samedi 25 mars 2017

G comme...

A G, une belle collection de potes, pas tous âgés (hmmm) pour vous joliment récurer les cages à miel parce que punks sans compromis à hard rockers dégoulinants d'électricité, il y aura de quoi ! Mais pas seulement puisqu'on s'attaquera aussi aux neurones, au cœur et même aux zygomatiques ! Enjoie !


G comme...
GENTLE GIANT "Free Hand" (1975)
Prog de Haut Vol

Il est un groupe, et même sans doute plusieurs mais commençons par eux, qui est trop souvent oublié quand on en vient à évoquer les grandes formations du rock progressif britannique des années 70, et pourtant, Gentle Giant, c'est tout de même quelque chose !
Présentement, ces héros qui n'ont pas froid aux oreilles, inventent la fusion médiévale d'avant-garde. Ca fait peur, hein ? Et pourtant, si on est un tant soit peu aventureux dans ses explorations auditives, il y a moult raison de fondre pour ce Free Hand vraiment pas comme les autres. Des morceaux qui ne traînent pas plus que de raison en longueur déjà, un défaut souvent accolé à la chose progressive et ici totalement absent avec pas une piste au dessus des 6 minutes et demies, parce que Gentle Giant en met beaucoup en peu de temps mais avec goût, bien sûr. Ensuite parce qu'il y a l'art consommé de multi-instrumentistes supérieurement doués et versatiles, pas exactement une rareté en rock progressif mais rarement aussi bien explicité que par ce quintet là. Enfin parce que tout ceci est magnifiquement mis en son (et joliment remasterisé dans la présente édition) ce qui a pour bénéfique conséquence de mettre parfaitement en valeur toutes les nuances et les trouvailles, qui sont légion !, de ce cru 75.
Volontairement, je ne déflorerai pas plus avant un album qui mérite avant tout d'être écouté avec toute l'ouverture d'esprit possible sans se laisser aucunement rebuter par l'étiquetage progressif qui en fait fuir beaucoup (si, si !), parce que Free Hand, peut-être la plus belle réussite de tout le catalogue d'un Gentle Giant qui n'en manque pourtant pas est ce qu'on appelle un immanquable quelque soit la chapelle à laquelle vous êtes affiliés. Avec les oreilles grandes ouvertes, et en s'accrochant quand même un peu parce que ce n'est définitivement pas de la musique facile, le bonheur est au bout du chemin et de ces 36 minutes et 45 secondes en état de grâce.

1. Just the Same 5:33
2. On Reflection 5:43
3. Free Hand 6:14
4. Time to Kill 5:08
5. His Last Voyage 6:26
6. Talybont 2:43
7. Mobile 5:03

Gary Green - guitars, descant recorder, co-lead vocals (2)
Kerry Minnear - piano, Hammond organ, synthesizers, harpsichord, celesta, glockenspiel, vibraphone, marimba, tympani, harp, cello, tenor recorder, lead vocals
Derek Shulman - lead vocals, treble recorder, alto saxophone
Ray Shulman - bass, violin, viola, co-lead vocals (2)
John Weathers - drums, percussion


G comme...
GITS, THE "Frenching the Bully" (1992)
Grrrl Rebellion

Il y a des destins un peu plus tragiques que d'autres, des histoires de carrières brisées qui glacent un peu plus les sangs... Petite punkette rebelle et féministe, Mia Zapata, vocaliste des essentiels The Gits, est de ceux-là, elle qui fut battue, violée, étranglée, crime à l'abjection hélas trop commune, presque ordinaire... En vérité, s'il n'y avait la personnalité de la victime, le fait qu'elle soit une figure publique, front-woman d'une formation prometteuse d'une scène alors en pleine explosion, Seattle dans le sillage de Nirvana et consorts, c'était quelque chose en 1993, et qu'elle avait 27 ans au moment des faits, on n'en aurait sans doute jamais entendu parler... Triste mais vrai. Et la musique me direz-vous ? C'est, dès un Absynthe d'ouverture et tout du long d'un album aussi bref qu'explosif (30 minutes et quelques secondes sans les bonus), un défilé de hardcore/punk rock dynamique et mélodique où Mia a tout loisir de laisser parler ses diatribes féministes. La voix de Mia ? Quelque chose de Gwen Stefani à l'époque où elle débutait avec No Doubt et la figure forcément tutélaire de Patti Smith qui n'est jamais bien loin chez les filles en colère. Evidemment les thèmes de Mia, le côté absolument cash de ses paroles (comme sur un Slaughter of Bruce avec l'exploitation des femmes dans le music business), et un groupe ouvertement épris d'électricité speedée font la différence. Ça et la qualité de chansons qui, suffisamment variée malgré le petit domaine où s'exprime la formation, parviennent non seulement à ne pas lasser jusqu'au punk occasionnel mais donnent franchement des envies de se secouer frénétiquement en se lançant les uns contre les autres... Pogo ! Avec une petite surprise de temps en temps comme l'excellent It All Dies Away sorte de rock un poil bluesy à la Patti Smith, épatant ! Et encore plus avec d'excellents bonus avec, surtout, 8 titres live furieux et bien captés, à Portland, presque à la maison, et une version single de Twisting nettement plus accessoire pour clore le bal. Frenching the Bully sera le seul album que les excellents The Gits sortiront du vivant de Mia, suivra un second opus posthume, Enter: The Conquering Chicken, qui, tirant vers un rock plus classique et le blues ne reproduira pas la performance. Reste donc cet opus, cette expression rageuse mais pas sans finesse d'un groupe qui n'aura pas le temps de se développer. L'album est chaudement recommandé, cela va sans dire, et pas seulement pour le tragique fait-divers qui lui est lié pour l'éternité.

1. Absynthe 3:13
2. Another Shot Of Whiskey 2:41
3. Insecurities 1:45
4. Slaughter Of Bruce 3:16
5. Kings And Queens 1:59
6. It All Dies Anyway 4:07
7. While You're Twisting, I'm Still Breathing 2:37
8. A 1:24
9. Wingo Lamo 2:11
10. Spear And Magic Helmet 2:37
11. Cut My Skin, It Makes Me Human 2:16
12. Here's To Your Fuck 1:52
13. Second Skin 2:51
Bonus
X-Ray Cafe, Portland, June 1993
14. While You're Twisting, I'm Still Breathing (Live) 2:38
15. Insecurities (Live) 1:48
16. Slaughter Of Bruce (Live) 3:14
17. Absynthe (Live) 3:04
18. Another Shot Of Whiskey (Live) 2:40
19. Wingo Lamo (Live) 2:19
20. Here's To Your Fuck (Live) 1:50
21. Second Skin (Live) 3:13
22. Twisting (Single Version) 2:43

Mia Zapata - Vocals
Joe Spleen - Guitar
Matt Dresdner - Bass
Steve Moriarty - Drums


G comme...
GOLDFRAPP "Felt Mountain" (2000)
Montagne d'émotion

Si un ange tombait des cieux et enregistrait un album pour nous-autres pauvres mortels, ça ne serait pas très différent du divin premier opus de la charmante Alison Goldfrapp.
Qui n'est présentement plus une débutante ayant sévi dans plusieurs formations anarcho-punk aux profils publics élusifs avant de faire une apparition remarquée avec les électroniciens d'Orbital et d'y être remarquée par celui qui est son partenaire depuis au sein de l'entreprise Goldfrapp : Will Gregory.
Musicalement, la tentation de classer Felt Mountain, premier album du duo, dans le trip-hop dont il sont contemporains et de ne plus en parler est grande mais ultimement limitative ne prenant pas en compte la richesse des influences et leur traitement particulier une paire d'instrumentistes/compositeurs/interprètes supérieurement imaginative. Parce qu'il y a plus dans les vocalises d'Alison et les musiques conçues avec Will que votre dose habituelle de trip-hop à chanteuse façon Morcheeba (pour le plus léger) ou Portishead (pour le plus dramatique). C'est évident dès Lovely Head où clashent les échos conjoints de Burt Bacharach, d'Ennio Morricone et de Massive Attack avec une sensibilité vocale cousine d'Elizabeth Fraser et des arrangements au potentiel filmique énorme. Et puisqu'on parle de voix, établissons définitivement qu'Alison, sans doute bien aidée par une formation classique et le large registre dont l'a doté Mère Nature, est le centre d'intérêt principal de chacune des 9 (magnifiques) compositions garnissant l'album, aussi capable d'une délicatesse ou d'une sensualité absolue que d'emportements bienvenus et même de quelques traitements sonores et vocalises étranges (sur le morceau titre par exemple) renforçant l'"extraterrestralité" de la galette. Un galette qui, entre Hollywood ou Cinecittà et Bristol, entre hier (voire avant-hier), aujourd'hui et sans doute un peu demain, peut définitivement être qualifiée de rétro-moderniste en plus d'ear candy de première classe parce que Felt Mountain, à l'évidence à l'examen des très nombreux intervenants ayant été réunis pour l'enrichir (mais jamais l'empeser !), est une aeuvre mûrement réfléchie et brillamment exécutée. Une aeuvre dont on peine à retenir un morceau plus qu'un autre tant la palette présentée est, in fine, complémentaire et inséparable.
Depuis Felt Mountain, la fine équipe constituée par Alison et Will a fait florès, jamais stagné musicalement prenant par conséquent le risque de décevoir ponctuellement un auditoire par forcément friand de déstabilisation. Ponctuellement, ils se sont approchés de leur déclaration de grâce initiale sans toutefois jamais l'égaler mais en n'essayant jamais non plus de reproduire à l'identique l'exploit. C'est tout à l'honneur d'une équipe dont chaque apparition revêt désormais un caractère évènementiel chez ceux qui savent qu'un potentiel énorme il y a chez ce Goldfrapp changeant, souvent attachant et concluant. Et que ceux qui ne savent pas encore, heureux les ignorants pouvant gouter au doux nectar de la découverte, se penchent au plus vite sur Felt Mountain, ils m'en diront des nouvelles !

1. Lovely Head 3:49
2. Paper Bag 4:05
3. Human 4:36
4. Pilots 4:29
5. Deer Stop 4:06
6. Felt Mountain 4:17
7. Oompa Radar 4:42
8. Utopia 4:18
9. Horse Tears 5:10

Alison Goldfrapp - vocals, whistling, keyboards, producer, sleeve design
Will Gregory - keyboards, string arrangements, brass arrangements, producer
&
Alexander Bãlãnescu - violin (2, 5, 8)
Nick Barr - viola (2, 5, 8)
David Bascombe - additional mixing (8)
Nick Batt - bass synthesiser (1); additional programming (1, 3, 4, 6); additional mixing, metal percussion (3); additional engineer (all tracks)
Andy Bush - trumpet (3); flugelhorn solo (7)
Steven Claydon - synthesiser (6, 8)
Nick Cooper - cello (2-5, 8)
John Cornick - trombone (3)
Andy Davis - baritone ukulele, koto, melodica (2)
Clive Deamer - brushes (4)
Flowers Band - brass band (7)
Luke Gordon - additional engineer (all tracks); additional programming (3, 4)
Stuart Gordon - viola, violin (1, 9); tremolo violins (6); violin solo (9)
Bill Hawkes - viola (3, 4)
Steve MacAllister - French horn (6)
Mute Male Voices - humming (2)
Jacqueline Norrie - violin (3, 4)
Rowan Oliver - percussion (3, 4)
Tony Orrell - drums (7, 8)
John Parish - drums (1, 2, 9); bass guitar, tremolo guitar (9)
Mary Scully - double bass (2, 5, 8)
Sonia Slany - violin (2-5, 8)
Adrian Utley - bass guitar (1, 4); synthesiser, tremolo bass guitar (2)
Ben Waghorn - tenor saxophone (3)
Chris Weston - additional programming (8)


G comme...
GONG "I See You" (2014)
Gong Forever!

Une énième version du plus rigolo des groupes de rock progressif ? Et pourquoi pas !, tant que Daevid Allen est vivant et vibrant, créant encore et toujours, on ne boude pas son plaisir. Et donc, 5 années déjà après le très réussi rassemblement de 2032 (avec Steve Hillage, Didier Malherbe, Miquette Giraudy et Gilli Smyth !), ils sont de retour, Gong !, rien de moins !
Enfin, le retour de Gong... Le retour de Daevid Allen accompagné d'une toute nouvelle équipe où seuls Orlando "Fils-à-Papa" Allen, batteur de son état, et Fabio Golfetti, co-guitariste soliste de l'exercice avec l'ex-Cardiacs et Guapo Kavus Tobabi, avaient déjà fait de précédentes apparitions dans la folie du vieux Daevid, 76 printemps et une imagination intacte.
De fait, on n'a aucune difficulté à rapprocher ce Gong là d'antérieures folies proggo-psyché-spatiales, tant mieux ! Parce que ce Gong ci, toujours autant pris de folie douce et de climats trippo-compatibles, est ultimement inchangé mené qu'il est par la personnalité forte d'un leader sachant s'entourer pour pérenniser son aventure au-delà des incessants changements de personnel, pour habiter de sa voix de vieil alien immédiatement reconnaissable des compositions pleines d'une fantaisie et d'une légèreté à peine updatée d'une approche un poil plus moderne, au moins dans le son, que celles de glorieuses septantes (Ha ! You ! Ha ! Flying Teapot ! Ha ! Camembert Electrique, etc.). Alors certes, les sommets du passé sont inatteignables, distants d'années et de substances désormais remisées mais, franchement, ça tient le choc... Ca le fait ! Des exemples ? L'espèce de comptine introductive déjà, I See You qui donne aussi son titre à l'album, une mélodie simplette certes mais si addictivement démente ! Occupy, qui suit directement avec son gros riff sax/guitare à la (Red) King Crimson et ses décrochages plus légers mais pas moins jazzy. When God Shakes Hands with the Devil où la voix douce-dingue d'Allen, des guitares malines et, surtout !, une flûte baladeuse du plus bel effet font merveilles. The Eternal Wheel Spins où des guitares à la Hillage ne gâchent pas un psychédélisme spatial pas loin de leurs potes de folie d'Hawkwind. Etc., parce que chaque composition, sans jamais tout à fait, donc, égaler le glorieux passé, propose son lot de délicieuses surprises et la preuve que l'âge n'est pas forcément un handicap dans la création de fraiches possibilités, de nouvelles pistes, d'imaginatifs développements.
Réalistement, vu le grand âge de l'irremplaçable maître de cérémonie, I See You sera peut-être le dernier album de Gong, du vrai Gong ! Si tel était le cas, ce qu'on ne souhaite évidemment pas, ce serait vraiment un final en beauté, et en folie aussi ! Pour le moment, c'est uniquement un nouveau chapitre dans la saga protéiforme et passionnante d'une formation dont on ne conseillera jamais trop de se pencher tant sur les grandes heures que sur de récentes aventures valant largement le coup. Dont ce délicieux I See You, donc, vous l'aurez compris.

1. I See You 3:33
2. Occupy 2:54
3. When God Shakes Hands with the Devil 5:40
4. The Eternal Wheel Spins 7:04
5. Syllabub 4:32
6. This Revolution 3:50
7. You See Me 2:40
8. Zion My T-shirt 6:18
9. Pixielation 4:42
10. A Brew of Special Tea 1:22
11. Thank You 10:35
12. Shakti Yoni & Dingo Virgin 9:30

Orlando Allen - drums, vocals (4)
Dave Sturt - bass & computer samples
Kavus Tobabi - neoprog smart guitar
Fabio Golfetti - guitars
Ian East - sax, flute
Daevid Allen - gliss guitar and vocals
&
Gilli Smyth - sprinkled space whisper
Mark Robson - keyboards (11)

EDIT MAI 2015:
Daevid n'est plus, son entreprise de folie musicale continue, Gong forever ! Daevid est mort, vive Daevid !



G comme...
GOTAINER, RICHARD "Chants Zazous" (1982)
Le rigolo de service

Ce n'est pas toujours drôle d'être le rigolo de service... Prenez Pierre Vassiliu dont toute la carrière a été escamotée par un unique hit... Pareille mésaventure est arrivée à William Sheller qui a mis quelque temps à se défaire de son Rock'n'Dollars...
Oui, ce n'est pas toujours drôle d'être le rigolo de service... Sauf si - bien sûr ! - vous vous appelez Richard Gotainer et avec entrepris toute votre carrière de faire travailler les zygomatiques d'un public qui en a souvent bien besoin.
Or, donc, Richard Gotainer est un rigolo, l'assume... Le revendique même ! Ca ne l'empêche pas d'avoir un certain talent à ciseler des chansons où son humour n'est qu'une composante (déterminante, ne nions pas l'évidence) d'un cocktail pop vitaminée.
Sur son troisième album, si l'on omet la compilation de 1981 (Grands Succès), entouré des frères Engel (Magma, Herbie Hancock, Michel Berger, etc.) et de quelques requins de studio, Gotainer procède à un changement assez radical de son son. Clairement, la mode est aux synthétiseurs et - justement ! - la voix si particulière de Richard s'imbrique à merveille à ces nappes synthétiques et ces guitares compressées... Il eût été dommage de ne pas profiter de l'aubaine. Nous avons donc ici un Gotainer typiquement 80s ce qui pourrait être absolument affreux si les chansons n'étaient pas si savoureuses et si visiblement conçues pour coller au plus près à l'environnement sonore.
Car oui, Chants Zazous est aussi une œuvre pensée, c'est évident. Comme pour la comédie filmée ou théâtrale, la chanson-à-rire nécessite une précision d'orfèvre et une rigueur monastique pour passer aussi bien le test du temps. Les frères Engel autant que Richard sont à féliciter pour leur travail si minutieusement accompli.
Et les chansons me direz-vous ? Du faux-mambo-synthétique d'ouverture à la pièce finale (en 7 parties avec - diable ! - pour canevas les 4 saisons) ou face B comme on disait à l'époque des grosses rondelles noires, tout est simplement succulent. Tout juste notera-t-on un surplus de forme sur les exquis La Ballade de l'Obsédé d'une étonnante actualité, Trois Vieux Papis (avec un Gotainer multi-facettes) ou l'hilarante parodie de hard rock Tintinisée qu'est Capitaine Hard-Rock. Il faut dire qu'avec tout juste 35 minutes au compteur, l'efficacité a probablement été optimisée.
En bref, si vous avez envie d'un bon album de chansons rigolotes, de ces machins qui vous mettent un rayon de soleil dans la tête, ne cherchez pas plus loin, Chants Zazous est exactement ce qu'il vous faut !

1. Le Mambo du décalco 3:30
2. La Ballade de l'obsédé 3:36
3. Zazou 3:57
4. Trois vieux papis 4:03
5. Capitaine Hard-rock 3:57
Les Quatre saisons
6. Chlorophylle Est De Retour : Prologue 0:57
7. Avant De Voir Ses Yeux : Le Printemps 3:03
8. Youpi Youpi Youpi : L'Eté 3:21
9. La Photo Qui Jaunit : L'Automne 2:45
10. Elle Est Partie Avec Robert : L'Hiver 4:09
11. A Guegue : Point D'Exclamation 0:30
12. Le Renouveau : Epilogue 0:48


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GRANICUS "Granicus" (1973)
Sauvé des Eaux

 Pour cette escapade dans les méandres de la musique perdue mais pas pour tout le monde, nous reviendrons jusqu'en 1973 pour savourer l'unique album des Américains de Granicus.
Au programme, du hard rock racé et fin qui n'est pas sans rappeler Led Zeppelin tout en gardant, et c'est heureux, sa propre personnalité. Une pincée de psychedelisme et un brin de heavy prog sont venus s'ajouter à la sauce pour épicer convenablement le plat et, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'auditeur se régale !
Alors, qu'a-t'il manqué à Granicus pour décrocher le jackpot qui leur semblait tout promis ? De chance sans aucun doute. Car, enfin, quand on voit le nombre de groupes plus ou moins patauds qui ont réussi, bon-an mal-an, à se faire un nom et qu'on écoute, en 2011, d'illustres inconnus perdus dans les limbes du plus complet anonymat leur damer le pion avec une telle facilité... C'est surprenant.
Et donc, vous qui aimez Uriah Heep, Mountain, Deep Purple, Black Sabbath, Led Zeppelin, etc.; n'hésitez plus, ruez vous sur cet éponyme chef d'œuvre !

1. You're In America 4:08
2. Bad Talk 2:49
3. Twilight 3:25
4. Prayer 11:06
5. Cleveland Ohio 3:30
6. Nightmare 8:21
7. When You're Movin' 3:19
8. Paradise 7:14

Woody Leffel - Vocals, guitars, harmonica
Wayne Anderson - Lead guitar
Allen Pinell - Rhythm guitar
Dale Bedford - Bass
Joe Battaglia - Drums and percussion


G comme...
GUNS N' ROSES "Appetite for Destruction" (1987)
Bad Boys Rock'n'Roll

 En 1987, alors que triomphe le plus anodin des hard'n'heavy, il était bon d'entendre un groupe revenir aux vraies valeurs d'une musique tel que jadis défendues par un Aerosmith, c'est exactement ce qu'un quintet de Los Angeles se fait fort de réaliser sur un premier long-jeu qui fera date, Appetite for Destruction.
Parce qu'enfin, tout ce sucre, toute cette facilité pop ne sied pas forcément au genre, n'en est en tout cas pas la définition archétypique, lui qui fut conçu pour réveiller les masses chevelues d'un sommeil psychédélique et progressif aux relents de patchouli un peu trop envahissants. les cinq de Guns N Roses, donc, débarquent sur la foi d'un EP live, Live Like a Suicide où, justement, en plus de deux créations originales, ils assument l'héritage via une reprise de leurs modèles (Mama Kin) et se font dans le même un élan un début de réputation prometteuse. Des promesses largement accomplies sur un opus bourré de bonnes chansons dont certaines deviendront d'authentiques classiques du répertoire (Welcome to the Jungle, It's So Easy, Paradise City, My Michelle, Sweet Child of Mine).
Mais comment ont-ils fait ? La formule, en vérité, n'est pas bien complexe, extrêmement simple si tant est qu'on a les chansons pour l'alimenter. Prenez un chanteur qui a de la personnalité et de la morgue, et un organe suffisamment distinctif pour être immédiatement identifié, c'est Axl. Rajoutez y un soliste bien gras qui passe aussi bien en audio qu'en vidéo vu qu'il sait commettre de ces soli mémorisables autant que prendre la pose sous son imposante masse de cheveux bruns frisés, c'est Slash. Complétez avec un trio de complément "sachant faire le métier" et mettre en valeur ses deux stars, c'est Izzy, Duff et Steven. Pour le son, faites confiance à un vieux professionnel bien roué qui saura canaliser l'enthousiasme et ordonner l'amateurisme de jeunes pousses encore peu aguerries à l'objet studio, c'est Mike Clink, qui a alors déjà travaillé avec UFO, Survivor ou Triumph. Si vous avez de la chance, parce qu'il en faut, vous obtiendrez une galette prête à tout casser sur son passage, à rappeler aux foules que le rock'n'roll est sale, vicieux et incorrect par définition. Certes, vous n'en vendre peut-être pas 28 millions d'exemplaires (ce que fit Appetite for Destruction) mais vous aurez de fortes chance, au moins !, de ne pas vous retrouver avec une énième galette anonyme.
Appetite for Destruction ? Un bon vent frais dans une scène hard'n'heavy sclérosée par les ambitions commerciales de musiciens sans imagination, un grand album tout simplement.

1. Welcome to the Jungle 4:31
2. It's So Easy 3:21
3. Nightrain 4:26
4. Out ta Get Me 4:20
5. Mr. Brownstone 3:46
6. Paradise City 6:46
7. My Michelle 3:39
8. Think About You 3:50
9. Sweet Child o' Mine 5:55
10. You're Crazy 3:25
11. Anything Goes 3:25
12. Rocket Queen 6:13

W. Axl Rose – lead vocals, percussion on "Welcome to the Jungle", synthesizer and whistle on "Paradise City", additional percussion
Slash – lead guitar, co-rhythm guitar.
Izzy Stradlin – rhythm guitar, backing vocals, co-lead guitar on "Nightrain" and "Think About You", percussion on "Paradise City", additional percussion
Duff McKagan – bass guitar, backing vocals
Steven Adler – drums


samedi 18 mars 2017

F comme...

Pour le F, j'ai mis les petits plats dans les grands !, que des albums (et une compilation) à réécouter à l'infini dans leur entièreté (idéalement) ou en picorant selon ses goûts et ses appétits. Et à part ça ? Enjoie !

F comme...
FARAQUET "The View from This Tower" (2000)
3rd Millenium Progressive Rock

En voici un auquel vous ne pouviez pas échapper tant il est cher à mon caeur. J'ai donc l'honneur et l'avantage de vous présenter l'unique album du groupe de Washington DC, Faraquet.
A la base, et si on en croit leur appartenance à la scène (post) hardcore de leur ville, Faraquet pourraient n'apparaître que comme une référence de plus dans la longue, et parfois ennuyeuse, histoire du math-rock. C'est sans compter sur l'incroyable habileté à ciseler des chansons qui, pour ne pas être immédiatement accessibles, n'en demeurent pas moins des pépites pour qui sait prendre le temps de laisser cette musique l'amadouer.
La base, comme je viens de le préciser, est math-rock. C'est donc à une formation techniquement impeccable à laquelle nous avons affaire. Sauf que, contrairement à la plupart de leurs petits camarades, Faraquet y ajoute du chant et c'est ce qui fait toute la différence. En effet, là où on est trop souvent confronté avec de simples exhibitions techniques, Faraquet nous propose des vraies chansons qu'on se surprendra à fredonner à l'occasion. A vrai dire, chaque fois que j'ai dû décrire cette musique, j'ai employé les mêmes comparaisons à savoir d'imaginer ce qu'une fusion de Police période Synchronicity et d'un King Crimson à l'époque de Red non sans y ajouter une bonne rasade d'esprit indie pourrait donner. Je sais, ce n'est pas simple et c'est pourtant, après réflexion, la meilleure description que je puisse faire de la musique contenue sur ce The View from This Tower.
Evidemment, les musiciens sont exceptionnels, en particulier le batteur, mais il faut dire qu'ils sont magnifiquement mis en valeur par la production claire et précise de J Robbins (Jawbox, Burning Airlines, Channels) qui a su donner la dynamique nécessaire à telle musique qu'on pourrait facilement taxer de Rock Progressif.
Et donc, sur 36 minutes et une grosse poignée de titres en état de grâce, voici un album qui ravira ceux qui pensent que la musique est un peu plus qu'un simple enchaînement couplet/refrain/couplet. Une galette unique en son genre et totalement indispensable !

1. Cut Self Not 2:54
2. Carefully Planned 3:40
3. The Fourth Introduction 3:17
4. Song For Friends To Me 1:37
5. Conceptual Separation Of Self 6:43
6. Study Complacency 5:05
7. Sea Song 4:10
8. The View From This Tower 5:55
9. The Missing Piece 3:29

Bass, Guitar [Feedback Guitar] – Jeff Boswell
Drums, Percussion, Bass [Piccolo Bass], Vocals, Keyboards – Chad Molter
Guitar, Vocals, Drums, Percussion, Keyboards, Trumpet, Banjo [Banja], Guitar [Baritone Guitar] – Devin Ocampo


F comme...
FAUST "Faust" (1971)
En commençant par les carottes...

L'austérité de la pochette ne le laisse sûrement pas deviner, Faust est le plus fou de tous les groupes Kraut. Oui, plus que Can (qui se posent pourtant bien là) ou que Neu! (pas des amateurs dans le domaine), et compagnie (ça pousse au portillon !)...
A croire que Faust a vendu son âme à un Diable rigolard et facétieux qui leur a promis une éternelle fontaine d'inspiration en omettant, le coquin, de leur préciser qu'ils ne trouveraient la beauté que dans le chaos. Et donc dans un succès éternellement confidentiel (culte). Dès ce premier album, dont l'écoute n'est en aucun cas facile, le fol humour de la formation franco-germanique explose sur trois longues plages psychédélico-bizarro-jammesque du plus bel (et vrillant) effet. Alors, certes, ce genre de musique n'est sans doute pas à mettre entre toutes les oreilles. Ceux qui apprécieront y verront un départ en trombe d'une rare créativité et d'une attirante folie.
40 ans plus tard (et depuis leur retour au affaires du milieu des années 90), Faust continue de sortir de bons albums qui contentent une fanbase certes clairsemée mais dévouée à l'extrême.
Sur ce... Bon trip à tous !

1. Why Don't You Eat Carrots? 9:31
2. Meadow Meal 8:02
3. Miss Fortune 16:35

Werner "Zappi" Diermaier - drums
Hans Joachim Irmler - organ
Arnulf Meifert - drums
Jean-Hervé Péron - bass guitar
Rudolf Sosna - guitar, keyboards
Gunter Wüsthoff - synthesiser, saxophone

 

F comme...
FISH "Sunsets on Empire" (1997)
Un classique méconnu

C'est l'autre chef d'aeuvre de l'ex-vocaliste de Marillion en solo après son originel tour de force de Vigil in a Wilderness Of Mirrors, c'est aussi un album qui, bien qu'étant clairement progressif, transcende les limites habituellement attribuées au genre de part sa variété, voici Sunsets on Empire, un secret vraiment trop bien gardé.
A l'époque, alors qu'il sort de deux expériences négatives avec deux majors, EMI et Polydor, Fish décide qu'il en a assez et se lance, les yeux plus gros que le ventre, dans l'aventure de l'indépendance allant jusqu'à installer un studio high-tech dans sa résidence d'Haddington, Ecosse. Las, si le projet donnera quelques excellentes choses, dont Sunsets on Empire, il s'avèrera un gouffre financier amenant le vocaliste au bord de la banqueroute. Mais, pour l'instant, en cette année 1997, s'adjoignant les services d'un compositeur/producteur qui monte, Steven Wilson de Porcupine Tree, Fish est encore plein de l'enthousiasme naïf qui permettra la création d'un album d'une très belle qualité. Un album tout en diversité où on l'on croise ce qu'il est convenu d'appeler du hard rock progressif (l'introductif The Perception of Johnny Punter et son bon gros riff à la Led Zeppelin), de la pop de belle qualité (Change of Heart), une ballade quasi-Trip Hop dédiée à sa fille (Tara), du rock progressif plein de groove (What Colour Is God?, Jungle Ride et le bonus Do No Walk Outside This Area), un obligatoire décrochage vers ses racines celtiques (l'infectieux Brother 52 et son violon dingue), du rock épique à la Pink Floyd (Sunsets on Empire), ou une jolie petite douceur acoustique (Say It With Flowers) en plus de chansons plus classiquement progressives (Goldfish & Clowns, Worm in the Bottle) mais nullement passéistes. Parce que c'est de rock progressif moderne dont il s'agit avec des mélodies fortes, des arrangements détaillés, luxuriants et, évidemment !, puisqu'on retrouve Steven Wilson à la console, une production comme le Poisson n'en avait pas jusqu'alors connu. Tout était donc réuni pour faire de l'opus un triomphe commercial en plus de son évidente réussite artistique, sauf à compter avec la faute à pas de chance, une vraie difficulté à le faire entendre au-delà du petit cercle qui continue de le suivre fidèlement. Et donc, malgré son indéniable qualité, l'album restera beaucoup trop confidentiel pour devenir la relance dont rêvait Derek William Dick (son vrai nom).
Cependant, 18 ans déjà après sa sortie, Sunsets on Empire, un album se moquant des modes et évitant par conséquent un vieillissement prématuré, reste une réussite dépassant largement ce que la plupart de ses collègues (ses anciens comparses de Marillion en tête) sont capable de produire. Il n'en faut pas plus pour recommander cet excellent opus à qui ne l'aurait pas encore écouté.

1. The Perception of Johnny Punter 8:36
2. Goldfish & Clowns 6:36
3. Change of Heart 3:41
4. What Colour is God? 5:50
5. Tara 5:11
6. Jungle Ride 7:33
7. Worm in a Bottle 6:23
8. Brother 52 6:05
9. Sunsets on Empire 6:54
10. Say it with Flowers 4:15
Bonus
11. Do Not Walk Outside This Area 6:30

Fish - lead vocals
Steven Wilson - guitars and keyboards
Foss Patterson - Hammond, piano, keyboards, backing vocals
Ewen Vernal - bass
Dave Stewart - drums
Robin Boult - guitars
Frank Usher - guitars
Dave Haswell - percussion
Chris Gaugh - cello
Brian Hale - violin
Martyn Bennett - violin
Terence Jones - French horn
Fraser Speirs - harmonica
Doc - voice on "Brother 52"
Lorna Bannon, Katherine Garrett, Don Jack, Chris Thomson, Annie McCraig - backing vocals


F comme...
FLAMIN' GROOVIES "Teenage Head" (1971)
Essential Frisco Rock

Les Rolling Stones américains ? C'est un peu caricaturer les San-franciscains de Flamin' Groovies mais ce n'est pas totalement faux, encore moins sur leur cru de 1971, l'impeccable Teenage Head.
Pas totalement faux parce que, comme les fameux anglais, les Flamin' Groovies partage un égal amour d'un rock & roll franc et direct, largement inspiré, hérité de bluesmen aussi essentiels que Muddy Waters ou Howlin' Wolf, une similaire esthétique menée par un tempérament de sales gosses électriques.
Des neufs morceaux de l'album originel, dont deux reprises (Have You Seen My Baby? emprunté au répertoire de Randy Newman, 32-20 de chez Robert Johnson mais avec de nouvelles paroles pour actualiser le titre), rien ici n'est autre chose qu'un exceptionnel déroulé de morceaux classiques ou qui devraient l'être. Il faut dire que, mené par la gouaille Cyril Jordan, les guitares inspirées de Roy Loney, Tim Lynch et du même Jordan, une section rythmique qui s'y entend autant pour créer la tension que soutenir les climats plus tempérés et une production, signée Richard Robinson, mettant parfaitement en valeur les atouts d'un quintet de feu, on cherchera longtemps la faille, sans jamais la trouver. Comme, en plus, l'édition bien remasterisée propose de nombreux et substantiels bonus, il n'y a plus à hésiter pour célébrer la fantastique collection qui s'offre à nous, une collection, et un album donc, qu'on aimerait voir plus souvent loué mais se contente d'un statut culte un poil réducteur.
Pour la petite histoire, Mick Jagger lui-même dira de ce Teenage Head qu'il est le frère jumeau du Sticky Fingers de son fameux groupe... en plus réussi. A partir de là, il n'y a plus à hésiter pour recommander, chaudement !, cet accomplissement de toute première bourre à toutes et à tous et plus particulièrement à ceux qui goûtent au rock & roll, au vrai !

1. High Flyin' Baby 3:31
2. City Lights 4:25
3. Have You Seen My Baby? 2:52
4. Yesterday's Numbers 3:59
5. Teenage Head 2:52
6. 32-20 2:04
7. Evil Hearted Ada 3:21
8. Doctor Boogie 2:32
9. Whiskey Woman 4:47
Bonus
10. Shakin' All Over 6:05
11. That'll Be the Day 2:22
12. Louie Louie 6:48
13. Walkin' the Dog 3:41
14. Scratch My Back 4:50
15. Carol 3:15
16. Going Out Theme 3:04

Cyril Jordan - guitar, vocals
Roy Loney - guitar, vocals
Tim Lynch - guitar
George Alexander - bass guitar
Danny Mihm - drums
&
Jim Dickinson - piano (1-3)


F comme...
FLEETWOOD MAC "Rumours" (1977)
La rumeur court toujours

Vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, doté de singles imparables entourés de chansons de qualité, Rumours, 11ème album des anglo-américains de Fleetwood Mac (depuis l'arrivée de la doublette Nicks, Buckingham sur leur second éponyme paru deux ans plus tôt) est un triomphe artistique autant que commercial. Pourtant pas un album ayant été enregistré dans des conditions idéales...
Parce que les cieux ne sont pas exactement d'un bleu sans nuages dans la formation. Déjà parce que la relation tumultueuse entre Stevie Nicks et Lindsey Buckingham conduit à de nombreuses bisbilles entre les deux amants intermittents qui forment aussi une fameuse équipe de songwriters pas pour rien dans la miraculeuse relance artistique et commerciale de Fleetwood Mac. Ensuite parce que le mariage entre John et Christine McVie (née Perfect, ça ne s'invente pas !) bat sérieusement de l'aile et prendra d'ailleurs bientôt fin, à peine la tournée achevée. Rajoutez à ça le déchainement de paparazzo et de la presse people d'époque qui, à l'odeur du sang, rapplique tel une meute assoiffée, et raconte pas mal de conneries ce qui n'arrange rien. Bref, ce n'est pas la joie, heureusement, au moins !, que tout va bien dans la vie de ce grand fou de Mick Fleetwood !
Tout ceci aurait dû conduire à une galette désastreuse, un brouet infect pourri par les batailles rangées et les désaccords s'il n'y avait eu la farouche volonté de chacun des musiciens de se surpasser et d'offrir les plus belles lettres de leurs plus belles plumes. Le résultat ne se fait pas attendre, porté par une série de singles atteignant tous le Top 10 des charts étatsuniens, avec même un Number One (Dreams, signé Stevie Nicks), l'album se vend comme des petits pains à une foule affamée, et décroche même la timbale avec une double première place aux States et dans leur Grande Bretagne "semi-natale" (et une 27ème en France, heu...). Il faut dire que ce rock policé, poppisé ratisse large et ne cherche aucunement à choquer. C'est de "feelgood music" dont il s'agit, un machin léger, ensoleillé, expertement joué et enregistré évidemment et qui, miracle !, détient ce petit supplément d'âme, cette substance qui en fait plus qu'une bête œuvre de passage, plus qu'une simple sucrerie pour les tympans. A l'évidence, toutes ces chansons ont été construites dans le but de flatter l'oreille de l'auditeur avec leur hooks mélodiques bien trouvés, leur harmonies vocales mixtes parfaites, leur flow digne d'une highway désertique (ha ! rouler dans une décapotable vers Monument Valley au son de Dreams !). Que de bonnes chansons en plus, parce que ce Fleetwood Mac sait aussi bien faire dans l'enjoué (l'irrésistible morceau d'ouverture, Second Hand News), dans le rock californien le plus léché et ear-friendly (Dreams évidemment mais aussi les autres mégatubes, Don't Go et Go Your Own Way, et quelques autres titres (aussi réussis) tel étant le principal terrain de chasse de la formation en cette seconde moitié des seventies) que dans les délicatesses arpégées (Never Going Back Again, trop petite merveille produit de la délicieuse imagination de Lyndsey Buckingham) ou pianotées (la jolie ballade Songbird si délicatement interprétée par son auteure, Christine McVie).
12 morceaux, 44 minutes, pas de blablas, que des résultats... Et plus de 30 millions de consommateurs satisfaits (sans compter les pirates !)... Ca en impose ? C'est mérité !
Qui dit Deluxe dit bonus et le moins que l'on puisse dire est que la bonne maison Warner Bros n'a pas été avare en matériau de belle qualité. D'abord, il y a le live ou plutôt les lives de multiples sources de la tournée Rumours ayant été assemblées pour l'obtention du résultat de qualité honnête qui vaut surtout parce que, hors bootlegs, aucun live officiel de cette tournée n'était encore paru. Qualité honnête parce qu'avec un son live, les compositions perdent un tout petit peu de leur superbe qui devait beaucoup à la précision de leur enregistrement et de leur production. Pas indigne pour autant, c'est une plaisante expérience d'autant que quelques morceaux plus anciens s'y sont glissés pour le bonheur de tous.
Ensuite, et c'est là le vrai essentiel de ce Deluxe, on découvre les archives, les chutes de studio qui, comme à l'accoutumée quand elles sont bien choisies, nous proposent aussi bien quelques bonus intéressants que d'autres nous permettant, furtivement, fugitivement de se croire, petite souris planquée dans un recoin du studio d'enregistrement et goûtant au "work in progress" d'une œuvre désormais légendaire. Un vrai petit bonheur de si belle qualité qu'il ne sera pas forcément exclusivement réservé aux fans qui sont tout de même, bien sûr !, sont cœur de cible (comme on dit).
Album intemporel, pilier inaltérable d'un classic rock triomphant, Rumours demeure, plus de trois décennies après sa sortie, une Rolls d'album, un machin simplissime et imparable qu'on a parfois aimé haïr tant il en imposait mais qui, finalement, emporte le morceau, encore plus dans le luxueux remaster Deluxe ici présent. Et si on pressent qu'il eût été possible de soigner encore mieux le son pour se rapprocher du vinyle originel, la qualité est tellement accrue par rapport aux précédentes édition CD qu'on aurait mauvaise grâce à faire la fine bouche au moment d'évidemment recommander l'acquisition et l'écoute répétée à volume respectable de ce monument absolument pas en péril, preuve d'un Fleetwood Mac qui de 1975 à 1979 tutoyait les étoiles.

CD 1: Album
1. Second Hand News 2:56
2. Dreams 4:17
3. Never Going Back Again 2:14
4. Don't Stop 3:13
5. Go Your Own Way 3:43
6. Songbird 3:20
7. The Chain 4:30
8. You Make Loving Fun 3:36
9. I Don't Want to Know 3:16
10. Oh Daddy 3:56
11. Gold Dust Woman 4:59
12. Silver Springs 4:48

CD 2: Live 77, "Rumours" World Tour
1. Intro :48
2. Monday Morning 2:38
3. Dreams 4:07
4. Don't Stop 3:51
5. The Chain 5:40
6. Oh Daddy 4:47
7. Rhiannon 7:55
8. Never Going Back Again 2:20
9. Gold Dust Woman 7:03
10. World Turning 7:31
11. Go Your Own Way 4:54
12. Songbird 4:00

CD 3: More from the Recording Sessions
1. Second hand news early take) 2:26
2. Dreams (take 2) 5:35
3. Never Going Back Again (acoustic duet) 2:19
4. Go Your Own Way (early take) 4:04
5. Songbird (demo) 4:33
6. I Don't Want to Know (instrumental, take 10) 4:23
7. Keep Me There (early take) 3:42
8. The Chain (instrumental) 5:14
9. Keep Me There (demo) 5:29
10. Gold Dust Woman (with vocal) 4:18
11. Oh Daddy (early take) 5:25
12. Silver Springs (early take) 3:48
13. Planets of the Universe (early take) 5:31
14. Doesn't Anything Last (demo) 4:28
15. Never Going Back Again (acoustic duet) 1:03
16. Never Going Back Again (instrumental) 2:36


Lindsey Buckingham – guitars, banjo, dobro, percussion, vocals
Stevie Nicks – vocals, tambourine
Christine McVie – keyboards, piano, Hammond organ, clavinet, vocals
John McVie – bass guitar
Mick Fleetwood – drums, percussion, harpsichord


F comme...
FREHEL "Fréhel" (1997)
Drôle de Drame

J'aurais pu appeler ça "Mémoire de la Chanson Française", ou bien "Une Grande Dame de la Chanson Réaliste", ou encore "Un Autre Monde" en raccourci inter-générationnel amusant, et puis non. Madame Fréhel, ça lui va bien à Marguerite Boulc'h, titi parisien d'origine finistérienne (d'où son nom de scène), née 9 ans avant la fin du siècle d'avant, une paille !, et décédée 59 ans plus tard, ruinée financièrement tant que physiquement, ayant brûlé la chandelle par les deux bouts, dirait-on. tragique certainement.
Sa vie est un drame, ses chansons, réalistes !, jouant toujours sur la corde des sentiments, savaient aussi être drôles, voire carrément crues, si bien qu'on est régulièrement surpris par la liberté de ton par rapport au politiquement correct d'aujourd'hui (sur l'emblématique La Coco , le Lady Is a Tramp français, pas moins !, mais aussi Maison Louche, par exemple).
Drôle aussi donc, comme dans les historiettes ou énumérations que sont Tel Qu'Il Est, Ohé ! les Copains, La Môme Catch Catch où la gouaille toute parigote de cette enfant du pavé fait merveille. (Mélo)dramatique aussi quand, grande tragédienne, Fréhel prend des accents désespérés pour chanter les temps qui changent déjà (Où Est-Il Donc ?), un drame familial (Pauvre Grand), l'histoire d'une femme qui a été mais n'est plus (Où Sont Tous Mes Amants), etc.
Etc., Parce que le catalogue de la Dame est riche et que même ce double cd généreux, 36 titres et plus de 100 minutes, de 1931 à 1939 (sa période de gloire),  ne peut se targuer de faire figure d'anthologie définitive, tout meilleur du marché avec son son bien restauré soit-il, il en manque !
C'est néanmoins, avant d'attaquer Damia, Berthe Silva, voire Aristide Bruant, une excellente introduction à une musique d'une autre époque, une vignette d'un autre temps où la musique qu'on entendait dans la rue provenait d'un orgue de barbarie, d'un accordéon, pas du casque de l'"ipaude" vissé dans nos oreilles. Un autre monde, ni bon ni meilleur, différent. Dépaysant, donc, historique aussi, celui de Fréhel.

CD 1
1. Comme un moineau 3:00
2. Pauvre grand 3:04
3. Sous la blafarde 3:18
4. L'obsédé 2:29
5. La chanson du vieux marin 2:54
6. Comme une fleur 3:20
7. La coco 3:02
8. A la dérive 3:09
9. Quand on a trop de cœur 2:21
10. Musette 2:38
11. Le grand Léon 3:05
12. C'est un mâle 2:58
13. Rien ne vaut l'accordéon 2:25
14. Il encaisse tout 2:33
15. Sous les ponts 3:21
16. La peur (un chat qui miaule) 3:12
17. Où sont tous mes amants 3:23
18. Il est trop tard 3:20

CD 2
1. Le fils de la femme poisson 3:11
2. La valse à tout le monde 2:45
3. Maison louche 3:09
4. Pleure 2:54
5. Tel qu'il est 2:47
6. Sous la flotte 2:43
7. Tout change dans la vie 2:32
8. Où est il donc ? 3:12
9. Et V'là pourquoi 2:33
10. Les filles qui la nuit 3:09
11. La môme catch catch 2:58
12. La chanson des fortifs 3:02
13. L'amour des hommes 2:57
14. Derrière la clique 3:19
15. Sans lendemain 3:17
16. La der des der 2:49
17. Ohé les copains ! 2:23
18. La java bleue 2:45


F comme...
FUGAZI "The Argument" (2001)
L'Argument Final

Le dernier Fugazi jusqu'à preuve du contraire, vite les gars, 14 ans déjà !, The Argument est aussi l'album le plus peaufiné de l'excellente discographie de ces leaders incontestés du post-hardcore "avec un cerveau", ces natifs de Washington D.C. qui, en plus d'avoir une éthique musicale sans faille, en ont aussi une commerciale qui laisse songeur...
Parce qu'en plus d'être d'ardents supporters d'une indépendance accessible (limite des prix des billets de concerts, de celui des albums, aucun merchandising) ces vrais punks d'obédience straight edge (pas d'alcool, pas de drogue, et un végétarisme largement pratiqué) dont l'emblématique tondu, Ian MacKaye, est affublé d'une involontaire paternité, sont de vrais créateurs musicaux. De fait, du temps a passé depuis les premiers ébats d'un post-hardcore intelligent quoique souvent dansant (c'est pas incompatible, notez) d'un Waiting Room et le raffinement de compositions et d'arrangements tels qu'offerts sur cet Argument de fin de parcours. Ici, sans rien perdre de l'énergie qui les a toujours habité, ils prouvent qu'ils peuvent encore élargir le spectre de leur son. Si on retrouve toujours quelques colériques saillies (le furieux Full Disclosure si bien vocalisé par un Guy Picciotto tout en passion vive, Epic Problem en excellente contrepartie d'Ian aux cordes vocales), le groupe a clairement de nouvelles intentions, de nouvelles envies qui le poussent vers un indie rock libre où leur personnalité, loin d'être annihilée par la conversion, n'en sort que renforcée. Oui, c'est bien de Fugazi dont il s'agit, avec quelques guests précautionneusement choisies pour arriver aux fins voulues, un Fugazi qui sait faire dans le rêveur (sur un Cashout qui explose à peine, sur The Kill qui n'explose jamais, sur un Argument en apothéose finale), ou juste adapter son punk à une volonté harmonique accrue (tous ceux que je n'ai pas déjà cité, en gros). En vérité, si influences il y a (on citera quand même Cure parce que c'est la plus évidente), elles sont si magistralement transcendées qu'on les discerne à peine, d'autant que l'identité instrumentale forte du combo, avec que des instrumentistes (de qualité) possédant tous leur propre style, est ici pérennisée.
Tout ça fait de The Argument un final en beauté pour un groupe qui, officiellement, ne fait qu'une pause mais que, le temps passant, on se désespère de voir revenir. Et peut-être ne faut-il pas d'ailleurs, peut-être cette mélodieuse conclusion doit rester le dernier souffle d'un groupe pas comme les autres dont on continue de recommander, chaudement !, chaque parution de leur impeccable discographie, et pourquoi pas en commençant par la fin, parce que, qu'est-ce qu'elle est belle, cette fin !

1. Untitled Intro 0:52
2. Cashout 4:24
3. Full Disclosure 3:53
4. Epic Problem 3:59
5. Life and Limb 3:09
6. The Kill 5:27
7. Strangelight 5:53
8. Oh 4:29
9. Ex-Spectator 4:18
10. Nightshop 4:02
11. Argument 4:27

Guy Picciotto – vocals, guitar
Ian MacKaye – vocals, guitar, piano
Joe Lally – vocals, bass
Brendan Canty – drums, piano
&
Jerry Busher – second drums, percussion
Bridget Cross – backing vocals
Kathi Wilcox – backing vocals
Amy Domingues – cello


samedi 11 mars 2017

E comme...

Et maintenant le E. Et quel éventail, tous azimuts et dans tous les sens, comme se doit de l'être une zornolettre digne de ce nom ! Alors, plutôt que de me lancer dans de longs discours, les billets accompagnant chaque album sont là pour ça, laissons parler la musique et... Enjoie !

E comme...

EAGLES OF DEATH METAL "Zipper Down" (2015)
Eagles Fly Free

Bien-sûr, les Eagles of Death Metal, suite aux "incidents" du Bataclan que chacun sait, ne sera plus jamais un groupe tout à fait comme les autres pour nous, public français. Pour ceux qui se s'intéressassent pas forcément à ce projet annexe de l'ex-leader de Kuyss, fomenteur en chef des Desert Sessions et actuelle tête pensante des Queens of the Stone Age, Josh Homme, et de Jesse Hughes, son plus fidèle lieutenant/pote avec qui il collabore depuis longtemps (une Desert Session de 1998, Volume 3 & 4), il n'est pas inutile de préciser que les trois premiers albums de cette formation drôlement nommée (parce que de Death Metal, il n'est évidemment jamais question) ont été de beaux exemples de stoner garage et qu'à défaut de vraiment nous avoir emporté, ils ont satisfait l'amateur de rock gras mais fin. Et donc quand vient Zipper Down, 4ème long-jeu du duo sorti, sept longues années après son devancier, Heart On, le 2 octobre 2015, avant qu'on ne sache, comment aurait-on pu ?, l'impensable, on est fin prêt à accorder à ces Aigles du Metal de Mort notre indéfectible et bienveillante attention et on a bien raison parce que, passé une pochette d'un goût douteux et en plus assez laide, c'est à une sacrée galette de rock'n'roll de chenapans à laquelle nous sommes convies. Parce qu'ils n'ont peur de rien, Josh et Jesse, pas peur de s'aventurer dans le glam rock dynamisé, du presque-Rolling Stones de première bourre, du boogie à faire rosir d'envie le fan d'AC/DC, de la ballade folk-rock 70s, bref, du rock qui n'a d'autre but que de faire secouer les têtes, remuer les popotins avec un large sourire polisson. Caricatural ? Dérivatif ? Oui da!, ce qui semble être le but des deux compères qui se réjouissent dans l'empilement des clichés et leur détournement et est, présentement, absolument glorieusement mené en 34 trop courtes minutes (le seul défaut de l'opus) par un duo qui, souhaitons-le, n'est pas prêt de rendre les armes, avec leur Aigles ou dans leurs autres nombreux projets.

1. Complexity 2:46
2. Silverlake (K.S.O.F.M.) 3:35
3. Got a Woman 2:02
4. I Love You All the Time 3:09
5. Oh Girl 4:08
6. Got the Power 3:28
7. Skin-Tight Boogie 3:12
8. Got a Woman (Slight Return) 0:41
9. The Deuce 3:06
10. Save a Prayer 4:40
11. The Reverend 3:29

Jesse Hughes ("Boots Electric") – guitar, vocals, baritone, bass, talk box
Joshua Homme ("Baby Duck") – vocals, baritone, drums, bass, guitar, electric guitar, duduk, knee slaps, organ, percussion, piano, slapstick, slides, talk box, trumpet
&
Tuesday Cross – additional vocals
Matt Sweeney – additional guitar


E comme...
EARTH, WIND & FIRE "Spirit" (1976)
Funky Spirit!

Enregistré sous la pression d'un prédécesseur ayant atteint les cimes des Charts (That's the Way of the World, 1975), Spirit est une nouvelle démonstration de l'incroyable grâce funky d'Earth Wind & Fire dans les années 70.
En l'espèce, rien de nouveau sur ce 7ème album de la formation qui continue de fusionner funk et jazz avec des cuivres millimétrés, des grooves à se déboîter les hanches et des mélodies... Comme on en redemande ! Porté par deux singles énergiques et supra-efficaces (Getaway et Saturday Night), l'album vaut aussi par ses pistes plus tempérées telles qu'Earth Wind & Fire (le titre), On Your Face ou le final (pour l'édition original) et épique Burning Bush. Il est à noter que les arrangements commencent déjà à changer avec, notamment, des cordes gagnant peu à peu du terrain. Rien de dramatique, le groupe conserve encore ici tout le sel de ses premières années et ne sombre pas encore dans le racolage sonore et la facilité mélodique qui marquera leurs années 80.
Fidèle à l'esprit du groupe, Spirit est indéniablement une des plus belles pièces des référentiels funksters. Dans la présente version, dûment et impeccablement remasterisée (et augmentée de quelques savoureux bonus), il brille de mille feux et offre à l'amateur 50 minutes de pur bonheur. Et ça, ça ne se refuse pas.

1. Getaway 3:47
2. On Your Face 4:33
3. Imagination 5:15
4. Spirit 3:12
5. Saturday Nite 4:02
6. Earth, Wind and Fire 4:40
7. Departure 0:27
8. Biyo 3:37
9. Burnin' Bush 6:46
Bonus
10. Saturday Nite (Alternate Mix) 4:55
11. Seraphim 2:06
12. Imagination (Angels Mix) 1:02
13. Departure (The Traveler) 3:37
14. African Symphony 1:52

Maurice White: chant, kalimba, timbales, batterie
Philip Bailey: chant, congas, percussions
Larry Dunn: piano, orgue, moog
Jerry Peters: piano
Johnny Graham: guitare
Al McKay: guitare, percussions
Verdine White: basse, percussion, chant
Fred White, Ralph Johnson: batterie, percussions
Andrew Woolfolk, Harvey Mason: percussions
Don Myrick, Andrew Woolfolk: saxophone
Charles Loper, George Bohanon, Louis Satterfield: trombone
Lew McCreary: trombone basse
Charles Findley, Michael Harris, Oscar Brashear, Steve Madaio: trompette
Arthur Maebe, David Duke, Marilyn Robinson, Sidney Muldrow: cor français
Tommy Johnson: tuba
Dorothy Ashby: harpe
Dennis Karmazyn, Harry Shlutz, Marie Fera, Ronald Cooper: violoncelle
Barbara Thomason, David Campbell, Denyse Buffum, James Dunham, Lynn Subotnick, Marilyn Baker, Paul Polivnick, Rollice Dale: viola
Asa Drori, Carl La Magne, Haim Shtrum, Harris Goldman, Joy Lyle, Ken Yerke, Sandy Seemore, Winterton Garvey: violon


E comme...
ECHO AND THE BUNNYMEN "Crocodiles" (1980)
Important

Triste mais vrai, en voici un qu'on n'évoque pas assez souvent, et pourtant, quel bestiaire d'album !, singes, crocodiles et hommes-lapins !, quelle influence sur l'évolution du punk rock vers des territoires plus expérimentaux et délayés, aussi. Il faut pour ça un amour consommé et bien digéré du Velvet Underground, quelques sources provenant d'un rock qu'on appelait encore quelques années plus tôt psychédélique (les Doors surtout) et, évidemment, les chansons qu'il faut pour articuler l'exercice. De ce côté là, le Crocodiles d'Echo and the Bunnymen a tout d'un premier album longuement fomenté, précieusement mis au point par des musiciens qui, enfin !, ont le droit à la reconnaissance professionnelle après laquelle il courait tant. Pas que McCullough and Cie soient en quoique ce soir opportunistes, avant-gardistes d'une indie-England un peu sombre mais tout de même très cool, comme dirait le Fonz' !, avec un guitariste à concurrencer l'excellent John McGeogh (Magazine), Will Sergeant, parce qu'il sait créer des climats sortant des sentiers battus et rebattus sans rien perdre de la puissance qui définit le genre, un indie post-punk un poil psyché pour ceux qui ne suivraient pas. Et comment ne pas citer la voix passionnée de Ian McCullough, autre atout majeur d'une formation n'en manquant pourtant pas et qui, capable de passion mais aussi d'imagination, il vocalise volontiers en mode presque free, qui génèrera moult clones jamais aussi inspirés ? Et puis, forcément, on se doit de mentionner le batteur de l'exercice, Pete de Freitas, moteur puissant et inépuisable de l'opus qui succomba d'un accident de la route à l'âge mythique de 27 ans, l'âge du club duquel on ne veut surtout pas faire partie. Avant de revenir aux chansons qui d'un trippant Going Up d'ouverture (les Doors déshabillé par le Velvet ou quelque chose du genre), d'un Stars Are Stars spatial et tendu, d'un Pride glorieusement tribal, d'un Rescue larvé et rampant, d'un All That Jazz presque dansant mais certainement pas jazz, d'un Happy Death Men possédé et théâtral aux nombreux bonus de cette riche édition, inédits, démos, lives, tout tout tout, vous saurez tout sur le croco !, est une impeccable et implacable collection qu'on revisite souvent avec toujours un plaisir renouvelé. Parce que Crocodiles n'est pas qu'un album important dans l'histoire du rock indépendant, c'est surtout une sacrée galette à recommander à tous !

1. Going Up 3:57
2. Stars Are Stars 2:45
3. Pride 2:41
4. Monkeys 2:49
5. Crocodiles 2:38
6. Rescue 4:26
7. Villiers Terrace 2:44
8. Pictures on My Wall 2:52
9. All That Jazz 2:43
10. Happy Death Men 4:56
Bonus
11. Do It Clean 2:44
12. Read It in Books 2:31
13. Simple Stuff 2:38
14. Villiers Terrace (early version) 3:08
15. Pride (early version) 2:54
16. Simple Stuff (early version) 2:37
17. Crocodiles (live) 5:09
18. Zimbo (live) 3:36
19. All That Jazz (live) 2:53
20. Over the Wall (live) 5:28

Ian McCulloch – vocals, guitar
Will Sergeant – lead guitar
Les Pattinson – bass
Pete de Freitas – drums


E comme...
EELS "Hombre Lobo" (2009)
Howling at the Moon

C'est l'histoire d'un 7ème album qui a été long à accoucher mais qui, en fait, n'est que la première partie d'une trilogie sur le désir et ses désenchantements. Présentement, ces derniers tiennent le haut du pavé.
Mark Oliver Everett (alias E) s'y détache notablement de l'intimiste collection qu'avait été Blinking Lights and Other Revelations. Un peu à la manière d'un Lou Reed sobre ( !), ou d'un Tom Waits « normal », il y déroule le blues habituel de l'amoureux déçu - ici représenté par l'enfant loup devenu homme déjà rencontré dans le Dog Faced Boy de l'album Souljacker - à coups, tour à tour, de riffs secs, de voix saturées ou de mélopées douces amères. En soit, la formule n'est pas nouvelle, la différence se fait sur l'inné talent de compositeur du monsieur et le « primalisme » d'une production qui nous offre la viande sur l'os, pas d'inutiles fioritures (quoiqu'on pourra reprocher que la batterie sonne parfois comme une boîte à ryhtme, n'en sont-ce pas d'ailleurs ?).
Evidemment on reconnait la patte d'E, In My Dreams, par exemple n'est pas sans rappeler Beautiful Freak sur l'album du même nom sans qu'on en soit gêné ou puisse invoquer quelque auto-plagiat que ce soit, c'est juste le style d'E, sa marque. De fait, dans l'intimiste (The Longing) ou dans le frontal (Tremendous Dynamite, un blues électrique à la Tom Waits), ces chansons ont une valeur d'évidence qui vient promptement se nicher dans l'oreille et le cortex. Directement familier, une sacré force mais aussi le talon d'Achille de la collection. A l'usage, on se retrouvera de plus en plus souvent à « zapper » quelque titres moins éclatants pour avoir trop vite dévoilé leurs charmes quand d'autres, au premier abord passables, deviennent les favoris (le technoïde et épique Fresh Blood).
Hombre Lobo n'est donc pas un grand album, juste un bon album ce qui, vous en conviendrez, n'est pas négligeable d'autant que les splendeurs (une bonne moitié du tout, quand même !) y font bien vite oublier les (petites) déconvenues. Les fans d'Eels s'y retrouveront forcément, les autres peuvent s'y risquer avec peu de chances de déception.

1. Prizefighter 2:53
2. That Look You Give That Guy 4:15
3. Lilac Breeze 2:36
4. In My Dreams 3:22
5. Tremendous Dynamite 2:46
6. The Longing 4:22
7. Fresh Blood 4:25
8. What's a Fella Gotta Do 3:25
9. My Timing Is Off 2:58
10. All the Beautiful Things 2:22
11. Beginner's Luck 3:37
12. Ordinary Man 3:15

E: chant, guitare, claviers
Knuckles: batterie
Koool G Murder: basse


E comme...
ENFORCER "From Beyond" (2015)
New Wave of Swedish Heavy Metal

Album après album, les suédois d'Enforcer poursuivent leur entreprise : faire renaître le vrai heavy metal de la première moitié des années 80, celui de la fameuse New Wave of British Heavy Metal.
Evidemment, Olof Wikstrand & Cie ne sont pas seuls à appeler de leurs vœux un retour aux valeurs traditionnelles du heavy metal, il existe, depuis une bonne dizaine d'année, un courant est apparu, revitalisant une musique qu'on croyait bel et bien perdue outre les albums de certains de ses serviteurs originaux qui conservait les flaveurs, le charme d'une musique un peu idiote mais réellement distrayante.
Et donc, voici From Beyond, quatrième album d'une formation n'ayant d'autre ambition que de faire revivre le passé pour son amusement et celui de ceux que ça intéressera, et le fait excellemment bien, en l'occurrence. C'est d'ailleurs un soulagement parce que si Diamonds, le second opus de ces messieurs, avait été une révélation revivaliste, son successeur, le très correct Death by Fire, n'avait pas tout à fait reproduit la performance. Mais cette fois, tout va mieux et ce dès un Destroyer introductif mené tambour battant par une formation qui connaît par cœur tous les codes du genre et les applique avec talent et enthousiasme. Ce premier coup d'éclat est bientôt confirmé par un Undying Evil au tempo plus mesuré, aux double-guitares évoquant forcément quelques fantômes d'un passé pas si distant et plus précisément les joutes six-cordées d'un Glenn Tipton et d'un K.K. Downing (Judas Priest). La suite, du bon heavy sans la moindre baisse de régime, est exactement du même tonneau d'eau de feu que ces deux salves d'ouverture avec même, passage quasi-obligatoire de ce genre de galette, deux morceaux épiques du plus bel effet (Below the Slumber et Mask of Red Death) rappelant, le chant androgyne d'Olof Wikstrand mis à part, ce dont Iron Maiden était capable dans le genre, ou, toujours dans le sillage de la fameuse Vierge de Fer, et de ses nombreux héritiers, un Hungry They Will Come qui fera s'agiter les chevelures en un joyeux headbanging qui n'épargnera pas les cervicales d'auditeurs qui n'attendaient de toute façon que ça. Alors, évidemment, il n'y a rien d'original là-dedans. Très référencé, sous influence dirait-on, Enforcer fait le travail bien aidé par une production, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, assumée par le groupe.
En 2015, anachronique en diable, Enforcer continue son objectif revivaliste avec une fougue et une conviction qui font plaisir à entendre sur un From Beyond, vous l'aurez compris, chaudement recommandé aux amateurs du genre qui y trouveront moult raisons d'être satisfaits.

1. Destroyer 3:41
2. Undying Evil 3:52
3. From Beyond 3:22
4. One with Fire 2:52
5. Below the Slumber 6:21
6. Hungry They Will Come 4:32
7. The Banshee 4:17
8. Farewell 4:12
9. Hell Will Follow 3:19
10. Mask of Red Death 6:12

Olof Wikstrand - vocals, guitars
Jonas Wikstrand - drums
Joseph Tholl - guitars
Tobias Lindqvist - bass


E comme...
EURYTHMICS "Sweet Dreams (Are Made of This)" (1983)
Rêves Dorés

Après la courte aventure des Tourists, Dave Stewart et Annie Lennox continuent en duo. En 1981, ils sortent un premier album, le peu concluant In the Garden, avant d'enfin trouver la formule avec leur second opus, Sweet Dreams (Are Made of This) et le reste, comme on dit, is history.
La formule ? Transcender une synth-pop alors en vogue en y incluant une bonne dose de soul, bien vu !, et de féminité, forcément, et ainsi générer une mouture originale et, on le verra, décisive, d'un genre confiné à la prude Albion et à des explorations majoritairement masculines. C'est tout simple en fait, il suffisait d'y penser, et d'avoir les armes pour fourbir tel arsenal. Evidemment, sans bonnes chansons, tout ceci resterait un vaeu pieux mais les bonnes chansons, justement, sont là et propulsent le deux d'aspirants vers les sommets des charts mondiaux avec d'abord le morceau titre de la galette auquel il fut alors impossible de résister. Mais ce n'est pas tout. Sur la foi de cette excellente saillie, moult autres sucreries qui filent droit au but et aux chaeurs d'auditeurs qui n'en croient pas leurs oreilles. Des exemples ? L'introductif Love Is a Stranger déjà, une excellente façon d'installer l'esthétique chic et pop et pas idiote du duo, I've Got an Angel, où Lennox déploie tout le potentiel de son impressionnant organe, The Walk, qui a tout d'une réponse aestrogènée au mâles du mouvement en plus d'un catalogue de tous les trucs de production du père Stewart, ou la longue ballade rampante qui clôt l'album d'origine, This City Never Sleeps. Et encore plus dans la version bien remasterisée et généreusement bonussée proposant quelques douceurs supplémentaires telles qu'une jolie reprise du Satellite of Love de Lou Reed ou l'inédit Home Is Where the Heart Is, ou de plus accessoires tels les deux remixes des deux tubes de l'opus.
Sweet Dreams (Are Made of This), la chanson et l'album, contribueront largement à installer, durablement qui plus est, un duo qui s'est bien trouvé parmi le best of d'années 80 souvent décriées mais qui, présentement, apportent leur eau au moulin de la pop musique, toutes époques confondues. Et dire qu'Eurythmics feront encore mieux, la même année avec Touch, à peine croyable !

1. Love Is a Stranger 3:43
2. I've Got an Angel 2:45
3. Wrap It Up 3:33
4. I Could Give You (A Mirror) 3:51
5. The Walk 4:40
6. Sweet Dreams (Are Made of This) 3:36
7. Jennifer 5:06
8. This Is the House 4:56
9. Somebody Told Me 3:29
10. This City Never Sleeps 6:33
Bonus
11. Home Is Where the Heart Is 3:03
12. Monkey Monkey 4:14
13. Baby's Gone Blue 5:15
14. Sweet Dreams (Are Made of This) (Hot Remix) 5:17
15. Love Is a Stranger (Coldcut Remix) 7:18
16. Satellite of Love 4:37

Annie Lennox - vocals, keyboards, synthesisers, flute
David A. Stewart - guitar, keyboards, synthesisers, programming, backing vocals
&
Robert Crash - guitar, e-drums, synth, robotic vocals
Green Gartside (of Scritti Politti) - guest vocal duet on "Wrap it Up"
Dick Cuthell - trumpet
Adam Williams - bass, synthesiser
Andy Brown - bass
Reynard Falconer - synthesisers
John Turnbull - guitar


E comme...
EZ3KIEL & NAPHTALINE ORCHESTRA "Live au Théâtre de Tours" (2012)
Electro-Orchestral Bliss

S'il y a une formation française qui ne manque jamais ni de souffle, ni d'ambition artistique, c'est bien EZ3kiel qui nous revient cette fois avec une relecture live et orchestrale de son répertoire avec comme colonne vertébrale son album majeur, Naphtaline... Rien que ça !
Pari gonflé tant le matériau originel était d'une immense qualité, en particulier Naphtaline qui a tant marqué la carrière d'EZ3kiel, un opus où la puissance cinématique du groupe prenait tout son essor, un album qui jouait sur les textures sonores, trip-hoppait sur le Quai des brumes, "electronisait" Les Tontons flingueurs... Une vraie réussite artistique rétro-futuriste qu'il n'est donc pas aisé de revisiter.
Pour mener à bien leur tâche, les tourangeaux ne se sont pas ménagés : adjonction d'une formation orchestrale dévouée au projet (l'orchestre de la ville de Tours), réarrangement scrupuleux, pointilleux de tous les morceaux sans oublier, bien sûr, l'aspect visuel du travail du collectif jamais secondaire et bien représenté par Yann Nguema qui en assume la responsabilité en plus des programmations (et avant ça de la basse qu'il a depuis délaissée). Bref, il aura fallu deux ans, du lancement de l'idée à l'accomplissement de l'œuvre, du travail particulièrement soigné donc.
Le résultat ? Il dépasse les plus folles espérances et ce dès la première piste, Derrière l'Ecran, où il est d'emblée évident qu'EZ3kiel n'a pas juste superposé les parties orchestrales à sa musique mais bien reconstruit sa musique pour y inclure des parties orchestrales qui, du coup, magnifient, "cinématisent" encore plus le morceau, alors qu'il l'était pourtant déjà beaucoup ! En ceci, on peut comparer la démarche à celle de Peter Gabriel sur New Blood/Live Blood à l'exception notoire que l'orchestre complémente le groupe là où il le remplaçait chez l'ancien frontman de Genesis. La suite des titres confirme sans peine cet excellent état d'esprit et la parfaite adéquation trouvée entre l'électrique, l'acoustique et l'électronique (discret). On rajoutera que la captation live de qualité (le groupe nous avait déjà fait le coup sur son grand Collision Tour enregistré en commun avec les noise-post-rockers angevins d'Hint) retranscrit magnifiquement les finesses et l'emphase d'enregistrements en état de grâce où l'auditeur consentant n'a qu'à se laisser porter pour voyager.
On n'oubliera évidemment pas de répéter que, comme d'habitude, formation totale contrôlant et développant toutes les facettes de son art et toujours généreuse avec son public, EZ3kiel a particulièrement soigné le package et ajouté une captation live en image rallongeant encore un peu plus le plaisir (ceci dit pour ceux qui achèteront l'objet).
EZ3kiel est de ces collectifs (on ne dit plus groupe à ce niveau) qui ont besoin du soutien du public, le méritent !, parce que chacune de leur sortie discographiques, chacun de leurs "live events" est un évènement mûrement réfléchi et brillamment exécuté. Artisans d'excellence, rares dans un high-tech ayant une récurrente tendance à niveler par le bas, ils satisfont toujours, sur ce Naphtaline Orchestra aussi, forcément.

1. Derrière L'Ecran 5:33
2. Naphtaline 6:13
3. Lady Deathstrike 2:32
4. Adamantium 5:30
5. Lac Des Signes 6:04
6. Insomnies 3:30
7. Exebecce 3:10
8. The Wedding 13:15
9. Leopoldine 4:37
10. Subaphonic 6:26
11. Volfoni's Revenge 13:16
12. Kika 4:33

Directed By, Arranged By – Stéphane Babiaud
Drums, Percussion – Matthieu Fays
Bass, Contrabass – Thomas Lesigne
Guitar – Gérald Bouvet
Performer, Percussion – Erick Pigeard
Piano – Cyril Soufflet
Saxophone, Theremin, Saw – Thomas Quinart
Violin – Christelle Lassort
Guitar, Keyboards, Accordion – Joan Guillon
Orchestra [Le Naphtaline Orchestra] – Orchestre Symphonique Francis Poulenc Du CRR De Tours