lundi 19 juin 2017

R comme...

Oh! le con, il a sauté le Q ! C'est ce que certains s'écrieront probablement en découvrant la sélection de retour post-congés du Zornophage dans une série alphabétique jusqu'alors strictement ordonnée et séquentielle. Mais ne vous inquiétez pas, le Q, c'est important, il viendra ! Et donc au R, un consonne triplée en colère (Grrr!) et donc, logiquement, représentant quelques beaux excités heureusement tempérés par quelques artistes plus fins. Mais que des classiques et donc, pour ceux qui seraient passés à côté d'un d'iceux, un choix sans le moindre risque ! Enjoie !

R comme...
RAMONES "Ramones" (1976)
Faux Frères, Vrais Punks

Un album enregistré à l'ancienne pour un groupe qui amorce une révolution dans le monde de la musique ? C'est l'éponyme des Ramones, un album qui inscrit le punk rock dans les annales. Bon, pour le coup, je vais faire comme les Ramones et filer droit au but car, enfin, quoi de plus bêta que les trois accords, la rythmique frénétique et simplette et ce chant qui a l'air de ne pas vraiment y être mais finalement si (c'est tout le charme de Joey que de ne pas être un vocaliste punk lambda) ? Hein ? Ben rien. Sauf que réussir ce machin là, dès le supra-accrocheur Blitzkrieg Bop, c'est pas si simple, c'est même en vérité très compliqué. Alors, à l'image de nos Shériffs à nous (qui leur doivent beaucoup mais le font tellement bien !), c'est dans un innocence, une naïveté inattendue que réside tout l'irrésistible succès de ces faux frères fameux. On se dit même que les early-Beatles ne sont parfois pas bien loin (I Wanna Be Your Boyfriend) sauf que l'agression électrique et la punkitude (dont il sont quand même un peu les inventeurs) ressurgit bientôt (Now I Wanna Sniff Some Glue) et ça fait un bien fou ! Parce que, souvenez-vous, en 1976 ce sont les dinosaures du prog rock et du heavy metal/hard rock qui domine le bal et que souvent ces messieurs, tout pétris de leur autosuffisance, ont des tendances à l'excès d'ambition. Et donc ça fait du bien d'entendre du rock qui sent la graisse de mob, le cuir rapé et la bière tiède, de la musique qu'on se dit qu'on pourra jouer aussi avec les potes (on ne pourra pas en fait, voir plus haut). 14 titres bien crus (et d'ailleurs crument enregistrés) plus loin, rallongés par des bonus, des démos, dans le remaster, qu'a-t-on ? Une bouffée d'air frais, de bonne chansons à reprendre en chœur sans trop se poser de question. Du punk rock tel que les anglais en feront bientôt mais ça c'est une autre histoire qui ne doit pas vous dévoyer de ce péché originel chaudement recommandé.

1. Blitzkrieg Bop 2:12
2. Beat on the Brat 2:30
3. Judy Is a Punk 1:30
4. I Wanna Be Your Boyfriend 2:24
5. Chain Saw 1:55
6. Now I Wanna Sniff Some Glue 1:34
7. I Don't Wanna Go Down to the Basement 2:35
8. Loudmouth 2:14
9. Havana Affair 2:00
10. Listen to My Heart 1:56
11. 53rd & 3rd 2:19
12. Let's Dance 1:51
13. I Don't Wanna Walk Around with You 1:43
14. Today Your Love, Tomorrow the World 2:09
Bonus
15. I Wanna Be Your Boyfriend (demo) 3:02
16. Judy Is a Punk (demo) 1:36
17. I Don't Care (demo) 1:55
18. I Can't Be (demo) 1:56
19. Now I Wanna Sniff Some Glue (demo) 1:42
20. I Don't Wanna Be Learned/I Don't Wanna Be Tamed (demo) 1:05
21. You Should Never Have Opened That Door (demo) 1:54
22. Blitzkrieg Bop (single version) 2:12

Joey Ramone – lead vocals
Johnny Ramone – lead guitar
Dee Dee Ramone – bass guitar, backing vocals, co-lead vocals in "53rd & 3rd"
Tommy Ramone – drums


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RAVEN "Nothing Exceeds Like Excess" (1988)
Brit Assault

Ils sont anglais, ils sont trois, ils aiment le rock qui va à 200 à l'heure, et arrache tout, construit sur des riffs péri-métalliques qui sont un bon carburant... Et non, ce n'est pas de Motörhead dont il s'agit mais bel et bien de Raven, le groupe des autres frères Gallagher (ceux-ci même qu'on ne doit pas confondre avec les deux têtes de c... au nom de boisson fruitée). Comment-ça vous ne connaissez pas Raven ? Pourtant, depuis les débuts des années 80, les deux frangins et leur batteur d'élection du moment (y aura du mouvement avant l'arrivée de Joe Hasselvander), membres, et pas des moindres, de la New Wave of British Heavy Metal, ont imposé leur vision "toute nuancée" d'un rock'n'roll barbare et réjouissant ! Alors, oui, il y a bien eu, 3 petites années avant l'album qui nous intéresse, une tentative, une tentation de quelque chose de plus commercial (The Pack Is Back, un vrai flop mais pas un si mauvais album), c'est bien tout ce qu'on peut reprocher à une formation sinon restée fidèle à une approche testostéronée et sans concession de la chose hard'n'heavy. D'ailleurs, quand sort en 1988 Nothing Exceeds Like Excess, ils ont déjà rectifié le tir sur un "poétique et finaud" Life's a Bitch, écartant le faux-pas précité et ramenant leur power-trio dans un registre qui lui sied bien mieux, et rassuré ce faisant ceux qui pensaient les avoir perdu. Cette seconde salve de relance arrive donc sans qu'on ne doute un seul instant de son contenu, reste à juger de sa qualité. Et là, c'est un vrai "ouf" de soulagement parce que l'essai du précédent (vraiment bon sans être tout à fait exceptionnel) est plus que transformé sur ce qui demeure une des plus belles galettes de la formation, un machin lourd, rapide, agressif, porté par la voix de sirène d'alarme de John (également bassiste), les guitares en fusion de Mark (riffs efficaces, soli inspirés), et la batterie de Joe (à la Phil "Animal" Taylor, la double grosse caisse en sus). Et des compos qui font mouche, toutes !, en ne cherchant surtout pas à se compliquer la tâche ou à innover. Le tout servi par une production mettant parfaitement en valeur la belle, l'énorme énergie du combo. Culte dans la scène, le vrai succès leur échappant systématiquement, inoxydables puisque toujours en activité (avec le même line-up depuis cet album, justement), Raven est une force à réévaluer, un groupe généralement seulement connu pour son grand classique (All for One) mais dont la majeure partie de la discographie en impose. De la seconde division ? Il en faut, et celle-ci a tout d'une grande. Laissez vous donc tenter par ces "Brits on speed" et plus particulièrement par leur cru 1988, vous ne le regretterez pas !

1. Behemoth 1:05
2. Die for Allah 4:58
3. Gimme a Break 3:19
4. Into the Jaws of Death 6:08
5. In the Name of Our Lord 3:46
6. Stick It 3:10
7. Lay Down the Law 4:45
8. You Gotta Screw Loose 4:22
9. Thunderlord 4:30
10. The King 4:25
11. Hard as Nails 5:06
12. Kick Your Ass 3:18
Bonus
13. Lay Down the Law (live bootleg)

John Gallagher - bass, vocals
Mark Gallagher - guitar, backing vocals
Joe Hasselvander - drums, backing vocals


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REFUSED "The Shape of Punk to Come" (1998)
HardCore et Encore

Si je ne devais garder qu'un album de hardcore ? The Shape of Punk to Come de Refused, évidemment !, parce qu'il a tout cet album : de l'agression intelligente, de la prospection musicale, de la grâce mélodique (et oui !), de l'humour aussi... Et pourtant, en détournant le titre d'un légendaire album d'Ornette Coleman, les suédois avait mis la barre haut, très haut.
Ce qui est encore plus fou c'est que rien, à priori, ne laissait présager ce bond en avant, cette révolution sonique, le groupe n'ayant, précédemment, pas exactement brillé pour son immense originalité. Evidemment, Songs to Fan the Flames of Discontent, deux ans plus tôt, avait épaté pour son approche passionné, sa puissance hors-norme mais pas vraiment pour son unicité, un excellent album oui, un album d'exception non. Et donc, voici The Shape of Punk to Come, un opus où la liberté créatrice va de pair avec l'excellence compositionnelle. Bien-sûr, il y a le single, l'impeccable et implacable New Noise et ses bienvenus ajouts électroniques venus doper une composition à la fois accrocheuse et agressive, un triomphe. Mais c'est loin d'être tout Refused se laissant aller à toutes ses envies, toutes ses extravagances comme sur un Worms of the Senses/Faculties of the Skull et un Protest Song '68 où les 5 soufflent alternativement le chaud et le froid, un Liberation Frequency ou un Summerholidays Vs. Punkroutine aux allures presque pop et pourtant toujours furieusement harcore, un Tannhäuser/Derivé où, avec le concours d'un violoncelle, ces garçons pas comme les autres plongent dans l'art-punk tendance post-rock avec une classe et un talent qui laissent bouche bée, ou encore un The Apollo Programme Was a Hoax aux allures slo-core inattendues. Le reste de la galette, plus classiquement "core" n'est pas pour autant à négliger tant le groupe, sans avoir l'air d'y toucher, à créé un hybride où leur genre originel est bel et bien présent mais surtout comme carburant pour des ambitions artistiques réalistes et réussies. En un mot comme en mille ? Une Rolls cet album !
L'édition Deluxe, recommandée si vous n'avez pas encore cet indispensable, propose en bonus une captation de belle qualité enregistrée lors d'un festival en leur mère patrie en avril 1998. Une excellente façon non seulement de prolonger l'expérience mais aussi de découvrir ce que le groupe fit avant via quelques extraits de ses deux précédents opus et un documentaire sur le parcours de ces gars hors du commun.
Aux dernières nouvelles, après quelques concerts de reformation vendus comme exceptionnels, Refused sera bel et bien de retour au début de l'été avec son, seulement, 4ème album, Freedom. Dire qu'on attend beaucoup de cette réapparition discgraphique 17 ans après tient indéniablement de l'euphémisme. En attendant, vous pouvez vous plonger dans ce passionnant Shape of Punk to Come qui n'a non seulement pas pris une ride mais demeure à l'avant-garde d'un genre, le hardcore, ou les misfits de leur sorte ne sont pas légion. En un mot ? Obligatoire !

CD 1 - Album
1. Worms of the Senses/Faculties of the Skull 7:05
2. Liberation Frequency 4:08
3. The Deadly Rhythm 3:34
4. Summerholidays vs. Punkroutine 4:01
5. Bruitist Pome #5 1:25
6. New Noise 5:08
7. The Refused Party Program 2:38
8. Protest Song '68 4:32
9. Refused Are Fuckin Dead 5:08
10. The Shape of Punk to Come 5:06
11. Tannhäuser/Derivè 8:07
12. The Apollo Programme Was a Hoax 4:13

CD 2 - Bonus
Live at Umeå Open festival (April 3, 1998)
1. The Shape of Punk to Come 4:38
2. The Refused Party Program 1:28
3. Circle Pit 2:48
4. Worms of the Senses/Faculties of the Skull 5:31
5. Hook, Line and Sinker 2:51
6. Summerholidays vs. Punkroutine 3:54
7. Rather Be Dead 3:42
8. Burn It 2:33
9. The Deadly Rhythm 4:05
10. Coup d'Ètat 5:10
11. New Noise 4:48
12. Tannhäuser 7:30

Dennis Lyxzén – vocals
Kristofer Steen – guitars, drums
Jon Brännström – guitars, samples, programming, synthesizers
David Sandström – drums, melodica
Magnus Björklund – bass guitar, cello
&
Torbjörn Näsbom – violin
Jakob Munck – upright bass
Pelle Henricsson – tambourine


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RENAISSANCE "Turn of the Cards" (1974)
Symphowoman

Un peu de douceur dans un monde de brutes, ça a toujours été le programme du Renaissance d'Annie Haslam, formation de rock progressif symphonique d'autant plus mélodique qu'il a le rare avantage d'être une des seules formations des septantes à posséder une vocaliste féminine en lieu et place de l'hurluberlu de service habituel de la formule (qu'on apprécie mais ça fait du bien de changer, parfois).
Il n'en est pas autrement sur Turn of the Cards, leur cinquième album qui, sur les talons d'un Ashes Are Burning déjà glorieusement réussi, creuse le sillon d'une musique ayant la beauté comme valeur cardinale. Il faut dire qu'avec dans leur arsenal la voix angélique d'Annie, ils auraient eu tort de se priver, les londoniens. Dans les faits, c'est avec une formation enfin stabilisée, avec le retour du guitariste Michael Dunford en temps que membre à part entière quand il n'en était plus que le compositeur et un instrumentiste à temps partiel (drôle de formule...), que Renaissance aborde la création d'un opus qui comptera dans leur histoire. Et donc, toujours avec les paroles de Betty Thatcher (ça date depuis Prologue et le groupe en est ravi), on retrouve ces précieux et délicats arpèges, ces pianos d'obédience classique si imposants, ces claviers orchestraux tissant d'excellents climats, ces rythmes qui, contrairement à ceux de leurs condisciples (de Yes à Genesis en passant par Camel), n'heurtent pas le flow des mélodies, et évidemment la voix de la dame Haslam, cerise de choix sur la pâtisserie fine. En chansons, six d'icelles, ça va de l'épique progressif symphonique de Running Hard, Things I Don't Understand et Mother Russia qui, toutes d'excellentes pièces, démontrent qu'on a pas besoin de faire crier les guitares pour pondre une pièce complexe, multiple et dynamique, et encore moins trois ! Ajoutez trois jolies ballades, l'une aux accents folk (I Think of You), les autres orchestrales (Black Flame et Cold Is Being) qui, toutes réussies, offrent de bienvenus pauses dans le déluge néo-classique de leurs voisines complètant ainsi à merveille ce qu'il est convenu de considérer une collection sans la moindre faille.
Certains vous conseillerons Ashes Are Burning, d'autres Scheherazade and Other Stories, tous deux d'excellents albums, ne le nions pas, mon choix d'introduction à l'excellent Renaissance et son rock progressif symphonique d'exception restera ce Turn of the Cards si bien équilibré, si totalement abouti qu'il sera difficile de lui résister.

1. Running Hard 9:36
2. I Think of You 3:08
3. Things I Don't Understand 9:28
4. Black Flame 6:25
5. Cold Is Being 3:02
6. Mother Russia 9:18

Annie Haslam – lead and backing vocals
Michael Dunford – acoustic guitar, backing vocals
Jon Camp – bass, backing vocals
John Tout – keyboards, backing vocals
Terence Sullivan – drums, backing vocals, percussion
&
Jimmy Horowitz – orchestral arrangements


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ROXY MUSIC "For Your Pleasure" (1972)
Rien que du plaisir !

C'est pas parce qu'on est glam qu'on doit faire dans le bêta, c'est pas parce qu'on a la classe qu'on peut faire dans le facile, c'est ce qu'a magnifiquement compris Roxy Music pour son deuxième et ultime album avec celui qui n'aura, ensuite, de cesse de leur manquer, Brian Eno.
En l'espèce, l'espace de deux albums du début des années 70, le présent et l'éponyme qui le précède, Roxy Music invente sa propre niche, Art Glam qu'on pourrait l'appeler. Parce qu'on ne peut pas nier qu'avec Brian Eno en influence décisive sur la tendance, ces chansons diablement accrocheuses (Do the Strand, Editions of You, Grey Lagoons) ou simplement belles (le reste de l'album, plus modéré, plus atmosphérique, plus exploratoire aussi) si elle sont indéniablement portée par la gouaille de dandy post-moderne de Bryan Ferry, bénéficient largement des expérimentations riches et texturantes et les arrangements amoureusement concocté par le futur démissionnaire. Ici, Roxy Music est déjà sexy et classieux, ici, Roxy Music est, en plus !, un foutu sacré bon groupe de rock prospectif, qu'on n'osera pas qualifier de progressif même s'il y a de ça...
Après ? Rien ne sera plus jamais comme avant. Jamais plus Roxy Music ne sera aussi libre, aussi gracieusement épris de chansons aussi étranges que réussies. Ha, l'Art Glam, c'était bien...

1. Do the Strand 4:04
2. Beauty Queen 4:41
3. Strictly Confidential 3:48
4. Editions of You 3:51
5. In Every Dream Home a Heartache 5:29
6. The Bogus Man 9:20
7. Grey Lagoons 4:13
8. For Your Pleasure 6:51

Bryan Ferry – vocals, piano, Hohner Pianet, Mellotron, harmonica
Brian Eno – VCS3 synthesiser, backing vocals
Andy Mackay – oboe, saxophone, Farfisa electronic organ
Phil Manzanera – electric guitar
Paul Thompson – drums
&
John Porter – bass guitar


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RUSH "Moving Pictures" (1981)
Pictures of Victory

On pourrait éventuellement taxer Moving Pictures d'album darwinien tant il est le triomphe d'une adaptation à de nouvelles conditions, à une nouvelle période qui permit au plus grand groupe rock progressif canadien de tous les temps de survivre et, même !, de continuer de se développer. Ha ! Moving Pictures, c'est quelque chose !
Evidemment, Rush n'ont pas magiquement sorti cette nouvelle formule de leur chapeau, la mutation a commencé sur le précédent album, Permanent Waves, mais c'est bien ici qu'elle trouve son accomplissement. Concrètement, avec des compositions globalement plus courtes et plus concises (The Camera Eye et ses 11 minutes étant l'exception qui confirme la règle, une belle exception en plus), mises en valeur par une production et des arrangements modernisés, Rush parvient, ce qui n'était pas gagné d'avance, à s'adapter à une nouvelle décennie sans aucunement perdre une once de sa spécificité. De fait, dès l'authentique tube Tom Sawyer reconnaît-on le trio où la basse, les claviers et la voix si particulière de Geddy Lee, les guitares tranchantes d'Alex Lifeson et, évidemment, l'emballage rythmique technique et dynamique de Neil Peart continue d'être la force d'une formation soudée et cohérente toujours progressive, évidemment, mais n'hésitant pas à se remettre en question. Et c'est exactement ce que confirme la suite de l'album où les haut-faits s'accumulent à chaque nouvelle piste s'annonçant. Du coup, il est quasi-impossible de sortir une des belles chansons d'un lot sans la moindre baisse de forme, sans le moindre faux-pas. On citera tout de même l'instrumental YYZ qui, en substance, est le mètre étalon de tout le prog-metal qui le suivra jusqu'à aujourd'hui, rien que ça !
Galette exceptionnelle, une bonne habitude prise par Rush avec 2112 et non-encore démentie quand sort l'album sort (ça fait quand même 5 albums que ça dure !), adaptation intelligente et réussie à une nouvelle ère et à de nouveaux sons, Moving Pictures est un triomphe qu'on ne peut que recommander à tous les fans de rock progressif, en particulier à ceux qui imaginent les années 80 comme une période d'immense disette dans le genre, présomption que le 8ème album de Rush nie avec grâce et majesté.

1. Tom Sawyer 4:34
2. Red Barchetta 6:08
3. YYZ 4:24
4. Limelight 4:21
5. The Camera Eye 10:57
6. Witch Hunt (Part III of Fear) 4:44
7. Vital Signs 4:47

Geddy Lee - basses, bass pedals, synthesizers, vocals
Alex Lifeson - guitars, bass pedals
Neil Peart - drums, timbales, gong, bass drums, bells, glockenspiel, chimes, crotales, plywood
&
Hugh Syme - synthesizers (6)


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RUTS "The Crack" (1979)
Punk Masterpiece

Ruts est un groupe de rock britannique formé à Londres en 1976 sous l'influence des groupes punks et de la scène reggae. Le premier 45 tours du groupe est d'ailleurs sorti par Misty In Roots. Après quelques 45 tours et une implication importante dans les festivals « Rock Against Racism », le groupe sort un album culte en 1979: The Crack sous le label Virgin Records. Leurs morceaux les plus célèbres sont Jah War et Babylon's Burning, sortis en 1979. Le décès du chanteur Malcolm Owen le 14 juillet 1980, d'une overdose d'héroïne, mettra fin à la carrière du groupe, qui malgré un album posthume (singles, live) intitulé Grin & Bear It et un album principalement instrumental et dub sous le nom de RUTS DC, disparaîtra de la scène, non sans laisser son empreinte dans les musiques métissées qui se développeront dans les années 1980 (Bad Brains, Fishbone, par exemple).
Bon, ça c'est pour l'histoire parce que ça ne fait pas de mal, des fois, de rappeler de quoi on parle. En, ce qui me concerne, je n'échangerais pas "The Crack" contre toute la discographie des Clash ou des Damned, qui ne sont pas manchots pourtant... Car, enfin, en 1979 les Ruts avaient tout ! Des chansons à mélodies entêtantes, à grooves implacables, à riffs percutants, à métissage intelligent et naturel... Un bijou d'album dont chaque chanson (y compris les morceaux bonus de la version cd présentée ici) est un diamant resplendissant sur un improbable diadème de sueur et de sang.
Ben oui, de sueur et de sang, crénonvindiou ! On parle de punk rock et ça ne fait donc pas toujours dans la dentelle. Mais les Ruts ont cette particularité d'être des musiciens doués (sans excès) en plus d'être de furieux bestiaux ce qui est tout bénéfice pour l'auditeur.
Allez, je ne vais pas m'étendre, je vais simplement conclure en disant que, dans mon panthéon personnel de la chose punk (ceci incluant le hardcore), The Crack est une des plus belles pièces et, ramené à la vague punk qui déferla sur la Prude Albion à la fin des Septantes, probablement (un des si ce n'est) l'album le plus essentiel.

1. Babylon's Burning 2:35
2. Dope for Guns 2:11
3. S.U.S. 3:49
4. Something That I Said 3:53
5. You're Just A… 2:55
6. It Was Cold 6:48
7. Savage Circle 3:05
8. Jah War 6:55
9. Criminal Mind 1:34
10. Backbiter 3:02
11. Out of Order 1:50
12. Human Punk 4:34
Bonus
13. Give Youth a Chance 3:07
14. I Ain't Sofisticated 2:16
15. The Crack 5:49

Malcolm Owen - vocals
Paul Fox - guitar, organ
John "Segs" Jennings - bass guitar, piano on "Jah War"
Dave Ruffy - drums
Richard Mannah - backing vocals on "S.U.S" & "Criminal Mind"
Mick Glossop - synthesizer on "It Was Cold"
Gary Barnacle - saxophone
Luke Tunney - trumpet


samedi 27 mai 2017

P comme...


Toujours adepte de la diversité, le Zornophage vous propose une sélection qui vous promènera du jazz, au rock en passant par d'la chanson bien d'chez nous (mais revisitée !), de la folk, du funk ou du heavy metal ! Bref, pour tous les goûts et toutes les P-riples ! Enjoie.

P comme...
PASTORIUS, JACO "Jaco Pastorius" (1976)
Le Roi de la Fusion

Membre d'une authentique légende du jazz fusion, Weather Report évidemment, instrumentiste d'exception comme chacun le sait, grand espoir détruit par des addictions autodestructrices à un beaucoup trop jeune âge hélas, Jaco Pastorius ne connut qu'une trop brève et peu productive carrière solo dont cet éponyme inaugural est assurément le "crown jewel". Au programme, pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce vrai beau classique, évidemment une énorme démonstration de guitare basse, c'est son album après tout, mais pas seulement parce que Jaco est aussi un compositeur et arrangeur (le Donna Lee de Bird en intro de l'opus est une splendeur tout en ascèse et délicatesse). C'est aussi un fantastique vulgarisateur n'hésitant pas à élargir le spectre (de la funk/soul de Come On Come Over, avec Sam & Dave aux vocaux, à des morceaux d'inspiration quasiment classique, Okonkole Y Trompa ou Speak Like a Child) ce créateur vorace et touche-à-tout ne se refuse rien, n'oubliant évidemment pas sa base fusion, et, plus fort encore !, réussit tout. Et dire qu'il n'a alors que 24 ans ! On sait l'immense gâchis que fut sa déchéance physique et mentale, et l'impact que tout ceci eut sur sa musique mais, en 1976, Jaco Pastorius est simplement le jazzman de l'année !, et son album un immanquable indispensable à toute collection qui se respecte.

1. Donna Lee 2:27
2. Come On, Come Over 3:54
3. Continuum 4:33
4. Kuru/Speak Like A Child 7:43
5. Portrait Of Tracy 2:22
6. Opus Pocus 5:30
7. Okonkolé Y Trompa 4:25
8. (Used to Be A) Cha-Cha 8:57
9. Forgotten Love 2:14

- "Donna Lee"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas

- "Come On, Come Over"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas
Herbie Hancock - clavinet, Fender Rhodes electric piano
Narada Michael Walden - drums
Sam Moore - vocals
Dave Prater - vocals
Randy Brecker - trumpet
Ron Tooley - trumpet
Peter Graves - bass trombone
David Sanborn - alto sax
Michael Brecker - tenor sax
Howard Johnson - baritone sax

- "Continuum"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Alex Darqui - Fender Rhodes electric piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Kuru/Speak Like A Child"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - piano
Don Alias - congas, bongos
Bobby Economou - drums
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Michael Gibbs - string arrangement

- "Portrait of Tracy"
Jaco Pastorius - electric bass

- "Opus Pocus"
Jaco Pastorius - electric bass
Wayne Shorter - soprano sax
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Othello Molineaux - steel drums
Leroy Williams - steel drums
Lenny White - drums
Don Alias - percussion

- "Okonkole Y Trompa"
Jaco Pastorius - electric bass
Peter Gordon - French horn
Don Alias - okonkoko iya, congas, afuche

- "(Used To Be A) Cha Cha"
Jaco Pastorius - electric bass
Hubert Laws - piccolo, flute
Herbie Hancock - piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Forgotten Love"
Herbie Hancock - piano
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Matthew Raimondi - violin
Max Pollinkoff - violin
Arnold Black - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Al Brown - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Alan Shulman - cello
Richard Davis - bass
Homer Mensch - bass
Michael Gibbs - string arrangement, conductor


P comme...
PEARL JAM "No Code" (1996)
Classic Rock

Pearl Jam change, Pearl Jam évolue, Pearl Jam surprend... Mais seulement ceux qui n'avaient pas prêté attention aux racines bien implantées de cinq de Seattle, et de leur quasi-inamovible producteur, Brendan O'Brien. Les racines en question sont celles qui relient Vedder et ses amis à Bruce Springsteen, Neil Young et plus généralement à toute la tradition du rock américain blue collar concerné. Il y avait déjà de très présents indices sur Ten, Vs. et Vitalogy, de plus en plus évidents à chaque album, sur No Code, la transition est accomplie. Ce n'est pas à dire que toute trace d'agressivité électrique punkoïde ait disparue, non, encore cette fois, depuis Vitalogy en fait, ces gars-là savent faire parler la poudre dans de courtes saillies cure-tympans de première bourre (Hail Hail, Habit, Lukin, tous très réussis) mais, cette fois, ils s'aventurent aussi très souvent dans de territoires qu'ils n'avaient précédemment qu'effleuré d'une folk rock plus que convaincante (Who You Are et ses flaveurs indiennes, Off He Goes ou le Boss romantique bien revisité, l'aérien Present Tense ou la magnifique ballade "à la Neil" de clôture, Around the Bend) à un rock mesuré encore bouseux sous les semelles (un Sometimes rampant d'ouverture, un Smile ou un Red Mosquito qui doivent beaucoup au Loner). Et donc, fidèle à lui-même et malgré tout en constante évolution, avec cette fois une production "normale" (contrairement aux délires de Vitalogy) qui met parfaitement en valeur les qualités d'auteurs de Gossard, Ament & Cie, mais surtout d'Eddie Vedder qui s'y impose, encore plus que le coup d'avant où il dominait pourtant, comme l'aiguillon d'une formation qui sait où elle va, directement au Panthéon des grands rockers étatsuniens !

1. Sometimes 2:40
2. Hail, Hail 3:41
3. Who You Are 3:50
4. In My Tree 3:59
5. Smile 3:52
6. Off He Goes 6:02
7. Habit 3:35
8. Red Mosquito 4:03
9. Lukin 1:02
10. Present Tense 5:46
11. Mankind 3:28
12. I'm Open 2:57
13. Around the Bend 4:35

Jeff Ament – bass guitar, guitar, Chapman, vocals
Stone Gossard – guitar, vocals, piano, lead vocals on "Mankind"
Jack Irons – drums
Mike McCready – guitar
Eddie Vedder – lead vocals, guitar, harmonica
&
Brendan O'Brien – piano


P comme...
PENTANGLE "Open the Door" (1985)
Retour d'affection

L'album du retour pour les folk-rockers anglais de Pentangle, avec un line-up quasiment inchangé, seul le guitariste John Renbourn manque remplacé par le guitariste et violoniste Mike Piggott, Open the Door est tout sauf une surprise reprenant les choses exactement là où le quintet les avaient laissés, 13 ans plus tôt, avec le mi-cuit Salomon's Seal... L'inspiration en plus !
On y retrouve donc cette folk typiquement anglaise où quelques bruns de jazz viennent se glisser, moins que pendant le premier run de Pentangle mais toujours bien présents, salutairement. Parce que sans leur edge, sans ces soli à la marge d'un Mike Piggott digne remplaçant du Renbourn manquant, violoniste inspiré en plus de guitariste, il est fort à parier que ce groupe n'aurait pas départi des nombreuses formations d'un genre plus ou moins similaire et, du coup, probablement sombré dans la masse. Mais il y a ce particularisme et des chansons, toutes composées par le groupe outre une belle reprise de Milton Nascimento (Mother Earth), qui continue donc, là où certains de leurs collègues favorisent l'adoption d'un répertoire séculaire, de créer son propre morceau d'histoire entre passé et présent. Parce qu'il y a indéniablement un lien fort avec une tradition musicale britannique dans l'art consommé de Pentangle et de son songwriter en chef, Bert Jansch, d'accommoder ce style fondamentalement ancien à sa verve compositionnelle.
En chansons, ça donne 9 originaux plein de sensibilité et de nuance où voix masculines et féminine s'épousent pour le meilleur et où, forcément, les performances instrumentales, Jansch et Piggott, l'un acoustique l'autre électrique, sont deux fameux six-cordistes tout sauf outrancièrement démonstratifs, qui plus est. Parfois, on pense presque au Fleetwood Mac de Rumours débarrassé de ses oripeaux américains (Dragonfly, Sad Lady), d'autre fois, on plonge dans une merveille de petit instrumental mélodieux et délicat (The Dolphin), parfois encore, on flirte avec le blues avec talent (Lost Love) ou une folk jazzée et progressive avec doigté (Street Song et un mémorable solo de contrebasse de Danny Thompson), ou ailleurs on plonge dans de belles ballades hors du temps où la voix caressante de Jacqui McShee fait fureur (Child of the Winter,  Yarrow), toujours avec talent, avec une qualité d'écriture et d'interprétation qui fait qu'on ne peut que fêter ce retour aux affaires en forme de triomphe créatif.
Open the Door, longtemps indisponible en format CD avant un salutaire retour en 2006 sur le label revivaliste Talking Elephant, relance réussie d'une formation trop longtemps absente est tout simplement un petit bijou de folk d'aujourd'hui, même 30 ans après sa sortie.

1. Open the Door 4:20
2. Dragonfly 3:14
3. Mother Earth 2:43
4. Child of the Winter 5:08
5. The Dolphin 2:45
6. Lost Love 3:42
7. Sad Lady 3:48
8. Taste of Love 4:11
9. Yarrow 4:38
10. Street Song 5:31

Terry Cox - drums, percussion, vocals
Bert Jansch - acoustic guitar,vocals
Jacqui McShee - vocals
Mike Piggott - violin, acoustic and electric guitar
Danny Thompson - double bass


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PIGALLE "Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant" (1990)
Regards Admiratifs sur la gracieuse et palpitante œuvre de François Hadji-Lazaro, personnage rondelet mais ô combien talentueux

Le second album de Pigalle. Avec son titre à rallonge, son écriture reliée au quotidien sans perdre un iota de sa qualité littéraire, sa pochette quasi-légendaire (signée Tardi), Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant est le triomphe de François Hadji-Lazaro pourtant également membre/leader des Carayos et des Garçons Bouchers, le triomphe d'une certaine idée de la musique de chez nous, aussi.
Pour qui connaît le parcours de François, un folkeux à l'origine, un amoureux de la chanson réaliste des Mmes Damia, Fréhel et Piaf aussi, ce second album de son Pigalle, parce que s'il y a d'autres musiciens avec lui ils ne sont que de simples exécutants ici, est tout sauf une surprise. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, ce n'est pas d'une histoire, pas d'un concept album dont il s'agit même si une vraie thématique d'ensemble relie toutes les créations en un tout cohérent absolument satisfaisant. Hybride des goûts de son leader, Regards Affligés est donc, avant tout, une fantastique collection de chansons néo-réalistes comme la nouvelle chanson française s'y essaiera quelques années plus tard.
Musicalement, cependant, on est loin de rester uniquement dans ce petit domaine avec de vraies traces du punk du premier album (Dans les Prisons, En bas en haut), de la folk en veux-tu en voilà (Marie la Rouquine, Les Lettres de l'Autoroute, Eternel Salaud, Sophie de Nantes), un vrai bel héritage de la chanson française classique (Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs, Chez Rascal et Ronan, Le Chaland, Renaître) et même d'autres choses qu'on n'attendait pas forcément là (l'érotique Une Nuit, le funk camembert d'Angèle, un décrochage "rapoïde" sur Un Petit Paradis) qui viennent agréablement épicer la galette.
Evidemment, sans l'écriture du chef, sans son esprit mélodique, sa voix immédiatement reconnaissable, ses incroyables capacités de multi-instrumentiste, sans les parti-pris de production aussi (pas de batterie, remplacée par une boîte à rythmes qui sévit aussi chez ses Garçons Bouchers), le triomphe n'aurait pas pu être le même. Parce que triomphe il y a dans cette collection de 18 titres où rien n'est à jeter, tout satisfait, entraînant l'auditeur dans une ambiance souvent nostalgique, toujours écorchée vive qui fonctionne au-delà des plus folles espérances d'un Hadji-Lazaro en état de grâce compositionnel.
Grâce à son emblématique single, Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs évidemment, l'album se vendra exceptionnellement bien pour une production indépendante (rappelons que François est encore le boss de son propre label Boucherie Productions), c'est mérité. 25 ans plus tard, déjà !,  Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant demeure un incontournable jalon du rock alternatif de chez nous, d'une nouvelle chanson qui n'a plus honte d'assumer son héritage hexagonal. Un triomphe, vous dis-je et une galette éminemment recommandée, tout simplement.

1. Écris-moi 2:53
2. Marie la rouquine 2:17
3. Une nuit 3:01
4. Le tourbillon 2:08
5. Y a l'aventure 1:38
6. Premières fois 1:35
7. Les lettres de l'autoroute 4:37
8. Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs 3:02
9. Sophie de Nantes 2:08
10. Éternel salaud 2:56
11. Chez Rascal et Ronan 3:13
12. Dans les prisons 2:03
13. Angèle 1:49
14. En bas, en haut 2:38
15. Le chaland 2:02
16. Un petit paradis 2:28
17. Paris le soir 2:51
18. Renaître 3:39

François Hadji-Lazaro - accordéon, banjo, basse, claviers, cornemuse, dobro, flûte traversière, guimbarde, guitares, harmonica, mandoline, piccolo, vielle, violon, violoncelle, voix
Riton Mitsouko - basse
Stefff - saxo baryton
Toto - trombone
&
Alain Wampas - contrebasse
Gepetto - saxos soprano, alto et basse, clarinette


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PORTISHEAD "Portishead" (1994)
Et hop !, quel trip !

Ce son ! Quel énorme choc quand, en 1994, un trio de Bristol balance sa musique à la fois absolument nouvelle mais, dans un même temps, totalement revivaliste. Un exercice d'équilibriste tout en grâce, et des chansons... Ha, ces chansons !
Nouveau, Dummy l'est, dans l'accaparation electro-sensuelle d'un héritage où l'on croise aussi bien John Barry qu'Henry Mancini ou qu'Ennio Morricone, et donc vintage il l'est aussi, dans les sources auxquelles il se réfère, rétro-moderniste dira t-on. Le reste, la magie qui fait d'un album un vrai phénomène de société, une référence sur laquelle se construisent de nombreuses autres carrières (de Morcheeba à Hooverphonic en passant par Neneh Cherry et j'en passe, ils se reconnaîtront), tient à l'équilibre entre les deux tendances, à la transformation réussie d'une vieille grammaire en rutilant nouveau style littéraire. Et à la qualité des chansons, évidemment !, onze merveilles de grâce ouatée avec le tube, l'énorme, implacable, impeccable tube, ce Glory Box si totalement inusable, si hors du temps qu'il continue d'hanter les ondes aujourd'hui sans paraître plus vieux d'un jour du moment de sa sortie.
Elle est là la magie de Portishead, avoir su marier un groove électronique délicat à une faconde compositionnelle d'un extrême classicisme, avoir su créer des ambiances où le rêve peut se muer à tout instant en cauchemar (parce que Dummy n'est pas que lumière, certainement pas !), réussir à communiquer une sensualité d'un autre monde par la voix magnifiquement habitée de Beth Gibbons, parfaite partenaire des arrangements précieux de Geoff Barrow et d'Adrian Utley en une intemporalité autant bienvenue que rarement aussi totale.
Dummy est un immense album, tout le monde le sait alors, si vous n'en avez pas eu l'occasion, emparez-vous de ce petit moment de l'Histoire de la Musique, vous ne le regretterez pas.

1. Mysterons 5:02
2. Sour Times 4:11
3. Strangers 3:55
4. It Could Be Sweet 4:16
5. Wandering Star 4:51
6. It's a Fire 3:48
7. Numb 3:54
8. Roads 5:02
9. Pedestal 3:39
10. Biscuit 5:01
11. Glory Box 5:06

Beth Gibbons - vocals, production
Geoff Barrow - drums, Rhodes piano, string arrangements, production, programming
Adrian Utley - guitar, bass guitar, theremin, hammond organ, string arrangements, production
&
Gary Baldwin – Hammond organ
Clive Deamer – drums
Andy Hague – trumpet
Dave McDonald - nose flute
Richard Newell – drum programming
Neil Solman – rhodes piano, hammond organ
Strings Unlimited – strings


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PRIDE & GLORY "Pride & Glory" (1994)
New Direction

Découvert par Ozzy Osbourne qu'il vient de quitter, Zakk Wylde n'a pas été long pour trouver sa nouvelle voix (et voie) comme on l'entend dans le premier et unique album de Pride & Glory, celle d'un aggro metal flirtant avec des racines rock, blues et country qui lui va, en vérité, merveilleusement au teint. Parce qu'ici, Zakk assume d'être un plouc et d'aimer ça, et ça s'entend parce que d'un Losin' Your Mind, sorte de country hard'n'heavy avec son petit banjo et sa lourde rythmique, à la country rigolarde de l'excellent Hate Your Guts final, c'est un Wylde audiblement content d'être là, si bien acccompagné (la section rythmique, composée du polyvalent bassiste James LoMenzo, ex-White Lion et futur Megadeth, tu parles d'un grand écart, et Brian Tichy qu'on aura remarqué chez Stevie Salas, Gilby Clarke ou Billy Idol, font l'excellent travail dont ces deux grand professionnels sont capables). Si bien accompagné qu'il se laisse même aller à des ambitions le rapprochant de Led Zeppelin (The Chosen One) ou à une ballade avec piano et cordes qu'il réussit d'ailleurs fort bien (Sweet Jesus). Parce que si Zakk a de bonnes chansons, une excellente maîtrise de son instrument évidemment, tout ça on le savait de son passage chez l'affreux de Birmimgham, il a aussi une bonne voix bien rocailleuse aussi apte à blueser, rocker, crooner que de faire s'activer les glandes lacrymales. Bref, si Pride & Glory s'arrêtera là, avant de quelque part renaître en Black Label Society, c'est bien d'un album de toute première bourre dont il s'agit, un album qu'on recommande chaudement au amateur de metal infusé roots.

1. Losin' Your Mind 5:28
2. Horse Called War 5:00
3. Shine On 6:44
4. Lovin' Woman 3:46
5. Harvester of Pain 5:06
6. The Chosen One 6:49
7. Sweet Jesus 3:48
8. Troubled Wine 5:39
9. Machine Gun Man 4:56
10. Cry Me a River 4:37
11. Toe'n the Line 5:19
12. Found a Friend 6:03
13. Fadin' Away 4:56
14. Hate Your Guts 4:36

Zakk Wylde – lead and backing vocals, guitars, piano, mandolin, banjo, harmonica
James LoMenzo – bass, backing vocals, double bass, twelve-string guitar on "Fadin' Away"
Brian Tichy – drums, percussion
&
Paul Buckmaster – musical arrangements on "The Chosen One", "Sweet Jesus", and "Fadin' Away"
Featuring the Seattle Symphony conducted by Paul Buckmaster


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PRINCE "Dirty Mind" (1980)
Prince and the (First) Revolution

S'il fallait décrire en quelques mots la transformation de Prince pour ce Dirty Mind ? Prince libéré, Prince déniaisé mais, surtout !, Prince à la pointe, Prince qui ose ! Parce qu'en se permettant une fusion funky qui en emprunte à la new wave (plus blanc, tu meurs !) et à la pop (on le sait, Prince, adore les Beatles auxquels il rendra d'ailleurs un hommage appuyé, quelques années plus tard, sur l'inégal Arount the World in a Day), le petit homme de Minneapolis tombe sur un mirifique filon. Du coup, il désale salement son écriture transformant l'aimable et assez standard chanteur soul/funk en implacable machine de guerre groovy et sexuée qui n'a peur de rien, pas même d'une androgynie, d'un doute plus qu'entièrement assumé, revendiqué. Provocation ? Sans doute un peu, mais quelle claque aussi ! Parce qu'en plus il a exactement les chansons qui vont bien, le bougre !, avec le funk robotique (merci Kraftwerk) d'un Dirty Mind d'ouverture, les atours new wave d'un glorieusement troussé When You Were Mine et même du vrai rock'n'roll sur le très réussi si beaucoup trop court Sister, ce sans oublier les plus "black moments" du moite Gotta Break Heart Again ou des très "shake your booty" Uptown et Partyup. Une collection d'anthologie, quoi, que, c'est à noter, Prince n'est pour la première fois pas le seul à enfanter avec les guests que sont les deux futurs The Revolution, Lisa Coleman et Doctor Fink, ce dernier étant même participé à la composition de la chanson-titre. Évidemment, Prince faisant le reste, soit presque tout, on reste encore près de ses habitudes débutantes mais, déjà, l'avenir semble se préparer. Et ça tombe bien parce que Dirty Mind c'était l'avenir en 1980, une fusion inédite qui fera florès et influencera chez les afro-américains comme chez les WASP, c'est dire l'astronomique portée du machin ! En fait, si vraiment vous m'y poussez, je ne vois qu'un défaut à cette troisième livraison, son extrême brièveté parce que, enfin, quand c'est aussi bon que ça, on en voudrait quand même plus que cette minuscule demie-heure. Sinon ? Obligatoire !

1. Dirty Mind 4:14
2. When You Were Mine 3:47
3. Do It All Night 3:42
4. Gotta Broken Heart Again 2:16
5. Uptown 5:32
6. Head 4:44
7. Sister 1:31
8. Partyup 4:24

Lisa Coleman – vocals on "Head"
Doctor Fink – synthesizer on "Dirty Mind" and "Head"
Prince – all other vocals and instruments


vendredi 19 mai 2017

O comme...

O! le beau grand huit ! O! La belle sélection ! Et tout ça pour vous, petits chanceux ! Alors n'attendez plus et picorez dans la sélection hebdomadaire et vous pousserez des Ah!, et vous pousserez des O! Enjoie.

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OCEAN "God's Clown" (1976)
70's Hard Rock d'chez nous !

Formé en 1974, séparé en 1983, auteur de 2 albums aussi stylistiquement distants que possible, l'un mariant le hard rock de Led Zeppelin et le rock progressif de Yes en 1977 (celui-ci, oui), l'autre se rapprochant d'AC/DC et de Trust en 1980 (l'éponyme), l'un en anglais, l'autre en français, il n'est pas étonnant que le destin d'Océan fut aussi contrarié les reléguant dans les oubliettes de l'histoire de la musique rock, internationale comme française d'ailleurs.
Présentement, misant tout sur une technique individuelle impeccable au profit d'alambiquées compositions, Océan produit un album qu'on aime à ressortir pour épater les potes qui, à tous les coups, restent comme deux ronds de flan devant cette musique fine et complexe, à la fois si totalement typique de son époque et si crédible qu'ils ne devinent que rarement, complexe d'infériorité typiquement hexagonal jouant, sa provenance. Parce que, quel album mes aïeux, quel album que ce God's Clown ! Dès l'introductif Sunny Day, une composition à tiroir où les deux figures de proue du groupe (le chanteur Robert Belmonte et le guitariste Georges Bodossian) s'y donnent à cœur-joie dans leurs domaines respectifs pour un résultat aussi attractif que satisfaisant, on est happé par le son, le style et la merveilleuse cohésion d'ensemble qui en ressort. Qui plus est, la face A enchainant les compositions sans la moindre pause, il est facile de n'y entendre qu'une longue symphonie psychédélico-progressivo-hard rockante nous entrainant, 20 minutes durant, dans les méandres d'un style qui n'appartient fondamentalement qu'à eux. Là ou c'est encore plus fort c'est que, en retournant la galette de cire noire, on tombe sur un haut-fait du même calibre, où guitares planantes, riffs incisifs, patterns rythmiques complexes, et la voix androgyne de Robert évidemment, nous amène dans des paysages aliens doucement déstabilisants. Sans trop savoir les circonstances de la création et de l'enregistrement d'une telle œuvre, on parierait bien que quelques substances psychotropes furent d'usage tant tout ceci sent le trip à plein nez.
Las, sans doute motivé par l'appât du gain et de la renommée, et le désir de sa maison de disque d'un retour sur investissement, Océan changera radicalement son fusil d'épaule, simplifiera à outrance son approche, pour un second album certes sympathique mais à mille lieues de l'originalité et de la classe de cet inaugural tour de force. Reste donc ce God's Clown, opus brillant, sauvage et libre qu'on prend le même plaisir à écouter maintenant que quatre décennies en arrière, quand il fut conçu et réalisé. Recommandé si vous arrivez à mettre la main dessus seul ou dans le coffret dédié au groupe sorti il y a quelques années.(...)

1. Sunny Day 7:43
2. Strange Rain 4:46
3. Love Is Blind 3:02
4. The Loneliness Of The Long Distance Runner 5:08
5. From Death To Life 4:01
6. Fields Of Pain 7:25
7. The Juggler 3:31
8. With The Sound I Can Escape 4:51

Robert Belmonte - vocals
Georges Bodossian - guitars
Noel Alberola - bass
Bernard Leroy - drums


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O'CONNOR, SINEAD "I Do Not Want What I Haven't Got" (1990)
Chauve qui peut !

I Do Not Whant What I Haven't Got (je ne veux pas ce que je n'ai pas, si ce n'est pas de la déclaration d'intention, ça !), est le second album de Sinéad O'Connor, celui de son explosion commerciale après un frémissant, violent et (relativement) expérimental The Lion & the Cobra. I Do Not Want What I Haven't Got est un sacré bon album.
Evidemment, il y a la locomotive, LE tube, une reprise (transcendée !) de The Family composée par Prince, ce désespéré Nothing Compares to U et le clip qui l'accompagne dont l'impact ne doit pas être négligé (la larme et toussa). Mais c'est l'ensemble de l'album qui épate de maturité, d'assurance, de talent aussi. Parce que Sinéad est beaucoup plus qu'une chanteuse lambda, multi-instrumentiste, compositrice, arrangeuse, productrice de sa propre musique également, c'est une artiste complète qui sait, qui plus est, s'entourer, en engageant les services de Nellee Hooper (Soul II Soul, Massive Attack, Björk, etc.) venu trip-hopper un peu le son de la présente galette, ou de Karl Wallinger (World Party, The Waterboys) assistant Sinead de son savoir-faire d'arrangeur. Mais c'est bel et bien Sinéad qui est la capitaine de son bateau même quand elle s'empare et transforme un morceau des obscures folkeux irlandais de Scullion, I Am Stretched on Your Grave qu'elle transcende aussi, d'ailleurs, en mode electro celte, il fallait oser. Le reste du matériau est original et n'a aucun mal à rivaliser avec les deux emprunts choisis. Parce que la dame a aussi un joli talent de plume et une belle inspiration mélodique comme directement démontré par un Feel So Different orchestral qui, certes, évoque Kate Bush mais a aussi sa propre voix, ou plus tard par le supra-efficace The Emperor's New Clothes (qui sonne un peu comme du Cranberries avant les Cranberries sans l'agaçante Dolores O'Riordan en plus !), les caresses folk de Black Boys on Mopeds, You Cause as Much Sorrow ou The Last Day of Our Acquaintance, un Jump in the River pas sans évoquer U2 dans son emphase "heroic rock", et bien sûr, habité par sa seule voix, I Do Not Want What I Haven't Got en subtil bouquet final.
Et comme pour une fois le talent fut récompensé, Sinéad se fit un nom, mondial ! Bien sûr, sa carrière a depuis connu des hauts et des bas, des polémiques un peu inutiles parfois (avec Sinatra, remember ?), elle reste cependant, et encore un peu plus sur le présent trésor, une artiste qu'on suit sachant qu'elle sera toujours capable de nous surprendre, et sur I Do Not Want What I Haven't Go, de nous ravir.

1. Feel So Different 6:47
2. I Am Stretched on Your Grave 5:33
3. Three Babies 4:47
4. The Emperor's New Clothes 5:16
5. Black Boys on Mopeds 3:53
6. Nothing Compares 2 U 5:10
7. Jump in the River 4:12
8. You Cause as Much Sorrow 5:04
9. The Last Day of Our Acquaintance 4:40
10. I Do Not Want What I Haven't Got 5:47

Sinéad O'Connor: vocals, acoustic and electric guitars, keyboards, percussion, drum programming, arranger, producer, string arrangements
Marco Pirroni: electric guitar
David Munday: acoustic guitar, piano
Andy Rourke: acoustic guitar, bass
Jah Wobble: bass
John Reynolds: drums
Steve Wickham: fiddle
Philip King: vocals, melody arrangement
Nick Ingman: conductor, orchestra director, string arrangements
Karl Wallinger: arranger


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ODETTA "Odetta Sings Dylan" (1965)
Hommage majeur

Attention, ceci est un album historique. Non seulement parce qu'il fut l'un des premiers, et le premier avec une réelle importance, hommage à Bob Dylan mais aussi parce qu'il représente une sorte de validation de l'excellence du songwriting d'une jeune pousse par une dame l'ayant précédé de presque 10 ans et ayant été, entres autres, l'une des influences déterminantes de sa débutante carrière.
Originaire de Birmimgham Alabama, Odetta (née Holmes, 1930-2008) a donc une dizaine d'années de carrière, quelques albums plutôt bien reçus ainsi que quelques apparitions sur le grand et le petit écran quand elle s'attaque au répertoire du jeune Bob, c'est donc une figure établie et respectée de la scène folk, blues et jazz. Militante infatigable des droits civils, révérée par Rosa Parks ou Martin Luther King, qui la surnomma la Reine de la Musique Folk Américaine, elle deviendra une référence pour quelques jeunes artistes plein d'avenir tels que Joan Baez, Janis Joplin, Mavis Staples ou, oui, évidemment !, Bob Dylan a qui elle renvoie présentement l'ascenseur. Bien sûr, tout ceci se produit avant la transformation électrique du Zim', quand il n'est encore vu que comme le plus bel héritier des Woody Guthrie, Pete Seeger et autres chantres d'un traditionalisme étatsunien progressiste, c'est donc un répertoire revu à minima, juste un peu plus hanté d'une gravité afro-américaine faisant la différence. Les chansons ? Vous les connaissez sans doute tous et il n'en sera que plus intéressant de comparer le blanc au noir, le juif récalcitrant au l'ébène libéré. Odetta y met toute sa passion, celle d'une voix à nulle autre pareille, forte et franche et habitée par le lourd héritage d'un passé de souffrances et s'y trouve bien entourée par trois sidemen intégralement dévoués à son entreprise relectrice.
Odetta Sings Dylan, tellement typique de son époque et de sa scène et donc un peu vieilli, patiné, reste, cinquante ans après sa sortie, une addition on ne peut plus recommandée à la collection de ceux qui aiment la musique roots américaine, et Bob Dylan, et Odetta évidemment !

1. Baby, I'm in the Mood for You 2:50
2. Long Ago, Far Away 2:50
3. Don't Think Twice, It's All Right 5:42
4. Tomorrow is a Long Time 6:20
5. Masters of War 6:18
6. Walkin' Down the Line 4:01
7. The Times They Are A-Changin' 4:39
8. With God on Our Side 5:13
9. Long Time Gone 3:44
10. Mr. Tambourine Man 10:44
Bonus
11. Blowin' in the Wind 4:11
12. Paths of Victory 2:24

Odetta – vocals, guitar
Bruce Langhorne – guitar, tambourine
Peter Childs – guitar
Les Grinage – bass


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OFFRE SPECIALE "Preum's" (1996)
Fun'n'Blues

En voilà un dont je suis sûr que vous n'avez jamais entendu parler, et pour cause !, il s'agit d'un album vendu sous souscription par un groupe francilien amateur, il fallait donc connaître l'un des membres du groupe (Octave, l'harmoniciste, en ce qui me concerne) pour avoir la chance de tomber dessus.
Au programme ? Du rock penchant vers le blues, le boogie et la rigolade, parce que ces garçons-là, qui, rappelons-le, ne sont qu'une bande d'amateurs enthousiastes, sont bien là pour s'amuser, mais s'amuser à faire de la bonne musique, sans autre intérêt que d'arriver à un produit fini qu'il n'auraient pas honte de présenter dans leurs concerts et à leur amis. Ca nous donne une douzaine de chansons pleine de bonne humeur et d'envie. Rien de bien exceptionnel, rien qui révolutionnera le monde de la musique, juste cinq potes appliqués à reproduire en studio des morceaux maintes fois répétés, maintes fois joués sur scène qu'ils possèdent donc totalement (ça s'entend). Mes préférées ? Les deux instrumentaux déjà, qui portent bien leurs titres d'ailleurs, Jour de Fête et Jogging mais aussi le rock franc et direct d'ouverture (Pour Séduire),  Sado Maso Boogie ses paroles et ses guitares et harmo bien gras, J'ai dit bon qui tabasse bien tout en laissant la paire de six-cordiste s'exprimer, La monnaie et son bon gros groove, ou Marre avec ses allures 60s bien troussées comme autant d'exemples qu'entre amateurisme éclairé et professionnalisme roué, il n'y a pas une si grande différence.
Voilà, cet unique album d'Offre Spéciale, qui changera ensuite de nom, de line-up et de direction, je vous l'offre en espérant que vous apprécierez autant que moi les exactions de ces franciliens pleins de sève et d'électricité sympatoche. Enjoie.

1. Pour séduire 3:01
2. Sado maso boogie 2:52
3. Tas de féraille 5:01
4. J'ai dit bon 4:32
5. Jour de fête 2:38
6. Belle 3:41
7. La monnaie 4:29
8. Trop dure 4:21
9. Jogging 3:45
10. Marre 3:20
11. Trente-huit tonnes 4:51
12. La poudre d'escampette 4:12
(pas d'extrait mais, faites moi confiance, vous ne le regretterez pas !)

Christian - chant, guitare
François - chant, guitare
Daniel - batterie
Philippe - basse
Octave - harmonica


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OGRE "The Last Neanderthal" (2014)
Bestial retour

Ogre is back, et ça fait un bien fou ! Ben oui, on était sans nouvelle du secret le mieux gardé du hard'n'heavy étasunien depuis leur excellent concept album de 2008, Plague of the Planet, suite auquel le groupe, sans doute usé par le peu de retentissement de leurs impeccables galettes passé un underground spécialisé, avait débranché les amplis, empaqueté le drumkit et fait ses adieux en bonne et due forme.
Mais donc Ogre is back, tudiou !, et la vraie surprise c'est qu'en vérité rien ne change, ni dans le style, ni dans la supérieure inspiration d'un trio encore jamais pris en faute de ce côté là. On retrouve donc avec bonheur un hard rock régressif métallisé à sauce Black Sabbath, un beau petit monstre qui, c'est acquis, n'invente rien mais sert avec une telle vérité, une telle conviction, son cocktail revivaliste qu'on y croit... Dur comme fer !
On y croit d'autant plus facilement que, passée une tonitruante introduction instrumentale, on entre dans le vif du sujet avec le costaud et très réussi Nine Princes in Amber, impeccable démonstration de lourdeur riffée et racée filant droit au but et ne faisant aucun prisonnier, guerrier, quoi, et accessoirement, morceau le plus frontalement rentre-dedans de l'album. Parce que la suite, sans jamais perdre les éléments distinctifs du style Ogre, est plus nuancée avec, notamment, une belle place laissée aux exactions six-cordées d'un Ross Markonish aussi à l'aise dans le troussage d'un riff que l'emballage d'un long solo trippé comme, par exemple, sur le baobab final, The Hermit et ses 11 minutes bien remplies. Le trio se permet même un petit instrumental tranquillou (White Plume Mountain) et la reprise d'un homonyme inconnu originaire des Etats-Unis et du cœur des 70s (Soulless Woman), en l'occurrence, deux respirations bienvenues dans leur implacable brouet en fusion.
Bref, si vous cherchiez un bon gros power trio traditionnaliste et inspiré pour vous ramoner les cages à miel à grands coups de saillies électriques échevelées, ne cherchez plus, Ogre est de retour et The Last Neanderthal répondra à toutes les attentes des amateurs du genre... Carrément !

1. Shadow Earth 0:46
2. Nine Princes in Amber 4:17
3. Bad Trip 8:16
4. Son of Sisyphus 7:20
5. Soulless Woman (Ogre cover) 5:16
6. Warpath 8:28
7. White Plume Mountain 2:20
8. The Hermit 11:00

Ed Cunningham - bass, vocals
Will Broadbent - drums, percussion
Ross Markonish - guitars, synths
&
The Moron Tallywhacker Choir (5)


O comme...
OLDFIELD, MIKE "Crises" (1983)
Crises, what crises?

De la révélation Tubular Bells au grand classique Ommadawn, il a connu bien des sommets, le taciturne grand-breton, il a régalé les masses progressives de poèmes instrumentaux expressionnistes où ses qualités de multi-instrumentiste, d'arrangeur maniaque et de compositeur toujours mélodique ont fait merveille. Oui, mais, il y a des creux dans l'œuvre et une décennie pas très reluisante, les 80s, comme pour beaucoup me direz-vous... Ha !, il n'est pas toujours facile d'être Mike Oldfield.
Mais avant la grande cagade (ça ira de mal en pis jusqu'à un insane Earth Moving empêtré dans une pop new-ageuse du plus nauséeux effet), et surnageant du marasme précédent, il y a Five Miles Out forcément mais aussi celui qui nous intéresse : Crises. Ho !, pas forcément pour son tube, le finalement agaçant une fois passée l'attrait d'une folk celtique popisée à outrance mais tout de même accrocheuse (Moonlight Shadow, bien sûr), mais bien pour sa portion instrumentale et symphonique, soit précisément là où on l'attendait, où il continue la tradition lancée avec son inaugural long-jeu à l'entêtante mélodie, le territoire où il peut le plus à son aise développer son goût d'une certaine préciosité musicale, d'une expérimentation dans l'harmonie. Très rêveuse, la longue pièce occupant la première face de la galette noire, Crises donc, est pour certain le pas de trop d'Oldfield dans la facilité, la muzak quasiment, j'y entends d'apaisantes vagues réminiscences des premiers pas de Mike mais enrichies d'une nouvelle curiosité pour les "Musiques du Monde". Et si la face 2 est largement constituée de chansons "pop" (le tube, oui, mais aussi un réussi In High Places avec Jon Anderson de Yes), il y a aussi un joyeux, rapide et entraînant instrumental, Taurus 3, pour relever la sauce, distraire le palais.
Un chef d'œuvre Crises ? Certes pas. Mais un vrai bon album avec une face supérieurement intéressante, à savoir la plus belle création instrumentale d'Oldfield avant un Amarok hélas un peu longuet en 1990, et une face pop plutôt meilleure que ce qui suivra dans les 3 albums à venir, le dernier sursaut d'une bête qui aurait dû suivre l'exemple de pas mal de ses collègues seventisants et hiberner ou, au moins, rester ancré dans son son habituel en n'essayant surtout pas de coller à la mode, deux idées qui ne viendront malheureusement pas à Mike avec les conséquences que l'on connaît. Mais pas ici, pas encore, ici, Oldfield a encore quelque chose à dire et comme d'habitude pour ce notoire taiseux, il ne le fait jamais mieux qu'en musique.

1. Crises 20:40
2. Moonlight Shadow 3:34
3. In High Places 3:33
4. Foreign Affair 3:53
5. Taurus 3 2:25
6. Shadow on the Wall 3:09

Mike Oldfield – guitars on all tracks except "Foreign Affair" (including Ovation Adamus electroacoustic guitar, Ramirez Spanish guitar & Manson acoustic guitar on "Taurus 3"); Fairlight CMI on all tracks except "Taurus 3"; Roland string synthesizer (probably the RS-202) on "Crises", "In High Places", "Foreign Affair" & "Shadow on the Wall", Oberheim OB-Xa synthesizer on "Crises" & "In High Places"; Farfisa organ & piano & Prophet 5 synthesizer on "Crises"; bass guitar on "Crises" & "Shadow on the Wall"; acoustic bass guitar on "Taurus 3"; harp on "Crises"; mandolin on "Crises" & "Taurus 3"; banjo on "Taurus 3" & "Shadow on the Wall"; Simmons electronic drums on "Crises"; bells & tambourine & shaker on "Taurus 3"; Oberheim DMX drum machine & Oberheim DSX digital polyphonic sequencer & Quantec Room Simulator reverb unit on "Crises"; vocals on "Crises".
&
Maggie Reilly – vocals on "Moonlight Shadow" & "Foreign Affair"
Jon Anderson – vocals on "In High Places"
Roger Chapman – vocals on "Shadow on the Wall"
Simon Phillips – acoustic Tama drums, co-production, special effects, shaker on "Foreign Affair" & "Taurus 3", finger-snaps & bells & tambourine & boots on "Taurus 3"
Ant (Anthony Glynne) – guitars on "Crises" & "Shadow on the Wall"
Rick Fenn – guitar on "Crises"
Phil Spalding – bass guitar on "Crises" & "Moonlight Shadow"
Pierre Moerlen – vibraphone on "In High Places"


O comme...
OSBOURNE, OZZY "The Ultimate Sin" (1986)
Ozz'FM

Tout juste sorti de désintox, toujours mené d'une poigne de fer dans un gant d'acier par son manager de femme, Sharon, toujours secondé par la pépite qu'il a dégotté quelques années plus tôt, Jake E. Lee, c'est un Ozzy Osbourne tout revigoré qui dépose un amour d'album de heavy metal mélodique :  The Ultimate Sin.
Mais Ultimate Sin est aussi l'album d'une victoire, celle d'un Jake E. Lee qui, spolié de ses crédits sur son précédent opus avec l'ex-Black Sabbath, Bark at the Moon, s'est cette fois imposé exigeant un contrat en bonne et due forme avant de dévoiler ce que lui-même et Bob Daisley (absent des enregistrements mais qui reviendra) ont concocté pour le retour en force d'un artiste en régulière perte de vitesse, même s'il reste un très très gros vendeur, depuis son très réussi premier opus, Blizzard of Ozz.
Ce que la doublette a concocté pour l'étêteur de chauve-souris ? Son album le plus immédiatement accrocheur, le plus radicalement ear-friendly aussi parce que, en substance, Ultimate Sin est un triomphe de pop metal avec même un vrai sommet dedans... Mais il y a d'abord deux singles glorieusement troussés, celui qui donne son titre à l'album, Ultimate Sin, un bon rocker bien carré, et Shot in the Dark, seule composition de l'album à ne pas être signée de Daisley et Lee mais du nouveau bassiste, Phil Soussan, et qui ressemble à s'y méprendre à un morceau du premier album d'Asia (ce refrain surtout !), la voix d'Ozzy et l'emballage plus heavy en sus pour un hard FM, osons !, de belle facture. Le reste est nettement plus traditionnellement proche du répertoire de l'Osbourne solo, en plus mélodique et accrocheur. Parce que d'un bien bâti Secret Loser, d'un rocker puissant et fédérateur tel que Never Know Why (we rock, rock, rock, reprennent-ils en chœur !), à un Lightning Strikes si typiquement Ozzy qu'on y croise une approximation du riff de Crazy Train, c'est de vrai bon boulot dont il s'agit même s'il manque la petite étincelle... Etincelle qui nous pète à la tronche des deux Himalaya de l'opus, d'abord le rocker passe partout Thank God for the Bomb boosté par un refrain tout bête mais extrêmement bien trouvé et interprété par un Ozzy tout en passion, et, le majestueux baobab, le morceau pour lequel l'album vaut d'être possédé, la très très réussie balade épique Killer of Giants où un vocaliste au sommet de sa forme habite passionnément un texte tout sauf idiot (sur la guerre froide qui bat alors son plein et fiche les miquettes à pas mal de monde) gracieusement déposé sur une musique digne du tout meilleur de la carrière solo du bonhomme. Fort.
Allez savoir pourquoi, après une aussi éclatante réussite, Jake E. Lee fut saqué de la plus cavalière des façons, par un simple télégramme ! L'histoire du contrat ? Sharon ne serait pas si mesquine, voyons... Toujours est-il qu'Ozzy mettra quelques années à faire presque aussi bien (No More Tears) sans, cependant, retrouver le charme si particulier de cet Ultimate Sin chaudement recommandé.

1. The Ultimate Sin 3:45
2. Secret Loser 4:08
3. Never Know Why 4:27
4. Thank God for the Bomb 3:53
5. Never 4:17
6. Lightning Strikes 5:16
7. Killer of Giants 5:41
8. Fool Like You 5:18
9. Shot in the Dark 4:16

Ozzy Osbourne – vocals
Jake E. Lee – guitar
Phil Soussan – bass
Randy Castillo – drums
&
Mike Moran – keyboards


O comme...
OSCAR PETERSON TRIO + CLARK TERRY "Oscar Peterson Trio + One" (1964)
Oscar winners

D'égal à égal, avec le diable de pianiste en face n'est pas une maigre performance, Clark Terry rencontrait Oscar Peterson pour un album qui demeure une des plus belles références des co-leaders de circonstance, diantre ! Album joueur et varie, + One démarre très fort avec une entêtante et entraînante ritournelle, Brotherhood of Man, où les deux compères se renvoient joyeusement la balle sur l'impeccable rythmique de Ray Brown et Ed Thigpen, épatant ! Epatant comme le reste d'une galette qui de d'émotionels blues (Jim, I Want a Little Girl), d'autres nettement plus rythmés et joyeux (Blues for Smedley, Squeaky's Blues et, évidemment le foutraque Incoherent Blues signé Terry), de belles pièces de jazz classique comme Oscar savait si bien les faire (le groovy Roundalay, le caressant They Didn't Believe Me) à de purs exercices de fun (le Mumbles de Terry encore, ou l'homme scat comme un grand, la reprise de Mack the Knife glorieusement troussée), c'est un festival de tous les instants qui s'offre à l'amateur de jazz mélodique et imaginatif, classique mais encore totalement frais. Oscar nous a quitté en 2007, Clark en 2015, ces deux géants jouent encore pour vous, sur cet excellent cru de 1964, ne manquez pas l'aubaine !

1. Brotherhood of Man 3:32
2. Jim 3:01
3. Blues for Smedley 6:56
4. Roundalay 3:55
5. Mumbles 2:01
6. Mack the Knife 5:16
7. They Didn't Believe Me 4:21
8. Squeaky's Blues 3:28
9. I Want a Little Girl 5:10
10. Incoherent Blues 2:42

Clark Terry – trumpet, flugelhorn, vocal
Oscar Peterson – piano
Ray Brown – double bass
Ed Thigpen – drums