dimanche 11 mai 2014

[Une semaine en 1971] France Dimanche (6)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie ! Et on termine la semaine avec un album mythique.

Dashiell Hedayat "Obsolète" (1971)
ou "Gong lettré"


     Et si je vous disais que cet album peut potentiellement rassembler toutes les chapelles, ou presque, du paysage musical français, du paysage musical français qui cherche tout du moins ? Vous me direz que je suis fou, sans doute... Je vais cependant tenter de vous prouver le contraire :
 
     1 - Les amateurs de rock progressif, psychédéliques et de musiques fusionnantes seront ravis de retrouver une bonne partie du gang Gong dans cette aventure aussi improbable que le sont les albums des furieux pixies de Daevid Allen.
     2 - Les intellos "qui-se-la-pètent" apprécieront le dadaïsme de l'entreprise et l'adjonction d'un ponte de la beat generation : Mister William Burroughs. Ils se souviendront aussi que ce Dashiell Hedayat, à l'état civil Daniel Théron,  est aussi connu sous d'autres pseudonyme, Jack-Alain Léger , Melmoth ou Paul Smaïl sous lequel il connut une carrière littéraire iconoclaste et décousue traversée d'éclairs.
     3 - Le rebelle en mal de s'encanailler y trouvera moult références contre-culturelles et allusions psychotropes d'un Hedayat parolier (Eh Mushroom, will you mush my room? ça a le mérite d'être clair !) en plus d'un véritable esprit "maverick", parce que, des albums comme ça, la France n'en a pas produit beaucoup, voire peut-être aucun autre.
     4 - Même le metalleux, le rapper et le jazzeux ne pourront rester insensibles. Amateur de belle technique qu'est le premier, il pourra savourer les soli en altitudes et les jeux rythmiques d'une musique riche en rebondissements. Le second, lui, plus axé sur l'aspect lyrique de la chose découvrira qu'un vieux hippie peut en remontrer aux armées de hoodies/baggies qui riment souvent sans but. Quand au troisième, à la simple lecture de la participation de Didier Malherbe (récemment revenu en grâce via son Hadouk Trio/Quartet), il plongera sans la moindre réserve, à raison.
     5 - Last but not least, l'amateur de bonne musique découvrira qu'Obsolete est, avant tout, une vraie belle galette qui vaut même déracinée de son contexte historique, un des tous meilleurs albums français d'une décennie qui n'en manquera pourtant pas, tous genre confondus, carrément !
 
      Alors, certes, certains me feront remarquer une démonstration parfois quelque peu capilotractée, j'en conviens, mais l'usage d'arguments "limites", en l'occurrence, vaut pour faire découvrir une Œuvre majuscule...
     ...Parce qu'en conclusion, jeune ou vieux ou entre les deux, en recherche de flaveurs nostalgisantes, du parfum d'un temps révolu, ou d'une aventure musicale à nulle autre pareille, Obsolete de Dashiell Hedayat est pour vous, un album rare, précieux, de ceux qu'on se passe sous le manteau entre connaisseurs parce que, tout de même, on ne donne pas de la confiture aux cochons, ou du Dashiell Hedayat à un fan de Mylène Farmer, faut pas déconner non plus !

Eh Mushroom, will you mush my room ?
1. Chrysler 6:40
2. Fille de l'Ombre 2:18
3. Long Song for Zelda 7:45
Cielo Drive/17
4. Cielo Drive/17 21:09


Daevid Allen : guitare
William Burroughs : Voix sur Long song for Zelda
Dashiell Hedayat : guitare, voix, claviers...
Didier Malherbe : saxo, flûte...
Pip Pyle : batterie
Gilli Smyth : chant
Christian Tritsch : basse et guitare acoustique
Sam Ellidge (fils de Robert Wyatt): voix de bébé

samedi 10 mai 2014

[Une semaine en 1971] Serge en Melody

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !
Et pour cette avant-dernière journée, vous êtes gâtés, du légendaire, pas moins !

Serge Gainsbourg "Histoire de Melody Nelson, édition 40ème anniversaire" (1971/2011)
ou "Project: Melody"

     Qui a dit qu'un album ambitieux devait s'étirer sur une bonne heure ? Qui a dit qu'on ne pouvait pas trousser un concept en moins de temps qu'il n'en faut à GeneYes pour conclure une intro de harpe cacaphonique et guitare tendue comme l'élastique d'un slip ? Et si il y a un artiste capable de ce rare prodige, c'est bien ce vieux grigou de Lucien Ginsburg aka Serge Gainsbourg.

     Les années soixante-dix n'ont pas encore fini de massacrer la Belle France qu'un demi-crasseux amouraché d'un ressortissante britannique commet l'irréparable viol de la Chanson Française avec une scandaleuse déliquescence psychédélico-hippie... Et qu'Est-ce que c'est bon !
     Il n'est pas, en effet, inutile de se replonger dans le contexte historique, la France post-Soixante-Huitarde de Pompompidou et Georges « Eliane, prépare la valise on rentre à la maison » Marchais. Un vieux pays Européen qui s'accroche désespérément à sa supposée splendeur passée à l'ombre d'un Général trépassé. La scène musicale, si elle bruisse de quelques « allumés » - hélas confinés à l'underground - (Ange, Magma, et quelques autres), affiche une rare morosité. Les shows de Maritie et Gilbert Carpentier font les délices du français moyen qui dit plus souvent stop qu'encore quand on le secoue dans son conformisme moutonnier.
     Et, au milieu de cet océan de bêtise normalisée, le renégat. Il n'en est pas exactement à ses premiers faits d'armes lui qui hante la scène parisienne depuis la seconde moitié des années cinquante. Il a même déjà eu des succès pour le moins sulfureux avec, évidemment, un mémorablement sexuel « Je t'aime moi non plus » en duo sensuel avec Jane, sa muse. Il n'a pas encore, cependant, fait exploser le format chanson comme il le fait sur ce divin opus. Car, oui, cet album est important, capital même, dans la carrière de Serge Gainsbourg. Si, jusque-là, il avait réservé son écriture cinématographique au Grand Ecran, justement, il franchit ici un pas décisif en la transposant sur un album de chansons.
     Et quelles chansons ! De l'épique, jazzy et psychédélique Melody d'ouverture (où la voix parlée de Serge fait merveille) ; en passant par les trois courtes mais précieuses petites pièces suivantes (Ballade, Valse, Ah !) qui s'enchainent comme dans un rêve, tout ici pointe au génie d'un artiste qui touche de si près au divin qu'il en convaincrait l'athée le plus réfractaire à vouer culte et dévotion à cette Melody si captivante.
     Bien sûr, comme c'est d'un Album Concept dont il s'agit, Serge nous compte une histoire, en l'occurrence, celle d'un homme entre deux âges et d'une lolita ingénue et perverse au destin forcément funeste. Il le fait avec toute la malice et la rouerie verbale qu'on lui connaît alors déjà. Cependant, il ne nous afflige pas ici de quelques jeux de mots téléphonés et ne cède donc pas à la facilité qui est - rappelons-le - souvent l'apanage des touts grands quand il leur prend l'envie de fainéanter (et le bougre n'a pas été le dernier dans l'exercice même si il a souvent réservé ses errances à d'autres qu'à lui-même, par folle la guêpe ! Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de ça ici. L'offrande est ciselée et précise mais - surtout ! - profondément émotionnelle et comme l'émotion (qu'il maîtrise pourtant à la perfection) n'est pas forcément la marque de fabrique la plus reconnaissable de la prose Gainsbourgienne, nous ne bouderons pas notre plaisir surtout quand textes et musique forment une si parfaite osmose.
     Révolutionnaire, cette Histoire de Melody Nelson l'est. Pas tant par le thème - qui reviendra souvent, parfois larvé, dans l'œuvre de Serge - mais bien par l'exquise variété, l'infinie richesse et l'intégrité artistique absolue d'une musique rare qui - pour appartenir indéniablement à son époque - a traversé les ans en conservant sa magie intacte, inaltérée.

Chronique Bonus:
     Les bonus audio sont constitué quasi-intégralement de prises légèrement différentes mais aussi d'un court inédit présenté en version chantée et instrumentale. Outre deux prises complètes plus longues que leurs originales (près de deux minutes pour l'inaugural Melody Nelson, une pour L'Hôtel Particulier), l'essentiel du contenu se présente sous forme d'outtakes (oui, comme on en voit souvent sur les rééditions d'albums jazz) où la prise chant diffère sensiblement (il faut cependant bien connaître l'album pour remarquer sans peine la différence). Enfin, rien qui ne permette de révolutionner l'œuvre mais un coup d'œil intéressant à la cuisine interne dans la progression d'une musique jusqu'à la version définitive présente sur l'album. L'inédit quand à lui, Melody Lit Babar, est anecdotique mais heureusement suffisamment rigolo pour ne pas trop faire tâche. Ceci dit, on comprend sans difficulté la raison de son exclusion de l'album définitif où il aurait inévitablement cassé une ambiance ô combien déterminante dans sa réussite.
     La 3ème galette plastique du package comprend un court (une quarantaine de minutes) documentaire, sorte de panégyrique pas désagréable mais où le fan hardcore n'apprendra rien. C'est tout de même un témoignage en image sympathique qui vient joliment compléter cette édition soignée même si on doute y revenir très souvent et qu'on sait avec certitude que d'autres douceurs (la version filmée de Jean-Christophe Averty par exemple) existaient... A noter aussi la présence d'une édition 5.1 dont on questionnera l'utilité l'album n'ayant pas été enregistré pour cette technologie.

     Vous l'aurez compris, cette édition Deluxe n'est pas essentielle. Elle fera avant tout plaisir aux fans mais peut aussi constituer une opportunité supplémentaire pour ceux qui n'auraient pas encore plongé dans l'univers si particulier de ce chef d'œuvre de le découvrir dans des conditions optimales.


CD 1:
l'album
1. Melody 7:34
2. Ballade de Melody Nelson 2:00
3. Valse de Melody 1:32
4. Ah ! Melody 1:46
5. L'hôtel particulier 4:08
6. En Melody 3:27
7. Cargo culte 7:37

CD 2:
les sessions de Melody Nelson
1. Melody (prise complète) 9:25
2. Ballade de Melody Nelson (prise voix alternative) 2:07
3. Valse De Melody (prise voix alternative) 1:39
4. Ah ! Melody (prise voix alternative) 1:54
5. Melody Lit Babar (version chantée) 1:03
6. Melody Lit Babar (version instrumentale) 1:11
7. L'Hôtel Particulier (prise complète, voix alternative) 5:10
8. En Melody (version violon électrique, solo complet) 3:39
9. Cargo Culte (version instrumentale) 7:44


Musiciens
Serge Gainsbourg : chant, composition, textes
Jane Birkin : voix
Alan Parker : guitare électrique
Dave Richmond, Herbie Flowers : basse
Dougie Wright (présumé) : batterie
Georges Barboteu : cor solo (piste 4)
Jean-Luc Ponty : violon solo (piste 6)
Jean-Claude Vannier : piano, orgue, harmonium, timbales
Jeunesses musicales de France : chœur

Production
Composition, orchestration, direction musicale : Jean-Claude Vannier
Prise de son guitare, basse, batterie : Marble Arch, Londres (21-23 avril 1971)
Prise de son cordes et voix : Jean-Claude Charvier
Assistant : Rémy Aucharles
Production : Jean-Claude Desmarty
Mastering : Jean-Marie Guérin
Réédition : Jean-Yves Billet

vendredi 9 mai 2014

[Une semaine en 1971] Emeute émouvante

Sly & the Family Stone "There's a Riot Goin' On" (1971)
ou "Revolution Funk"


     Mai 1971 Marvin Gaye sort son chef d'œuvre absolu, What's Going On, album politique dont les notes d'espoir sont sans aucun doute influencées par le positivisme humaniste de Martin Luther King. Même pas une demi-année plus tard, Sly Stone, un tout autre genre d'animal, semble lui répondre, Malcolm X musical du Luther Gaye, There's a riot goin' on. Lucide, le gars.
 
     Et bouillant album de rupture ou la contestation joyeuse de Stand! se mue en colère sourde. Parce qu'en ces seventies commençantes, Sly n'est plus tout à fait le même, et l'Amérique plus tout à fait la même non plus.
     Parce que, dans l'Amérique des années 70, les luttes sociales, raciales et sociétales ne se sont pas éteintes, elles ne font, de fait, que se radicaliser à mesure que les différents camps s'organisent, idéologiquement comme matériellement, et parce que Sly commence à sérieusement souffrir des addictions qui l'éloigneront petit à petit des spotlights, et d'enregistrements de qualité. Mais nous n'en sommes pas là, Sly et son collectif multiracial sont toujours une fantastique machine à groover avec le poing dressé et la menton haut, apanage d'une jeunesse ne se suffisant pas d'un ordre établi claustrophobe. Ca nous donne un album notablement plus sombre, plus extrême même quand il se frotte à des thèmes plus frivoles, véhiculant la violence de la résignation comme peu réussirent à le faire. Un album évidemment doté de quelques immortels aux premiers desquels on citera le blues languissant Just Like a Baby, la soul presque naturaliste de Family Affair (un beau concurrent pour les tubes de Stevie Wonder de la même époque), le jammy et délicieux Africa Talks to You et ses inclinaisons gospel post-Woodstock, le léger et délicat (You Caught Me) Smilin' essentiel comme l'un des rares rais de lumière de la galette, ou l'adaptation réussie de Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) en funk lent et lourd qu'est Thank You for Talkin' to Me Africa.  Mais ce ne sont que quelques exemples d'une galette sans faux-pas, égale en qualité à l'essentiel Stand!, autre pinacle du funk "sly-stonien".

     Album admirablement de son temps à la mise en son sourde et organique (faut aimer les basses !), There's a Riot Goin' On restera hélas l'ultime coup d'éclat de Sly et de sa famille complètement stone, dommage ! Dommage parce qu'avec Funkadelic/Parliament, Gil Scott-Heron et quelques autres, Sly Stone représentait un possible d'une black musique intelligente et concernée par le monde qui l'entoure transcendant les communautés et les genres avec un naturel et une classe qu'on aimerait rencontrer plus souvent. Raison de plus pour ne pas bouder son plaisir en plongeant ou replongeant dans ce furieux bain sonique, et encore moins dans cette édition remasterisée définitive rendant enfin justice à l'édition de cire noire originelle. Impeccable, quoi !


1. Luv n' Haight 4:01
2. Just Like a Baby 5:12
3. Poet 3:01
4. Family Affair 3:06
5. Africa Talks to You 'The Asphalt Jungle' 8:45
6. There's a Riot Goin' On 0:00
7. Brave & Strong 3:28
8. (You Caught Me) Smilin' 2:53
9. Time 3:03
10. Spaced Cowboy 3:57
11. Runnin' Away 2:51
12. Thank You for Talkin' to Me Africa 7:14
Bonus
13. Runnin' Away (mono single version) 2:44
14. My Gorilla Is My Butler (instrumental) 3:11
15. Do You Know What? (instrumental) 7:16
16. That's Pretty Clean" (instrumental) 4:12


Sly Stone – arrangements, drums, drum programming, keyboard programming, synthesizers, guitar, bass, keyboards, vocals
Larry Graham – bass, backing vocals
Greg Errico, Gerry Gibson – drums
Bobby Womack, Freddie Stone, Ike Turner – guitar
Billy Preston – keyboards
Jerry Martini – tenor saxophone
Cynthia Robinson – trumpet
Rose Stone – vocals, keyboards
Vet Stewart, Elva "Tiny" Mouton, Mary McCreary (aka Little Sister) – backing vocals

jeudi 8 mai 2014

[Une semaine en 1971] Les Immanquables (10/11)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un  album (ou deux aujourd'hui) de mon année de naissance : 1971. Enjoie !

Little Feat "Little Feat" (1971)
ou "My Little Weird America"


     Si vous cherchez une bonne raison de porter aux nues le Little Feat de Lowell George, rien n'est plus simple, il vous suffit de vous reporter à leur tout premier et éponyme album, pas le plus connu, pas le mieux vendu, pas le plus représentatif non plus mais, cornegidouille !, quelle galette !
 
     Et on commence, comme il se doit, par remercier Frank Zappa sans qui rien n'aurait été possible s'il n'avait eu la bonne idée de démanteler ses Mothers of Invention laissant Lowell George et Roy Estrada sur le bord de la route, pas pour longtemps.
     Il ne faudra pas longtemps aux deux amis pour lancer leur nouveau projet, Little Feat, en compléter le line-up et en enregistré l'opus inaugural qui nous intéresse présentement. Un opus assurément alien dans la discographie du combo, moins funky, radio friendly dirait-on si elle avait jamais eu l'occasion de passer à la radio en son temps. Un album marqué par un songwriting de qualité très supérieure et un style qu'on qualifiera de classic roots rock où les influences blues, folk, country et pop s'allient pour le meilleur soit 11 chansons mélodiquement très réussies, aux paroles souvent marquées par une étrangeté que l'ancien employeur d'Estrada et George ne renierait pas. Un album qui a dû pas mal faire fantasmer Mick et Keith (de "qui-vous-savez") dans sa capacité à appréhender des racines musicales évidemment nord-américaines pour les faire leurs.

     Comme en plus, l'album est aptement mis en son, possède quelques guests désormais légendaires (Ry Cooder sur deux titres dont l'extraordinaire Willin' destiné à devenir un classique, excusez du peu), et résiste admirablement à des années d'écoutes répétées, il n'en faut pas plus cour le considérer, en continuant à pester contre sa frustrante brièveté (33 minutes !), comme un immanquable de toute discothèque rock qui se respecte, tout simplement !


1. Snakes on Everything 3:04
2. Strawberry Flats 2:20
3. Truck Stop Girl 2:32
4. Brides of Jesus 3:20
5. Willin' 2:24
6. Hamburger Midnight 2:30
7. Forty-Four Blues / How Many More Years 6:25
8. Crack in Your Door 2:16
9. I've Been the One 2:20
10. Takin' My Time 3:45
11. Crazy Captain Gunboat Willie 1:55
vous pouvez écouter des extraits de l'album ICI


Lowell George - vocals, lead, rhythm and slide guitars, harmonica
Richard Hayward - drums, backing vocals
Bill Payne - piano, keyboards, vocals
Roy Estrada - bass, backing vocals
&
Russ Titelman
- percussion, backing vocals, piano on "I've Been The One"
Ry Cooder - slide guitar on "Willin'" and "Forty Four Blues / How Many More Years"
Sneaky Pete Kleinow - pedal steel on "I've Been The One"


David Bowie "Hunky Dory" (1971)
ou "Premier coup d'éclat"

     Hunky Dory a beau être le, déjà !, 4ème album de David Bowie, c'est une avancée décisive dans une carrière qui peine à combler les rêves de gloire d'un jeune auteur, compositeur, interprète et multi-instrumentiste plein de talent mais n'ayant pas encore à son catalogue une collection aussi intouchable artistiquement parlant que commercialement gorgée de tubes imparables... Jusqu'à Hunky Dory, donc.

     On peut attribuer, outre le hasard cosmique qui fait se rencontrer un artiste et sa muse, le succès de l'entreprise à une équipe et d'abord à un groupe - avec le guitariste /co-arrangeur Mick Ronson et le batteur Mick Woodmansey déjà présents sur The Man Who Sold The World, le récemment disparu (21 mai 2013) Trevor Bolder à la basse et à la trompette, et le revenant Yes-man Rick Wakeman (déjà aperçu sur Space Oddity où il mélotronisait à merveille le morceau éponyme) au piano - mais aussi un producteur, Ken Scott, transfuge des studios Abbey Road présentement résident des studios Trident qui suivra Bowie jusque Pin Ups (soit 4 albums consécutifs), avant que Bowie ne prenne lui-même les choses en main pour Young Americans. Historiquement, l'association, moins Wakeman, se cristallisera sous le nom des Spiders from Mars dès l'album suivant, le fameux Ziggy Stardust, avec le résultat qu'on connait... C'est dire si Bowie tient là une fine équipe !
     Mais, évidemment, refrain connu, sans bonnes chansons tout ceci serait vain et, pour le coup, alors que ses précédents long-jeux de David, pour recommandables furent-ils, étaient marqués du sceau de l'inconsistance, de l'irrégularité, Hunky Dory est une collection sans faille menée qu'elle est par les deux tubes absolument imparables et immortels que sont Changes et Life on Mars?. Ces deux là n'étant plus, vous en conviendrez, à présenter nous nous intéresserons aux autres, malchanceux petits moments de grâce n'ayant pas connu les spotlights et les charts alors qu'ils les méritaient autant ! On citera naturellement un Oh! You Pretty Things totalement addictif que ce soit pour sa mélodie de chant, sa partie de piano (jouée par Wakeman) et son démarrage glam pop du refrain... Succulent ! et merveilleusement enchaîné à un Eight Line Poem, jazz/blues transitoire où Ronson brille par sa retenue et son feeling. La suite ne vient jamais démentir l'exceptionnel niveau que ce soit sur le jazz pop Kooks (qui m'a toujours fait l'impression de finir trop vite tant il est bon), Quicksand avec ses crescendos divins et ses relents de Dylan folk et de Beatles orchestral, Fill Your Heart avec sa préciosité et ses arrangements gentiment surannés, petite bulle de nostalgie joyeuse (si, si !), Andy Warhol avec son intro bizarroïde et le folk quasi-Kinksien qui suit... Bref, arrêtons là l'énumération... Il suffit de dire que les trois qui restent ne déparent pas du lot, que tout y est (très) bon et fonctionne magnifiquement en cohérence (une première chez David). Certes, ce n'est pas encore tout à fait le Bowie rock, on s'en approche sur Queen Bitch ceci dit, qui ravira son monde dès l'année suivante avec l'album que vous savez mais, quelle inspiration, quelle maîtrise, quel pied !

     Pas vraiment par hasard, l'album décrochera le premier numéro 1 de David Bowie en sa natale Angleterre, marquera le décollage de la carrière du même outre-Atlantique... Et ce n'est que justice parce que David Bowie a tout bon sur Hunky Dory et a pondu sa première Grande Œuvre, une galette imparable, signe d'un artiste dont l'état de grâce ne fait alors que commencer. Décisif, je vous dis !


1. Changes 3:37
2. Oh ! You Pretty Things 3:12
3. Eight Line Poem 2:55
4. Life on Mars? 3:54
5. Kooks 2:53
6. Quicksand 5:07
7. Fill Your Heart 3:07
8. Andy Warhol 3:56
9. Song for Bob Dylan 4:12
10. Queen Bitch 3:18
11. The Bewlay Brothers 5:22
vous pouvez écouter des extraits de l'album ICI


David Bowie - chant, guitare, saxo, piano
Mick Ronson - guitare, chant, mellotron
Trevor Bolder - basse, trompette
Woody Woodmansey - batterie
Rick Wakeman - piano

mercredi 7 mai 2014

[Une semaine en 1971] Afrobeat Power

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !

Fela Kuti "Open & Close" (1971)
ou "Revolution... with grooves!"


     Point besoin de survendre le mythe Fela, bien d'autres s'en sont chargés. De fait, il est impossible, quand on évoque l'explosion de la musique sub-saharienne à la face du Monde de ne pas évoquer le phénomène nigérian et, ce faisant, de ne pas entériner son importance planétaire.
 
     Présentement, nous sommes en 1971 et Fela Anikulapo Kuti n'est pas encore la star absolue d'un genre dont il est le créateur, l'afrobeat, où se fusionnent tribalismes africains, improvisations jazzées et grooves funk implacables. Un véhicule idéal pour ses justes revendications, les louables colères se trouvant ainsi contrebalancées par un background sonique festif et bigarré lors de longues pièces invitant autant l'auditeur à une transe mystique qu'à une levée de bouclier contre toutes les injustices de ce bas-monde. Et donc, en 1971, la formule, pensée depuis la courte expatriation ghanéenne de Kuti, est bien établie, rodée même et d'une extrême efficacité avec un groupe qui se trouve sans se chercher duquel on chantera, en particulier, les louanges d'un extraordinaire sax ténor du nom d'Igo Chico. En contexte, dans l'anglais simplifié qu'il a choisi pour rassembler le plus de peuples africains possible, c'est l'étendard d'un continent mal traité, exploité dont Fela se fait le porte-parole. Et on écoute, et on comprend, même 40 et quelques années après, parce que, fondamentalement, rien n'a malheureusement vraiment changé...
 
     C'est dire si la musique de Fela Kuti reste d'une vibrante actualité. Et comme, en plus, musicalement, la chose n'a absolument pas perdu de son intérêt (historique tant que musical), il n'y a pas vraiment à hésiter pour conseiller un early-Fela de très belle qualité.


1. Open & Close 14:55
2. Swegbe and Pako [Part 1 & 2] 12:30
3. Gbagada Gbagda Gbogodo Gbogodo 9:19


Tony Allen - batterie
Igo Chico - saxophone ténor
Lekan Animashaun - saxophone baryton
Henry Koffi - congas
Tony Njoku - trompette
Tutu Shoronmu - guitare
Ohiri Akigbe - guitare
Ayo Azenabor - basse
Akwesi Korrantin - congas
Tony Kupoliyi - congas
James Abayomi - percussions
Isaac Olaleye - shekere
Fela Kuti - saxophone, claviers, chant

mardi 6 mai 2014

[Une semaine en 1971] Matching Molle

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !

Soft Machine "Fourth" (1971)
ou "Trop allé 3"


     Connaissez-vous le plus grand défaut de Fourth, quatrième album de jazzeux progressifs de Soft Machine ? C'est de suivre un Third légendaire, et rien plus que ça, j'vous jure ! Il faut dire que succéder à un des meilleurs albums de free jazz de tous les temps (hé oui !) tient de la mission impossible. Et pourtant, quel album, ce Fourth !
 
     A tort, à mon avis, du fait de leur origine dans la Canterbury Scene, on assimile souvent la formation à l'explosion fusion/prog-fusion de la première moitié des années 70 où il voisineraient alors Mahavishnu Orchestra, Weather Report, Return to Forever et compagnie. Oui mais non, parce que les influences palpables, évidentes de Dean, Wyatt, Hopper et Ratledge tendent plus, nettement plus même !, vers John Coltrane, Ornette Coleman, Pharoah Sanders ou Albert Ayler soit une sorte de Who's Who du jazz 60s qui ose se jouer des structures et des mélodies dans ce que beaucoup considèrent encore comme un chaos nonsensique, les pauvres !
     Or donc, sur ce Fourth, encore plus que sur Third où c'était pourtant déjà bien présent, Soft Machine apparaît comme un jazz band, quelque part entre hard bop et free avec un soupçon de fusion, c'est d'époque ! Sur l'album proprement dit, dans le canon des 7 premiers des divins angliches, on le situera comme celui de la plénitude, d'une formation enfin, semble-t' il, installée dans un panorama stablement confortable où chacun s'épanouit instrumentalement et où le tout (l'ensemble des performances sur le substrat compositionnel) satisfait pleinement sans, il est vrai, plus vraiment surprendre. L'album où la trajectoire musicale empruntée par ses protagonistes devait fatalement amener Soft Machine, très loin des douceurs psychédélico-progressives de leur tout premier opus donc, un sacré voyage !
     Concrètement, album plus ramassé que son devancier, il propose des compositions plus courtes, plus structurées aussi qui ne manquent pourtant pas de la folie nécessaire à la réussite de pareille entreprise jazzistique. La face A, composée de 3 compositions indépendantes les unes des autres, vaut son pesant de cacahuètes en particulier pour un Teeth mordant (!) et mélodique, et un Fletcher's Blemish qui adorera vous vriller les neurones de ses exactions dignes des plus barjotants passage du Black Saint and the Sinner Lady de Mingus, diantre !, sans en avoir tout à fait la classe tout de même. La face B, décomposée en 4 pistes, propose la suite Virtually qui, malgré quelques petites longueurs, balade "agréablement" l'auditeur dans des paysages tour à tour orageux, accidentés, paradisiaques ou carrément zen (ce final !), une réussite signée Hugh Hopper, son compositeur.
 
     Robert Wyatt, mécontent de la direction musicale prise par la formation, quittera bientôt le navire qui n'en coulera pas pour autant sortant encore quelques jolis albums avec un line-up en perpétuel mouvement. Ainsi, sur Fourth, se conclut l'aventure du "premier" Soft Machine, ou du moins, étant entendu que les changements de personnel n'ont pas attendu le nombre des années, la constitution référentielle des "canterburiens". Un final en beauté dont certains ont critiqué la captation sonore clinique, froide, défaut que je peine à entrevoir sur ce remaster de 2007. Recommandé, donc.


1. Teeth 9:15
2. Kings and Queens 5:02
3. Fletcher's Blemish 4:35
4. Virtually Part 1 5:16
5. Virtually Part 2 7:09
6. Virtually Part 3 4:33
7. Virtually Part 4 3:23


Hugh Hopper – bass guitar
Mike Ratledge – Lowrey organ, Hohner piano
Robert Wyatt – drums
Elton Dean – alto saxophone, saxello
&
Roy Babbington – double bass (1,3,4,6)
Mark Charig – cornet (2,3,4)
Nick Evans – trombone (1,2,4)
Jimmy Hastings – alto flute (6), bass clarinet (1,6)
Alan Skidmore – tenor saxophone (1,6)

lundi 5 mai 2014

[Une semaine en 1971] Devoir de Mémoire (16)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !

Gil Scott-Heron "Pieces of a Man" (1971)
ou "Révolution Poétique"


     L'information a des airs de secret bien gardé, il faudra la répéter jusqu'à ce qu'elle rentre : Gil Scott-Heron est un homme dont on mésestime l'importance artistique, dont on oublie trop souvent l'énorme influence et l'avant-gardisme stylistique.
 
     C'est encore plus évident à l'écoute de son tout premier album studio, Pieces of a Man, qui bénéficie d'un luxe instrumental et d'arrangements qui manquaient à sa première apparition discographique, le live A New Black Poet, Small Talk at 125th & Lenox, pour qu'on y vit autre chose qu'un "beat happening" black power. Important, certes, mais un peu "dry" et donc pas forcément la porte d'entrée la plus aisée dans l'univers de l'artiste (mais largement assez pour qu'on y revienne vite après, tenez-le vous pour dit).
     Toujours produit par Bob Thiele (un temps patron de la fameuse maison Impulse! et présentement de Flying Dutchman, sa propre structure qui accueille justement l'album), ce long-jeu se démarque plus que par son cadre "privé", l'adjonction de celui qui deviendra le partenaire essentiel des plus belles années de Gil, le pianiste et flûtiste Brian Jackson, déjà auteur de plus de la moitié des titres avec le Maître de Cérémonie. Comme on dit, ces deux-là se sont trouvés et c'est un compagnonnage plus que musical, étant entendu qu'un Scott-Heron capable de composer seul les quatre premiers titres du présent album n'a besoin de personne pour concocter une chanson de la mort, qui les unira jusqu'au début des années 80. Et qui commence fort parce qu'il n'y a quasiment que du classique dans cette brûlante galette de jazz/funk proto-hip-hop revendicatrice et révoltée. A commencer par l'iconique The Revolution Will Not Be Televised, premier rap de l'histoire de la Black Music ou pas loin, et chanson irrésistible qui plus est. La suite ne démentira pas cette tonitruante entrée en matière, d'un optimiste et paisible (une presque anomalie dans la carrière du tourmenté Scott-Heron) Save the Children, du bel hommage à deux grandes figures du jazz sur Lady Day and John Coltrane, d'un poignant et autobiographique Home Is Where the Hatred Is, d'un bondissant et upbeat When You Are Who You Are, d'un introspectif et gracieux Pieces of a Man, à un The Prisoner à l'imparable intensité dramatique, c'est un festin de tous les moments pour qui apprécie une musique mariant Jazz, Funk, Soul et Blues avec une classe et un naturel tout bonnement confondants , et une belle équipe de musiciens pour véhiculer tout ça.
 
     43 ans après sa sortie, Pieces of a Man demeure un album universellement acclamé... Par tous ceux qui le connaissent. Aussi vous enjoins-je à vitre rejoindre le troupeau, pour une fois que vous n'y serez pas qu'un mouton de Panurge. Recommandé ? Un peu plus que ça encore, essentiel !


1. The Revolution Will Not Be Televised 2:59
2. Save the Children 4:55
3. Lady Day and John Coltrane 3:10
4. Home Is Where the Hatred Is 3:15
5. When You Are Who You Are 3:01
6. I Think I'll Call It Morning 3:45
7. Pieces of a Man 4:22
8. A Sign of the Ages 4:05
9. Or Down You Fall 3:08
10. The Needle's Eye 4:01
11. The Prisoner 8:39


Gil Scott-Heron - guitar, piano, vocals
Johnny Pate - conductor
Brian Jackson - piano
Ron Carter - bass
Pretty Purdie - drums
Burt Jones - electric guitar
Hubert Laws - flute, saxophone

dimanche 4 mai 2014

France Dimanche (5), ProgWeek 7

 Albert Marcoeur naît le 12/12/1947 à Dijon.

Auteur-compositeur-interprète, arrangeur et multi-instrumentiste, ce grand amateur de free-jazz et admirateur de Frank Zappa émerge dans les années 1975 à 1980 grâce à des disques (Armes et cycles, 1978) et à des concerts au style inclassable, riches en ruptures de ton et de rythme, et à l'humour iconoclaste.
 
Trop original peut-être, il ne parvient pas à dépasser le statut d'artiste avant-gardiste. Les musiciens de Kapak sa formation des années 1970, Patrice Tison à la guitare électrique, Pascal Arroyo à la basse et François Bréant aux claviers, deviennent ensuite les musiciens de Bernard Lavilliers.
 
En 1975 il travaille aux arrangements des albums Mireille et Anticyclone de Dick Annegarn. Il s'éloigne petit à petit du système et se consacre à des spectacles et des albums riches en expérimentations, Sports et Percussions en 1994 ou Travaux Pratiques en 2008. (source, Les Rémouleurs)
 

Albert Marcoeur "Album à Colorier" (1976)
ou "de A à Z(appa)"


     Depuis les débuts de sa carrière, Albert Marcoeur est un rigolo patenté et un expérimentateur tous azimuts... Il n'en fallait pas plus pour le voir labélisé "Frank Zappa français" ce qui, sans être totalement faux, est tout de même fort réducteur. Ce qu'à fort bien compris la chronique parue en 2003 sur l'excellent webzine Guts of Darkness :

     "Pour son deuxième album, Albert Marcoeur officialise la constitution d'un réel groupe tout autour de lui, chose qui lui donne plus d'assurance et de poids, et qui se traduit par un départ en trombe tributaire de ce nouvel état de fait. Pour le reste, si les mélodies faussement décalées du genre de celles qui illuminaient des titres comme "Simone" ou "Appalderie" semblent avoir quitté le navire, exception faite peut-être malgré tout du superbe instrumental "Doctorine", son côté absurde demeure, lui, bien intact et transparaît plus qu'autrefois au travers de textes complètement allumés. C'est qu'"Album à Colorier" a, par bien des aspects, les contours d'un album de chansons française, c'est à dire, avant toutes choses, de chansons. Songez aux débuts de Jacques Higelin, les contrepetries tardives de Bashung en plus. Et quelque chose de Captain Beefheart aussi quand même, si, si ("Là-D'dans"). En arrière plan, la musique paraît s'être revêtie d'une certaine gravité ("Le Fugitif"), notamment par le jeu des instruments à vents au travers desquels toutes les émotions passent, du solennel au tragique, du dépressif au guilleret, quand elle n'est pas aussi imbibée d'une certaine tristesse ("Le Père Grimoire"). Toujours touchant de par son approche presqu'enfantine ("La Cueillette des Noix", "Elle était belle"), cette naïveté de bon aloi est un des aspects indéfectibles de son univers (la jolie conclusion de l'album qu'est la berceuse déguisée "Ouvre-toi"). En résumé, on dira qu'en deux ans de temps, Albert Marcoeur a déjà appris à canaliser cette inventivité débridée pour la mettre au service d'un format plus populaire, non pas dans l'optique de devenir plus consensuel mais bien pour justement se détourner des conventions. Court mais dense, tout comme son premier album et son troisième, "Armes & Cycles", "Album à Colorier" est uniquement disponible à la vente sur le site officiel d'Albert Marcoeur."
 
     Essentiel, donc. Vous savez ce qu'il vous reste à faire !
 

1. Monsieur Lépousse 1:19
2. Le fugitif 3:16
3. Le nécessaire à chaussures 1:53
4. Le père Grimoire 3:31
5. Doctorine 2:57
6. Le jus d'abricot 2:31
7. La cueillette des noix 3:47
8. Elle était belle 3:34
9. Fermez la porte 1:29
10. Là-d'dans 4:28
11. Ouvre-toi 2:10


Albert Marcoeur - Clarinet, Sax, Piano, Drums, Vocals
Christian Leroux - Guitars
Pascal Arroyo - Bass
Claude Marcoeur - Drums, Sax
Gérard Nouvel - Flugelhorn, Trumpet, Melodion
Pierre Vermeire - Clarinet, Bass, Trombone, Guitar, Pipeau, Cornemuse
Gérard Marcoeur - Percussion, Drums, Balafon
Denis Brély - Bassoon, Pipeau
Francois Lasalle - Sax, Flute, Pipeau
Monique Lorillard, Francoise Noirot - Voices
Michel Cousin - Bandonéon
Francoise Ovide - Guitar
Francois Bréant - Piano
Marc Duconseille - Sax
Les enfants de Sébécourt - Choir


Albert Marcoeur "Armes et Cycles" (1979)
ou "Etrangeté Manufacturée"


     Armes et Cycles ou la suite des aventures inattendues d'Albert Marcoeur, artisan de la chanson française d'avant-garde, arrive trois longue années après le très réussi Album à Colorier, une petite éternité pour, finalement, une formule assez similaire.  Encore une fois, je cède la place au bienveillant chroniqueur de chez Guts of Darkness ayant eu la bonne idée d'écrite sur Albert :

     "Sur "Armes & Cycles", dernier disque à paraître dans ces folles années soixante-dix avant un long silence, Albert Marcoeur n'en demeure pas moins toujours aussi accro du détail, et c'est précisément ici qu'il va trouver l'équilibre le plus adéquat et le plus convainquant entre l'exubérance de son premier essai et le lyrisme parfois quelque peu redondant du second. N'abandonnant pas pour autant le format chanson, les parties instrumentales sont toutefois nettement plus mises en valeurs ici, mention spéciale au guitariste François Ovide que l'on n'avait pas remarqué jusqu'ici et pour lequel Marcoeur taille des espaces propice à l'expression libre ("La Dame qui est Assise à Côté de Moi", "Histoire d'Offrir"). L'ensemble sonne plus que jamais rock et la compétence de son groupe dépassera de loin le cadre limitatif franco-français ; soutenu par Fred Frith (Henry Cow, Art Bears), et au bout du compte réclamé par Lars Hollmer que Denis Brély finira par rejoindre au sein de Von Zamla. La folie sous-jacente s'exprime plus que jamais à tous les niveaux, mais l'on perçoit très clairement une maturation de l'écriture et une recherche d'équilibre dans l'harmonie, ou la désharmonie, des instruments, comme sur le final de "Emploi du Temps" ou encore les indescriptibles "Linge Sale" et "Ampoule Grillée" d'où pleuvent des colliers de notes plus belles les unes que les autres, quelque part dans un croisement fantasmé entre Soft Machine et Gentle Giant. L'enchaînement quasi instantané entre tous les titres confère au disque une dynamique exaltante, elle-même boostée par un programme musical qui va s'abreuver à la source des musiques nouvelles pour se retrouver en symbiose totale avec elles, à la manière de "Son Sac" et ses motifs à répétition. Nous sommes en 1979 et Albert Marcoeur est effectivement bien en phase avec la scène d'avant-garde de l'époque, dite "Rock in Opposition", de Aksak Maboul à Art Bears, et ce sans jamais en avoir réellement fait partie. Un grand disque, mais aussi un grand bonhomme."
 
     Essentiel itou, une écoute est très fortement recommandée, suivie de plein d'autres, évidemment !


1. Ici 2:36
2. Emploi du temps 3:25
3. La dame qui est assise à côté de moi 5:21
4. Linge sale 2:12
5. Histoire d'offrir 3:35
6. Ampoulle grillée 1:34
7. Réveil 1:24
8. Son sac 6:20
9. Micheline 3:30
10. Bonjour Monsieur Monsieur 4:35


Albert Marcoeur - Sax, Clarinet, Piano, Drums, Pipeau, Vocals
Pierre Vermeire - Sax, Clarinet, Cello, Guimbarde, Trombone, Saxhorn, Vocals
Denis Brély - Sax, Oboe, Bassoon, Vocals
Francois Ovide - Guitars, Piano, Vocals
Jaques Garret - Guitars, Bass, Cello, Harmonica, Vocals
Claude Marcoeur - Drums, Xylophone, Vocals
Gérard Marcoeur - Percussion, Pipeau, Gongs, Melodion, Xylophone, Accordeon, Piano, Vocals
Jaqueline Thibault - Organ

samedi 3 mai 2014

ProgWeek 6, Au Sommet de la Seconde Vague

La vague punk aurait décimé le rock progressif ? A voir le regain du genre dans la première moitié des années 80, on peut sérieusement en douter. Rien qu'en Angleterre, on citera IQ, Pendragon, Twelfth Night, Quasar, Pallas, Solstice, et évidemment Marillion, leader incontesté de ce qu'on appelle désormais le néo-prog, auquel nous allons plus précisément nous intéresser.

Marillion "Recital of the Script" (1983/2009)
ou "Live Débutant"


     Après la sortie d'un premier album couronné d'un succès tant critique que commercial, Marillion, un des fondateurs du mouvement dit Néo-Prog, tourna sans relâche devant des audiences de plus en plus nombreuses, de plus en plus enthousiastes à mesure qu'elle faisaient pleinement connaissance avec l'animal à cinq têtes.
 
     Il faut dire que, dans la mouvance qui nous intéressent, de IQ à Pallas en passant par Twelfth Night ou Pendragon, les atouts ne manquent pas à une formation étant parvenue à recycler un glorieux passé sans paraître se repaître de la carcasse faisandée d'un dinosaure déchu. Certes, il y a moult influences identifiables (Genesis, Yes, Pink Floyd, Camel) heureusement tempérées par la forte personnalité du quintet et, en tout premier lieu, de leur géant frontman, Derek William Dick aka Fish.
     Sur le live proprement dit, capté le 18 avril 1983 au fameux Hammersmith Odeon, on dira que le son y est brut de décoffrage, à la limite du bootleg, ce qui n'enlève rien à la prestation du combo et, donc, à la joie de retrouver la formation dans sa prime jeunesse, débordante d'énergie et d'enthousiasme. On notera aussi que Marillion est présentement toujours handicapé par un batteur, maillon faible évident d'un ensemble intrumental sinon cohérent de qualité, Mick Pointer, qui se fera d'ailleurs bientôt éjecter et ne retrouvera quelques lambeaux de gloire que bien des années après, en 1995, au sein du groupe qu'il mène depuis conjointement au claviériste de Pendragon, Clive Nolan, j'ai nommé Arena. Mais retour au live où tous les classiques d'alors s'égrènent devant un public audiblement conquis par, en vrac, le lyrisme délicat (Script for a Jester's Tear, Chelsea Monday), la violence émotionnelle (He Knows You Know, Forgotten Sons) ou la portée épique évidente (Grendel) d'une formation modernisant intelligemment les canons du rock progressif d'avant, des glorieuses 70s.

     En l'espèce, Recital of the Script, jadis une captation vidéo uniquement ici bonussée dans sa remasterisation audio, est un excellent reflet de ce qu'il est désormais convenu d'appeler le neo-prog, une musique dérivative qui sait se rendre presque essentielle quand elle est jouée par une formation inspirée et pleine de vitalité comme l'est le Marillion commençant. 


CD 1
1. Script for a Jester's Tear 8:46
2. Garden Party 7:15
3. Three Boats Down From The Candy 7:44
4. The Web 12:00
5. Charting The Single 6:18
6. Chelsea Monday 7:48

CD2
7. He Knows You Know 6:17
8. Forgotten Sons 14:17
9. Market Square Heroes 8:05
10. Grendel 18:54


Fish - vocals
Steve Rothery - guitars
Mark Kelly - keyboards
Pete Trewavas - bass
Mick Pointer - drums


Marillion "Live from Loreley" (1987/2009)
ou "Live Triomphant"


     Ils ne le savent pas encore mais les gars de Marillion se tiennent au bord du précipice quand ils enregistrent, le 18 juillet 1987, au festival de Loreley en République Fédérale d'Allemangne. Quelques mois plus tard, leur leader emblématique, le grand chanteur écossais au pseudonyme aquatique, les quittera sans crier gare, au sommet de leur gloire.
 
     Pour le moment, les cinq d'Aylesbury triomphent, remplissant aisément des salles de plus en plus grandes, de plus en plus pleines, d'un public de plus en plus enthousiaste. Il faut dire qu'avec quatre albums sous la ceinture, un essor commercial qui ne semble pas se démentir depuis 1985 et l'album aux deux tubes, Misplaced Childhood, un "signature sound" désormais bien établi, basiquement du rock progressif mélodique et accrocheur revu et corrigé à l'aulne de la décennie de sa création, et des prestations live rondement menées par leur charismatique frontman, Fish, Marillion est triomphant et il n'y a, à priori, aucune raison que ça s'arrête.
     Concernant la présente captation, préalablement uniquement disponible en version vidéo, on notera qu'elle donne la part belle aux dernier opus en date de la formation, Clutching at Straws dont pas moins de 7 titres sont joués. Sur 18, ça laisse suffisamment de place pour quelques vieux classiques bien sentis (Assassing, Script for a Jester's Tear, Market Square Heroes, etc.) sans évidemment oublier les deux tubes précités (Kayleigh et Lavender, soit Marillion à son plus 80s pop) dans une prestation tout en puissance et en contrôle. Parce que depuis quelques années qu'ils pratiquent intensément l'exercice scénique, et à la grâce d'un line-up bouclé depuis 1984 par l'adjonction d'un batteur vraiment au niveau en remplacement du limité Mick Pointer (Ian Mosley, auparavant aperçu aux côtés de Steve Hackett, excusez du peu !), Marillion sont devenus de grands professionnels sans pour autant y perdre de leur énergie. Parfait, quoi
     Sur la qualité de la captation proprement dite, propre et claire, on n'aura pas grand chose à dire si ce n'est qu'elle rend parfaitement compte des concerts de Marillion de cette tournée, avec choriste !, bien mieux que le live officiel d'époque, The Thieving Magpie, qui saucissonnait plusieurs prestations pour n'en faire qu'une, méthode d'autant plus discutable que le répertoire était aussi puisé dans leur tournée précédente. Pour l'unité de ton et e son, on a vu mieux, comme ce Live from Loreley du coup fort utile.

     Un très bon groupe, une belle set-list... Un live particulièrement recommandé aux amateurs du genre.
 

CD 1
1. Slainte Mhath 5:14
2. Assassing 7:07
3. Script For A Jester's Tear 9:45
4. White Russian 6:48
5. Incubus 9:21
6. Sugar Mice 6:34
7. Fugazi 8:23

CD 2
1. Hotel Hobbies 4:1
2. Warm Wet Circles 4:19
3. That Time Of The Night (The Short Straw) 6:03
4. Kayleigh 4:22
5. Lavender 2:38
6. Bitter Suite 7:39
7. Heart Of Lothian 4:24
8. The Last Straw 6:23
9. Incommunicado 6:13
10. Garden Party 7:13
11. Market Square Heroes 11:32


Fish - vocals
Steve Rothery - guitars
Mark Kelly - keyboards
Pete Trewavas - bass
Ian Mosley - drums
&
Cori Josias - backing vocals


Marillion "The Singles '82-88'" (2009)
ou "Boîte à Délices"


     Il était sorti quelques années plus tôt en 12 CDs distincts, soit le nombre de singles sortis par Marillion lors de la première phase de leur carrière, de 1982 à 1988, avec le chanteur écossais Derek William Dick alias Fish.
 
     L'objet était sympathique mais un peu onéreux, mais à tout de même fini par être épuisée par une horde de fans complétistes.
Et donc, en 2009, sans doute avec comme seule idée en tête de faire rentrer quelque pesos supplémentaires dans la caisse, EMI eut la bonne idée de rééditer l'objet, cette fois sur 3 rondelles argentées bien suffisantes à l'amateur de musique mais ultimement frustrantes pour le fétichiste de l'objet. Et il est vrai qu'il a moins de gueule comme ça, le coffret, mais tout y est, des versions singles aux juteuses faces B, des remix bidons (peu nombreux, heureusement) aux live de qualité, tout !
 
     Et tout, concrètement, c'est une belle somme déjà : 45 titres, certains en plusieurs version, près de quatre heures de musique accompagnés d'un livret sommaire situant l'origine de chaque piste. Pas un festin design, un festin musical que le fan de néo-prog en général et celui de Marillion en particulier se doit de ne pas manquer, tout simplement.


CD 1
1. Market Square Heroes 4:20
2. Three Boats Down From The Candy (1997 Digital Remaster) 4:31
3. Grendel 17:17
4. He Knows You Know (Edited 7" Version) 3:32
5. Charting The Single 4:53
6. He Knows You Know (Edited 12" Version) 5:08
7. Garden Party (Edited Version) 4:33
8. Margaret (Live Edit) 4:12
9. Garden Party 7:17
10. Charting The Single (Live At The Hammersmith Odeon 18/4/83) 6:39
11. Margaret (Live) 12:23
12. Punch and Judy (7" Version) 3:20

CD 2
1. Market Square Heroes (Re-recorded Version; Edit) 4:01
2. Three Boats Down From The Candy (Re-recorded Version) 4:02
3. Market Square Heroes (Re-recorded Version) 4:49
4. Assassing (7" Version) 3:39
5. Cinderella Search (7" Version) 4:24
6. Assassing 7:03
7. Cinderella Search (12" Version) 5:31
8. Kayleigh (Single Edit) 3:37
9. Lady Nina (Single Edit) 3:44
10. Kayleigh (Alternative Mix) 4:07
11. Kayleigh 4:04
12. Lady Nina 5:48
13. Lavender 3:40
14. Freaks 4:06
15. Lavender Blue 4:22
16. Heart Of Lothian 3:38
17. Chelsea Monday (Live In The Netherlands) 7:23

CD 3
1. Heart Of Lothian (Extended Mix) 5:44
2. Incommunicado (Edit) 3:59
3. Going Under 2:45
4. Incommunicado 5:15
5. Incommunicado (Alternative Version) 5:58
6. Sugar Mice 5:49
7. Tux On 5:13
8. Sugar Mice (Radio Edit) 5:02
9. Sugar Mice (Extended Version) 6:12
10. Warm Wet Circles (7" Remix) 4:26
11. White Russian (Live In Germany) 7:20
12. Incommunicado (Live In Germany) 5:29
13. Freaks (Live In Germany) 4:12
14. Kayleigh (Live In London) 4:08
15. Childhood's End? (Live In London) 2:51
16. White Feather (Live In London) 4:20


Fish - vocals
Steve Rothery - guitars
Mark Kelly - keyboards
Pete Trewavas - bass
Ian Mosley - drums
Mick Pointer - drums (82-83)
John 'Martyr' Marter – drums (83)
Jonathan Mover – drums (83–84)

vendredi 2 mai 2014

ProgWeek 5, Le meilleur et le pire

Revivalisme éhonté ou réel progressisme moderne ? Création ou recyclage ? Telle est la question du jour avec deux formations actuelles devant beaucoup au passé.

El Doom & the Born Electric "El Doom & the Born Electric" (2012)
ou "Prog d'Aujourd'hui (Le Meilleur)"


     Fondé par l'ex-Thulsa Doom Ole Petter Andreasson, aka El Doom, El Doom & the Born Electric joue ce qu'il est convenu d'appeler une version actuelle du Heavy Prog de la fin des années 60 et des années 70. Pas tout à fait incohérent quand on sait que Thulsa Doom donnait dans un stoner héritier des grands Kyuss qui s'y entendaient pour faire progresser leur son.
 
     Dans le contexte de son nouveau projet, Ole Petter Andreasson conserve la lourdeur trippante et groovy de Thulsa Doom la supplémentant d'Hammond baveux et de structures encore moins définies qui lui donne un air de jam session  proto-prog comme on n'a plus beaucoup l'occasion d'en entendre, c'est dommage. Parce que l'effet est là, et on est d'emblée séduit par un Fire Don't Know aussi sombre et heavy qu'un Black Sabbath acoquiné d'un Jethro Tull débarrassé de ses oripeaux folkisants. It's Electric qui suit, construit sur le même modèle de couplets calmes, de refrain explosif et de soli débridés et psychédélisants en encore plus rapide et tranchant, mais aussi progressif par la grâce d'un souffle épique absolument communicatif et maîtrisé que, pour le coup, on rapprochera plus de Blue Öyster Cult copulant avec Pink Floyd.  Et si vous vous attendez à être, plus loin, saisi par une belle ballade tire-larmes, vous repasserez parce que même sur The Lights, le titre se rapprochant le plus du format, El Doom & the Born Electric continue de surfer sur une musique évidemment électrique, toujours trippée, évoquant parfois Deep Purple, parfois le Quicksilver Messenger Service, Arthur Brown et son Crazy World et sans doute d'autres selon la culture musicale de chacun sans jamais, petit miracle d'une écriture intemporelle et d'une production puissamment moderne, paraître daté. Parce que si, indéniablement, leur musique est sous influences, icelles sont suffisamment mêlées, digérées, réarrangées pour créer un tout original, identitaire.

     D'un autre temps et pourtant absolument actuel, l'éponyme d'El Doom & the Born Electric est une jolie surprise sans vrai faux-pas, sans remplissage qui saura ravir les amateurs de rock lourd et libre. Recommandé.


1. Fire Don´t Know 9:35
2. It´s Electric 7:50
3. With Full Force 6:16
4. The Hook 5:57
5. The Lights 5:49
6. Subtle as a Shithouse 7:02
7. Red Flag 11:18


Ole Petter Andreassen - guitars, vocals, percussion
Brynjar Takle Ohr - guitars
Hedvig Mollestad Thomassen - guitars, Hammond
Haavard Takle Ohr - drums
&
Nicolai Eilertsen - bass
Ståle Storløkken - Hammond
Mikael Lindquist - Hammond
Jon Eberson - Guitars


The Samurai of Prog "Undercover" (2011)
ou "Prog d'Aujourdhui (Le "Pire")"


     Quand un bassiste italien épris de rock progressif relocalisé en Finlande s'entoure de musiciens du cru, ainsi que de nombreux invités, partageant son obsession pour s'amuser à reprendre quelques grands classiques du répertoire, ça donne The Samurai of Prog et leur premier opus, le bien nommé Undercover.

     Sur le papier, on se dit, pourquoi pas d'autant qu'il y a de jolis noms parmi les guests réunies par le trio récurrent. Et l'intro pianistique dérivée du Lamia de Genesis irait presque jusqu'à renforcer l'impression qu'on tient peut-être là un album de reprises enfin satisfaisant de créativité ce qui, dans le rock progressif, est aussi dur à dénicher qu'une fontaine Wallace au milieu du désert du Sahara.. L'illusion dure 2 minutes et 8 secondes, elle s'évanouit dès la reprise proprement dite (The Lamia, vous suivez ?) correcte copie carbone d'une splendeur une fois encore inégalée. Bon, il y  quelques détails instrumentaux qui divergent (et dix verges c'est beaucoup comme dirait Desproges) mais point assez pour donner quelque légitimité que ce soit à la version du trio au-delà d'un amusant jeu des 7 erreurs. Pour Starship Troopers de Yes, c'est un peu mieux avec une conclusion revue pour l'occasion et plutôt bien troussée sur une reprise sinon d'autant plus confondante de ressemblance que le trio y invite un presque clone et quasi-homonyme de Jon Anderson, Jon Davison, pas mal donc, amusant sans doute, mais guère plus. La suite est à l'avenant, avec certaines surprises plus goûteuses que d'autres (Jerusalem d'ELP plus qu'Assassing de Marillion particulièrement maltraité et d'ailleurs étrangement inclus au milieu de la cohorte seventies). Alors oui, il y a une vraie belle maîtrise instrumentale de tous les participants, et l'écoute n'est jamais vraiment désagréable mais bon, voilà, quel intérêt quand les originaux sont facilement disponibles ? Pas la seconde partie de l'album, après le silencieux interlude "Zap" proposant les reprises des compositions (les meilleures, suppose-t-on) de formations des années soixante-dix desquelles le bassiste et leader, Marco Bernard, faisait partie quant il vivait encore en Italie. Y est proposé un rock progressif assez typique de son époque et de son origine mais loin d'égaler les gloires d'alors, de New Trolls à PFM, accessoire donc.

     Undercover est-il mauvais ? Même pas ! Anecdotique tout au plus, un machin qu'on ramassera volontiers dans un bac solde par pure curiosité et qu'on rangera sur l'étagère où il prendra longtemps la poussière...


1. Before the Lamia 2:08
2. The Lamia 7:22
3. Starship Trooper 10:27
4. World of Adventures 9:47
5. Assassing 7:06
6. Gravitá 9.81 2:25
7. Jerusalem 2:44
8. Dogs 11:49
9. The Promise 8:09
10. ...Zap 0:10
11. Resistor: Stranger 3:52
12. Costa & Mariotti: Blood Sacrifice 4:52
13. Roz Vitalis: Asylum 4:06
14. Contrarian: Prisoner of the World 2:55


Marco Bernard - bass
Steve Unruh - vocals, guitars, flute, violin
Kimmo Pörsti - drums, percussion
&
Anita Aronen
- harp
Thomas Berglund - guitars
Guy Le Blanc - keyboards
Akos Bogati-Bokor - guitars, vocals
Srdjan Brankovich - guitars
Alfio Costa - Mellotron
Jon Davison - vocals
Jaan Jaanson - guitars
David Myers - piano
Esa Lehtinen - flute
Zoltan Kolumban - bass
Michael Manring - bass
Richard Marichal - keyboards
Jonas Reingold - bass
Risto Salmi - saxophones
Eduardo Garcia Saluena - keyboards
Elina Sipilä - cello
Virginia Splendore - stick
Roine Stolt - guitars
Jan-Olof Strandberg - bass
Stefano Vicarelli - keyboards
Resistor
Costa & Mariotti
Roz Vitalis
Contrarian

jeudi 1 mai 2014

Les Immanquables (8/9): ProgWeek 4

Il en fallait bien deux, et deux qui ne vont pas ensemble mais décrivent finalement bien les différentes facettes que le rock progressif des années 70 était capable de prendre. Les sages avec leur petites constructions sympho-pop, les agités avec leur prog libre de flirter avec le jazz, le reggae et même le punk. Deux albums séparés de quelques mois mais de tout un monde tout en appartenant à la même scène ? C'est aussi ça la richesse du rock progressif.

Supertramp "Even in the Quietest Moments" (1977)
ou "Un Clochard aux Habits d'Etoiles"


     Détenant l'honneur discutable d'être un des plus "pop oriented" des groupes rock progressifs et assimilés des années 70 - en compagnie de Barclay James Harvest, de l'Electric Light Orchestra de Jeff Lynne et de quelques autres à l'actuelle réputation moins glorieuse (qui se souvient du teutonique Eloy pour autre chose qu'une pochette aperçue dans un bac "soldes" poussiéreux d'un disquaire d'occasion) -,  Supertramp n'a jamais eu vraiment bonne presse, malgré des albums aussi magistralement réussis que Crime of the Century (1974, le plus universellement reconnu), Breakfast in America (1979, sommet commercial doté d'une enfilade de tubes irrésistibles à en faire pâlir d'envie plus d'un) ou, puisque c'est celui qui présentement nous intéresse, Even in the Quietest Moments.
 
     Qui sort pile-poil au mauvais moment dans leur Angleterre natale. Pensez, 1977, les Clash, les Pistols, les Damned... et Supertramp. Cherchez l'intrus. Mais c'est aussi une année où Yes place son Going for the One en tête des charts britanniques pour deux semaines, comme Queen, et où Abba peut être considéré comme le triomphateur avec une pluie de tubes et un album (Arrival) qui se vent comme des petits pains chauds à une foule affamée. Ceci dit pour relativiser le choc punk qui balança tout à en croire une certaine presse. Je pouffe.
     Dans le canon de leur œuvre, c'est l'album de la relance après un Crisis? What Crisis? n'ayant pas reconduit l'exploit de Crime of the Century. Cette fois, Hogson, Davies & Cie ont retenu la leçon, fait briller leurs instruments et confectionné un délice d'album progressif accessible, mélodique ne manquant pourtant pas d'ambition. Ou d'un sens mélodique imparable, caractéristique devenue la trademark du groupe, comme démontré dès le tubesque Give a Little Bit d'ouverture, "bête" chanson pop à la mélodie s'imprimant immédiatement dans le cortex de l'auditeur, qu'il le veuille ou pas d'ailleurs. Infectieux. Et pourtant loin d'être le sommet d'un album où l'on retrouve des titres comme le magistral Fool's Ouverture et ses 11 minutes pour preuve que le rock progressif peut être mélodique et abordable à tous sans perdre une once de son ambition et construire de précieuses  mini-symphonies sans étalage d'une aptitude instrumentale virtuose, parce que si ces musiciens sont indéniablement doués ils sont surtout au service de la composition, de la mélodie, ça fait la différence. Et pas seulement sur Fool's Ouverture mais sur l'ensemble de l'opus qui bénéficie des talents de plume et de gorge complémentaires de Davies et Hogson, le jazzy soul popster et l'elfe prog/folk pour caricaturer (à peine), mais évidemment aussi de la capacité de l'ensemble du groupe, John Helliwell et son saxophone si important à l'identité sonore de Supertramp et la section rythmique discrète et efficace composée de la paire Bob Siebenberg et Dougie Thompson. à habiter, enluminer chaque instant de faconde mélodique de leur experte retenue, de leur simple grâce. Tout ceci fait d'Even in the Quietest Moments un œuvre... Tenez, ce n'est pas compliqué, au bout du compte, évoquer les highlights de l'album revient à en énumérer la tracklist... Carrément !
     Concernant la présente édition (remaster 2002), sur laquelle de nombreuses critiques ont été formulées comme quoi ce serait trop "loud" pour se conformer au goût supposé du public actuel, on dira que s'il y a en effet un peu de ça (mais pas dans la proportion excessive qui rendrait l'album écoutable de saturation), il y a aussi, surtout !, une clarté, une largeur sonore nouvellement trouvée permettant de jouir de chaque instant imprimé sur la petite galette argentée. Satisfaisant.

     En sachant remiser quelque tentative de prétention que ce soit, en se focalisant avant tout sur leurs compositions Supertramp est parvenu à se tracer un chemin qui, 30 ans après leur petite mort (le départ de Roger Hogson après lequel plus rien ne sera vraiment pareil), continue d'habiter les ondes nostalgisantes de moult station radio, et à vendre du best of en veux-tu en voilà. Et si cette persistance médiatique et commerciale ne leur alloua pas beaucoup d'amis dans la presse musicale, dans une certaine intelligentsia du bon goût musical du moment, elle leur apportât une gloire et un retentissement populaire toujours pas démenti qui, qui plus est, à l'écoute aléatoire d'un de leurs plus fameux opus (cet Even in the Quietest Moment, par exemple), sont largement mérités. 


1. Give a Little Bit 4:13
2. Lover Boy 6:49
3. Even in the Quietest Moments 6:31
4. Downstream 4:04
5. Babaji 4:51
6. From Now On 6:21
7. Fool's Overture 10:52


Rick Davies – keyboards, vocals
John Helliwell – saxophones, vocals, clarinet, melodica on "From Now On"
Roger Hodgson – guitars, keyboards, vocals
Bob Siebenberg – percussion, drums
Dougie Thomson – bass
&
Gary Mielke
– Oberheim programming


Van der Graaf Generator "World Record" (1976)
ou "le bonheur est au bout du chemin"


     Dans la riche discographie des progueux de Van der Graaf Generator, il y a un album qui a une place tout à fait à part dans mon cœur d'amoureux de la musique. Peut-être parce qu'il fut mon premier, peut-être parce qu'il pousse les limites du son de VdGG encore un peu plus loin, aussi... Voici World Record !
 
     Je sais que beaucoup considèrent ce chapitre final de la trilogie commencée avec Godbluff et Still Life comme un album presque mineur dans la prodigieuse carrière du groupe, avis que je me permets de ne pas partager et je m'en vais immédiatement vous expliquer pourquoi :
     1 - 5 compositions, 5 bombes !
Du presque punkoïde When She Comes (écoutez donc la rage du chant d'Hammill !) au quasi-grégorien Wondering (une cathédrale de prog ou du prog de cathédrale) qui clos l'album en passant par le groovy/jazzy sorties de routes incluses et contrôlées A Place to Survive ou l'épique, fleuve et souvent surprenant Meurglys III et ses 21 minutes, c'est un festin de tous les instants. Allez, si vous me poussez, j'avouerais aimer un tout petit peu moins Masks qui reste cependant une excellent composition.
     2 - Une démarche unique
Nous ne sommes ni dans les explorations quasi-symphoniques d'un Yes, ni dans la précision clinico-technique d'un King Crimson, et encore moins dans la galaxie proggopopiste Génésienne. Non ! VdGG s'impose comme un esprit libre ce qui valut au groupe - alors que détruire du dinosaure était à la mode - le respect des punks originels et de toutes les jeunes pousses « up and coming » qui suivent depuis et ont croisé la route de ces vaillants hallucinés. Vraiment, VdGG est un cas unique... Un peu au prog ce que Motörhead est au metal, un truc qui dépasse les clivages et les intérêts boutiquiers. Avec, en supplément de luxe, la plume si fine d'Hammill, un des plus grands paroliers de langue anglaise, osons !
     3 - Un remaster de qualité
Ni trop loud (vous savez, trop de basse, trop de volume) ni trop nettoyé - on reste dans l'esprit de la production d'origine - World Record se présente dans une version optimisée. Le son est clair mais reste rugueux (c'est un peu la trademark du groupe avec l'orgue épais et le sax écorché), et ne souffre pas d'une digitalisation qui lui aurait fait perdre sa chaleur... Juste ce qui convient à pareille musique. Et deux bonus, du John Peel Show, où VdGG apparaît comme la formation transitoire idéale (et même prospective) entre ce rock d'hier et ce son de demain que professe alors le fameux DJ, en pleine explosion punk.
 
     Vous l'aurez compris, si vous ne connaissez pas encore cet album ou si vous l'aviez démis un peu hâtivement, je vous exhorte de lui redonner sa chance, le bonheur est au bout du chemin !
 
 
1. When She Comes 8:02
2. A Place to Survive 10:05
3. Masks 7:01
4. Meurglys III (The Songwriter's Guild) 20:50
5. Wondering 6:33
bonus tracks
BBC Radio One "The John Peel Show", 11 November 1976
6. When She Comes 8:13
7. Masks 7:23


Peter Hammill: chant, guitare, piano
Hugh Banton: orgue, bass pedals, basse, mellotron, piano
Guy Evans: batterie, percussions
David Jackson: saxophone, flute