jeudi 17 avril 2014

Les Immanquables (5) : Montagne d'émotion

Goldfrapp "Felt Mountain" (2000)
ou "Alison le glas"


     Si un ange tombait des cieux et enregistrait un album pour nous-autres pauvres mortels, ça ne serait pas très différent du divin premier opus de la charmante Alison Goldfrapp.

     Qui n'est présentement plus une débutante ayant sévi dans plusieurs formations anarcho-punk aux profils publics élusifs avant de faire une apparition remarquée avec les électroniciens d'Orbital et d'y être remarquée par celui qui est son partenaire depuis au sein de l'entreprise Goldfrapp : Will Gregory.
     Musicalement, la tentation de classer Felt Mountain, premier album du duo, dans le trip-hop dont il sont contemporains et de ne plus en parler est grande mais ultimement limitative ne prenant pas en compte la richesse des influences et leur traitement particulier une paire d'instrumentistes/compositeurs/interprètes supérieurement imaginative. Parce qu'il y a plus dans les vocalises d'Alison et les musiques conçues avec Will que votre dose habituelle de trip-hop à chanteuse façon Morcheeba (pour le plus léger) ou Portishead (pour le plus dramatique). C'est évident dès Lovely Head où clashent les échos conjoints de Burt Bacharach, d'Ennio Morricone et de Massive Attack avec une sensibilité vocale cousine d'Elizabeth Fraser et des arrangements au potentiel filmique énorme. Et puisqu'on parle de voix, établissons définitivement qu'Alison, sans doute bien aidée par une formation classique et le large registre dont l'a doté Mère Nature, est le centre d'intérêt principal de chacune des 9 (magnifiques) compositions garnissant l'album, aussi capable d'une délicatesse ou d'une sensualité absolue que d'emportements bienvenus et même de quelques traitements sonores et vocalises étranges (sur le morceau titre par exemple) renforçant l'"extraterrestralité" de la galette. Un galette qui, entre Hollywood ou Cinecittà et Bristol, entre hier (voire avant-hier), aujourd'hui et sans doute un peu demain, peut définitivement être qualifiée de rétro-moderniste en plus d'ear candy de première classe parce que Felt Mountain, à l'évidence à l'examen des très nombreux intervenants ayant été réunis pour l'enrichir (mais jamais l'empeser !), est une œuvre mûrement réfléchie et brillamment exécutée. Une œuvre dont on peine à retenir un morceau plus qu'un autre tant la palette présentée est, in fine, complémentaire et inséparable.

     Depuis Felt Mountain, la fine équipe constituée par Alison et Will a fait florès, jamais stagné musicalement prenant par conséquent le risque de décevoir ponctuellement un auditoire par forcément friand de déstabilisation. Ponctuellement, ils se sont approchés de leur déclaration de grâce initiale sans toutefois jamais l'égaler mais en n'essayant jamais non plus de reproduire à l'identique l'exploit. C'est tout à l'honneur d'une équipe dont chaque apparition revêt désormais un caractère évènementiel chez ceux qui savent qu'un potentiel énorme il y a chez ce Goldfrapp changeant, souvent attachant et concluant. Et que ceux qui ne savent pas encore, heureux les ignorants pouvant gouter au doux nectar de la découverte, se penchent au plus vite sur Felt Mountain, ils m'en diront des nouvelles !
 

1. Lovely Head 3:49
2. Paper Bag 4:05
3. Human 4:36
4. Pilots 4:29
5. Deer Stop 4:06
6. Felt Mountain 4:17
7. Oompa Radar 4:42
8. Utopia 4:18
9. Horse Tears 5:10
bonus
10. Utopia (Plaid mix)
11. Utopia (Goldfrapp mix)


Alison Goldfrapp – vocals, whistling, keyboards, producer, sleeve design
Will Gregory – keyboards, string arrangements, brass arrangements, producer
&
Alexander Bălănescu – violin (2, 5, 8)
Nick Barr – viola (2, 5, 8)
David Bascombe – additional mixing (8)
Nick Batt – bass synthesiser (1); additional programming (1, 3, 4, 6); additional mixing, metal percussion (3); additional engineer (all tracks)
Andy Bush – trumpet (3); flugelhorn solo (7)
Steven Claydon – synthesiser (6, 8)
Nick Cooper – cello (2–5, 8)
John Cornick – trombone (3)
Andy Davis – baritone ukulele, koto, melodica (2)
Clive Deamer – brushes (4)
Flowers Band – brass band (7)
 Luke Gordon – additional engineer (all tracks); additional programming (3, 4)
Stuart Gordon – viola, violin (1, 9); tremolo violins (6); violin solo (9)
Bill Hawkes – viola (3, 4)
Steve MacAllister – French horn (6)
Mute Male Voices – humming (2)
Jacqueline Norrie – violin (3, 4)
Rowan Oliver – percussion (3, 4)
Tony Orrell – drums (7, 8)
John Parish – drums (1, 2, 9); bass guitar, tremolo guitar (9)
Mary Scully – double bass (2, 5, 8)
Sonia Slany – violin (2–5, 8)
Adrian Utley – bass guitar (1, 4); synthesiser, tremolo bass guitar (2)
Ben Waghorn – tenor saxophone (3)
Chris Weston – additional programming (8)

mercredi 16 avril 2014

Le clavecin bien tempéré

Pancrace Royer "Pièces de Clavecin" (1981)
ou "Musique étonnante"


     On ne dira jamais assez à quel point le patrimoine musical français se perd dans les limbes. Prenez Joseph-Nicolas-Pancrace Royer (1705-1755), savoyard de Turin de naissance, devenu musicien autant par passion que par nécessité et opportunité, maitre de musique de la progéniture de Louis le XVème mais surtout compositeur et claveciniste,  demandez voir autour de vous si quelqu'un a entendu parler de cet oiseau là. Las, sorti de Rameau, Lully, Couperin, et quelques autres plus temporellement proches de nous, c'est un assourdissant silence qui vous revient.
 
     Il y a pourtant matière à enthousiasme dans les Pièces de Clavecin, œuvre la plus couramment disponible et la plus régulièrement jouée de ce compositeur trop méconnu, enfin, ce qu'il en reste (15 partitions dont 14 interprétées ici) beaucoup s'étant perdues depuis leur composition, dans la première moitié du XVIIIème siècle. On y trouve un Pancrace Royer indéniablement de son temps et très influencé par son aîné Couperin mais pas sans personnalité ni sans un certain esprit frondeur lui permettant d'élargir les lignes, d'évoluer à la marge.
     Déjà il y a le choix de l'instrument, le précieux et fragile clavecin à cordes pincées si immédiatement reconnaissable, instrument dominant dans les cours européennes de l'époque bientôt supplanté par l'invention du florentin Bartolomeo Cristofori, le piano-forte, à la résonnance tellement plus importante et à la polyphonie si pratique pour une interprétation solitaire. Dans le contexte baroque, ceci dit, on n'imagine pas meilleur vecteur que cet instrument à la sonorité peut-être désuète aujourd'hui mais au charme définitivement intact... Quand la musique est bonne ! Et elle l'est présentement, et que William Christie, chef évidemment mais surtout virtuose de l'harpsichord comme on dit dans son pays natal, ne s'est pas trompé en sélectionnant Royer. Parce que c'est audible, les Pièces de Clavecin ont été composées pour l'instrument de choix et en exploite la richesse et les particularismes harmoniques avec science et goût y dénichant même une puissance sonique insoupçonnée. Et ce n'est pas la captation naturaliste et chaude (on y entend même les joyeux ébats sonores de quelques zozios ou je délire ?) ou l'interprétation passionnée et passionnante de William Christie qui viendront ternir ce luxuriant tableau.
 
     Au final, alors qu'on s'attendait à aborder une œuvre rigoriste, religieuse presque, on se retrouve avec 14 pièces débordantes de vie qui sauront, nul doute !, transporter l'auditeur d'allégresse. Magnifique ! Et chaudement recommandé, et pas qu'aux amateurs de musique baroque et de clavecin, à celles et ceux qui aiment la musique qui vient du cerveau, du cœur et de l'âme.


1. La majestueuse 5:14
2. La zaïde 6:26
3. Les matelots 2:32
4. Premier & deuxième tambourins 1:14
5. L'incertaine 3:08
6. L'aimable 4:21
7. La bagatelle 1:55
8. Suitte de la bagatelle 1:32
9. La remouleuse 2:46
10. Les tendres sentiments 5:55
11. Le vertigo, rondeau 6:31
12. Allemande 5:54
13. La sensible 5:02
14. La marche des scythes 7:10


William Christie - clavecin

mardi 15 avril 2014

Que le Diable l'emporte !

SELIM LEMOUCHI
R.I.P.
1981-2014
 
Une petite précision sur le titre de l'article. "Que le diable l'emporte" est évidemment une référence au nom du groupe d'un compositeur et guitariste disparu trop tôt (33 ans), probablement d'un suicide considérant que, depuis trop longtemps, couraient de vilaines rumeurs sur son état psychique, rumeurs semble-t-il dramatiquement fondées. Un de plus que la fatalité fauche, snif.
Et donc, hommage :

The Devil's Blood "The Thousandfold Epicentre" (2011)
ou "In Memoriam"


     Occulte et régressif sont les deux qualificatifs les plus facilement accolés à la musique des bataves de The Devil's Blood, avec raison. Et, s'il n'y avait la production « moderne » (rétro-moderne serait encore plus approprié), on se laisserait facilement à penser qu'on vient de dénicher là une petite perle trop longtemps reléguée sur l'étagère poussiéreuse d'un label indélicat.

     En l'occurrence, on a souvent l'impression d'entendre une disciple Grace Slick chanter sur un album d'Hawkwind. L'effet est, à vrai dire, assez saisissant, addictif aussi. La grande force du groupe ? Sa chanteuse, évidemment, mais aussi des compositions et arrangements, terriblement crédibles et bien troussées, ne suivant pas forcément le format classique de la musique « pop » et visant plus à créer une ambiance lourde et angoissée (mais néanmoins lumineuse). Certains diront qu'ils en font trop - à l'image de leur fétiche scénique de jouer couverts de sang -, que tout ceci n'est pas très naturel, qu'un groupe, en 2012, ne peut pas ainsi reproduire le passé sans être extrêmement suspect. Et je comprends ces réserves et y adhérerait probablement si ces 74 minutes n'étaient si efficaces, à défaut d'être parfaite. Parce que, oui, il y a quelques longueurs (en particulier sur le final, Feverdance, 15 minutes !) et quelques maladresses dans cet autrement impeccable opus, mais, après tout, The Thousandfold Epicentre n'est que leur deuxième album et s'approche déjà si « dangereusement » du divin que bouder son plaisir reviendrait à faire preuve de la pire mauvaise foi.

     En l'espèce, la musique psychotrope de The Devil's Blood, pour rétrograde et revivaliste qu'elle soit, offre une bouffée d'air frais de par son innocence et son honnêteté et prouve que faire de la musique avec son coeur et ses tripes est toujours une bonne idée.
Recommandé.


1. Unending Singularity 2:18
2. On the Wings of Gloria 7:04
3. Die the Death 3:53
4. Within the Charnel House of Love 3:35  
5. Cruel Lover 7:25
6. She 5:39
7. The Thousandfold Epicentre 9:02
8. Fire Burning 5:06
9. Everlasting Saturnalia 6:12
10. The Madness of Serpents 8:28
11. Feverdance 15:14


Farida Lemouchi - vocals
Selim Lemouchi - guitar
&
Rob Oorthuis - guitar
Koen Lommers - effects, guitar, tape manipulation
Igor De Wit - percussion
Arno Landsbergen - Clavinet, Fender Rhodes, Hammond B3, piano
Hans Timmermans - orchestral arrangements
Pieter Kloos - effects, engineering, mastering, mixing, production, tape manipulation, vocals

.Recyclé de l'Année du Dragon.

lundi 14 avril 2014

Devoir de mémoire (13)

Townes Van Zandt "No Deeper Blue" (1994)
ou "A Townes called Misery"


     Si d'autres enregistrements seront exhumés après sa mort et grossièrement ou plus finement packagés en albums posthumes, No Deeper Blue est bel et bien l'ultime album produit par Townes Van Zandt de son vivant, un album de rédemption avant la rechute inévitable, hélas.
 
     Présentement délocalisé en Irlande, avec des musiciens du cru (dont Phil Donnelly, directeur musical de l'occasion, avec qui Townes avait déjà collaboré sur Flying Shoes, 15 ans plus tôt), il ne fait pas autre chose que ce à quoi il nous a depuis toujours habitué, une country folk à la marge, qui parle de lui et de sa dépression chronique bien sûr (A Song For), de sa famille source de joie presque inattendue qui lui inspire deux jolie ballades pour ses plus jeunes enfants, mais aussi d'une Amérique blanche du bas, celle des trailer parks et de la survivance difficile.
     Ici, si la plume de Townes est inchangée par les ans, toujours fine et précise, émotionnelle et réaliste, on ne peut pas en dire autant de sa voix qui, fatiguée par les excès, les ans et une pneumonie qui a bien failli l'emporter quelques mois plus tôt, a gagné en profondeur dramatique ce qu'elle a perdu en capacité et en clarté. Musicalement, l'album est varié, cumulant blues, country, folk, rock originel, et même élans de bizarrerie (le country rock calypso The Hole qui ne ressemble à rien de ce qu'à enregistré Townes jusque là) ou quelques flaveurs celtiques sans doute influencées par le terroir de la mise en boîte. Ca nous donne un album où l'on ne s'ennuie pas une seconde, qui enquille les chansons comme autant de perles sur un collier précieux... J'exagère à peine.
     Townes tournera pas mal pour cet album, un Townes renaissant mais malheureusement pas sauvé de ses démons et, en particulier, d'un alcoolisme nihiliste qui finira par l'emporter (l'histoire est en fait un peu plus complexe, je vous laisse la "wikipedier") laissant un grand vide dans une scène americana, country et folk qu'il aura durablement marqué de son empreinte.

     No Deeper Blue n'est pas le meilleur album de Townes Van Zandt, on réservera cet honneur à Our Mother the Mountain ou l'obligatoire Live at the Old Quarter, juste une occasion supplémentaire, ultime !, de goûter à l'art d'un grand songwriter à l'inspiration toujours intacte. Recommandé.


1. A Song For 3:00
2. Blaze's Blues 3:20
3. The Hole 4:09
4. Marie 4:45
5. Goin' Down to Memphis 4:10
6. Hey Willy Boy 2:15
7. Niles River Blues 3:05
8. Billy, Boney and Ma 5:13
9. Katie Belle Blue 3:18
10. If I Was Washington 2:29
11. Lover's Lullaby 4:09
12. Cowboy Junkies Lament 3:18
13. BW Railroad Blues 3:52
14. Gone Too Long 2:55


Townes Van Zandt - guitar, vocals
Philip Donnelly - guitar, percussion
Sven Buick - bass
Percy Robinson - steel guitar
Brendan Hayes - keyboards
Robbie Brennan, Fran Breen - drums
&
Declan Masterson - whistle, Uileann pipes
Paul Kelly - fiddle
Mairtin O'Connor - accordion
Pete Cummins -guitar
Brendan Reagan - bazouki, mandolin
Donovan - harmonica

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

dimanche 13 avril 2014

France Dimanche (2)

Marc Ogeret "Chansons "Contre"" (1968/88)
ou "C'est la lutte finale !"


     Vous ne le connaissez probablement pas alors, avant de parler de l'album, commençons par une petite biographie empruntée au site du Centre National de Documentation Pédagogique (je sais, ça fait un peu peur) : "Marc Ogeret naît à Paris en 1932. Son père travaille au service santé du ministère de la Guerre et sa mère est couturière. Il suit sa scolarité aux lycées Montaigne et Louis Le Grand. À 17 ans, il abandonne ses études et devient apprenti dans une fonderie. Puis il travaille chez IBM et chez Renault. Poussé par une bande d’amis qui montent une troupe de comédiens, il abandonne son poste. En 1950, il entre au Centre dramatique de la rue Blanche. Il y reste trois ans tout en faisant la manche avec sa guitare aux terrasses des cafés. Il interprète Léo Ferré, Félix Leclerc et Jacques Douai. Pierre Prévert le remarque et lui donne sa chance. Il le fait passer en 1956 dans son cabaret La Fontaine des Quatre Saisons, dans le programme de Philippe Clay. En 1957, Marc Ogeret chante chez Agnès Capri. Il devient l’un des interprètes majeurs de la chanson poétique. Il consacre ses premiers enregistrements à partir de 1960 aux poètes Marc Alyn, Pierre Seghers, Louis Aragon, Luc Bérimont, André Salmon, Paul Gilson… En 1962, il reçoit Le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. En 1965, il chante à Bobino en première partie de Georges Brassens. Il interprète Aragon aux Trois Baudets en 1966. Marc Ogeret a consacré de nombreux disques à des œuvres : Louis Aragon (1966, 1974, 1992), Jean Genet (Le Condamné à mort, 1971), Aristide Bruant (1978), Jean Vasca (1990), Léo Ferré (1999)... Il a aussi chanté la Commune (1968), des chansons contestataires (1968, avec notamment Le Métingue du Métropolitain, Gloire au 17e), la Révolution (1988, La Carmagnole, La Complainte de Louis XVI aux Français, La Liberté des nègres...), la Résistance (1990), et la mer et les marins (1970, 1996)." Voilà, ça situe le personnage, dans les grandes lignes en tout cas. Nous sommes donc clairement dans le côté gaucho-lettré pré puis soixante-huitard. Rien de mal là dedans, à mon avis et ce n'est pas Leny Escudero qui dira le contraire.

     En l'occurrence, ce Chanson "Contre", originellement prévu pour une sortie en avril 1968 sera repoussé... du fait des évènements naissants et de leur suite bien connue de toute la population française, ses pavés, ses barricades, ses jeunes gens et ouvriers prêts à  en découdre avec une intelligentsia sourde à leurs requêtes pourtant pas si excessives que ça. Une France paralysée, une France à la charnière entre hier et demain.  Mais donc, Chanson "Contre" ne verra le jour officiellement que quelques mois plus tard, 9 chansons traditionnelles ou historiques, 9 chansons de rébellion et d'insoumission ici supplémentées par 9 autres enregistrées en 1973 et 1980 qui couvrent évidemment les mêmes préoccupations, le même univers frondeur et résistant.
     Musicalement, la facture de l'ensemble des sessions, quelque soit leur date, tend vers un extrême classicisme de la chanson française à texte, à texte résistant, bien sûr ! Le chant est donc l'atout principal de la galette et, dans le genre, Marc Ogeret se pose un peu là avec sa voix franche et ses interprétations millimétrées et passionnées mais sans emphase excessive, bien supportées par quelques orchestrations discrètes typiques de la chanson "à texte" si chère à l'exception culturelle française. Si la voix d'Ogeret est indéniablement l'atout de Chansons "Contre", c'est bel et bien le matériau sélectionné qui en est la vedette absolue.
     Evidemment, une petite connaissance de la période à laquelle les chansons ont été composées ne nuira pas à l'appréciation de leur parfaite interprétation. En l'occurrence, datant d'après la commune et d'avant la Première Guerre Mondiale, elles sont le reflet d'une France en changement, une France encore largement rurale mais où l'industrie et la prospection minière créent des pôles de concentration humaine, et des concentrations de mécontentement, de grogne, forcément. Parce que la "Belle Epoque" est aussi une période de scandales politico-financiers, le début d'un certain capitalisme triomphant brulant inconsidérément son combustible humain, et Monsieur le Curé, complice implicite de l'ordre établi comme de l'ordre s'établissant, et de l'état qui veut que des frères humains se battent pour des intérêts qui ne les touchent pas. On trouve tout ça dans Chansons "Contre", collection rouge et noire résonnant plus qu'on ne le penserait avec les maux modernes.

     Un vrai bel album à la facture classique lui ayant permis de ne pas prendre trop de rides avec de bons bouts du patrimoine historique français ? Ca ne se refuse pas. Merci M. Ogeret.


1. Le Déserteur 3:40
2. Nos vingt ans 4:40*
3. Le Conscrit 4:39*
4. Révision 4:18*
5. Les conscrits insoumis 3:20
6. J'avions reçu commandement 2:06**
7. Gloire au 17e 3:15
8. Faut plus de gouvernement 2:40
9. Plus de patron 1:20
10. Le Triomphe de l’Anarchie 5:45
11. La Marseillaise anticléricale 6:15
12. La Carmagnole 3:33**
13. L'Expulsion 3:25
14. 1er mai 2:27*
15. La Chanson du Père Duchesne 2:54*
16. Le père Lapurge 3:15*
17. Fille d'ouvriers 3:40*
18. Le métingue du métropolitain 3:20
* bonus, enregistrement 1980
**bonus, enregistrement 1973


Marc Ogeret - chant
Michel Villard - arrangements, direction d'orchestre
André Clergeat - réalisation artistique

l'arrière de la pochette (édition originale)

samedi 12 avril 2014

La rumeur court toujours...

Fleetwood Mac "Rumours (Deluxe Edition)" (1977/2013)
ou "Fame !"


     Vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, doté de singles imparables entourés de chansons de qualité, Rumours, 11ème album des anglo-américains de Fleetwood Mac (depuis l'arrivée de la doublette Nicks, Buckingham sur leur second éponyme paru deux ans plus tôt) est un triomphe artistique autant que commercial. Pourtant pas un album ayant été enregistré dans des conditions idéales...
 
     Parce que les cieux ne sont pas exactement d'un bleu sans nuages dans la formation. Déjà parce que la relation tumultueuse entre Stevie Nicks et Lindsey Buckingham conduit à de nombreuses bisbilles entre les deux amants intermittents qui forment aussi une fameuse équipe de songwriters pas pour rien dans la miraculeuse relance artistique et commerciale de Fleetwood Mac. Ensuite parce que le mariage entre John et Christine McVie (née Perfect, ça ne s'invente pas !) bat sérieusement de l'aile et prendra d'ailleurs bientôt fin, à peine la tournée achevée. Rajoutez à ça le déchainement de paparazzo et de la presse people d'époque qui, à l'odeur du sang, rapplique tel une meute assoiffée, et raconte pas mal de conneries ce qui n'arrange rien. Bref, ce n'est pas la joie, heureusement, au moins !, que tout va bien dans la vie de ce grand fou de Mick Fleetwood !
     Tout ceci aurait dû conduire à une galette désastreuse, un brouet infect pourri par les batailles rangées et les désaccords s'il n'y avait eu la farouche volonté de chacun des musiciens de se surpasser et d'offrir les plus belles lettres de leurs plus belles plumes. Le résultat ne se fait pas attendre, porté par une série de singles atteignant tous le Top 10 des charts étatsuniens, avec même un Number One (Dreams, signé Stevie Nicks), l'album se vend comme des petits pains à une foule affamée, et décroche même la timbale avec une double première place aux States et dans leur Grande Bretagne "semi-natale" (et une 27ème en France, heu...). Il faut dire que ce rock policé, poppisé ratisse large et ne cherche aucunement à choquer. C'est de "feelgood music" dont il s'agit, un machin léger, ensoleillé, expertement joué et enregistré évidemment et qui, miracle !, détient ce petit supplément d'âme, cette substance qui en fait plus qu'une bête œuvre de passage, plus qu'une simple sucrerie pour les tympans. A l'évidence, toutes ces chansons ont été construites dans le but de flatter l'oreille de l'auditeur avec leur hooks mélodiques bien trouvés, leur harmonies vocales mixtes parfaites, leur flow digne d'une highway désertique (ha ! rouler dans une décapotable vers Monument Valley au son de Dreams !). Que de bonnes chansons en plus, parce que ce Fleetwood Mac sait aussi bien faire dans l'enjoué (l'irrésistible morceau d'ouverture, Second Hand News), dans le rock californien le plus léché et ear-friendly (Dreams évidemment mais aussi les autres mégatubes, Don't Go et Go Your Own Way, et quelques autres titres (aussi réussis) tel étant le principal terrain de chasse de la formation en cette seconde moitié des seventies) que dans les délicatesses arpégées (Never Going Back Again, trop petite merveille produit de la délicieuse imagination de Lyndsey Buckingham) ou pianotées (la jolie ballade Songbird si délicatement interprétée par son auteure, Christine McVie).
     12 morceaux, 44 minutes, pas de blablas, que des résultats... Et plus de 30 millions de consommateurs satisfaits (sans compter les pirates !)... Ca en impose ? C'est mérité !

     Qui dit Deluxe dit bonus et le moins que l'on puisse dire est que la bonne maison Warner Bros n'a pas été avare en matériau de belle qualité. D'abord, il y a le live ou plutôt les lives de multiples sources de la tournée Rumours ayant été assemblées pour l'obtention du résultat de qualité honnête qui vaut surtout parce que, hors bootlegs, aucun live officiel de cette tournée n'était encore paru. Qualité honnête parce qu'avec un son live, les compositions perdent un tout petit peu de leur superbe qui devait beaucoup à la précision de leur enregistrement et de leur production. Pas indigne pour autant, c'est une plaisante expérience d'autant que quelques morceaux plus anciens s'y sont glissés pour le bonheur de tous.
     Ensuite, et c'est là le vrai essentiel de ce Deluxe, on découvre les archives, les chutes de studio qui, comme à l'accoutumée quand elles sont bien choisies, nous proposent aussi bien quelques bonus intéressants que d'autres nous permettant, furtivement, fugitivement de se croire, petite souris planquée dans un recoin du studio d'enregistrement et goûtant au "work in progress" d'une œuvre désormais légendaire. Un vrai petit bonheur de si belle qualité qu'il ne sera pas forcément exclusivement réservé aux fans qui sont tout de même, bien sûr !, sont cœur de cible (comme on dit).

     Album intemporel, pilier inaltérable d'un classic rock triomphant, Rumours demeure, plus de trois décennies après sa sortie, une Rolls d'album, un machin simplissime et imparable qu'on a parfois aimé haïr tant il en imposait mais qui, finalement, emporte le morceau, encore plus dans le luxueux remaster Deluxe ici présent. Et si on pressent qu'il eût été possible de soigner encore mieux le son pour se rapprocher du vinyle originel, la qualité est tellement accrue par rapport aux précédentes édition CD qu'on aurait mauvaise grâce à faire la fine bouche au moment d'évidemment recommander l'acquisition et l'écoute répétée à volume respectable de ce monument absolument pas en péril, preuve d'un Fleetwood Mac qui de 1975 à 1979 tutoyait les étoiles.


CD 1: Album
1. Second Hand News 2:56
2. Dreams 4:17
3. Never Going Back Again 2:14
4. Don't Stop 3:13
5. Go Your Own Way 3:43
6. Songbird 3:20
7. The Chain 4:30
8. You Make Loving Fun 3:36
9. I Don't Want to Know 3:16
10. Oh Daddy 3:56
11. Gold Dust Woman 4:59
12. Silver Springs 4:48
 
CD 2: Live 77, "Rumours" World Tour
1. Intro :48
2. Monday Morning 2:38
3. Dreams 4:07
4. Don't Stop 3:51
5. The Chain 5:40
6. Oh Daddy 4:47
7. Rhiannon 7:55
8. Never Going Back Again 2:20
9. Gold Dust Woman 7:03
10. World Turning 7:31
11. Go Your Own Way 4:54
12. Songbird 4:00

CD 3: More from the Recording Sessions
1. Second hand news early take) 2:26
2. Dreams (take 2) 5:35
3. Never Going Back Again (acoustic duet) 2:19
4. Go Your Own Way (early take) 4:04
5. Songbird (demo) 4:33
6. I Don't Want to Know (instrumental, take 10) 4:23
7. Keep Me There (early take) 3:42
8. The Chain (instrumental) 5:14
9. Keep Me There (demo) 5:29
10. Gold Dust Woman (with vocal) 4:18
11. Oh Daddy (early take) 5:25
12. Silver Springs (early take) 3:48
13. Planets of the Universe (early take) 5:31
14. Doesn't Anything Last (demo) 4:28
15. Never Going Back Again (acoustic duet) 1:03
16. Never Going Back Again (instrumental) 2:36


Lindsey Buckingham – guitars, banjo, dobro, percussion, vocals
Stevie Nicks – vocals, tambourine
Christine McVie – keyboards, piano, Hammond organ, clavinet, vocals
John McVie – bass guitar
Mick Fleetwood – drums, percussion, harpsichord

vendredi 11 avril 2014

Balade lisboète

V/A "Fado Anthologia" (2013)
ou "Lusosoul"


     Son titre est un peu excessif parce qu'avec 18 artistes, 18 titres, et 57 petites minutes, on ne fait qu'effleurer le sujet de la plus célèbre musique traditionnelle portugaise, ça n'en reste pas moins une bonne présentation, un premier guide utile à qui, comme votre serviteur, désire y plonger sans vraiment savoir par où, avec qui, etc.
 
     Fado Anthologia, donc, puisque c'est le titre... L'avantage c'est la diversité historique proposée avec des titres des années soixante aux années 2000. Le Fado d'hier et d'aujourd'hui en somme, l'expression de mélancolie lusitanienne dans des mélopées douces-amères, une musique profondément populaire devenu un monument national ici représenté dans toute sa diversité et, évidemment, avec quelques-uns de ses plus beaux noms d'Amalia Rodrigues, la reine du Fado (que si vous connaissez un(e) artiste de Fado, pas de doute, c'est elle !), à Alfredo Marceneiro, l'un des fondateurs du genre, jusque Cristina Branco ou Ana Moura, stars actuelles d'une musique à la vivacité encore pas démentie. Et bien sûr, comme me le fit remarquer un ami portugais à qui je demandais son avis sur la compilation, ce ne sont que des tubes ou des classiques donc un outil extrêmement utile au newbie un peu perdu dans la masse imposante des productions du genre.

     Vous serez donc bien tombé si, comme moi, vous avez fait le choix de cette chiche mais bien construite Fado Anthologia, et probablement cela débouchera-t-il sur d'autres excursions de plus longue durée dans un genre qui, inscrit au patrimoine culturel de l'humanité par l'Unesco en 2011, reste une préoccupation largement communautaire ne demandant pourtant qu'à accueillir et à séduire de nouveaux convaincus à la grâce de la "lusosoul"... J'en suis !


1. Fado maestro - Carlos Do Carmo 3:37
2. Alfama - Amalia Rodrigues 2:38
3. Os buzios - Ana Moura 3:38
4. Sei de um rio - Camane 4:15
5. Meu fado meu - Mariza 3:28
6. Audacia - Mafalda Arnauth 4:00
7. Que fazes ai lisboa - Paulo Braganca 3:12
8. Fado-mae - Dulce Pontes 3:38
9. Sete pedacos de vento - Cristina Branco 3:26
10. Mocita dos caracois - Alfredo Marceneiro 3:29
11. Princesa prometida (fado triplicado) - Aldina Duarte 2:28
12. Fado meia noite - Manuel de Almeida 3:47
13. Dona fortuna - Ivone Ribeiro 1:56
14. Quem vai ao fado - Jorge Fernando 3:04
15. Nao sou fadista de raca - Teresa Tarouca 2:38
16. Cancao do mar - Misia 2:58
17. Gosto de ti porque gosto - Deolinda Maria 2:04
18. Maria madalena - Lucilia Do Carmo 2:33


Pour accompagner la musique,
quelques photos de mon récent séjour lisboète:

Vue depuis un des deux funiculaires de Lisbonne,
ville vallonnée ici baignée de soleil.
 
Belem, banlieue de Lisbonne :
Un joli jardin et le monastère des Hiéronymites
 
La tour de Belem :
Elle était au milieu du Tage, avec le tremblement de terre de 1755,
elle s'est retrouvée sur la côte... intacte.
 
Le cloître du monastère des Hiéronymites,
architecturalement superbe, un lieu très zen aussi.
 
Avenue de la Liberté à Lisbonne :
Un peu les Champs Elysées de la capitale portugaise,
en plus propre, plus arboré et fleuri et avec de joli trottoirs.
 
Voir ci-dessus.
 
Y a même de jolies fontaines !
 
Vue panoramique de Lisbonne depuis un des nombreux "Miradouros"
 
Un majestueux cèdre du Liban de plus de 350 ans dans un joli parc lisboète.
 
Un oranger sur l'avenue de la Liberté.

jeudi 10 avril 2014

Les Immanquables (4) : Stars can frighten

Pink Floyd "The Piper at the Gates of Down (40th Anniversary Edition)" (1967/2007)
ou "Un Floyd complètement Barrett"


     Un album qu'on n'a plus à présenter, du moins qu'on ne devrait plus avoir à présenter puisque force est de constater que le succès planétaire des planeries et concepts du Floyd II (celui tenu par Gilmour et Waters, puis Waters, puis Gilmour... Faut suivre !) aurait tendance à faire de l'ombre au précieux psychédélisme prospectif du Floyd I (celui mené par l'imagination fertile et tordue du bientôt barré Syd Barrett). En vérité je vous le dis, The Piper at the Gates of Dawn est un Monde à lui seul.
 
     Parce que des albums comme ça, Pink Floyd n'en fera plus, et que les deux opus solitaire de Syd, avant l'écroulement mental final et le retrait du monde des vivants, ne font qu'effleurer le sujet. Peut-être parce qu'il fallait la présence disjonctée de Barrett en plus de l'expertise instrumentale de Waters, Wright et Mason pour reproduire, ou succéder au tour de force original.
     L'album débute sur les chapeaux de roues avec un Astronomy Domine spatial en diable que le groupe électrisera et rallongera lors de nombreux concerts, une des seules compositions du "Floyd de Barrett" à intégrer brièvement le répertoire du groupe après son départ. Sûrement parce que le reste, pour excellent fut-il, est trop imprégné de l'aura du foutraque absent pour lui rendre parfaitement justice. Comment, en effet, imaginer Lucifer Sam, Pow R. Toc H., Take Up Thy Stethoscope and Walk,  Interstellar Overdrive sans les délicieuses errances trippées de la guitare et les vocalises possédées de Barrett. Et même sur des compositions plus "pscyché-pop",  Matilda Mother ou l'amusant The Gnome par exemple, il est évident que Barrett, élément central indiscutable, chanteur pas exactement exceptionnel mais au timbre et maniérisme éminemment attachant, et capable d'habiter les ballades (la belle planerie Chapter 24) d'une douceur éthérée tout à fait appréciable et nullement saccharosée, est en l'espèce irremplaçable.
     Evidemment, in fine, c'est la performance de tout le groupe qu'il faut saluer. Parce que les claviers et orgues de Rick Wright sont instrumental dans le succès de la construction de ses chansons au fragile équilibre, parce que Roger Waters, bassiste solide et vocaliste de soutien utile est souvent le ciment de l'édifice, enfin parce que Nick Mason, trop souvent vu comme le point faible du fait de sa frappe étonnamment légère pour le style de musique pratiqué, fondamentalement plus percussionniste que batteur, habille habilement d'effets rythmiques bien trouvés le matériau proposé par ses "collègues", en ceci il perpétue la tradition des batteurs "mélodiques" inaugurée par Ringo Starr. En bref, le trio, plus que de simples accompagnateurs, parvient à tisser les structures, et quelles structures !, pour canaliser la créativité débordante mais parfois éparpillée de son instable compositeur, du grand art.
     Sur la présente édition, sans les bonus de l'édition Deluxe trois CDs, on appréciera le master impeccablement restauré, nettement moins compressé, étriqué que la précédente édition sur petit disque métallisé qui donne un air, une légèreté digne de l'édition vinyle d'époque. Et deux mixes donc, personnellement, je préfère le stéréo, plus spatial, mais le mono passe mieux à forts volumes, du coup les deux sont bienvenus, nécessaires.

     The Piper at the Gates of Dawn est un chef d'œuvre. Une galette unique indispensable à quiconque s'intéresse de près ou de loin à la musique (proto) progressive ou psychédélique. En 1967, Pink Floyd avaient la formule magique, leur première formule magique puisque les circonstances et la détérioration mentale graduelle et implacable de Syd Barrett, et forcément son départ inévitable et son remplacement par un plus stable individu (David Gilmour), allait bientôt les obliger à repenser leur formule... Mais c'est une toute autre histoire qui n'enlève nullement à ce premier opus son statut ô combien mérité d'immanquable !


CD 1 (mono)
1. Astronomy Domine 4:17
2. Lucifer Sam 3:09
3. Matilda Mother 3:05
4. Flaming 2:46
5. Pow R. Toc H. 4:24
6. Take Up Thy Stethoscope and Walk 3:07
7. Interstellar Overdrive 9:41
8. The Gnome 2:14
9. Chapter 24 3:53
10. The Scarecrow 2:10
11. Bike 3:27

CD 2 (stereo)
1. Astronomy Domine 4:14
2. Lucifer Sam 3:07
3. Matilda Mother 3:08
4. Flaming 2:46
5. Pow R. Toc H. 4:26
6. Take Up Thy Stethoscope and Walk 3:06
7. Interstellar Overdrive 9:40
8. The Gnome 2:13
9. Chapter 24 3:42
10. The Scarecrow 2:11
11. Bike 3:24


Syd Barrett – lead guitar, vocals
Roger Waters – bass guitar, vocals
Rick Wright – Farfisa Compact Duo organ, Hammond organ, piano, celeste, vocals
Nick Mason – drums, percussion
&
Peter Jenner
– intro vocalisations on "Astronomy Domine"
Norman Smith – vocal and instrumental arrangements, drums on "Interstellar Overdrive"

mercredi 9 avril 2014

L'Hammill du mercredi

Peter Hammill "The Silent Corner and the Empty Stage" (1973)
ou "Acoustic Generator ?"


     Hammill sans son Generator ? A regarder la composition de la formation assemblée par le vocaliste progressif britannique, basiquement VdGG avec une invitation à Randy California pour un solo sur Red Shift, ce n'est pas exactement ça. Hammill en chef, en contrôle de son Generator ? On s'en approche parce que c'est évidemment un album solo et, globalement, une œuvre plus apaisée, au moins musicalement, que la production habituelle de son bouillant groupe tout en en conservant l'esprit, qui est essentiel, c'est bien connu.
 
     Parce que Peter Hammill, en s'y étant imposé en leader musical naturel, en voix écorchée vive, unique en son genre marquant de son emprunte mélodique et compositionnelle indélébile un,Van der Graaf Generator qui est aussi, fondamentalement, sa chose, une chose augmentée par l'interaction avec ses comparses, tous d'excellents instrumentistes partageant son goût pour un rock absolument libre, trop d'ailleurs pour être hâtivement coincé dans le galaxie progressive sauf pour en définir ses contours les plus exotiques et improbables, les plus furieux aussi.
     Et donc, un album solo de Peter Hammill, surtout de cette période avec l'exacte formation qui l'accompagnait en communauté juste avant, est forcément comparable au "body of work" Van-der-graafien.  The Silent Corner and the Empty Stage, le troisième jalon solitaire, ne fait pas exception, il serait même le plus proche, le moins particulièrement indistinct de ce qu'on imagine du son VdGG.
     Précisons qu'historiquement, nous sommes ici en plein dans la première séparation de VdGG. Mi 72, fatigué par les tournées, par le manque de soutien de leur management et de leur label, par des difficultés et, pire que tout !, par une routine qui ne lui sied guère, Hammill décide de reprendre sa carrière solitaire là où il l'avait laissée avec l'excellent Fool's Mate. Chameleon in the Shadow of Night, très bon album, sort en mai 1973 avec déjà cette version allégée, "folkisée" de son maintenant ex-groupe. On y retrouve d'ailleurs quelques titres originellement prévus pour l'hypothétique successeur du magistral Pawn Hearts dont l'énorme (In the) Black Room/The Tower. C'est d'ailleurs aussi le cas ici avec l'épique A Louse Is Not a Home si typique de la personnalité sombre et théâtrale du combo, un petit chef d'œuvre de chanson à tiroirs, ceci dit en passant.
      Un petit chef d'œuvre finalement tout à fait représentatif d'un album plus électrique, plus brute que son prédécesseur, aussi aventureux évidemment, on ne refait pas Hammill, également précieux instrumentiste à défaut d'être un monstre de technique. Et un arrangeur imaginatif comme le prouve d'emblée un Modern d'un beau dynamique bien que privé de tout élément percussif.  Entre ces deux Himalaya (Modern et A Louse pour ceux qui ne suivraient pas), le niveau d'excellence ne se dément jamais, de la belle ballade hantée qu'est Wilhemina, de The Lie composition largement menée par le piano de Peter et l'orgue de Hugh Banton jusqu'à son crescendo final, du Pawn-heartsien Forsaken Gardens où enfin s'imposent les présences si attendues de David Jackson et de Guy Evans (dont c'est la première apparition sur l'album). Etc. Parce que rien ne déçoit même quand Peter s'impose un relatif minimalisme instrumental comme sur le très réussi Rubicon où, outre quelques discrètes touches de mellotron, les seules voix et guitares d'Hammill (basse incluse) s'expriment.

     Clairement, l'album d'une éblouissante qualité, il n'a besoin de rien d'autre pour s'imposer comme un obligatoire pour ceux qui aiment le rock progressif qui progresse vraiment sans se reposer sur d'atroces boursoufflures instrumentales. Mais il y a en plus, sur le présent remaster, trois BBC sessions de fort correct niveau sur lesquelles, bien sûr !, on ne crache pas surtout qu'elles viennent, en l'occurrence, seulement rallonger un bouillon si savoureux que le rab' n'est vraiment pas de trop.


1. Modern 7:28
2. Wilhelmina 5:17
3. The Lie (Bernini's Saint Theresa) 5:40
4. Forsaken Gardens 6:15
5. Red Shift 8.11
6. Rubicon 4:11
7. A Louse Is Not a Home 12:13
Bonus
8. The Lie (recorded live in Kansas City, USA, 16 February 1978) 6:31
9. Rubicon (BBC session, February 1974) 5:02
10. Red Shift (BBC session, February 1974) 5:51


Peter Hammill – guitars, piano, bass (on 1, 2, and 6), harmonium, keyboards, vocals, mellotron, and oscillator
Hugh Banton – organ, bass (on 3, 4, and 7), keyboards, background vocals
Guy Evans – percussion, drums
David Jackson – flute, alto, tenor, and soprano saxophones
&
Randy California
– lead guitar on "Red Shift"

mardi 8 avril 2014

Caché derrière

Zodiac "A Hiding Place" (2013)
ou "des Sudistes en Germanie ?"


     Si on n'avait pas entendu leur premier opus, on se serait facilement laissé aller à penser tomber là sur un énième groupuscule de folk metal comme l'Allemagne en produit beaucoup, et pas des meilleurs. Force est de constater que cet artwork au gout douteux ne traduit absolument pas la musique d'influence américaine et britannique du quatuor.
 
     Et donc Zodiac, sur la lancée du toujours très recommandé et ultra-revivaliste A Bit of Devil (2012), produisent un second opus du même tonneau pour le plus grand bonheur de leur auditoire grandissant.
     Mais attention, pensez à commencer votre expérience sur la seconde piste de l'album, la première, le single Downtown, étant une telle anomalie en plus d'un complet ratage qu'on préfèrera l'oublier. Parce que, dès Sleep of the Hollow (pourtant pas le plus fameux d'un album définitivement diésel), quel fête de blues rock comme on n'en fait hélas plus assez. De fait, Underneath My Bed, et son Hammond ronflant (joué pas qui ? mystère), enfonce encore un peu le clou avec un groove et une guitare aussi suaves qu'un Robert Cray amphétaminé. Le hard rampant de Moonshine offre une autre facette du combo, plus proche d'un Deep Purple quoique présentement exempt de l'orgue si instrumental au sein des vieux anglais. Cousinage aussitôt confirmé par un Believer entre les pourpre profond période Coverdale et son Serpent Blanc qui suivit. On a même droit à la ballade de la mort avec Leave Me Blind au piano assez comparable au November Rain des Guns'n Roses s'il n'y avait cette envolée présentement bluesy quand Axl & Co tentaient de nous la jouer Elton. On notera aussi qu'il y a un petit quelque chose du plus roots d'Alice in Chains chez ces messieurs, c'est évident à quelques breaks, quelques mélodies, à la voix assez Cantrellienne de Nick Van Delft aussi. Juste ce qu'il faut pour offrir un vernis de modernité à une musique sinon fermement ancrée dans le passé.
     Et puis il y a le machin qu'on n'ose normalement pas, reprendre Cortez the Killer de Neil Young autrement qu'en live afin d'y bénéficier de ce bienvenu supplément d'énergie, d'urgence inhérent à l'exercice et permettant de ne pas trop blêmir en comparaison des diverses versions du Loner. On n'ira pas crier au génie sur une reprise finalement très (trop ?) fidèle où les quatre Germains se défendent bien, très bien même mais sans pousser la composition dans se retranchements, sans pondre un ENORME solo à faire pleurer les foules... Très correct, maîtrisé par des jeunes pousses audiblement inspirées par le sujet mais peut-être trop respectueuses du monument.

     En toute honnêteté, A Hiding Place n'égale pas son petit devancier. Il s'en approche cependant très près offrant de nouvelles pistes à une formation encore en développement. Une fois n'est pas coutume, on regrettera l'extrême clarté d'une production faisant perdre en chaleur une galette qu'on imagine bien transcendée par un contexte scénique libérateur. En attendant la suite, donc, Zodiac valident l'intérêt initial qu'on leur portât, ce n'est déjà pas si mal d'autant qu'il n'est jamais simple à franchir, le cap du deuxième album.


1. Downtown 4:50
2. Sleep of the Hollow 3:35
3. Underneath My Bed 3:41
4. Leave Me Blind 4:36
5. Moonshine 5:19
6. Believer 7:37
7. I Wanna Know Part 1 1:36
8. I Wanna Know Part 2 5:59
9. Cortez the Killer (Neil Young cover) 8:37
Bonus
10. Leave Me Blind (Extended) 7:04


Nick van Delft - vocals, guitar
Stefan Gall - guitar
Ruben Claro - bass
Janosch Rathmer - drums

lundi 7 avril 2014

Devoir de Mémoire (12)

Fuzzy Duck "Fuzzy Duck" (1971)
ou "Rock the Duck!"


     Typique du hard rock, heavy prog du début des année 70 - soit quelque part entre Atomic Rooster, Vanilla Fudge, Deep Purple Mark I et Wishbone Ash - Fuzzy Duck ne sortit qu'un album lors de son très bref passage parmi nous. A l'écoute dudit, on ne peut que le regretter.
 
     Il faut dire que, pas bien aidé par un nom un peu ridicule et une pochette pas spécialement attractive, le groupe était loin de mettre toutes les chances de son côté. Certes, on remarque ce canard à l'afro et aux lunettes noires, rejet de Woodstock semblant malicieusement nous tirer la langue mais a-t-on pour autant eu envie de l'acheter ? La réponse fut un clair, franc et massif non pour un opus, de toute manière, à la sortie probablement trop confidentielle pour un accès aux masses amoureuses d'"hard à orgues".
     Fuzzy Duck, c'est aussi une de ces formations charnières si typiques de leur époque où les lignes entre rock grand public, rock progressif et hard rock sont encore brouillées, où les clans, les tribus, ne sont pas encore tout à fait formées. C'est ce qu'on entend dans la musique de Fuzzy Duck, une transition d'un monde vers un autre, des late 60s/early 70s et leur "pop music" qui englobait tout ou presque à la guerre des étiquettes qui suivra.
     Musicalement, ça nous donne une mixture où, évidemment, l'orgue prend une place folle (mais est heureusement tenu par un instrumentiste compétant également vocaliste de la formation, Roy Sharland) mais sait aussi ménager quelque place à un six-cordiste trop discret et pourtant inspiré (Grahame White, pas loin du soliste extraordinaire d'Uriah Heep, Mr. Mick Box). Cette doublette soliste et mélodique est, il faut dire, aussi très bien soutenue par la basse baladeuse du futur Crazy World of Arthur Brown Mick Hawkworth et d'un batteur, Paul Francis, qu'on situera quelque part entre Ian Paice et Brian Downey (Thin Lizzy) dans sa propension à rouler sur ses futs avec aisance et dextérité.
     Côté chanson, il y a de très bonnes choses (l'essentiel de l'album originel sans le quelconque Just Look Around You et, à une moindre mesure, le peu mémorable Afternoon Out... Les deux machins les moins progressifs de l'album, pas un hasard) et de plus passables tels que les deux singles enregistrés peu après le long-jeu avec un nouvel axeman, Garth Watt Roy, présentant des compositions plus courtes et moins exploratoires qui vont moins bien au teint d'une formation dont, pour le coup, on sent la tentative opportuniste de coller au hard rock triomphant d'un Deep Purple et d'un Led Zeppelin. On y sauvera tout de même l'amusant et bien troussé Big Brass Band et ses cuivres (plus pop que soul), comme son nom l'indique.
    
     Premier album prometteur mais hélas jamais succédé, Fuzzy Duck plaira particulièrement à tous ceux qui aiment le hard rock un poil progressif du tout début des septantes. Du niveau de bien des formations ô combien plus légendaires, c'est un indice palpable que moult trésors enfouis existent encore, et se dévoilent au fur et à mesure que les bonnes volontés archéologico-musicales se développent. Un symptôme d'une époque riche. Un album recommandé.


1. Time Will Be Your Doctor 5:09
2. Mrs. Prout 6:47
3. Just Look Around You 4:20
4. Afternoon Out 4:57
5. More Than I Am 5:30
6. Country Boy 6:00
7. In Our Time 6:39
8. A Word From Big D 1:39
Bonus tracks
9. Double Time Woman 2:58
10. Big Brass Band 2:56
11. One More Hour 3:58
12. No Name Face 3:05


Mick Hawksworth - bass, vocals, 12-string acoustic guitar and electric cello on "In Our Time"
Roy Sharland - organ, vocal on "A Word From Big D", electric piano on "Just Look Around You"
Paul Francis – drums, percussion
Grahame White – electric guitar, vocals, acoustic guitar on "Mrs. Prout" (album tracks)
Garth Watt Roy - electric guitar, vocals (bonus tracks)

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

dimanche 6 avril 2014

France Dimanche (1)

La Foule "La Foule" (1996)
ou "Emporté par La Foule"


     Ha le rock en français, le rock français en français même... Souvent un sujet d'embarras quand on parle avec un anglais ou un américain et qu'on n'a qu'un "maigre" Jojo lalalidé , un Trust qui porte beau sur quelques albums avec ses diatribes péri-syndicalistes mais est de toute façon plus hard que rock, un Téléphone dont on bénit que son interlocuteur ne comprenne pas les paroles douloureusement adolescentes (ce à quoi vous me répliquerez que les Beatles, les Beatles !, en leur temps, etc. Oui mais en anglais ça sonne !). Bref, si notre langue est riche elle se prête assez mal à l'adaptation rythmée et vocalisée de la musique de danse de jeunes originaires des fifties finissantes étatsuniennes.
 
     A chaque règle, évidemment, il y a des exceptions et, justement, avec La Foule, groupe mené par l'excellent toulousain Antoine Essertier, nous en tenons une belle, à défaut d'une qui fit florès mais tout ce qui est bon n'a pas forcément la chance de rencontrer le succès comme vous ne le savez que trop bien...
     Et donc, en 1996 parait le premier, et hélas unique, d'une formation de rock française, s'exprimant en français sans que jamais la moindre gêne, le moindre décalage culturel, ne se fasse jour. La recette du miracle ? Une forte personnalité déjà parce que j'ai eu beau chercher à quel luminaire anglophone les petits français me faisaient penser, et rien. Il y a bien des influences, des effluves de quelques grands anciens comme Led Zeppelin (et les orientalismes bienvenus de Robert Johnson et d'autres), des rapprochements avec le meilleur de quelques "collègues" (Bertignac sur Ecoutez-moi, Daran, un grand pote d'Essertier avec lequel il a justement collaboré ceci dit en passant, sur la Folie) mais rien qui ne soit criant ou particulièrement envahissant. La Foule sont avant tout eux-mêmes, on ne les voudrait pas autrement.
     Parce qu'on a là une fine équipe de musiciens, un groupe resserré, un quatuor au line-up assez inhabituel pour le genre de musique pratiqué puisqu'au classique de chez classique guitare, basse et batterie se voient ajoutées des percussions. Une fine équipe donc, possiblement des virtuoses mais la démonstration technique n'étant pas l'objet on ne pourra parler que d'une absolue maîtrise instrumentale en la circonstance. Quoiqu'il en soit, on ne peut que remarquer une basse particulièrement riche ici (L'âge du capitaine), des riffs si bien trouvés qu'on a parfois l'impression de les avoir entendu ailleurs sans vraiment pouvoir définir d'où ou de qui, des chœurs riches supportant la voix médium d'Antoine et ses "pétages de plombs" énervés bienvenus, une batterie à la lourdeur proverbialement Bonhamienne, et des percus qui sont définitivement un élément décisif offrant un supplément d'allant, d'énergie autant que de finesse au son de la formation. Et de foutues bonnes compositions surtout ! Des refrains qu'on retient instantanément et ne lassent pourtant pas (Demain c'est dimanche, Ecoutez moi, La chanson préférée). Des paroles bien troussées, poétiques et pas connes qu'on n'en entend pas tous les jours en rock francophone (évoquant même des sujets parfois difficiles, voir Constance Lerouge). Des idées musicales comme s'il en pleuvait dans un cadre rock pourtant toujours respecté stricto sensu. En un mot comme en mille, une formation DOUEE. Et bien mise en son avec la voix bien dans le mix comme il se doit pour le rock'n'roll, et une clarté d'ensemble d'autant plus appréciable que la performance est, je me répète, pas grave, belle.

     Hélas, mille fois hélas le succès ne fut pas au rendez-vous et de suite à La Foule il n'y eut point. Antoine Essertier disparut d'ailleurs de la sphère exposée de la musique française même si je ne doute pas que, quelque part, il ronge son frein et prépare son retour (vivement !). Reste cet album, quasi-introuvable aujourd'hui (sauf d'occasion), une vraie belle réussite prouvant que rock et français peuvent fonctionner ensemble quand ils sont confiés à d'habiles artisans comme c'est clairement le cas ici.


1. Robert Johnson 3:43
2. Demain c'est Dimanche 5:13
3. Ecoutez-moi 4:18
4. La Folie 3:19
5. L'âge du Capitaine 4:20
6. Au Sexe Moderne 3:00
7. Les Fantômes 3:49
8. Je reste au lit 4:12
9. Viens voir ailleurs 5:04
10. La chanson préférée 3:06
11. Constance Lerouge 3:57
12. Terence Hill 3:43


Skiz - basse, chœurs
Syl East - batterie, chœurs
Fab "Koala" Drigues - percussions, chœurs
Antoine Essertier - chant, guitares

samedi 5 avril 2014

La malle de l'Oncle Boddie

V/A "Boddie Recording Company: Cleveland, Ohio" (2011)
ou "Une petite histoire de la musique noire américaine"


     A la fois une petite histoire de la black music américaine des années soixante à quatre-vingt et l'histoire d'un homme, Thomas Boddie, Boddie Recording Company: Cleveland Ohio, est une touchante, authentique et passionnante collection sauvée d'un oubli à-priori inévitable par quelques bonnes âmes à la mémoire moins poreuse que la multitude.

     Actif de 1965 à 1983, Boddie Recording devait - sous la férule d'un directeur ne manquant ni d'ambition ni de dévotion pour sa cause - se diviser en plusieurs sous-labels dont 3 principaux (Soul Kitchen, Luau et Bounty) dont chacun se voit échoir un cd du présent coffret. Chaque label, évidemment, a sa spécificité. Quand Soul Kitchen offre un assemblage de soul souvent infusé de rock et de funk typique de l'époque (Sly & the Family Stone et autres Parliament/Funkadelic sont passés par là), Luau est plus orienté vers un public adolescent proposant des morceaux majoritairement légers et sucrés, quand au 3ème, Bounty, c'est le label largement dévolu au gospel et ses déclinaisons de la galaxie Boddie.
     Ouvrant largement ses portes à tous les talents afro-américains qui croisaient sa route, Thomas Boddie ne collecta pas que des aigles. Il est surprenant cependant de constater que, si les formations manquent globalement d'originalité et dérivent toutes plus ou moins d'un artiste « in » leur étant contemporain (ce qui permet d'ailleurs un petit jeu de détective artistique tout à fait réjouissant), la qualité domine largement la sélection et les faux-pas sont, finalement, incroyablement peu nombreux pour une structure si confidentielle. Le mérite en revient à un directeur qui, en plus d'avoir du nez, n'hésitait pas à déplacer le studio mobile de sa fabrication pour enregistrer sur le vif ceux qu'il jugeait les plus efficaces ainsi (ça vaut largement pour les formations de gospel jamais aussi fortes que dans leur environnement habituel). Rajoutons à ça des prises de son qui, à quelques exceptions près, n'ont pas à rougir de la comparaison avec celles de maisons plus prestigieuses et vous obtiendrez, vous l'aurez compris, un tout extrêmement satisfaisant.

     La faute à pas de chance ? Le manque d'un artiste phare pour porter ses travaux et mettre enfin en lumière son catalogue ? Sans doute. Criblé de dettes et fatigué de lutter, Thomas finira par laisser son Boddie Recording s'éteindre dans l'indifférence générale. Il lui survivra jusqu'en 2006 et n'assistera donc malheureusement pas à la mise en lumière salvatrice proposée par le Numero Group dans cet admirable coffret qui, en plus d'un rare et assez irremplaçable trésor sonore (mineur mais fourmillant !), est aussi un bel et riche objet comprenant une biographie détaillée du label enrichie de nombreuses photos, pochettes et autres documents d'époque. Bref, une pièce qui fera belle figure dans la collection de tout amateur de musique black.

 
 
CD 1:
- SOUL KITCHEN

1. Creations Unlimited - Chrystal Illusion 3:18
2. Ricky Hodges & the Funky People - Don't Destroy Our Love 2:54
3. Frankie Pighee & the Soulettes - Soul Feeling 2:42
4. Chantelle - World of Soul 2:15
5. Jackie Russell - If You Don't Want Me Let Me Be 2:33
6. Angela Alexander & J.D. Saddler - Spoilin' for a Fight 2:32
7. Inter-Circle - The Pusher 3:32
8. Eddie & the Ant Hill Mob - I'm a Number Runner 5:49
9. Bo & the Metros - Moving On 2:35
10. Inter-Circle - The Players 3:12
11. Creations Unlimited - Corruption Is the Thing 3:01
12. King James Version - He's Coming 4:22
13. Angela Alexander & J.D. Saddler - Don't Make Me Kill You 2:06
14. Chantelle - Why Won't You Say (What You Want) 2:36
15. Frankie Pighee & the Soulettes - If You Don't Think That I Love You 2:27
16. Jackie Russell - Don't Trade Love for Money 2:46
17. Bo & the Metros - Buttered Out 3:16
18. Ricky Hodges - I Feel It (The Love You Have for Me) 4:26
19. King James Version - He's Forever (Amen) 4:54

CD 2:
- LUAU RECORDS

1. A.C. Jones & the Atomic Aces - Oh Baby (I Love You) 2:42
2. Harvey Hall - Tell Me About It 3:00
3. Headlines - He's Looking for a Love 1:59
4. J.C. Atkins - I've Got to Find a Way (To Get to Your Heart) 2:41
5. Modern Detergents - Monkey Hips & Yice 2:23
6. A.C. Jones & the Atomic Aces - Give Me Your Love 2:50
7. Harvey & the Phenomenals - Darlene [Instrumental] 2:42
8. Little Anthony Mitchell & the Modern Detergents - Don't Make Me Blue 2:27
9. Penny North - Satisfied 2:25
10. J.C. Atkins & the Dukes - You Upset My Very Soul 2:19
11. Harvey & the Phenomenals - All in Your Eyes 2:48
12. J.C. Atkins - I Love You 2:59
13. A.C. Jones & the Soulettes - Hole in Your Soul 2:47
14. Penny North - Thought I Had a Good Thing 2:15
15. Harvey & the Phenomenals - Darlene [Vocal] 2:43
16. Headlines - Baby 1:46
17. A.C. Jones & the Atomic Aces - Give Me Your Love [Instrumental] 2:44
18. Headlines - He's Looking for a Love [Demo Version] 2:07

CD 3:
- BOUNTY RECORDS

1. Rev. L.R. Hubbard - Child of the King 4:01
2. Brother Bill - Wha's Happ'nin' 4:14
3. Guiding Lights - Lost in Sin 2:56
4. Village of Faith Juniors of Grand Rapids, MI - I Can't Thank Him Enough 2:45
5. Seven Revelators - Keep Holding On 2:50
6. Victory 5 - Have You Been to the Pool 2:54
7. Sounds of Soul - Gospel Train 2:47
8. Corinthian Singers - Why? (It's a Shame) 3:20
9. Fantastic Lightning Area - Jesus You Are My Shining Star 3:05
10. Golden Harmonizers - Won't Be Back No More 2:42
11. Gospel Hebrews - Jesus Is All Over Me 2:40
12. Gospel Fabulators - Read It in the Bible 2:59
13. Spiritual Believers - Sweet to Know 3:00
14. Silver Kings - Trouble the Water 2:55
15. Cleveland Golden Echoes - Used to Live on Broadway 3:30
16. Royal Kings - Look Out for Jesus 3:18
17. Swanee Fightingales - I Know the Lord Will Make a Way 3:57
18. North East of Cleveland, Ohio - If I've Done Anything Wrong 2:53
19. Gospel Ensemble - What You Need 3:27
20. Juanita Ellis - Make a Joyful Noise 4:21

.Recyclé de l'Année du Dragon.