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dimanche 28 août 2016

L’Été Mange-Disques - 7 à Trois

On peut partir en virée collective, avec toute une bande de potes, c'est parfait pour faire les zouaves. On peut aussi ne partir qu'avec des gens dont on est sûr, des amis avec qui l'on sait qu'un coup dur deviendra une aventure, qu'une déception deviendra une bonne raison d'encore resserrer les liens. Hé bien en musique c'est exactement pareil !, il y a ceux qui font ça avec une équipe pléthorique, d'autre qui vont à l'essentiel et, pour ça, être à trois est bien suffisant, comme la sélection qui suit  va tenter de le démontrer. Enjoie !

DiMaNCHe
Venom "At War With Satan" (1984)
ou "Messe Noire"

En 1984, tout a changé ! Venom n'est plus le plus méchant de tous, d'autres formations contestent sérieusement le titre qu'elles viennent du reste de l'Europe, des Amériques ou d'ailleurs, ça s'énerve de partout !
A ça, Venom répond avec son ultime, et sans doute plus belle, provocation : commettre toute une face de leur nouvel album à leur pièce la plus ridiculement ambitieuse, At War with Satan et ses 20 minutes rappelant l'heure des dinosaures progressifs des années 70. Démesurée, l'ambition ? Oui, et non. Oui, parce que tout ça est un peu gauche, que les musiciens, qui ont pourtant notablement progressé depuis leurs premiers faits-d'armes, n'ont pas exactement les munitions techniques et compositionnelles pour parvenir à leurs fins. Non, parce que ça pulse encore, que les bestiau, même un peu claudiquant, parvient à passer la ligne d'arrivée avec les honneurs. Non aussi parce que le texte de Conrad Lant (aka Cronos) est plutôt moins idiot que la moyenne des exercices du genre. Non, enfin, parce que cette gaucherie, finalement, contribue au charme un poil naïf de la pièce.
Le reste de l'album, l'autre face du 33t, est d'un classicisme Venomien intégral, mais bien foutu et encore un peu mieux joué que sur leur second, Black Metal, et donc nettement mieux que sur leur premier, le primitif Welcome To Hell.
En remaster, en plus, il y a des incontournables, de l'excellence pour qui aime son Motörhead (l'influence majuscule de Cronos & Co) primaire, barbare et agressif : Warhead, Lady Lust, Seven Gates of Hell, Manitou... stop, la coupe est pleine, énorme !
A choisir ? At War with Satan est devenu mon Venom préféré. De temps en temps, pas tous les jours !, ça fait un bien fou.

1. At War with Satan 19:57
2. Rip Ride 3:09
3. Genocide 2:59
4. Cry Wolf 4:19
5. Stand Up (And Be Counted) 3:32
6. Women, Leather and Hell 3:21
7. Aaaaaarrghh 2:25
Bonus
8. At War with Satan (TV Adverts) 1:04
9. Warhead (12" version) 3:40
10. Lady Lust (12" version) 2.48
11. The Seven Gates of Hell (12" version) 5:28
12. Manitou (12" version) 4:42
13. Woman (12" version) 2:56
14. Dead of the Night (12" version) 4:09
15. Manitou (Abbey Road uncut mix) 4:49

Conrad "Cronos" Lant - bass guitar, vocals
Jeffrey "Mantas" Dunn - guitar
Tony "Abaddon" Bray - drums

VENOM

LuNDi
Therapy? "Troublegum" (1994)
ou "Punky Rocky Irish"

Déjà une figure reconnue de l'underground, Therapy?, formation irlandaise d'indie punk, trouve en 1994 un nouveau public, un plus grand public... En retouchant largement leur formule.
Sur Troublegum, le bordel punk'n'noise des premiers ébats est oublié, les tentations péri-industrielles de Nurse itou, c'est recentré sur un punk lardé de mélodies accrocheuses que le trio, mené par son chanteur/guitariste et compositeur de leader, Andy Cairns à la moustache déjà triomphante, va conquérir les foules qui, jusqu'alors, ne se pressaient pas dans ses raouts électriques.
Pour ce faire, Cairns et ses acolytes ont réuni 14 compositions rentre-dedans qui, souvent délivrées pied au plancher, satisfont les ardeurs juvéniles pogoistiques de jeunes désœuvrés. Nowhere, single implacable et impeccable, est le parfait étendard de cette redéfinition, et une sacrée composition, pleine de fun et d'allant sur des paroles, moins, quoi. Parce qu'il ne faudrait pas croire que ces petits gars comptent fleurette, que nenni, et la présence d'une (bonne) reprise de Joy Division (Isolation) n'est pas un hasard, entre crise, violence et injustice, leur coupe est plus que pleine de griefs personnels ou sociétaux.
Tout ça nous donne un album énergique, loin d'être idiot, d'une redoutable efficacité aussi qui, 20 ans après sa sortie, a très bien vieilli. On a appelle ça un classique, non ? Mineur ou majeur, à vous de voir... Recommandé, en tout cas, si vous ne l'avez pas déjà croisé.

1. Knives 1:55
2. Screamager 2:36
3. Hellbelly 3:21
4. Stop It You're Killing Me 3:50
5. Nowhere 2:26
6. Die Laughing 2:48
7. Unbeliever 3:28
8. Trigger Inside 3:56
9. Lunacy Booth 3:55
10. Isolation 3:10
11. Turn 3:50
12. Femtex 3:14
13. Unrequited 3:03
14. Brainsaw 3:58

Andy Cairns - vocals/guitar
Fyfe Ewing - drums/backing vocals
Michael McKeegan - bass/backing vocals
&
Page Hamilton
- lead guitar on "Unbeliever"
Lesley Rankine - additional vocals on "Lunacy Booth"
Martin McCarrick - cello on "Unrequited"
Eileen Rose - additional vocals on "Femtex"

THERAPY?

MaRDi
Dada "El Subliminoso" (1996)
ou "Calif' à la place du Calif'"

Ce trio-là a quelque chose de magique, une alchimie qui perdure par delà les ans, un son à la fois classique et unique. El Subliminoso est leur troisième album studio (sur 5 seulement) et pas le moins intéressant même si Puzzle, leur tout premier, restera à jamais leur plus connu. Voici Dada.
Musicalement, ils font partie de la ligne claire du rock alternatif étasunien, plus dans la tradition d'un R.E.M. , donc, que dans les excès électriques des petit grungers alors en plein boum. Mais en plus Dada est un trio, un vrai, avec deux de ses membres, le guitariste Michael Gurley et le bassiste Joie Calio, partageant le chant, et un batteur, Phil Leavitt, capable de pleins de petits trucs en plus de soutenir ses deux partenaires aux chœurs. Ha oui, parce que Dada, un peu comme The Police en fait, sont aussi d'excellents musiciens, de ceux qui ne se sentent pas obliger d'en faire sans cesse la démonstration trop occupé qu'ils sont à jouer des CHANSONS. Et il y en a un sacré paquet ici pour démontrer cet état de fait qu'elle penchent du côté roots (l'émouvant A Trip with My Dad), prennent de la hauteur (au moins musicalement sur l'éthéré Bob the Drummer), ou sont simplement d'excellents exemples d'une saine et encore juvénile énergie (le joyeux abattage de Sick in Santorini). Comme en plus le tout est cohérent et idéalement mis en son, Dada s'y approche de son exploit originel (ce qui n'est pas rien, vous pouvez me croire).
Dada n'est pas devenu un grand nom, c'était cependant un impeccable combo, que j'ai eu la chance de voir au Passage du Nord Ouest parisien lors de leur seule venue dans l'hexagone, où ils avaient été flamboyants. Je vous recommande El Subliminoso, album malin et accrocheur d'un trio qui avait tout mais n'aboutit pas à grand chose, l'histoire a beau être connue, rabâchée, elle n'en est pas moins symptomatique des grand gâchis de l'histoire du rock'n'roll.

1. Time Is Your Friend 5:05
2. Sick In Santorini 3:35
3. Bob The Drummer 5:32
4. I Get High 4:57
5. The Spirit Of 2009 5:54
6. Star You Are 4:18
7. A Trip With My Dad 4:43
8. You Won't Know Me 4:30
9. Rise 4:51
10. No One 3:32
11. The Fleecing Of America 5:08
12. Hollow Man 4:38

Michael Gurley - vocals, guitar
Joie Calio - bass, vocals
Phil Leavitt - drums, vocals

DADA

MeRCReDi
Grand Magus "Grand Magus" (2001)
ou "Doom à Trois"

S'ils deviendront bientôt un groupe de heavy metal "normal", Grand Magus n'en sont pas encore là sur leur long-jeu originel, un éponyme qui doit beaucoup à Black Sabbath mais pas seulement.
Formé par l'alors vocaliste des excellents Spiritual Beggars, JB Christofferson, qui depuis se concentre sur ce seul projet, Grand Magus n'est pas tout à fait un groupe de Doom comme les autres, en tout cas pas sur ce premier album où des influences "hors-cadre" viennent régulièrement poindre et épicer la mixture Black-Sabbatho-compatible de flaveurs bienvenues héritées, en particulier, de formations telles que Soundgarden ou Alice in Chains.
Évidemment, à l'énoncé d'une pareille doublette grunge, les orthodoxes du genre feront grise mine, évoqueront l'absence de pureté de la mixture. Ils ont tort ! Et il y a 10 façons (12 sur la présente réédition) de le prouver, autant que d'excellentes chansons y figurant. Parce que la patte harmonique de Christofferson est bel et bien ce qui fait la différence ici, d'autant plus que c'est lui, JB, qui est en charge de deux composantes mélodiques du groupe (chant et guitare).
Alors, oui, il y a tout ce qui fait un bon album de Doom Metal sur ce Grand Magus originel, de gros riffs qui tuent, une vitesse jamais trop excessive servant la majesté des mélodies, un abattage rythmique de qualité forcément, et même quelques notes de mellotron et quelques décrochages plus psyché-bluesy nous rappelant que, fondamentalement, ce genre appartient aux douces années 70, en un beau rejeton. Avec donc, en bonus, une faconde influencée par le meilleur du Grunge Metal, par la crème d'une scène qui mit Seattle au centre de la carte musicale, un bonus tout à fait compatible avec le style pratiqué, lui donnant un petit côté stoner pas désagréable du tout, addictif même.
Depuis, Grand Magus s'est largement normalisé, jusqu'à devenir une sorte de groupe de Heavy Metal où quelques restes d'un passé désormais révolu sont, parfois, remis en lumière. Plus tout à fait le groupe de ce délicieux premier cri, on le regrette parce que, boudiou !, qu'est-ce que c'était bon !

1. Gauntlet 3:48
2. Legion 3:54
3. Never Learned 4:48
4. Black Hound of Vengeance 5:00
5. Coat of Arms 3:34
6. Generator 5:32
7. Wheel of Time 5:24
8. Lodbrok 4:13
9. Black Hole 5:00
10. Mountain of Power 5:54 

Fox Skinner - bass, backing vocals
JB Christoffersson - lead vocals, guitars
Fredrik Liefvendahl - drums
&
Fred Estby
- mellotron

GRAND MAGUS

JeuDi
NoMeansNo "All Roads Lead to Ausfahrt" (2006)
ou "Canadian Punk... with a brain"

Ils ont trente-cinq ans d'activité et n'étaient déjà pas bien jeunes quand ils ont lancé leur grande aventure de petit trio. Trente-cinq ans, donc, à pousser le punk rock dans ses retranchements, à lui donner des atours tantôt jazzés, tantôt mathématiques et souvent très drôles, aussi. Vraiment, NoMeansNo est un étrange animal.
Sorti en 2006, All Roads Lead to Ausfahrt, pour le moment toujours leur dernier en date, ça commence à dater !, est le 12ème album de ces canadiens pas comme les autres. Toujours mené par les frères Wright, qui ne ressemblent toujours à rien avec leurs tronches d'employés municipaux vieillissants, toujours avec en 3ème larron Tom Holliston, qui n'est pas beaucoup plus jeune ce qui est normal vu que ça dure depuis 1993, NoMeansNo ne dévie pas d'un iota de l'esthétique et du style qui a fait sa "gloire" (son culte, au moins...) depuis l'immense Wrong. C'est la première bonne nouvelle, qu'une formation pourtant ancienne puisse aussi admirablement, et avec une aussi belle consistance, tenir le niveau, tourner autour de son style, de son son, sans l'user jusqu'à la corde, un style qui, il faut le dire, a plus de variables d'ajustements, du progressif à la grosse colère, que, mettons, celui d'AC/DC. On retrouve donc, avec plaisir !, ce punk rock libre, instrumentalement très au point, sachant aussi bien produire de courts assauts que des pièces plus développées et exploratoires (registre d'ailleurs un peu moins fourni que la plupart des références du catalogue NoMeansNo). Un punk rock angulaire et presque progressif (ce n'est pas un gros mot !) souvent taxé d'être une influence majeure dans le développement du math rock et ses déviances, un punk rock de faux primitifs en fait très roués à leur exercice qu'il maîtrisent à la perfection. Pas très original ? Pour NoMeansNo, vous avez raison, dans l'absolu, on reste quelques très franches coudées au-delà de ce qu'il est convenu d'appeler du punk "normal".
All Roads Lead to Ausfahrt ? L'album de trois mabouls qui peuvent traiter de tout avec un certain détachement (faudrait pas croire que leur fantaisie cache une crasse passivité) et une énorme conviction en plus d'un esprit musical sans cesse renouvelé. En un mot ? Un exploit.

1. Wake Up 2:35
2. In Her Eyes 3:28
3. Mr. in Between 3:17
4. I See a Mansion in the Sky 6:31
5. Ashes 3:31
6. So Low 2:17
7. Faith 4:33
8. Heaven Is the Dust Beneath My Shoes 7:18
9. Mondo Nihilissimo 2000 2:41
10. The Hawk Killed the Punk 2:56
11. I'm Dreaming and I Can't Wake Up 3:56
12. 'Til I Die 3:33
13. Slugs Are Burning 3:00
14. The Future Is a Past 3:27

Rob Wright - bass, vocals, guitar
John Wright - drums, vocals, keyboards
Tom Holliston - guitar, vocals

NOMEANSNO

VeNDReDi
DeWolff "Strange Fruits and Undiscovered Plants" (2009)
ou "Sweet Revival"

Trois bataves qui proposent de vous embarquer dans leur machine à remonter le temps psychédélique vers 1967/72, ça vous tente ? C'est, en résumé, ce qu'on pourrait dire du cru 2009 de DeWolff, un album d'un autre temps par trois jeune-gens pourtant bien de leur époque. Étrange...
Parce qu'on y retrouve tout, sur cet album, tout ce qui fit le charme d'une certaine esthétique psyché mâtinée de sueur proto-hardeuse, d'un blues virant vers les substances psychotropes, d'une transe un peu plus cuir que flower power. Et dire que, au moment de l'enregistrement, le plus âgé des trois musiciens à réussir ce régressif tour de force avait tout juste 18 ans ! Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années, c'est certainement vrai pour les rejetons de la famille Van Poel (Pablo et Lucas) et leur copain Robin, petits prodiges capables de faire revivre le plus blues'n'rockant des Doors (avec un bon farfisa, ça aide !), de vous balancer des gros riffs plein de fuzz à faire pâlir de jalousie un Blue Cheer circa 1968, avec un guitariste à donner aux Yardbirds des envies de reformation pour compléter leur galaxie (après Clapton, Page et Beck, Pablo Van Poel ça en jetterait !), ou un beau petit cousin des Amboy Dukes de Ted the Nuge, ça marche aussi !, enfin, avec le concours d'une qualité de songwriting bien au-delà de leur jeunes années.
Parce qu'il y a un côté prodige chez ces (encore) illustres inconnus chez nous. D'un Mountain d'ouverture qui rappelerait presque les jeunes années de Deep Purple (Mark I) accouplé au Crazy World d'Arthur Brown, un rock tout en Hammond rugissant, d'un blues paisible et bien trouvé (Medecine), d'un blues où Morrison veille au grain (Desert Night), d'une belle grosse ballade bien trippante (Birth of the Ninth Sun et ses 8 minutes), à un épique Silver Lovemachine (un peu Doors, un peu Purple, un peu Hawkwind, un peu Quicksilver Messenger Service... mais ça se tient !), ou une "acoustic-Stonerie" en petit final sympathique (Leather God, un peu Strokes aussi), il y a moult ébahissements qui saisiront le primo-auditeur, et qui tiennent la distance preuve que ces chansons, au-delà de la "poudre aux yeux" d'une production bourrée d'effets rétro, ont une vraie résistance à l'usure du temps et d'écoutes répétées.
DeWolff ne sont pas encore des stars, peut-être, leur style n'étant pas si commercialement porteur que ça, ne le deviendront-ils d'ailleurs jamais. Mais ils le méritent et offrent avec Strange Fruits and Undiscovered Plants, leur tout premier album (trois autres suivront, tous recommandables), une jolie galette savamment régressive.

1. Mountain 4:40
2. Medicine 4:45
3. Don't You Go Up the Sky 4:28
4. Desert Night 3:00
5. Wicked Moon 3:24
6. Birth of the Ninth Sun 7:59
7. Parloscope 5:09
8. Fire Fills the Sky 4:18
9. Red Sparks of the Morning Dusk 3:35
10. Silver Lovemachine 10:34
11. Leather God 1:55

Pablo van de Poel - vocals, guitar
Luka van de Poel - drums, percussion, siren, backing vocals
Robin Piso - Hammond organ, Fender Rhodes, piano, bass guitar, backing vocals

DEWOLFF

SaMeDi
Myrkur "Myrkur" (2014)
ou "White Lady, Black Noise"

Une petite danoise, un top model en plus !, habituée à l'indie pop qui se lance sous un pseudonyme dans le black metal le plus intéressant du moment ? Les puristes crient à l'arnaque, au gros coup marketing. Ils sont bêtes les puristes.
Pourtant ce sont ces mêmes puristes qui ont fait la naissante réputation du Bergtatt d'Ulver, album dont se rapproche notablement l'EP originel de Myrkur (ténèbre en islandais, un petit goût de Burzum ?). Comme Ulver alors, Myrkur pratique un black metal éthéré, rêveur, contemplatif, un black metal finalement très orthodoxe avec son lot d'obligatoires blast-beats supersoniques, ses riffs "mur du son", ses voix d'outre-tombe, mais un black metal avant tout mélodique, de ceux qui tissent des ambiances, des impressions de forêts de conifères envahies par les neiges, balayées par les blizzards, une beauté froide, distante, elfique dirait-on, qu'on observe d'une respectueuse distance pour ne surtout pas troubler le tableau. A ce petit jeu, un titre s'extrait plus particulièrement du lot, on n'est pas surpris qu'il s'agisse du "teaser" de l'EP, parce que Relapse (le label) n'est pas né de la dernière pluie, Nattens Barn, sommet définitif de l'éponyme de la petite Myrkur (aka Amalie Bruun ? probablement) de son ouverture/fermeture sur des voix vaporeuses à son développement à la froideur désincarné si bien habitée par des riffs finement barbares (ce n'est pas antinomique !) et de voix de souffrance, une magnifique démonstration que la laideur revêt un certain charme, et la douceur sa part d'ombre, d'inquiétude. Ce sommet est d'ailleurs tout à fait représentatif du "modus operandi" compositionnel et donc une parfaite carte de visite d'un EP d'une belle qualité d'ensemble.
On attend maintenant l'album, la confirmation que ce potentiel n'est pas qu'un feu de paille trop vite dispersé par les vents d'une actualité musicale toujours frémissante. Indéniablement, le potentiel est là, une nouvelle voix dans le monde ultra-masculin du Black Metal, une voix crédible, talentueuse, féminine, enfin !

1. Ravnens banner 4:08
2. Frosne vind 1:50
3. Må du brænde i helvede 4:04
4. Latvian fegurð 4:19
5. Dybt i skoven 3:03
6. Nattens barn 5:56
7. Ulvesangen 0:46

Myrkur (Amalie Bruun) - vocals, guitars
Rex Myrnur - drums
Thorleif Storolf - bass

MYRKUR

lundi 19 janvier 2015

Recyclages hétéroclites #1

Comme Mange Mes Disques est désormais une vieille maison, elle-même héritière de moult aventures bloggistiques, il faut s'attendre, de temps en temps à un petit "vide grenier"... Les recyclages hétéroclites que ça s'appelle, en voici le premier volet. Enjoie !

CHaMBeR MuSiC
JS Bach "Sonatas for Viola da Gamba & Harpsichord" (2009)
ou "Une merveille de virtuosité et d'intimité"

Je n'ai pas forcément la « grammaire » pour décrire en terme savants et informés la musique de Bach ici interprétée par les deux maîtres que sont Jordi Savall et Ton Koopman. Je pourrais, à renfort de « wikiculture » prétendre savoir, bah, c'est vain et les émotions procurées par ces sons, de toute façon, suffisent amplement. Pour l'expertise technique, vous repasserez.
Et donc, épurées et belles, ces 3 sonates pour formation de poche, si elles ne seront pas forcément une révélation pour ceux que le classique baroque interpelle et qui connaissent leur Bach comme le dos de leur main, proposent une musique d'un autre temps où tout est dans l'harmonie, l'art du contrepoint et, évidemment !, la grâce de mélodies savamment composées mais finalement très accessibles même à un public relativement peur roué à la chose. Entendre ainsi la viole de gambe et clavecin, instruments anciens et inhabituels pour les occidentaux gavés d'électricité que nous sommes, a quelque chose de profondément apaisant même dans les tempi rapides d'icelle.
Forcément, l'interprétation de Jordi Savall et Ton Koopman est parfaite. La prise de son, intime comme il se doit, ne l'est pas moins. Et à ceux qui pourraient avoir peur d'aborder cette musique à priori savante, je le répète, c'est de simple beauté dont il s'agit et cette langue là n'a pas de frontière, géographique ou temporelle.

Sonate n1 sol maj bwv1027
1. I-Adagio I 3:59
2. II-Allegro 3:46
3. III-Andante 2:25
4. IV-Allegro 3:16
Sonate n2 re maj bwv1028
5. I-Adagio 1:52
6. II-Allegro 4:02
7. III-Andante 4:50
8. IV-Allegro 4:13
Sonate n3 sol min bwv1029 
9. I-Vivace 5:30
10. II-Adagio 5:59
11. III-Allegro 3:56

Ton Koopman - Harpsichord
Jordi Savall - Viole de Gambe

Jordi Savall

BLueS & RaGa
The Paul Butterfield Blues Band "East-West" (1966)
ou "Le blues vire à l'est"

Il y a beaucoup à dire sur le Paul Butterfield Blues Band.
Sa formation multiraciale dans une Amérique sortant difficilement des démons d'une politique ségrégationniste déjà, pas forcément facile à assumer au cœur des sixties.
Son incroyable fidélité à un idiome blues et jazz ancien juste électrifié pour contenter la jeune génération et contrer les hordes de chevelus britanniques venus squatter aussi, la formation sait faire, indéniablement.
Mais, sur ce second album, il y a surtout East-West, exploration fusionnelle des ragas indiens sur les base blues et rock du combo, une révolution en soi avec son "cut & paste" alors inédit, un sommet de psychédélisme que les Byrds ou le Quicksilver Messenger Service ne tarderont pas à recycler à leurs sauces (Eight Miles High en version live pour les premiers, Calvary pour les seconds) faisant injustement ombre à la création de Mr. Butterfield et des ses acolytes.
East-West c'est aussi, et surtout !, un excellent album de blues rock soul et cru mais pas sans finesse où un harmoniciste/chanteur d'exception, le leader d'ailleurs un temps réquisitionné par nul autre que le légendaire Muddy Waters, déroule ses exceptionnelles capacités techniques et émotionnelles bien entouré par des musiciens au diapason de sa performance dont un jeune et bouillant Mike Bloomfield (écoutez donc l'exceptionnelle reprise de Nat Adderley, frère de Cannonball, Work Song !). East-West c'est, enfin, une addition nécessaire à toute discothèque rock qui se respecte, un vrai morceau d'histoire avec de la très bonne musique dedans.
Obligatoire !

1. Walkin' Blues 3:15
2. Get Out of My Life Woman 3:13
3. I Got A Mind to Give Up Living 4:57
4. All These Blues 2:18
5. Work Song 7:53
6. Mary, Mary 2:48
7. Two Trains Running 3:50
8. Never Say No 2:57
9. East-West 13:10

Paul Butterfield — vocals, harmonica
Mike Bloomfield — electric guitar
Elvin Bishop — electric guitar, lead vocal on "Never Say No"
Mark Naftalin — piano, organ
Jerome Arnold — bass
Billy Davenport — drums

Paul Butterfield

FuSioN SPiRiTueLLe
Carlos Santana, Mahavishnu John McLaughlin "Love Devotion Surrender" (1972)
ou "Hare Santa Rama Rama Hare Santa Na Hare Hare (et John aussi !)"

Conspué à sa sortie par les fans de Santana n'acceptant pas le virage jazz fusion de leur poulain, album ayant depuis acquis une réputation culte bien méritée, Love Devotion Surrender est une œuvre qui touche souvent au divin.
En l'occurrence, la rencontre d'une sélection de musiciens du Santana band et du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin (l'autre tête d'affiche de l'album) sur une somme d'influences héritées de John Coltrane et Miles Davis (dont John a été le sideman) réactualisées à la sauce fusion mystique  fonctionne magnifiquement bien. Les latineries du Santana star mondiale chicano n’apparaissent que fort ponctuellement donc, évidemment, et on comprend le désespoir d’accros soudain privés de leur dose mais, en l’espèce, bouder son plaisir devant pareille merveille tient purement et simplement du sacrilège.
Bien sûr les deux guitaristes sont des maîtres, personne ne le niera, il n’était pourtant pas gagné d’avance que leur cohabitation se mue en l’accord parfait dont nous avons l’avantage d’être les témoins, de fait, au service de la musique plus que de leur égo, les deux rivalisent de virtuosité et de feeling sans jamais donner l’impression de vouloir manger dans l’assiette du voisin. Le répertoire – 2 Coltrane, un traditionnel et 2 originaux, le tout glorieusement bonussé de deux alternate takes dans la présente édition - est, il bien l’avouer, d’une rare grâce. Et si la formation modernise des standards tels qu’A Love Supreme ou Naima, c’est toujours avec doigté, sentiment, talent et – surtout ! -, en disciples dévoués, en respectant scrupuleusement l’esprit de cette musique prospective aspirant aux plus inaccessibles hauteurs (A Love Supreme) ou pleine de tendresse et de nostalgie (Naima, où les deux leaders dialoguent en acoustique). Et ce n’est pas tout à fait un hasard si les deux originaux de l’album, The Life Divine et Meditation (signés McLaughlin) évoqueront à parts égales le Mahavishnu Orchestra de John et les fusionnantes années de Miles en ne perdant toutefois jamais de vue les guides spirituel (Sri Chinmoy) et artistique de l’album (John Coltrane). Finalement, seul le traditionnel (Let Us Go Into the House of the Lord, déjà repris par Pharoah Sanders) rappellera un tant soit peu l’œuvre du moustachu Carlos tout en restant admirablement cohérent dans un ensemble jazz prog ici élevé par la double caution d’un duo de choc en osmose intégrale.
Que dire de plus ? Ah, oui, que Love Devotion Surrender est un album essentiel.

1. A Love Supreme 7:51
2. Naima 3:12
3. The Life Divine 9:28
4. Let Us Go into The House of the Lord 15:45 
5. Meditation 2:51
Bonus
6. A Love Supreme (alternate take) 7:27
7. Naima (alternate take) 2:52

Carlos Santana - guitare, chant
John McLaughlin - guitare, piano
Billy Cobham, Don Alias, Michael Shrieve - batterie
Phil Browne - percussions
Jan Hammer - batterie, claviers
James Mingo Lewis - piano
Armando Peraza - congas, percussions, chant
Doug Rauch - basse, guitare
Khalid Yasin, Larry Young - orgue

Carlos & John

Du BoN SoN
Stephen Stills "Manassas" (1972)
ou "Stills on top!"

Ho le bel album que voici !
Nous sommes en 1972, Stephen Stills, en rupture de CSNY, décide de former un groupe, Manassas, où il pourra glisser ses nombreuses et variées envies musicales. Pour se faire, il s’entoure de quelques pointures (l’ex-Byrds et Flying Burrito Brothers Chris Hillman, Al Perkins également des FBB, Paul Harris qui a joué avec CSNY, Nick Drake, etc.) et s’enferme en studio avec pour seule ambition de se faire plaisir, sans restriction.
Musicalement, avec des influences blues, country, rock, latines (et j’en passe !) c’eût pu être un beau bordel, c’est, en fait, à un album varié et divertissant auquel nous avons affaire. Divertissant parce que les morceaux s’y enchainent sans temps mort, sans transition stylistique aussi mais, surprenamment, sans qu’une impression de décousu ne s’y glisse.
Concrètement, l’album se divise en 4 parties : The Raven (1 à 5), The Wilderness (6 à 11), Consider (12 à 17) et Rock & Roll Is Here to Stay (18 à 21) chacune explorant une facette de l’inspiration textuelle et musicale de son leader. The Raven nous propose les titres les plus latino-rock (en grande partie enregistrés live en studio) quand The Wilderness explore la facette Country Rock (domaine où l’expertise de Stills n’est plus à prouver), Consider un Folk Rock qui n’est pas sans rappeler Crosby Stills Nash (& Young quand il ne fait pas sa tête de cochon) et enfin Rock & Roll is Here to Stay qui, comme son titre l’indique, est dévolu au Rock’n’Blues et dédié à quelques talents partis trop tôt (Jimi Hendrix, Al Wilson, Duane Allman) et contenant l’épique The Treasure et ses 8 minutes de jammesque plaisir.
Le résultat plaira aux amateurs de musique roots américaine puisque tel est le terreau où Manassas puise sa force vitale. Et quelle force ! 21 titres, pas un ratage, pas une erreur ! 72 minutes qui, avec un peu plus de chance et de justice, étaient destinées à passer à la postérité mais échoueront tristement... Commercialement, parce que, comme vous l’avez compris, musicalement c’est un festin de tous les instants tant et si bien que Bill Wyman, bassiste des Rolling Stones et guest sur Gangster of Love (qu’il a également co-signée avec Stills) déclara qu’il aurait quitté son groupe pour le plaisir de jouer avec Manassas, rien que ça !
Petit chef d’œuvre d’album n’ayant pas reçu les suffrages qu’il méritait, Manassas, présentement magnifiquement remasterisé, est chaudement recommandé à tous ceux qui n’auraient encore eu la chance d’y poser l’oreille quelque soit la chapelle pour laquelle ils pensent « prier »… C’est dire la qualité de l’objet.

The Raven
1. Song Of Love 3:26
2. Rock And Roll Crazies/Cuban Bluegrass 3:31
 3. Jet Set (Sigh) 4:22
4. Anyway 3:19
5. Both Of Us (Bound To Lose) 3:02
The Wilderness
6. Fallen Eagle 2:05
 7. Jesus Gave Love Away For Free 3:01
8. Colorado 2:52
9. So Begins The Task 3:59
10. Hide It So Deep 2:46
11. Don't Look At My Shadow 2:29
Consider
12. It Doesn't Matter 2:30
13. Johnny's Garden 2:45
 14. Bound To Fall 1:53
15. How Far 2:51
16. Move Around 4:15
17. The Love Gangster 2:51
Rock & Roll is Here to Stay
 18. What To Do 4:44
19. Right Now 2:58
20. The Treasure (Take One) 8:04
21. Blues Man 4:04

Stephen Stills: chant, guitare, piano, orgue, clavinette
Chris Hillman: chant, guitare, mandoline
Al Perkins: pedal steel guitare, guitare, chant
Calvin "Fuzzy" Samuel: basse
Paul Harris: orgue, piano, clavinette
Dallas Taylor: batterie
Joe Lala: percussions, chant
&
Sydney George: harmonica
Jerry Aiello: piano, orgue, clavinette
Roger Bush: basse acoustique
Byron Berline: violon
Bill Wyman: basse ("The Love Gangster")
Jerry Garcia: pedal steel guitare ("Jesus Gave Love Away For Free")

MANASSAS

FuNKy Jam
Kool & the Gang "Wild and Peaceful" (1973)
 ou "Shake ya booty!"

Loin des succès radiophoniques millimétrés qui feront leur gloire planétaire et leur considérable fortune, c'est ici que tout commence pourtant vraiment pour Kool & the Gang.
Pourtant le groupe n'en est pas à ses premières armes ayant sorti, depuis 1969, une collection d'album jazz/soul vaguement funky et instrumentaux. Ici, pour la première fois, Kool & the Gang est un vrai groupe de Funk. L'ajout du chant mais aussi un plus total abandon à un son qui fait alors florès dans une bouillonnante scène black américaine dopée par la récente affirmation de sa noire fierté. Et la concurrence est rude ! De James Brown à Parliament/Funkadelic en passant par Earth Wind & Fire, les Ohio Players, Sly Stone et une multitude d'autres tout aussi recommandables, la qualité s'ajoute alors à la quantité pour le plus grand plaisir d'auditeurs comblés. Dans ce foisonnant panorama, les, donc, néo-funksters de Kool & the Gang n'ont aucunement à rougir. Ici, les cuivres rutilent, les voix soulent, la basse sautille, la batterie groove... C'est de Funk de compétition dont il s'agit ! Crue, urbaine, suante, profondément séxuée aussi, cette musique, souvent orgasmique, est faite pour secouer le bas des reins sur ses cadences diaboliques, pour se pâmer sur la soie de sa profonde sensualité... Un appel du corps au corps, un appel au corps à corps !
Evidemment, plus tard, la formation rencontrera encore plus de succès, en refourguant sa « street cred' » au profit d'une image policée et d'un son à l'avenant. Ce n'est pas de ce Kool & the Gang FMiné dont il s'agit mais bien d'une vraie formation de bon gros funk, ici très inspirée du Soul Makossa de Manu Dibango (cela se devait d'être précisé), comme il se faisait si bien dans les 70s. Une très recommandable si hélas trop courte (38 minutes) rasade de bon son et, crénonvindiou !, qu'est-ce que ça joue !

1. Funky Stuff 3:03
2. More Funky Stuff 2:53
3. Jungle Boogie 3:06
4. Heaven At Once 5:05
5. Hollywood Swinging 4:39
6. This Is You, This Is Me 5:26
7. Life Is What You Make It 3:56
8. Wild And Peaceful 9:30

Robert "Kool" Bell - basse, chant
"Funky" George Brown - batterie, percussions, chant
Ricky West - piano, chant
Clay Smith - guitare
Dennis "Dee Tee" Thomas - saxophone alto, flute, congas, chant
Ronald Bell - saxophone ténor et soprano, chant
Robert "Spike" Mickens - trompette, chant

KOOL & THE GANG

aFRoaMeRiCa
Antibalas "Who Is This America?" (2004)
ou "C'est pas que l'Amérique..."

Le grand Fela aurait été fier, et sans doute un peu surpris, de voir sa fusion africano-jazzo-funkienne (le bien nommé afrobeat) se répandre ainsi sur 5 continents tant elle paraissait n'appartenir qu'aux bidonvilles de Lagos...
Les cocos du jour, en l'occurrence, sont américains d'adoption mais multi-nationaux d'origine. Antibalas, puisque c'est d'eux dont il s'agit, se sont fait une (bonne) habitude de s'inspirer des plus funko-jazzeux moments de l'aeuvre du sieur Kuti. "Who Is This America?" - leur troisième album - est gorgé de cuivres, de tressautantes rythmiques, de tribalismes vocaux et de la nécéssaire dose d'humour.
Le résultat est un son massif, vibrant et diablement addictif. C'est également, à mon humble avis, la galette dans laquelle ils excellent... 75 minutes (!) durant. Impressionnant.

1. Who Is This America Dem Speak Of Today? 11:59
2. Pay Back Africa 8:23
3. Indictment 5:38
4. Big Man 7:55
5. Obanla'e 1:39
6. Elephant 14:03
7. Sister 19:14

Ernesto Abreu: congas, chant
Duke Amayo: percussions, chant
Mayra Vega, Babatunde Adebimpe, Veronica Cuevas, U Poppa Dobi, Ogugua Iwelu, Olia Toporovsky: choeurs
Victor Axelrod: clavinet, orgue, piano
Stuart Bogie: saxophone ténor
Martin Perna : saxophone bariton
Jordan McLean: trompette
Aaron Johnson : trombone
Tom Brenneck, Luke O'Malley, Gabriel Roth: guitare
Nick Movshon, Del Stribling: basse
Alex Kadvan : violoncelle
Entcho Todorov: violon
Geoff Mann: shekere
Fernando Velez: congas
Dylan Fusillo: percussions
Philip Ballman: batterie

ANTIBALAS

Le DeNieR oCCuLTe
Darkthrone "The Underground Resistance"  (2013)
ou "Aux sources du Mal"

Le duo norvégien Darkthrone est du genre voyageur. Death Metal d'abord, Black Metal ensuite, Punk Crust Heavy Metal pour continuer et maintentant revivaliste d'un underground par beaucoup ignoré, celui d'un Heavy Metal vraiment evil... on peut dire que Nocturno Culto (Ted Skjellum) et Fenriz (Gylve Fenris Nagell) n'ont d'autre ambition que de se faire plaisir en jouant ce que bon leur semble et se foutant comme de leur première guigne de ce que les "fans" attentent d'eux. De vrais punks, en somme.
Sur The Undeground Resistance, 15ème album (!) des norvégiens depuis leurs débuts discographiques en 1991, ils se penchent sur divers styles dans leur entendement 80's. Ainsi, ce qu'il reste de Black Metal est influencé par les premiers maîtres du genre (Venom, Bathory, Celtic Frost), ce qui vient du Doom Metal a de forts relents de Candlemass ou St Vitus, leur Heavy Metal a beaucoup à voir avec les cultes Mercyful Fate, Angel Witch, Satan ou Holocaust, leur Speed/Thrash avec Exciter ou Whiplash et leur punkitude, nul doute !, a de vraies (si rares présentement) accointances avec Discharge ou Exploited (etc.)... Que des noms qui échapperont aux non-spécialistes ce qui n'est que logique parce que, justement, Fenriz et Nocturno Culto sont des spécialistes, de ces monomaniaques collectionneurs de démos, eps, lps plus improbables et obscurs les uns que les autres, des mecs qui diraient probablement que ma liste ne contient que des formations célébrissimes (et qui n'auraient pas tort dans le petit cercle des spécialistes).  Si je m'appesantis tant sur le sujet c'est parce que The Underground Resistance est exactement la résultante de leur passion débordante et d'une musique "fan de" extrêmement référencée.
Name-dropping mis de côté, c'est un foutu bon album de metal à l'ancienne auquel nous avons affaire. Cette espèce de bouillon de cultures d'influences, de références, de connaissances et de savoir-faire atteint le but qu'on imagine que ses deux concepteurs s'était fixé : faire du neuf avec du vieux. Loin de l'impression de plagiat éhonté que laissent moult formations, pour ne pas dire la quasi-entièreté, de la scène rétro-Metal), Darkthrone hommage ici plus qu'il ne recycle. Evidemment, on ne niera pas que, pour fun que soit The Underground Resistance, il n'aura aucunement la portée du Darkthrone Black Metal (1992-2004, Transylvanian Hunger et toussa) qui, en son temps, redéfinit à lui seul le genre, un Darkthrone que les afficionados de trve BM (comme on dit) ne reconnaîtront que très épisodiquement ici, et encore, en tendant bien l'oreille. Qu'importe, la "sauce" prend admirablement et c'est bien là l'essentiel. Et ça fait un bien fou, comme quand comme votre serviteur on s'est régulièrement délecté de délices underground 80s, de sentir revivre une autre conception du Heavy Metal (du sans fioritures et atermoiements, tout en riffs simples et rythmiques bastonnantes) , avant tout mue par une vraie passion, une indéfectible honnêteté et une vraie indépendance d'esprit pour un groupe jamais vraiment là où on l'attendait.
En 2013, Darkthrone (aka Fenriz et Nocturno Culto) se fait plaisir et nous fait plaisir... Que demande le peuple ?

1. Dead Early 4:55
2. Valkyrie 5:19
3. Lesser Men 5:00
4. The Ones You Left Behind 4:20
5. Come Warfare, The Entire Doom 8:47
6. Leave No Cross Unturned 13:49

Nocturno Culto – vocals, electric guitar, bass guitar
Fenriz – drums, vocals, bass guitar on track 4

DARKTHRONE

mardi 21 octobre 2014

Five Ballou's

Kurt à la console...
Le gars Ballou est producteur, et pas un ours de dessin animé. Une des plus fines gâchettes pour ce qui concerne la musique de "jeuns" qui fait du bruit, il est souvent à la console de très recommandées galettes. Faut dire qu'il en fait depuis longtemps dans son groupe, du bruit, du coup, il connait. Et voici donc Kurt Ballou dans ses œuvres de metteur en son puis, bonus !, dans son art avec les excellents Converge. 6 albums de bruit, de fureur mais pas que... Alors, même si vous vous croyez, à priori, allergique à ce genre de débordements de décibels, tentez-en au moins un sur la foi d'une des coutres chroniques proposées ci-dessous, et... Enjoie !
 
1. THe uNCaNNy GRaCe oF THe CyBeRCoRe
Genghis Tron "Board Up The House" (2008)
ou "the Drummer on the Roof"

Voici typiquement le genre d'album capable de diviser les amateurs de metal(core), c'est aussi le genre d'album suffisamment alien pour plaire à ceux que le metal, généralement, rebute. Parce que le cyber-metal-core de Genghis Tron n'a pas de basse, pas de batterie, et des guitares utilisées avec parcimonie, et moult claviers et programmations pour compenser, une hérésie pour beaucoup !
Et pourtant ça fonctionne. Parce que tout ça est très intelligemment troussé, que les blast-beats et ambiances synthétiques sont addictifs en diable, que le mélange chaos/mélodie s'opère harmonieusement, et que la production de Kurt Ballou donne tout le relief nécessaire à la réussite de l'entreprise. Evidemment, tout n'est pas parfait, la formule force parfois le groupe à recourir à quelques astuces téléphonées, mais quand ça fonctionne, particulièrement quand Genghis Tron prend le temps de développer ses ambiances et s'éloigne donc de son image "cyber-grind", quand la montagne russe compositionnelle déploie ses pleins et ses déliés, son paradis et son enfer, (attention gros mot) est presque progressive, l'effet est bluffant. Pour l'exemple on citera l'introductif et éponyme Board Up the House, exemplaire réussite en la matière mais heureusement doté de suffisamment de petits frères d'opus pour contenter l'auditeur.
Et de regretter que le groupe ait décidé de faire un break, toujours en cours, après ce petit miracle de fusion electro-metal. Parce que des OMNI (objet musical non-identifié) comme le second album de ces New Yorkais, on n'en rencontre pas très souvent.

1. Board Up the House 5:54
2. Endless Teeth1:47
3. Things Don't Look Good 3:35
4. Recursion 2:08
5. I Won't Come Back Alive 6:34
6. City on a Hill 3:26
7. The Whips Blow Back 2:07
8. Colony Collapse 4:01
9. The Feast 1:56
10. Ergot 1:14
11. Relief 10:47

Mookie Singerman – keyboard, vocals
Michael Sochynsky – drum programming, keyboard
Hamilton Jordan – drum programming, guitar
&
Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan) – guest vocals on "The Feast"
Kurt Ballou – toy drums on "Endless Teeth", production

GENGHIS TRON

2. Le MeTaL Du 3èMe MiLLéNaiRe ?
Kvelertak "Kvelertak" (2010)
ou "Black'n'Roll"

Mélanger du Black Metal et du Punk Rock'n'roll pour un résultat à la fois moderne et réjouissant ? C'est la mission que se sont lancé les norvégiens de Kvelertak. Ce n'était pas gagné d'avance, avec beaucoup de persévérance et de talent ils y sont parvenus, bravo.
En l'occurrence, tout est dans l'équilibre des composants, dans les nombreuses accroches mélodiques que le sextet a été capable d'intégrer dans son brouet maléfique, dans l'énergie et le fun qu'ils injectent dans un premier album qui ressemble fort à un coup de maître. Et un véritable festin pour tous ceux qui aiment entendre le metal trouver de nouvelles pistes. Ou d'en entendre d'anciennes revisitées de façon inédite comme ici où l'impression d'entendre une improbable rencontre entre Thin Lizzy, The Exploited et Emperor est plus qu'une simple vue de l'esprit. Evidemment, le tout n'est pas exactement la somme de ses parts d'autant que Kvelertak ne sont pas que de vils recycleurs. Avec 11 chansons et autant de réussites mariant blast-beats barbares, guitares accrocheuses, chant énervé, un allant fort communicatif, et la production fine et forte qu'il faut pour le mettre parfaitement en valeur (merci Kurt Ballou !), Kvelertak a créé leur propre style, moderne et pourtant rétro, sans concession et pourtant fédérateur, un vrai tour de force !
Un vrai tour de force quasiment égalé par un second opus du même tonneau, Meir, mais approché seulement, ce qui est déjà énorme vu leur presque parfait coup de semonce inaugural.

1. Ulvetid 3:29
2. Mjød 2:30
3. Fossegrim 3:32
4. Blodtørst 3:37
5. Offernatt 4:29
6. Sjøhyenar (Havets Herrer) 4:50
7. Sultans of Satan 4:35
8. Nekroskop 5:10
9. Liktorn 5:35
10. Ordsmedar Av Rang 4:27
11. Utrydd Dei Svake 6:22

Erlend Hjelvik – vocals
Vidar Landa – guitar, piano
Bjarte Lund Rolland – guitar
Maciek Ofstad – guitar, vocals
Marvin Nygaard – bass
Kjetil Gjermundrød – drums
&
Kurt Ballou - mixing, production

KVELERTAK

3. KiLL eVeRyoNe NoW!
KEN mode "Venerable" (2011)
ou "Let There Be Noise!"

Avec un nom comme KEN mode (Kill Everyone Now), les canadiens ne mentent pas sur leurs intentions, Venerable, leur 3ème album propose bien ce hardcore barbare et métallisé, mais nettement plus original que la moyenne, qui en fera fuir plus d'un et en assourdira quelques autres de bonheur.
Plus original que la moyenne ? Il faut dire que le metalcore, ce petit cousin bâtard du thrash'n'death metal et du hardcore, est devenu le domaine d'un formatage si répandu, d'une banalité si presque totalement générale qu'il n'en faut pas tant pour s'extraire du lot des nez-de-bœufs peuplant son microcosme. Parce qu'en plus de suivre quelques codes du genre, KEN mode y ajoute une rage plus explosive que la majorité, de penchants noise bienvenus, d'un groove sale et suant directement hérité du stoner le plus brutalement punkoïde, et d'une qualité compositionnelle permettant à la formation de livrer, malgré les supposées limitations du genre, un album varié, et imparfait mais ça fait partie de son chaotique charme.
Comme, en plus, Venerable est doté d'une production de Kurt Ballou (également à la slide sur un titre), toujours un bon signe, ça, et sonne donc du feu du diable, et a l'ultime élégance de ne pas s'éterniser (43 petites minutes sans temps mort et puis s'en va), il n'en faut pas plus pour le recommander encore un peu plus qu'un petit dernier pourtant très réussi, Entrench, en attendant 2015 et un 6ème album de cet excellent power trio qui s'annonce sous les meilleurs auspices.
 
1. Book of Muscle 3:28
2. Obeying the Iron Will... 4:26
3. Batholith 3:33
4. The Irate Jumbuck 7:26
5. A Wicked Pike 2:51
6. Flight of the Echo Hawk 3:39
7. Never Was 8:16
8. The Ugliest Happy You've Ever Seen 3:03
9. Terrify the Animals 2:58
10. Mako Shark 2:58

Jesse Matthewson – guitar, vocals
Shane Matthewson – drums
Chad Tremblay – bass, vocals
&
Kurt Ballou – slide guitar on "Terrify the Animals", production
Jahmeel Russell – composing on "Flight of the Echo Hawk"

KEN MODE

4. SToNeS aND RaiNBoWS
Torche "Harmonicraft" (2012)
ou "Carry on the Torche"

Quelque part entre stoner rock et post-punk, entre hard rock et psychédélisme métallisé, il y a un petit groupe d'agités qui fait de l'excellente musique, ils s'appellent Torche, sont originaires de sunny Miami sans que ça s'entende le moins du monde, Harmonicraft est leur troisième album.
Remarquez, ce serait le premier qu'on ne serait pas plus surpris que ça vu le curriculum vitae de zozos dont on retrouve la trace près de 20 ans plus tôt dans la formation sludge/doom Cavity, les quatre de Torche sont pros, ce qui ne les empêche nullement pas d'être positivement, joyeusement barrés.
L'affaire se compose de 13 titres généralement courts (le dernier, Looking On, en monumentale exception), habillé par un mur du son de grosses guitares sales rappelant les débuts de Black Sabbath ou de Blue Cheer, de soli concis, parfois harmonisés comme le meilleur d'un Thin Lizzy au garage, de rythmiques punk-rockoïdes souvent sous speed ou tribalement groovy quand le tempo baisse,  d'un chant toujours suprenamment mélodique, d'une ambiance générale "j'ai beaucoup fumé, ça va biiiien !" si typique du meilleur stoner, celui qui sait se laisser aller même dans ses excès de vitesse, bref une vraie Formule 1 du genre. Avec une pochette... particulièrement trompeuse, sauf à considérer qu'il s'agirait d'un acid-trip... Et une production, wow wow wow, Kurt Ballou (Converge), quoi, on ne devrait pas avoir besoin d'en dire plus.
Sauf à conseiller à tous ceux qui seraient passés à côté cet Harmonicraft si glorieusement troussé, rétro mais pourtant si admirablement de son temps, et addictif !, une des toutes belles réussites du stoner rock/metal du millénium nouveau, rien que ça !

1. Letting Go 2:03
2. Kicking 2:35
3. Walk it Off 1:25
4. Reverse Inverted 3:50
5. In Pieces 3:09
6. Snakes Are Charmed 3:14
7. Sky Trials 1:18
8. Roaming 3:20
9. Skin Moth 3:18
10. Kiss Me Dudely 1:48
11. Solitary Traveler 2:48
12. Harmonicraft 3:15
13. Looking On 6:40

Steve Brooks – guitars and vocals
Andrew Elstner – guitars and vocals
Jonathan Nuñez – bass, guitar, synthesizer
Rick Smith – drums
&
Kurt Ballou - production

TORCHE

5. C'eST Du... BRuuuuuTaL !
Skeletonwitch "Serpents Unleashed" (2013)
ou "Snakes on the Thrash Plane"

Du thrash pied-au-plancher, toutes griffes dehors ? Du thrash qui ne fait pas de prisonniers mais pas mal d'émules ? Du thrash avec tous les clichés mais un vrai supplément d'énergie ? Skeletonwitch, voyons ! Et pourquoi pas leur cru 2013, Serpents Unleashed ?
Ceux qui connaissent les natifs de l'Ohio ne seront pas surpris de la recommandation, depuis dix ans et 4 albums les étatsuniens ont trouvé leur son, celui d'un thrash autant inspiré par la brutalité teutonique d'un Kreator ou d'un Sodom que les rifforamas des formations nord-américaines auxquels ces charmants barbares ajoutent un dé de la vicieuse agressivité habituelle du black metal originel de loustics aussi peu recommandables qu'Hellhammer, Báthory et bien entendu Venom. En vérité, jamais leur abrasive formule n'a aussi bien fonctionné que sur Serpents Unleashed où les points forts sont consolidés (l'emballage frénétique de la section rythmique, la qualité globale des riffs et soli) et les points faibles améliorés (un "chant", parce qu'on est plus dans les éructations barbares, ayant notablement gagné en puissance et en conviction, une production absolument parfaite pour ce genre d'exaction, merci à Kurt Ballou de Converge qui, dans le genre, avait déjà savamment mis en son Kvelertak ou Black Breath).
Tout ça nous donne un album de thrash "in your face" qui fera sûrement souffrir les cervicales de metalleux en mal de déchainements barbares, ce que Skeletonwitch fait très bien, vraiment.

1. Serpents Unleashed 2:11
2. Beneath Dead Leaves 3:07
3. I Am of Death (Hell Has Arrived) 2:47
4. From a Cloudless Sky 2:48
5. Burned from Bone 2:39
6. Unending, Everliving 3:03
7. Blade on the Flesh, Blood on My Hands 2:26
8. This Evil Embrace 3:39
9. Unwept 2:25
10. Born of the Light That Does Not Shine 2:18
11. More Cruel Than Weak 4:18

Scott Hedrick - guitars 
Dustin Boltjes - drums 
Evan Linger - bass 
Chance Garnette - vocals 
Nate "N8 feet under" Garnette - guitars 
&
Kurt Ballou - production

SKELETONWITCH

BoNuS... BaLLou's oWN
Converge "Axe to Fall" (2009)
ou "à Core et à cris"

Les années et les excellents albums passant, Converge est devenu un "household name", une de ces formations au parcours d'une intégrité et d'une qualité tout à fait remarquables. Focus sur leur cru 2009, Axe to Fall, un album un peu à part et un des tous meilleurs de la formation Salem, Massachussetts... Les sorciers du néo-hardcore. 
On me reprochera probablement cette étiquette parce que, factuellement, Converge sont de cette génération qui sut revitaliser le hardcore tout en lui gardant sa substantifique moelle, c'était vrai au début des années 90, dès leurs premiers ébats, ça l'est toujours en 2012 sur un All We Love We Leave Behind particulièrement réussi, ça l'est aussi de cet Axe to Fall pourtant unique dans la discographie des étatsuniens. Mais pour revitaliser, il faut forcément un peu violenter, un peu redéfinir le cadre, voire carrément l'exploser comme certains surent le faire (pensez à tous ces math-coreux qui se rient de l'idiome !). Converge, entre les deux, est devenu une valeur sûre, de ces groupes qui métallisèrent le style d'origine, y ajoutèrent une chaotique énergie que leur maîtrise instrumentale, bien supérieure à celle de la majorité de leurs aînés, rendait possible, mais aussi apprirent à ralentir le tempo, à construire des ambiances pour habiter leur machine surpuissante de nouveaux atours.
Et donc Axe to Fall tout en appartenant indéniablement à ce cadre, à l'œuvre du quatuor, est à part. Parce que c'est un album de fête, un album où de nombreux invités de nombreuses formations, dont le co-leader Kurt Ballou en croisa beaucoup, lors de sa prolifique carrière de producteur (à laquelle on inclut une bonne part du catalogue de sa propre formation, on n'est jamais mieux servi...), sont venus prêter main forte, saluer des Maîtres qui le méritaient bien.
Comme ces intervenants s'intègrent à merveille, apportent ce vrai petit plus qui fait la différence, permettent à l'album, du coup, d'être le plus accessible jamais sorti par ces vénérables vétérans, le plus festif oserait-on presque, il n'en faut pas plus pour battre joyeusement des nageoires et conseiller, très chaudement, le tour de force que voici.

1. Dark Horse 2:54
2. Reap What You Sow 2:39
3. Axe to Fall 1:41
4. Effigy 1:42
5. Worms Will Feed/Rats Will Feast 5:52
6. Wishing Well 2:49
7. Damages 4:26
8. Losing Battle 1:46
9. Dead Beat 2:36
10. Cutter 1:40
11. Slave Driver 2:48
12. Cruel Bloom 4:01
13. Wretched World 7:10

Jacob Bannon – lead vocals, backing vocals
Kurt Ballou – guitars, backing vocals, lead vocals, piano, glockenspiel, saxophone, production
Nate Newton – bass, backing vocals
Ben Koller – drums, percussion
&
Sean Martin
(ex-Hatebreed, Cage) – lead guitar, backing vocals on "Reap What You Sow"
George Hirsch (Blacklisted) – backing vocals on "Axe to Fall"
Steve Brodsky (Cave In) – lead guitar on "Effigy"
Adam McGrath (Cave In) – guitars on "Effigy"
John-Robert Connors (Cave In, Doomriders) – drums on "Effigy" and "Wretched World"
Ulf Cederlund (Disfear, ex-Entombed) – lead guitar, backing vocals on "Wishing Well"
Tim "Trivikrama Dasa" Cohen (108) – lead guitar on "Damages"
John Pettibone (Undertow, Himsa) – backing vocals on "Cutter"
Steve Von Till (Neurosis) – lead vocals on "Cruel Bloom"
Aimee Argote (Des Ark) – backing vocals on "Cruel Bloom"
"The Rodeo" – backing vocals on "Cruel Bloom"
Chris Taylor (Pygmy Lush, ex-Pg. 99) – backing vocals on "Cruel Bloom"
Mookie Singerman (Genghis Tron) – lead vocals, keyboard on "Wretched World"
Hamilton Jordan (Genghis Tron) – guitars on "Wretched World"
Michael Sochynsky (Genghis Tron) – keyboard on "Wretched World"
Brad Fickeisen (The Red Chord) – drums on "Wretched World"

CONVERGE
Kurt à la guitare !