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dimanche 1 janvier 2017

Ha ! 2017 ?

On ne reviendra pas sur l'année de m****e qui vient de s'achever... Ça non ! Alors,


et à bientôt, sans doute...

lundi 12 mai 2014

Devoir de mémoire (17)

Ogre "Plague of the Planet" (2008)
ou "Gros appétit !"


     Célébrons la joie de retrouver l'un des plus précieux power-trios de ces 20 dernières années, si pas le plus connu, en nous intéressant à leur concept album de 2008 : Plague of the Planet.
 
     Parce qu'Ogre avait plié les gaulles en 2009, sur la lancée de leur plus belle œuvre, qui nous intéresse présentement. Evidemment, ils sont revenus depuis, et c'est une bonne nouvelle, mais on ne le savait pas à l'époque alors que le trio sortait de 10 années d'activité ininterrompue, un trio au line-up stable depuis sa formation d'ailleurs, c'est assez rare pour être signalé.
      Et donc, Plague of the Planet, méga-plage de 37 minutes et 16 secondes, contenant en fait 11 titres enchaînés les uns aux autres puisque c'est un concept, vous suivez ? Musicalement, nous sommes clairement ancrés dans les seventies hard rock et heavy metal, quelque part entre Black Sabbath, Deep Purple, et Rush. Rien que de très classique, en fait, s'il n'y avait les compositions et la maîtrise de trois protagonistes particulièrement inspirés.
     Pour le coup, même si certains crieront à l'hideur, on ne passera pas outre la pochette et son graphisme "à la Marvel" celui-ci étant partie intégrante du concept "science-fictionesque" fièrement développé par Ogre. D'ailleurs, originale dans le contexte de la scène auquel il appartient, l'artwork a au moins le mérite d'éviter les clichés du genre, ce n'est pas rien. Et puis ça en fait au moins un, de cliché évité, quand Ogre, sinon, sa vautre avec délectation dans les figures imposées du genre, n'en omettant aucune et c'est justement ça qui est bon, parce que c'est fait sans lourdeur, avec naturel, et que l'inspiration est là. Si on caricaturait l'œuvre, on dirait volontiers qu'on tient là l'ultime rejeton du culte 2112 de Rush, dans le thème c'est certain, dans le construction c'est évident, dans le son on doit y ajouter quelques excès électriques inconnus au proverbial trio canadien mais on n'en est pas très loin non plus. Concrètement, l'album s'écoute donc comme une longue pièce, où la voix de Ed Cunningham récite, feule, crie, explose, habite la composition quelque part entre Ozzy Osbourne et Dave Windorf (Monster Magnet), c'est un organe idéal pour ce genre de musique à la fois progressive et puissante, directe et rouée, où les riffs sont essentiels, fondamentaux de construction, ciment solidissime sur lesquels s'appuie les fioritures nécessaires au plaisir de l'auditeur. Et on est gâté de ce côté là, non seulement parce que Ross Markonich est un soliste plein d'instinct et de feeling mais aussi parce que le trio a particulièrement soigné ses arrangements ajoutant d'utiles synthétiseurs structurant, enrichissant la bouillant bouillon.

     Et comme tout ceci est impeccablement mis en son, que les influences pour audibles y sont bien assimilées donnant à Ogre sa propre identité, et son meilleur album au moment de sa sortie !, on obtient bêtement une merveille de revivalisme malin et réussi, un hard prog doomisant qui, à condition que les détracteurs naturels du genre passent outre leurs idées préconçues, peut aisément séduire hors de sa chapelle consacrée. Plague of the Planet ? Un de ces trésors cachés qu'on est toujours heureux de partager.


1. Plague of the Planet  37:16
I. Requiem
II. End-Days
III. Drive
IV. Queen Of Gasoline
V. A Call To Colossus
VI. Deus Ex Machina
VII. Colonizer Rex
VIII. Battle At Doom Capital
IX. Homo Sapiens Ferreus
X. G.F.R.
XI. Dawn Of The Proto-Man



Ed Cunningham - bass, vocals, synthesizer 
Will Broadbent - drums, synthesizer 
Ross Markonish - guitars, synthesizer

lundi 5 mai 2014

[Une semaine en 1971] Devoir de Mémoire (16)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !

Gil Scott-Heron "Pieces of a Man" (1971)
ou "Révolution Poétique"


     L'information a des airs de secret bien gardé, il faudra la répéter jusqu'à ce qu'elle rentre : Gil Scott-Heron est un homme dont on mésestime l'importance artistique, dont on oublie trop souvent l'énorme influence et l'avant-gardisme stylistique.
 
     C'est encore plus évident à l'écoute de son tout premier album studio, Pieces of a Man, qui bénéficie d'un luxe instrumental et d'arrangements qui manquaient à sa première apparition discographique, le live A New Black Poet, Small Talk at 125th & Lenox, pour qu'on y vit autre chose qu'un "beat happening" black power. Important, certes, mais un peu "dry" et donc pas forcément la porte d'entrée la plus aisée dans l'univers de l'artiste (mais largement assez pour qu'on y revienne vite après, tenez-le vous pour dit).
     Toujours produit par Bob Thiele (un temps patron de la fameuse maison Impulse! et présentement de Flying Dutchman, sa propre structure qui accueille justement l'album), ce long-jeu se démarque plus que par son cadre "privé", l'adjonction de celui qui deviendra le partenaire essentiel des plus belles années de Gil, le pianiste et flûtiste Brian Jackson, déjà auteur de plus de la moitié des titres avec le Maître de Cérémonie. Comme on dit, ces deux-là se sont trouvés et c'est un compagnonnage plus que musical, étant entendu qu'un Scott-Heron capable de composer seul les quatre premiers titres du présent album n'a besoin de personne pour concocter une chanson de la mort, qui les unira jusqu'au début des années 80. Et qui commence fort parce qu'il n'y a quasiment que du classique dans cette brûlante galette de jazz/funk proto-hip-hop revendicatrice et révoltée. A commencer par l'iconique The Revolution Will Not Be Televised, premier rap de l'histoire de la Black Music ou pas loin, et chanson irrésistible qui plus est. La suite ne démentira pas cette tonitruante entrée en matière, d'un optimiste et paisible (une presque anomalie dans la carrière du tourmenté Scott-Heron) Save the Children, du bel hommage à deux grandes figures du jazz sur Lady Day and John Coltrane, d'un poignant et autobiographique Home Is Where the Hatred Is, d'un bondissant et upbeat When You Are Who You Are, d'un introspectif et gracieux Pieces of a Man, à un The Prisoner à l'imparable intensité dramatique, c'est un festin de tous les moments pour qui apprécie une musique mariant Jazz, Funk, Soul et Blues avec une classe et un naturel tout bonnement confondants , et une belle équipe de musiciens pour véhiculer tout ça.
 
     43 ans après sa sortie, Pieces of a Man demeure un album universellement acclamé... Par tous ceux qui le connaissent. Aussi vous enjoins-je à vitre rejoindre le troupeau, pour une fois que vous n'y serez pas qu'un mouton de Panurge. Recommandé ? Un peu plus que ça encore, essentiel !


1. The Revolution Will Not Be Televised 2:59
2. Save the Children 4:55
3. Lady Day and John Coltrane 3:10
4. Home Is Where the Hatred Is 3:15
5. When You Are Who You Are 3:01
6. I Think I'll Call It Morning 3:45
7. Pieces of a Man 4:22
8. A Sign of the Ages 4:05
9. Or Down You Fall 3:08
10. The Needle's Eye 4:01
11. The Prisoner 8:39


Gil Scott-Heron - guitar, piano, vocals
Johnny Pate - conductor
Brian Jackson - piano
Ron Carter - bass
Pretty Purdie - drums
Burt Jones - electric guitar
Hubert Laws - flute, saxophone

lundi 28 avril 2014

Devoir de Mémoire (15), ProgWeek 1

Roger Waters/Ron Geesin "Music from the Body" (1970)
ou "Body and Soul"


     Il y a une bonne raison pour laquelle cet album reste relativement méconnu plus de 40 ans après sa sortie : il est vraiment étrange.
 
     Et porte bien son titre utilisant des sons corporels (claquements, respirations, rires, murmures, éructations, etc) en plus d'instruments traditionnels comme outil de création acoustique. Ajoutez à ça des inflexions contemporaines (on entend beaucoup le violoncelle de Ron Geesin), quelques amusements divers et variés parce que ces messieurs ne manquent pas d'humour, de jolies folk songs susurrées et un final hippy happy et vous obtiendrez, finalement, quelque chose de pas si incohérent considérant les exactions floydiennes (d'Ummagumma à More en passant par Atom Heart MotherGeesin fait justement l'arrangeur, sur le morceau titre pas moins) de la même période. Parce que Roger Waters, comme son compagnon de l'occasion qui par contre ne démentira pas cette prédisposition, et comme ses camarades psychédéliques aussi, cherche de nouvelles voies en cassant les formats et les frontières, en prenant le risque de déplaire par le radicalisme de son approche. Cela fait-il un bon album ? Non, mais pas un mauvais non plus. Cela fait-il une œuvre intéressante aux nombreuses richesses (à peine) cachées ? Indéniablement, parce qu'il y a matière, entre une étrangeté contemporaine et une expérimentation avant-gardo-bruitiste, à se réjouir de piécettes absolument charmantes dont un Pink Floyd en mode "Age of Aquarius" sur le final Give Birth to a Smile.
     Et si vous vous demandiez, puisque c'est une bande-son, ce que cet étrange objet musical pouvait bien illustrer, il s'agit d'un film documentaire sur le corps humain, The Body, qui a bonne réputation qui plus est, et que cette réputation est méritée et donne encore plus de sens à sa soundtrack et à ses manipulations sonores.

     Au bout du compte, psychédélique dans son approche déroutante et trippante, progressif dans sa volonté de faire avancer le schmilblick, Music from the Body demeure une œuvre aussi improbable qu'attirante, et un complément pas inutile aux amateurs du Floyd le plus prospectif dont moult éléments sont présentement identifiables. Et puis, un album qui ne manque ni d'esprit, ni de corps; ça ne se refuse pas, n'est-ce pas ?


1. Our Song 1:24
2. Sea Shell and Stone 2:17
3. Red Stuff Writhe 1:11
4. A Gentle Breeze Blew Through Life 1:19
5. Lick Your Partners 0:35
6. Bridge Passage for Three Plastic Teeth 0:35
7. Chain of Life 3:59
8. The Womb Bit 2:06
9. Embryo Thought 0:39
10. March Past of the Embryos 1:08
11. More Than Seven Dwarfs in Penis-Land 2:03
12. Dance of the Red Corpuscles 2:04
13. Body Transport 3:16
14. Hand Dance — Full Evening Dress 1:01
15. Breathe 2:53
16. Old Folks Ascension 3:47
17. Bed-Time-Dream-Clime 2:02
18. Piddle in Perspex 0:57
19. Embryonic Womb-Walk 1:14
20. Mrs. Throat Goes Walking 2:05
21. Sea Shell and Soft Stone 2:05
22. Give Birth to a Smile 2:49


Roger Waters: Bass Guitar, Vocals, Guitar, Vocalizations
Ron Geesin: Guitar, Cello, Hammond Organ, Harmonium, Piano, Banjo, Mandolin, Various Stringed Instruments, Vocalizations
&
David Gilmour: Electric Guitar (On "Give Birth to a Smile")
Nick Mason: Drums (On "Give Birth to a Smile")
Richard Wright: Hammond Organ (On "Give Birth to a Smile")

lundi 21 avril 2014

Devoir de mémoire (14)


Jonas Hellborg with Glen Velez "Ars Moriende" (1994)
ou "Un monde à 2"


     Dire que ces trois pièces du fusionneux bassiste suédois et de son comparse percussionniste ethno-latino du jour relève de la grâce dans l'austérité tient du doux euphémisme. L'épure, de fait, sert à merveille un album qui, pour n'être que peu démonstratif, sait offrir les tréfonds de son âme.

     Mais clairement une question s'impose à moi. Est-ce l'influence de son mentor Mahavishnien, le zen Sir McLaughlin ou un goût tout personnel pour l'expérimentation (déjà perçu sur The Word disponible sur ce blog même) des formules et des sons qui amène une star montante du jazz-fusion à s'impliquer dans pareil projet ? Sans doute un peu des deux considérant que les hasards cosmiques qui ont jalonné son parcours sont autant de signes du destin et de rencontres d'âmes compatibles.
     Ne fuyez pas à ce déballage de charabia niaiso-newageux ! Cet album se déguste aussi quand on a la profondeur spirituelle d'une moule bretonne accrochée à son rocher mazouteux. Et si l'ensemble de l'ambiance penche ici vers le franchement méditatif, celui qui sait prêter l'oreille découvrira d'insoupçonnés méandres et d'audibles délicatesses.

     Bref ! Ars Moriende est un diable d'album ! Unique en son genre, puissant dans sa prétendue tranquillité, et, surtout, une pièce de plus au convaincant tableau d'un artiste qui n'a pas fini de nous surprendre tant par les choix artistiques auxquels il souscrit que par le choix, parfois improbable mais toujours judicieux, de ses petits partenaires de jeu.


1. Ritual Love-Death 32:41
2. Stars Of The Morning Sky 8:29
3. Regicide 23:13


Jonas Hellborg - acoustic bass
Glen Velez - percussion, vocals

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

.Recyclé de l'Année du Dragon.

lundi 14 avril 2014

Devoir de mémoire (13)

Townes Van Zandt "No Deeper Blue" (1994)
ou "A Townes called Misery"


     Si d'autres enregistrements seront exhumés après sa mort et grossièrement ou plus finement packagés en albums posthumes, No Deeper Blue est bel et bien l'ultime album produit par Townes Van Zandt de son vivant, un album de rédemption avant la rechute inévitable, hélas.
 
     Présentement délocalisé en Irlande, avec des musiciens du cru (dont Phil Donnelly, directeur musical de l'occasion, avec qui Townes avait déjà collaboré sur Flying Shoes, 15 ans plus tôt), il ne fait pas autre chose que ce à quoi il nous a depuis toujours habitué, une country folk à la marge, qui parle de lui et de sa dépression chronique bien sûr (A Song For), de sa famille source de joie presque inattendue qui lui inspire deux jolie ballades pour ses plus jeunes enfants, mais aussi d'une Amérique blanche du bas, celle des trailer parks et de la survivance difficile.
     Ici, si la plume de Townes est inchangée par les ans, toujours fine et précise, émotionnelle et réaliste, on ne peut pas en dire autant de sa voix qui, fatiguée par les excès, les ans et une pneumonie qui a bien failli l'emporter quelques mois plus tôt, a gagné en profondeur dramatique ce qu'elle a perdu en capacité et en clarté. Musicalement, l'album est varié, cumulant blues, country, folk, rock originel, et même élans de bizarrerie (le country rock calypso The Hole qui ne ressemble à rien de ce qu'à enregistré Townes jusque là) ou quelques flaveurs celtiques sans doute influencées par le terroir de la mise en boîte. Ca nous donne un album où l'on ne s'ennuie pas une seconde, qui enquille les chansons comme autant de perles sur un collier précieux... J'exagère à peine.
     Townes tournera pas mal pour cet album, un Townes renaissant mais malheureusement pas sauvé de ses démons et, en particulier, d'un alcoolisme nihiliste qui finira par l'emporter (l'histoire est en fait un peu plus complexe, je vous laisse la "wikipedier") laissant un grand vide dans une scène americana, country et folk qu'il aura durablement marqué de son empreinte.

     No Deeper Blue n'est pas le meilleur album de Townes Van Zandt, on réservera cet honneur à Our Mother the Mountain ou l'obligatoire Live at the Old Quarter, juste une occasion supplémentaire, ultime !, de goûter à l'art d'un grand songwriter à l'inspiration toujours intacte. Recommandé.


1. A Song For 3:00
2. Blaze's Blues 3:20
3. The Hole 4:09
4. Marie 4:45
5. Goin' Down to Memphis 4:10
6. Hey Willy Boy 2:15
7. Niles River Blues 3:05
8. Billy, Boney and Ma 5:13
9. Katie Belle Blue 3:18
10. If I Was Washington 2:29
11. Lover's Lullaby 4:09
12. Cowboy Junkies Lament 3:18
13. BW Railroad Blues 3:52
14. Gone Too Long 2:55


Townes Van Zandt - guitar, vocals
Philip Donnelly - guitar, percussion
Sven Buick - bass
Percy Robinson - steel guitar
Brendan Hayes - keyboards
Robbie Brennan, Fran Breen - drums
&
Declan Masterson - whistle, Uileann pipes
Paul Kelly - fiddle
Mairtin O'Connor - accordion
Pete Cummins -guitar
Brendan Reagan - bazouki, mandolin
Donovan - harmonica

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lundi 7 avril 2014

Devoir de Mémoire (12)

Fuzzy Duck "Fuzzy Duck" (1971)
ou "Rock the Duck!"


     Typique du hard rock, heavy prog du début des année 70 - soit quelque part entre Atomic Rooster, Vanilla Fudge, Deep Purple Mark I et Wishbone Ash - Fuzzy Duck ne sortit qu'un album lors de son très bref passage parmi nous. A l'écoute dudit, on ne peut que le regretter.
 
     Il faut dire que, pas bien aidé par un nom un peu ridicule et une pochette pas spécialement attractive, le groupe était loin de mettre toutes les chances de son côté. Certes, on remarque ce canard à l'afro et aux lunettes noires, rejet de Woodstock semblant malicieusement nous tirer la langue mais a-t-on pour autant eu envie de l'acheter ? La réponse fut un clair, franc et massif non pour un opus, de toute manière, à la sortie probablement trop confidentielle pour un accès aux masses amoureuses d'"hard à orgues".
     Fuzzy Duck, c'est aussi une de ces formations charnières si typiques de leur époque où les lignes entre rock grand public, rock progressif et hard rock sont encore brouillées, où les clans, les tribus, ne sont pas encore tout à fait formées. C'est ce qu'on entend dans la musique de Fuzzy Duck, une transition d'un monde vers un autre, des late 60s/early 70s et leur "pop music" qui englobait tout ou presque à la guerre des étiquettes qui suivra.
     Musicalement, ça nous donne une mixture où, évidemment, l'orgue prend une place folle (mais est heureusement tenu par un instrumentiste compétant également vocaliste de la formation, Roy Sharland) mais sait aussi ménager quelque place à un six-cordiste trop discret et pourtant inspiré (Grahame White, pas loin du soliste extraordinaire d'Uriah Heep, Mr. Mick Box). Cette doublette soliste et mélodique est, il faut dire, aussi très bien soutenue par la basse baladeuse du futur Crazy World of Arthur Brown Mick Hawkworth et d'un batteur, Paul Francis, qu'on situera quelque part entre Ian Paice et Brian Downey (Thin Lizzy) dans sa propension à rouler sur ses futs avec aisance et dextérité.
     Côté chanson, il y a de très bonnes choses (l'essentiel de l'album originel sans le quelconque Just Look Around You et, à une moindre mesure, le peu mémorable Afternoon Out... Les deux machins les moins progressifs de l'album, pas un hasard) et de plus passables tels que les deux singles enregistrés peu après le long-jeu avec un nouvel axeman, Garth Watt Roy, présentant des compositions plus courtes et moins exploratoires qui vont moins bien au teint d'une formation dont, pour le coup, on sent la tentative opportuniste de coller au hard rock triomphant d'un Deep Purple et d'un Led Zeppelin. On y sauvera tout de même l'amusant et bien troussé Big Brass Band et ses cuivres (plus pop que soul), comme son nom l'indique.
    
     Premier album prometteur mais hélas jamais succédé, Fuzzy Duck plaira particulièrement à tous ceux qui aiment le hard rock un poil progressif du tout début des septantes. Du niveau de bien des formations ô combien plus légendaires, c'est un indice palpable que moult trésors enfouis existent encore, et se dévoilent au fur et à mesure que les bonnes volontés archéologico-musicales se développent. Un symptôme d'une époque riche. Un album recommandé.


1. Time Will Be Your Doctor 5:09
2. Mrs. Prout 6:47
3. Just Look Around You 4:20
4. Afternoon Out 4:57
5. More Than I Am 5:30
6. Country Boy 6:00
7. In Our Time 6:39
8. A Word From Big D 1:39
Bonus tracks
9. Double Time Woman 2:58
10. Big Brass Band 2:56
11. One More Hour 3:58
12. No Name Face 3:05


Mick Hawksworth - bass, vocals, 12-string acoustic guitar and electric cello on "In Our Time"
Roy Sharland - organ, vocal on "A Word From Big D", electric piano on "Just Look Around You"
Paul Francis – drums, percussion
Grahame White – electric guitar, vocals, acoustic guitar on "Mrs. Prout" (album tracks)
Garth Watt Roy - electric guitar, vocals (bonus tracks)

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lundi 31 mars 2014

Devoir de mémoire (11)

Jean-François Coen "J.F. Coen" (1993)
ou "une petite Tour et puis s'en va"


     C'était pourtant fort bien parti. Un malin clip de Michel Gondry en heavy rotation sur les musicales françaises, la chanson dudit en airplay régulier sur quelques stations radiophoniques de grande écoutes. Une bonne chanson, il faut dire, une jolie mélodie, une voix soufflée, intime.
 
     Jean-François Coen ? Un oranais de 1959 rapatrié avec tant d'autres au soixante gaulliennes vers la capitale où il apprend la guitare classique. En 1978 il rejoint à la basse Modern Guy dont l'album aujourd'hui introuvable sera produit par John Cale, suite à la séparation desquels il disparaît de l'industrie musicale ne se signalant que par quelques sessions de basse (pour Mirwais par exemple) ou comme compositeur d'un morceau pour Luna Parker, La Tour de Londres qu'il adaptera d'ailleurs pour son tube en Tour de Pise, l'incontournable.
     C'est peut-être là le drame de Jean-François Coen et de son premier opus, une belle collection de chansons pop aux arrangements malins qui compensent la voix un peu désincarnée de l'interprète, ce tube qui casse tout (enfin, au niveau de ce genre de production, c'est pas The Final Countdown non plus !) et ne s'enchaine pas sur une autre réussite commerciale, la malédiction du One Hit Wonder... Peut-être que le second single, l'efficace western Roy Bean, reposant aussi sur une sorte de boucle mélodique et d'une voix parlée/chantée, était trop dérivatif du coup de grâce originel, peut-être aussi que, sans le support promotionnel d'une vidéo à la revoyure agréable (en plus de la musique) le coup ne prit pas aussi bien. C'était pourtant une belle composition avec des cordes, un banjo, une guitare harmonieusement mêlés, les gens ne surent probablement pas ce qu'ils perdaient.
     Dire que tout l'album reproduit la doublette originale serait exagéré mais la qualité est là, indubitablement. D'un Camille tout doux au chant supporté par une douce voix mutine et féminine (Sonia Bonne), du funky/bluesy tout au fond aux guitares Bensoniennes en diable (Tout au fond), aux tentations synthpop qui rappelleront Rennes à certains (Pépita), à une trompette jazz et la chanteuse Robert qui nous saluent en générique de fin (Clair comme l'eau pure), il y a matière à se réjouir des propositions. Tout n'est pas exactement parfait (Poème à Lou XXXIX , oui, d'Apollinaire, et Un Film Snob pour Martien ont des ficelles un peu épaisses et des mélodies un peu faibles), mais la tenue de l'ensemble, les détails qu'on y trouve, le soin qui y a été audiblement apporté rendent l'album éminemment sympathique...
 
     Mais le succès ne sera pas là, et Coen disparaitra. Avant de reparaitre en 2004 pour un second album (Vive L'Amour, que je ne connais pas) et sur une compilation hommage à Etienne Daho (Tombés pour Daho où il reprend Bleu Comme Toi) en 2008. Et puis plus rien. Reviendra, reviendra pas ? A l'ère où l'autoproduction digitale et sa diffusion à très correcte échelle est possible pour des instrumentistes et compositeurs doués, rien ne s'y oppose. Sauf peut-être sa volonté... Reste ce premier album, que j'aime beaucoup et que je réécoute de temps en temps avec un vrai plaisir. Une valeur sûre, selon moi, que je vous engage à découvrir.


1. La Tour De Pise 3:37
2. Roy Bean 3:32
3. Poème A Lou XXXIX 3:33
4. Camille 4:24
5. Tout Au Fond 3:42
6. Un Film Snob Pour Martien 3:35
7. Ton Marin 3:53
8. A Présent Le Futur 2:59
9. Pepita 3:20
10. L'Esturgeon De La Mer Caspienne 1:52
11. Clair Comme L'Eau Pure 1:47


Jean-François Coen - chant, guitare, basse, programmations, arrangements
&
Hervé Zenouda, Laurent Beignier - batterie
Michel Coeuriot - cordes, piano
Claude Samard - banjo
Eric Naquet - percussions
Peter Leonard, Yann Leker, Nicolas Kristy - guitare
Christophe Guiot - violon
Frank Eulry - orgue
Gnafron - piano
Frédéric Saumagne - saxophone
Stéphane BaudetJean Gobinet - trompette
Glenn Ferris - trombone
Mickey Blow - harmonica
Laurent Gueneau - claves électroniques
Sonia Bonne, Marie-Anne Andréani, Elisabeth Tensorer, Robert, Leïla Vigné - chœurs
(les amateurs de line-up surprise apprécieront !)

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
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lundi 24 mars 2014

Devoir de Mémoire (10) [ZornWeek#1]

Toute cette semaine, Mange Mes Disques est en pilotage automatique tandis que je me ballade loin de vous.
Ici en fait :
Où suis-je?
 
Mais donc, je ne vous abandonne pas tout à fait avec une semaine entièrement dédié à... John Zorn, bien sûr ! Et ça commence avec l'album le plus alien, le plus inaccessible du lot !
Amusez-vous bien, laissez-moi des tas de commentaires, j'y répondrai à mon retour.


John Zorn/Fred Frith "The Art of Memory" (1994)
ou "Duo d'Anges Dévoyés"


     C'est sur le principe d'un codex architectural romain que John Zorn et Fred Frith commencent leur collaboration de duo, une musique difficile, avant-gardiste mais loin d'être inintéressante.
 
     Evidemment, les deux avaient déjà collaboré dans le projet avant-core (hardcore avec quand même plus d'humour, de fantaisie et de recherche musicale) désormais passé à la postérité : Naked City.
     La messe est bien différente ici où les deux, partageant un amour pour l'expérimentation et l'improvisation mais aussi le jeu sur la texture et sur le son, se laissent aller à toutes leur excentricités, à leurs idées même les plus saugrenues et même à glisser quelques mélodies dans le brouet d'étrangetés.
     Parce que c'est bien dont il s'agit, d'étrangetés, et il y a donc une façon d'écouter ce genre d'album, à mon avis, tel un entomologiste examinant le combat "complice" de deux insectes inconnus sur un même relief nutritif. De voir le John tourbillonner, agacer, picoter, picorer même tandis que le Fred bourdonne, drone sur sa proie, prends des postures étonnantes, varie la fréquence de ses ailes.
En termes musicaux, ça se traduit difficilement sauf à dire qu'on à l'impression de pourvoir passer de deux aliénés à qui viennent d'être confié une guitare et un saxophone à deux experts en totale contrôle d'acrobaties soniques aussi improbables que réjouissantes.

     Et non, ce n'est pas facile, non ce n'est en aucun cas une écoute de "tous les jours" mais, de temps en temps, histoire de s'aérer les neurones, de se remettre le compteur critique à zéro, ça fait un bien fou !


1. The Combiner 4:41   
2. The Ladder 5:24   
3. The Chain 4:54   
4. The Field 7:58   
5. The Table 8:44   
6. The Interpreter 5:06   
7. The Tree 4:20   
8. The Fountain and the Mirror 4:30

Fred Frith - guitar
John Zorn - alto saxophone

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

lundi 3 mars 2014

Devoir de mémoire (9)

Panthy Rose Perversity "Winterland" (1990)
ou "Mon pote psyché"


     Dernière édition de "devoir de mémoire" qui s'arrête pendant la 8ème édition du Grand Jeu et reviendra après. Avant cette interruption, je vous propose une vraie rareté, un album, et même un groupe !, dont je doute fort que vous ayez jamais entendu parler.

     Autoproduit, parisien, psychédélique, Panthy Rose Perversity était mené par François, également vendeur chez le disquaire d'occasion, libraire, fanzinothèque Parallèles, à deux pas du Forum des Halles, mais si, juste à côté du pub Sous Bock. Voilà, vous y êtes !
     C'est là bas que j'ai rencontré François (alias Bouddah-Zen-Zen pour l'album), qu'on a discuté, sympathisé et qu'il a fini par me faire découvrir son groupe, son power trio à lui où il chante, gratte et joue de l'orgue accompagné d'une seule section rythmique : Panthy Rose Perversity, donc. Il préparait alors le 3 ou 4ème album du groupe, autoproduit ! DIY toujours !,  le premier en CD.
     Il me l'a offert ce CD. La musique était alors trop éloignée de mes préoccupations pour que je l'apprécie à sa juste valeur, pour que je détecte ces influences du Quicksilver Messenger Service, de Captain Beefheart, de Country Joe & the Fish, de Jefferson Airplane, même de Cure !, sans doute ce petit supplément d'énergie quasiment punk, borderline gothique.
     On ne va pas se mentir, le son est tout petit, ça gêne un peu. On ne va pas se mentir (bis), toutes les compositions ne sont pas des chefs d'œuvres absolus. On ne va pas se mentir (ter), jusqu'à la pochette (un cut & paste dont vous pouvez vous amuser à identifier les origines) c'est extrêmement référencé et relativement amateur.  Mais voilà, j'ai pris beaucoup de plaisir à le réécouter, à découvrir dans ses maladresses le charme de l'honnêteté, à apprécier sa mise en son finalement pleine de cœur comme un stigmate de sa condition fauchée. Et à trouver qu'il y avait quand même un certain savoir-faire, tant compositionnel qu'instrumental.

     Peut-être faut-il être émotionnellement attaché à l'album pour pleinement y goûter, presque un quart de siècle plus tard, peut-être que l'album a simplement un certain charme, voire un charme certain... A vous de me dire ! En l'occurrence, c'est un peu un petit bout de moi que je vous livre, l'histoire de la rencontre avec un personnage, mon regret de l'avoir perdu de vue (c'est la vie...). Enfin, voici Winterland de Panthy Rose Perversity, on se retrouve en dessous (extraits et commentaires !).


1. Winterland 4:19
2.  Eljune Borbor 4:08
3. Hawaian Sect 4:40
4. Announcement 3:52
5. English Garden 3:58
6. Squatter from Mars 4:52
7. Moe'n'Rau 3:42
8. Mirror and Zen 3:31
9. Chocolate Sky 4:27
10. Pinky Hours 4:45
11. Run Over by the Wheel 6:16
12. The Wrong Lantern 3:20
13. Waiting for You 3:12


Bouddah-Zen-Zen - guitars, vocals, organ
Erik Dragon - bass, vocals
Captain Sifflot - drums
&
Pascal Kung-Fu - saxophone (10, 12)

Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

lundi 24 février 2014

Devoir de Mémoire (8)

Duncan Browne "Give Me Take You" (1968)
ou "Sense and Sensitivity"


     Duncan Browne, ce grand oublié. Bon, j'ai creusé la discographie du monsieur, il y a de la matière mais pas tant que ça, il y a surtout Give Me Take You, premier album d'un jeune homme romantique qui, dans le sillage d'un Nick Drake et de tout le folk revival britannique alors en plein boom, propose ses petites chansons admirablement troussées et précieusement arrangées. Un dans la multitude ? Vu son statut seulement culte, on dirait oui. Musicalement, sur l'intérêt propre de la galette, alors là, certainement pas.

     Et donc, comme en plus Duncan n'aura pas de revival, il est décédé en 1993 à seulement 46 ans des suites (comme on dit) d'une longue maladie, putain de crabe !, il n'est pas inutile de revenir sur la présente sucrerie. Sucrerie parce que pointilleusement conçue comme la création d'un grand pâtissier, douce à l'oreille comme certains mets au palais, c'en est clairement une ! Mais pas lourde ! Toute en finesse, en délicatesse des aromes, en bonheur de la texture, en longueur en bouche, avec forcément un gout de nostalgie, des choses plus simples d'antan, avec des parfums d'enfance... Un penchant pastoral, pas au sens sacerdotal, qui rapproche Mr. Browne de Mr. Drake, aussi.
     Déjà, il y a le kinkso-beatlesien single, l'évidence !, On the Bombsite (généreusement offert ici en pas moins de 4 versions !), dont on se dit qu'un autre grand disparu, l'américain Elliott Smith, en aurait volontiers fait son ordinaire, et même son extraordinaire ! Ensuite il y a le charmant et bucolique Give Me Take You, la folk pop doucement rêveuse de Ninepence Worth of Walking,  la folk gentillement swinguante de Dwarf in a Tree,  les beaux arrangement baroques-pop de The Ghost Walks, et... Non, on ne va pas passer tout l'album en revue quand même !, qui le mérite ceci dit, bien habité qu'il est par la voix brumeuse et les fines compositions de Duncan Browne, avece des cordes, des chœurs, des vents, des guitares en arpège, etc., tout ce qu'il faut pour habiller ce type de chansons quand elles sont bonnes, elles le sont !
     Album unique jusque 1973, une éternité en cette bouillante ère musicale, Give Me Take You sera suivi par un éponyme qui le vaut presque en ne changeant que marginalement la formule, l'album sera d'ailleurs recommandé à ceux ayant apprécié le cru 68. La suite de la carrière de Duncan Browne sera moins intéressante avec un tournant stylistique vers un soft rock assez ennuyeux et trop ancré dans son époque (fin des 70s et 80s). Reste cet album, donc.

     Et cet album ! Si typiquement anglais, si définitivement charmant et pourtant pas sans substance, pas sans une mélancholie doucement résignée si tellement d'Albion... Indéniablement, Give Me Take You est une œuvre qu'on conseillera à tous les amateurs de folk musique raffinée et élégante,.d'autant que remaster est généreusement et qualitativement bonussé, une affaire !


1. Give Me Take You 3:17
2. Ninepence Worth of Walking 3:40
3. Dwarf in a Tree (A Cautionary Tale) 3:40
4. The Ghost Walks 5:39
5. Walking You, Pt. 1 1:50
6. Chloe in the Garden 5:14
7. Walking You, Pt. 2 0:58
8. On the Bombsite 2:44
9. I Was, You Weren't 2:20
10. Gabilan 4:04
11. Alfred Bell 4:35
12. The Death of Neil 4:32
Bonus
13. On the Bombsite (demo) 2:39
14. The Cherry Blossom Fool 3:03
15. Give Me, Take You (rehearsal) 1:48
16. Ninepence Worth of Walking (rehearsal) 3:46
17. On the Bombsite (rehearsal) 2:52
18. I Was, You Weren't (rehearsal) 4:44
19. The Death of Neil (rehearsal) 4:14
20. On the Bombsite (mono single) 2:47
21. Alfred Bell (mono single) 4:34
22. Here and Now (recorded as Lorel) 2:52


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lundi 17 février 2014

Devoir de Mémoire (7)

Louis Sclavis "Napoli's Walls" (2003)
ou "Murs, mûrs"


     Du jazz de France (enfin presque, Hasse Poulsen est danois) chez ECM ! Produit par le patron, Manfred Eicher ! Oui, m'sieurs dames, ils l'ont fait, et bien fait !

     Surtout bien, très bien fait, d'ailleurs. Parce que Louis Sclavis, clarinettiste par habitude, étendu aux saxophones soprano et baryton ici, est excellemment secondé. Par le bassiste et ici violoncelliste et "électronicien" de circonstance Vincent Courtois, par le furibard bugliste et vocaliste et percussionniste et coriste (joueur de cor, quoi !), etc. le garçon a de la ressource, Médéric Collignon. Sans oublier le viking précité, bien sûr, six-cordiste expert se fondant admirablement dans le collectif gaulois. Et bien secondé par la production slick & chaude de Master Eicher, grand manitou de la mise en son jazz moderne sophistiquée, parfois un peu clinique mais pas présentement. C'est donc une équipe gagnante, production et line-up, et ? Et les compositions !
     Parce que sans les compositions, sans le matériau brut suintant de pépites mélodiques et d'ambiances en devenir, Napoli's Walls ne serait qu'un vain exercice de style de jazz texturé sans support, beau sur la forme, "substantifiquement" vide. Il n'en est rien. Parce que les partitions distillées ici, entre jazz Milesien et contemporanéité de bon aloi, entre urbano-funko-jazzisme et accents folkloriques bienvenus, valent aussi, surtout !, par ses mélodies... Et ce qu'un excellent quatuor en fait, repoussant les lignes, les formes et les à-priori pour développer un vrai jazz moderne, écriture et interprétation ne tient pas du miracle mais de l'inspiration des auteurs, 9/10èmes pour Sclavis, un titre pour Courtois
     Moderne dans son approche "sans frontière" du genre, accueillant avec un égal bonheur les élans traditionnels que les ouvertures, nombreuses, se présentant, ce jazz est un animal libre. Formellement, il faut avouer qu'on est particulièrement bluffé par les apports (notamment vocaux) d'un Médéric Collignon, inventif et malin, agitateur patenté du jazz de chez nous alors à l'aube de sa carrière, mais ce n'est finalement qu'un point de détail d'un ensemble cohérent et varié.

     Napoli's Walls ? C'est avant tout un trip, un trip qu'il fortement recommandé d'entreprendre. Parce que la beauté mariée à l'intelligence et le talent, ça n'arrive pas si souvent.


1. Colleur de nuit 10:36
2. Napoli's Walls 7:21
3. Mercè 3:07
4. Kennedy in Napoli 6:25
5. Divinazione moderna I 3:38
6. Divinazione moderna II 3:30
7. Guetteur d'inaperçu 8:23
8. Les apparences 4:44
9. Porta segreta 5:03
10. II disegno smangiato d'un uomo 7:16


Louis Sclavis : clarinette, clarinette basse, saxophone soprano, saxophone baryton
Vincent Courtois : violoncelle, électronique
Médéric Collignon : trompette de poche, voix, cor, percussions, électronique
Hasse Poulsen : guitare



lundi 10 février 2014

Devoir de mémoire (6)

Barry Adamson "Oedipus Schmoedipus" (1996)
ou "Soundtrack sans image"


Vous le connaissez peut-être, j'espère !, pour sa participation à Magazine, à Visage et aux magnifiques Bad Seeds de l'ami Nick Cave (qui fait d'ailleurs une remarquée apparition sur The Sweetest Embrace). Vous le connaissez sans doute moins en compositeur et capitaine de son petit bateau où se mélangent allègrement trip-hop, jazz, lounge, funk, etc., aussi voici Barry Adamson et son Oedipus Schoedipus, un des tous meilleurs albums de 1996... un des tous meilleurs albums des 90s, même !

Rendre service à la musique de Mr Adamson est de l'écouter évidemment, mais je vais tenter de décrire le tour de force en question, parce que tour de force il y a, indéniablement.
Et donc, ça commence dès Set the Controls for the Heart of the Pelvis où, cordes, chœurs gospel, groove implacablement funky et les spoken words de Jarvis Cocker créent une ambiance digne d'une smooth blaxploitation de haut vol. Ca continue avec le trip-hop jazzy de Something Wicked This Way Comes, sorte de relecture de John Barry à la sauce Massive Attack, le tout sans effort et avec une diable de mélodie qui vous restera longtemps en tête. Puis vient The Vibes Ain't Nothing but the Vibes, exercice d'electro-lounge moite et sexy avec un piano baladin, joué par Seamus Beaghen, couplé à un doux vibraphone pour un effet bœuf. Plus loin on retrouve une reprise réussie du Miles de Miles Davis qui ne souffre miraculeusement pas de l'absence de trompette, l'impeccable jazz-hop d'Achieved in the Valley of Dolls avec la voix androgyne du regretté Billy Mackenzie fait merveille, le bombastique The Big Bamboozle qui, avec ses cuivres accrocheurs et son ambiance rythm and cordes swinging sixties n'aurait pas fait tâche dans une soundtrack du James Bond de Sean Connery... Etc. parce que, en vérité, on cherche le point faible de cette bande-son sans image, ou plutôt où on se fait ses images soi-même, où même les morceaux plus transitoires ou ambient (Dirty Barry, State of Contraction) ne lassent pas mais permettent, au contraire, à Barry Adamson de tisser encore plus efficacement sa toile. Il faut dire que le monsieur a particulièrement soigné les arrangements et la mise en son, ne laissant rien au hasard pour le bonheur entier de l'auditeur pantois.

Voilà, il vous reste à vous pencher sur cet Oedipus Schmoedipus qui n'a définitivement pas la réputation qu'il mérite et enchantera les amateurs de sonorités luxuriantes, de groove qui tue, de jazz de salon pas idiot, de bandes-son référencées... De bonne musique tout court !


1. Set the Controls for the Heart of the Pelvis 5:39
2. Something Wicked This Way Comes 4:33
3. The Vibes Ain't Nothin' but the Vibes 4:48
4. It's Business As Usual 4:29
5. Miles 5:30
6. Dirty Barry 7:30
7. In a Moment of Clarity 4:14
8. Achieved in the Valley of Dolls 4:27
9. Vermillion Kisses 3:02
10. The Big Bamboozle 3:37
11. State of Contraction 1:38
12. The Sweetest Embrace 4:49
13. Set the Controls Again 1:34


Barry Adamson
&

Nick Cave - Vocals
Jarvis Cocker - Vocals
Billy Mackenzie - Vocals
Carla Boslavich - Vocals
John Napier - Vocals
Miranda Gooch - Narrator
Kevin Petrie - Voices
Roy "Royalty" Hamilton - Backing Vocals
Zeitia Massiah - Backing Vocals
Beverley Skeete - Backing Vocals
Atticus Ross - Programming
Seamus Beaghen - Organ, Piano
Billy McGhee - String Arrangements
Audrey Riley - String Arrangements
Ileana Ruhemann - Flute
Peter Wyman - Clarinet, Saxophone


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lundi 3 février 2014

Devoir de mémoire (5)

The Band "Stage Fright" (1970)
ou "Le 3ème Classique"


Tout le monde, enfin tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au rock de la fin des années 60 et du début des années 70, connaît Music from the Big Pink et son éponyme successeur (celui où le groupe ressemble à une bande de mauvais garçons du l'ouest sauvage) et les accepte comme les immortels classiques qu'ils sont, indéniablement. Stage Fright, par contre, troisième opus de The Band, n'a que rarement l'honneur de louanges, pourtant fort méritées, d'un classique de plein droit, d'un album quasiment aussi immortel et indispensable que ce qui le précède... Et pourquoi, au fait ?

Peut-être parce qu'il y a ici une franche rupture stylistique, Stage Fright étant nettement plus sombre, nettement plus rock aussi. Peut-être aussi, parce que ses deux prédécesseurs sont si énormes et si inattaquables qu'il projettent une ombre indélébile, envahissante sur leur petit frère. Quel dommage ! Parce que si The Band finira par enregistrer des albums plus douteux, moins impeccablement troussés, dès le Cahoots qui suit en fait, on n'en est clairement pas encore là !
Présentement, audiblement prêts à en découdre, toujours mené par la plume sûre d'un Robbie Robertson en état de grâce et un groupe de multi-instrumentistes et vocalistes roué et talentueux, The Band met de côté ses charmantes harmonies vocales, sa soul campagnarde et défouraille un tout autre arsenal rappelant presque plus Creedence Clearwater Revival que leur précédente incarnation soit un rock terrien, parfois un peu country, franc du collier qui apparaitrait presque simpliste s'il n'était si mélodiquement réussi et si intelligemment enluminé des trouvailles de ses interprètes. Parce que ces chansons, ha ! ces chansons, sont toutes d'absolument première bourre avec des arrangements qui font souvent la différence. Ainsi ne peut-on que louer, par exemple, le crincrin de Rick Danko (Daniel and the Sacred Harp), le piano de Richard Manuel (Time to Kill), l'orgue ou l'accordéon de Garth Hudson (The Shape I'm In, All La Glory), la batterie de Levon Helm (Stage Fright) ou la guitare de Robbie Robertson (Just Another Whistle Stop, The Shape I'm in encore)... Etc. parce que les performances, quelque soit l'instrument, résonnent toutes d'une justesse et d'une maîtrise propre aux grands instrumentistes, toujours au service de l'esprit et de la mélodie de la chanson.
On louera aussi la production chaude et précise, profondément organique cette fois, une première, assurée par le groupe lui-même, et le mixage d'un tout jeune Todd Rundgren qui n'est pas en reste (et bravo de l'avoir choisi en base de ce remaster plutôt que celui de Glyn Johns, trop clinquant pour pareille musique, de l'édition européenne originale).

Pour toutes ces raisons, dont une tracklist d'une totale qualité vous l'aurez compris, Stage Fright est bien le 3ème classique du Band, dont, certes, les bonus du remaster ici présent sont moins essentiels et affolants que sur ses glorieux devanciers, petit bémol sans grande importance en vérité pour un album réussi en tous points et à la pérenne intemporalité. Une tuerie, c'est aussi simple que ça !


1. Strawberry Wine 2:34
2. Sleeping 3:10
3. Time to Kill 3:24
4. Just Another Whistle Stop 3:48
5. All La Glory 3:31
6. The Shape I'm In 3:58
7. The W.S. Walcott Medicine Show 2:58
8. Daniel and the Sacred Harp 4:06
9. Stage Fright 3:40
10. The Rumor 4:13
Bonus
11. Daniel and the Sacred Harp (alternate take) 5:01
12. Time to Kill (alternate mix) 3:26
13. The W.S. Walcott Medicine Show (alternate mix) 3:05
14. Radio Commercial 1:05


Rick Danko – bass, fiddle, vocals
Levon Helm – drums, guitar, percussion, vocals
Garth Hudson – organ, electric piano, accordion, tenor saxophone
Richard Manuel – piano, organ, drums, clavinet, vocals
Robbie Robertson – guitars, autoharp
&
John Simon
– baritone saxophone on "The W.S. Walcott Medicine Show"

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lundi 27 janvier 2014

Devoir de mémoire (4)

Motorpsycho "Let Them Eat Cake" (2000)
ou "Nouveau départ"


S'il y a un groupe dont on ne parle pas assez, c'est des Norvégiens de Motorpsycho qui traînent pourtant leurs guêtres depuis une vingtaine d'années sortant régulièrement des pépites aussi riches que variées et ne récoltant qu'une indifférence quasi-générale... Cette chronique a donc le double but de réparer une grande injustice et de mettre en lumière l'album le plus concis et abordable (peut-être leur meilleur aussi) de ces furieux vikings.

En 2000, la bande n'en est plus à ses premiers faits d'armes et sort son 8ème album au titre finalement évocateur de Let Them Eat Cake (Laissons-les manger du gâteau). Album de rupture, on y retrouve un Motorpsycho tentant de faire drastiquement évoluer son son vers quelque chose de moins brutal que ce qu'ils avaient proposés précédemment. Ainsi des influences jazz et psychédéliques viennent-elles enrichir un son déjà bien touffu. Pour ce faire, de nombreux invités sont convoqués. Ce qui aurait pu n'être qu'une indigeste accumulation s'avère un précieux montage amoureusement millimétré par des musiciens, compositeurs et arrangeurs au sommet de leur art.
Le choix de ne pas trop rallonger la sauce (écueil dont le groupe était devenu un habitué avec de nombreux albums dépassant allègrement l'heure) est judicieux et a sans doute permis à cette fine équipe de ne point trop se disperser. Ainsi, avec 45 minutes au compteur, Let Them Eat Cake est un LP sans temps morts ni baisse de régime.
Louable initiative, Motorpsycho se permet même une presque-reprise du Hot Lanta des Allman Brothers avec un Whip That Ghost (sous-titré Song for a Bro pour les durs d'oreille) tout bonnement exceptionnel de dévotion et de talent. Comme les autres compositions - de l'imparable single baroque (The Other Fool) à la douce folk-poperie (Upstairs-Downstairs) en passant par l'irrésistible grooverie qu'est Walking with J. - ne sont pas en reste, on est obligé de constater que c'est bel et bien à une aeuvre d'exceptionnelle qualité à laquelle nous avons affaire. Une de ces rares galettes qu'on peut écouter en boucle avec un plaisir toujours égal.
Cet album, à vrai dire, je le conseille à toutes et à tous... c'est dire ! Hélas, ceux qui voudront mettre la main sur le petit rond de plastique devront s'armer de patience Let Them Eat Cake étant (depuis trop longtemps !) indisponible. Une honte quand on constate le nombre de back-catalogues de bas étage qu'on nous vend régulièrement comme LE machin à avoir. Ici, je vous le dis, vous serez récompensés !

Laissons-les manger du gâteau qu'ils disaient... J'en reprendrai bien une part, tiens !


1. The Other Fool 5:40
2. Upstairs-Downstairs 5:12
3. Big Surprise 3:36
4. Walkin With J. 3:59
5. Never Let You Out 2:46
6. Whip That Ghost (Song for a Bro') 6:30
7. Stained Glass 6:12
8. My Best Friend 4:21
9. 30/30 7:21


Bent Sæther: Vocals, bass, guitars, drums, percussion, rhodes piano, wood blocks, mini moog, piano, harmonium
Hans Magnus Ryan: Guitars, vocals, clavinette, double bass, violins, mandolin
Håkon Gebhardt: Drums, vocals, percussion, zither, guitars, piano
&
Helge Sten
(Deathprod): drum machine
Baard Slagsvold: Piano, rhodes piano, back. vocals
Ole Henrik Moe (Ohm): Violins, gong
Kristin Karlsson: violin
Kristin Skjølaas: violin
Einy Langmoen: viola
Kjersti Rydsaa: cello
Arne Frang: tenor saxophone
Jørgen Gjerde: trombone
Erlend Gjerde: trumpet
Helge Sunde: trombone
Tone Reichelt: waldhorn
Arve Henriksen: trumpet, mellophone



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.Recyclé de la Caverne d'Ali Baba.

lundi 20 janvier 2014

Devoir de mémoire (3)

David Baerwald "Triage" (1993)
ou "This is America"


Dans la série : "Je vous parie que vous n'avez jamais entendu parler de cet oiseau-là", je vous présente David Baerwald, auteur/compositeur/interprète ayant connu quelques succès au sein de David & David dans la seconde moitié des années 80 ou pour sa participation à la bande-originale du Moulin Rouge de Baz Luhrman. David Baerwald a souvent œuvré loin des préoccupations du grand public qui ne sait pas ce qu'il perd.

Triage est le second album solo de Baerwald après l'aimable mais pas transcendant Bedtime Stories, un album trop poli pour que les chansons qu'on y trouve accomplissent leur plein potentiel. C'est, évidemment, une tout autre histoire avec ce Triage ou Baerwald "explose" son adult-folk-rock pour lui faire rejoindre des sommets rarement atteints.
Dès la première composition, "A Secret Silken World", il est évident qu'une énorme somme de travail a été engagée pour obtenir un tel résultat. Pourtant le morceau est fluide mais regorge, ce que démontre une "inspection" détaillée, de moult détails enrichissant subtilement une composition déjà d'une grande force où les esprits des Beach Boys et de Miles Davis sont discrètement convoqués pour un résultat du plus bel effet.
Tout l'album est à l'avenant, avec son lot de guitares tranchantes (juste ce qu'il faut), d'influences folk ou jazz, de textures sonores visiblement très pensées et de textes finement politisés, glorieusement protestataires n'épargnant pas, l'artwork est "spot on" pour le coup, son Amérique natale. Autant de preuves de l'excellence de Baerwald en tant que songwriter (pas surprenant quand on voit la longue liste d'artistes avec lesquels il a collaboré sous son nom ou un pseudonyme, de l'iconique Pavarotti à la chanteuse country LeAnn Rimes, l'ex Bangles Susana Hoffs, Sheryl Crow dont il aida grandement à lancer la carrière ou encore l'outlaw ultime de la country, Waylon Jennings).
A vrai dire, on a beau chercher, il n'est pas simple de trouver quelque faille que ce soit en ce Triage. Eventuellement, ceux qui sont particulièrement allergique à toute musique (dans l'ensemble) adulte ne trouveront pas ici leur bonheur. Il est vrai qu'à chercher à comparer cet album à ceux d'autres artistes contemporains, on évoquera volontiers Sting et Peter Gabriel - bien qu'une évidente américanité démarque Triage des œuvres de ces deux icones britanniques- ou encore de Paul Simon ou Randy Newman pour ses compatriotes. Aucune de ces comparaisons ne rendant tout à fait justice à la large palette de Baerwald, une écoute attentive sera la meilleure façon de juger de la qualité de l'ensemble.

Personnellement, ayant découvert cet album dès sa sortie, je suis surpris de la relative absence d'usure que de nombreuses écoutes auraient, en toute logique, dû entraîner. Il n'en est rien ici et si Triage demeure une œuvre d'une telle force quasiment vingt ans après son apparition c'est tout simplement à la force des ses compositions et à la relative intemporalité de son écriture qu'il le doit.


1. A Secret Silken World 7:41
2. The Got No Shotgun Hydra Head Octopus Blues 4:26
3. Nobody 4:33
4. The Waiter 5:03
5. AIDS and Armageddon 5:32
6. The Postman 5:35
7. A Bitter Tree 3:32
8. China Lake 4:37
9. A Brand New Morning 4:38
10. Born for Love 6:22
(un seul extrait disponible sur youtube mais, croyez-moi, cet album mérite votre attention)


David Baerwald: Bass, Guitar, Keyboards, Organ, Vocals
Bill Bottrell: Guitar, Keyboards, Loops, Vocals
Dan Schwartz: Bass, Guitar
Kevin Gilbert: Drums, Piano
Herb Alpert: Trumpet
Gregg Arreguin: Guitar
David Kemper: Drums
Brian Macleod: Drums


Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
zornophage[at]gmail[dot]com

.Recyclé de la Caverne d'Ali Baba.

lundi 13 janvier 2014

Devoir de mémoire (2)

Dans la foulée de l'album de Tanger proposé la semaine dernière (allez donc voir ça si vous l'avez raté, il mérite le déplacement), j'initie une nouvelle rubrique, à laquelle je vous invite d'ailleurs à participer (voir la fin de ce billet), réservée aux albums mésestimés, oubliés ou obscurs et dont la valeur est exactement inverse à leur réputation. Ca s'appelle donc "devoir de mémoire" et vous retrouverez le thème tous les lundis sur Mange Mes Disques. 

The Walker Brothers "Nite Flights" (1978)
"La fin... Et le début !"


Séparés en 1968, reformés en 1975, The Walker Brothers n'est pas que le véhicule de l'inspiration du plus connu des faux frères, Scott. Enfin, n'était parce que sur Nite Flights, troisième opus de retour et queue de la comète de la fratrie imaginaire, clairement, Scott est aux commandes même s'il partage les crédits avec ses associés.

Aux commandes parce qu'après les sympathiques mais inoffensifs No Regrets et Lines, respectivement de 1975 et 1976, albums assez typiques d'une pop/rock seventies pas exactement affolante, mais pas indigne non plus, l'approche sonore de la formation change radicalement, pour le meilleur.
Évidemment, il serait aisé de rapprocher Nite Flights du Low de Bowie sorti un an plus tôt avec lequel il partage une certaine froideur arty et un gout de l'exploration mélodique, ce serait oublier un peu vite l'influence décisive qu'eut Scott sur le jeune David Jones, ce serait aussi oublier l'air du temps, le choc tellurique provoqué par la vague punk britannique et son évolution, ce serait oublier, enfin, qu'on tient là le chaînon manquant entre les brumeux débuts de carrière solitaire de Scott et les développements avant-gardistes à venir, sur le Climate of Hunter de 1984 (son seul album des 80s) mais surtout sur Tilt et ses foutraques successeurs.
Côté compositions, si les titres de Gary et John sont de belle qualité, ce sont les quatre du troisième homme, Scott, d'ailleurs proposés en ouverture de Nite Flights,pas folles les guêpes !, qui dominent le débat. Plus substantielles et novatrices, menées aussi par la belle voix grave et habitée du sieur Engel (son vrai nom) elles sont autant d'exemples que l'appellation commune de l'album, The Walker Brothers, n'est qu'une façade, un véhicule par lequel chacun exprime sa sensibilité propre. A Scott donc la tension, la froideur mais aussi la plus fulgurante beauté, aux deux autres faux-frères la tradition un poil émoussée, surannée mais sympathique tout de même d'une pop rock relativement conventionnelle quoique boostée par des arrangements raccords avec le quarté d'introduction. En l'espèce, la chanson titre (que reprendra d'ailleurs Bowie pour son retour en solo après l'intermède Tin Machine) et surtout The Electrician, sa mélodie libre et déviante et ses cordes émouvantes, brillent de mille feux où l'on met et remet bien volontiers la main, masochistes que nous sommes.

Ultime album des Walker Brothers ou, partiellement (4 titres sur 10), nouveau départ déguisé d'un Scott Walker en recherche d'un ailleurs pour se réinventer, Nite Flights n'est pas qu'essentiel historiquement, c'est aussi, surtout !, un album à l'écoute addictive et passionnante, une œuvre faisant fi de toute concession commerciale... Enfin, pour son versant Engelien où il s'affiche tel un animal étrange, parfois glaçant mais finalement très beau, et toujours aussi chaudement recommandé.


1. Shutout 2:46
2. Fat Mama Kick 2:52
3. Nite Flights 4:21
4. The Electrician 6:04
5. Death Of Romance 3:42
6. Den Haague 4:02
7. Rhythms Of Vision 2:53
8. Disciples Of Death 3:47
9. Fury And The Fire 3:56
10. Child Of Flames 3:14


Scott Walker - vocals, bass, keyboards
Gary Leeds - vocals, percussion
John Walker - vocals
&
Ronnie Ross
- soprano saxophone
Alan Skidmore - tenor saxophone
Chris Mercer - saxophone
Jim Sullivan - rhythm guitar
Les Davidson - guitar
Frank Gibson - drums
Peter Van Hooke - drums
Mo Foster - bass
Dill Katz - bass
Dave MacRae - keyboards
Morris Pert - percussion
Joy Yates - backing vocals
Katie Kissoon - backing vocals
Dennis Weinreich - backing vocals


Un album dont vous voudriez que les gens se souviennent ? N'hésitez pas à la partager (avec un petit texte d'accompagnement si possible), je me ferai un plaisir de le poster.
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mardi 7 janvier 2014

Devoir de mémoire (1)

Tanger "La Mémoire Insoluble" (1998)
ou "des Textes et du Son"

Quel album ! Quelle injustice aussi de ne pas le voir briller au firmament des œuvres françaises de référence entre un Histoire de Melody Nelson et un ‎Mëkanïk Dëstruktïẁ Kömmandöh (choix d'albums pas tout à fait innocent).

Présentement, il s'agit du second album de la formation menée par le parolier et vocaliste Philippe Pigeard. Sorti un an après un premier album, Tanjah, prometteur mais encore inabouti, La Mémoire Insoluble voit tous les éléments déjà présents (prose Gainsbourgienne, tentations world music, rock progressives et (free) jazz) gagner en cohérence dans une fusion absolument irrésistible. Parce qu'on a ici affaire à d'excellentes chansons, à une diversité de ton et d'ambiance, à une maîtrise instrumentale frôlant la perfection. Quelques morceaux sont d'ailleurs exemplaires dans l'exercice : Chloé Des Lysses (featuring l'actrice de porno chic et intello du même nom) et sa sensualité particulière, Facel Vega et ses sorties de routes contrôlées, La Valse des Amants et sa langueur communicative... Ce ne sont que quelques exemples d'une sélection sans faux-pas, sans faux pli qui plus est parfaitement mise en son où tout est audible des cordes aux cuivres aux fracas rythmiques avec, peut-être, maladie bien française (nous sommes un peuple verbeux, définitivement !) un voix un poil surmixée, mais rien qui n'empêche de parfaitement jouir de cet album complexe, exigeant de l'auditeur un minimum d'attention et d'investissement, auditeur qui se verra récompensé au centuple de ses (petits) efforts.

Sans doute trop élitiste, trop libre, trop osé, La Mémoire Insoluble ne rencontrera pas vraiment son public et ne bénéficia que d'un succès culte. Aujourd'hui, depuis trop longtemps épuisée en édition physique (la frilosité d'une major, Mercury, préférant capitaliser sur des références sûres que de pérenniser des albums difficiles mais touchés par la grâce est à mettre en cause) mais trouvable en éditions dématérialisées (dommage, le livret y passe à l'as), La Mémoire Insoluble demeure le magnum opus de Tanger, un album rare, brillant de mille feux pas prêts de s'éteindre.

Immanquable, vous l'aurez compris.


1. Mouvement Deuxième (Les Putains Sacrées De Goaty) 5:38
2. Chloé Des Lysses 4:33    
3. L'Explication 4:11
4. Facel Vega 6:45
5. Pièce Détachée 1:19
6. Man Story 5:10
7. L'Auréole 4:41
8. L'Imparfait 4:09
9. Mouvement Quatrieme (L'incosolence Partie 2) 4:20
10. Camille 3 3:15 EUR 1,29
11. Les Ailes De L'Augure 5:57
12. La Tectonique Des Corps 0:57
13. La Valse Des Amants 3:47
69. [sans titre] 3:06


Philippe Pigeard - voix
Christophe Van Huffel - guitare, orgue
Didier Perrin - guitare, basse
Tolga Arslan - batterie, percussions
Thomas Mouzard - sax alto, flûte, zurma, clarinette
Guillaume Méténier - Hammond, Rhodes, Wurlitzer
Dan Warburton - piano, orgue
Grégory Goetz - sax ténor, flûte
Chloé des Lysses - voix

Cuivres
Franck Debuytter - sax ténor
Patrick Mortier - trompette
Jan de Backer - trombone
Pietro Lacirignola - sax alto

Cordes
Sonia Slany - 1er violon
Jacqui Norry  - 2ème violon
Jocelyn Pook - alto
Caroline Lavelle - violoncelle


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