mardi 9 février 2016

Ces chers disparus... 2015 (Première Partie, décembre-octobre)

Pas besoin de long commentaire, ceci est la première partie d'un hommage aux grands disparus du monde de la musique en 2015. Respect.

(DéCeMBRe)
Bye Bye NaTaLie
Natalie Cole "Natalie...Live!" (1978)
ou "Heart & Soul"

Fille de l'immense Nat King Cole, artiste soul respectée ayant rencontré un grand succès avant quelque vaches maigres et une reconvertion au jazz dans sa deuxième partie de carrière, depuis un mémorable duo virtuel avec Papa, Natalie Cole nous a quitté le 31 décembre dernier. Il n'est que temps de rendre hommage à la grande soul lady qu'elle fut avec, occurrence finalement rare dans un genre misant plus sur les singles que les long-jeux trop couteux pour leur auditoire, un double album représentatif de sa période glorieuse des seventies, Natalie...Live!. Double cire noire généreuse à l'époque retranscrite sur un double cd sans bonus mais bien remasterisé (ça garde le cachet et ça ne pousse pas trop les potards), c'est près d'une heure et demie de pur bonheur où standards et originaux voisinent sans la moindre escarmouche, sans la moindre baisse de niveau, qui nous est offerte. Il faut dire qu'avec un groupe, option big band parce qu'il y a du cash dans la production, aux petits oignons (le line-up ci-dessous, hélas incomplet faute de plus d'informations oublie l'extraordinaire section de cuivres), cette musique pleine d'émotion et de sensualité s'épanouit avec grâce et une intensité inhérente à l'exercice live qu'il fait bon ouïr. Et que dire de la performance de Natalie si ce n'est qu'elle est absolument à la hauteur de l'évènement et propose toute l'étendue d'une exceptionnelle vocaliste qui n'a pas à rougir, malgré sa moindre réputation en la matière, et se sortirait même plutôt à son avantage dans une comparaison avec de grandes dames de la soul telles que Diana Ross, Aretha Franklin ou, plus obscure parce que disparue trop tôt, Minnie Riperton. Oui, en 1978 Natalie Cole a la grande classe soul sur ce live first class qu'on ne peut, par conséquent, que recommander, et pas seulement pour pleurer son "départ", parce que c'est un grand live, tout simplement.

CD 1
1. Sophisticated Lady 3:35
2. Que Sera, Sera 7:36
3. Lovers 3:10
4. I'm Catching Hell 7:28
5. Mr. Melody 3:33
6. This Will Be (An Everlasting Love) 3:16
7. Party Lights" 4:58
8. I've Got Love on My Mind 7:52

CD 2
1. Lucy in the Sky with Diamonds 8:06
2. Inseparable 2:51
3. Cry Baby 5:09
4. Can We Get Together Again 4:00
5. I Can't Say No 6:28
6. Something's Got a Hold on Me 4:32
7. Be Thankful 7:32
8. Our Love 7:08

Natalie Cole - Vocals
Linda Williams - Conductor, Keyboards
Michael Wycoff - Keyboards, Background Vocals
Anita Anderson - Background Vocals
Sissy Peoples - Background Vocals
Charles Bynum - Guitar
Andy Kastner - Guitar
Bobby Eaton - Bass
Wayne Habersham - Percussion, Background Vocals
Louis Pajomo - Percussion
Ted Sparks - Drums

Natalie Cole
(6/2/1950 - 31/12/2015)

To JoHN
The Specials "Specials" (1979)
ou "Premium Ska"

Ca fait chier ! Voilà, c'est dit, ça fait chier ! Non mais, franchement, ils ne peuvent pas arrêter de mourir tous ces vénérables (pas si) anciens qui peuplèrent les rêves de nos vertes années ? Alors, ok, John Bradbury, essentiellement batteur des skamen des Specials, n'a pas fait la une des médias (les "cadors" comme Lemmy ou Bowie ne sont pas légion), ça n'en reste pas moins une vraie perte pour qui s'est aguerri aux tressautements de son corps blanc au rythme chaloupé que ce diable d'homme produisait. Alors un Specials pour lui rendre hommage, forcément. Le premier d'iceux (le meilleur diraient les puristes) où un groupe mixte (y a du jamaïcain dedans !) revisite quelques classiques du rocksteady en plus de créer leur propre, et tout à fait épatant, répertoire. En vérité, c'est le genre d'album qu'on n'a plus à "vendre", rien que l'énonciation de quelques unes de ses pistes devraient suffire à attirer le chaland : A Message to You Rudy, Doesn't Make It Alright, Concrete Jungle, Monkey Man, Too Much Too Young ou You're Wondering Now. N'est-ce pas ? Si vous hésitez encore, je vous rajoute Elvis Costello aux manettes et Chrissie Hynde venue pousser la chansonnette avec ses potes. Dans le genre musique qui file la pêche et fait danser en plus de ne pas être idiote du tout, c'est un immanquable ! Un immanquable qu'on écoutera désormais avec une petite larme à l'œil en pensant à ce badaboumeur émérite qui nous a tant fais suer... Goodbye John.

1. A Message to You, Rudy 2:53
2. Do the Dog 2:09
3. It's Up to You 3:25
4. Nite Klub 3:22
5. Doesn't Make It Alright 3:26
6. Concrete Jungle 3:18
7. Too Hot 3:09
8. Monkey Man 2:45
9. (Dawning of A) New Era 2:24
10. Blank Expression 2:43
11. Stupid Marriage 3:49
12. Too Much Too Young 6:06
13. Little Bitch 2:31
14. You're Wondering Now 2:36

Terry Hall – vocals
Neville Staple – vocals
Lynval Golding – rhythm guitar, vocals
Roddy Radiation – lead guitar, vocals on track six
Jerry Dammers – keyboards
Sir Horace Gentleman – bass guitar
John Bradbury – drums
&
Chrissie Hynde – vocals
Rico Rodriguez – trombone
Dick Cuthell – horns

John Bradbury
(16/02/1953 - 28/12/2015)
 
LeMMy CRy
Motörhead "Bomber" (1979)
ou "Triomphante Machine"

4ème album* de la machine de guerre fomentée par Lemmy Kilmister depuis son éviction d'Hawkwind, Bomber a l'insigne mais délicat honneur de suivre l'album de l'explosion, celui où le trio, qui a déjà essuyé les plâtres avec un éponyme d'honnête facture, se trouve tel qu'en lui même, freaks on speed playing loud and fast rock and roll, sur un Overkill dûment passé depuis dans la légende.
Quoiqu'ils s'en fichent probablement comme de leur dernière crise acnéique, ces trois pistoleros formant l'archétype du power trio hard'n'heavy survitaminé, la réponse "baffe dans ta tronche" à des petits punks qui pensaient sûrement avoir l'exclusivité du bruit blanc rentre-dedans. Parce que, présentement, Motörhead reproduit l'exploit, prolonge la magie d'un Overkill ravageur dans un Bomber thermonucléaire, seulement 7 mois après le précédente salve, c'est fort, très fort. Comme si le trio n'avait pas de temps à perdre et que ça s'entendait dans leur gros rock amphétaminé et graisseux. Alors c'est parti pour 10 titres et 37 petites minutes, ce qui pourrait paraître bien court sauf qu'à toujours appuyer sur le champignon et à pousser les amplis à 11, la dose est parfaite. Enfin, pas toujours pied au plancher comme le montre, occurrence finalement assez rare dans le répertoire de Lemmy, Fast Eddie et Philthy, un Sweet Revenge inhabituellement lent glissant même vers le blues avec le grand coup de slide du guitariste ou, plus loin, un Step Out du même acabit chanté, cette fois, par Mister Clarke qui fait, vocalement, ce qu'il peut mais n'a définitivement pas les tuyaux blindés de son bassiste de compagnon. Mais, soyons clair, ces deux-là sont les exception qui confirment la règle. Ailleurs, Motörhead speede comme si sa vie en dépendait et pond, accessoirement, quelques morceaux qui deviendront d'authentiques classiques de son répertoire (de Dead Man Tell No Tales à Stone Dead Forever en passant par la chanson titre de la galette, Bomber), c'est dire l'inspiration d'alors des trois vilains pas beaux et la salvatrice décharge d'électricité qui atteint l'auditeur à l'écoute de ce album de toute première bourre. Mais le bonheur n'est vraiment complet que dans la version remaster où d'une bonne face B (Over the Top) à une belle séquence live de quatre titres (dont Leaving Here et Too Late Too Late qui ne figurent pas sur l'album) on a la possibilité de prolonger encore l'expérience de cette délicieuse série d'uppercuts rock'n'rolliens.
Dire que la suite, Ace of Spades évidemment !, confirmera tient distinctement du doux euphémisme mais, présentement, avec leur second classique d'affilée, Motörhead s'impose comme une force avec laquelle il faudra compter et, d'ailleurs, avec laquelle on a compté jusqu'à la disparition de son patibulaire leader qu'on avait fini par croire éternel (si seulement...).
 
* même si le tout premier (On Parole, sans le line-up classique, ne sortira finalement que quelques mois après celui qui nous intéresse)

1. Dead Men Tell No Tales 3:07
2. Lawman 3:56
3. Sweet Revenge 4:10
4. Sharpshooter 3:19
5. Poison 2:54
6. Stone Dead Forever 4:54
7. All the Aces 3:24
8. Step Down 3:41
9. Talking Head 3:40
10. Bomber 3:43
Bonus
11. Over the Top 3:21
12. Leaving Here 3:02
13. Stone Dead Forever (Live) 5:20
14. Dead Men Tell No Tales (Live) 2:54
15. Too Late Too Late (Live)3:21

Lemmy Kilmister - lead vocals, bass guitar, eight-string bass
"Fast" Eddie Clarke - guitar, backing vocals, lead vocals on "Step Down"
Phil "Philthy Animal" Taylor - drums

Lemmy Kilmister
(24/12/1945 - 28/12/2015)
 
STeVeLeSS
The Easybeats "The Definitive Anthology" (2003)
ou "Aussie Fab"

Little Stevie Wright, vous connaissez ? Non ? Le chanteur d'australiens bien partis pour concurrencer leur compétition britannique dans les happy sixties ? Toujours pas ? Friday on My Mind, Hello How Are You, She's So Fine ? Rien ? Avec George Young et Harry Vanda qui deviendront bientôt les producteurs du groupe des frères du premier, AC/DC pour ne pas les nommer ? Ha !, là vous commencez à situer... Hé bien, figurez-vous que la voix d'or des Easybeats, Stevie Wright donc, nous a quitté fin 2015 dans une indifférence française générale ce qui n'est pas surprenant les Easybeats n'ayant jamais vraiment fait leur trou chez nous. Du coup, il n'est pas inutile de ressortir cette roborative Definitive Anthology qui, avec ses 56 titres et plus de deux heures et demie, étanchera la soif de connaissance de curieux qui auront bien raison. Bien raison parce que ces "australiens" (les guillemets parce qu'aucun n'est natif de la grande île exemplifiant, de fait, l'influence des vagues migratoires d'après la seconde guerre mondiale sur une population en pleine extension) commettront quelques haut-faits avant de se séparer en 1969, parce que, quelque part entre les Hollies, les Kinks et les Beatles, ces petits gars surent trouver leur place et déployer, surtout, un arsenal compositionnel qui n'a pas à rougir de la comparaison avec celui de ses modèles. Pour ces raisons, et pour se souvenir des belles capacités vocales d'un des plus vocalistes du genre aussi, cette Definitive Anthology mérite le détour et l'attention des amateurs de pop/rock vintage de qualité. Recommandé.

CD 1
1. Friday On My Mind 2:41 
2. Good Times 3:21 
3. St.Louis 3:12 
4. Rock And Roll Boogie 2:29 
5. Who'll Be The One 2:37 
6. Heaven And Hell 2:42 
7. The Music Goes Round My Head 2:50 
8. Hello How Are You 3:18 
9. Land Of Make Believe 3:12 
10. I Can't Stand It 2:55 
11. Falling Off The Edge Of The World 2:58 
12. Made My Bed Gonna Lie In It 2:55 
13. Saturday Night 3:25 
14. Pretty Girl 2:16 
15. Remember Sam 2:32 
16. Come In You'll Get Pneumonia 3:44 
17. For My Woman 3:06 
18. She's So Fine 2:06 
19. The Old Oak Tree 3:02 
20. Wedding Ring 2:02 
21. It's So Easy 2:09 
22. I'm A Madman 2:51 
23. She Said Alright 2:13 
24. You Got It Off Me 2:27 
25. Sad And Lonely And Blue 2:16 
26. Women (Make You Feel Alright) 2:35 
27. Come And See Her 2:41 
28. I'll Make You Happy 3:10 

CD 2
1. Let Me Be 2:06 
2. Somethin' Wrong 2:16 
3. Sorry 2:16 
4. Funny Feelin' 2:28 
5. Goin' Out Of My Mind 2:40 
6. Not In Love With You 2:37 
7. The Last Day Of May 1:56 
8. Today 2:14 
9. Can't You Leave Her 1:57 
10. River Deep, Mountain High 3:57 
11. Do You Have A Soul 3:38 
12. You Me We Love 3:22 
13. Happy Is The Man 2:41 
14. Hound Dog 3:15 
15. All Gone Boy 2:14 
16. The Music Goes Round My Head (Fast Version) 2:18 
17. Lay Me Down And Die (Instrumental) 3:00 
18. Fancy Seeing You Here 2:35 
19. Bring A Little Lovin' 2:22 
20. Lay Me Down And Die (Vocal) 2:49 
21. Can't Find Love 3:28 
22. Peculiar Hole In The Sky 2:58 
23. I Love Mary 2:37 
24. Who Are My Friends 3:13 
25. Such A Lovely Day 3:12 
26. Little Queenie 2:39 
27. Lisa 3:12 
28. Amanda Storey 2:47

Stevie Wright - Vocals
Harry Vanda - Guitar  
George Young - Guitar
Dick Dimonde - Bass 
Gordon Fleet - Drums 

Stevie Wright
(20/12/1947 - 27/12/2015)
 
aBuS Dangereux
Scott Weiland "12 Bar Blues" (1998)
ou "Gone Solo"

Celui qui connut la gloire en tant que vocaliste des grungers adaptables de Stone Temple Pilots et frontman du supergroupe Velvet Revolver n'est plus, une vie d'excès en tous genres, narcotiques particulièrement, aura fini par le rattraper et ainsi nous voler l'un des plus beaux spécimens de lucky loser que l'Amérique nous ait offerte depuis les années 90 comme exemplairement démontré par son premier album solo, 12 Bar Blues. Un album qui diffère notablement des travaux de ses partenaires d'alors. La petite trentaine, Weiland y explore ses possibles, y assouvit ses envies entrainant l'auditeur dans une aventure auditive à laquelle il ne s'attendait sans doute pas. Parce que Weiland ose !, ne réussit pas toujours mais a tellement, palpablement, envie qu'on ne peut qu'être séduit sans même avoir à prêter attention aux quelques guests de luxe de la galette (Sheryl Crow, à l'accordéon !, et Brad Mehldau). Ainsi, du glam mutant d'ouverture (Desperation #5, y  du Bowie dedans !), d'une power-pop bricolée à l'électro (Barbarella), d'une belle power-ballad qui prouve qu'il peut faire aussi bien que son groupe sans lui (Where's the Man) à un genre de cyber-groove depuis lourdement usité par Muse (Jimmy Was a Stimulator), il y a du grain à moudre et de la qualité à dénicher dans un album parfois un peu too much, la marque des débuts où l'on veut trop bien faire, mais éminemment sympathique hélas aujourd'hui difficile à trouver puisque pour le moment plus édité. Et unique dans la discographie de son auteur qui, comme ses collègues de l'époque, Layne Staley d'Alice In Chains et Kurt Cobain de qui vous savez, aura ultimement été emporté par son malaise. R.I.P.

1. Desperation #5 4:05
2. Barbarella 6:36
3. About Nothing 4:48
4. Where's the Man 4:55
5. Divider 4:23
6. Cool Kiss 4:55
7. The Date 5:21
8. Son 5:04
9. Jimmy Was a Stimulator 3:58
10. Lady, Your Roof Brings Me Down 5:26
11. Mockingbird Girl 5:02
12. Opposite Octave Reaction 4:18

Scott Weiland – lead vocals, beatbox, guitar, keyboards, piano, bass, synthesized bass, drum loops
Tracy Chisolm – theremin
Blair Lamb – beatbox
Holly Reiger – guitars
Jeff Nolan – guitars
Zander Schloss – guitars
Sheryl Crow – accordion
Brad Mehldau – piano
Peter DiStefano – guitars, bass
Victor Indrizzo – vocals, guitar, piano, keyboards, bass, drums
Daniel Lanois – synthesizers
Tony Castaneda – guitars, bass
Martyn LeNoble – bass, cello
Michael Weiland – drums, percussion, drum loops
Suzie Katayama – cello
Novi Novog – viola
Joel Derouin, Robin Lorentz – violin

Scott Weiland
(27/10/1967 - 03/12/2015)
 
(NoVeMBRe)
SoN oF NeW oRLeaNS
Allen Toussaint "The Bright Mississippi" (2009)
ou "Mississippi Memories"

Fils de la Nouvelle Orléans, les diverses actions qu'il organisa ou auxquelles il participa après le cyclone Katrina sont là pour en témoigner, Allen Toussaint était aussi, surtout !, un compositeur et instrumentiste d'exception. C'est évident sur un album à part de sa discographie, son dernier aussi, malheureusement, parce que c'est un album de presque pur jazz, genre que Toussaint croisa souvent sans jamais tout à fait s'y installer... Alors oui, The Bright Mississippi est une pleine et entière réussite qui ne fait, du coup, que regretter plus amèrement encore la disparition de son auteur parce qu'il permet, en plus, de mettre en lumière celui qui a tellement sévi dans l'ombre (avec les excellents Meters par exemple) sous un jour qui lui sied à merveille. Ainsi est-on plongé dans un bain moite et chaud revisitant de vrais grands standards avec une classe il faut dire bien secondée par une équipe de cadors reconnus (de Marc Ribot à Brad Mehldau en passant par Joshua Redman ou Nicholas Payton) qui se glisse parfaitement dans le fourreau revivaliste de la galette. Et que dire de la performance du maître de cérémonie, qu'il s'attaque à Bechet, Jelly Roll Morton, Django Reinhardt, Monk ou au Duke, il le fait toujours avec talent, délicatesse et un immense respect pour les monstres sacrés qu'il a l'audace de reprendre. Ultime offrande à apprécier à sa juste et immense valeur, The Bright Mississippi est un délice à recommander à tous !

1. Egyptian Fantasy 4:41
2. Dear Old Southland 6:19
3. St. James Infirmary 3:52
4. Singin’ the Blues 5:40
5. Whinin’ Boy Blues 6:42
6. West End Blues 3:52
7. Blue Drag 4:22
8. Just a Closer Walk with Thee 5:11
9. Bright Mississippi 5:08
10. Day Dream 5:27
11. Long, Long Journey 4:51
12. Solitude 5:31

Allen Toussaint – piano and vocal
Don Byron – clarinet
Nicholas Payton – trumpet
Marc Ribot – acoustic guitar
David Piltch – upright bass
Jay Bellerose – drums and percussion
Brad Mehldau – piano
Joshua Redman – tenor saxophone


Allen Toussaint
(14/01/1938 - 10/11/2015)


BaTTeur BaTTu
Motörhead "1916" (1991)
ou "à l'ouverture"

Quelques semaines seulement avant son pote et ex-patron, Phil Taylor tirait sa révérence. Une petite larme au coin de l'œil, parce qu'on l'aimait bien le dégoutant animal (Philthy Animal, son surnom), batteur puissant et speedé idéal pour la mixture rock'n'rollesque de l'ami Lemmy qu'il honora de sa présence de 75 à 84 puis de 87 à 92. Présentement, nous sommes dans sa deuxième pige, alors que, Motörhead, pour la première fois de sa carrière, joue en quatuor avec, donc, deux guitaristes, Phil Campbell qui restera jusqu'à la fin et Würzel (décédé en 2011) qui restera 9 ans et six albums avant que le groupe ne reprenne sa marche de fier power-trio, mais ça c'est une autre histoire... Parce qu'en 1991, pour ce 1916 neuvième long-jeu studio de sa discographie, Motörhead, qu'on croyait ne jamais entendre changer d'un iota immuable machine de guerre qu'il semblait être, a des envies d'ouverture, qui vont jusqu'à une ballade orchestrale (sur la première guerre mondiale, on ne s'aventure tout de même pas dans les frivolités habituelles de l'exercice) qui donne d'ailleurs son titre à l'album et est d'ailleurs aussi surprenante que réussie. Ca ne veut évidemment pas dire qu'on ne retrouve pas le trademark sound de ces affreux, dès The One Who Sing the Blues, et à moult occasions ensuite, Lemmy et se acolytes défouraillent sévère sur un matériau qui tient tout à fait la route (voir les supra-efficaces I'm So Bad (Baby I Don't Care)Make My Day, R.A.M.O.N.E.S. et Shut You Down) et contentera l'amoureux de hard rock'n'roll rentre-dedans comme seule la Tête-de-Moteur sait en produire. Mais donc il y a aussi des libertés avec le dogme qui sont prises, un refrain presque hard-pop sur No Voices in the Sky, un rock'n'roll "fiftiesant" sur l'excellent Going to Brazil et le correct Angel City, une étrangeté péri-progressive un peu ratée mais pas inintéressante (Nightmare/The Dreamtime), une authentique, typique même !, power-ballad qui fonctionne étonnamment bien considérant l'organe particulier du sieur Kilmister (Love Me Forever). Tout ça fait de 1916, ultime participation intégrale à un album de Motörhead du regretté Phil Taylor, un album un peu à part dans la discographie de la légendaire formation qu'on recommande, du coup, aussi à ceux qui pensent que ces gars-là ne font que du bruit blanc.

1. The One to Sing the Blues 3:07
2. I'm So Bad (Baby I Don't Care) 3:13
3. No Voices in the Sky 4:12
4. Going to Brazil 2:30
5. Nightmare/The Dreamtime 4:40
6. Love Me Forever 5:27
7. Angel City 3:57
8. Make My Day 4:24
9. R.A.M.O.N.E.S. 1:26
10. Shut You Down 2:41
11. 1916 3:44

Lemmy – bass, vocals
Phil "Wizzö" Campbell – guitar
Würzel – guitar
Phil "Philthy Animal" Taylor – drums

Phil "Philthy Animal" Taylor
(21/09/1954 - 11/11/2015)
 
No JeRiCHo
Sly and the Family Stone "There's a Riot Goin' On" (1971)
ou "Funk Fires"

En hommage à la trompettiste Cynthia Robinson, quoi de mieux que le grand classique  auquel elle participa ?.... Situons,  mai 1971 Marvin Gaye sort son chef d'œuvre absolu, What's Going On, album politique dont les notes d'espoir sont sans aucun doute influencées par le positivisme humaniste de Martin Luther King. Même pas une demi-année plus tard, Sly Stone, un tout autre genre d'animal, semble lui répondre, Malcolm X musical du Luther Gaye, There's a riot goin' on. Lucide, le gars.
Et bouillant album de rupture ou la contestation joyeuse de Stand! se mue en colère sourde. Parce qu'en ces seventies commençantes, Sly n'est plus tout à fait le même, et l'Amérique plus tout à fait la même non plus.
Parce que, dans l'Amérique des années 70, les luttes sociales, raciales et sociétales ne se sont pas éteintes, elles ne font, de fait, que se radicaliser à mesure que les différents camps s'organisent, idéologiquement comme matériellement, et parce que Sly commence à sérieusement souffrir des addictions qui l'éloigneront petit à petit des spotlights, et d'enregistrements de qualité. Mais nous n'en sommes pas là, Sly et son collectif multiracial sont toujours une fantastique machine à groover avec le poing dressé et la menton haut, apanage d'une jeunesse ne se suffisant pas d'un ordre établi claustrophobe. Ca nous donne un album notablement plus sombre, plus extrême même quand il se frotte à des thèmes plus frivoles, véhiculant la violence de la résignation comme peu réussirent à le faire. Un album évidemment doté de quelques immortels aux premiers desquels on citera le blues languissant Just Like a Baby, la soul presque naturaliste de Family Affair (un beau concurrent pour les tubes de Stevie Wonder de la même époque), le jammy et délicieux Africa Talks to You et ses inclinaisons gospel post-Woodstock, le léger et délicat (You Caught Me) Smilin' essentiel comme l'un des rares rais de lumière de la galette, ou l'adaptation réussie de Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) en funk lent et lourd qu'est Thank You for Talkin' to Me Africa. Mais ce ne sont que quelques exemples d'une galette sans faux-pas, égale en qualité à l'essentiel Stand!, autre pinacle du funk "sly-stonien".
Album admirablement de son temps à la mise en son sourde et organique (faut aimer les basses !), There's a Riot Goin' On restera hélas l'ultime coup d'éclat de Sly et de sa famille complètement stone, dommage ! Dommage parce qu'avec Funkadelic/Parliament, Gil Scott-Heron et quelques autres, Sly Stone représentait un possible d'une black musique intelligente et concernée par le monde qui l'entoure transcendant les communautés et les genres avec un naturel et une classe qu'on aimerait rencontrer plus souvent. Raison de plus pour ne pas bouder son plaisir en plongeant ou replongeant dans ce furieux bain sonique, et encore moins dans cette édition remasterisée définitive rendant enfin justice à l'édition de cire noire originelle. Impeccable, quoi ! Et une petite pensée pour la grande dame qui nous a quitté, Cynthia Robinson.

1. Luv n' Haight 4:01
2. Just Like a Baby 5:12
3. Poet 3:01
4. Family Affair 3:06
5. Africa Talks to You 'The Asphalt Jungle' 8:45
6. There's a Riot Goin' On 0:00
7. Brave & Strong 3:28
8. (You Caught Me) Smilin' 2:53
9. Time 3:03
10. Spaced Cowboy 3:57
11. Runnin' Away 2:51
12. Thank You for Talkin' to Me Africa 7:14
Bonus
13. Runnin' Away (mono single version) 2:44
14. My Gorilla Is My Butler (instrumental) 3:11
15. Do You Know What? (instrumental) 7:16
16. That's Pretty Clean (instrumental) 4:12

Sly Stone - arrangements, drums, drum programming, keyboard programming, synthesizers, guitar, bass, keyboards, vocals
Larry Graham - bass, backing vocals
Greg Errico, Gerry Gibson - drums
Bobby Womack, Freddie Stone, Ike Turner - guitar
Billy Preston - keyboards
Jerry Martini - tenor saxophone
Cynthia Robinson - trumpet
Rose Stone - vocals, keyboards
Vet Stewart, Elva "Tiny" Mouton, Mary McCreary (aka Little Sister) - backing vocals


Cynthia Robinson
(12/01/1944 - 23/11/2015)
 
JeaN Du PauVRe
Jacques Brel "Les Bonbons" (1966)
ou "Joli paquet"

Quand on pense accordéoniste de Brel, on pense forcément, en premier lieu, à Marcel Azzola, il ne faudrait cependant pas en oublier Jean Corti qui accompagna aussi l'homme du Plat Pays et vient de nous quitter. Des collaborations du ténor du piano du pauvre et du flamand contrarié, Les Bonbons (cru 1966 auquel on attribue le titre de sa première chanson) est, sans aucun doute, la plus belle pièce. Il n'y a, en fait, qu'à regarder la liste des compositions proposées, quasiment que des classiques !, pour s'en persuader mais, puisque c'est aussi d'un hommage à Jean Corti dont il s'agit, intéressons nous à sa performance : de discrète sur le chef d'œuvre de tristesse qu'est Les Vieux, bien cadrée et mélodique sur l'intense Dernier Repas, fière sur Les Toros, joliment jazzy sur Les Filles et les Chiens, jusqu'au coup de java des Bigotes et sa pièce majeure d'un exercice où il ne s'impose jamais lourdement, Les Fenêtres, où il se voit offrir le plus de latitude, c'est d'un immense professionnalisme en plus d'une évidente maîtrise instrumentale dont il s'agit démontrant que son instrument de prédilection est bien plus qu'un "soufflet à guincher". Evidemment, avec de pareilles compositions (les seules que vous ne connaissez peut-être pas déjà, J'aimais et Les Fenêtres méritent votre attention) sur de pareils textes, Brel à son sommet et ce n'est pas fini !, c'est de caviar dont il s'agit pour un musicien. Et pour l'auditeur qui s'y rendra compte que cette musique-là a peut-être un demi-siècle, elle n'en a pas pour autant pris la moindre ride. Essentiel.

1. Les Bonbons 3:29
2. Les Vieux 4:04
3. La Parlote 3:25
4. Le Dernier Repas 3:25
5. Titine 2:24
6. Au suivant 3:05
7. Les Toros 2:18
8. La Fanette 4:06
9. J'aimais 4:01
10. Les Filles et les Chiens 2:55
11. Les Bigotes 2:40
12. Les Fenêtres 2:45
Bonus
13. Quand maman reviendra 3:45
14. Les Amants de cœur 4:44

Jacques Brel ; chant
Jean Corti : accordéon
François Rauber : Arrangements et direction d'orchestre

Jean Corti
(1929 - 25/11/2015)
 
(oCToBRe)
FuRieuX TRoMBLoN
The Stooges "Funhouse" (1970)
ou "House of Holy Noise"

Le moins connu des Stooges ? Probablement, et pourtant, quel abattage ! Parce que le sax hurlant de Steve Mackay, qui arrive tout juste, et encore juste sur la deuxième face de ce séminal Funhouse, mais sera dès lors de toutes les formations des furieux étatsuniens, c'est tout de même quelque chose ! Or donc, puisque c'est de ce surpuissant souffleur de chaos dont il s'agit à l'occasion de sa regrettée disparition, et sans oublier la très haute tenue d'une première face où les Stooges n'ont jamais été aussi tight (merci Don Gallucci, de chez les Kingsmen, et sa production offrant un cadre presque live aux bostoniens et aux progrès de Ron Asheton sur ses six cordes), intéressons nous à cette face B qui commence très fort avec un 1970 en forme de perfection garage où le soli furieusement jazzy de Mackay vient juste à point pour créer l'élément de surprise qui couronne la réussite, se poursuit avec un Fun House délicieusement jammy (et un Steve omniprésent) et se conclut sur un apocalyptique et jouissif grand n'importe quoi L.A. Blues tout en furie et sorties de routes... Fort, très fort. A l'image, en vérité, d'un album capturant la substantifique moelle de ces Stooges chenapans protopunks d'absolue référence, avec Iggy qui influencera tellement ce que signifie un frontman possédé, qui ne feront plus mieux mais ça, c'est une autre histoire... Funhouse ? Immanquable, tout simplement !

1. Down on the Street 3:42
2. Loose 3:33
3. T.V. Eye 4:17
4. Dirt 7:00
5. 1970 5:14
6. Fun House 7:45
7. L.A. Blues 4:52

Iggy Pop – vocals
Ron Asheton – guitar
Dave Alexander – bass guitar
Scott Asheton – drums
Steve Mackay – saxophone
Don Gallucci – production, organ overdubs

Steve Mackay
(25/09/1949 - 11/10/2015)
 

13 commentaires:

  1. Ces chers disparus... 2015 (Première Partie, décembre-septembre)

    Natalie Cole "Natalie... Live!" (1978)
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    The Specials "Specials" (1979)
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    Motörhead "Bomber" (1979)
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    The Easybeats "The Definitive Anthology" (2003)
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    Scott Weiland "12 Bar Blues" (1998)
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    Allen Toussaint "The Bright Mississippi" (2009)
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    Motörhead "1916" (1991)
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    Sly and the Family Stone "There's a Riot Goin' On" (1971)
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    Jacques Brel "Les Bonbons" (1966)
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    The Stooges "Funhouse" (1970)
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  2. sâle temps pour le sax.. hécatombe en ce moment, 2016 a bien relayé 2015, transition merdeuse. Un p'tit gars d'ici est parti aussi, sans plus de bruit que ça.. LeCoq, pourtant ces disques aux abords du jazz pop chanson française sont des petits bijoux.
    Ceci dit Zozo, y'a que des bons disques à nouveau dans ton billet.

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    1. Je ne connais pas ce volatile français disparu, je vais m'y pencher.
      Et je veux qu'il y a de bon disques, il n'y a même que ça alors, souvenirs et bonne musique à toi !

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  3. Merci cher Zornophage en mémoire de certains décédés moins connus que les plus connus :-). Oui 2015/2016, c'est comme pour le réchauffement climatique, les hécatombes musicales pleuvent drues. Merci pour ton post

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    1. Dernièrement, il ne se passe pas longtemps avant que je me rende compte qu'un musicien de plus que j'appréciait nous a quitté, à partir de là, la cérémonie du souvenir s'imposait.

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  4. Détestable, ton article Zorny. Je me serais contenté, allez, d'un album quoi, un hommage au joueur de trombone sur les premiers Fernandel mort dans son sommeil à l'âge canonique de 98 ans mais là, alignés comme ça, tous ces gens et tous ces chefs-d'oeuvres (qu'on aime ou pas n'a rien à faire là-dedans) ça fait froid dans le dos. Et si tu nous proposais une anthologie des "premiers albums" sortis en 2015 ? Le truc plein d'avenir quoi ! (et en plus, on serait sûr de pas avoir droit à Steve Hackett ou John Zorn, hin hin hin...). Merci l'ami pour ce beau boulot, en tous cas.

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    1. Il est vrai que l'hécatombe de la fin d'année fut particulièrement dure à encaisser, et 2016 ne commence pas mieux... snif.
      Les premiers albums de 2015 ? Un millier ? Plus ? Une folie ! Et merci de ne dire de mal ni de Zorn, ni d'Hackett ni d'aucun autre récurrent de ce blog, ces grands artistes sont là pour le bonheur de ceux qui savent se fichant du mépris de ceux qui ratent. Na ! ^_^
      Et merci de ton premier commentaire JPDee !

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  5. Et puis dans le genre glauque, tu as aussi le DERNIER Black Sabbath, pour les futurs morts des années à venir, Tony Iommi n'étant pas en grande forme...
    http://newalbumreleases.net/83447/black-sabbath-the-end-2016/

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    1. Ce n'est pas un album, que des chutes de studio recyclées avec quelques live, tout ça parce que Iommi ne tiendra plus très longtemps, ce qui me fait bien chier, d'ailleurs !

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  6. Tu retournes la plaie dans le couteau !

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  7. Froid dans le dos !
    Merci pour ces belles évocations,
    tu m'apprends la disparition de Jean Corti, que j'ai réécouté il y a peu grâce aux Têtes Raides.
    Et puisque John Bradbury est là, j'imagine malheureusement que pour ta deuxième partie tu penses aussi à Rico, dont j'ai parlé chez Jimmy.
    Tu m'offres le disque d'Allen Toussaint, merci aussi pour ça !

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    1. Froid dans le dos, comme tu dis. Alors on honore, on se souvient et, hélas, apprend à certains des disparitions moins médiatisées.
      Merci de ton commentaire.

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