mardi 16 septembre 2014

Tout en délicatesse ?!

Un peu de brutalité dans un monde de fiottes ! Ou plutôt, un peu de délicatesse sous des atours de brutes ? Un théma qui ne choisit pas. A vous de voir...
 
...TOUT EN DELICATESSE ?!
Power Trio 
Eric McFadden Trio "Delicate Thing" (2008)
ou "Groovin' Hard!"

Vous ne le croirez peut-être pas mais Delicate Thing est le 11ème album du guitariste et chanteur américain Eric McFadden ! Qui connaît le bonhomme ? Pas grand monde, hélas. Aussi, étant évident qu'il est des injustices qu'on se doit de réparer, il n'est que temps de parler d'un mec qui impose un certain respect.
Son influence de base ? Hendrix ! Comme beaucoup d'autre vous me direz sauf que lui poussa le bouchon jusqu'à appeler son premier projet The Eric McFadden Experience. Faut quand même avoir de sacrées cojones pour oser le rapprochement nominal, une certaine confiance dans ses possibilités aussi. Parce que McFadden est, évidemment, plus qu'un clone de Jimi. Instrumentiste versatile autant à son aise dans le blues, le hard, la funk, le flamenco et même la musique tzigane, il possède une large palette, et une bonne grosse dose de ce feeling, hérité d'années 70 auxquelles on le relie naturellement, qui sépare les cafards des aigles.
Présentement, le registre, s'il garde cette indéniable variété, est au rock franc, dur dirait-on. Un rock forcément toujours métissé de pastilles de fantaisie, épice essentiel, contribution stylistique sans laquelle l'album eût été nettement moins intéressant. Et donc, ça groove à en décrocher la hanche plastoc de tata Ginette, ça rocke maousse à en décoller le dentier de tonton Emile. Des titres qui sortent du (beau) lot ? Delicate Thing et True Disbeliever aux atours flamenco-rock, un Been So High court et intense entre blues et grunge, Want Me Too qui louvoie vers chez Muse, l'instrumental surfant Ride qui ferait les choux gras d'un certain Quentin cinématographique, la  ballade seventisante Are You Happy Now et son solo de contrebasse à l'archet. Quelques exemples, en fait, d'un album varié et cohérent.
Vous ne connaissez pas Eric McFadden ? Vous devriez, et Delicate Thing est un bon point de départ alors n'hésitez plus, tentez l'expérience McFadden, vous ne le regretterez pas.

1. Delicate Thing 4:09
2. Catch A Liar 4:47
3. One Bad Reason 4:44
4. Been So High 2:01
5. If I Ever Die 3:03
6. Want Me Too 4:50
7. Ride 3:04
8. Another Day (In A World Betrayed) 3:55
9. Are You Happy Now 4:35
10. True Disbeliever 4:26
11. Lie To Me 4:29
12. Bigger Piece Of You 5:06
13. Waiting For No One 1:25
14. Come To Me 9:12
15. Secret Thing 1:53

Eric McFadden - voice, guitar, mandolin
James Whiton - upright bass, voice
Jeff Cohen - drums
&
Paulo Baldi - drums (5, 8)
Mike Watt - bass guitar (5, 8)
Bernie Worrell - keyboards (12)
Kevin Meagher - backing vocals (8)
Gary Wertz - backing vocals (2, 10)


L'incompris
Echobrain "Echobrain" (2002)
ou "Jason's ladder"

Que se passe-t-il quand un bassiste quitte un groupe mondialement connu ? Non, moins simple... Que se passe-t-il quand un bassiste, fatigué de n'avoir pas le droit de s'exprimer en dehors de la sphère limitative de la formation pour laquelle il joue, exclusivement donc, ayant fomenté une petite rébellion qui se finira en divorce (plus ou moins) amiable, sort le premier album de sa création ? On l'attend au tournant, bien sûr.
Mais de façon bienveillante parce que, fondamentalement, il est universellement reconnu que Jason Newsted est un mec cool, un mec qui insufflait un vrai supplément d'âme et d'énergie aux performances live de Metallica, qui sont entièrement fautifs dans le divorce, et dans la cata St Anger qui suivit, forcément.
Et donc, voici Echobrain. On aimerait dire qu'on en est fou, de cet album... Mais, voilà quoi, le petit Jason n'a pas l'air de bien savoir ce qu'il veut, où il veut aller. Il touche parfois presque au but avec du rock solide ZZ Topant sur les bords (Highway 44), mais c'est à peu près tout. Enfin, ça c'est si vous attendiez que Newsted, qui présentement démarre un nouveau projet accompagné de deux jeunes gars dont il a fait la connaissance quelques années plus tôt, vienne vous lécher les arpions avec les flammes de l'enfer d'un metal référencé. Or ce n'est absolument pas ça. 
Fondamentalement plus power pop qu'autre chose, plus néo-psychedelia que néo-metal, plus Beatles que Korn, joué avec cœur et conviction et aucun calcul par le trio et ses invités (quelques solistes, le groupe n'en possédant pas vraiment dans ses rang, dont l'ancien compagnon de jeu, Kirk Hammett, et quelques instrumentistes complémentaires), c'est un album aussi surprenant que sympathique. Comme en plus les compositions fonctionnent toutes (oui, toutes !) que tout ceci est fort bien joué, arrangé avec goût et délicatesse, parfaitement mis en son (son à l'ancienne, précision et puissance moderne), il n'en faut pas plus pour joyeusement battre des nageoires de contentement et de pester furieusement contre l'injustice qui fit qu'Echobrain n'ait pas eu le succès qu'il méritait tant.
12 ans plus tard, une éternité, il est encore temps de rattraper la bévue et de faire un triomphe à une formation aussi éloignée d'illusoires attentes originelles que possible et devrait, donc, trouver son audience dans un public en recherche d'une sensibilité plus "poids léger" que qui vous savez. Recommandé !

1. Colder World 3:20
2. The Feeling Is Over 3:37
3. Spoonfed 4:46
4. Adrift 3:15
5. Keep Me Alive 3:49
6. Ghosts 3:50
7. Suckerpunch 5:36
8. Highway 44 4:16
9. I Drank You 3:08
10. Cryin' Shame/The Crazy Song 10:40

Dylan Donkin - vocals, guitar, piano
Brian Sagrafena - drums, percussion
Jason Newsted - bass
&
David Teie - cello, string arrangements
Jennifer Cline - viola
Jeremy Constant - violin
James Brett - keyboards
Kirk Hammett - guitar (Suckerpunch)
Jim Martin - guitar, spooned banjo (The Crazy Song)
Sophia - backing vocals (Colder World, Keeping Me Alive, Highway 44)
Adam Donkin - harmonica (I Drank You)


Desert Rock
Hermano "...Into the Exam Room" (2007)
ou "Frères de sueur"

Leur premier (mini) album avait proposé un stoner rock millésimé dans la droite lignée de l'ex-groupe de John Garcia, Kyuss. Leur second marquait un changement radical de ton et une direction rock plus basique, enjouée presque, qui en avait déçu plus d'un...
Into the Exam Room, troisième et dernier opus du "supergroupe" (un membre des Afghan Whigs et un d'Earshot s'additionnant à la star du genre qu'est Garcia, vocaliste de son état), est encore une nouvelle étape, celle qui nous laissait penser que le groupe avait enfin trouvé sa pleine identité, tirant le meilleur de deux autres galettes pour créer la troisième... Et de se séparer aussitôt ou, en tout cas, de ne plus donner signe d'activité depuis la tournée du présent album, justement.
Et quel dommage parce que, quel album ! Certes, on pourra se contenter des diverses exactions de John Garcia depuis,  que ce soit avec le Kyuss qui n'a pas le droit de dire son nom (Vista Chino) ou en solo, pour se remettre de cette disparition mais, tout de même... Parce que ce rock aux forts penchants stoner, tout en riffs et en mélodies bien trouvées, est un vrai délice où l'art de la nuance est, plus souvent qu'à son tour, utilisé, où les soli de six-cordes viennent rappeler un long héritage et pas seulement s'imposer comme une composante obligatoire du mix, où la section rythmique sait ne pilonner que quand il faut, groover la plupart du temps, et tenir solidement les performances vocales et guitaristiques. Des morceaux à vanter plus que d'autre ? Même pas. On admettra juste volontiers que c'est dans le plus léger, le plus psyché-blues, qu'Hermano épate le plus, mais comme il épate tout le temps...
Into the Exam Room, galette rondement menée et excellemment mise en son est simplement un excellent album à recommander à tous les amateurs de rock "qui en a"... Et on ne parle pas que d'attributs virils substantiels mais bien d'un petit supplément d'esprit qui fait la différence.
 
1. Kentucky 3:23
2. Exam Room 3:09
3. Dark Horse II 4:49
4. Left Side Bleeding 2:53
5. Out of Key, But in the Mood 4:30
6. Hard Working Wall 3:57
7. Bona-Fide 3:55
8. Don't Call Your Mama 4:19
9. Adoption Boy 2:43
10. At the Bar 4:43
11. Our Desert Homes 3:25
12. Letters from Madrid 1:56

John Garcia – vocals
Dandy Brown – bass
Mike Callahan – guitar
David Angstrom – guitar
Chris Leathers – drum kit


Un autre Doom...
Candlemass "Dactylis Glomerata", "From the 13th Sun" (1998/99)
ou "Psychédoomicus"

C'est l'autre Candlemass. Celui qui revient sur un concours de circonstance avec l'album le plus alien de sa discographie puis rapproche, sans l'abandonner donc, sa nouvelle formule à des atours plus classiquement doom. Deux albums différents, deux œuvres inspirées dans une carrière sinon intégralement dédiée à la lenteur et la lourdeur du riff la plus orthodoxe qui soit (Black Sabbath, sort de ce corps !).
Le premier album, le concours de circonstance, s'appelle Dactylis Glomerata (c'est une fleur, à laquelle Leif Edling, le bassiste/leader est allergique). A l'origine des compositions prévues pour un second album d'Abstrakt Algebra (le groupe de Leif post-split de Candlemass), il fut retravaillé et réenregistré sous la pression d'un label préférant l'assurance d'un nom bien établi au pari de miser sur l'aléatoire rejeton.
Est-ce-que ce qui n'étais pas prévu pour colle ? Oui et non. Oui parce qu'on retrouve une ambiance, une lourdeur, une majesté qui sont typiques des exactions du groupe. Non parce qu'avec de nombreuses digressions, des ajouts progressifs, psychédéliques et électroniques ainsi qu'une assez nette dé-métallisation des guitares, ce n'est plus tout à fait ce fier guerrier nordique pilonnant avec lenteur et application tout ce qui passe sur son chemin.
De fait, il y a quelque chose d'étrange dans ce Dactylis Glomerata, album audiblement conçu pour d'autres circonstances, grossièrement retapé "à la manière de..." mais qui, finalement, se refuse de faire ce qu'on lui dit.
Ca ne donne pas le meilleur album de la formation, pas leur pire non plus, juste une galette agréable si totalement alien, un possible vite effacé par un successeur possédant autant d'esprit et un peu plus de tradition.
Le successeur de Dactylis Glomerata est l'occasion, pour Candlemass, de recadrer le tir, de se rapprocher de l'identité historique du groupe sans tout à fait abandonner les acquis d'une expérience riche de sa différence.
Parce que From the 13th Sun, 7ème album de la formation depuis 1986 et le fondateur Epicus Doomicus Metallicus, est bien le digne successeur de son prédécesseur. Une relève qui a appris le langage de Candlemass mais qui, surtout !, fut conçu pour l'étiquette, le style et l'auditoire et sonne, du coup, nettement plus naturel.
Pourtant le line-up n'a pas beaucoup évolué. Partis les invités, partis Carl Westholm et ses synthétiseurs (sauf sur ARX/NG 891), la redéfinition stylistique est évidente et, sur la foi de la réussite de la galette, bienvenue. Ce n'est pas à dire qu'on tient là un retour au Candlemass classique, certainement pas ! Il y a encore de ces influences spatiales, progressives et psychédéliques qui jalonnaient Dactylis Glomerata, elle sont simplement mieux maîtrisées, plus naturellement imbriquées dans les penchants épiques du Doom Metal de la formation. C'est, du coup, une bonne petite claque sur le nez de tous ceux qui pensaient que Messiah Marcolin était un vocaliste indispensable, la performance de Björn Flodkvist bat en brèche l'assertion et le chanteur de l'occasion triomphe. Il faut dire qu'il est bien servi par une sélection de qualité bien supérieure à celle de 98. Et que l'influence tutélaire de Black Sabbath fait son tonitruant retour (Elephant Star, Blumma Apt, ARX/NG 891) et que les ambiances sont encore mieux maîtrisées (Cyclo-F, quelle tuerie ! Hawkwind n'a qu'à bien se tenir !).
Hélas, le retour de Candlemass fit long feu et From the 13th Sun n'eut pas de direct héritier. Il était écrit que le retour triomphal, cette courte période étant toujours considérée comme atypique, se ferait sous les auspices d'un epic doom on ne peut plus classique et avec Messiah Marcolin (reparti depuis mais donc plus si indispensable), et un album éponyme, pas moins !, pour bien marquer que c'est un vrai retour, du vrai groupe. Reste que From the 13th Sun, et à moindre degré Dactylis Glomerata, est une très réussie parenthèse, un reboot original et un album chaudement recommandé.

Dactylis Glomerata
1. Wiz 4:05
2. I Still See the Black 6:19
3. Dustflow 9:24
4. Cylinder 1:23
5. Karthago 6:38
6. Abstrakt Sun 6:40
7. Apathy 4:07
8. Lidocain God 3:31
9. Molotov 1:30
Bonus
10. Container 3:22
11. Thirst 4:50
Bonus Disc
Abstrakt Algebra II (1996)
1. 3rd Child from the Sun 4:05
2. Dustflow 7:59
3. Abstrakt Sun 6:52
4. Thirst 5:03
5. Bug Queen 3:47
6. Blue Wizard 4:19
7. Lidocain God 4:15
8. Cylinder 1:33
9. Enigma 4:10

From the 13th Sun
1. Droid 4:35
2. Tot 6:01
3. Elephant Star 4:54
4. Blumma Apt 5:23
5. ARX/NG 891 5:56
6. Zog 5:52
7. Galatea 4:49
8. Cyclo-F 9:18
9. Mythos 1:13
Bonus
10. Oil 4:43
11. Nimis 4:00
12. Rock 'n' Roll 2:22

Candlemass
Leif Edling – bass
Björn Flodkvist – vocals
Mats Ståhl – lead & rhythm guitar
Jejo Perkovic – drums
&
Carl Westholm
– Synthesizers on ARX/NG 891 and the whole of Dactylis Glomerata

Invités sur Dactylis Glometata
Ulf Edelönn - guitar (2)
Ian Haugland - drums (1, 2)
Patrick Instedt - guitar (3, 6, 8)
Mans P. Mansson - synthesizer, theremin (3)
Adam Axelsson - claypot, hare krishna stuff (7)
Jan Hellman - distorted electric upright bass (5)

Abstrakt Algebra
Leif Edling - Bass 
Jejo Perkovic - Drums 
Patrik Instedt - Guitars 
Carl Westholm - Keyboards 
Mats Levén - Vocals 
&
Sara Berg - vocals (5)
Mans P. Mansson - moog, theremin (2)
Jörgen Cremonese - additional guitars (2, 3)


Barré !
Fucked Up "Couple Tracks (Singles 2002-2009)" (2010)
ou "Canadian violence"

Fucked Up sont canadiens. Fucked Up sont énervés. Fucked Up sont productifs, aussi.
Couple Tracks est donc un généreux double cd proposant moult inédits, démos, et autres raretés sortis souvent confidentiellement voire carrément uniquement vendues lors d'un concert particulier.
On y retrouve le hardcore moderne, pas plus dénué d'humour que de finesse, d'un groupe qui n'a pas froid aux oreilles (ce qui vu les rigueurs climatiques...). 25 titres, 73 minutes (ça aurait pu tenir sur un simple, non ?), de la musique énervée mais pas macho pour deux sous, plus suédoise qu'américaine dans son approche m'accorderont les spécialistes, un hardcore qui fait aussi bien penser aux salves primitives de quelques fondateurs étatsuniens (Minor Threat, Negative Approach) qu'aux "originateurs" britanniques (The Damned surtout) et, bien sûr, à une toute canadienne définition de la finesse (Poison Idea, légendes locales). Mais il y a ce détachement, un machin que les suédois font vachement bien donc, la fille à la basse peut-être ?, qui positionne Fucked Up juste à côté du troupeau, maverick du grand nord et fier de l'être. Oldschool revival d'accord, mais pas figé.
Attention, ça reste du costaud, du qui martelle furieusement ses futs, du qui crie comme un possédé dans son micro, du qui ravage furieusement ses cordes à grand coup de médiator vengeur !, mais du costaud avec un cerveau, c'est ça la différence !
Et Couple Tracks au fait, ça vaut le coup ? Si vous avez déjà tout le reste du groupe c'est à ne pas rater, si vous ne les connaissez pas encore ça peut faire une belle introduction donc, oui, ça vaut le coup... avant la suite !

CD 1
1. No Pasaran 2:56
2. Neat Parts 2:06
3. Generation 3:33
4. Ban Violins 2:32
5. Dangerous Fumes 2:54
6. Triumph Of Life 6:00
7. Fixed Race 2:06
8. Toronto FC 4:37
9. Black Hats 5:22
10. David Christmas 4:31
11. No Epiphany (Fast Version) 3:14
12. Crooked Head (Video Edit) 3:32

CD 2
1. I Hate Summer 2:14
2. Teenage Problems 3:03
3. Carried Out To Sea (Demo Version) 2:41
4. Looking Back 1:19
5. Anorak City 1:59
6. I Don't Wanna Be Friends With You 1:45
7. Mustaa Lunta 2:16
8. Dream Come True 1:17
9. Magic Kingdom 1:47
10. Magic Word (Daytrotter Version) 3:05
11. Last Man Standing 4:19
12. He's So Frisky 1:18
13. David Comes To Life (Daytrotter Version) 2:51

Damian Abraham - vocals
Jonah Falco - guitar, drums
Mike Haliechuk - guitar
Ben Cook - guitar
Sandy Miranda - bass
Josh Zucker - guitar, chorus
 
...à jeudi !

samedi 13 septembre 2014

Live7, le théma qui joue vrai (Bonne nouvelle inside)

Du live messieurs dames, rien que du live ! Du bon, du frais, du millésimé, du légendaire et, même, du live en studio ! Si, si. Voici le théma de ce weekend prolongé... Et à mardi, donc !
 
Live7
les classiques
Alvin Lee "In Flight" (1974)
ou "J'ai plus dix ans !"

Il s'est séparé de "son" Ten Years After, a déjà produit un premier album solo mais enchaine, sans coup férir, avec un double live ! Il a un gros appétit, Mr. Alvin Lee, dans cette première moitié des années 70. Et sans doute la revancharde envie de faire redémarrer sa carrière après l'amère fin de sa formation historique.
Venons-en donc à l'objet et constatons, en premier lieu, que le machin est doté d'une pochette hautement douteuse, un truc qui, au mieux, fait rire, au pire, sert de repoussoir à l'acheteur potentiel.
Et c'est dommage parce que In Flight, toutefois pas exempt de défauts, est un bon live, d'un bon guitariste/chanteur alors épris de liberté, entouré d'un bon groupe qui alterne avec talent originaux et reprises "du répertoire". Et ce n'est pas plus compliqué que ça, en fait, un bon moment de rock'n'roll plein de vérité et de feeling, un petit morceau d'histoire sans conséquence mais pas sans plaisir. Parce que Lee est un vocaliste plus que compétent et, évidemment !, un guitariste aussi véloce que féroce, mais qui sait aussi mettre la pédale douce et tisser d'harmonieux soli. Parce que Mel Collins (King Crimson, Camel, Alan Parsons Project... passés ou futurs) n'est pas venu pour rien et renvoie volontiers l'ascenseur au patron. Parce que le reste de la formation, choristes compris, est solide et impliqué, dévoué à sa paire de solistes, aussi, n'essayant jamais de tirer la couverture à eux sans pour autant passer pour un discret backing band.
La captation ? Bonne, d'époque mais dans ce qui se faisait de mieux alors (1974). Et deux bonus de qualité pour rallonger le plaisir. Et une petite pensée pour Alvin qui nous a quitté il y a un an et demi déjà (mars 2013) ...beaucoup trop tôt.
 
CD 1
1. Got To Keep Moving 5:02
2. Going Through The Door 4:21
3. Don't Be Cruel 2:39
4. Money Honey 3:05
5. I'm Writing You A Letter 4:52
6. You Need Love Love Love 5:24
7. Freedom for the Stallion 6:26
8. Every Blues You've Ever Heard 5:24
9. All Life's Trials 2:59

CD 2
1. Intro 0:53
2. Let's Get Back 4:58
3. Ride My Train 4:14
4. There's a Feeling 4:02
5. Running Round 5:38
6. Mystery Train 4:42
7. Slow Down 3:38
8. Keep a Knockin' 2:14
9. How Many Times 2:04
10. I've Got Eyes For You Baby 3:36
11. I'm Writing You A Letter 4:18
Bonus
12. Somebody Callin' Me 6:26
13. Put It In A Box 8:06

Alvin Lee - lead vocals, lead guitar
Mel Collins - saxophones, flute
Neil Hubbard - rhythm guitar
Tim Hinkley - keyboards
Alan Spenner - bass
Ian Wallace - drums
Dyan Birch, Frank Collins, Paddie McHugh - backing vocals


Rainbow "On Stage" (1977)
ou "L'arc-en-pourpre en scène"

Parti en claquant la porte d'un Deep Purple qui s'orientait trop vers la black music, il n'aura pas fallu longtemps à Ritchie Blackmore pour rebondir avec Rainbow. Pour se faire, il réquisitionnera tout le line-up d'Elf (sauf le guitariste) qu'il virera dès la fin de la tournée du 1er album à l'exception - évidemment ! - de Ronnie James Dio.
C'est donc armé d'un nouvelle formation et prêt au combat que Ritchie sort le second album de son Rainbow bientôt suivi par la sortie qui nous intéresse: On Stage, un double live qui - pour avoir été allègrement retouché en studio (une habitude de l'époque) - conserve un feeling, une puissance et une cohérence tout simplement réjouissants.
Le son est donc bon mais ne serait rien sans la performance combinée des cinq fous furieux qui s'en donnent ici à caeur-joie sur une set-list faisant la part belle à l'improvisation. Ainsi, s'il ne comprend que 6 pistes, cet On Stage affiche tout de même un temps dépassant largement l'heure avec 4 pièces dépassant les 10 minutes. Evidemment, le boss et sa voix tirent plus particulièrement leur épingle du jeu ici. Ritchie parce qu'il est un vrai guitar-hero bourré de feeling capable d'enchainer folk, hard rock, blues sans la moindre hésitation ni faute de gout. Ronnie Dio parce que sa voix d'or se combine parfaitement à cette musique versatile et puissante. Les autres membres, quelque peu réduits au rôle d'accompagnateur, exécutent leur tâche avec précision, professionnalisme et talent mais comment eût-il pu en être autrement avec de telles pointures ?
Certains préfèreront sans doute les quelques "vrais lives" sortis depuis à ce On Stage retouché. Personnellement, je suis extrêmement attaché à cette œuvre où un grand groupe démontre toutes ses capacités et son immense classe. Indispensable.
(SUR LE "DELUXE")
Un concert en vrai live, sans retouche donc, qu'on peux juger finalement mineures sur la galette d'époque sur la foi de la présente performance. Un vrai live à la source contestée (le cd dit Osaka, les divers sites de référence penchent pour un Budokan). Un seul vrai bonus par rapport à la tracklist de l'On Stage originel, l'accessoire mais sympathique, parce qu'en l'occurrence particulièrement jammy, Do You Close Your Eyes...c'est tout de même peu. Et des versions sensiblement différentes d'autres, aussi, mais pas tant que ça finalement, preuve que le show était alors une machine bien rôdée. Un Deluxe surtout conseillé aux fans, donc.

CD 1
- Original Album
1. Intro: Over The Rainbow/Kill The King 5:32   
2. Medley: Man On The Silver Mountain/Blues/Starstruck 11:10
3. Catch The Rainbow 15:32
4. Mistreated (Live/1976) 13:03
5. Sixteenth Century Greensleeves 7:35
6. Still I'm Sad 11:00

CD 2
- Bonus: Live in Osaka, 1976
1. Kill The King 5:56
2. Mistreated 12:14
3. Sixteenth Century Greensleeves 8:23
4. Catch The Rainbow 18:15
5. Medley: Man On The Silver Mountain/Blues/Starstruck 16:22
6. Do You Close Your Eyes 10:32

Cozy Powell - Drums
Ritchie Blackmore - Guitars
Jimmy Bain - Bass
Tony Carey - Keyboards
Ronnie James Dio - Vocals


Ian Gillan Band "Live at the Budokan" (1977/78)
ou "Suite et fin"

Sans doute conscient qu'il ferme un chapitre de sa carrière «post-Purple», Ian Gillan sort son premier album live en tant que leader à part entière (et pas en solo, la nuance mérite d'être notée). C'est donc ainsi que se clôt la tentation expérimentale de l'Enfant du Temps qui, faute d'adoubement commercial, se repliera bientôt sur un terrain plus convenu.
A l'origine sorti en deux parties uniquement sur le territoire japonais (en 1977 et 1978) puis en double album vinyl au Royaume Uni en 1983 ou encore dans une première édition cd mondiale en 1989, ce live connut indéniablement un parcours chaotique. Tant et si bien qu'il aura fallu attendre la campagne de rééditions menée par Edsel pour enfin le découvrir dans l'ordre réel du concert et bonussée d'un My Baby Loves Me omis des précédentes éditions.
Enregistré au légendaire Budokan de Tokyo le 22 septembre 1977 (choix pas tout à fait innocent, l'enceinte ayant déjà été témoin d'un enregistrement devenu depuis légendaire, Made in Japan), Live at the Budokan s'assoit majoritairement sur le répertoire des 3 albums du Ian Gillan Band (Child in Time inclus puisque présenté dans une version similaire à celle proposée sur l'album du même nom). Les deux morceaux restants, provenant du répertoire du Pourpre Profond (Smoke on the Water et Woman from Tokyo), y sont joué nettement plus fidèlement et de façon tout à fait convaincante.
Ceux qui connaissent les trois albums studio du Ian Gillan Band ne seront pas surpris d'y retrouver un groupe voyageant sur les frontières du rock progressif, du jazz fusion et du hard rock. Indéniablement, les compositions des trois long-jeux n'étaient pas toujours satisfaisantes mais l'effort de renouvellement était louable, qui plus est, passé au filtre de la sélection live, on s'aperçoit qu'on est tout de même en présence d'un sacré groupe défendant de sacrés bons morceaux et mené par un sacré frontman.
Certes, par rapport aux standards modernes de prise de son, ce Live at the Budokan a des atours digne d'un bootleg d'assez bonne qualité seulement, ça ne surprendra pas les anciens mais risque de contrarier le plaisir de jeunes pousses plus habitués aux rutilantes captations désormais d'actualité. Ceux qui passeront l'obstacle - souhaitons qu'ils soient nombreux - pourront se délecter d'un vocaliste en belle forme accompagné d'un quatuor composé de tout sauf de branquignols qui sait mettre Gillan parfaitement en valeur sur une tracklist pas exempte de défauts mais terriblement attachante.

1. Clear Air Turbulence 12:07
2. My Baby Loves Me 8:11
3. Scarabus 4:56
4. Money Lender 10:52
5. Twin Exhausted 4:37
6. Over The Hill 8:26
7. Mercury High 4:48
8. Child In Time 9:54
9. Smoke On The Water 9:49
10. Woman From Tokyo 4:15

Ian Gillan - chant
Ray Fenwick - guitare, choeurs
John Gustafson - basse, choeurs
Colin Towns - claviers, choeurs
Mark Nauseef - batterie, percussions


les énervés
Magazine "The Complete John Peel Sessions" (2008)
ou "Peel the Pages"

Toutes les Peel Sessions de Magazine, quatre d'icelles de février 1978 à janvier 1980, courte phase qui vit tout de même le groupe de l'ex-Buzzcocks Howard Devoto, parti faire évoluer son âme punk dans de nouvelles directions, triompher artistiquement.
Les premières sessions (1978) : Etrangement, on ne retrouve ici que quelques références de leur premier album, Real Life, et pas leur tube, Shot by Both Sides, celui-là même qui leur assura même un passage au "fameux" Top of the Pops. Pour compenser, quelques titres (A et B-sides) moins connus d'au moins ceux qui n'en ont pas le remaster sont présents, tant mieux. Parce que ça permet de sortir des sentiers battus rajoutant, ce faisant, un sel particulier à des prestations qui n'en avaient pourtant pas vraiment bon soin (captation BBC, c'est pro, c'est net !).
Les dernières sessions (1979/80) : Magazine a sorti son second album, Secondhand Daylight, qui égale presque en qualité le premier, c'est dire s'il est bon ! Sans doute enthousiasmé par cette consistance, Peel les réinvite deux fois lors de cette période. Le groupe, toujours peu prompt à se plier aux dictats commerciaux, continue de proposer des prestations rares en titre "à promouvoir". Comme le matériel est bon et qu'ils le font bien, avec une belle énergie et une complète maîtrise, on ne boude pas son plaisir, manquerait plus qu'ça !
De belles sessions, donc, une vraie concurrence pour leur live de 1980 (Play) aussi. Par un groupe qui sait parfaitement où il va et produit le (post)punk le plus intéressant du moment (avec PIL, Wire, Pere Ubu, etc.). Preuve que cette musique primitive et colérique pouvait se muer en ambitieuse agression.

14-02-78
1. Touch And Go 2:50
2. The Light Pours Out Of Me 4:18
3. Real Life (Definitive Gaze) 4:02
4. My Mind Ain't So Open 2:05
24-07-78
5. Give Me Everything 4:18
6. Burst 4:31
7. I Love You You Big Dummy 3:45 
8. Boredom 2:57
08-05-79
9. TV Baby 3:34
10. Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) 3:53
11. Permafrost 5:45
07-01-80
12. A Song From Under The Floorboards 4:07
13. Twenty Years Ago 3:05
14. Look What Fear's Done To My Body (Because You're Frightened) 3:59
15. Model Worker 2:54

Howard Devoto - vocals
John McGeogh - guitar
Barry Adamson - bass
&
Martin Jackson
- drums (1-4)
Paul Spencer - drums (5-8)
John Doyle - drums (9-15)


Naked City "Naked City Live, Vol. 1: Knitting Factory 1989" (2002)
ou "Brutal Jazz Ha Ha Ha"

Du rire, du groove, de l'hommage, du bruit aussi. C'est, messieurs dames vous n'en reviendrez pas, tout ce que vous trouverez sur ce live des frapadingues de Naked City, entrez, n'ayez crainte !
Parce que John Zorn, Bill Frisell, Fred Frith et leurs amis ne veulent que votre bien, et tester la résistance de vos pauvres tympans, accessoirement. Un bien qui ressemble à s'y méprendre, hystérie du contexte live en plus, présentement, à celui qui nous avait été proposé sur un premier opus éponyme aujourd'hui légendaire.
La musique ? Tu prends des musiques de films référentielles, un amour immodéré du grindcore (ça dure pas longtemps mais, boudiou c'que ça claque !), de la surf music, du jazz aussi, en résumé d'un éclectisme fun et sans complexe où on passe allègrement de Morricone à Napalm Death en passant par Ornette Coleman et Ron Jeremy... j'exagère à peine ! Parce qu'avant tout, Naked City est fun, que ces musiciens souvent impliqués dans de la musique dite sérieuse n'ont en l'occurrence pour seule ambition que de tout faire péter, zygomatiques inclus.
Un beau programme, non ? Et en live en plus ! Y a plus à hésiter.

1. Batman 2:07
2. Latin Quarter 4:06
3. You Will Be Shot 1:24
4. Shot In The Dark 3:32
5. Skate Key 1:06
6. Erotico 5:24
7. Snagglepuss 2:09
8. I Want To Live 1:58
9. New York Flattop Box 0:44
10. Inside Straight 8:13
11. Chinatown 6:04
12. Igneous Ejaculation 0:22
13. Ujaku 0:31
14. Blood Duster 0:17
15. Hammerhead 0:12
16. Speedball 0:44
17. Obeah Man 0:19
18. Den Of Sins 1:19
19. Demon Sanctuary 0:56
20. The Way I Feel 10:37 

John Zorn: Saxophone alto, composition
Joey Baron: Batterie
Bill Frisell: Guitare
Fred Frith: Basse
Wayne Horwitz: Claviers


Le régional de l'étape
William Sheller "Parade au Cirque Royal" (2005)
ou "L'homme et l'orchestre"

Un live dé-hexagonalisé puisqu'enregistré au Cirque Royal de Bruxelles le 14 mars 2005, ce n'est pas si courant chez Monsieur Sheller qui, sorte de Woody Allen parisien, n'enregistre généralement ses live qu'en capitale.
Ca ne veut pas pour autant dire que le dépaysement est total. Pas de fine expérimentation, pas d'énorme changement de direction (voir Albion, un bon album, un gros échec), d'autant que, concert oblige, on a quand même envie de faire plaisir. Alors, avec des musiciens du cru, Sheller donne un récital de chanson "rockestrale" et "symphop" tout à fait dans la lignée d'Olympiade (mon favori), et du Live au Théâtre des Champs-Elysées, classique. Et une belle tracklist qui, 17 morceaux durant, nous entraîne dans l'histoire de la musique de William Sheller. Une sorte de best-of avec, en supplément irremplaçable, le cœur que met ce petit bonhomme dans chacune de ses apparitions scéniques.
Un peu routinier tout ça ? On va dire ça, parce qu'il est vrai que nous avons tous, nous qui suivons William, de nombreuses versions live et studio d'une majorité de ces chansons. Il est tout de même agréable de les apprécier dans un nouveau contexte, et d'y voir rajoutées de petites nouvelles qui en imposent ! Du bon Sheller, du Sheller.

1. Symphoman 5:54
2. Toutes Les Choses Qu'on Lui Donne 4:06
3. Nicolas 2:56
4. Fier Et Fou De Vous 3:03
5. Le Carnet A Spirale 2:08
6. Le Capitaine 4:15
7. Darjeeling 4:15   
8. Mon Hôtel 3:09  
9. J'en Avais Envie Aussi 3:35
10. Oh J'Cours Tout Seul 3:55
11. Un Homme Heureux 4:01
12. Les Filles De L'aurore 3:28
13. Indies (Les Millions De Singes) 4:24
14. Excalibur 6:25
15. Dans Un Vieux Rock'N'Roll 4:06
16. Rock'N'Dollars 2:44
17. Les Machines Absurdes 3:19

William Sheller - chant, piano
Nicolas Stevens - violon, chef d'orchestre
Laurent Ronveaux, Valérie Brusselle, Yan Bercu - violon
Eric Gerstmans, Marc Pipops - alto
Christelle Heinen, Jean-François Assy - violoncelle
André Kienes - contrebasse
Pierre Bernard - flûte
Gilles Demazières - basson
Geoffrey Guérin - cor
Michel Paré - trompette
Rhonny Ventat - saxophone
Grégory Demailly - clarinette
Alain Léonard - basse
Giovanni Rizzuto - guitare
Yves Balbay - batterie


hors catégorie
Free Creek "Music from Free Creek (1969/70)" (1973)
ou "Jam Sessions"

Du live en studio. De la jam ! Avec du beau monde ! Et un résultat un peu plus en dents de scie... Un disque d'époque, 1969/70 mais sorti qu'en 73, free love, etc.
C'est dans cet esprit communautariste du mélangeons-nous gaiement que fut élaboré la présente curiosité. Avec, donc, des Noms : Eric Clapton, Jeff Beck, Dr. John, Todd Rundgren, Keith Emerson, Harvey Mandel, Mitch Mitchell, Linda Ronstadt, tous des forces montantes des scènes rock brritanniques et étatsuniennes.
N'allez pas pour autant penser tenir là la bombe cachée, l'ultime tuerie d'un temps aujourd'hui révolu. Et puis, avec des noms pareils à l'affiche, le secret aurait été éventé depuis belle lurette. Non, Music from Free Creek est une affaire plus contrastée. Dans ses meilleurs moments, on part en grosse jam funk, blues, jazz et un peu rock aussi. Dans ses pires, on navigue pas loin d'une musique de salle d'attente de dentiste (en mieux bien sûr, et ça arrive quand même rarement mais vous voyez l'esprit, non ?). C'est en tout cas, quand l'inspiration prend le dessus, que les zicos balancent leur sauce avec un bon gros groove, que les soli s'empilent comme autant d'alléchants bonbecs dans la vitrine du boulanger de notre enfance, que ça joue, quoi !, un vrai bonheur certes fugace mais ô combien réjouissant. Preuves en sont les deux plus belles réussites, Cissy Strut avec l'excellente paire Beck/Rundgren et Getting Back to Molly avec Clapton et Dr. John, deux pépites de liberté inspirée.
Essentiel ce Music from Free Creek ? Si vous aimez la jam, le live qui ne dit pas son nom mais ne ment pas sur la forme, et les jeux de pistes qu'on se fait entre pote à deviner qui joue sur quoi, oui. Sinon ? Il est très sympa, avec souvent un petit air de Booker T and the MG's ou des JB's, j'vous jure !

1 Cissy Strut 4:24
2 Freedom Jazz Dance 3:37
3 Sympathy For the Devil 4:32
4 Mother Nature's Sun 1:52
5 Road Song 3:13
6 Lay Lady Lay 3:54
7 Hey Jude 4:20
8 He Darked the Sun 3:42
9 Earl's Shuffle 3:43
10 Getting Back to Molly 4:04
11 Cherrypicker 4:29
12 Kilpatrick's Disaster 2:40
13 Girl from Ipanema 2:15
14 No One Knows 3:49
15 Living Like a Fool 4:07
16 Working In A Coalmine 3:08
17 Big City Woman 5:34
18 On The Rebound 2:47

The Eric Clapton ("King Cool") Session
No One Knows
Guitar - Eric Clapton (as "King Cool")
Lead Vocal - Eric Mercury
Organ - Dr. John
Piano - Moogy Klingman
Bass - Stu Woods
Drums - Richard Crooks
The Free Creek Horns & the Free Creek singers
- Road Song
Lead Guitar - Eric Clapton
Piano - Dr. John
Lead Vocals - Tom Cosgrove and Buzzy Linhart
Organ - Moogy Klingman
Rhythm Guitar - Delaney Bramlett
Bass - Stu Woods
Drums - Richard Crooks
- Getting Back To Molly
Guitars - Eric Clapton (1st solo), Dr. John (2nd solo)
Lead Vocal - Earle Doude
Harmonica - Moogy Klingman
Free Creeks Singers

The Jeff Beck ("A.N. Other") Session
Cissy Strut
Guitars - Jeff Beck (1st solo, as "A.N. Other"), Todd Rundgren (2nd solo)
Organ - Moogy Klingman
Bass - Stu Woods
Drums - Roy Markowitz
The Free Creek Horns
- Big City Woman
Guitar - Jeff Beck
Piano - Moogy Klingman
Bass - Stu Woods
Drums - Roy Markowitz
Lead Vocal - Tommy Cosgrove
- Cherrypicker
Guitars - Jeff Beck, Todd Rundgren
Organ - Moogy Klingman
Bass - Stu Woods
Drums - Roy Markowitz
- Working in a Coalmine
Guitar - Jeff Beck
Organ - Moogy Klingman, Bob Smith
Bass - Stu Woods
Drums - Roy Markowitz

The Keith Emerson Session
- Freedom Jazz Dance
Hammond Organ - Keith Emerson
Guitar - Buzzy Feiten
Drums - Mitch Mitchell
Piano - Moogy Klingman
Bass - Chuck Rainey
- On the Rebound
Piano - Keith Emerson
Guitar - Buzzy Feiten
Bass - Chuck Rainey
Drums - Mitch Mitchell
Occasional Voice - Geri Miller
- Mother Nature's Son
Piano - Keith Emerson
Acoustic Guitar - Carol Hunter
Oboe - Lou Delgato
String Bass - Richard Davis

The Harvey Mandel Session
Sympathy for the Devil
Lead Guitar - Harvey Mandel
Rhythm Guitar - Jack Wilkens
Organ - Moogy Klingman
Piano - Jimmy Greenspoon
Bass - Larry Taylor
Violin - Larry Packer
Drums - Fito de la Parra
Congas - Billy Chesboro
Bongos - Didymus
Earl's Shuffle
Lead Guitar - Harvey Mandel
Pedal Steel Guitar - Red Rhodes
Organ - Jimmy Greenspoon
Bass - Larry Taylor
Drums - Fito de la Parra
The Girl from Ipanema
Lead Guitar - Harvey Mandel
Pedal Steel Guitar - Red Rhodes
Bass - Larry Taylor
Drums - Fito de la Parra
Shakers - Didymus
Wood Blocks - Earle Doud

Odds & Sods
Hey Jude
Lead Guitar - Buzzy Feiten
Organ - Moogy Klingman
Drums - Mitch Mitchell
Bass - Richard Davis
Rhythm Guitar - Elliot Randall
The Free Creek Horns
- Lay Lady Lay
Flutes - Joe Farrell (solo), Chris Wood
Piano - Moogy Klingman
Guitar - Doug Rodriguez
Bass - Stu Woods
Drums - Roy Markowitz
- Kilpatrick's Defeat
Lead Vocal - Timmy Harrison
Guitars - Carol Hunter and Buzzy Feiten
Bass - Stu Woods

The Linda Ronstadt Session
- Living Like a Fool
Lead Vocal - Linda Ronstadt
Guitar - Bernie Leadon
Pedal Steel Guitar - Red Rhodes
Piano - Jimmy Greenspoon
Bass - John London
Drums - John Ware
- He Darked the Sun
Lead Vocal - Linda Ronstadt
Guitar - Bernie Leadon
Pedal Steel Guitar - Red Rhodes
Piano - Jimmy Greenspoon
Bass - John London
Drums - John Ware
Violin - Chris Darrow

&
The Free Creek Horns :
Lou Delgato, Bobby Keller, Meco Monardo, Tom Malone, Lew Soloff, Alan Rubin, Bill Chase
The Free Creek Singers :
Valerie Simpson, Maretha Stewart, Hilda Harris


ON NE SE QUITTE PAS SANS UNE EXCELLENTE NOUVELLE :
JIMMY'S BACK !
 
 
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et retrouvez-les à chaque nouvel update dans le blogroll de Mange Mes Disques.

jeudi 11 septembre 2014

Comme un bon vin... (et bonus gai/triste)

Un retour, une disparition... Une bonne nouvelle, une autre bien triste. Jimmy n'est plus sur les ondes, fermé qu'il fut par ceux qui décident que c'est mal de partager de la musique entre passionnés... Robert est revenu, ça compense... En attendant le retour du Mangeur de Disques, bordel !

Robert Plant "Lullaby and... The Ceaseless Roar" (2014)
ou "Le lion rugit doux"


Comme un bon vin, Robert Plant ne vieillit pas, il prend de la bouteille, s'affine par le temps, gagne chaque saison de nouvelles flaveurs... Et nous ravit les "papilles auditives".
 
Parce qu'en plus d'être le plus précautionneux, le plus intègre des membres de Dead Zeppelin (oui, Dead), celui qui a refusé la juteuse tournée de reformation de son ex-gloire mais pas l'idée de réécrire, un jour, avec Jimmy Page, en une sorte de continuation de leurs petites retrouvailles des années 90 (No Quarter, Walking into Clarksdale), il est aussi celui qui n'hésite pas, tout en restant dans sa zone de confort, pas folle la bête !, à se redéfinir à, quasiment, chaque album, à au moins chercher à se surprendre pour garder tout l'intérêt de son job, sa vocation.
En 2014, 9 longues années après son dernier album solo de compositions originales, l'impeccable Mighty Rearranger,  Lullaby and... The Ceaseless Roar (quel titre !) ne fait pas autre chose que, forcément, revoir la formule sans révolutionner l'univers, l'équilibre en discipline artistique, en somme. Avec, cette fois une inclinaison pour le blues et une certaine musique africaine cousine d'icelui, Robert Plant mise plus fermement sur la construction de belles ambiances que sur quelque idée de rentre-dedans que ce soit. Dans un "péri-style" du blues tribal produit sur Mighty Rearranger, des musiciens duquel on retrouve d'ailleurs quelques noms ici, augmenté d'une africanité folk encore plus prégnante, l'addition du duo formé par Justin Adams et Juldeh Camara n'y est certainement pas pour rien, son expérience avec Alison Krauss itou, Plant produit un album à la fois familier et surprenant.
Familier parce qu'on y retrouve la voix, bien sûr, que les ans ont patiné sans lui ôter un iota de sa personnalité originelle, parce que le blues, en tronc commun de quasiment toute sa carrière, reste un fondamental du style Plant, parce que, aussi, les mélodies des chansons, une certaine patte stylistique, viennent infuser l'album d'un sentiment de déjà-entendu juste ce qu'il faut de présent pour que le confort et la satisfaction soient immédiats.
Surprenant parce qu'en ces temps de revivalisme forcené, où on se disait que Plant ferait bien de se rapprocher du légendaire dirigeable qui fit sa gloire initiale, surtout avec la campagne des remasters Deluxe en rampe de lancement médiatique... Sans doute parce que le monsieur est profondément dévoué avant tout à son art, Robert s'y refuse et continue, finalement, de creuser le jardin de ses envies plutôt que de contenter les désirs prémâchées de masses avilies. Ce n'est pas à dire que rien ne rappelle Led Zeppelin, le groupe faisant parti de l'ADN musical de Plant c'est absolument impossible, juste qu'on en est quand même loin, que Robert a d'ailleurs sans doute passé l'âge, tout en naviguant dans les possibles des constructions soniques et ambitions artistiques héritières de l'imposante figure tutélaire.

Je ne rentrerai volontairement pas dans le détail des chansons et de leurs mérites respectifs, pas plus que je ne vanterai l'aspect technique ou l'emballage de ces "berceuses rugissantes", je vous dirai simplement ceci : Robert Plant est enfin de retour en solo, et comme c'est bien notre Robert Plant, homme curieux, félin libre, artiste entier, c'est une excellente nouvelle... et un excellent album !


1. Little Maggie 5:04
2. Rainbow 4:16
3. Pocketful of Golden 4:12
4. Embrace Another Fall 5:51
5. Turn It Up 4:03
6. A Stolen Kiss 5:13
7. Somebody There 4:31
8. Poor Howard 4:10
9. House of Love 5:03
10. Up on the Hollow Hill (Understanding Arthur) 4:31
11. Arbaden (Maggie's Babby) 2:44


Robert Plant – vocals, production
The Sensational Space Shifters
Justin Adams – bendirs, djembe, guitars, tehardant, background vocals
Liam "Skin" Tyson – banjo, guitar, background vocals.
John Baggott – keyboards, loops, moog bass, piano, tabal, background vocals
Juldeh Camara – kologo, ritti, Fulani vocals
Billy Fuller – bass, drum programming, omnichord, upright bass
Dave Smith – drum set


BONUS
(résumé des épisodes précédents)
Robert Plant "Those Were the Days" (2010)
ou "402ème compilation publiée par Baistophe, confectionnée par votre serviteur"


Le petit texte d'introduction d'époque (en angliche) : "Upon making this compilation, I realized it would be impossible to cut it into a single disc and so I decided to add a few of Mr. Plant's collaborations. Of course, every one of his solo albums has been covered but so have been the Honeydrippers, Page/Plant and his recent work with country singer Alison Krauss. Listening to it, I decided to keep the order chronological as it displayed how the "Plant sound" has evolved through the years. I think this makes for a strong set that proves how valuable a songwriter and a performer Robert Plant is.
Enjoy.
"
Et les images d'époques itou (que vous retrouverez dans le fichier aussi, bien sûr !) :
Intérieur sport,

jantes alliage,

et quel look elle a !

Quelques extraits:
- In the Mood (de The Principle of Things)
- Anniversary (de Manic Nirvana)
- 29 Palms (de Fate of Nations)
- Upon a Golden Horse (de Walking into Clarksdale, avec Jimmy Page)
- Your Long Journey (de Raising Sand, avec Alison Krauss)


Et un petit bonus qui n'a rien à voir. Juste histoire de soutenir Jimmy J. dans sa "dissolution" :

V/A "Mental Jukebox #2 (Par Jimmy Jimmereeno)" (2012)
 
Vous vous souvenez de la série ? Vous aviez été nombreux à y participer.
Des thèmes = des chansons, ce n'est pas plus compliqué que ça !
Voici ce qu'en avait fait l'hôte et compilateur de circonstance :
 
Chanson pour la route:
1. Robert Wyatt "Sea Song" 6:31
Chanson que tu as honte de siffler dans la douche:
2. Jacques Higelin "Tiens, J'ai dis tiens" 4:33
Chanson évoquant la belle-mère:
3. The Rolling Stones "Claudine" 3:42
Chanson sexy:
4. The Velvet Underground & Nico "Venus in Furs" 5:12
Chanson hommage:
5. Jonathan Richman "Velvet Underground" 3:29
Chanson que ça fait du bien parce qu'elle est partie:
6. Morrisey "Margaret on the Guillotine" 3:44
Chanson pour un dimanche matin pluvieux:
7. Ann Pebbles "I Can't Stand the Rain" 2:30
Chanson pour chialer dans sa bière:
8. Jacqueline Taieb "Ce soir je m'en vais" 2:29
Chanson en colère:
9. Patti Smith "Piss Factory" 5:02
Chanson que tu aurais aimé reprendre:
10. Nico "Janitor of Lunacy" 4:04
Chanson que tu répètes en jouant de l'air-guitar devant ton miroir:
11. The Who "My Generation" 3:21
Chanson pour arrêter de fumer:
12. Brigitte Fontaine "Je fume" 4:04
Chanson évoquant une fille:
13. Bob Dylan "I Want You" 3:09
Chanson lunaire:
14. Billie Holiday "What a Little Moonlight Can Do" 3:00
Chanson pour terminer une compile en beauté:
15. Garland Jeffreys "Matador" 4:42
 
En espérant qu'il nous revienne bientôt avec d'aussi excellentes idées communautaires que cette série de compilations ou que le fameux "grand jeu sans frontière des blogueurs mangeurs de disques" qu'on espère voir renaître, un jour...
 

mardi 9 septembre 2014

du Zorn comme s'il en pleuvait !

Retour du Livre des Anges, du Gnostic Trio, un nouveau trio, une jam session... 4 albums pour quatre facettes du compositeur New Yorkais le plus hyperactif de la création. Parce que ce ne sont que les sorties d'août et de septembre, dingue ça !!!

Des Anges, encore des Anges, toujours des Anges !
John Zorn/Roberto Rodriguez "Aquares: Book of Angels Volume 23" (2014)
ou "Los Angeles de Zorn"


Savoir à quelle nouvelle sauce seront mangées les compositions de John Zorn, quelle nouvelle folie viendra habiter une série déjà bien pourvue dans le registre, c'est tout l'attrait du Livre des Anges. Alors, quand le déjà 23ème volume promet un lecture afro-cubanisée, on boue d'impatience, on a raison.
 
Confié à Roberto Rodriguez (rien à voir avec le réal' du même nom), compositeur déjà publié chez Tzadik, arrangeur maniant aussi bien les ambiances tropicales que les dérivations est-européennes, la partition est joyeusement bringuebalée sous des climats qui ne lui sont pas forcément familiers.
L'élément latin, cette salsa forte, lui est évidemment inné, l'élan klezmerien lui vient d'une époque où, récemment débarqué de l'île de FidelRoberto joue dans des bar-mitzvahs y acquérant, pour le coup, un goût pour une autre syncope, une autre approche mélodique finalement compatible avec celle qui l'habite depuis toujours.  Si vous ne me croyez pas, écoutez voir The First Basket !
Parce qu'il est temps d'en venir à cet Aguares qui a la lourde tâche de succéder aux deux exquises réussites qui l'ont, en plus, précédé de peu (respectivement le Eyvind Kang en avril et le Zion 80 de Jon Madof en juillet). Et donc, dévoilons le pot aux roses, c'est... Gagné ! Parce qu'au rêve de Kang, qu'à l'afro-klezmer-beat de Jon, Roberto répond par la joie, la pulsation, l'entrain d'un cocktail délicieusement épicé, au goût de fruits exotiques et au déhanché révélateur de jeunes femmes à la peau cuivrée, aux formes exubérantes. Charnel l'Aguares ?, sensuel ?, définitivement.  Mais pas seulement...
Parce qu'il faut y ajouter la gravité, l'accord tragique de mélodies qui, même explosives, même pétantes de rire, gardent en leur sein le souvenir d'une souffrance. C'est dans l'équilibre de ces tendances, complémentaires pas contradictoires, que réside la force de l'arrangement de Rodriguez, également batteur, son poste de prédilection, lui, homme de rythmes. Un équilibre nullement contraint par quelques salves contemporano-cartoonesques, comme chaque Livre des Anges en comprend usuellement mais qui, présentement, répondent aux abonnés abstents. Un équilibre qui n'est jamais aussi parfait que quand la pièce pleure des larmes de joie (les courts et graves Orifiel et Naamah, le faussement léger Nelchael et ses soli trippés, le recueilli Egrumiel), ou qu'un groove et qu'une mélodie se rencontrent pour le meilleur (l'introductif Ananel, le jammy Ophaniel, le cinématique Psachar et son irrésistible vernis kitsch, le joyeux Zahabriel). Tout ça servi, comme de bien entendu, par une équipe de musiciens virtuoses, se trouvant avec aisance et grâce habitués qu'ils sont de jouer ensembles, une formation entièrement dévouée à la tâche de bien maltraiter le matériau à disposition qui n'attendait de toute façon que ça, et nous avec !

Et de 23, donc. En vérité, il n'y a pas le moindre Book of Angels qu'on démettrait... Il y a les ++ (Lucifer, le Secret Chiefs 3, le David Krakauer...) et tous les autres qui ne suivent pas loin derrière selon la préférence et l'inclinaison de chaque auditeur. L'usage seul dira, le temps et les écoutes passant, si cet enthousiasmant Aguares prendra le large ou rentrera dans le rang. Une chose est sûre cependant, c'est au moins un (très) bon album qui, déjà, engendre une réelle allégresse auditive, un plaisir, une addiction immédiate à ce klezmer cubano qu'on se doit de ne pas refuser.


1. Ananel 5:59
2. Orifiel 2:29
3. Ophaniel 9:42
4. Kidumiel 5:10
5. Nelchael 9:54
6. Psachar 6:51
7. Egrumiel 9:21
8. Zahabriel 5:27
9. Naamah 1:47

Gilad Harel - clarinet
Jonathan Keren - violin, viola
Yaron Ouzana - trombone
Salit Lahav - accordion, flute
Itay Abramovitz, Omri Mor - piano
Assaf Hakimi - upright/electric bass
Chen "Pepe" Meir - congas, chekere
Amit Sharon - dohola, doumbek, darbuka, frame drum
Roberto Rodriguez - drums, percussion, arrangements
John Zorn - composition

Gnostic pas toc !
John Zorn "The Testament of Solomon" (2014)
ou "Gnostic Masada"


Quatrième galette du Gnostic Trio après les excellents Gnostic Preludes,  Mysteries et In Lambeth, The Testament of Solomon n'en est pas pour autant qu'un volume de plus.
 
...Et certainement pas un volume de trop ! Parce qu'il y a, présentement, un gros penchant du côté d'harmonies, de mélodies, d'une esthétique qu'on imaginerait facilement faisant partie d'un Book of Angels ce qui, avec un thème comme le Testament de Salomon, est tout sauf une surprise.
Reste que la sonorité, la personnalité du trio infuse tout. De la guitare de Bill Frisell, encore et toujours rootée dans l'Americana mais tout à fait compatible aux atours klezmeriens développés, des marteaux d'or du précieux vibraphoniste Kenny Wollesen, complément mélodique idéal de la six-cordes du précité, aux effleurements rêveurs de Carol Emanuel sur sa douce harpe, "ambiancieuse" irremplaçable, c'est indéniablement à du Gnostic Trio que nous avons affaire. A savoir à une musique toute en délicatesse, à une formation entre jazz de chambre et classique contemporain cool (ça marche aussi en mélangeant les deux 'tiquettes !), qui transporte l'auditeur dans de paisibles paysages où les longues herbes de la plaine dansent au rythme d'une douce brise changeante. Enchanteur, c'est le mot.

...Et peut-être même un peu plus que le meilleur des volumes précédents. C'est dire la beauté du machin, la profonde certitude qu'on a aussi que, dans une année pourtant prolifique, quantitativement comme qualitativement, celui-ci fera date. Enorme...essentiel !


1. Alamot 4:20
2. Kotlenu 4:45
3. Holat Ahavah 4:24
4. ’Ayummah 4:32
5. Nirdi 3:16
6. ‘Asis 4:31
7. 'Atarah 4:47
8. Tappuha 3:35
9. Berotim 4:45
10. Otyah 5:10
11. Sammatek 4:27


Carol Emanuel - harp
Bill Frisell - guitar
Kenny Wollesen - vibes

Rock contemporain
John Zorn "Valentine's Day" (2014)
ou "My crazy valentine"


Du rock contemporain, comme on dit du classique contemporain, mais du rock quand même... Drôle de programme que celui proposé à Marc Ribot, Trevor Dunn et Tyshaw Sorey (surtout Tyshaw complétant présentement les sessions d'Enigmata (2011)) par ce diable de John Zorn.
 
Au programme, 12 miniatures (comprendre ayant la durée d'une pop song moyenne), 12 énigmes puisque c'est ainsi qu'elles sont sous-titrées et ordonnancées, spécialement composées, et dirigées, par John Zorn, avec toute la latitude qu'il laisse habituellement à ces musiciens qu'il connaît si bien.
A commencer par Marc Ribot qui, ô combien versatile et si immédiatement reconnaissable à la fois, est évidemment la personnalité centrale de l'opus, celui par qui, grâce à qui son identité s'affirme. Et il est aussi là le choix "éditorial" de Zorn qui, tel un directeur littéraire, choisi sa plume en fonction du ton vers lequel il tend. A partir de là, si vous connaissez les deux oiseaux et leurs nombreuses collaborations, il n'est pas difficile de deviner à quelle sauce on va être mangé.
Et donc, ça dépote sévère, ça ne se soucie pas forcément toujours de développer un mélodie agréable, c'est agressif, mal embouché avec parfois, parce que sinon ce serait trop, quelques instants d'une grâce d'autant plus resplendissante qu'elle est fugitive.
Facile ? Certainement pas. Pour qui alors ? Pour ceux qui aiment le math rock bizarroïde d'Ahleuchatistas, le zeuhl barjot des japonais de Ruins, à ceux qui se demandent à quoi resemblerait une rencontre avec les frangins canadiens de NoMeansNo aussi, sûrement à ceux qui voudraient s'essayer à une sorte de post-punk arty dénué de tout cliché.

Et le titre, trompeur le titre... Aimer se faire mal ? Ca aidera. Aimer les nouvelles expériences surtout, du Zorn contemporain en version rock/punk, c'est un pont entre deux mondes qu'il n'est pas inutile de franchir, quelque soit son point d'origine.


1. Potions and Poisons (enigma one) 3:04
2. Fireworks (enigma two) 3:37
3. Blind Owl and Buckwheats (enigma three) 4:29
4. Abramelin (enigma four) 3:19
5. Seven Secrets (enigma five) 2:53
6. Before I Saw the Spirit of a Child (enigma six) 4:39
7. UX (enigma seven) 4:04
8. The Voynich Mandala (enigma eight) 4:32
9. Codebreaker (enigma nine) 4:31
10. Map (enigma ten) 3:40
11. Black Mirror (enigma eleven) 2:18
12. And the Clouds Drift by  (enigma twelve) 2:47


Marc Ribot - electric guitar
Trevor Dunn - electric 5 strings bass
Tyshawn Sorey - drums

Kabbalambientistiquement votre
David Chaim Smith, Bill Laswell, John Zorn "The Dream Membrane" (2014)
ou "Sweet Dreams"


Que se passe-t'il quand un auteur kabbaliste, un bassiste amoureux de dub, d'ambient et d'industriel,  et un avant-gardiste curieux de tout et de judéité en particulier, présentement au sax alto et au shofar (une corne utilisée pour les cérémonies de Rosh Hashanah et Yom Kippur) se rencontrent ? Et que, en plus les trois, le premier lisant sa prose mystique, les deux autres l'illustrant musicalement sur le fait, s'accaparent respectivement ? C'est ce qu'on entend sur The Dream Membrane, suite des aventures de Zorn instrumentiste dans la nouvelle série du label Tzadik (Spectrum, comme Sonic Rivers) où se produisent les recontres, et plus c'est improbable, mieux c'est !
 
D'ailleurs, dans le genre improbable, The Dream Membrane se pose un peu là ! Un album ambient, un album qui passe comme un rêve éveillé, un rêve peuplé d'étranges apparitions, de peu communes visions, d'hallucinations auditives, croirait-on. Evidemment, on est parfois témoin des résurgences ouatées d'un certain Painkiller, d'un "pin-pon saxophonien" digne d'un Classic Guide to Strategy, mais, bon, comme dirait Lavoisier...
Mais c'est bien là autre chose que la somme de ses parts, d'autant qu'il ne faut pas ignorer l'élément, non des moindres puisque central, que constitue la performance de David Chaim Smith, rabbi posé, présence apaisante poussant la performance vers l'éther. Faut-il pour autant s'intéresser au contenu textuel ? Elles ne sont pas reproduites dans le livret, après tout ces paroles ! Alors peut-être, surtout si on n'est pas plus intéressé que ça par la kabbale, ne faut-il prendre la voix comme le troisième instrument, comme un verbiage rythmique, en courant alternatif, complétant la performance.
Une belle performance parce que Laswell y installe un climat ambient/dub new-ageux qui sied, que Zorn y produit de beaux sons, et d'autres moins mais contribuant au trip, et que ces deux là, vieux partenaires qu'ils sont, savent s'imbriquer sans frottements inutiles.
Enfin, il faut aussi savoir, vouloir se laisser porter, s'installer confortablement, voiler l'éclairage et accepter de donner 47 minutes et 50 secondes de son temps, de son attention, de son capital imaginatif... Et alors ça fonctionne, parce que The Dream Membrane n'est pas un album exactement difficile, juste une œuvre qui demande votre temps. Comme quoi l'ambient, peut-être parce qu'elle est aussi jazz, avant-gardiste et "spoken-wordisée", n'est pas forcément que de la musique "papier-peint".

Œuvre exigeante, beauté évidente qui ne se révèle vraiment qu'à la contemplation, The Dream Membrane est une belle offrande dans une série qui en promet bien d'autres. Excellente nouvelle.


1. The Dream Membrane 47:50
(en extrait, les premières minutes)


David Chaim Smith - voice, texts
Bill Laswell - bass, drones
John Zorn - shofar, alto saxophone


Je vous laisse digérer tout ça...
On se retrouve jeudi, ou vendredi !

lundi 8 septembre 2014

en-Ferré en Poésie

Changement radical ! Des barbares chevelus à l'anarchiste poète, des guitares hurlantes à la chanson romantique, c'est le grand écart. Enjoie !

Léo Ferré "Rimbaud et Verlaine" (1964)
ou "Les po(è)tes de Léo"


Il a fait déjà fait Les Fleurs du Mal (en 57) puis les Chanson d'Aragon (en 61), c'est dire si Léo n'est plus un débutant de la mise en musique d'œuvres poétiques quand il s'attaque à un nouvel, et double !, hommage : Verlaine et Rimbaud.
 
Des deux auteurs choisis, et accouplés leur textes se répondant tout au long de l'album, Verlaine est le plus évidemment adaptable et d'ailleurs déjà adapté par Fauré ou Debussy. illustrer musicalement, chanter Rimbaud, plus freestyle comme on dit maintenant, est une entreprise moins aisée. Comme l'un comme pour l'autre, inséparables du fait de leur tumultueuse passion, Ferré "rentre dedans", peur de rien, pour un résultat puissant (au moins en émotion) et évocateur.
Formellement, c'est de chanson orchestrale classique dont il s'agit, registre ou Léo, l'anar formé par des curés, est particulièrement roué. Dévoué corps et esprit (l'âme, pour un athée...), il réussit sans peine, mais avec, on imagine, pas mal de travail, à capturer l'esprit de chaque texte et, mieux !, à entremêler deux œuvres, deux conceptions de la rime et de la prose, sans la moindre anicroche. Au contraire, ce faisant, il donne à sa lecture, à son interprétation un supplément d'âme (la voilà qui s'impose, finalement, cette fiction religieuse !), un naturel dans le déroulement qu'on n'aurait pas imaginé les deux amants sommairement, artificiellement séparés. 
Pour l'anecdote, on rappellera que ce Verlaine et Rimbaud est aussi le premier double album studio de musique populaire jamais sorti, le format étant alors réservé aux œuvres classiques ne tenant pas sur une simple galette, on pense aux opéras, notamment. Mine de rien, ça prouve la confiance du label, Barclay, pour son poulain et son projet, confiance bien placée, en l'occurrence.
 
Parce que voilà, un demi-siècle après sa sortie, alors que moult évolutions et révolutions sont venus changer le monde le la musique, Verlaine et Rimbaud, classique donc indémodable, n'a pas pris une ride. Il reste, dans un registre plus sage, plus académique que ce qui viendra chez Ferré, mais non dénué d'une liberté déjà bien acquise, un opus de référence et, donc, un objet, plus particulièrement dans la réédition de 2010 avec la vraie pochette (signée Maurice Frot), aisément recommandable que vous soyez amateurs du genre ou pas.


1. Ecoutez La Chanson Bien Douce 2:47
2. Chanson De La Plus Haute Tour 2:15
3. Il Patinait Merveilleusement 1:50
4. Mon Rêve Familier 2:04
5. Soleils Couchants 1:49
6. Les Assis 3:13
7. L'Espoir Luit Comme Un Brin De Paille Dans L'Etable 2:13
8. Art Poétique 3:28
9. Pensionnaires 2:29
10. Ame Te Souvient-Il 2:41
11. Le Buffet 2:03
12. Les Poètes De Sept Ans 5:10
13. Chanson D'Automne 2:32
14. Les Corbeaux 2:18
15. Green 2:47
16. Mes Petites Amoureuses 2:26
17. Je Vous Vois Encor 2:06
18. L'Etoile A Pleuré Rose 1:31
19. O Triste, Triste Etait Mon Ame 2:47
20. Rêve Pour L'Hiver 2:03
21. Clair De Lune 2:15
22. Les Chercheuses De Poux 3:01
23. Ma Bohême 1:20
24. Sérénade 2:48


Léo Ferré - chant, piano, composition
Jean-Michel Defaye - arrangements et direction musicale
&
Lionel Gali
- violon
Barthélémy Rosso - guitare
Janine de Waleyne - voix
(Les autres musiciens n'ont pas été identifiés)