dimanche 25 août 2013

Retour en Grâce

Van der Graaf Generator "Godbluff" (1975)
ou "L'Œuvre au Noir"


Décidément un groupe qui ne fait rien comme les autres, Van der Graaf Generator avait décidé de se séparer après ce que beaucoup considèrent toujours comme leur meilleur album (Pawn Hearts) pour aller vaquer à d'autres activités, d'autres projets (Hammill en solo, etc.), la faute à l'assourdissante indifférence ayant accueilli leur si particulière et si personnelle conception du rock progressif.

4 ans plus tard, la formation, qu'on n'attendait plus alors que l'essoufflement de la scène rock progressive commençait à devenir tangible, revient aux affaires pour un album sans compromis composé de quatre longues pièces (on ne dit pas chanson, ici) complexes et passionnées. En l'occurrence, premier volume d'une trilogie précédant une nouvelle et aussi inattendue séparation, Godbluff montre qu'au delà d'idées d'exploitation d'un nom acquérant doucement mais sûrement un statut culte, ce sont pour des raisons musicales, artistiques que VdGG aura décidé de reprendre son activité.

En vérité, jamais le groupe n'avait sonné si sombre, si habité que sur ce magistral Godbluff annonçant on ne peut plus dignement la tonalité que suivront scrupuleusement ses successeurs (les non moins recommandés Still Life et World Record, tous deux de 1976), celle d'une musique qui ne cherche pas à gagner les faveurs de l'auditeur par autre chose que son propre mérite, la décisive imagination de quatre instrumentistes/compositeurs dont le plus remarquable reste indubitablement Peter Hammill dont la voix écorchée vive, les textes ciselés et l'aura domine franchement le débat. Evidemment, Banton, Jackson, Evans et Hammill sont tous d'excellents instrumentistes, des virtuoses à leur façon même, et nul doute que les soli qu'ils distillent ici en esbaudiront beaucoup. Ceci dit, exemplairement, aucun ne cherche à tirer la couverture à lui état de fait dont la résultante est cette indéniable et admirable capacité à être aussi heavy, torturé et jazzy qu'un King Crimson seconde mouture (de Lark's Tongues in Aspic à Red) en plus jammy et imprévisible encore.

Trop souvent oublié quand on en vient à évoquer les formations les plus essentielles de la vague progressive britannique ayant débuté à la fin des années 60 (Genesis, Yes, ELP, King Crimson, Jethro Tull et quelques autres) , Van der Graaf Generator s'avère, rétrospectivement, au moins aussi nécessaire à la compréhension de ladite scène avec, qui plus est, des attributs de radicalité, une réelle unicité et une originalité sonique rarement entendue. Autant de critères confortant que l'attrait d'un remaster aux petits oignons présentement bonussée de deux accessoires pistes live handicapées par une captation digne d'un bootleg de qualité très moyenne qui ne raviront que les fans les plus hardcore.

Pas de quoi gâcher le plaisir d'un immense opus d'un immense groupe dont on ne saurait trop recommander l'écoute attentive et répétée.


1. The Undercover Man 7:32
2. Scorched Earth 9:43
3. Arrow 9:47
4. The Sleepwalkers 10:41
bonus   
5. Forsaken Garden's (Live) 7:58
6. A Louse Is Not A Home (Live) 12:47


Huh Banton - orgue, basse
Guy Evans - batterie, percussions
Peter Hammill - chant, piano, guitare
David Jackson - saxophone, flute

 CECI EST UN RECYCLAGE DE L'ANNEE DU DRAGON  

6 commentaires:

  1. Ado je les suivais comme Genesis, un peu le versant noir d'une musique de tradition WASP: Lewis Caroll pour Genesis, Lovecraft pour VDGG.
    Peu associé à la mouvance progressive? Avec juste le petit avantage d'être resté apprécié en plein période Punk comme si il faisait la jonction avec les univers de Joy Division?
    Ce fur un plaisir de te lire, finalement j'aime aussi les chroniques d'albums que je connais (voir Ton Stones et tes Queen)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. VdGG, ce monstre tout à fait à part dans un prog anglais souvent complaisant voire onaniste... Je dis ça mais j'aime bien l'onanisme de Yes, Genesis, Camel, etc. Même ELP, c'est dire !
      L'autre monstre, inclassable et inviolé par les hordes punkoïdes haineuses, c'est King Crimson. Et puis Henry Cow mais là, on déborde sur l'avant-garde.


      Merci du compliment Antoine.

      Supprimer
  2. VDGG fait partie des monstres (au bon sens du terme) du prog des années 70. Si ils n'ont pas eu le succès internationale, ils ont du moins été beaucoup appréciés en France, où j'ai eu la joie de les entendre. Mais VDGG n'aurait jamais du voir le jour, étant tout d'abord le backing band de Peter Hammill, celui que je place au pinacle des chanteurs de prog. Personne d'autre ne peux l'approcher, capable de treeble mozartien comme des graves les plus profonds, avec cette voix unique qui imprime sa marque à tous titres de VDGG. Il fallait une voix comme la sienne pour chanter sur une musique, elle aussi unique et si expressive des angoisses de son chanteur (les textes feraient la joie de beaucoup d'apprenti psy). Sa carrière en solo s'interpénètre très bien avec celle au sein de VDGG, complémentaire, car l'une ne va pas sans l'autre. Je suis aussi un inconditionnel des deux. Capable du plus grand raffinement (ils sont so british), comme du plus grand foutoir (sur scène, ils peuvent être apocalyptique), ils nous ont toujours présentés que le meilleur de ce que le prog peut créer comme jouissance interne. Terrifiant de classe, que les apprentis guitareux hurlants en sont restés pétrifiés, ils ont disparus, revenus, et malheureusement, pour de sombres histoires, le quatuor original est devenu un trio. Mais qu'à cela ne tienne, le manquant se fait oublier tant le trio restant est habile à combler le vide. La classe, j'vous dis! Je fus très inquiet lorsque The Voice (c'est comme ça que j'appelle Hammill) a eu ses ennuis de santé qui ont failli l'emmener "at the bottom of the sea", et combien satisfait je fus de le voir reprendre le micro et son piano.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un p'tit coup de Fred Frith ferait pas de mal, lui aussi avec une disco pléthorique et des mélanges audacieux!

      Supprimer
    2. En deux parties :

      - Tout à fait d'accord sur ton commentaire concernant VdGG sauf, peut-être, sur les performances guitaristiques d'Hammill qui n'est pas, loin s'en faut, un virtuose. C'est d'ailleurs sans doute aussi ce qui fait de VdGG un groupe à part qui ne fut pas conspué par les punks, parce qu'il y a un primitivisme dans leur démarche qui est absent chez leurs contemporains.

      - Frith, un pote de Zorn ceci dit en passant, est un grand malade et un musicien passionnant que ce soit avec Henry Cow, en solo, avec Zorn (Naked City, etc.) ou, plus récemment sur Ragged Atlas d'un Cosa Brava qu'on espère voir reparaître après un si réussi premier album.

      Supprimer
    3. Ha ben zut alors, je viens de voir que Cosa Brava avait sorti un second album en 2012 dont je n'avais même pas entendu parler : The Letter. Il faudra que je creuse !

      Supprimer