samedi 11 mars 2017

E comme...

Et maintenant le E. Et quel éventail, tous azimuts et dans tous les sens, comme se doit de l'être une zornolettre digne de ce nom ! Alors, plutôt que de me lancer dans de longs discours, les billets accompagnant chaque album sont là pour ça, laissons parler la musique et... Enjoie !

E comme...

EAGLES OF DEATH METAL "Zipper Down" (2015)
Eagles Fly Free

Bien-sûr, les Eagles of Death Metal, suite aux "incidents" du Bataclan que chacun sait, ne sera plus jamais un groupe tout à fait comme les autres pour nous, public français. Pour ceux qui se s'intéressassent pas forcément à ce projet annexe de l'ex-leader de Kuyss, fomenteur en chef des Desert Sessions et actuelle tête pensante des Queens of the Stone Age, Josh Homme, et de Jesse Hughes, son plus fidèle lieutenant/pote avec qui il collabore depuis longtemps (une Desert Session de 1998, Volume 3 & 4), il n'est pas inutile de préciser que les trois premiers albums de cette formation drôlement nommée (parce que de Death Metal, il n'est évidemment jamais question) ont été de beaux exemples de stoner garage et qu'à défaut de vraiment nous avoir emporté, ils ont satisfait l'amateur de rock gras mais fin. Et donc quand vient Zipper Down, 4ème long-jeu du duo sorti, sept longues années après son devancier, Heart On, le 2 octobre 2015, avant qu'on ne sache, comment aurait-on pu ?, l'impensable, on est fin prêt à accorder à ces Aigles du Metal de Mort notre indéfectible et bienveillante attention et on a bien raison parce que, passé une pochette d'un goût douteux et en plus assez laide, c'est à une sacrée galette de rock'n'roll de chenapans à laquelle nous sommes convies. Parce qu'ils n'ont peur de rien, Josh et Jesse, pas peur de s'aventurer dans le glam rock dynamisé, du presque-Rolling Stones de première bourre, du boogie à faire rosir d'envie le fan d'AC/DC, de la ballade folk-rock 70s, bref, du rock qui n'a d'autre but que de faire secouer les têtes, remuer les popotins avec un large sourire polisson. Caricatural ? Dérivatif ? Oui da!, ce qui semble être le but des deux compères qui se réjouissent dans l'empilement des clichés et leur détournement et est, présentement, absolument glorieusement mené en 34 trop courtes minutes (le seul défaut de l'opus) par un duo qui, souhaitons-le, n'est pas prêt de rendre les armes, avec leur Aigles ou dans leurs autres nombreux projets.

1. Complexity 2:46
2. Silverlake (K.S.O.F.M.) 3:35
3. Got a Woman 2:02
4. I Love You All the Time 3:09
5. Oh Girl 4:08
6. Got the Power 3:28
7. Skin-Tight Boogie 3:12
8. Got a Woman (Slight Return) 0:41
9. The Deuce 3:06
10. Save a Prayer 4:40
11. The Reverend 3:29

Jesse Hughes ("Boots Electric") – guitar, vocals, baritone, bass, talk box
Joshua Homme ("Baby Duck") – vocals, baritone, drums, bass, guitar, electric guitar, duduk, knee slaps, organ, percussion, piano, slapstick, slides, talk box, trumpet
&
Tuesday Cross – additional vocals
Matt Sweeney – additional guitar


E comme...
EARTH, WIND & FIRE "Spirit" (1976)
Funky Spirit!

Enregistré sous la pression d'un prédécesseur ayant atteint les cimes des Charts (That's the Way of the World, 1975), Spirit est une nouvelle démonstration de l'incroyable grâce funky d'Earth Wind & Fire dans les années 70.
En l'espèce, rien de nouveau sur ce 7ème album de la formation qui continue de fusionner funk et jazz avec des cuivres millimétrés, des grooves à se déboîter les hanches et des mélodies... Comme on en redemande ! Porté par deux singles énergiques et supra-efficaces (Getaway et Saturday Night), l'album vaut aussi par ses pistes plus tempérées telles qu'Earth Wind & Fire (le titre), On Your Face ou le final (pour l'édition original) et épique Burning Bush. Il est à noter que les arrangements commencent déjà à changer avec, notamment, des cordes gagnant peu à peu du terrain. Rien de dramatique, le groupe conserve encore ici tout le sel de ses premières années et ne sombre pas encore dans le racolage sonore et la facilité mélodique qui marquera leurs années 80.
Fidèle à l'esprit du groupe, Spirit est indéniablement une des plus belles pièces des référentiels funksters. Dans la présente version, dûment et impeccablement remasterisée (et augmentée de quelques savoureux bonus), il brille de mille feux et offre à l'amateur 50 minutes de pur bonheur. Et ça, ça ne se refuse pas.

1. Getaway 3:47
2. On Your Face 4:33
3. Imagination 5:15
4. Spirit 3:12
5. Saturday Nite 4:02
6. Earth, Wind and Fire 4:40
7. Departure 0:27
8. Biyo 3:37
9. Burnin' Bush 6:46
Bonus
10. Saturday Nite (Alternate Mix) 4:55
11. Seraphim 2:06
12. Imagination (Angels Mix) 1:02
13. Departure (The Traveler) 3:37
14. African Symphony 1:52

Maurice White: chant, kalimba, timbales, batterie
Philip Bailey: chant, congas, percussions
Larry Dunn: piano, orgue, moog
Jerry Peters: piano
Johnny Graham: guitare
Al McKay: guitare, percussions
Verdine White: basse, percussion, chant
Fred White, Ralph Johnson: batterie, percussions
Andrew Woolfolk, Harvey Mason: percussions
Don Myrick, Andrew Woolfolk: saxophone
Charles Loper, George Bohanon, Louis Satterfield: trombone
Lew McCreary: trombone basse
Charles Findley, Michael Harris, Oscar Brashear, Steve Madaio: trompette
Arthur Maebe, David Duke, Marilyn Robinson, Sidney Muldrow: cor français
Tommy Johnson: tuba
Dorothy Ashby: harpe
Dennis Karmazyn, Harry Shlutz, Marie Fera, Ronald Cooper: violoncelle
Barbara Thomason, David Campbell, Denyse Buffum, James Dunham, Lynn Subotnick, Marilyn Baker, Paul Polivnick, Rollice Dale: viola
Asa Drori, Carl La Magne, Haim Shtrum, Harris Goldman, Joy Lyle, Ken Yerke, Sandy Seemore, Winterton Garvey: violon


E comme...
ECHO AND THE BUNNYMEN "Crocodiles" (1980)
Important

Triste mais vrai, en voici un qu'on n'évoque pas assez souvent, et pourtant, quel bestiaire d'album !, singes, crocodiles et hommes-lapins !, quelle influence sur l'évolution du punk rock vers des territoires plus expérimentaux et délayés, aussi. Il faut pour ça un amour consommé et bien digéré du Velvet Underground, quelques sources provenant d'un rock qu'on appelait encore quelques années plus tôt psychédélique (les Doors surtout) et, évidemment, les chansons qu'il faut pour articuler l'exercice. De ce côté là, le Crocodiles d'Echo and the Bunnymen a tout d'un premier album longuement fomenté, précieusement mis au point par des musiciens qui, enfin !, ont le droit à la reconnaissance professionnelle après laquelle il courait tant. Pas que McCullough and Cie soient en quoique ce soir opportunistes, avant-gardistes d'une indie-England un peu sombre mais tout de même très cool, comme dirait le Fonz' !, avec un guitariste à concurrencer l'excellent John McGeogh (Magazine), Will Sergeant, parce qu'il sait créer des climats sortant des sentiers battus et rebattus sans rien perdre de la puissance qui définit le genre, un indie post-punk un poil psyché pour ceux qui ne suivraient pas. Et comment ne pas citer la voix passionnée de Ian McCullough, autre atout majeur d'une formation n'en manquant pourtant pas et qui, capable de passion mais aussi d'imagination, il vocalise volontiers en mode presque free, qui génèrera moult clones jamais aussi inspirés ? Et puis, forcément, on se doit de mentionner le batteur de l'exercice, Pete de Freitas, moteur puissant et inépuisable de l'opus qui succomba d'un accident de la route à l'âge mythique de 27 ans, l'âge du club duquel on ne veut surtout pas faire partie. Avant de revenir aux chansons qui d'un trippant Going Up d'ouverture (les Doors déshabillé par le Velvet ou quelque chose du genre), d'un Stars Are Stars spatial et tendu, d'un Pride glorieusement tribal, d'un Rescue larvé et rampant, d'un All That Jazz presque dansant mais certainement pas jazz, d'un Happy Death Men possédé et théâtral aux nombreux bonus de cette riche édition, inédits, démos, lives, tout tout tout, vous saurez tout sur le croco !, est une impeccable et implacable collection qu'on revisite souvent avec toujours un plaisir renouvelé. Parce que Crocodiles n'est pas qu'un album important dans l'histoire du rock indépendant, c'est surtout une sacrée galette à recommander à tous !

1. Going Up 3:57
2. Stars Are Stars 2:45
3. Pride 2:41
4. Monkeys 2:49
5. Crocodiles 2:38
6. Rescue 4:26
7. Villiers Terrace 2:44
8. Pictures on My Wall 2:52
9. All That Jazz 2:43
10. Happy Death Men 4:56
Bonus
11. Do It Clean 2:44
12. Read It in Books 2:31
13. Simple Stuff 2:38
14. Villiers Terrace (early version) 3:08
15. Pride (early version) 2:54
16. Simple Stuff (early version) 2:37
17. Crocodiles (live) 5:09
18. Zimbo (live) 3:36
19. All That Jazz (live) 2:53
20. Over the Wall (live) 5:28

Ian McCulloch – vocals, guitar
Will Sergeant – lead guitar
Les Pattinson – bass
Pete de Freitas – drums


E comme...
EELS "Hombre Lobo" (2009)
Howling at the Moon

C'est l'histoire d'un 7ème album qui a été long à accoucher mais qui, en fait, n'est que la première partie d'une trilogie sur le désir et ses désenchantements. Présentement, ces derniers tiennent le haut du pavé.
Mark Oliver Everett (alias E) s'y détache notablement de l'intimiste collection qu'avait été Blinking Lights and Other Revelations. Un peu à la manière d'un Lou Reed sobre ( !), ou d'un Tom Waits « normal », il y déroule le blues habituel de l'amoureux déçu - ici représenté par l'enfant loup devenu homme déjà rencontré dans le Dog Faced Boy de l'album Souljacker - à coups, tour à tour, de riffs secs, de voix saturées ou de mélopées douces amères. En soit, la formule n'est pas nouvelle, la différence se fait sur l'inné talent de compositeur du monsieur et le « primalisme » d'une production qui nous offre la viande sur l'os, pas d'inutiles fioritures (quoiqu'on pourra reprocher que la batterie sonne parfois comme une boîte à ryhtme, n'en sont-ce pas d'ailleurs ?).
Evidemment on reconnait la patte d'E, In My Dreams, par exemple n'est pas sans rappeler Beautiful Freak sur l'album du même nom sans qu'on en soit gêné ou puisse invoquer quelque auto-plagiat que ce soit, c'est juste le style d'E, sa marque. De fait, dans l'intimiste (The Longing) ou dans le frontal (Tremendous Dynamite, un blues électrique à la Tom Waits), ces chansons ont une valeur d'évidence qui vient promptement se nicher dans l'oreille et le cortex. Directement familier, une sacré force mais aussi le talon d'Achille de la collection. A l'usage, on se retrouvera de plus en plus souvent à « zapper » quelque titres moins éclatants pour avoir trop vite dévoilé leurs charmes quand d'autres, au premier abord passables, deviennent les favoris (le technoïde et épique Fresh Blood).
Hombre Lobo n'est donc pas un grand album, juste un bon album ce qui, vous en conviendrez, n'est pas négligeable d'autant que les splendeurs (une bonne moitié du tout, quand même !) y font bien vite oublier les (petites) déconvenues. Les fans d'Eels s'y retrouveront forcément, les autres peuvent s'y risquer avec peu de chances de déception.

1. Prizefighter 2:53
2. That Look You Give That Guy 4:15
3. Lilac Breeze 2:36
4. In My Dreams 3:22
5. Tremendous Dynamite 2:46
6. The Longing 4:22
7. Fresh Blood 4:25
8. What's a Fella Gotta Do 3:25
9. My Timing Is Off 2:58
10. All the Beautiful Things 2:22
11. Beginner's Luck 3:37
12. Ordinary Man 3:15

E: chant, guitare, claviers
Knuckles: batterie
Koool G Murder: basse


E comme...
ENFORCER "From Beyond" (2015)
New Wave of Swedish Heavy Metal

Album après album, les suédois d'Enforcer poursuivent leur entreprise : faire renaître le vrai heavy metal de la première moitié des années 80, celui de la fameuse New Wave of British Heavy Metal.
Evidemment, Olof Wikstrand & Cie ne sont pas seuls à appeler de leurs vœux un retour aux valeurs traditionnelles du heavy metal, il existe, depuis une bonne dizaine d'année, un courant est apparu, revitalisant une musique qu'on croyait bel et bien perdue outre les albums de certains de ses serviteurs originaux qui conservait les flaveurs, le charme d'une musique un peu idiote mais réellement distrayante.
Et donc, voici From Beyond, quatrième album d'une formation n'ayant d'autre ambition que de faire revivre le passé pour son amusement et celui de ceux que ça intéressera, et le fait excellemment bien, en l'occurrence. C'est d'ailleurs un soulagement parce que si Diamonds, le second opus de ces messieurs, avait été une révélation revivaliste, son successeur, le très correct Death by Fire, n'avait pas tout à fait reproduit la performance. Mais cette fois, tout va mieux et ce dès un Destroyer introductif mené tambour battant par une formation qui connaît par cœur tous les codes du genre et les applique avec talent et enthousiasme. Ce premier coup d'éclat est bientôt confirmé par un Undying Evil au tempo plus mesuré, aux double-guitares évoquant forcément quelques fantômes d'un passé pas si distant et plus précisément les joutes six-cordées d'un Glenn Tipton et d'un K.K. Downing (Judas Priest). La suite, du bon heavy sans la moindre baisse de régime, est exactement du même tonneau d'eau de feu que ces deux salves d'ouverture avec même, passage quasi-obligatoire de ce genre de galette, deux morceaux épiques du plus bel effet (Below the Slumber et Mask of Red Death) rappelant, le chant androgyne d'Olof Wikstrand mis à part, ce dont Iron Maiden était capable dans le genre, ou, toujours dans le sillage de la fameuse Vierge de Fer, et de ses nombreux héritiers, un Hungry They Will Come qui fera s'agiter les chevelures en un joyeux headbanging qui n'épargnera pas les cervicales d'auditeurs qui n'attendaient de toute façon que ça. Alors, évidemment, il n'y a rien d'original là-dedans. Très référencé, sous influence dirait-on, Enforcer fait le travail bien aidé par une production, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, assumée par le groupe.
En 2015, anachronique en diable, Enforcer continue son objectif revivaliste avec une fougue et une conviction qui font plaisir à entendre sur un From Beyond, vous l'aurez compris, chaudement recommandé aux amateurs du genre qui y trouveront moult raisons d'être satisfaits.

1. Destroyer 3:41
2. Undying Evil 3:52
3. From Beyond 3:22
4. One with Fire 2:52
5. Below the Slumber 6:21
6. Hungry They Will Come 4:32
7. The Banshee 4:17
8. Farewell 4:12
9. Hell Will Follow 3:19
10. Mask of Red Death 6:12

Olof Wikstrand - vocals, guitars
Jonas Wikstrand - drums
Joseph Tholl - guitars
Tobias Lindqvist - bass


E comme...
EURYTHMICS "Sweet Dreams (Are Made of This)" (1983)
Rêves Dorés

Après la courte aventure des Tourists, Dave Stewart et Annie Lennox continuent en duo. En 1981, ils sortent un premier album, le peu concluant In the Garden, avant d'enfin trouver la formule avec leur second opus, Sweet Dreams (Are Made of This) et le reste, comme on dit, is history.
La formule ? Transcender une synth-pop alors en vogue en y incluant une bonne dose de soul, bien vu !, et de féminité, forcément, et ainsi générer une mouture originale et, on le verra, décisive, d'un genre confiné à la prude Albion et à des explorations majoritairement masculines. C'est tout simple en fait, il suffisait d'y penser, et d'avoir les armes pour fourbir tel arsenal. Evidemment, sans bonnes chansons, tout ceci resterait un vaeu pieux mais les bonnes chansons, justement, sont là et propulsent le deux d'aspirants vers les sommets des charts mondiaux avec d'abord le morceau titre de la galette auquel il fut alors impossible de résister. Mais ce n'est pas tout. Sur la foi de cette excellente saillie, moult autres sucreries qui filent droit au but et aux chaeurs d'auditeurs qui n'en croient pas leurs oreilles. Des exemples ? L'introductif Love Is a Stranger déjà, une excellente façon d'installer l'esthétique chic et pop et pas idiote du duo, I've Got an Angel, où Lennox déploie tout le potentiel de son impressionnant organe, The Walk, qui a tout d'une réponse aestrogènée au mâles du mouvement en plus d'un catalogue de tous les trucs de production du père Stewart, ou la longue ballade rampante qui clôt l'album d'origine, This City Never Sleeps. Et encore plus dans la version bien remasterisée et généreusement bonussée proposant quelques douceurs supplémentaires telles qu'une jolie reprise du Satellite of Love de Lou Reed ou l'inédit Home Is Where the Heart Is, ou de plus accessoires tels les deux remixes des deux tubes de l'opus.
Sweet Dreams (Are Made of This), la chanson et l'album, contribueront largement à installer, durablement qui plus est, un duo qui s'est bien trouvé parmi le best of d'années 80 souvent décriées mais qui, présentement, apportent leur eau au moulin de la pop musique, toutes époques confondues. Et dire qu'Eurythmics feront encore mieux, la même année avec Touch, à peine croyable !

1. Love Is a Stranger 3:43
2. I've Got an Angel 2:45
3. Wrap It Up 3:33
4. I Could Give You (A Mirror) 3:51
5. The Walk 4:40
6. Sweet Dreams (Are Made of This) 3:36
7. Jennifer 5:06
8. This Is the House 4:56
9. Somebody Told Me 3:29
10. This City Never Sleeps 6:33
Bonus
11. Home Is Where the Heart Is 3:03
12. Monkey Monkey 4:14
13. Baby's Gone Blue 5:15
14. Sweet Dreams (Are Made of This) (Hot Remix) 5:17
15. Love Is a Stranger (Coldcut Remix) 7:18
16. Satellite of Love 4:37

Annie Lennox - vocals, keyboards, synthesisers, flute
David A. Stewart - guitar, keyboards, synthesisers, programming, backing vocals
&
Robert Crash - guitar, e-drums, synth, robotic vocals
Green Gartside (of Scritti Politti) - guest vocal duet on "Wrap it Up"
Dick Cuthell - trumpet
Adam Williams - bass, synthesiser
Andy Brown - bass
Reynard Falconer - synthesisers
John Turnbull - guitar


E comme...
EZ3KIEL & NAPHTALINE ORCHESTRA "Live au Théâtre de Tours" (2012)
Electro-Orchestral Bliss

S'il y a une formation française qui ne manque jamais ni de souffle, ni d'ambition artistique, c'est bien EZ3kiel qui nous revient cette fois avec une relecture live et orchestrale de son répertoire avec comme colonne vertébrale son album majeur, Naphtaline... Rien que ça !
Pari gonflé tant le matériau originel était d'une immense qualité, en particulier Naphtaline qui a tant marqué la carrière d'EZ3kiel, un opus où la puissance cinématique du groupe prenait tout son essor, un album qui jouait sur les textures sonores, trip-hoppait sur le Quai des brumes, "electronisait" Les Tontons flingueurs... Une vraie réussite artistique rétro-futuriste qu'il n'est donc pas aisé de revisiter.
Pour mener à bien leur tâche, les tourangeaux ne se sont pas ménagés : adjonction d'une formation orchestrale dévouée au projet (l'orchestre de la ville de Tours), réarrangement scrupuleux, pointilleux de tous les morceaux sans oublier, bien sûr, l'aspect visuel du travail du collectif jamais secondaire et bien représenté par Yann Nguema qui en assume la responsabilité en plus des programmations (et avant ça de la basse qu'il a depuis délaissée). Bref, il aura fallu deux ans, du lancement de l'idée à l'accomplissement de l'œuvre, du travail particulièrement soigné donc.
Le résultat ? Il dépasse les plus folles espérances et ce dès la première piste, Derrière l'Ecran, où il est d'emblée évident qu'EZ3kiel n'a pas juste superposé les parties orchestrales à sa musique mais bien reconstruit sa musique pour y inclure des parties orchestrales qui, du coup, magnifient, "cinématisent" encore plus le morceau, alors qu'il l'était pourtant déjà beaucoup ! En ceci, on peut comparer la démarche à celle de Peter Gabriel sur New Blood/Live Blood à l'exception notoire que l'orchestre complémente le groupe là où il le remplaçait chez l'ancien frontman de Genesis. La suite des titres confirme sans peine cet excellent état d'esprit et la parfaite adéquation trouvée entre l'électrique, l'acoustique et l'électronique (discret). On rajoutera que la captation live de qualité (le groupe nous avait déjà fait le coup sur son grand Collision Tour enregistré en commun avec les noise-post-rockers angevins d'Hint) retranscrit magnifiquement les finesses et l'emphase d'enregistrements en état de grâce où l'auditeur consentant n'a qu'à se laisser porter pour voyager.
On n'oubliera évidemment pas de répéter que, comme d'habitude, formation totale contrôlant et développant toutes les facettes de son art et toujours généreuse avec son public, EZ3kiel a particulièrement soigné le package et ajouté une captation live en image rallongeant encore un peu plus le plaisir (ceci dit pour ceux qui achèteront l'objet).
EZ3kiel est de ces collectifs (on ne dit plus groupe à ce niveau) qui ont besoin du soutien du public, le méritent !, parce que chacune de leur sortie discographiques, chacun de leurs "live events" est un évènement mûrement réfléchi et brillamment exécuté. Artisans d'excellence, rares dans un high-tech ayant une récurrente tendance à niveler par le bas, ils satisfont toujours, sur ce Naphtaline Orchestra aussi, forcément.

1. Derrière L'Ecran 5:33
2. Naphtaline 6:13
3. Lady Deathstrike 2:32
4. Adamantium 5:30
5. Lac Des Signes 6:04
6. Insomnies 3:30
7. Exebecce 3:10
8. The Wedding 13:15
9. Leopoldine 4:37
10. Subaphonic 6:26
11. Volfoni's Revenge 13:16
12. Kika 4:33

Directed By, Arranged By – Stéphane Babiaud
Drums, Percussion – Matthieu Fays
Bass, Contrabass – Thomas Lesigne
Guitar – Gérald Bouvet
Performer, Percussion – Erick Pigeard
Piano – Cyril Soufflet
Saxophone, Theremin, Saw – Thomas Quinart
Violin – Christelle Lassort
Guitar, Keyboards, Accordion – Joan Guillon
Orchestra [Le Naphtaline Orchestra] – Orchestre Symphonique Francis Poulenc Du CRR De Tours


samedi 4 mars 2017

D comme...

Au début sur des petits chevaux, du fun à s'en damner. Et un président mort dans un sac en jean... Alors, tous au Brésil, chez les Hippies ou chez les Fous ! Oui-da ! Enjoie ! 

Et sinon, grande nouvelle !, que vous pouvez aussi retrouver dans mon blogroll, Jimmy le Mangeur de Disques en croque désormais à une nouvelle adresse avec tout plein de bonne musiques, quelques bons mots et de quoi s'en prendre plein les mirettes ! Bref, c'est Absolutely Cool !, allez y nombreux !

https://absocool.blogspot.fr/

D comme...
DADA "Puzzle" (1992)
Jeu d'Enfant

De l'indie rock ligne claire aux roots à peine planquées, trois gars aussi sympathiques que compétents, c'est Dada et leur premier long-jeu, l'excellent Puzzle.
Dans la musique de Dada, peut-être parce que c'est un trio, plus certainement parce qu'ils possèdent une similaire "sécheresse", il y a un peu de Police. Dans la musique de Dada, peut-être parce qu'ils sont américains, plus certainement parce qu'il partagent un identique amour de la chanson bien calibrée mais pas formatée pour autant, il y a un peu de R.E.M.. Dans la musique de Dada il y a, surtout !, les personnalités et capacités combinées de trois musiciens et compositeurs doués qui, qui plus est, savent marier leur voix avec un quelque chose d'un certain quatuor de Liverpool, d'Oyseaux plus que recommandés. Voilà, c'est pour situer parce que, à l'image du titre de leur premier long-jeu, c'est à un puzzle d'influences et de vécu dont il s'agit. En chansons, ça donne une douzaine de compositions originales toutes réussies dont on ressortira, pour l'exemple, les plus beaux spécimens. A commencer par un Dorina qui n'a l'air de rien porté par une basse omniprésente et une guitare aérienne mais qui, d'un couplet où bassiste et guitariste unissent leurs voix, d'un refrain planant aux interventions guitaristiques de Michael Gurley (une fine gâchette) fait son petit effet. Il y a aussi Mary Sunshine Rain qui d'un démarrage folk déboule sur un rock bien troussé à bon riff tranchant mène bien sa barque, les inclinaisons pop d'un Dog et de son refrain accrocheur, un vrai quelque chose de U2 sans perdre de leur personnalité sur un Dizz Knee Land qui n'oublie pas de groover, un vrai ancrage roots sur un très réussi Here Today, Gone Tomorrow, le rock'n'roll entrainant et percussif d'un Posters de qualité, un Dim qui ressemble à s'y méprendre à une recontre entre Cure et l'indie rock étatsunien, ou encore le groove irrésistible d'un Who You Are, tout ça sans oublier l'alien de l'album, ce Timothy baladin porté par un des cordes un texte émouvants en perle délicate sur la précieuse parure.
Une belle collection d'un groupe qui a audiblement travaillé son sujet avant d'être dignement mis en son par un certain Ken Scott pour un album, sorti sur le label de Miles Copeland, I.R.S Records, qui ne rencontrera hélas pas le succès qu'il mérite mais est toujours disponible pour tous les amateurs d'indie tempéré de qualité très supérieure. Bravo Dada, très très bien joué.

1. Dorina 6:06
2. Mary Sunshine Rain 4:39
3. Dog 4:13
4. Dizz Knee Land 4:06
5. Surround 3:38
6. Here Today, Gone Tomorrow 4:42
7. Posters 4:05
8. Timothy 4:00
9. Dim 4:21
10. Who You Are 3:24
11. Puzzle 6:20
12. Moon 5:18

Joie Calio: Guitars, Bass, Percussion, Vocals
Michael Gurley: Guitars, Keyboards, Vocals
Phil Leavitt: Drums, Percussion, Vocals
&
Robert Becker: Viola (8)
Henry Corbett: Cello (8)
Bruce Dukov: Violin (8)


D comme...
DAMNED, THE "Strawberries" (1982)
La belle transition

Ce ne sont plus tout à fait les Damned punks électriques d'exception, ce ne sont pas encore les Damned new waveux maquillés, Strawberries est un album de transition, un excellent album aussi.
Dans les faits, après un 2ème album, Music For Pleasure, produit par Nick Mason de Pink Floyd, on aurait dû le sentir, qui a fait flop, et deux galettes conséquentes passées à se racheter (l'excellent Machine Gun Etiquette et le plus nuancé The Black Album), les Damned continuent de faire évoluer leur son, d'élargir le champ de leur investigations, expérimentent avec les forces à leur disposition et en ressortent avec une collection les remettant sur les rails de l'actualité musicale, et grandis aussi parce que cette fois, alors que les essais étaient encore maladroits sur leur précédent, ils y parviennent joliment.
Pour rassurer une fan-base qui aime avant tout le "gros qui tâche", ils entament le bal avec un costaud Ignite et, plus tard, avec l'énervé Under the Floor Again rappelant les jeunes pousses punk de 1977, la finesse mélodique en sus, la suite, par contre est un affaire nettement plus variée avec du rock penchant vers la new wave (Generals), de la soul-rock aux réminiscences Motown évidentes (Stranger on the Town), du revival psyché (Gun Fury, The Pleasure and the Pain, Don't Bother Me), une folie gothico-progressive parfaitement troussée (The Dog), une ballade cousine de ce que faisait alors The Cure (Bad Time for Bonzo) même si Cure le faisait mieux. Tout ça pourrait nous donner un album dispersé mais, d'une, il y a la voix de Dave Vanian en trait d'union providentiel, de deux, il y a un talent d'écriture et une mise en son rendant l'aeuvre cohérente.
Rajoutons à ça, sur la présente édition dûment remasterisée et bonussée, une joyeuse sélection supplémentaire, aussi éclatée que celle de l'album, permettant de prolonger encore le plaisir d'une expérience divertissante et vous obtiendrez, ce qui n'était pas gagné d'avance, une résurrection d'un des leaders de la première vague punk britannique. Une embellie qui ne durera pas pour les Damned qui continueront, bon an mal an, un parcours en dent de scie mais Strawberries, vraiment !, mérite que vous vous y plongiez.

1. Ignite 4:53
2. Generals 3:24
3. Stranger on the Town 5:14
4. Dozen Girls 4:34
5. The Dog 7:25
6. Gun Fury (Of Riot Forces) 2:57
7. Pleasure and the Pain 4:23
8. Life Goes On 4:09
9. Bad Time for Bonzo 3:29
10. Under the Floor Again 5:29
11. Don't Bother Me 2:10
Bonus
12. The Missing Link 0:30
13. Lovely Money (Extended Version) 6:56
14. I Think I'm Wonderful 2:55
15. Take That 2:47
16. Mine's a Large One Landlord 1:16
17. Torture Me 1:24
18. Disguise 3:28
19. Rat vs. The Omni 0:45
20. Citadel Zombies 1:58
21. Bimbo Jingle 0:08

Dave Vanian - vocals
Captain Sensible - guitar, keyboards, vocals
Paul Gray - bass guitar
Roman Jugg - keyboard solos
Rat Scabies - drums, synthesizer
&
Simon Lloyd - brass
Rachel Bor - cello


D comme...
DEAD KENNEDYS "Fresh Fruit for Rotten Vegetables" (1980)
L'essentiel début

C'est le cri primal, la déclaration d'intention originelle d'une bande de San-Franciscains colériques et radicaux, une galette punk et politique qui fera date aussi, c'est Fresh Fruit for Rotting Vegetables, premier opus d'un certain Jello Biafra et des ses Dead Kennedys. Enorme !
Il n'y a d'ailleurs qu'à scruter la liste des morceaux de ce tour de force de 1980 pour se convaincre qu'on tient bien là un sommet discographique du genre punk/hardcore : Let's Lynch the Landlord, Chemical Warfare, California Über Alles, Holidays in Cambodia sont quatre indéniables classique du genre, et les 10 autres titres de l'opus, dont aucun ne décevra l'amateur de musique agressive ET intelligente, d'un groupe ayant un vrai beau sens de l'humour mais aussi une vraie conscience politique et sociale, complètent idéalement le tableau. Alors, certes, musicalement, on n'a pas exactement affaire à des virtuoses mais l'intérêt est ailleurs, dans l'incroyable énergie, la saine et fière conviction d'un quatuor mené par un vocaliste possédé (Jello) bien secondé par un bloc façon char d'assaut qui terrasse tout sur son passage.
Comme en plus cette version "Deluxe" propose les titres complémentaires d'époque, qu'on peut aussi retrouver sur l'excellente et essentielle compilation Give Me Convenience or Give Me Death, les gouteux Police Truck et Too Drunk en particulier, il n'en faut pas plus pour qu'on célèbre, sans long discours mais avec un réel enthousiasme, un authentique classique du punk/hardcore.
Fresh Fruit for Rotting Vegetables, dont l'influence se ressentira chez la plupart des groupes du genre, est ce qu'il est tenu d'appeler un incontournable de Dead Kennedys qui ne le sont pas moins, c'est aussi simple que ça.

CD 1
1. Kill the Poor 3:07
2. Forward to Death 1:23
3. When Ya Get Drafted 1:23
4. Let's Lynch the Landlord 2:13
5. Drug Me 1:56
6. Your Emotions 1:20
7. Chemical Warfare 2:55
8. California Über Alles 3:03
9. I Kill Children 2:04
10. Stealing People's Mail  1:34
11. Funland at the Beach 1:49
12. Ill in the Head 2:46
13. Holiday in Cambodia 4:37
14. Viva Las Vegas 2:42

CD 2
1. Holiday in Cambodia (single version) 3:46
2. Police Truck 2:24
3. Kill the Poor (single remix) 3:07
4. In-Sight 1:40
5. Too Drunk to Fuck 2:41
6. The Prey 3:50

Jello Biafra - lead vocals
East Bay Ray - lead guitar
Klaus Flouride - bass, backing vocals
Ted - drums
&
6025 - rhythm guitar on "Ill in the Head"
Paul Roessler - keyboards
Ninotchka - keyboards, backing vocals
Dirk Dirksen - backing vocals
Bobby Unrest - backing vocals
Michael Synder - backing vocals
Bruce Calderwood - backing vocals
Barbara Hellbent - backing vocals
HyJean - backing vocals
Curt - backing vocals
Chi Chi - backing vocals


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DENIM "Denim on Ice" (1996)
Fun! Fun! Fun!

Dire que ce second album des Britanniques de Denim est distrayant est en dessous de la vérité. Il vaut dire qu'avec une personnalité aussi extravagante que Lawrence Hayward (ex-Felt) aux commandes, nous sommes en bonne compagnie.
Musicalement, Denim fait dans l'improbable. On y retrouve pêle-mêle du Glam Rock, Pub Rock, de la Synthpop, de la New Wave, de la Britpop et souvent tout ceci en même temps ! Les éléments organiques du son se marient formidablement bien avec des synthés et boîtes à rythmes tout droit sorti des pires heures de la musique des 80s dans un parti pris stylistique au mauvais goût délicieusement assumé. Autre élément important de l'identité du groupe, les paroles où Lawrence Hayward alterne non-sens bienvenu et stupidité amusante. Le tout aurait pu être une horreur absolue si ces chansons n'étaient pas si incroyablement accrocheuses et admirablement troussées.
Comme trop souvent dans la multitude des sorties plus ou moins intéressantes, cet album de Denim, s'il rencontra un incontestable succès critique, ne rencontra pas son public. Cependant, le temps passant et les admirateurs du groupe étant motivés pour promouvoir ce combo peu commun, la rumeur qu'il y avait ici quelque chose de particulièrement savoureux perça... En grande partie grâce au partage illicite de musique d'ailleurs.
Et, donc, les amateurs d'une pop/rock typiquement britannique qui n'auraient pas encore posé l'oreille sur cette réjouissante collection n'ont plus qu'à cliquer où il faut pour avoir accès à un album qui, si il ne révolutionne rien, leur amènera une heure de vrai bonheur.

1.The Great Pub Rock Revival 4:14
2.It Fell off the Back of a Lorry 3:21
3.Romeo Jones Is in Love Again 1:44
4.Brumburger 4:23
5.The Supermodels 4:02
6.Shut Up Sidney 2:27
7.Mrs Mills 3:55
8.Best Song in the World 2:44
9.Synthesisers in the Rain 4:59
10.Job Centre 3:00
11.Council Houses 2:39
12.Glue and Smack 3:44
13.Jane Suck Died in '77 3:09
14.Grandad's False Teeth 2:53
15.Silly Rabbit 2:03
16.Don't Bite Too Much Out of the Apple 3:20
17.Myriad of Hoops 2:32
18.Denim on Ice 1:32

Lawrence Hayward: Vocals, Guitars, Synthesizer
Tony Barber: Guitar, Synthesizer
Bill Bass: Bass, Backing Vocals
Kevin Dempsey: Guitar
Tim Dorney: Electronics, Programming
Duncan Goddard: Synthesizer
Gerry Hogan: Dobro, Guitar, Pedal Steel
Gerard Johnson: Synthesizer, Vocoder
Terry Miles: Farfisa Organ, Hammond, Piano,
Synthesizer, Wurlitzer, Backing Vocals
Brian O'Shaughnessy: Roland MC-303, Synthesizer
Peter Phipps: Drums, Backing Vocals
Sean Read: Backing Vocals
Neil Scott: Guitar, Backing Vocals
Steve Walwyn: Guitar
Norman Watt-Roy: Bass
John Williams: Roland MC-303
Pete Z.: Mellotron, Hammond, Piano, Roland MC-303, Synthesizer


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DEODATO "Deodato 2" (1973)
Le jazz, le funk et l'orchestre

Si son cru de 1972, Prelude, est généralement le plus célébré, il faudrait voir à ne pas négliger sa suite logique, continuation d'une formule mêlant jazz, funk, orchestre et reprises de grands classiques puisés tous azimuts, parce qu'Eumir Deodato sait faire ça a merveille comme démontré sur ce Deodato 2 ô combien addictif.
Evidemment, la clé du succès de pareille entreprise tient presque autant dans le choix du répertoire que dans la qualité des arrangements. Presque parce qu'il faut savoir accommoder et enchainer, pêle-mêle, Gershwin, les Moody Blues, Maurice Ravel, Steely Dan et ses propres compositions en un tout cohérent comme c'est le cas ici, une réussite qui tient beaucoup à l'esprit infusé par cet homme aux multiples talents. Il faut dire qu'avec une paire de batteurs tels que Billy Cobham et Jerry Marotta, quelques bassistes de haute volée dont l'excellent Stanley Clarke, un ensemble orchestral qu'il dirige lui-même et une belle collection de musiciens de studio en complément (et qui, à les entendre, ont l'air de bien s'amuser, en plus !), le brésilien a mis toutes les chances de son côté. Mais c'est bien dans la manière, dans cette capacité à faire swinguer des morceaux à priori par conçu pour pareil traitement que réside la force de l'album, et de son créateur. Parce que, ce Rhapsody in Blue funky, jazzy et orchestral à une allure folle, que la vieille scie d'Hayward et Cie (Nights in White Satin) prend de nouveaux atours qui fonctionnent parfaitement et même que la Pavane pour une Infante Défunte du créateur du fameux Boléro se glisse dans ses nouveaux habits de lumière sans perdre de sa beauté mélodique originelle. Ajoutez à ça quelques compositions qui n'ont pas à rougir d'un si glorieux voisinage (Super Strut, Latin Flute et Skyscrapers, les deux premiers inclus à la soundtrack du jeu Grand Theft Auto Vice City pour le bonheur d'un public et d'une génération qui n'aurait, sinon, probablement jamais entendu parler d'Eumir Deodato) et vous comprendrez que l'œuvre en impose.
Evidemment, les chagrins pointeront que ce n'est, finalement, qu'une suite, du Prelude précité. Et alors ? Quand la musique est bonne comme c'est le cas ici il faut savoir ne pas bouder son plaisir sous prétexte qu'il tient d'une formule déjà usitée. Ne boudons donc pas et jouissons de cet album tout à fait réussi.

1. Super Strut 9:31
2. Rhapsody in Blue 8:48
3. Nights in White Satin 6:01
4. Pavane for a Dead Princess 4:08
5. Skyscrapers 7:01
Bonus
6. Latin Flute 4:49
7. Venus 3:32
8. Do It Again 5:30

Eumir Deodato - Arranger, Composer, Conductor, Keyboards
John Tropea - Flugelhorn, Guitar, Trumpet
Alvin Brehm, Stanley Clarke, John Giulino, Russell Savkas - Bass
Billy Cobham, Rick Marotta - Drums
Gilmore Digap, Rubens Bassini - Congas, Percussion
Garnett Brown, Tony Studd, Wayne Andre - Trombone
James Buffington, Jim Buffington, Brooks Tillotson - French Horn
Burt Collins, Marvin Stamm, Jon Faddis, Victor Paz, Alan Rubin, Joe Shepley - Flugelhorn, Trumpet
Joe Temperley - Sax
Jerry Dodgion, Hubert Laws, George Marge, Romeo Penque - Flute
Emanuel Vardi, Alfred Brown - Viola
Harry Cykman, Max Ellen, Paul Gershman, Harry Glickman, Emanuel Green, Harold Kohon, Harry Lookofsky, Joseph Malin, David Nadien, Gene Orloff, Elliot Rosoff, Irving Spice - Violin
Charles McCracken, Alan Shulman, George Ricci - Cello


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DEVO "Freedom of Choice" (1980)
Synth Devo, priez pour nous

C'est Devo avant la chute, avant que les deux paires de frangins et leur copain batteur ne se perdent dans des 80s qui, clinquantes et vulgaires, ne vont pas bien au teint de ces doux-dingues. En attendant, si Devo a un peu perdu de sa folie, il sait encore faire de l'excellente musique ! Et même son album le plus cohérent, le plus cohésif où, certes, ce punk angulaire et foutraque qui a fait leur réputation a fini par disparaître mais où d'excellents hooks synthétiques font admirablement l'affaire. Mais si le son a changé, et la folie s'est canalisée, Devo n'en demeure pas moins un étrange animal comme démontré par un hit sadomasochiste, Whip It, qui, en d'autres mains, aurait probablement sué la vulgarité. Et donc, à coup d'efficaces petites chansons où se glisse leur humour décalé en indispensable épice, les frères Casale et Mothersbaugh et le robotique Myers au drumkit balancent-ils avec un aisance déconcertante autant d'addictives vignettes que l'album comporte de pistes. Car enfin, comment résister à un sautillant Girl U Want, à un délicieusement kraftwerkien Snowball, à un rockant Freedom of Choice, ou à l'irrésistible synthpop d'un Cold War ou d'un Planet Earth ? Impossible ! Une réussite d'ensemble à laquelle le coproducteur, avec Devo, Robert Margouleff, collaborateur du Stevie Wonder de la meilleure période (Innervisions, Talking Book), qui, versé dans la chose synthétique dont il fut l'un des précurseurs, aida grandement la formation à raffiner son son. On dira ce qu'on veut de Freedom of Choice, dans le genre proto-synthpop, mais tout de même décalé du troupeau qui ne tardera plus à débouler (surtout d'Angleterre d'ailleurs), c'est une immense réussite, et le dernier grand album de Devo aussi.

1. Girl U Want 2:55
2. It's Not Right 2:20
3. Whip It 2:37
4. Snowball 2:28
5. Ton o' Luv 2:29
6. Freedom of Choice 3:28
7. Gates of Steel 3:26
8. Cold War 2:30
9. Don't You Know 2:14
10. That's Pep! 2:17
11. Mr. B's Ballroom 2:45
12. Planet Earth 2:45
Bonus
13. Freedom of Choice Theme Song (Live) 2:46
14. Whip It (Live) 2:41
15. Girl U Want (Live) 2:56
16. Gates of Steel (Live) 3:17
17. Be Stiff (Live) 2:50
18. Planet Earth (Live) 2:32

Mark Mothersbaugh – guitar; keyboards; vocals
Gerald V. Casale – bass guitar; keyboards; vocals
Bob Casale – guitar, keyboards; vocals
Bob Mothersbaugh – guitar; vocals
Alan Myers – drums


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DR. STRANGELY STRANGE "Heavy Petting" (1970)
Hippie Trip

Probablement le plus imprévisible, et le plus hippie, des groupes de folk psyché rock/prog de la République d'Eire, Dr. Strangely Strange, les Incredible String Band de Dublin diraient certains, ils en sont assurément les plus proches cousins irlandais, est surtout sa propre voix/voie comme on le constat sur leur second long-jeu, l'excellent Heavy Petting.
La première chose qui frappe, dès The Ballad of Wasps, l'ouverture de l'album, est que Dr. Strangely Strange ne se force pas à être irlandais, c'est l'évidence, ces dublinois ne cherchent pas à composer de la folk, il y a du prog, du rock psychédélique à gogo dans leur musique, mais voilà, irlandais ils sont et ça s'entend dans la mélodie de chant, dans de petits décrochages solo, dans un esprit qui ne peut être que d'Eire. Ainsi, tout l'album, même sa pochette !, débordant de trouvailles et de fantaisie, a tout de ce à quoi on imagine qu'un amalgame naturel de l'Irlande éternelle et de l'explosion flower power de la fin des années soixante et débuts des années soixante-dix ressemblerait.
Dans le détail, le trio et ses nombreux invités (qui deviendra d'ailleurs quatuor dès son album suivant avec l'adjonction de Linus Greville en tant que membre de plein droit), nous propose 11 titres pour une quarantaine de minutes de musique, les compositions sont plutôt courtes mais toujours développées (ça bouillonne là-dedans, on vous a dit), allant de tentations folk bien naturelles (Jove Was at Home, When Adam Delved) à un psychédélisme de bon ton (Ballad of the Wasps) en passant par un peu de prog rock (Gave My Love an Apple), de pop (Kilmanoyadd Stomp) et même un petit coup de presque hard rock (Mary Malone of Moscow au riff quand même très hard). C'est varié et cohérent, excellemment bien joué par des instrumentistes certifiés (à noter la présence de Gary Moore, d'Andy Irvine de Planxty et de Dave Mattacks de Fairport Convention dans les guests).
Toujours suffisamment léger, dans le bon sens du terme, pour ne pas aliéner les plus sensibles, Heavy Petting est une belle réussite pour Dr. Strangely Strange qui, eussent-ils été des poulains d'une contrée moins éloignée de l'épicentre commercial qu'ils auraient probablement connu un tout autre destin que se retrouver plonger aujourd'hui dans un quasi-complet anonymat. Mais dans ces seventies débutantes, peu de groupes ou d'artistes parvenaient à transiter avec succès de leur verte Irlande vers la perfide Albion, et encore plus difficilement dans un Londres surpeuplé de toutes les tendances possibles et imaginables. Reste cette musique, chaudement recommandée.

1. Ballad of the Wasps 3:22
2. Summer Breeze 3:35
3. Kilmanoyadd Stomp 2:41
4. I Will Lift up my Eyes 1:50
5. Sign on my Mind 8:19
6. Gave my Love an Apple 6:05
7. Jove Was at Home 2:30
8. When Adam Delved 2:10
9. Ashling 4:40
10. Mary Malone of Moscow 3:52
11. Goodnight my Friends 1:12

Tim Booth - vocals, banjo, bass, guitar, keyboards
Tim Goulding - vocals, keyboards, recorder, violin
Ivan Pawle - bass, guitar, keyboards, Mandolin, tin whistle, vocals, whistle
&
Caroline "Linus" Greville - autoharp, percussion, vocals, whistle
Dave Mattacks - drums, percussion
Johnny Moynihan - bazouki
Heather Wood - vocals
Brendan Shields - bass guitar
Johnny Mounthay - bazouki
Brush Shiels - bass
Johanna - vocals, keyboards
Annie Christmas - keyboards, vocals
Gary Moore - guitar
Andy Irvine - mandolin


samedi 25 février 2017

C comme...

C de la musique. C un recyclage aussi. C le 3ème de 26 chapitres de la saga alphabétique d'un blog en pilotage automatique... et C pour vous, surtout. Enjoie !


C comme...
CALE, JOHN "The Island Years" (1996)
Une Island avant le Désert...

Outre des enregistrements et des publications rapprochées, signe de temps où tout allait plus vite dans le monde de la rock music, il y a un vrai sentiment d'urgence sur la triplette enregistrée par John Cale pour le label Island et réunie (avec quelques inédits pas inutiles) sur un double cd bien fichu mais, surtout !, gorgé d'excellentes performances par d'excellents musiciens pour un résultat, ô surprise !... Excellent !
Or donc, au lendemain d'un triomphant et précieux Paris 1919, œuvre à laquelle nul ne niera une "panthéonienne" destinée, le gallois change notablement de ton en plus de label revenant à des amours plus brutales et donc à un rock'n'roll brut de décoffrage (mais pas idiot pour autant (intello un jour, intello toujours !) preuve qu'on peut bander ses muscles, tendre sa voix sans tomber dans l'agression machiste d'un Ted Nugent pour ne citer qu'un bon gros bœuf étatsunien) tout en continuant d'assurer l'héritage de ses expérimentations plus pop. Précisons aussi que la crème collectée par Cale dans les différents line-up qui l'accompagnent (en vrac : Manzanera, Eno, Richard Thompson, Chris Spedding, Phil Collins (ne riez/fuyez pas !), etc.) n'est pas exactement un facteur handicapant de l'entreprise... Mais bon, c'est Cale à la barre, c'est lui le chef et ces années Island sont définitivement marquées du sceau de sa divine colère, juste colère, sa glaçante colère... sa Belle colère ! Mais pas que de la colère, Cale est trop malin pour ça.
Si on rentre dans le "gras de la bête" et en isole chacune des ses composants, on dira que Fear, premier paru en octobre 1974, est aussi le plus varié du lot, le moins lugubre aussi, et qu'on y croise moult créatures chatoyantes qui ont sans aucun doute beaucoup influencé ce qu'est Nick Cave aujourd'hui devenu (tous projets confondus). Et c'est un magnifique album avec, en tête de gondole, un Ship of Fools tout simplement bouleversant.
Cinq mois seulement plus tard (ha les cadences infernales des joyeuses seventies !), en mars 1975, parait Slow Dazzle suite logique mais plus "rockocentrée" de Fear qui gagne largement en efficacité ce qu'il cède en diversité. C'est encore un album intense avec un Cale "à vif". On en ressortira l'hommage à Brian Wilson, Mr. Wilson, la reprise hantée d'Elvis Presley, Heartbreak Hotel, et un bien senti Dirty Ass Rock 'N' Roll qui en remontre facilement à son copain Lou.
Last but not least, en novembre 1975, Helen of Troy, l'album d'avant la rupture, est aussi le plus cohérent, celui qui donne le plus l'impression d'écouter un groupe des trois, pas un hasard puisque c'est celui au line-up le plus constant. Et pas le moins réussi donc parce qu'on y trouve des pépites comme la chanson titre ou le croquignolet (I Keep a) Close Watch où Cale croone comme un vieux pro. C'est aussi tout en étant le moins agité, le plus théâtral de ces années Island comme en témoigne le quasi-progressif Engine... Et une réussite de plus !
On ajoutera que les trois fonctionnent très bien les uns à côtés des autres et constituent un tout intéressant sur une période où Cale, visiblement, a quelques visées commerciales qui ne seront, hélas, pas payées en retour malgré la qualité générale des prestations et des compositions. Peut-être cette pop rock certes abordable mais encore un peu trop cérébrale et parfois un peu trop acide laissa froid un public amateur récurrent de prêt-à-mâcher... Peut-être aussi qu'un Cale, qui n'est pas un grand chanteur ni n'a jamais prétendu l'être, à la voix si particulière, n'était pas taillé pour le costard...
Peut-être... Mais le petit drame de la période c'est qu'il faudra quelque années avant que Cale ne repasse par la case studio privant donc le monde, et les fulgurances de son début de catalogue solo, d'une suite immédiate. Il faudra ainsi attendre 1981, et le pas glop (mais pas honteux non plus) Honi Soit, pour retrouver du matériau original de Cale en solitaire... Le niveau s'améliorera heureusement dès l'année et la galette suivante avec le très bon, essentiel même !, et pourtant cruellement indisponible aujourd'hui Music For A New Society, mais c'est une autre histoire...
De l'objet proprement dit, outre quelques bonus tracks bienvenues, on appréciera de le voir doté d'une pochette classe et pas tapageuse, à l'image du ténébreux artiste qu'elle affiche. Il n'y a pas à dire, c'est du bon boulot où on regrettera simplement l'absence de paroles qui auraient joliment complémenté les notes de pochettes de Ben Edmonds (du magazine Rolling Stones US, qui s'y connait visiblement) et les quelques photos d'époque. Mais bon, c'est pour pinailler parce que, vraiment !, The Island Years offre une trop belle opportunité de découvrir John Cale dans une phase moins "commercialement faste" de sa carrière (c'est tout relatif, Cale n'ayant jamais été un gros vendeur) mais pas moins faste artistiquement comme ceux qui tenteront l'expérience s'en rendront joyeusement compte.

CD 1
Fear (1974) & outtake
1. Fear Is a Man's Best Friend 3:52
2. Buffalo Ballet 3:28
3. Barracuda 3:46
4. Emily 4:21
5. Ship of Fools 4:36
6. Gun 8:04
7. The Man Who Couldn't Afford to Orgy 4:33
8. You Know More Than I Know 3:34
9. Momamma Scuba 4:23
10. Sylvia Said 4:07 (single B-side, remixed)
Slow Dazzle (1975) & outtakes
11. All I Want Is You 2:55 (outtake)
12. Bamboo Floor 3:24 (outtake)
13. Mr. Wilson 3:15
14. Taking It All Away 2:56
15. Dirty-Ass Rock 'N' Roll 4:41
16. Darling I Need You 3:35
17. Rollaroll 3:57
CD2
1. Heartbreak Hotel 3:10
2. Ski Patrol 2:05
3. I'm Not the Loving Kind 3:07
4. Guts 3:26
5. The Jeweller 4:11
Helen of Troy (1975) & outtakes
6. My Maria 3:48
7. Helen of Troy 4:18
8. China Sea 2:30
9. Engine 2:45
10. Save Us 2:20
11. Cable Hogue 3:30
12. (I Keep A) Close Watch 3:27
13. Pablo Picasso 3:20
14. Leaving It Up To You 4:33
15. Baby, What You Want Me to Do? 4:48
16. Sudden Death 4:36
17. You & Me 2:50 (outtake)
18. Coral Moon 2:14
19. Mary Lou 2:46 (outtake)

- Line-up sur "Fear" (1974)
John Cale - bass guitar, guitar, keyboards, viola, lead vocals, production, writing, cover
Phil Manzanera - guitar, slide guitar on "Momamma Scuba", executive producer
Fred Smith - drums
Brian Eno - synthesizer, effects, executive producer
Archie Leggatt - bass
Michael Desmarais - drums on "Momamma Scuba"and "Fear"
Richard Thompson - slide guitar on "Momamma Scuba"
Bryn Haworth - slide guitar on "Momamma Scuba"
Brian Turrington - bass on "Momamma Scuba"
Irene Chanter - background vocals
Doreen Chanter - background vocals
Liza Strike - background vocals, girl's choir
Judy Nylon - lead vocals on "The Man Who Couldn't Afford to Orgy"

- Line-up sur "Slow Dazzle" (1975)
John Cale: piano, organ, clavinet, vocals, production, cover, writing
Gerry Conway: drums
Pat Donaldson: bass
Timi Donald: drums
Brian Eno: synthesizer
Phil Manzanera: guitar
Geoff Muldaur: harmony vocals on "Guts" and "Darling I Need You"
Chris Spedding: guitar
Chris Thomas: violin, electric piano

- Line-up sur "Helen of Troy" (1975)
John Cale - keyboards, guitar, vocals
Phil Collins - drums
Pat Donaldson - bass
Timi Donald - drums
Brian Eno - synthesizer
Chris Spedding - guitar
Robert Kirby - string & choir arrangement


C comme...
CAMEL "Mirage" (1974)
Divin Dromadaire (sans filtre !)

A l'ombre des géants de la période (Genesis, Yes, Pink Floyd, ELP, King Crimson, etc.) vit le jour un fougueux animal qui, blatérant à qui mieux-mieux, finit par se faire entendre de ses pairs et des amateurs du genre quand, après un premier album prometteur mais pas encore tout à fait au point, ils produisirent ce qui reste, à ce jour, 4 décennies après les faits, leur magnum opus, je pense évidemment à Camel et à son Mirage d'album, une tuerie !
Parce que, cette fois, assuré de leur art, de leurs techniques individuelles et de leur capacité à tout faire péter en groupe, c'est une formation qui lâche la bête à bosse qui se présente à nous, un Camel qui ose ne plus être le timide gentil petit groupe de son premier album pour venir chatouiller les crampons de Yes, de Genesis et même de King Crimson. Pas de doute, c'est de progressif symphonique dont il s'agit, les claviers monumentaux de Peter Bardens sont là pour nous le rappeler, les guitares stratosphériques et trépidantes d'Andrew Latimer itou, l'inventive section rythmique pas mieux, et les constructions alambiquées, mais retombant toujours sur leurs sabots, aussi.
Dans les faits, en 5 chansons, culminant avec les suites Nimrodel/The Procession/The White Rider (un emprunt textuel à l'univers de JRR Tolkien) et un Lady Fantasy parfait de son riff tranchant à son développement symphonique en passant par ses glissements subtilement jazzés, c'est un Camel triomphant qui fait le métier, une union de 4 musiciens menée de main de maître par ses deux leaders instrumentaux qui, d'ailleurs, trustent largement les crédits d'écriture. Ajoutez à ça la magistrale mise en son d'un Dave Hitchcock déjà connu pour de similaires exploits pour Genesis (Foxtrot) ou Caravan (presque tout de 1968 à 1976), un spécialiste du genre qui sut mettre en valeurs les nombreuses nuances instrumentales, les lumineuses trouvailles mélodiques d'une formation qu'on retrouvera rarement à pareille fête (quoique The Snow Goose, même dans sa version réenregistrée de 2013, et Moonmadness soient également fort recommandables).
Camel, outsider type de ces groupes qui sont arrivés trop tard pour être dans le premier wagon, est un combo dont la longue et riche carrière mérite amplement d'être explorer, et plus encore dans ces années de règne progressif et, en particulier, sur ce Mirage à la pochette aussi immédiatement reconnaissable que sa musique est trop méconnue au-delà du petit cercle des afficionados du rock progressif des années 70, un oubli à réparer.

1. Freefall 5:53
2. Supertwister 3:22
3. Nimrodel/The Procession/The White Rider 9:17
4. Earthrise 6:40
5. Lady Fantasy 12:45
- Encounter
- Smiles for You
- Lady Fantasy
Bonus
6. Supertwister (Live at The Marquee Club 1974) 3:14
7. Mystic Queen (Live at The Marquee Club 1974) 6:09
8. Arubaluba (Live at The Marquee Club 1974) 7:44
9. Lady Fantasy: Encounter/Smiles for You/Lady Fantasy (Original Basing Street Studios Mix - November 1973) 12:59

Andrew Latimer - guitars, flute, vocals on "Nimrodel/The Procession/The White Rider" and "Lady Fantasy"
Peter Bardens - organ, piano, Minimoog, Mellotron, vocals on "Freefall", Fender piano, clavinet
Doug Ferguson - bass
Andy Ward - drums, percussion


C comme...
CANNED HEAT AND JOHN LEE HOOKER "Hooker 'n' Heat" (1971)
Noir et Blancs Blues

Des petits blancs avec le vent en poupe qui donne un coup de main à un vieux maître un peu oublié ou l'adoubement d'une formation prometteuse par un pape du genre ? Quoiqu'il en soit, la rencontre mythique de Canned Heat et John Lee Hooker vaut le détour !
Dans les faits, Hooker 'n Heat est une drôle de créature tricéphale où voisinent performances solo du vieil Hooker, quelques duos entre le vieux maître et Alan "Blind Owl" Wilson, et des performances incluant les deux précités ainsi que tout le line-up, le nouveau line-up avec les arrivées du guitariste Henry Vestine (un retour en fait) et du bassiste Antonio de la Barreda suite à une double défection au profit des Bluesbreakers de John Mayall, de Canned Heat.
Souvent intensément laidback, la sélection coule comme un Mississipi paresseux vers son delta, roots en diable, authentique et dépourvue de tout artifice de modernité comme, évidemment, la première partie, 9 titres tout de même, entièrement dévolue à Hooker et à son blues si typique avec des hauts (l'intense The Fellin' Is Gone en pinacle suivi de près par un Burning Hell tout près des étoiles) et d'autres de qualité aussi si un peu routiniers (Send Me a Pillow ou Drifter) qui viennent un marginalement tempérer l'enthousiasme pour la partie solo du vieux maître. Suivent les duos entre Hooker et Blind Owl, trois au total, où la jeune pousse supporte aptement le bluesman de son piano (sur l'entraînant Bottle Up and Go, le talking blues The World Today, un des musts de l'album) ou à la guitare (I Got My Eyes on You, une version ainsi nouvellement titrée, pour des raisons de droit sans doute, du classique de John Lee, Dimples). Last, but certainly not least, viennent les pleines collaborations entre Hooker et le Heat, enfin ! Et c'est un festival de 5 titres où la joie du jeu est non seulement audible mais communicative avec, en sommet himalayen de blues suant et dansant, un Boogie Chillen de plus de 11 minutes... Légendaire !
Alors, certes, la rencontre ne se fait que brièvement, on le regrettera, mais comme le reste est beau, blues et beau, que le tout fait une collection de blues de qualité si supérieure qu'on ne devrait même pas avoir à le recommander. Oui, carrément.

CD 1
1. Messin' with the Hook 3:23
2. The Feelin' Is Gone 4:32
3. Send Me Your Pillow 4:48
4. Sittin' Here Thinkin' 4:07
5. Meet Me in the Bottom 3:34
6. Alimonia Blues 4:31
7. Drifter 4:57
8. You Talk Too Much 3:16
9. Burning Hell 5:28
10. Bottle Up and Go 2:27

CD 2
1. The World Today 7:47
2. I Got My Eyes on You 4:26
3. Whiskey and Wimmen' 4:37
4. Just You and Me 7:42
5. Let's Make It 4:06
6. Peavine 5:07
7. Boogie Chillen No. 2 11:33

John Lee Hooker - vocals, guitar (all)
Alan Wilson - guitar, harmonica, vocals (CD 1 10, CD 2)
Adolfo de la Parra - drums (CD 2 3-7)
Henry Vestine - guitar (CD 2 3-5, 7)
Antonio de la Barreda - bass (CD 2 3-7)


C comme...
CERAMIC DOG "Your Turn" (2013)
Du Rock oui, mais du Rock unique !

C'est Marc Ribot qui le dit, Ceramic Dog est son premier groupe de rock depuis le lycée. Diantre ! Forcément, avec Marc Ribot, qu'on situera comme excellent musicien de studio chez Bashung ou Tom Waits, pour ne citer qu'eux, ou comme crépitant guitariste surf & rock chez John Zorn ou encore comme artiste solo multiple capable de la plus grande ascèse comme du plus monumental bordel punk jazz, un groupe de rock ne peut pas être qu'une simplette entreprise à enchainer du couplet sur du refrain avec quelques bons riffs et un petit solo de temps en temps... Trop facile !
De fait, dans la lignée d'un premier album déjà très réussi (Party Intellectuals), Your Turn est, une fois de plus, une relecture inspirée et libre de l'idiome rock (au sens large) par un musicien qui s'amuse visiblement beaucoup avec ses deux excellents compagnons, le bassiste Shahzad Ismaily (Laurie Anderson, Will Oldham, Jolie Holland, Secret Chiefs 3) et le batteur Ches Smith (Xiu Xiu, Secret Chiefs 3, Trevor Dunn's Trio Convulsant). Relecture libre mais relativement plus traditionnelle, pour ne pas dire traditionaliste, qu'elle ne l'avait été dans l'opus originel qui, plus expérimental que ne l'est Your Turn n'en était, en toute logique, que plus difficile à appréhender. Illustrant cette nouvelle abordabilité, on y trouve ce qu'on pourrait assimiler à du Satriani "garage" sur l'instrumental Your Turn, simple tournerie où Ribot laisse libre court à sa transe guitaristique, un swinging blues fun et désarmant (The Kid Is Back), ou à une fusion rap'n'rock'n'fun à classer entre Fishbone et les Beastie Boys (We Are the Professionals), mais aussi à de jolies folies comme l'arabisant et rigolard Masters of the Internet, les uns aussi irrésistibles que les autres, ceci dit en passant parce que, fondamentalement, tout ceci n'est pas sérieux même si c'est fait sérieusement... du Rock, quoi ! Une musique où Gene Vincent voisine Devo, où les Ramones ont autant voie au chapitre que Faust, où Link Wray (qui n'est jamais bien loin) en remontre à Led Zeppelin !
Dire, cependant, que toutes traces de l'appartenance jazzistique et expérimentale de Ribot ont disparues serait une exagération. Quand sur Ritual Slaughter, il trippe dans des soli free évoquant autant John Cipollina qu'Ornette Coleman ou quand, sur The Prayer, d'intimiste à explosif, il met à l'amende toute une génération de shredders ET de droners qui s'en trouvent, pour le coup, sur le cul, ou quand, encore, il reprend, dissonances et virtuosité combinées, le Take 5 de Paul Desmond, il rappelle clairement d'où il vient, le bagage qu'il transporte, ses credentials... Mais sans intellectualiste aucun, jamais !, parce qu'il y a chez Ceramic Dog et son patron, chevillée au corps, une volonté de se faire plaisir en "lâchant les chevaux" (dans l'inspiration parce que l'album réserve quelques belles plages de repos pas très éloignées de son poteau Waits, bizarrerie incluse) qui fait un bien fou à entendre et prouve qu'on n'est pas blasé à presque 60 ans après plus de 25 ans de carrière... et quelle carrière !
Party Intellectuals avait été, en son temps, une excellente surprise qui, sans totalement nous chavirer, donnait des envies d'encore, laissait un gout de trop peu tant il semblait que la formation avait encore moult pistes à explorer. On n'était alors pas sûr que lendemain il y aurait ni qu'il serait du niveau d'un Your Turn où tout le potentiel entrevu se voit démultiplié, comme le plaisir de l'auditeur ! Ca n'en fait que plus espérer que Ceramic Dog fassent encore des petits parce que, mine de rien, on tient peut-être déjà l'album rock de l'année... tout simplement !

1. Lies My Body Told Me 5:30
2. Your Turn 3:59
3. Masters of the Internet 4:04
4. Ritual Slaughter 4:04
5. Avanti Popolo 0:57
6. Ain't Gonna Let Them Turn Us Round 3:54
7. Bread and Roses 5:17
8. Prayer 5:39
9. Mr. Pants Goes to Hollywood 4:31
10. The Kid is Back! 3:06
11. Take 5 5:25
12. We are the Professionals 3:53
13. Special Snowflake 1:39

Marc Ribot: guitars, vocals, eb horn (3, 5, 11, 12), banjo (3), trumpet (3, 12), melodica (5), bass (5)
Ches Smith: drums, percussion, electronic, vocals, keys (13)
Shahzad Ismally: bass, vocals, moog (5), keys (3, 13), additional guitar (1), samples (3)
&
Eszter Balint: vocals (1, 6, 10), melodica (9), organ (10), violin (13)
Keetus Ciancia: samples (3, 7, 8, 12)
Dan Willis: Oboe, zurna (3)
Arto Lindsay: additional guitar (10)


C comme...
COLTRANE, JOHN "Giant Steps" (1959)
Sax de Sept Lieues

Il y a quelques très utiles portes d'entrée pour découvrir John Coltrane. Il y a Ballads, facile et harmonieux, A Love Supreme, épique et transcendantal, Blue Train, où le bop devient déjà hard et, bien sûr, Giant Steps, première galette de Trane pour Atlantic, révolution jazzistique à lui seul, et une merveille d'album !
Dans les faits, à peine sortie des sessions du légendaire Kind of Blue de Miles Davis, Coltrane se lance, avec un trio fort différent de celui qui l'accompagnera bientôt et entrera de plein droit dans la légende, sa légende, dans l'élaboration d'un opus qui fera non seulement date par les compositions l'articulant que par le jeu d'un Trane révolutionnant présentement l'approche de son instrument.
Pour s'en convaincre, en n'oubliant évidemment pas de le contextualiser dans son époque, il suffit d'écouter le morceau titre d'ouverture de l'album où ce diable de John, un peu à la manière de ces instrumentistes folk celtiques qui "tournent" autour de la mélodie en de riches et développés soli, fait couler un impressionnant torrent de notes de son cuivre. On pourrait se dire, bien sûr, que l'exploit est avant tout technique, ce qu'il est, indéniablement, sauf que Trane habite sa création entrainant aisément l'auditeur, qui après quelques écoutes se surprendra peut-être à chanter ses exploits à l'unisson, dans un monde à priori un peu alien mais définitivement attirant. De fait, il n'y aurait que ce Giant Steps historique suivi d'un "récital" de Kenny G (le André Rieu du sax soprano) qu'on ne se sentirait qu'à peine floué, mais il y a plus, bien plus, dans le 5ème opus de John Coltrane, le premier dont il soit l'unique compositeur.
Parce qu'en plus d'être le furieux instrumentiste que l'on sait, le sax ténor est aussi un vrai bon compositeur sachant ménager quelques salvatrices respirations au sein de sa galette, des titres qui ne reposent plus sur sa vitesse d'exécution mais bien sur son talent de mélodiste. Naima, devenu un standard du jazz depuis, sensible ballade en hommage à son épouse d'alors, en est l'admirable démonstration mais pas le seul exemple talonné qu'il est par un Syeeda's Song Flute certes plus emporté mais pas moins inspiré et mélodique. Vous l'aurez compris, le reste de l'album, pas abscond pour autant, Trane hard-boppe encore, le free viendra plus tard, dédié à de swinguantes constructions où son saxophone supersonique est l'attraction principale comme, exemple extrême et unique de l'opus sur un bref et intense Countdown qu'on finit essoufflé alors que c'est John qui enchaine les notes en un galop frénétique.
Bref, pierre fondatrice d'une seconde partie de carrière, post héroïnomanie, hélas raccourcie par la maladie, Giant Steps est non seulement une aeuvre indispensable, c'est aussi, de l'avis de votre humble serviteur, la plus apte introduction à cette authentique légende de la musique du XXème siècle qu'est John Coltrane.

1. Giant Steps 4:43
2. Cousin Mary 5:45
3. Countdown 2:21
4. Spiral 5:56
5. Syeeda's Song Flute 7:00
6. Naima 4:21
7. Mr. P.C. 6:57
Bonus
8. Giant Steps (alternate version 1) 3:41
9. Naima (alternate version 1) 4:27
10. Cousin Mary (alternate take) 5:54
11. Countdown (alternate take) 4:33
12. Syeeda's Song Flute (alternate take) 7:02
13. Giant Steps (alternate version 2) 3:32
14. Naima (alternate version 2) 3:37
15. Giant Steps (alternate take) 5:00

John Coltrane -- tenor saxophone
Tommy Flanagan -- piano
Paul Chambers -- bass
Art Taylor -- drums
&
Wynton Kelly -- piano on "Naima"
Jimmy Cobb -- drums on "Naima"
Cedar Walton -- piano on "Giant Steps" and " Naima" alternate versions
Lex Humphries -- drums on "Giant Steps"' and "Naima" alternate versions


C comme...
CORNU "Cornu" (1998)
Un étrange animal

Y en a qui on le dont de ne pas faire comme les autres, qui ne réunissent pas les instruments habituels, les textes convenus, les mélodies attendues et même les pochettes qui vont bien. C'est le cas de Cornu mené par l'ex-Forguette Mi Note Julie Bonnie (groupe qui révéla aussi l'extraordinaire Claire Diterzi)... Et tout ça en power trio, en plus !
Ayant dit ça, il faut décrire l'objet, pas simple. On pourrait dire que le violon y prend la place habituellement allouée à la guitare et il y a de ça mais pas seulement. On pourrait citer les textes souvent très intimes de Miss Bonnie (depuis devenue infirmière en puériculture et romancière à petit succès), c'est une composante essentielle de l'ensemble. On pourrait aussi évoquer une section rythmique (Alex, le frère de Julie, à la basse, un certain Ben Bernardi à la batterie) qui, un peu comme celle de l'Experience de Jimi Hendrix, a le rôle de suivre les délires de l'évidente tête de proue de la formation, on apprécie leur performance. Et la voix de Julie évidemment, un organe de "fausse chanteuse" allant du mutin au viscéral sans qui rien n'aurait vraiment été pareil. En chansons, puisque si la forme est libre le format choisi est celui habituel de la pop ou de la variété, ça donne une sélection allant du fun et groovy (J'ai besoin de tes mains, J'aime ma vie) à des explorations plus expérimentales mais non moins satisfaisantes (Pour vous retrouver un de ces jours, Je suis fière (mes fesses), Piercing) assimilables à ce grand fourre-tout qu'on appelle indie rock mais, ultimement, unique en son genre.
Pour comprendre exactement de quoi il s'agit, parce que la comparaison avec Louise Attaque est d'une rare fainéantise intellectuelle, le mieux sera de se frotter à cet animal unique, à cette formation qui ne fera hélas pas florès (trop bizarre, trop alien... trop différent !) et se séparera après un second album d'une qualité comparable mais moins surprenant (parce qu'on a alors déjà entendu Cornu). Que ceux qui plongeront soit assuré d'une chose, il n'ont jamais entendu ça avant !

1. Accompagné 3:21
2. Pour Vous Retrouver Un De Ces Jours 3:26
3. Lisa 2:27
4. J'Ai Besoin De Tes Mains 3:00
5. Le Bar 5:08
6. Je Suis Fière (Mes Fesses) 4:00
7. La Magie 2:29
8. Je Lève La Tête 2:56
9. Youpi 2:25
10. J'Aime Ma Vie 3:03
11. Piercing 4:12
12. Les Lutins (Je N'Ai Pas Voulu) 5:12

Julie Bonnie - violon et chant
Alex Bonnie - basse
Ben Bernardi - batterie


C comme...
COTTON MATHER "Kontiki" (1997)
Revivalissimo

Avec le nom d'un pasteur et politicien puritain du XIXème siècle pour le groupe et celui d'une expédition scientifique nautique norvégienne pour l'album, on sait d'emblée que le Kontiki (ou Kon-Tiki) de Cotton Mather ne sera pas un album tout à fait comme les autres.
Pas de doute, pour ceux que le revivalisme 60s intelligent intéresse, cette galette sera (s'ils ne la connaissent pas encore) une trouvaille inespérée. Passé l'étonnant mimétisme vocal entre Robert Harrison et John Lennon demeure une écriture qui n'est pas sans rappeler celle des Fab Four circa Revolver. On aurait pu craindre qu'une ressemblance aussi flagrante s'avère gênante mais l'écriture de ce quatuor d'Austin (Texas) permet d'éviter cet écueil.
Pas qu'elle diffère tant que ça de celle des Beatles, notez bien. En bons ouvriers de la pop, Cotton Mather n'appliquent que des recettes connues et reconnues afin d'arriver à leurs fins. Cependant, il faut que tous les éléments soient réunis afin d'accomplir la périlleuse mission. Pour ce faire, la mise en son est essentielle et comme elle est ici délicieusement vintage - pas en mono (faut pas pousser quand même !) mais avec juste ce qu'il faut de garage pour conserver un grain authentique - une première étape est brillamment accomplie. Notons simplement qu'en bon groupe indie, la tâche de production est assumée collectivement par trois des membres du line-up.
Evidemment, sans les chansons, tout ceci ne serait que de l'enrobage, clinquant, bien foutu mais vide de sens... Or, les compositions d'Harrison étant du tonneau de celles d'un Elliott Smith ou d'un Andy Partridge et voguant, pleines de malice, entre un rock psychédélique estampillé 60's et pop/folk enluminée de chaeurs appropriés comme savait si bien la faire les Beach Boys, CSNY... Et les Beatles, évidemment.
Avec tant d'atouts artistiques dans ses manches (imaginez un album avec des manches, pour voir... ), il est surprenant que Kontiki n'ai pas eu un plus grand retentissement. En France, de vénérables magazines tel que Magic RPM ou les Inrockuptibles (qui sont peut-être pédants mais n'ont pas mauvais goût), ont loué les qualités de ce groupe et de cet album, à raison. Hélas, à défaut d'un clip passant en boucle pour les chaines visant à lobotomiser les futures générations, d'une promotion suffisante (petit label indé oblige), c'est à une excellent réputation underground que se voit confiné ce putain de bon disque. C'est dommage, d'autant plus que le groupe semble avoir plié les gaules (plus de trace discographique depuis 2001). Reste la musique et quand elle est de cette qualité, on ne peut que se réjouir de la découverte et s'attrister que si peu de gens en aient entendu parler.
Alors, que vous soyez nostalgiques des années soixante ou amateur de musique revivaliste ou, tout simplement, amateurs de bonnes chansons, vous trouverez en Cotton Mather et leur Kontiki, une petite perle comme on n'en rencontre pas si souvent... Il serait regrettable de s'en priver.

1. Camp Hill Rail Operator
2. Homefront Cameo
3. Spin My Wheels
4. My Before and After
5. Private Ruth
6. Vegetable Row
7. Aurora Bori Alice
8. Church of Wilson
9. Lily Dreams On
10. Password
11. Animal Show Drinking Song
12. Prophecy for the Golden Age
13. She's Only Cool
14. Autumn's Birds