle tour de force quand on n'en est, fondamentalement, qu'au tout début d'une carrière prometteuse, le MSP s'étant fait un nom avant de signer chez la major Columbia ? En ne faisant rien comme tout le monde, forcément ! En ayant un guitariste/parolier, Richey Edwards, qui ne chante pas ni ne joue de guitare sur l'album, icelles enregistrées par le chanteur, James Dean Bradfield, en osant, de la power-ballade la plus typique qui soit (Motorcycle Emptiness, un machin à deux doigts de Whitesnake, carrément !), du riff à la Keith Richards pour un post-glam réussi (Slash 'n' Burn), du stadium rock grungisé de compétition (You Love Us), une lecture très personnelle de l'electro (Repeat (Stars and Stripes) ou les Manic Beaties pour situer), ou de la pop (ici punkisée) comme ils en réussiront beaucoup quelques années plus tard (So Dead)... En élargissant, en s'essayant à tous les possibles sur une base rock hard en solide et utile fondation ce que confirme dès son titre l'ultime chanson de l'opus originel, Condemned to Rock 'n' Roll. Une belle collection de mec "qui en ont".
Et puis il y a les bonus, édition Deluxe commémorative du 20ème anniversaire de l'album oblige, et là, majoritairement grâce aux moult démos préparatoires de l'album, on peut constater des changements, des enrichissements, une faim grandissante de faire du punk rock théâtral qui séduira surtout les vrais fans du groupe, les autres, passée une première écoute amusée, relègueront la chose au rang des souvenirs.
Presque aussi têtes à claques qu'Oasis (ça s'est amélioré depuis pour les gallois), mais tellement plus talentueux, c'est l'évidence dès ce premier long-jeu aux ambitions pas toutes réalisées mais terriblement gonflées, les Manic Street Preachers s'installaient, en 1992, comme une force avec laquelle il allait falloir compter dans le petit monde du rock britannique, prédiction depuis largement confirmée.

CD 1 - Album
1. Slash 'n' Burn 3:59
2. Nat West–Barclays–Midlands–Lloyds 4:32
3. Born to End 3:55
4. Motorcycle Emptiness 6:08
5. You Love Us 4:18
6. Love's Sweet Exile 3:29
7. Little Baby Nothing 4:59
8. Repeat (Stars and Stripes) 4:09
9. Tennessee 3:06
10. Another Invented Disease 3:24
11. Stay Beautiful 3:10
12. So Dead 4:28
13. Repeat (UK) 3:09
14. Spectators of Suicide 4:40
15. Damn Dog 1:52
16. Crucifix Kiss 3:39
17. Methadone Pretty 3:57
18. Condemned to Rock 'n' Roll 6:06
Bonus
19. Theme from M*A*S*H (Suicide Is Painless)

CD 2 - Bonus
1. Slash 'n' Burn (House in the Woods Demo) 3:59
2. Nat West–Barclays–Midlands–Lloyds (Marcus Demo) 4:01
3. Born to End (Marcus Demo) 2:54
4. Motorcycle Emptiness (House in the Woods Demo) 6:26
5. You Love Us (Heavenly Version) 4:26
6. Love's Sweet Exile (House in the Woods Demo) 3:15
7. Little Baby Nothing (House in the Woods Demo) 4:25
8. Repeat (Marcus Demo) 2:42
9. Tennessee (House in the Woods Demo) 2:55
10. Another Invented Disease (House in the Woods Demo) 3:32
11. Stay Beautiful (Marcus Demo) 3:13
12. So Dead (House in the Woods Demo) 4:24
13. Repeat (House in the Woods Demo) 3:11
14. Spectators of Suicide (House in the Woods Demo) 5:49
15. Damn Dog (Live) 1:47
16. Crucifix Kiss (Marcus Demo) 3:41
17. Methadone Pretty (House in the Woods Demo) 4:11
18. Suicide Alley (South Wales Demo) 2:34
19. New Art Riot (South Wales Demo) 2:54
20. Motown Junk (London Studio Demo) 2:53
21. Motown Junk 3:59

James Dean Bradfield – lead vocals, lead, rhythm and acoustic guitars
Richey Edwards – rhythm guitar, lyrics
Sean Moore – drum programming, drums, percussion, backing vocals
Nicky Wire – bass guitar
&
May McKenna
– backing vocals on "Another Invented Disease"
Jackie Challenor – backing vocals on "Another Invented Disease"
Lorenza Johnson – backing vocals on "Another Invented Disease"
Dave Eringa – piano, organ on "Nat West–Barclays–Midlands–Lloyds", "You Love Us", "Spectators of Suicide" and "Crucifix Kiss"
Traci Lords – vocals on "Little Baby Nothing"
Spike Edney – keyboards on "Little Baby Nothing"
Richard Cottle – keyboards on "Motorcycle Emptiness"

MANIC STREET PREACHERS

PLaNe-HeR
The Gathering "How to Measure a Planet?" (1998)
ou "Dreamland"

Des Hollandais abandonnant leurs oripeaux gothiques pour de nouveaux habits électro rock planant du plus bel effet ? C'est la transformation de The Gathering avec How to Measure a Planet? (un double, pas moins !) et c'est Dead de chez Trashocore qui nous en parle :
"Lorsque l'on place "How To Measure A Planet?" dans sa platine, il faut tout de même se remettre en tête qu'un an seulement avant lui, les hollandais de the Gathering avaient sorti le plutôt métallique et tout bonnement excellent "Nighttime Birds". Vous l'aurez compris, entre ces deux albums, le groupe a opté pour une direction musicale bien différente, laissant derrière un style qu'ils avaient contribué à créer pour explorer de nouveau horizons. A l'époque, ce nouvel opus a fait un tomber des têtes dans le cheptel des fans du groupe à cause justement de cette nouvelle orientation.
Et pourtant, si vous êtes un temps soit peu sensible, vous ne pourrez pas résister à un tel album. Pour un premier essai, les hollandais ont fait très fort, transformant l'ambiance très froide du précédent album, en une ambiance chaude et intimiste où se mêlent la douceur de la voix d'Anneke et la beauté de la musique distillée par le reste du groupe. Le travail de composition a été réalisé tout en subtilité, la magie de cet l'album reposant sur une savante utilisation de tous les instruments et de multiples arrangements qui lui donnent une grande richesse. Petit bémol : je ne sais pas si c'est dû à la production ou aux qualités intrinsèques d'Anneke, mais bien que le chant demeure très bon, il l'est bien moins que sur les précédents albums, dégageant moins de puissance et se révélant même parfois un peu hésitant.
L'album se décompose en deux CDs (et vu la durée totale, il fallait bien ça). Le premier disque (le plus important) est gorgé de titres plus magnifiques les uns que les autres, dans la majorité très calmes et atmosphériques ("Frail", "Red Is A Slow Colour", "Marooned"), parfois plus électriques ("Great Ocean Road", "Travel") et parfois très très calmes ("Rescue Me", "My Electricity", "The Big Sleep"). Mis à part le single "Liberty Bell" qui est sans conteste le titre le plus mauvais de l'album (Dommage...), l'ensemble est d'une qualité exemplaire, très touchant et prenant comme the Gathering a toujours su le faire.
Le second CD fait plus office de bonus avec 5 titres (dont "How To Measure A Planet?" qui dure près de 30 minutes !!!) et surtout trois excellents morceaux : "Illuminating", "Locked Away" et "Probably Built In The Fifties".
Le tout possède une durée vraiment impressionnante (plus d'une heure quarante de musique) que vous aurez sûrement du mal à vous enfiler en une fois, mais l'ensemble vaut vraiment la peine d'être écouté.
Bien loin de son grand frère "Nighttime Birds", "How To Measure A Planet?" marque donc un tournant dans le carrière de ce grand groupe qu'est The Gathering, annonçant un changement de cap qu'ils ne quitteront plus pour en arriver à leur style actuel que l'on peut découvrir sur le sublissime "Souvenirs". Malgré quelques imperfections, le groupe signe tout de même une de ses meilleures productions, dégageant tout ce dont un album de cette trempe doit dégager : émotions et sensibilité. Tout simplement magnifique.
"
Si les ambitions du groupe ont, depuis, été revue à la baisse, et sans doute étant trop élevées pour eux était-ce une bonne idée, reste ce How to Measure a Planet? plus qu'intéressant et assurément réussi et attachant jusque dans ses (rares) maladresse, un album recommandé.

CD 1
1. Frail (You Might as Well Be Me) 5:04
2. Great Ocean Road 6:19
3. Rescue Me 6:22
4. My Electricity 3:32
5. Liberty Bell 6:01
6. Red is a Slow Colour 6:26
7. The Big Sleep 5:01
8. Marooned 5:56
9. Travel 9:06

CD 2
1. South American Ghost Ride 4:25
2. Illuminating 5:51
3. Locked Away 3:24
4. Probably Built in the Fifties 7:26
5. How to Measure a Planet? 28:33

Anneke van Giersbergen – lead vocals/guitars
René Rutten – guitars
Frank Boeijen – keyboards
Hugo Prinsen Geerligs – bass
Hans Rutten – drums


THE GATHERING

SKyHiGH
Godspeed You Black Emperor! "Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven!" (2000)
ou "Post-Symphonic"

Une œuvre transcendantale, le must ultime d'un post-rock orchestral absolument pas brainy mais définitivement trippy, ce sont les canadiens de Godspeed You Black Emperor! et leur incontesté chef d'œuvre, Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven! (ce nom !, ce titre !), une légende de plein droit.
De fait, passé à la postérité qu'il est, ce qui n'est que justice, on ne s'étendra pas sur le contenu de l'opus parce que, vraiment, on ne décrit pas ces crescendos de cordes tumultueuses, ces puissantes vagues instrumentales émotionnelles qui savent emporter l'auditeur dans un monde qui n'est plus vraiment le notre, on le vit, on s'immerge dans ces quatre suites instrumentales d'une vingtaine de minutes chacune qui, tant héritières des exploration krautrock que du mouvement du classique minimaliste en général et de Philip Glass en particulier, ne demandent à l'auditeur qu'un complet abandon de soi. Et vous pouvez faire confiance à ces lascars-là pour vous transporter dans des paysages mentaux jusqu'alors inexploré.
Ha, Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven!... What a trip!

CD 1
1. Storm 22:31
I. Lift Yr. Skinny Fists, Like Antennas to Heaven...
II. Gathering Storm/Il Pleut à Mourir [+Clatters Like Worry]
III. 'Welcome to Barco AM/PM...' [ L.A.X.; 5/14/00]
IV. Cancer Towers on Holy Road Hi-Way
2. Static 22:35
I. Terrible Canyons of Static
II. Atomic Clock
III. Chart #3
IV. World Police and Friendly Fire
V. [...+The Buildings They Are Sleeping Now]

CD 2
1. Sleep 23:17
I. Murray Ostril: '...They Don't Sleep Anymore on the Beach...'
II. Monheim
III. Broken Windows, Locks of Love Pt. III.
2. Antennas to Heaven 18:57
I. Moya Sings 'Baby-O'...
II. Edgyswingsetacid
III. [Glockenspiel Duet Recorded on a Campsite In Rhinebeck, N.Y.]
IV. 'Attention...Mon Ami...Fa-Lala-Lala-La-La...' [55-St. Laurent]
V. She Dreamt She Was a Bulldozer, She Dreamt She Was Alone in an Empty Field
VI. Deathkamp Drone
VII. [Antennas to Heaven...]

Thierry Amar – bass guitar
David Bryant – electric guitar
Bruce Cawdron – drums
Aidan Girt – drums
Norsola Johnson – cello
Efrim Menuck – guitar
Mauro Pezzente – bass guitar
Roger Tellier-Craig – guitar
Sophie Trudeau – violin
&
Alfons
– horn
Brian – horn

GODSPEED YOU BLACK EMPEROR!

HoMeMaDe
Eels "Blinking Lights and Other Revelations" (2005)
ou "Les petites histoires de Mister E."

Une collection de chansons enregistrées en 1998 et 2004, un machin sur deux CDs et 33 chansons, dire que la sixième sortie des Eels de Mark Oliver Everett est une impressionnante somme tient du doux euphémisme. Comme, en plus, la qualité est au rendez-vous, on l'accueille avec tout l'enthousiasme mérité. Ha oui, Blinking Lights and Other Revelations porte beau.
Alors forcément, comme il y a beaucoup d'outtakes et de sessions différentes, le tout ne brille pas forcément de la folle cohésion qu'avaient chacun des précédents albums d'Eels. Mais il y a le songwriting de Mark Oliver Everett et, là, on est assuré que la qualité sera au rendez-vous parce qu'indéniablement, le monsieur s'est affirmé comme une belle plume ce que confirme la massive sélection du double album. Il y a aussi de belles guests venues prêter main forte, tout en entérinant sa place dans un club informel de happy-fews d'exception, dont Peter Buck de R.E.M. sur deux chansons (To Lick Your Boots, To See Natalie), John Sébastian (oui de Lovin' Spoonful, sur le délicieux Dusk: a Peach in the Orchard), ou, honneur ultime, de Tom Waits venu pousser la chansonnette sur un très réussi Going Fetal. Pas qu'Everett ait vraiment besoin de tous ces gens, puisque de nombreux autres musiciens renforce son quatuor d'alors. A la limite, Mister E ne nous balancerait que des machins enregistrés seul dans sa chambre, à l'acoustique et au chant, qu'on n'ergoterait pas sur le minimalisme du bidule tant l'écriture se suffit à elle-même. Mais pas ici, même si en effet la tessiture acoustique domine, où la richesse des arrangements vient taquiner la couenne des 33 bulles d'inspiration.
Vous avez besoin de plus pour vous ruer sur cet excellemment réussi Blinking Lights and Other Revelations ? Mais vous êtes fous ? Quand il s'agit de Mark Oliver Everett et de ses frémissantes Anguilles, le nom seul devrait suffire !

CD 1
1. Theme from Blinking Lights 1:44
2. From Which I Came/A Magic World 3:13
3. Son of a Bitch 2:27
4. Blinking Lights (For Me) 2:01
5. Trouble with Dreams 4:33
6. Marie Floating Over the Backyard 2:03
7. Suicide Life 2:41
8. In the Yard, Behind the Church 4:05
9. Railroad Man 4:16
10. The Other Shoe 2:32
11. Last Time We Spoke 2:22
12. Mother Mary 3:21
13. Going Fetal 2:21
14. Understanding Salesmen 2:43
15. Theme for a Pretty Girl That Makes You Believe God Exists 2:06
16. Checkout Blues 2:27
17. Blinking Lights (For You) 2:00

CD 2
1. Dust of Ages 2:21
2. Old Shit/New Shit 3:17
3. Bride of Theme from Blinking Lights 1:52
4. Hey Man (Now You're Really Living) 3:02
5. I'm Going to Stop Pretending That I Didn't Break Your Heart 3:56
6. To Lick Your Boots 3:30
7. If You See Natalie 3:41
8. Sweet Li'l Thing 3:27
9. Dusk: A Peach in the Orchard 1:17
10. Whatever Happened to Soy Bomb 2:26
11. Ugly Love 2:58
12. God's Silence 1:26
13. Losing Streak 2:52
14. Last Days of My Bitter Heart 1:35
15. The Stars Shine in the Sky Tonight 3:31
16. Things the Grandchildren Should Know 5:22

E – vocals, guitar, keyboards, melodica, production
Butch – drums, percussion
The Chet – guitar
Koool G. Murder – bass guitar
Puddin' – drums
&
Wayne Bergeron
– trumpet
Bobby, Jr. – "wails" ("Last Time We Spoke")
Peter Buck – guitar ("To Lick Your Boots", "If You See Natalie")
Matt DeMerritt – saxophone
Wally Gagel – keyboards
Ludvig Girdland – violin
Joe Gore – guitar
Probyn Gregory – horns
David Hlebo – saxophone
Jim Jacobsen – keyboards, horn, string arrangements, programming
Jim Lang – strings, mixing
Bill Liston – woodwinds
Andy Martin – trombone
Joe Meyer – horn
Dick Mitchell – flute
John Sebastian – organ ("Dusk: A Peach in the Orchard")
Todd Simon – trumpet
Gerri Sutyak – cello
Michael Valerio – bass guitar
Tom Waits – vocals ("Going Fetal")

E de EELShttp://mangemesdix.blogspot.com/2015/12/double-dose-de-plaisir-volume-2.html?showComment=1450976477807#c2314098629638848970