Affichage des articles dont le libellé est hip-hop. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est hip-hop. Afficher tous les articles

dimanche 21 août 2016

L’Été Mange-Disques - 7 au Pif

En vacances, il est parfois bon de choisir "au pif" une destination, c'est risqué mais quand ça fonctionne, la surprise est divine. En musique, quand on a un CDthèque qui se respecte, on peut s'amuser au même jeu, promenant le doigt et tirant, au pif !, la sélection de la semaine. Dont acte... Enjoie !

DiMaNCHe
Pigalle "Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant" (1990)
ou "Regards Admiratifs sur la gracieuse et palpitante œuvre de François Hadji-Lazaro, personnage rondelet mais ô combien talentueux"

Le second album de Pigalle. Avec son titre à rallonge, son écriture reliée au quotidien sans perdre un iota de sa qualité littéraire, sa pochette quasi-légendaire (signée Tardi), Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant est le triomphe de François Hadji-Lazaro pourtant également membre/leader des Carayos et des Garçons Bouchers, le triomphe d'une certaine idée de la musique de chez nous, aussi.
Pour qui connaît le parcours de François, un folkeux à l'origine, un amoureux de la chanson réaliste des Mmes Damia, Fréhel et Piaf aussi, ce second album de son Pigalle, parce que s'il y a d'autres musiciens avec lui ils ne sont que de simples exécutants ici, est tout sauf une surprise. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, ce n'est pas d'une histoire, pas d'un concept album dont il s'agit même si une vraie thématique d'ensemble relie toutes les créations en un tout cohérent absolument satisfaisant. Hybride des goûts de son leader, Regards Affligés est donc, avant tout, une fantastique collection de chansons néo-réalistes comme la nouvelle chanson française s'y essaiera quelques années plus tard.
Musicalement, cependant, on est loin de rester uniquement dans ce petit domaine avec de vraies traces du punk du premier album (Dans les Prisons, En bas en haut), de la folk en veux-tu en voilà (Marie la Rouquine, Les Lettres de l'Autoroute, Éternel Salaud, Sophie de Nantes), un vrai bel héritage de la chanson française classique (Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs, Chez Rascal et Ronan, Le Chaland, Renaître) et même d'autres choses qu'on n'attendait pas forcément là (l'érotique Une Nuit, le funk camembert d'Angèle, un décrochage "rapoïde" sur Un Petit Paradis) qui viennent agréablement épicer la galette.
Évidemment, sans l'écriture du chef, sans son esprit mélodique, sa voix immédiatement reconnaissable, ses incroyables capacités de multi-instrumentiste, sans les parti-pris de production aussi (pas de batterie, remplacée par une boîte à rythmes qui sévit aussi chez ses Garçons Bouchers), le triomphe n'aurait pas pu être le même. Parce que triomphe il y a dans cette collection de 18 titres où rien n'est à jeter, tout satisfait, entraînant l'auditeur dans une ambiance souvent nostalgique, toujours écorchée vive qui fonctionne au-delà des plus folles espérances d'un Hadji-Lazaro en état de grâce compositionnelle.
Grâce à son emblématique single, Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs évidemment, l'album se vendra exceptionnellement bien pour une production indépendante (rappelons que François est encore le boss de son propre label Boucherie Productions), c'est mérité. 25 ans plus tard, déjà !, Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant demeure un incontournable jalon du rock alternatif de chez nous, d'une nouvelle chanson qui n'a plus honte d'assumer son héritage hexagonal. Un triomphe, vous dis-je et une galette éminemment recommandée, tout simplement.

1. Ecris moi 2:53
2. Marie la rouquine 2:17
3. Une nuit 3:01
4. Le tourbillon 2:08
5. Y a l'aventure 1:38
6. Premières fois 1:35
7. Les lettres de l'autoroute 4:37
8. Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs 3:02
9. Sophie de Nantes 2:08
10. Éternel salaud 2:56
11. Chez Rascal et Ronan 3:13
12. Dans les prisons 2:03
13. Angèle 1:49
14. En bas, en haut 2:38
15. Le chaland 2:02
16. Un petit paradis 2:28
17. Paris le soir 2:51
18. Renaitre 3:39

François Hadji-Lazaro - accordéon, banjo, basse, claviers, cornemuse, dobro, flûte traversière, guimbarde, guitares, harmonica, mandoline, piccolo, vielle, violon, violoncelle, voix
Riton Mitsouko - basse
Stefff - saxo baryton
Toto - trombone
&
Alain Wampas - contrebasse
Gepetto - saxos soprano, alto et basse, clarinette

PIGALLE (François Hadji-Lazaro)

LuNDi
Kevin Ayers "Bananamour" (1973)
ou "Un amour de fruit"

Toujours un peu poète maudit, toujours un peu l'outsider de service, bien entouré par un line-up "all-star" Kevin Ayers sort en 1973 son 4ème album studio, le très réussi Bananamour. Pas de surprise, Ayers ne faiblit pas et délivre, sans en avoir l'air, un vrai petit classique du rock 70s.
Ici, l'ex-Soft Machine, qui ne contribuât que sur quelques chansons de leur premier album et ne doit donc pas faire peur du fait de ses origines communes avec le chantre du prog-jazz que nous connaissons, livre sa galette la plus accessible jusqu'alors. Aussi, qu'il combine psychédélisme et rhythm 'n' blues (Don't Let It Get You Down), produise un blues acoustique un peu désuet mais délicieusement troussé (Shouting in a Bucket Blues), semble pasticher la soul en version éprise de boisson (When Your Parents Go to Sleep), donne dans un bon gros délire bien réjouissant (Interview), ironise le flower power (la courte chorale d'Internotional Anthem), aille flirter avec de distants territoires (l'Inde sur Decadence), offre une sucrerie acoustique idiote et ravissante (Oh! Wot a Dream), s'engage dans un divin dialogue éthéré (Hymn, avec Robert Wyatt), ou pose sa digne voix sur de belles constructions cuivrées pour un final, de l'album originel, en beau crescendo (Beware of the Dog), Ayers vise toujours juste et atteint, en toute logique, le cœur de l'auditeur. Rajoutez à ça un reggae/ska chelou (Connie on a Rubber Band), un bon rock bien solide mais pas sans finesse ou fantaisie (Take Me to Tahiti) et une amusante chanson d'inspiration caribéenne (Caribbean Moon) en jolis bonus et vous obtiendrez un album varié à l'extrême et pourtant cohérent, un petit chef d'œuvre d'un songwriter trop souvent oublié quand on réfléchit aux grands faiseurs du format chanson dont Kevin Ayers est, définitivement.
Et dire que Bananamour n'est même pas son meilleur, juste le premier qu'on conseillerait parce qu'il fonctionne immédiatement quand d'autres, le super-classique Joy of a Toy en particulier, demande plus d'investissement, plus d'attention. Recommandé comme premier Ayers et à tous ceux qui connaissent Kevin mais l'auraient, irraisonnablement, oublié.

1. Don't Let It Get You Down 4:04
2. Shouting In A Bucket Blues 3:45
3. When Your Parents Go To Sleep 5:47
4. Interview 4:43
5. Internotional Anthem 0:43
6. Decadence 8:05
7. Oh! Wot A Dream 2:48
8. Hymn 4:35
9. Beware Of The Dog 1:27
Bonus
10. Connie On A Rubber Band 2:56
11. Decadence (Early Mix) 6:57
12. Take Me To Tahiti 3:37
13. Caribbean Moon 3:02

Kevin Ayers - Guitar, Vocals
Archie Legget - Bass, harmony vocals, lead vocal on track 3
Eddie Sparrow - Drums
&
Steve Hillage - Lead Guitar on track 2
Mike Ratledge - Organ on track 4
Robert Wyatt - Harmony Vocal on track 8
David Bedford - Orchestral Arrangement on track 9
Howie Casey - Tenor Saxophone
Dave Caswell - Trumpet
Tristan Fry - Cymbal
Lyle Jenkins - Baritone Saxophone
Ronnie Price - Piano
Barry St. John - Vocals
Liza Strike - Vocals
Doris Troy - Vocals

KEVIN AYERS

MaRDi
Marisa Monte "Mais" (1991)
ou "Brasileira in New York"

Une brésilienne à New York, avec moult musiciens du cru à commencer par l'excellent Arto Lindsay, producteur de l'objet et de pas mal d'autres albums de Marisa, c'est ce que propose Mais, la cuvée 1991 de Marisa Monte.
La musique de Marisa ? Brésilienne bien sûr mais pas seulement, sans doute sous l'influence de son producteur, des musiciens présentement impliqués et de l'environnement urbain new yorkais, elle est infusée de flaveurs funk et rock relevant joliment la faconde samba pop naturelle de la dame.
Des moult guests qui peuplent l'album - un casting impressionnant, ceci dit en passant, allant de Ryuichi Sakamoto à Melvin Gibbs en passant par Bernie Worrell ou John Zorn (sage sauf sur quelques dérapages contrôlés sur Volte para o Seu Lar) - on retient surtout la dévotion à ne pas chambouler l'équilibre fomentée par le producteur/arrangeur Arto sur un album avant tout grand public dans le sens noble du terme, qui veut toucher le plus grand monde sans abandonner sa quintessentielle qualité instrumentale et compositionnelle. Ce qui sied admirablement à la voix de Marisa, douce mais énergique, fondamentalement brésilienne mais ô combien compatible à cette fusion moderniste, en un mot comme en mille, une réussite.
Et un album qu'on recommande évidemment à tous ceux qui apprécient la musique brésilienne "progressive", fusionnante mais, ultimement, abordable.

1. Beija Eu 3:13
2. Volte para o Seu Lar 4:44
3. Ainda Lembro 4:10
4. De Noite Na Cama 4:28
5. Rosa 2:45
6. Borboleta 2:02
7. Ensaboa 4:20
8. Eu Não Sou Da Sua Rua 1:32
9. Diariamente 4:12
10. Eu Sei (Na Mira) 2:41
11. Tudo Pela Metade 4:13
12. Mustapha 2:26

Marisa Monte - vocals
John Zorn - alto saxophone (tracks 2 & 7)
Marty Ehrlich - tenor saxophone (tracks 2 & 7)
Arto Lindsay - guitar, vocals (tracks 2, 4, 10 & 11)
Robertinho do Recife (tracks 3, 6, 10 & 12), Romero Lubambo (tracks 8 & 9), Marc Ribot (tracks 1, 2, 4 & 11) - guitar
Carol Emanuel - harp (track 9)
Ryuichi Sakamoto (tracks 3, 5, 7, 10 & 12), Bernie Worrell (tracks 1, 2, 4 & 11) - keyboards
Ricardo Feijão (tracks 7, 10 & 12), Melvin Gibbs (tracks 1, 2, 4 & 11) - bass
Dougie Bowne (tracks 1, 2, 4 & 11), Gigante Brazil (tracks 7, 10 & 12) - drums
Cyro Baptista (track 9), Prince Vasconcelos de Bois (track 6), Armando Marçal (tracks 3, 4, 5, 7, 10 & 12), Naná Vasconcelos (tracks 2, 4, 8 & 11) - percussion
Criançada - backing vocals (track 11)

MARISA MONTE

MeRCReDi
Ancestors "Neptune with Fire" (2008)
ou "Lame de Fond"

S'il ne contient que deux titres, le premier album des spatiaux stoner/doomistes d'Ancestors s'approche tout de même des 40 minutes, et ça ne doit pas faire peur parce que tout ça, à l'opposé des prétentions, démonstrations progtessivo-techniques cliniques et onanistes d'un Dream Theater, par exemple, est tout à fait digeste.
Parce que cette musique, totalement bercée d'influences 70s, d'Hawkwind à Black Sabbath, si elle n'est pas tout à fait dénuée de compétence instrumentale, il en faut pour mener pareille entreprise à bien, est avant tout le véhicule des trippantes ambitions de ses compositeurs/concepteurs.
Si on sent déjà, sous la furie des explosions électriques de guitares en fusion ou de vocaux possédés, de tentations progressives, le propos est tout de même, ici, largement orienté vers un auditoire metallo-compatible enfumé de volutes cannabiques, stoner metal, quoi ! Et du meilleur du genre avec des climats, mes aïeux, des montées de sève, mamma mia, et des accalmies, plus rares mais servant leur but à merveille, rendant l'exercice aussi attractif qu'il est réussi. C'est bien simple, dans le genre, hélas pas aussi répandu qu'on le souhaiterait, Neptune with Fire tient sans problème le haut du panier.
Et c'est donc un opus tout à fait recommandé à la condition évidente de pouvoir apprécier son relatif extrémisme, parce que ça reste de la musique d'hommes, indéniablement.

1. Orcus Avarice 16:46
2. Neptune with Fire 21:38

Nick Long - Bass, Vocals
Justin Maranga - Guitars, Vocals
Jason Watkins - Organ, Piano, Vocals
Brandon Pierce - Drums, Gong
Chico Foley - Electronics, Keyboards, Vocals
&
McKenna Mitchell - Additional Vocals (2)

ANCESTORS

JeuDi
Graham Parker "Squeezing Out Sparks" (1979)
ou "Graham fait des étincelles"

Dans la catégorie des rockers britanniques qui eurent si peu froid aux oreilles qu'ils relevèrent sans coup férir le gant d'une punk rock finissante et d'un Two-Tone ska à l'éclat ô combien éphémère - je parle évidemment de cette caste de classe dont les noms les plus évidemment cités sont Elvis Costello, Joe Jackson ou Paul Weller et son Jam - je demande Graham Parker et son chef d’œuvre de la période, Squeezing Out Sparks.
Rien de bien compliqué en fait, du rock classique, franc, mélodiquement réussi, doté de paroles intelligentes et sarcastiques... Pour réussir l'affaire, cependant, c'est une autre paires de mitaines... Alors il y a les chansons, 10 excellents exemples d'icelles (dont Protection en must absolu de votre serviteur) présentement supplémentées de deux très savoureux bonus bourrés de soul, un style qui hérite du punk sa sécheresse de ton, son dépouillement sonique, et du rock originel un esprit mélodique fun et primesautier qui fait un bien fou après les exactions excitées des crêtés précités, le tout évidemment délicatement remis au goût du jour d'une Angleterre en crise (ça ne fait que commencer avec Maggie "De Fer" arrivée au pouvoir)...
Ce rock, qui se permet même d'aller dans la ballade acoustique sans "clicheter" le moins du monde (You Can't Be Too Strong), c'est celui de Graham Parker & the Rumour (qu'on n'oublie pas tant ils forment une fine équipe secondant parfaitement son leader naturel), un secret encore trop bien gardé qui n'a jamais vraiment franchi les côtes de son Royaume Uni natal, que c'en est un mystère parce que, quelle fête quoi ! Et mis en son, bien, forcément !, par le regretté Jack Nitzsche (qui fut le bras droit de Phil Spector, excusez du peu), cerise sur le gâteau, etc.
Squeezing Out Sparks est un triomphe de rock nerveux, énergique, profondément honnête et admirablement troussé. Pas le seul album de Graham à réussir le tour de force, le plus réussi cependant. Ecoutez !

1. Discovering Japan 3:32
2. Local Girls 3:44
3. Nobody Hurts You 3:42
4. You Can't Be Too Strong 3:21
5. Passion Is No Ordinary Word 4:26
6. Saturday Nite Is Dead 3:18
7. Love Gets You Twisted 3:02
8. Protection 3:54
9. Waiting for the UFO's 3:08
10. Don't Get Excited 3:04
Bonus
11. Mercury Poisoning 3:09
12. I Want You Back 3:26

Graham Parker - lead vocals, rhythm guitar
Brinsley Schwarz - guitar, backing vocals
Martin Belmont - rhythm guitar, backing vocals
Bob Andrews - keyboards, backing vocals
Steve Goulding - drums, backing vocals
Andrew Bodnar - bass

GRAHAM PARKER

VeNDReDi
Elvis Costello and the Roots "Wise Up Ghost" (2013)
ou "Des racines et des ailes"

Le mariage de la carpe et du lapin ? Vraiment ? Il est vrai que, sur le papier, rien ne rapprocherait, à priori, ce vieux pub rocker anglo-irlandais reconverti aux sources de la musique nord-américaine et une des formations les plus respectées du hip-hop étasunien.
Pourtant, à y réfléchir, il y a un sacré tronc commun qui les unit à commencer par une adoration d'une certaine soul 60s que chacun, à sa manière, recycla. A l'énergie électrique de ses Attractions pour Elvis Costello, au (re)traitement moderne digitalo-acoustique pour The Roots. Deux conceptions pour un même amour, deux conceptions désormais fusionnées en un album : Wise Up Ghost (and other songs).
Composé et produit par le trio Costello, Questlove (ou ?uestlove ou Ahmir Thompson) et Steven Mandel, Wise Up Ghost est une formidable réussite, une merveille d'album où modernité et tradition s'accouplent pour le meilleur, à savoir une galette au charme si intemporel qu'on se dit sans coup férir qu'on l'aimera encore dans 10 ans, 20 ans, 30 ans... Parce que dès Walk Us Uptown, funk millésimé à la lourde basse dubbesque et au melodica joué par Elvis himself, on est pris dans l'esprit "rétromoderniste" de l'affaire. La suite ne fait que confirmer l'impression initiale avec le Motownisant Sugar Won't Work, son groove languissant, ses cordes tire-larmes et son refrain référencé. Ou quand Elvis s'essaie à un rap sur fond funkadelicisant sur l'infectieux Refuse to be Saved, un P-Funk-style convaincant par le petit gars de Londres et ses ponctuels compagnons de jeu... Et dire que ce ne sont que les trois premiers titres !!! Trois tueries qui nous font bénir l'admirable rencontre des Racineux hip-hopers et du Declan au talk show de Jimmy Fallon, là justement où naquit l'idée même de cette divine collaboration. La bénir avec d'autant plus d'enthousiasme que le reste de la sélection est à l'avenant de cet admirable trio introductif et déroule avec rouerie et intelligence tout le catalogue de la black music américaine des années 60 et 70... Et même un peu au delà mais, chut !, on ne va quand même pas tout dire !
Afin d'aussi combler les amateurs de quadri-capilo-découpage, on mentionnera que, pour arriver à leurs fins, Elvis et ses Roots utilisèrent moult cuivres et cordes sans que jamais, ô grand jamais, l'avalanche ne vienne ruiner la précieuse pièce-montée de quelque lourdeur que ce soit. Arrangé avec un goût divin, les 12 compositions coulent absolument de source.
Wise Up Ghost, vous l'aurez compris, est un triomphe... c'est aussi simple que ça. On peut, d'ores et déjà le classer dans les plus belles réussites de l'an et sérieusement le considérer comme une des plus belles galettes de ces dernières années. Parole de musicophage, une bonne dizaine d'écoutes n'ont pas réussi à démentir mon enthousiasme, ce n'est pas si souvent que ça m'arrive alors, tenez-le vous pour dit, c'est de grande classe qu'il s'agit ici et, évidemment !, d'un album totalement, définitivement, absolument recommandé.

1. Walk Us Uptown 3:22
2. Sugar Won't Work 3:31
3. Refuse To Be Saved 4:23
4. Wake Me Up 5:52
5. Tripwire 4:28
6. Stick Out Your Tongue 5:28
7. Come The Meantimes 3:53
8. (She Might Be A) Grenade 4:36
9. Cinco Minutos Con Vos 5:01
10. Viceroy's Row 5:01
11. Wise Up Ghost 6:27
12. If I Could Believe 3:58
Bonus
13. My New Haunt 4:39
14. Can You Hear Me? 6:27
15. The Puppet Has Cut His String 4:57

Elvis Costello - vocals, organ, piano, melodica, baritone guitar, wurlitzer, delay guitar, ampeg bass, wah wah baritone guitar
?uestlove - drums
Kirk Douglas - electric & acoustic guitars, backing vocals (1-4, 7-11, 13, 14)
Mark Kelley - bass (1, 3, 5, 7, 9-11, 13, 14))
Frank Knuckles - tambourine, chimes, percussion, bells (5, 7, 9-11)
Ray Angry - clavinet, farfisa, bells, keys (2, 3, 5, 9, 10, 12, 13, 15)
James Poyser - keys, piano (9, 10)
Kamal Gray - keys (13)
Pino Palladino - bass (2, 12, 15)
Korey Riker - tenor & barritone saxophone (1, 4-6, 8, 9, 11, 14)
Matt Cappy - trumpet, flugelhorn (1, 3-6, 8-11, 14)
Chris Farr - saxophone, flute (3, 10)
Damon Bryson - sousaphone (1, 3, 4, 10)
La Marisoul - vocals (9)
Hedi Mandel - screams (13)
Diane Birch - backing vocals (5)
&
The Brent Fischer Orchestra (3, 4, 8, 9, 12)
orchestrated and conducted by Brent Fischer
Assa Drori - concertmaster/contractor
Robert Berg, Roland Kato, Kazi Pitelka - viola
Sally Berman, Mark Cargill, Mike Ferrill, Sam Fischer, Alex Gorlovsky, Anna Kostyuchek, Elizabeth Wilson - violin
Miguel Martinez, Kevan Torfeh, Cecilia Tsan - cello
Drew Dembowski, Ken Wild - bass
Alex Budman - bass clarinet
Bob Carr - bassoon, contrabassoon
Steve Hughes - euphonium
Bill Reichenbach - contrabass trombone, euphonium, tuba

ELVIS COSTELLO

SaMeDi
Van der Graaf Generator "Live in Concert at Metropolis Studios, London" (2012)
ou "VdGG is Alive!"

Il est de ces groupes qui se soucient si peu du commerce qu'ils finissent par avoir une réputation très en deçà de celle qu'ils auraient justement méritée. Van der Graaf Generator, chevalier imputrescible d'un rock progressif libre et (donc) changeant, est de ceux-ci. Longtemps rare en lives enregistrés, le désormais trio toujours mené par l'habité Peter Hammill, y est devenu plus présent, signe de temps où il est plus simple d'obtenir une captation professionnelle à moindre coût et où, en toute logique, les misfits en tous genres (dont les trois papys surpuissants ici présents font définitivement partie), saisissent l'aubaine avec l'appétit créatif qu'on leur connait habituellement.
Evidemment, comme sur les précédentes aventures live du trio (Live At The Paradiso, 2009), les chagrins iront regretter l'absence d'un David Jackson (saxophone) devenu si ingérable pour Hammill & Co qu'ils durent s'en débarrasser pour vital fut-il à leur son. Décidant, courageusement, de continuer sans cet élément décisif, les trois membres restants s'en sortent, ici comme précédemment, merveilleusement bien. On s'en doute, le répertoire conçu pour cette formation resserrée fonctionne parfaitement, on est plus surpris de constater que les classiques inoxydables du groupe (de Lemmings à Childlike Faith en passant par Man-Erg) y résistent si bien à l'amputation d'une partie à priori si soniquement indispensable. C'était sans compter sur la rouerie et l'expérience accumulée au cours de leur chaotique carrière par Hammill, Banton et Evans qui n'y font décidément pas leur soixantaine et donnent, l'air de rien, quelque cours d'énergie et d'intensité dramatique à la jeune concurrence.
Enregistré devant un petit nombre d'heureux privilégiés au Metropolis Studios de Londres, comme son titre on ne peut plus explicite l'indique, le présent live nous offre non seulement une prestation hantée comme seuls VdGG en ont le secret mais aussi une captation parfaite qui permettra de saisir et d'apprécier toutes les nuances d'interprétations perfectibles mais passionnées... et donc passionnantes. Un petit (et réel) bonheur présentement agréablement complété d'une captation vidéo de belle tenue pour un lot, vous l'aurez compris, indispensable à tout amateur du groupe.

CD 1
1. Interference Patterns 4:22
2. Nutter Alert 5:35
3. Your Time Starts Now 4:25
4. Lemmings 14:26
5. Lifetime 5:24
6. Bunsho 5:38
7. Childlike Faith 12:14

CD 2
1. Mr. Sands 5:22
2. Over The Hill 12:21
3. We Are Not Here 4:54
4. Man-Erg 11:50

Peter Hammill: chant, claviers, guitare
Hugh Banton: orgue, basses pédales
Guy Evans: batterie

VAN DER GRAAF GENERATOR

jeudi 4 juin 2015

Îles Désertes... (volume 3)

A la demande générale voici le Volume 3 des Îles Désertes du Zornophage préparé pour répondre, j'espère, aux attentes des amateurs des deux premiers volumes qui leur paraissaient, cependant, stylistiquement incomplets. Voici donc 10 nouveaux compagnons du mélomane isolé sur son île, et cette fois-ci c'est bien la fin ! A moins que... Enjoie !

Île Déserte :  Country/Folk Music
Townes Van Zandt "Live at the Old Quarter, Houston, Texas" (1977)
ou "Live intime"

En complément ou en introduction, l'affaire fonctionne dans les deux sens, de l'excellent coffret Texas Troubadour (où on ne retrouve, c'est son défaut, que de maigres extraits du présent live), on conseillera vivement l'écoute de ce quintessentiel Live at the Old Quarter oùTownes Van Zandt - exemplaire chanteur, compositeur et interprète d'une folk/country d'une rare intelligence et sensibilité - déroule les plus belles perles de son jeune mais déjà consistant répertoire.
Townes a alors 6 albums à son actif, 6 albums où son art est trop souvent amoindri par de niaiseux arrangements imposés par son producteur avec des visées forcément commerciales. Rien de tout ça ici, seul armé de sa six-cordes acoustique, Van Zandt délivre dans le cadre intimiste d'un club bondé (prévu pour 60 personnes, c'est une centaine qui se pressait chaque soir de juillet 1973 pour assister à la performance) une relecture simple et vraie de son songbook. La viande sur l'os, pas un pet de gras, de l'émotion à fleur de peau mais aussi de l'humour, c'était tout ça Townes et bien plus encore comme démontré par cette exemplaire heure et demie.
Indispensable.

CD 1
1. Announcement 0:45
2. Pancho & Lefty 4:08
3. Mr. Mudd & Mr. Gold 3:40
4. Don't You Take it Too Bad 2:57
5. Two Girls 3:51
6. Fraternity Blues 3:07
7. If I Needed You 3:18
8. Brand New Companion 4:20
9. White Freightliner Blues 3:26
10. To Live Is To Fly 3:20
11. She Came and She Touched Me 4:09
12. Talking Thunderbird Blues 2:33
13. Rex's Blues 3:05
14. Nine Pound Hammer 3:06

CD 2
1. For The Sake of The Song 4:48
2. Chauffeur's Blues 4:33
3. No Place To Fall 3:09
4. Loretta 2:26
5. Kathleen 2:54
6. Why She's Acting This Way 5:43
7. Cocaine Blues 3:21
8. Who Do You Love 3:44
9. Tower Song 3:47
10. Waiting Around To Die 2:35
11. Tecumseh Valley 4:30
12. Lungs 2:34
13. Only Him or Me 2:42

TOWNES VAN ZANDT

Île Déserte : Hip-Hop
Lewis Parker "Masquerades & Silhouettes" (1997)
ou "Hip Hop Hourrah !"

Sorti au cœur de l'été 1998 (on est les champions, on est les champions, etc.) sur l'éphémère label de Massive Attack - Melankolic, ce premier album du rapper anglais Lewis Parker est de ceux qui réconcilierait le plus frileux mélomane avec les valeurs cachées du hip-hop.
De ses patrons, Lewis garde une façon smooth et classy d'arranger ses samples en luxuriants climats sonores. Son rap lui même, fluide et calme, n'est pas sans rappeler ce que fait parfois 3D chez la légende de Bristol. La différence fondamentale qui sépare cette mascarade de silhouettes et les oeuvres des pionniers du trip-hop est, sans le moindre doute, cette concentration sur un seul genre, le rap.
Je dois dire que je ne suis pas habituellement très friand de rap. J'ai cependant pris un vrai pied avec cet album depuis presque 20 ans que je le possède. Il ne revient pas outrancièrement souvent sur ma platine mais, chaque fois que je l'aère, j'y redécouvre une vraie pépite qu'on pourra rapprocher de l'ultime album de Gil Scott-Heron (I'm New Here).
Les deux font indubitablement parti de cette black music pensante (qui n'est, ceci dit en passant, pas si rare que ça) qui se sert des armes à sa disposition pour amener l'auditeur ailleurs, et avec quel talent !

1. Theme From 'The Ancients' 1:28
2. Shadows Of Autumn 5:31
3. A Thousand Fragments 5:48
4. Fake Charades 4:50
5. Crusades 5:25
6. Song Of The Desert 4:22
7. Eyes Of Dreams 5:42
8. 101 Pianos (I've Put Out The Lights) 3:02

LEWIS PARKER

Île Déserte : Soul
Curtis Mayfield "Curtis" (1970)
ou "Soul Titan"

Chef d'œuvre de soul prospective et psychédélique, Curtis, premier album de Curtis Mayfield demeure, avec la bande son d'une vraie référence de la Blaxploitation, Super Fly, le magnum opus de son auteur, un album qui fit date, aussi.
Rien ne laissait, pourtant, suspecter ce grand bond en avant, cette décisive avancée pour un genre souvent confiné au frotti-frotta de dance-floors humides et enfumés par un des membres d'un groupe, The Impressions, qui, s'il avait fait de l'excellent travail, en particulier sur People Get Ready (1965) et This Is My Country (1968), n'avaient pas forcément brillé par son désir de faire avancer le schmilblick. C'est donc Curtis, en solo, qui s'y colle, et il s'y colle brillamment, le bougre !
Influencé qu'il est par les développements d'une scène rock au spectre s'élargissant de plus en plus substantiellement, Mayfield applique, peu ou prou, les mêmes recettes à la soul music qui l'a rendu populaire. Le résultat, 8 titres totalement addictifs bonnussés de moult versions démo sur la présente édition remastarisée, dépasse les espérances les plus folles. Chaud, socialement impliqué (parce que Mayfield n'est pas, loin s'en faut, qu'un chanteur de charme), et diablement bien joué par une réunion d'instrumentistes pluriethnique voulue par le leader, c'est une œuvre qui fait, tour à tour, danser, penser, rêver et même souvent tout ça à la fois. Ca vaut pour les deux impeccables singles, (Don't Worry) If There's a Hell Below, We're All Going to Go et le toujours référentiel Move On Up, mais, fondamentalement, pour l'ensemble d'une galette sans le moindre faux-pas, sans la plus petite trace de faute de goût où il se passe toujours quelque chose qu'on parte dans une jam percussive, dans des atours jazzés ou dans une proto-funk de toute première bourre.
45 ans plus tard, n'ayant pas pris la moindre ride, restant encore et toujours un incontournable d'une black music étatsunienne en pleine révolution (Sly, Clinton, Scott-Heron et quelques autres suivront, chacun avec sa spécificité), Curtis est un album qu'on n'a de cesse de recommander, tant aux amateurs du genre qu'à ceux qui s'y croient, à priori, imperméables. Oui, c'est si bon que ça !

1. (Don't Worry) If There's a Hell Below, We're All Going to Go 7:50
2. The Other Side of Town 4:01
3. The Makings of You 3:43
4. We People Who Are Darker Than Blue 6:05
5. Move On Up 8:45
6. Miss Black America 2:53
7. Wild and Free 3:16
8. Give It Up 3:49
Bonus
9. Power to the People (demo version) 2:47
10. Underground (demo version) 3:11
11. Ghetto Child (demo version) 5:10
12. Readings in Astrology (demo version) 3:31
13. Suffer (demo version) 2:31
14. Miss Black America (demo version) 2:22
15. The Makings of You (Backing Tracks, Take 32) 4:35
16. (Don't Worry) If There's a Hell Below, We're All Going to Go ((Backing Tracks, Takes 1 & 2)) 9:34
17. (Don't Worry) If There's a Hell Below, We're All Going to Go (Radio edit) 3:26

Curtis Mayfield - vocals, keyboards, guitar
avec : Leonard Druss, John Howell, Harold Lepp, Loren Binford, Clifford Davis, Patrick Ferreri, Richard Single, Rudolph Stauber, Donald Simmons, Robert Lewis, Harold Dessent, Ronald Kolber, Harold Klatz, John Ross, Sol Bobrob, Sam Heiman, Elliot Golub, Henry Gibson, Robert Sims, Gary Slabo, Philip Upchurch

CURTIS MAYFIELD

Île Déserte : Afrique
Ali Farka Touré & Toumani Diabaté "Ali & Toumani" (2010)
ou "African Blues"

Deuxième et hélas ultime collaboration entre deux instrumentistes africains de haute volée - après l'indispensable, et couronné d'un Grammy, In the Heart of the Moon - Ali and Toumani est un bijou d'authenticité et de grave douceur.
Enregistré en quatre jours en juin 2005, il comprend la toute dernière apparition d'un Ali Farka Touré (qui décèdera d'une « longue maladie, cancer des os, en juillet 2006) qui nous manque aujourd'hui d'autant plus cruellement qu'il brille ici de mille feux. Avare de notes comme de sa voix (la majorité de l'album étant instrumental), précis dans le rythme, intense dans l'émotion, il tisse des accords simples avec une rare grâce. De fait, l'accord parfait avec la kora envoutante de Toumani Diabaté semble si naturel qu'on comprend bien vite que ces deux là parlent la même langue, celle d'une musique se permettant des libertés, comme par exemple de flirter avec la bossa, sans jamais ô grand jamais n'entamer son innée africanité. Le résultat est beau comme une ruisseau éclairé d'un rouge coucher de soleil alors que les animaux s'abreuvent, moment de paix. Je sais, c'est un peu cliché tout ça mais ce sont les impressions que véhicule cette musique exempte d'artifices et pourtant si riche. Parce que, à creuser, il y a des trésors de finesse, des torrents d'idées... Mais ça coule de source, tout simplement. Et c'est pour ça que c'est réussi et qu'on en oublierait presque que le glorieux prédécesseur était juste un tout petit peu plus « plus ». Peut-être parce qu'il avait été enregistré chez Ali, dans son village au Mali et pas à Londres comme celui-ci. Un minuscule supplément d'âme. Peut-être...
Mais c'est juste pour pinailler parce que, franchement, Ali and Toumani est une splendeur. Une perle d'album qui fait voyager dans la tête, qui évoque des couleurs, des odeurs qui manquent cruellement au gris uniforme de nos villes. Rien que pour ça, et parce qu'on y revient souvent, ça vaut le coup.

1. Ruby 5:50
2. Sabu Yerkoy 4:05
3. Bé Mankan 5:07
4. Doudou 4:42
5. Warbé 4:47
6. Samba Geladio 3:13
7. Sina Mory 4:23
8. 56 6:53
9. Fantasy 2:15
10. Machengoidi 5:01
11. Kala Djula 3:25

Ali Farka Touré: guitar, vocals
Toumani Diabaté: kora
Orlando "Cachaito" Lopez: bass
Vieux Farka Touré: congos, backing vocals
Souleye Kane, Ali Magasa: backing vocals
Tim Keiper: percussion

TOUMANI & ALI

Île Déserte : Inde
Ravi Shankar "Chants of India" (1997)
ou "Elévation"

Ultime collaboration entre l'ex-Beatles George Harrison et son ami, et maître en musique indienne, Ravi Shanka, Chants of India est une preuve supplémentaire de la communion d'esprit de deux personnages attachants, une belle galette de musique indienne revue et corrigée à l'aulne de préoccupations occidentalisées, aussi.
Nous sommes en 1996, Ravi et George concrétisent un projet qu'ils ont eux-mêmes fomentés consistant en l'adaptation en musique de textes hindous et védiques. Pour Ravi, c'est un retour aux traditions de son enfance, lui qui grandit à Bénarès, ville "sainte" de l'hindouisme. Pour George, c'est une opportunité supplémentaire de se glisser dans le monde de la monde de la musique indienne qui fut si instrumental dans son développement tant spirituel que musical.
Comme toujours avec les deux amis, le projet est pris très au sérieux, les compères consultant quelques lettrés mystiques pour éviter toute faute de goût, toute erreur d'interprétation que ce soit du pan culturel ou religieux qu'ils ont décidés de réinterpréter à leur façon tout en restant fidèle à la tradition. Du respect et de l'application donc mais, surtout, un sacré paquet de grâce parce que, bien entourés par des musiciens et vocalistes totalement dévoués au projet, aussi bien pour les sessions de Madras que pour celles de Londres, Shankar et Harrison ont su créer un tout absolument accessible à un auditoire occidental peu habitué aux gammes et aux chants originaires du sous-continent indien.
Avec, en plus, la fille du premier, la talentueuse Anoushka Shankar, à la direction "d'orchestre", c'est un moment hors du monde, hors du temps qui s'offre à nous. Un moment chaudement recommandé à toutes celles et tous ceux qui fatigués d'entendre encore et toujours les mêmes sons, ont des envies d'évasion, et d'élévation évidemment, vu le thème.

1. Vandanaa Trayee 4:32
2. Omkaaraaya Namaha 1:53
3. Vedic Chanting One 3:12
4. Asato Maa 7:12
5. Sahanaa Vavavtu 4:26
6. Poornamadah 1:28
7. Gaayatri 3:26
8. Mahaa Mrityunjaya 4:43
9. Veenaa-Murali 3:36
10. Geetaa 2:13
11. Managalam 4:03
12. Hari Om 2:57
13. Svara Mantra 4:34
14. Vedic Chanting Two 2:13
15. Prabhujee 8:06
16. Sarve Shaam 5:09

Ravi Shankar - sitar, direction, arrangements
George Harrison - vocals, acoustic guitar, autoharp, bass, vibraphone, marimba, glockenspiel
Anoushka Shankar - conductor and assistant
Ronu Mazumdar - flute
- Madras sessions
Kalyan - violin and assistant
Subramaniam, Devi - veenas
Murali - harmonium
Seenu - mridangam
Balasai, Kamalaskar - flutes
Shekar, Biswas, John - cellos
Mirali, Rex, Balu, Sasi, Girijan - violins
Narayanan, Rebbecca Goodsell, Sririam, Venkataraman, Gowri Shankar - tanpuras
Babu Parameshwaran, Natesan, Ramchandran Suresh, Sashidran, Babu, Mani, Mani Kiran, Shanta Dhananjayan, Suhasini, Latha, Rashmi - vocals ("Indian chorus")
Sarada, Martha, Vimala, Pearl, Adela, Dr Grub, Billy, Tony, Arul, Ranjith - vocals ("Western chorus")
- London sessions
Chandrashekhar - violin and assistant
M. Balachandar - mridangam, morsing
Bikram Ghosh - tabla
Tarun Bhatacharaya - santoor
Jane Lister - harp
Antonia Paget - violin
Michael Paget, Stella Page - violas
Isabel Dunn - cello
Terry Emery - tuned percussion
Deepa Singh, Hari Sivanesan, Sivashakti Sivanesan, Gaurav Mazumdar, Shyamali Basu, Chandrashekhar, Sukanya Shankar - vocals

RAVI SHANKAR

Île Déserte : Vocal Jazz
Johnny Hartman "I Just Dropped by to Say Hello" (1966)
ou "Smooth as Silk"

Injustement méconnu, autrement que par son album avec le quatuor de John Coltrane, Johnny Hartman n'est jamais devenu la star que sa voix de velours méritait. En 1966, il sort le premier de deux solo albums pour le label Impulse!, I Just Dropped by to Say Hello qui fait mouche, évidemment.
Il faut dire que Johnny a su s'entourer pour la circonstance. Rien moins qu'Illinois Jacquet (saxophone), Kenny Burrell et Jim Hall (guitare), Hank Jones (piano), Milt Hinton (contrebasse) et Elvin Jones (batterie) l'accompagnent. Et avec, pour tracklist, une splendide collection de standards ou petits trésors et une composition originale (signée d'Hartman et Stanley Glick) tout à fait au niveau, il n'y a pas à mégoter, c'est à un excellent album de jazz vocal auquel nous avons affaire.
Evidemment, voix de velours du leader oblige, le mood de l'ensemble est plus vers le soft jazz que le free mais comme tout ceci est joué avec fougue et talent, jamais on ne tombe dans la musique d'ascenseur. Et puis, Bob Thiele (producteur maison d'Impulse!) s'y entend pour garder tout son monde éveillé et le mettre en son avec justesse et précision.
De fait, il n'y a qu'un reproche que l'on puisse faire à cette impeccable galette, c'est de ne pas nous en donner assez... 32 minutes, c'est vraiment trop court ! Malgré ce minuscule bémol (finalement qu'un album paraisse trop court est plutôt bon signe), on conseillera cet album à tous ceux qui apprécient le jazz vocal de qualité supérieure... Ou le jazz... Ou la bonne musique tout court.

1. Charade 2:38
2. In the Wee Small Hours of the Morning 2:49
3. A Sleepin' Bee 2:15
4. Don't You Know I Care 4:14
5. Kiss & Run 3:35
6. If I'm Lucky 2:52
7. I Just Dropped by to Say Hello 4:10
8. Stairway to the Stars 3:09
9. Our Time 3:00
10. Don't Call It Love 2:07
11. How Sweet It Is to Be in Love 2:20

Johnny Hartman - vocals
Illinois Jacquet - tenor saxophone
Kenny Burrell, Jim Hall - guitar
Hank Jones - piano
Milt Hinton - double bass
Elvin Jones - drums

JOHNNY HARTMAN

Île Déserte : Musique Contemporaine
Karlheinz Stockhausen "Aus den Sieben Tagen" (1970)
ou "Contemporary Trip"

Quand on en vient à évoquer la musique contemporaine d'avant-garde en général, et son expression chez l'allemand Karlheinz Stockhausen en particulier, on pense souvent avoir affaire à de l'ardu, du difficile à écouter et à comprendre voire du totalement inécoutable qu'il faut être un poil masochiste pour s'infliger.
Parce que cette musique, à priori, fait peur à tous ceux ne pensant pas posséder la formation, la grammaire pour l'apprécier à sa juste valeur. Erreur ! Il est tout à fait possible d'avoir une approche émotionnelle de la chose qui, du coup, perd de ce vernis n'inaccessibilité qu'on lui avait un peu trop hâtivement collé. En l'occurrence, interprétée par l'Ensemble Musique Vivante de Diego Masson (sous le patronage de Pierre Boulez, autre épouvantail contemporain, comme c'est précisé sur la pochette) est un trip dans lequel il faut savoir se laisser aller, une expéricience mystique et planante extraite du cycle dit "Des Septs Jours" au pouvoir méditatif et contemplatif simplement bluffant. Alors certes, comme souvent avec les musiques dites "difficiles", il faudra un temps d'adaptation à l'auditeur gavé de mélasse radiophonique pour totalement "entrer dedans", une fois ceci fait, croyez-moi, le bonheur est au bout du chemin.
Vous avez peur de Stockhausen ? Aus den Sieben Tagen pourrait bien être le sésame d'une œuvre multiple et passionnante ayant influencé moult artistes, dont l'islandaise Björk qui le cite régulièrement en référence, via ses manipulations électro-acoustiques paranormales.

1. Fais Voile Vers Le Soleil 21:37
2. Liaison 24:40
(un extrait de Fais Voile Vers le Soleil)

Ensemble de Musique Vivante Diego Masson
(sous le patronage de Pierre Boulez)

KARLHEINZ STOCKHAUSEN

Île Déserte : Musique Ancienne
Alexander Agricola/Huelgas Ensemble "A Secret Labyrinth" (1975)
ou "Avant-Hier"

Ca vous dirait un petit tour au XIIIème siècle ? C'est ce que propose le Huelgas Ensemble de Peter Van Nevel sur cette collection de compositions signée du compositeur gantois Alexander Agricola (1445/46-1506), dépaysement garanti !
Symptôme d'une époque où le développement instrumental n'est pas encore ce qu'il deviendra dans les siècles suivant, c'est la voix (ou plutôt les voix) qui, à elles seules, donnent corps à cette musique pour nous inhabituelle. D'harmonies quasiment aliens en preuves irréfutables d'une dominance religieuse alors écrasante (quoique quelques titres profanes échappent ici à la règle), A Secret Labyrinth demandera un certain temps d'adaptation à l'auditeur encore étranger à une telle expression via les messes et motets de ce compositeur presque perdu. Icelui passé, ça va vite, rassurez-vous, nous avons affaire à un ensemble entraînant même les plus cartésien des athées dans un état de contemplation à nul autre pareil, il n'est donc pas besoin de détenir la clé de quelque religiosité que ce soit pour y goûter, c'est heureux, à l'imprévisibilité harmonique déstabilisante mais, in fine, attirante de ces savants assemblements vocaux avant-gardistes pour leur temps.
Egalement disponible sur le massif coffret A Secret Labyrinth qui lui emprunte son titre, cette musique d'un autre temps est plus qu'une curiosité, une expérience à vivre aujourd'hui avec la même admiration, le même recueillement mystique qu'en ces temps immémoriaux. Recommandé.

1. Chant Sur Le Livre - Gaudeamus Omnes In Domino 2:42
2. De Tous Biens Playne 2:15
3. Dung Aultre Amer 1:14
4. Virgo Sub Ethereis 2:25
5. Missa Guazzabuglio - Kyrie From Missa 'Je Ne Demande' 4:13
6. Gloria From Missa Secundi Toni 8:21
7. Credo From Missa 'Le Serviteur' 8:36
8. Sanctus From Missa 'Re-Fa-Mi-Re-Fa' 3:45
9. Agnus Dei From Missa 'In Myne Zyn' 8:35
10. Chanson : Je Nay Dueil 7:24
11. Chanson : Se Mieulx Ne Vient D'amours 2:31
12. Chanson : Fortuna Desperata 5:44
13. Salve Regina 9:12

Huelgas Ensemble - voices
Paul Van Nevel - direction

HUELGAS ENSEMBLE

Île Déserte : French Pop
Michel Polnareff "Polnareff's" (1971)
ou "Pop et sans complexe"

S'il y a un album qui représente le triomphe d'une certaine pop à la française, d'une pop ayant su ingérer et digérer les influences anglo-saxonnes pour les accommoder à la sauce camembert (ou plutôt à parvenir à ne pas sentir ledit clacos), c'est bien le cru 71 de Michel Polnareff, le sobrement titré Polnareff's.
Ambitieux est un qualificatif qu'on accolerait volontiers à l'opus s'il ne supportait avec tant de classe compositionnelle la débauche de moyens instrumentaux mise en œuvre pour son exécution. Une preuve ? L'instrumental d'ouverture, Voyages, et son pendant de mi-album (...Mais Encore) où cordes et cuivres complémentent à merveille une superbe mélodie. C'est idem pour le très réussi Né dans un Ice-Cream où un Polnareff heureux comme un poisson dans l'eau peut se laisser aller à ses extravagances, jusqu'à un décrochage jazz big band tout à fait crédible, c'est fort. Et ça continue, tout l'album est de ce divin tonneau où la richesse de la façon n'est jamais là pour cacher la pauvreté du propos. Alors, certes, certains regretteront l'épure précédemment affichée par Michel mais force est de constater que ce déluge, cet ensemble instrumental digne de sessions menées par un certain Phil Spector (dont on sent indéniablement l'ombre) sied admirablement à l'écriture fine mais démonstrative d'un Polna présentement en état de grâce.
Si vous aimez la pop qui n'a pas froid aux yeux, emprunte plus aux Moody Blues qu'à Big Star, Polnareff's, album sans faille dont je ne vous vanterai pas les mérites particuliers mais ou chaque chanson atteint parfaitement son but (en plein cœur !), vous comblera d'aise. Et de comprendre le statut culte, celui du plus bel album de son auteur qu'on lui attribue si régulièrement, c'est largement mérité !

1. Voyages 2:52
2. Né dans un ice-cream 3:22
3. Petite, petite 3:20
4. Computer's Dream 4:16
5. Le désert n'est plus en Afrique 3:04
6. Nos mots d'amour 3:13
7. ...Mais encore 2:15
8. Qui a tué grand'maman ? 2:37
9. Monsieur l'Abbé 3:30
10. Hey You Woman 5:21
11. À minuit, à midi 3:36

MICHEL POLNAREFF

Île Déserte : Soundtrack
Ennio Morricone "Crime and Dissonance" (2005)
ou "Il est fou Ennio, il est fou !"

Les compilations du grand Ennio Morricone sont trop souvent d'affreux objets rassemblant des thèmes, certes sublimes, mais sans la moindre cohérence thématique ou direction artistique. La conséquence est fâcheuse, le maître y apparait comme un "pop compositeur" alors que son aeuvre est diablement plus profonde... Souvent étrange aussi.
Balayons d'un revers de main les doutes sur la qualité du présent florilège, Ipecac (label de Mike Patton) est une maison sérieuse. De fait, le choix n'a pas été celui de la facilité et le packaging (magnifique livret photo) est particulièrement soigné, ceci dit pour ceux qu'un objet "bien fait" émeut encore et ne sont pas passé au tout dématérialisé...
Une première constatation quand à la sélection ici proposée, alors qu'Ennio a commencé sa carrière discographique en 1959 et la poursuit toujours plus de 50 (!) après, les enregistrements de Crime and Dissonance ne couvrent qu'une période relativement brève, 13 ans de 1968 à 1981. Certes, il reste encore plus de 200 (!) bandes originales à couvrir (sur la cinq-centaine à mettre au crédit d'Il Signore Morricone, un travail de titan !) mais ayant ainsi dégrossi le travail, les compilateurs se sont tout de même facilité la tâche en plus de s'assurer d'une harmonie sonique parfaite. C'est intelligent et ne retire rien à leur mérite d'examinateurs patients et pointilleux.
En l'occurrence - et vu le choix de morceaux relativement obscurs de films qui ne le sont pas moins - on a l'impression de découvrir un nouvel Ennio Morricone, un qu'on nous aurait caché et qu'on est ravi de rencontrer. Car il faut bien le dire, ce catalogue de bizarreries - souvent orientées vers une certaine idée du psychédélisme, du jazz, de la world music ou du classique contemporain dit d'avant-garde - ne fait que confirmer tout le bien qu'on pensait de lui et le statut de légende vivante ô combien mérité d'un compositeur non seulement habile mais aussi versatile et habité. De fait, les mélodies sont souvent ici moins accrocheuses que les « grands airs » connus de tous mais, ce que Crime and Dissonance perd en immédiateté, il le gagne en texture, en profondeur, en étrangeté... En richesse.
Pas à mettre entre toutes les oreilles, Crime and Dissonance - qui porte diablement bien son nom - l'est. Chaudement recommandé aussi mais - et vous ne direz pas que je ne vous aurai pas prévenu - pour ceux qui réduisent cet olibrius à sa collaboration avec Sergio Leone, quelques thèmes de Western spaghettis et autres musiques mille fois entendues dans des spots publicitaires - la surprise sera définitivement au rendez-vous, la satisfaction probablement aussi.

CD 1
1. Giorno Di Notte 4:43
2. Astratto 3 1:48
3. Corsa Sui Tetti 5:00
4. Ric Happening 3:23
5. Memento 2:38
6. Recreazione Divertita 2:59
7. Studio De Colore 1:13
8. Forza G (Quella Donna) 2:32
9. Placcaggio 2:33
10. Seguita 3:15
11. Postludio Alla Terza Moglie 2:43
12. L'Uccello Con Le Piume Di Cristallo (Titoli) 1:25
13. Il Buio 4:00
14. Rapimento In Campo Aperto 1:24
15. Le Fotografie 1:01
16. Spiriti 2:12
17. Ninna Nanna Per Adulteri 1:01
18. Astrazione Con Ritmo 4:19

CD 2
1. Trafelato 2:30
2. Sensi 2:45
3. Gli Intoccabili (Titoli) 1:39
4. Fondate Paure 2:45
5. L'Attentato (alternate version 1) 2:38
6. Fueria D'Oppio 5:54
7. 1970 8:39
8. Esplicitamente Sospeso 4:42
9. Sequenza 10 2:51
10. Paura E Aggressione (short version) 1:54
11. Folle Folle 3:42
12. Un Uomo Da Rispettare (Titoli) 11:39

ENNIO MORRICONE

mardi 8 octobre 2013

Les fantômes de Declan

Elvis Costello and the Roots "Wise Up Ghost and Other Songs (deluxe edition)" (2013)
ou "Des racines et des ailes"


Le mariage de la carpe et du lapin ? Vraiment ? Il est vrai que, sur le papier, rien ne rapprocherait, à priori, ce vieux pub rocker anglo-irlandais reconverti aux sources de la musique nord-américaine et une des formations les plus respectées du hip-hop  étatsunien.

Pourtant, à y réfléchir, il y a un sacré tronc commun qui les unit à commencer par une adoration d'une certaine soul 60s que chacun, à sa manière, recycla. A l'énergie électrique de ses Attractions pour Elvis Costello, au (re)traitement moderne digitalo-acoustique pour The Roots. Deux conceptions pour un même amour, deux conceptions désormais fusionnées en un album : Wise Up Ghost (and other songs).

Composé et produit par le trio Costello, Questlove (ou ?uestlove ou Ahmir Thompson) et Steven Mandel, Wise Up Ghost est une formidable réussite, une merveille d'album où modernité et tradition s'accouplent pour le meilleur, à savoir une galette au charme si intemporel qu'on se dit sans coup férir qu'on l'aimera encore dans 10 ans, 20 ans, 30 ans... Parce que dès Walk Us Uptown, funk millésimé à la lourde basse dubbesque et au melodica joué par Elvis himself, on est pris dans l'esprit "rétromoderniste" de l'affaire. La suite ne fait que confirmer l'impression initiale avec le Motownisant Sugar Won't Work, son groove languissant, ses cordes tire-larmes et son refrain référencé. Ou quand Elvis s'essaie à un rap sur fond funkadelicisant sur l'infectieux Refuse to be Saved, un P-Funk-style convaincant par le petit gars de Londres et ses ponctuels compagnons de jeu... Et dire que ce ne sont que les trois premiers titres !!! Trois tueries qui nous font bénir l'admirable rencontre des Racineux hip-hopers et du Declan au talk show de Jimmy Fallon, là justement où naquit l'idée même de cette divine collaboration. La bénir avec d'autant plus d'enthousiasme que le reste de la sélection est à l'avenant de cet admirable trio introductif et déroule avec rouerie et intelligence tout le catalogue de la black music américaine des années 60 et 70... Et même un peu au delà mais, chut !, on ne va quand même pas tout dire !

Afin d'aussi combler les amateurs de quadri-capilo-découpage, on mentionnera que, pour arriver à leurs fins, Elvis et ses Roots utilisèrent moult cuivres et cordes sans que jamais, ô grand jamais, l'avalanche ne vienne ruiner la précieuse pièce-montée de quelque lourdeur que ce soit. Arrangé avec un goût divin, les 12 compositions coulent absolument de source.

Wise Up Ghost, vous l'aurez compris, est un triomphe... c'est aussi simple que ça. On peut, d'ores et déjà le classer dans les plus belles réussites de l'an et sérieusement le considérer comme une des plus belles galettes de ces dernières années. Parole de musicophage, une bonne dizaine d'écoutes n'ont pas réussi à démentir mon enthousiasme, ce n'est pas si souvent que ça m'arrive alors, tenez-le vous pour dit, c'est de grande classe qu'il s'agit ici et, évidemment !, d'un album totalement, définitivement, absolument recommandé.


1. Walk Us Uptown 3:22
2. Sugar Won't Work 3:31
3. Refuse to Be Saved 4:26
4. Wake Me Up 5:53
5. Tripwire 4:28
6. Stick Out Your Tongue 5:27
7. Come the Meantimes 3:52
8. (She Might Be a) Grenade 4:35
9. Cinco Minutos Con Vos 5:01
10. Viceroy's Row 5:01
11. Wise Up Ghost 6:26
12. If I Could Believe 3:58
Bonus
13. My New Haunt 4:41
14. Can You Hear Me? 6:27
15. The Puppet Has Cut His Strings 4:56


Elvis Costello - vocals, organ, piano, melodica, baritone guitar, wurlitzer, delay guitar, ampeg bass, wah wah baritone guitar
?uestlove - drums
Kirk Douglas - electric & acoustic guitars, backing vocals (1-4, 7-11, 13, 14)
Mark Kelley - bass (1, 3, 5, 7, 9-11, 13, 14))
Frank Knuckles - tambourine, chimes, percussion, bells (5, 7, 9-11)
Ray Angry - clavinet, farfisa, bells, keys (2, 3, 5, 9, 10, 12, 13, 15)
James Poyser - keys, piano (9, 10)
Kamal Gray - keys (13)
Pino Palladino - bass (2, 12, 15)
Korey Riker - tenor & barritone saxophone (1, 4-6, 8, 9, 11, 14)
Matt Cappy - trumpet, flugelhorn (1, 3-6, 8-11, 14)
Chris Farr - saxophone, flute (3, 10)
Damon Bryson - sousaphone (1, 3, 4, 10)
La Marisoul - vocals (9)
Hedi Mandel - screams (13)
Diane Birch - backing vocals (5)
&
The Brent Fischer Orchestra
(3, 4, 8, 9, 12)
orchestrated and conducted by Brent Fischer
Assa Drori
- concertmaster/contractor
Robert Berg, Roland Kato, Kazi Pitelka - viola
Sally Berman, Mark Cargill, Mike Ferrill, Sam Fischer, Alex Gorlovsky, Anna Kostyuchek, Elizabeth Wilson - violin
Miguel Martinez, Kevan Torfeh, Cecilia Tsan - cello
Drew Dembowski, Ken Wild - bass
Alex Budman - bass clarinet
Bob Carr - bassoon, contrabassoon
Steve Hughes - euphonium
Bill Reichenbach - contrabass trombone, euphonium, tuba