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jeudi 3 décembre 2015

Zornons à la Lune & More (repost et requête et surprise)

Suite à l'officielle cessation d'activité de la formation après son 7ème album, The Last Judgment, il n'est que temps de revenir sur un trio d'exception et son excellente discographie : Moonchild. Comme s'en seront rendus compte les fidèles de la maison, ceci est un repost suite à une requête et donc une seconde chance pour ceux qui auraient raté quelque chose. Enjoie !

PReMieRS CRiS
John Zorn/Moonchild "Moonchild" (2006)
ou "Le pécher originel"

Une relecture du rock dur filtré au classique contemporain et au rock progressif ? Un objet musical non identifié d'un compositeur à la largissime palette ? Un nouveau power trio mais pas un power trio de plus ? C'est tout ça Moonchild, création de John Zorn pour voix, basse et batterie.
Fondamentalement, il n'est pas surprenant de voir Zorn s'embarquer dans telle aventure, que ce soit avec Naked City, Painkiller, son apparition dans Praxis, et jusque Masada et son exemplaire mouture électrique, on sait que le turbulent new-yorkais a, aussi, un certain goût pour le bruit blanc qu'il soit punk, hardcore ou metal. Et puis les trois intervenants choisis, du fidèle batteur Joey Baron au régulier de la quatre corde électrique Trevor Dunn à un Mike Patton vocaliste aussi à son aise dans le bruitisme que dans l'harmonie que Zorn a déjà régulièrement croisé, ce ne sont que des têtes familières qui occupent l'affiche, et avec une telle qualité "à portée de main" il aurait tort de se priver, ce bon John. La musique du trio, d'ailleurs, est à l'avenant, habituelle et surprenante à la fois. En effet, qu'on y retrouvent compilés une esthétique contemporaine, un abattage empruntant autant au metal le plus prospectif qu'au punk le plus implacable, des fantômes directement issus du free jazz, celui de Carl Stalling, et du Rock in Opposition (la forme la plus extrême du rock progressif représentée, par exemple, par les mabouls d'Henry Cow), aussi, est tout sauf une surprise considérant que tous ces éléments (et de nombreux autres présentement inexploités) font partie intégrante de sa "grammaire" musicale. Des surprises sur la forme, peut-être ? Même pas en vérité, le format chanson déstructurée ayant été choisi ce qui est tout sauf une nouveauté. Et là, il y en a qui commence à flairer le négativisme à tous crins alors que, crénonvindiou, Moonchild, avec les feulements, grognements, cris et mélodies de Patton, un Dunn qui, sa basse livrée à elle seule comme instrument mélodique, a tout loisir de se déchainer et ne s'en prive pas, et un Joey Baron étalant, sans arrogance, sans recourir à une performance démonstrative à l'excès, la très large palette percussive qu'on lui connaît. Et c'est donc dans le fond, dans les compositions possédées d'un Zorn mode "prêt à en découdre" et dans la performance de chacun des trois mabouls adoubés que Moonchild fait la différence, et quelle différence ! Parce qu'outre sa furie évidente, son chaos organisé, le machin est aussi un épatante création sonore qu'on se plait à disséquer bien des écoutes après la baffe originelle prise à la première rencontre.
Moonchild ? C'est de la musique avant tout mais c'est aussi, et c'est lard qu'on perd les estomacs fragiles, un grand 8 et un train fantôme musical. Et un opus inaugural d'une formation qu'on ne saurait trop recommander.

1. Hellfire 4:07
2. Ghosts of Thelema 4:32
3. Abraxas 3:13
4. Possession 5:21
5. Caligula 1:47
6. 616 5:20
7. Equinox 4:07
8. Moonchild 6:51
9. Part Maudit 2:49
10. Summoning 2:30
11. Sorceress 4:37

Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
Mike Patton - voice
John Zorn - composition, production, arrangements, direction

Mike Patton, chante, parle, hurle... et on aime ça !

VoLuMe II
John Zorn/Moonchild "Astronome" (2006)
ou "Décollage immédiat"

On prend les mêmes et on recommence ? Oui et non parce que, sur la lancée d'un premier opus plus que convaincant, Zorn élargit encore le spectre, et son ambition.
Concrètement, Astronome est un opéra en trois actes, un opéra uniquement joué par le même trio qui a si bien réussi son coup de force originel six mois plus tôt, un opéra minimaliste donc, à la fois contemporain, jazz et rock qui parvient, trop fort, à transcender chaque genre auquel il s'intéresse. La base sonique, évidemment, les mêmes intervenants étant impliqués, est assez similaire à ce qu'on a déjà entendu, la forme par contre, et même le contenu, pousse encore un peu plus les limites de ce qu'on peut produire avec un line-up si réduit. Trois actes, trois titres donc, chacun de plus de 10 minutes, Zorn n'a décidément pas froid aux oreilles. Et c'est assez extraordinaire de maîtrise furieuse, de grâce occulte. Parce que, évidemment, et ce ne sera une surprise pour personne, la base textuelle de la chose tient du grand malin, de la magie noire et autres étrangetés qui collent si bien avec l'imagination musicale de Zorn. Or donc, on y retrouve la patte Moonchild, cette "free aggression" intelligente et nuancée si immédiatement identifiable, mais tout va plus loin, cette fois avec, notamment, une partition diablement plus ambitieuse que, pourtant, le trio démonique habite sans apparente difficulté. Ca crie, ça frappe, ça charcle mais ça sait aussi se ménager quelques plages plus mélodiques, éthérées mais toujours aussi malsaines, comme autant de répits avant de replonger dans la tempête. En vérité, on peine à justement décrire le fracas d'harmonie, d'ambiances et d'idées qui se disputent sur cet opus aussi indescriptible que jouissif, si vous avez l'estomac pour ce genre de chose qui n'est jamais très accessible, ceci se devait d'être précisé parce que Moonchild, ce n'est pas de la rigolade. Le mieux, c'est toujours le mieux d'ailleurs, est de vivre cette grande marée émotionnelle qui balaye tout sur son passage.
Et dire qu'ils ne sont que trois ! On voit mal comment John Zorn aurait pu plus pleinement exploiter les capacités et les obligatoires limites qu'avec ce Astronome dépassant, ce qui n'était pas gagné d'avance, son devancier en classe et en folie. Pas étonnant qu'à partir de là il ait toujours choisi, au moins sur une partie de l'album, d'adjoindre quelques compléments à son trio de base, à commencer par le légendaire, peut-être le sommet de la discographie de Moonchild, Six Litanies for Heliogabalus. Mais ça, c'est une autre histoire qui ne doit aucunement vous éloigner de ce second chapitre, cet Astronome si réussi et si recommandable alors, soyez curieux, laisser vous chahuter.

1. Act 1 14:34
I. A Secluded Clearing in the Woods 
II. A Single Bed in a Small Room 
III. The Innermost Chapel of a Secret Temple 
2. Act 2 17:02
I. A Mediaeval Laboratory 
II. In the Magick Circle 
3. Act 3 12:44
I. A Barren Plain at Midnight
II. An Unamed Location

Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
Mike Patton - voice
John Zorn - composition, production, arrangements, direction

Joey Baron, bat comme si sa vie en dépendait

LyRiQue, oPéRaTiQue
John Zorn/Moonchild "Six Litanies for Heliogabalus" (2007)
ou "Toute pompe dehors"

Ayant probablement un peu fait le tour du format précédent de la formation, désireux aussi de continuer à travailler avec le trio qu'il a créé, John Zorn relance son Moonchild en version opératique. Sur le papier, une bonne idée.
Et dans les faits, une excellente ! Et un radical changement parce que, avec en plus du trio indéboulonnable un Zorn qui repique à l'alto, une Ikue Mori qui vient faire chanter son laptop, un Jamie Saft à l'orgue ronflant et trois, oui, trois !, vocalistes venues "opératiser" tout ça encore un peu plus avant, on peut dire que le changement est radical. Et donc six litanies pour le dieu du soleil syro-romain ou pour l'empereur romain du même nom. La réponse est dans l'inspiration francophile dadaïste de Zorn et donc chez Antonin Artaud et son texte Héliogabale ou l'Anarchiste couronné mais comme ledit empereur fut prêtre du premier, la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre, quoi. Ces considération conceptuelles, mais d'importance néanmoins puisqu'inspiratrices de la création, passées, qu'en est-il de l'aspect musical de ce saillie historico-mystique ? Salutairement, on reconnaît tout de même le trio des deux précédents opus mais là où il était nippé de guenilles qu'on ne le l'aurait même pas laissé entrer à un bal des pompiers du 14 juillet, le voici revêtu d'un seyante et très étudiée tenue de bal que même le plus sélect des clubs ne saurait refuser. Comparaisons costumières mise à part, c'est à une bluffante démonstration à laquelle nous sommes conviés où les apports additionnels, tout sauf envahissants, poussent le souffle lyrique permettant au trio de s'exprimer avec d'autant moins de retenue qu'ils ne sont plus seuls. Et donc, Litanie après Litanie, on apprécie l'art consommé du compositeur d'ainsi mêler, sans effort malgré le chaos, un chœur de trois voix et son indéniable porté opératique à un trio radical, les interventions de l'orgue de Saft et les courtes saillies saxophoniques de Zorn, et l'électronique texturante d'Ikue, mais aussi les pleins et les déliés, les hausses d'intensités et les moments de recueillement venant, comme autant de salutaires pauses, tempérer l'orage et le rendre, conséquemment, encore plus imposant quand il se produit (ce qui est souvent, parce que c'est bien de Moonchild dont il s'agit).
En élargissant la gamme, la palette sonore de son projet, Zorn accomplit, comme nous le savons désormais, un de ses hauts-faits et, ultimement, l'album le plus réussi de sept du présent projet. Un album tout sauf facile d'accès mais qui, pour ceux qui sauront s'accrocher, lui donner toute l'attention qu'il mérite, dévoilera moult merveilles. Six Litanies for Heliogabalus ? Une folie extrêmement rondement menée et définitivement recommandée.

1. Litany I 7:53
2. Litany II 7:06
3. Litany III 10:36
4. Litany IV 8:13
5. Litany V 4:30
6. Litany VI 6:16

John Zorn: alto saxophone, composition, production, arrangements, direction
Joey Baron: drums
Trevor Dunn: bass
Mike Patton: voice
Ikue Mori: electronics
Jamie Saft: organ
Martha Cluver: vocals
Abby Fischer: vocals
Kirsten Soller: vocals

Trevor Dunn, 4 cordes bien martelées

eXTRêMe MySTiCiSMe
John Zorn/Moonchild "The Crucible" (2008)
ou "Back to Basics and More"

Sur la lancée d'un Six Litanies for Heliogabalus instrumentalement richement doté, John Zorn recadre le projet Moonchild autour du trio originel sans oublier de s'inclure au mix pour un album, on peut le dire, sans le moindre compromis mais pas sans ses particularismes.
Mais, ne nous mentons pas, si l'album n'a clairement rien d'indigne, c'est une belle réussite de plus pour le trio présentement supplémenté de son compositeur au sax alto et de Marc Ribot sur un titre, on est un peu déçu. Une raison à ça ? Six Litanies for Heliogabalus, la précédente livraison de la formation qui, plus arrangée, plus variée, avait fait fort, très fort. Du coup, ce relatif retour à la normale, et à une inclinaison stylistique plus proche des deux premiers albums de Moonchild, laisse un peu l'auditeur sur sa faim. Ceci dit, la présence de l'alto de Zorn est une excellente nouvelle. Cette fois aucunement noyé dans la masse d'Heliogabalus, il apporte, entre stridences et harmonie, un vrai plus au son du trio, et encore plus sur un 9x9, indéniable sommet de l'album, quand il est soutenu par la grâce d'un Ribot en forme guerrière, ce qui donna sans doute des idées à Zorn quand à la suite à donner aux évènements. Présentement, passée le choc du "repli sur soi", on obtient la galette la plus accessible, jusque là, de la turbulente formation parce que, au-delà de l'obligatoire folie habitant les prestations d'un Patton possédé, d'un Dunn pilonnant ses quatre cordes en un parfait compromis de puissance et de finesse, et les nombreux patterns et intermèdes scientifiquement concoctés par un certain divin chauve (Joey Baron bien sûr !), ça envoie pas mal ! Mais, cette fois, quand Patton et Zorn s'harmonisent (sur un passage quasiment klezmer sur Almadel, par exemple), ou dans des morceaux à la construction toujours expérimentale, pas de refrain/couplet/refrain ici, mais plus préhensible, on tient le Moonchild le plus aisément recommandable au newbie qui ne sait pas ce qu'il l'attend, et aura tout de même un sacré choc, évidemment.
Or donc, The Crucible n'est pas le meilleur Moonchild, c'est un fait. Ce n'est cependant pas une raison de le démettre parce que, premièrement, c'est tout de même un excellent album et, deuxièmement, parce que relativement abordable, il constitue une idéale po porte d'entrée dans le monde occulte et chaotique de l'inspirée formation.

1. Almadel 7:10
2. Shapeshifting 3:19
3. Maleficia 8:13
4. 9x9 5:37
5. Hobgoblin 2:54
6. Incubi 7:44
7. Witchfinder 3:44
8. Initiate 5:41

Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
Mike Patton - voice
Marc Ribot - guitar (4)
John Zorn - saxophone alto, composition, production, arrangements, direction

On se connaît, non ?

éPiQue!
John Zorn/Moonchild "Ipsissimus" (2010)
ou "Mythe et Légende"

Un de plus, pas un de trop et certainement pas le moins conseillé de la majestueuse lignée, Ipsissimus (featuring guitar god Marc Ribot), est une nouvelle déclaration d'intention magistrale d'un compositeur et présentement saxophoniste (John Zorn) et de sa formation alors la plus radicale (Moonchild). Brave gens, soyez prévenu, ça ne plaisante pas !
Dans les faits, Ipsissimus est la suite tout à fait logique de The Crucible et, plus précisément, d'une de ses pistes, 9x9, où déjà le présent quintet était à l'œuvre, preuve que Zorn a bien entendu le bénéfice d'avoir un si précieux et furieux guitariste de la trempe d'un Marc Ribot additionné au trio dans lequel il s'est maintenant incrusté depuis trois albums (à partir de Six Litanies for Heliogabalus et pour la dernière fois de la discographie de la formation, d'ailleurs). Evidemment, on reconnaît la patte désormais bien établie de Moonchild, cette mixture de musique contemporaine d'avant-garde, d'agression punk/metal et de free jazz, le tout chapeauté par un occultisme décidément chevillé à l'inspiration du compositeur new-yorkais. Evidemment, les performances désormais familières d'un Patton dans tous ses états (cris, murmures, chant), d'un Dunn toujours aussi solide et inspiré et d'un Baron batteur inventif s'il en fut, sont toujours au rendez-vous de la galette mais, cette fois, du fait de la double contribution de l'alto de Zorn et de la guitare très électrique de Ribot, c'est à une authentique, jouissive, énorme fête à laquelle nous sommes conviés. Parce qu'en plus les compositions sont bonnes, et savent alterner douceur et violence en un magnifiquement précaire équilibre qu'il fait plaisir d'entendre. En vérité, avec un groupe se connaissant parfaitement pour avoir, parfois presque tous ensembles, participé à de nombreux projets fomentés par John Zorn, nous nous retrouvons en territoire presque familier avec des échos de Naked City, du Masada électrique, d'Hemophiliac... Un territoire seulement presque familier parce que la fusion ici proposée a sa propre identité, sa propre alchimie qui, présentement, fonctionne tellement bien qu'on n'a pas à beaucoup exagérer pour crier au génie.
Et donc, avec Heliogabalus qu'on n'oublie pas, Ipsissimus constitue le sommet de la discographie de Moonchild. Mais là où l'autre mastodonte reposait sur l'ambition et la richesse du son, sur un côté opératique aussi assumé que satisfaisant, le présent ne doit ses mérites qu'à la partition et la complicité d'instrumentistes exceptionnels. En plus, il n'est pas, tout en restant fermement chaotique et sans compromis, aussi difficile d'accès que ça... En bref, si vous ne devez écouter qu'un seul Moonchild, Ipsissimus est celui-là !

1. Seven Sigils 6:39
2. The Book of Los 8:21
3. Apparitions I 3:45
4. Supplicant 5:33
5. Tabula Smaragdina 6:12
6. Apparitions II 4:10
7. The Changeling 6:32
8. Warlock 4:57
9. Apparitions III 3:10

John Zorn: alto saxophone, piano, composition, arrangements, direction
Joey Baron: drums
Trevor Dunn: bass
Mike Patton: voice
Marc Ribot: guitar

Marc Ribot, punk à lunettes !

ô TeMPLieRS!
John Zorn/Moonchild "Templars: In Sacred Blood" (2012)
ou "Moonchild for dummies"

Si aucun des albums de Moonchild ne se ressemble, tous possèdent un similaire esprit fondeur, une rare liberté de ton qui peut déconcerter. Il n'y avait, à priori, aucune raison que Templars-In Sacred Blood, 6ème levée d'une formation à géométrie variable, enfreigne cette règle.
Templi Secretum, premier titre, sorte de heavy prog'n'core possédé montre une étonnante facette, plus orientée vers le format chanson, qui est définitivement une nouveauté bientôt confirmée par le rampant et flippant Evocation of BaphometMike Patton (voix murmurée, glaciale) excelle. Et ça continue comme sur tout l'album ! Certes, l'académisme n'est pas exactement ce qu'ont à l'esprit Zorn (auteur, compositeur et arrangeur), son trio (Baron, Patton et Dunn) et l'invité de la galette, l'organiste John Medeski, et si l'écriture, cette fois, peut paraître plus conventionnelle, plus cadrée, c'est peut-être simplement parce que Moonchild a produit son album le plus mélodique ce qui ne va pas sans conséquence. En effet, souvent, par le passé, le rôle de Patton se limitait à des exercices de gorge plus destinés à vriller les tympans qu'à modeler un récit, véhiculer une émotion, et ça avait son effet (parce que Patton sait faire ce genre de chose) et collait parfaitement à l'univers de chacun des albums. Là, avec un nouveau panorama, Patton retrouve la pleine amplitude de son registre, quelque chose qu'on avait plus entendu depuis l'Anonymous de Tomahawk voire depuis que Mr. Bungle et Faith No More avaient plié les gaules, c'est dire si c'est une bonne nouvelle et si sa contribution permet d'enrichir notablement l'étendue émotionnelle de la galette. La seconde « star » de l'album est indéniablement Medeski et son orgue qui créent des climats, des ambiances habillant à la perfection chacune des montées de sève, chacune des accalmies... Il fait peut-être même ici sa plus notable performance en collaboration avec John Zorn. Et il ne faut, bien entendu, pas oublier la formidablement adaptable section rythmique composée du vieux compagnon de route qu'est Joey Baron (batterie) et du bassiste Trevor Dunn qui, du fait de l'absence de guitariste, assume ponctuellement le rôle, avec brio, comme il se doit.
Pour expliquer à quel point ce Templars est étrange, si on devait le décrire avec quelques autres références musicales on citerait, pêle-mêle, Soft Machine, Procol Harum, Ruins, Black Flag, King Crimson, SunO))) ou Black Sabbath... Rien que ça ! Le miracle, en l'occurrence, est la cohérence de ce concept album (sur les Templiers), oeuvre vénéneuse, attirante et si étonnamment peu difficile qu'on la conseillera volontiers à tous ceux qui veulent entendre Zorn versant rock et ne savent par où commencer avec l'assurance de récolter quelques remerciements.
Comme quoi, quand l'ambition rencontre le talent (le génie ?), tout devient tout de suite plus simple... Même si Templars ne l'est pas pour autant.

1. Templi Secretum 5:34
2. Evocation of Baphomet 5:27
3. Murder of the Magicians 4:14
4. Prophetic Souls 6:21
5. Libera Me 3:21
6. A Second Sanctuary 6:07
7. Recordatio 3:54
8. Secret Ceremony 9:16

Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - organ
Mike Patton - voice
John Zorn - composition, production, arrangements, direction

John Medeski, doigts agiles

DeRNieR CHaPiTRe
John Zorn/Moonchild "The Last Judgment" (2014)
ou "Coucher de Lune"

Moonchild c'est fini !, voilà, c'est dit, les amateurs d'Art-Jazz-Core mystique et déjanté devront dorénavant chercher ailleurs leurs frissons musicaux. Mais quel parcours, 7 albums, comprenant le présent The Last Judgment, suite instrumentale et thématique de son prédécesseur, Templars: In Sacred Blood puisque cette fois encore dédié à la légende des Templiers.
On y retrouve donc, en toute logique, exactement la formation de 2012 soit le trio de base de la formation; Patton à la voix, Baron à la batterie et Dunn à la basse, augmenté de l'excellent John Medeski à l'orgue; pour un résultat forcément musicalement cousin, frère même avec sa construction en montagnes russes alternant calme théâtralité et psychotiques déluges électroacoustiques en neuf chapitres s'enchainant en une unique pièce conceptuelle, tel un opéra post-apocalyptique. Surpenant ? Sans doute pas mais un satisfaisant opus quoiqu'il en soit parce que des mélodies, nombreuses et inspirées, aux ambiances, réussies et prenantes, c'est tout le charme radical d'une formation d'exception qu'on retrouve, une dernière fois.
Si Ipsissimus restera à jamais la création la plus aboutie de John Zorn pour Moonchild, retournez-y vous ne serez pas déçus, ce Dernier Jugement ne dépare pas dans l'impeccable collection et constitue, ultimement, une fin en presque apothéose d'un projet que, nul doute, on regrettera.

1. Tria Prima 3:28
2. Trinity 5:22
3. Resurrection 4:20
4. Le Tombeau de Jacques de Molay 4:24
5. Sleepy Hollow 2:41
6. Friday the 13th 3:44
7. Misericordia 5:50
8. Incant 4:28
9. Slipway 6:19

Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - organ
Mike Patton - voice
John Zorn - composition, production, arrangements, direction

Patton, Medeski, Zorn, Dunn, Baron...LIVE!
(de gauche à droite)


Et, pouf !, en bonus des albums qu'on m'avait demandé en septembre (un certain B_B) et que je glisse ici ! C'est déjà Noël chez le Zornophage !
 
My CRaZy VaLeNTiNe
John Zorn "Valentine's Day" (2014)
ou "Electric Contemporary"

Du rock contemporain, comme on dit du classique contemporain, mais du rock quand même... Drôle de programme que celui proposé à Marc Ribot, Trevor Dunn et Tyshaw Sorey (surtout Tyshaw complétant présentement les sessions d'Enigmata (2011)) par ce diable de John Zorn.
Au programme, 12 miniatures (comprendre ayant la durée d'une pop song moyenne), 12 énigmes puisque c'est ainsi qu'elles sont sous-titrées et ordonnancées, spécialement composées, et dirigées, par John Zorn, avec toute la latitude qu'il laisse habituellement à ces musiciens qu'il connaît si bien.
A commencer par Marc Ribot qui, ô combien versatile et si immédiatement reconnaissable à la fois, est évidemment la personnalité centrale de l'opus, celui par qui, grâce à qui son identité s'affirme. Et il est aussi là le choix "éditorial" de Zorn qui, tel un directeur littéraire, choisi sa plume en fonction du ton vers lequel il tend. A partir de là, si vous connaissez les deux oiseaux et leurs nombreuses collaborations, il n'est pas difficile de deviner à quelle sauce on va être mangé.
Et donc, ça dépote sévère, ça ne se soucie pas forcément toujours de développer un mélodie agréable, c'est agressif, mal embouché avec parfois, parce que sinon ce serait trop, quelques instants d'une grâce d'autant plus resplendissante qu'elle est fugitive.
Facile ? Certainement pas. Pour qui alors ? Pour ceux qui aiment le math rock bizarroïde d'Ahleuchatistas, le zeuhl barjot des japonais de Ruins, à ceux qui se demandent à quoi resemblerait une rencontre avec les frangins canadiens de NoMeansNo aussi, sûrement à ceux qui voudraient s'essayer à une sorte de post-punk arty dénué de tout cliché.
Et le titre, trompeur le titre... Aimer se faire mal ? Ca aidera. Aimer les nouvelles expériences surtout, du Zorn contemporain en version rock/punk, c'est un pont entre deux mondes qu'il n'est pas inutile de franchir, quelque soit son point d'origine.

1. Potions and Poisons (enigma one) 3:04
2. Fireworks (enigma two) 3:37
3. Blind Owl and Buckwheats (enigma three) 4:29
4. Abramelin (enigma four) 3:19
5. Seven Secrets (enigma five) 2:53
6. Before I Saw the Spirit of a Child (enigma six) 4:39
7. UX (enigma seven) 4:04
8. The Voynich Mandala (enigma eight) 4:32
9. Codebreaker (enigma nine) 4:31
10. Map (enigma ten) 3:40
11. Black Mirror (enigma eleven) 2:18
12. And the Clouds Drift by (enigma twelve) 2:47

Marc Ribot - electric guitar
Trevor Dunn - electric 5 strings bass
Tyshawn Sorey - drums
John Zorn - composition, direction, production

Tyshawn Sorey

Qui eST La PLuS BeLLe ?
John Zorn "In the Hall of Mirrors" (2014)
ou "New Trio"

S'il arrive sur la queue de la comète que fut le Book of Angels Vol. 21 d'Eyvind Kang, une merveille ! ceci dit en passant, la nouvelle création du stakhanoviste new-yorkais John Zorn se doit de ne pas être négligée.
D'une parce qu'elle propose un nouveau trio, ce qui n'arrive pas si souvent dans une écurie de musiciens étendue et versatile dans laquelle le compositeur peut puiser à loisir, avec cependant un vénérable ancien, le fidèle d'entre les fidèles contrebassiste Greg Cohen.
De deux parce que la musique qui y est proposée, louvoyant entre exigence contemporaine et swing expert, y est d'une beauté, d'une luminosité... Comme la galerie des miroirs du Château de Versailles à qui elle emprunte le titre et le visuel d'habillage mais en moins clinquant, en moins rococo/milliardaire russe/sofia-coppola-ladurée (rayez les mentions inutiles), parce que Zorn a du goût, évidemment.
Concrètement, comprenant six pièces rondement menées par le piano de Stephen Gosling pour un peu moins de 50 minutes, In the Hall of Mirrors pourrait, si on cédait à la facilité, être comparé à moult autres projets du compositeur. On évoquera, par exemple, un Gnostic Trio où la responsabilité de soliste aurait été transféré de la guitare de Frisell et du vibraphone de Wollesen vers le piano du susnommé sur une partition notablement intensifiée, ou à l'admirable Dreamachines sorti l'an dernier avec un composition instrumentale seulement augmentée des marteaux tapants du même Magic Kenny W. ce dernier doté d'une contemporanéité nettement moins exacerbée, cependant. De fait, c'est un bon résumé, mais seulement un résumé !, d'un album qui n'oublie jamais d'être mélodique même quand il glisse vers des territoires plus exigeants. Parce que Zorn, tenant en Gosling un pianiste d'exception ayant d'ailleurs publié quelques albums chez l'excellente maison Naxos, lui a préparé une partition puisant dans les capacités techniques d'un "exécutant" aussi bien capable de jazzer, y en a !, que d'explorer expertement les aspects classiques et avant-gardistes, parties intégrantes de son art.
Evidemment, si Gosling et la partition du Maître sont les attractions principales de cette Galerie des Miroirs, on n'en oubliera pas l'impeccable et versatile socle rythmique pourvu par la contrebasse sûre de l'ami Cohen et la jeu sur les peaux et les cymbales de Tyshawn Sorey qui, taillé comme un truck américain (genre Buddy Miles, voyez) délivre, en puissance, technique ou inventivité, une prestation si extraordinaire qu'on a parfois l'impression que Kali l'a doté de quelques membres supplémentaire. Pas tout à fait étonnant pour un gars ayant joué avec quelques pontes tels que Wadada Leo Smith, Steve Coleman, Vijay Iyer, Dave Douglas, ou Anthony Braxton, mais une révélation tout de même.
On précisera que si, souvent, Zorn laisse une large part d'improvisation à ses musiciens, ce ne fut pas le cas ici où tout est très écrit justement pour profiter au maximum des doigts d'or de Gosling. Sans doute y a-t-il un fantasme de virtuose frustré là-dessous, au résultat, on ne s'en plaindra pas.
Je l'avoue, j'ai parfois envie de dire du mal de John Zorn, juste histoire de rompre la routine louangeuse. Mais non, parce qu'à 60 piges maintenant passées, les idées claires, le regard perçant et la mine vive, Zorn se répand musicalement comme un jouvenceau courant la gueuse aux premières sèves printanières. De la joie, il en prend et en donne beaucoup en retour aussi, par son art multiple, sa capacité à sans cesse trouver de nouvelles mélodies, de nouveaux horizons, de nouvelles options toutes aussi viables les unes que les autres. Alors, qu'il joue ou pas pendant les sessions, chaque parution discographique de Master Z est un évènement, celle-ci presque plus qu'une autre, serait-on tenté d'avancer... C'est dire si on recommande ce délicieux, précieux et virtuose In the Hall of Mirrors, en attendant la suite, vite !

1. Epode 5:47
2. Maldoror 10:08
3. Tender Buttons 4:50
4. In Lovely Blueness 11:01
5. Illuminations 12:09
6. Nightwood 4:48

Stephen Gosling - piano
Greg Cohen - bass
Tyshawn Sorey - drums
John Zorn - composition, direction, production

Greg Cohen


Le Bonus du Bonus, une spéciale dédicace à Keith Michards qui sinon va encore se plaindre qu'il n'y en a que pour Zorn, ici. Alors spécialement pour lui mais au bénéfice de tous les autres, ceux qui aiment le rock'n'roll bien gras, un incontournable du genre :

TouT CuiR !
Turbonegro "Scandinavian Leather" (2003)
ou "Dedicated to KM but he wasn't listening"

Le wokenwol, tu vois, c'est avant tout une question d'attitude. Si tu l'as pas, t'es qu'un imbécile qui chante des textes idiots sur quelques accords simplistes répétés... ad nauseam.
Les faits : Turbonegro sont norvégiens (mais ça importe peu en fait), leur musique combine glam, punk et hard rock (ça, c'est plus important !), ils clament être influencés par Black Flag, les Rolling Stones, Kiss, Radio Birdman, AC/DC, les Stooges, les Ramones, Alice Cooper (etc., ces gens ont du goût), Scandinavian Leather est leur 6ème album (depuis 1992) et était leur album de reformation après une courte séparation.
Mais... Surtout... Turbonegro font du wokenwol ! Du qui sent le cuir, la bière pas assez fraiche, la sueur de la veille, le liquide séminal et le sang frais. Oui, tout ça !... Alors, j'en conviens, il n'y a rien d'original là dedans, juste une tonne de conviction et une avalanche d'énergie qui récure les oreilles, fait taper du pied et hocher béatement, et non pas bêtement, du chef... C'est, après tout, tout ce qu'on recherche dans le wokenwol, non ?
Un dernier conseil : play it loud !

1. The Blizzard of Flames 1:57
2. Wipe It 'til It Bleeds 3:43
3. Gimme Some 3:11
4. Turbonegro Must Be Destroyed 3:10
5. Sell Your Body (To The Night) 4:29
6. Remain Untamed 4:16
7. Train of Flesh 3:46
8. Fuck the World (F.T.W.) 4:12
9. Locked Down 3:21
10. I Want Everything 2:51
11. Drenched in Blood (D.I.B.) 3:58
12. Le Saboteur 2:56
13. Ride With Us 4:34

Hank Von Helvete - vocals
Euroboy - Lead guitar
Rune Rebellion - Rhythm guitar
Pål Pot Pamparius - Keyboards, Saxophone and percussion
Happy-Tom - Bass guitar
Chris Summers - drums
&
Krisvaag
- Drums on "The Blizzard of Flames"
Ivar Winther - Flute on "Wipe It 'Til It Bleeds"
Mariann Thomassen - Additional Backing Vocals on "Train of Flesh"
Tomas Dahl - Additional Backing Vocals on "Drenched In Blood (D.I.B.)"
Torgny Amdam - Additional Backing Vocals on "Ride With Us"

Les Villag... Heu, non, pardon, TURBONEGRO !

mercredi 18 novembre 2015

Les Nouveaux Anges et 13 de l'an (Zornophagie 2015 Volume 9)

A l'occasion de ce qui devrait, selon toute vraisemblance, être l'ultime parution de 2015 de l'ami John Zorn, la 13ème !, il est temps de faire le bilan et, donc, de recycler tout ce que vous avez pu trouver ici... Avec la nouveauté du moment, et quelle nouveauté ! Un Livre des Anges ! En big band ! Enjoie.

BiG aNGeS
John Zorn/The Spike Orchestra "Cerberus, Book of Angels Volume 26" (2015)
ou "Mad Swing Masada"

Quand on en vient à évoquer un nouveau volume du Book of Angels de John Zorn, on ne peut s'éviter de recourir à la même rengaine, de souligner la qualité des compositions de l'homme, le choix pertinent de la formation, le résultat au-dessus des espérances, une sorte de routine dans l'excellence qui doit en laisser quelques-uns béats d'admiration. Et ce n'est pas avec le déjà 26ème tome de la saga, confié cette fois à un big band edgy et foutraque, que ça va changer.
Parce que les zozos choisis pour l'occasion, The Spike Orchestra, assumant fièrement des influences de Duke Ellington à Carl Stalling, de Frank Zappa au compositeur du présent, semblent destinés à proposer à l'avide zélote de la chose zornienne un volume riche et multiple comme purent l'être, par exemple, ceux des Secret Chiefs 3 (Xaphan, le 9) ou d'Eyvind Kang (Alastor, le 22), une sorte de Saint Graal en forme de montagnes russes pour les tympans et stimulateur zygomatique certifié. Le détail ? On ne le donnera pas trop pour ne pas déflorer le plaisir, les justes références ci-dessus, la certitude de retrouver quelques mélodies typiques et pourtant encore nouvelles d'un compositeur qui accumule les trésors lors de miraculeuses sessions d'inspiration est, youpi tralala, au rendez-vous, une fois encore. Rappelons ici que tout ce second livre de Masada, tous les 26 volumes et souhaitons les quelques autres encore à venir, fut composé en trois petits mois, une expérience dont Zorn se souvient encore avec émotion. Or, donc, quand ce matériau séminal, cette giclée créatrice irrépressible est assemblée par une bande de barjots dédiés à l'ouvrage, inventifs et experts dans leurs arrangements et, surtout !, prenant un audible plaisir à la tâche, c'est, en tout cas lors de premières écoutes enthousiasmantes, un véritable festin pour les oreilles qui paraît taillé dans le même divin matériau que les tous meilleurs opus de la série (du minimalisme d'un Friedlander au jazz évocateur d'un Bar Kokhba, et j'en passe, dont les deux autres mentionnés).
Evidemment, il faudra attendre le verdict du temps, ultime juge de paix mais, d'ors et déjà, ça s'annonce très très bien. Aussi peut-on, sans crainte, recommander ce Cerberus en forme de potentiel nouveau tour de force, et accessoirement la 13ème galette de l'an apparentée au stakhanoviste new-yorkais (une année comme les autres, en somme...), aux amateurs de musique qui swingue chez les mabouls avec un allant pas si souvent entendu et toujours bienvenu. Bravo le Spike Orchestra, bravo John Zorn.

1. Gehegial 4:59
2. Hakha 5:09
3. Hananiel 5:09
4. Lahal 5:19
5. Armasa 7:35
6. Thronus 6:47
7. Shinial 4:42
8. Donel 5:48
9. Raguel 4:45
10. Pahadron 6:19

Paul Booth - Tenor Sax, Clarinet
Erica Clarke - Baritone Sax, Bass Clarinet
Stewart Curtis - Tenor Sax, Clarinet
Sam Eastmond - Solo Trumpet
Nikki Franklin - Voice
Moss Freed - Guitar
Ben Greenslade-Stanton - Trombone
Mike Guy - Accordion
George Hogg - Trumpet, Flugelhorn
Noel Langley - Trumpet, Flugelhorn
Sam Leak - Piano, Keyboards
Chris Nickolls - Drums
Dave Powell - Tuba
Ashley Slater - Trombone
Karen Straw - Trumpet, Flugelhorn
Mike Wilkins - Alto Sax, Clarinet
Otto Willberg - Bass
Vasilis Xenopoulos - Alto Sax, Flute

THE SPIKE ORCHESTRA

iT'S NeW
John Zorn/James Moore "James Moore Plays The Book of Heads" (2015)
ou "Guitar Mania"

Membre du Dither qui commit le chapitre inaugural des Olympiads de John Zorn en début d'année, James Moore s'attaque ici à une série d'études autour de la guitare écrites pour Eugene Chadbourne par le même Zorn en de turbulentes septantes et, plus tard, enregistrées par Marc Ribot pour le label Tzadik, c'est dire s'il s'avance en terrain miné.
Reprenant la formule, en gros on triture la guitare dans tous les sens avec toutes sortes d'instruments plus fantaisistes les uns que les autres (jouets, ustensiles de cuisine, etc., rien n'est trop fou), James Moore s'empare de la partition pour la faire sienne et, surtout !, s'amuser comme un petit fou à faire da la musique savante mais rigolote (l'un n'empêche pas l'autre). Et musicalement, ça ressemble à quoi, vous demandez-vous sans doute si vous n'avez eu l'honneur et l'avantage de goûter à la version originale ? A 35 courtes études qui font subir à la guitare des traitements aussi radicaux que ceux de feu-John Cage à ses pianos préparés, et donc ça gratte, ca pince, ça claque, ça percussionne à qui mieux-mieux. De la mélodie ? Il en y a dans ces minimalistes constructions mais noyée dans un joyeux chaos où l'on ne s'ennuie jamais. Parce que, cartoonesque comme souvent le contemporain zornien quand il ne se prend pas au sérieux, ces 45 minutes passent mieux qu'un charme avec leur lot de petites citations/références amusées (Row your boat, etc.).
A tous ceux qui pensent que la musique expérimentale et avant-gardiste est ennuyeuse et inabordable, on conseillera une écoute de ce Book of Heads version 2015 d'autant qu'il est supplémenté d'un DVD documentaire permettant de plonger encore plus avant dans l'étonnante expérience.

PS 11/2015: Je l'ai réécouté quelques fois depuis, il tient formidablement bien la route et demeure, malgré l'avant-gardisme de sa démarche, un opus divertissant.

1. Étude # 1 1:56
2. Étude # 2 0:59
3. Étude # 3 0:48
4. Étude # 4 0:53
5. Étude # 5 2:28
6. Étude # 6 1:15
7. Étude # 7 1:35
8. Étude # 8 0:51
9. Étude # 9 0:40
10. Étude # 10 1:19
11. Étude # 11 1:48
12. Étude # 12 0:52
13. Étude # 13 1:54
14. Étude # 14 1:15
15. Étude # 15 1:01
16. Étude # 16 0:42
17. Étude # 17 1:39
18. Étude # 18 1:03
19. Étude # 19 0:44
20. Étude # 20 0:23
21. Étude # 21 2:28
22. Étude # 22 1:29
23. Étude # 23 1:57
24. Étude # 24 1:35
25. Étude # 25 1:04
26. Étude # 26 0:36
27. Étude # 27 1:52
28. Étude # 28 1:07
29. Étude # 29 1:00
30. Étude # 30 2:23
31. Étude # 31 0:21
32. Étude # 32 1:37
33. Étude # 33 0:33
34. Étude # 34 1:21
35. Étude # 35 1:34

James Moore - guitare

JAMES MOORE

TRoiS TRoiS TRoiS
John Zorn "Inferno" (2015)
ou "Hell ain't a bad place to be"

Retour au trio avec une formation retrouvant le line-up du Simulacrum originel, qui ne remonte pas à si loin que ça d'ailleurs (mars 2015, sacré Zorn !), pour un infernal troisième opus de bruit, de fureur... et de mélodie !
...Bon, on ne va pas se mentir, après avoir goûté à la version augmentée du trio (avec Ribot et Dunn respectivement à la guitare lead et à la basse), ça laisse une petite impression qu'il manque quelque chose, que le son plus plein de The True Discoveries of Witches and Demons permettait finalement aux trois "simulacreurs" de s'exprimer encore mieux, avec encore plus de liberté. Ca ne fait pas pour autant d'Inferno un mauvais album, oh que non !, très loin de là, simplement un légère frustration quand (auditeur créatif) on entend ce que les deux compères manquant auraient amené à ce dantesque édifice. Parce que dès un Dance of Death qui pousse Jon Lord dans le jazz metal, pour situer le genre de machin virtuose et agressif auquel on a affaire, c'est à une sélection de belles compositions, d'un Zorn qui, s'éloignant du klezmer si présent dans son répertoire pas tout à fait absent, en témoigne un Pariah rondement mené, ici mais nettement moins dominant, trouve de nouvelles liberté, un nouveau fun !, à créer des musiques énergique, mélodiques, radicales et belles. On ne peut pas se quitter sans évoquer, bien-sûr, la fleuve composition titre, pièce centrale de l'opus, cet Inferno qui ficherait presque les miquettes avec ses 21 imposantes minutes, à tort ! Parce que Zorn le malin y fait sa propre version du rock progressif prospectif jadis tenu par un certain Robert Fripp, du King Crimson (avec même un peu de Yes dedans !, Wakeman, sort de ce corps !)! Enfin, du King Crimson by Zorn avec donc, ses explosions post-modernes, ses riffs d'une rare lourdeur, ses climats angoissants, et, évidemment !, un Medeski, qui sait ne pas trop en faire, en star absolue, maître d'un orgue tantôt caressant, tantôt brutal, ou, souvent, créateur d'ambiances à nulles autre pareilles. Résultat ? Grand !
Voilà, outre la petite déception de ne pas retrouver le quintet du coup d'avant, une déception qui vaut surtout quand le trio et son compositeur/patron resserre le format, Inferno est une belle réussite de plus pour une formation qui, c'est heureux !, à l'air de particulièrement motiver l'instinct créatif d'un Zorn en forme... démoniaque ! Vite, la suite !

PS 11/2015 : Je confirme mon impression initiale, énoooorme !

1. Dance of Death 5:53
2. Pariah 3:14
3. Ghost Sonata 6:24
4. Inferno 20:57
5. Blasphemy 2:01
6. The Powers 2:50
7. Dreamplay 3:50

Kenny Grohowski - batterie
Matt Hollenberg - guitare
John Medeski - orgue

KENNY GROHOWSKI

SiMuLaCRuM auGMeNTé
John Zorn "The True Discoveries of Witches and Demons" (2015)
ou "3+2"

C'est un Simulacrum étendu que propose le second opus du trio qui avait déjà commis un premier opus plus tôt dans l'an. Cette fois, à la triplette originelle (Grohowski, Hollenberg et Medeski) s'ajoute un guitariste supplémentaire (Marc Ribot) et un bassiste (Trevor Dunn), tous deux des habitués de la maison Zorn. Le résultat ? Un tir de barrage absolument pas démenti et des possibles élargis pour un son encore plus plein et terrassant, en un mot comme en mille, miam !
Evidemment, la formation y perd son particularisme sonore (pas de basse, un orgue largement dominateur, une guitare toute en riffs surpuissants et licks déjantés et une batterie furieusement tapageuse) mais y gagne une puissance et une richesse nouvelle. C'est donc, sur le même modèle tout de même, un ensemble moins "sec", plus raffiné qui prend à malin plaisir à nous trépaner à coup de compositions mélodiques ET furieuses cette fois toutes relativement courtes (pas de morceaux jammy de plus de 10 minutes comme le coup d'avant). Et puis, avouons, l'ajout du solide Trevor Dunn, un vrai ciment que la basse de cet homme-là, et de l'excellentissime Marc Ribot, un mec capable du plus grand raffinement acoustique comme de la plus folle déjante, comme ici, est une sacrée bonne nouvelle qui sert et est bien servi par une inspiration zornienne occulte et passionnée qui serait, pour situer, un croisement de Moonchild (les vocalises et le côté gothique en moins) et de l'Abraxas Quartet auteur de deux albums, dont un Book of Angels, où on retrouvait d'ailleurs déjà le "pieuvresque" badaboumeur Kenny Grohowski, mais en moins klezmer où on rajouterait presque un doigt d'Electric Masada parce que tout vient un peu de la... Pas très surprenant ? Certes. Mais si totalement convaincant, si diablement bien interprété par un quintet virtuose et bien "assemblé", une spécialité de John Zorn qui a le don de mélanger ses effectifs à la mesure de ses envies, qui, comme on dit, "envoie bien le bois".
Vous aimez le Zorn qui vous attrape les "oups" pour ne plus les lâcher ? Vous aimerez The True Discoveries of Witches and Demons, c'est fatal.

PS 11/2015 : A la réécoute, pas le plus imaginatif des opus de l'an, un peu trop redondant des Dreamers, d'Electric Masada et du Bar Kokhba pour vraiment épater, mais un album solide qui s'écoute avec passion, mais un peu moins que les autres Simulacrum, ceux en trio.

1. Strategies 4:05
2. Psychosoma 2:52
3. Imaginary Stations 3:20
4. The Power of the Runic Symbols 3:07
5. Dark Sacrifice 4:51
6. Sorcerer 3:42
7. Ecclesiastes 2:18
8. The Gordian Knot 3:33
9. Phantasms 7:31
10. Mirrors of Being 7:27

Kenny Grohowski - batterie
Matt Hollenberg - guitare
John Medeski - orgue
Trevor Dunn - basse
Marc Ribot - guitare

MATT HOLLENBERG

ZoRN iN BRaZiL
John Zorn/Forro in the Dark "Forro Zinho - Forro in the Dark Plays Zorn" (2015)
ou "Fiesta Zorn"

Sur le modèle des Book of Angels, des compositions du maître offerte en pâture à une formation spécialement choisie pour l'occasion, dans la foulée, aussi, d'un exercice similaire paru en début d'année, Dither Plays Zorn, icelui dédié à une approche nettement plus avant-gardiste que le présent, John Zorn ouvre ses portes à une combo brésilien qui fait sien quelques pages du boulimique compositeur new-yorkais pour un résultat aussi surprenant que bluffant.
En l'occurrence, doté d'épices brésiliennes, proposant un cocktail de morceaux connus et de créations spécifiquement dédiées au projet, c'est à un Zorn inhabituellement festif et percussif auquel nous nous voyons joyeusement confrontés. Le mérite en revient au quatuor d'exilés cariocas en la grosse pomme, Forro in the Dark, qui a su, sous le patronage d'un Jesse Harris déjà repéré dans le Song Project et présentement producteur de l'album, habiter ces partitions sans pour autant perdre une once de l'esprit habitant le versant le plus cool et groovy du compositeur.
Histoire de mettre les petits plats dans les grands, quelques invités de marque ont été conviés au banquet parmi lesquels des têtes connues, le précité Jesse Harris, l'argentine Sofia Rei (également partie prenante dans le Song Project) ou, plus surprenant, le vétéran de la samba/bossa nova Marcos Valle. Tout ce petit monde, qui a l'air de bien s'amuser, sur la base d'un forro, style pas si distant de celui de John puisque puisant ses racines dans des musiques traditionnelles d'Europe centrale, ici notablement enrichi d'atours rock, jazz, reggae et même country, propose une ouverture musicale qui sied particulièrement bien à l'univers du touche-à-tout génial que nous connaissons. Le résultat, une fusion tourbillonnante et joyeuse, dansante et spirituelle, ne déstabilisera pas les suiveurs zélotes d'un Zorn qui les a habitué à s'attendre à tout mais, tout de même, peut-être pas à une œuvre si immédiatement accessible et addictive. Parce Forro in the Dark, avec son cocktail d'instruments traditionnels et classiques, son allant tout à fait communicatif aussi,  réussit un opus poussant à trémousser du popotin un large sourire aux lèvres ce qui n'est pas si courant dans l'œuvre tentaculaire du membre le plus hyperactif de la downtown scene.
Galette idéale pour un été ensoleillé ou, plus tard, pour mettre un bon coup de lumière et de chaleur à la grisaille et la froidure qui nous guettent , Forro Zinho est une exemplaire réussite qu'on recommande sans la moindre hésitation tant aux amateurs des exactions zorniennes qu'à toutes celles et tous ceux qui veulent simplement passer un excellent moment en compagnie d'excellents instrumentistes sachant jouer avec application et fougue une musique qui ne se prend surtout pas au sérieux et tutoie, du coup, souvent le divin.

PS 11/2015 : Toujours aussi bon !

1. Uluwati 3:31
2. Novato 3:42
3. Forro Zinho 5:03
4. Life Is Real Only Then When "I Am" 2:46
5. Shaolin Bossa 3:21
6. Sunset Surfer 3:13
7. Zavebe 4:45
8. Ode to Delphi 4:28
9. Tempo de Festa 4:36
10. Annabel 2:01
11. The Quiet Surf 3:13

Jorge Continentino - pianos, flutes, vocals, tenor and baritone saxophone
Guilherme Monteiro - electric guitar
Mauro Refosco - zabumba, vibes, synare, percussion
Rea Mochiach - bass, percussion, fun machine
Jesse Harris, Sofia Rei - vocals
Vitor Gonçalves - accordion
Marcos Valle - guest vocals, wurlitzer

FORRO IN THE DARK


DReaM oN!
John Zorn/The Dreamers "Pellucidar : a Dreamers Fantabula" (2015)
ou "5ème Rêve"

Enfin ! Enfin ce 5ème album des merveilleux Dreamers, ce tant attendu successeur à un album de Noël tout mignonnet mais en aucun cas aussi enthousiasmant que, au hasard, un O'o, l'album aux chants d'oiseaux. Et donc, 4 longues années, une éternité en zornie, après, revoici les Dreamers: Marc Ribot, Jamie Saft, Kenny Wollesen, Trevor Dunn, Joey Baron et Cyro Baptista... Youpi !
Première constatation, et pas des moindres pour ceux qui ont apprécié le jazz mélodique teinté d'exotica de la formation, on retrouve bel et bien le son Dreamers soit, peu ou prou, ce qui se fait de plus facile, de plus immédiatement approchable dans l'œuvre d'un compositeur ne rechignant jamais à l'expérimentation plus ou moins absconse. Présentement, avec comme concept un hommage à un genre littéraire plus souvent moqué que célébré, la fantasy, il y a forcément des éléments de nouveauté dans un cocktail sonique reconduit mais enrichi, mais pas suffisamment pour qu'on ne reconnaisse pas cette latinité un peu de pacotille (c'est voulu), ce kitsch aussi assumé que savoureux qui, c'est heureux, colle bien au concept. Comme, en plus, ce qui ne surprendra en vérité personne, il y a de fantastiques interventions solo de Marc Ribot à la furieuse et vibrante six-cordes, du magique Jamie Saft sur ses claviers ô combien essentiels, ou de Kenny Wollesen dont on ne vantera jamais assez le talent de vibraphoniste virtuose, et des mélodies qui vont longtemps vous hanter l'oreille et le ciboulot !, on peut, sans aller vraiment plus loin, sans déflorer le contenu plus avant, recommander un opus de retrouvailles aussi attendu que réussi.
Ha si, pour ceux que l'objet émeut encore, on notera un bon gros livret bourré d'illustrations dans le plus pur style (naïf) des précédentes œuvres des Dreamers mais pas, cette fois, de ces précieuses notes de pochette dont John Zorn use pour ses plus osées excursions, tant pis. Et pas trop grave la musique parlant ici d'elle même et parlant avec une telle éloquence avec un tel brio qu'on ne peut, encore une fois, que recommander l'expérience, particulièrement à toutes celles et tous ceux qui pensent (encore ?) que ce diable de Zorn pour agitateur et prolifique qu'il soit, et polyvalent, ne l'oublions pas, est vraiment trop "out there" pour eux, Pellucidar (A Dreamers Fantabula), opus frais et joyeux, leur prouvera aisément le contraire.

PS 11/2015 : l'easy-Zorn des Dreamers 2015 fonctionne sur le  moyen/long terme. Un bel album cinématique.

1. Magic Carpet Ride 7:25
2. Gormenghast 8:28
3. Queen of Ilium 5:18
4. Once Upon a Time 5:13
5. A Perfume from Cleopolis 4:19
6. Flight from Salem 3:34
7. Pellucidar 4:59
8. Jewels of Opar 6:09
9. Atlantis 6:10

Marc Ribot - guitar
Jamie Saft - keyboards
Kenny Wollesen - vibraphone
Trevor Dunn - bass
Joey Baron - drums
Cyro Baptista - percussion
John Zorn - direction, composition

THE DREAMERS

4 FiLLeS PouR ZoRN
John Zorn/Mycale "Gomory: Book Of Angels Volume 25" (2015)
ou "Retour en voix"

On ne pensait pas les retrouver, on se disait que Mycale, le 13ème chapitre du Book of Angels, serait un malheureux one-shot. Malheureux parce qu'excellent et donc, forcément, logiquement, appelant à la suite, dans la même série ou pas d'ailleurs.
Or donc Mycale est de retour, avec une vocaliste partie et une autre arrivée (Basya Schechter s'en va, Sara Serpa la remplace), avec son nouveau Livre des Anges ! Ce n'est d'ailleurs pas la première formation à avoir l'insigne honneur d'un rappel "masadien" puisque, déjà, le Masada String Trio a réalisé l'exploit, ça n'en est pas moins une excellente surprise.
Comme son devancier, Gomory, ci-devant 25ème volume de la série, est un album court, mais un peu moins heureusement, un album à fleur de peau, aussi, où la délicatesse le conteste à la beauté, où la sensualité le dispute à la grâce. De fait, si l'attente de chaque nouveau chapitre de la série se fait avec le présage d'un appétit musical déjà potentiellement comblé, icelui a une saveur particulière, un arome de madeleine proustienne, une impression de paradis perdu et enfin retrouvé. Et donc, sans surprise, retrouve-t-on les polyphonies multilingues de mesdames Gottlieb, Serpa, Zarra et Rei et nous laissons nous emporter par les volutes vocales que les accords de leurs cordes vocales rendent possibles.
Bref, on ne devrait pas avoir plus à en dire... Ceux qui avaient apprécié Mycale s'y retrouveront assurément, ceux qui ne connaissent pas encore la formation et ses œuvres feraient bien d'y plonger, et les autres, les insensibles qui n'ont pas encore cédé aux charmes envoutants de ce monsieur et de ces dames, ils se voient offrir une belle opportunité de réviser leur jugement. Parce que Gomory, aussi réussi que son prédécesseur, mérite toute votre attention, vraiment !

PS 11/2015 : Sous le charme du second Mycale. Haaaa, Zorn et les voix...

1. Huzia 4:47
2. Tzadkiel 3:28
3. Mumiah 3:45
4. Yofiel 4:19
5. Peliel 4:10
6. Achusaton 3:23
7. Qaddisin 4:54
8. Belial 2:32
9. Grial 3:23
10. Shahariel 4:58
11. Paschar 1:46

Ayelet Rose Gottlieb - vocals
Sara Serpa - vocals
Malika Zarra - vocals
Sofia Rei - vocals

MYCALE

ZoRN eN PoP (ou PReSQue)
John Zorn "The Song Project - Live at LPR" (2015)
ou "Zorn et les Zornettes"

J'avais été moyennement convaincu par la performance du Song Project à la Cité de la Musique lors de la journée marathon célébrant les 60 ans de l'ami John Zorn à Paris. Mais le concert était arrivé tard, il avait fallu rester debout (à nos âges !), tout ça pour dire que quand la tête n'y est plus vraiment, il est toujours difficile de prendre vraiment du plaisir. N'étant plus, non plus, de ceux qui continuent à pouvoir encore jouer du vinyl à la maison, j'étais malheureusement passé à côté du coffret des EPs qui contiennent les versions studio du projet (on attend la version cd ou, à minima, dématérialisée !).
Mais qu'est-ce donc que ce Song Project, vous demandez-vous sans doute ? L'adaptation de quelques instrumentaux du maître par quelques vocalistes émérites pour les transformer en chanson. Simple, non ? Un peu moins quand on connaît le catalogue zornien mais pas impossible tant il y a moult mélodies mémorables à disposition. Vous pourrez y rajouter le recyclage de quelques pistes du catalogue (de chez Naked City en particulier) mais l'essentiel est neuf, dans sa version "en voix". Sans vraiment de surprise, on y retrouve Mike Patton (qui a déjà été d'Hemophiliac, de Naked City sur la fin, des Dreamers le temps d'une chanson de Noël et, évidemment, de Moonchild et de ses sept albums, etc., un habitué, quoi !), Sofia Rei (croisée chez Mycale), plus surprenante est la présence de Jesse Harris dont certains connaissent peut-être les albums solo (un bonne douzaine depuis 1995) ou l'on croisé dans ses apparitions chez Bright Eyes, Norah Jones ou Madeleine Perroux, souvent en tant que compositeur, enfin, du sang frais chez Zorn, quoi.
Et ça donne quoi ? Comme précisé plus haut, j'avais été moyennement enthousiaste lors de la performance parisienne du projet c'est donc, fait rare !, avec une certaine appréhension que j'injectais le disque d'argent dans la tiroir approprié et appuyait sur la fatale touche "play". Pouf ! Evaporés les doutes, envolées les réserves, c'était bien la fatique !, la performance est là, pleine et entière, démonstration exemplaire que les mélodies du stakhanoviste new-yorkais sont soluble dans la variété... J'exagère à peine. Parce qu'indéniablement, outre deux emprunts au catalogue Naked City, c'est du versant ear-friendly de la monumentale œuvre que les paroliers/vocalistes se sont inspirés. Le groupe de circonstance, basiquement les Dreamers avec Saft remplacé par Medeski, est de toute façon taillé pour ça d'autant que beaucoup de ces musiciens ont déjà "dans les doigts" ce répertoire dans sa version instrumentale. Avec le terrain ainsi préparé, la combinaison des deux, la musique et la voix, se fait sans anicroche, smooth as silk. Les meilleurs moments ? Un tout doux et latino Sombra en el Espejo adapté d'un thèmes de la Filmworks d'El General (volume XXIII) où Sofia Rei pose son velours de voix avec classe et sensualité, The Wind in the Clouds merveille jazz pop bien servie par la voix douce-amère de Jessie Harris (et adapté cette fois d'une piste d'Alhambra Love Songs), Perfect Crime qui, adapté du Book of Angels de Bar Kokhba (Lucifer) et doté de paroles écrites par Sean Lennon, déjà originellement superbement mélodique, se prêtait idéalement à l'exercice et où un Marc Ribot, en plus !, vient plaquer un de ces soli en extase dont il a le secret, Para Borrar tu Andar (également La Flor del Barrio sur The Gift) où la rencontre entre Mike Patton et Sofia Rei sur une mélodie tendrement sud-américaine viendra enchanter l'auditeur, ou encore The Man in the Blue Mask qui, de l'easy-jazz entendu sur le O'o des Dreamers, se mue en parfait écrin jazz et rock (cette explosion !) pour un Mike Patton en belle forme vocale mélodique, et encore Ribot au solo divin ! En vérité, ce ne sont que quelques exemples d'une tracklist qu'on s'enfile, encore et encore, avec un vrai grand plaisir. Et une exemplaire démonstration à destination de ceux qui pensent que Zorn ne sera jamais leur tasse de thé, ce live est là pour les faire changer d'avis et, va savoir, leur ouvrir un nouveau monde de délices musicaux...
En attendant, et au risque de me répéter, d'avoir accès aux enregistrements studio, ce live enregistré dans une salle de Manhattan répondant au doux sobriquet de "Le Poisson Rouge" est un parfait placébo dont la réalisation technique précise, le "livretage" complet et bien troussé, et la contribution au catalogue zornien satisfait, on n'en attendait pas tant, enfin, moi en tout cas. Recommandé.

PS 11/2015 : Parfait pour épater les potes qui pensent que "Zorn, quoi, c'est de la prise de tête, quoi...".

1. Flying Blind 2:04
2. Sombra En El Espejo 5:34
3. The Wind In The Clouds 3:50
4. Perfect Crime 4:55
5. Kafiristan 3:57
6. Para Borrar Tu Andar 4:32
7. Do Not Let Us Forget 2:37
8. La Despedida 3:24
9. Burn 1:53
10. Waiting For Christmas 5:28
11. The Man In The Blue Mask 5:05
12. Assassin's Bay 4:52
13. End Announcements 0:53

John Zorn - conductor
Jessie Harris - vocals
Mike Patton - vocals
Sofia Rei - vocals
Cyro Baptista - percussion
Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - organ, piano, fender rhodes
Marc Ribot - guitar
Kenny Wollesen - vibes

MIKE PATTON

iN youR FaCe
John Zorn "Simulacrum" (2015)
ou "Furieux !"

Pour son cinquième album de 2015, John Zorn convoque un nouveau trio et lâche les chiens dans une fusion jazz metal qu'on n'avait plus croisé dans ses créations depuis... Une éternité !
Ceci dit, on sent la maturation du compositeur et de l'arrangeur dans cette nouvelle phase, ce nouveau trio composé d'un organiste (John Medeski, un habitué de la maison), d'un guitariste (Matt Hollenberg, repéré chez Cleric mais aussi les black doomsters d'Höllenlärm), et d'un batteur (Kenny Grohowski de chez Secret Chiefs 3 mais aussi du quatuor Abraxas exécutant de deux albums composé par Zorn), bref, un furieux trio assemblé tout sauf au hasard pour la circonstance. Et la maturation donc, on y revient, parce qu'on est tout de même loin des exactions chaotiques d'un PainKiller ou d'un Naked City, loin aussi des turbulences gothiques de Moonchild. Loin mais dans l'esprit parce que, indéniablement, ce Zorn là a la rage et sait merveilleusement la communiquer. Présentement, évidemment, l'orgue hanté de Medeski tient le centre de la scène mais se voit bien secondé par les riffs lourds et tranchants d'Hollenbeck et l'abattage rythmique façon "tir de barrage, pas de prisonniers" de Grohowski. Concrètement, en 6 compositions et 43 trop courtes minute (on en redemande !), les trois s'amusent audiblement beaucoup à prendre nos tympans pour des tambours de foire, à concasser nos gonades menu menu avec une précision chirurgicale n'empêchant pas une ambiance de jam bienvenue. Pour ce faire ils ont, il faut dire, une partition suffisamment infusée de mélodie pour que le tout ne tourne pas simplement à l'exercice de style bruitiste mais plutôt au laminage systématique de feuilles complices de l'auditeur ravi d'un tel traitement.
Simulacrum ? Une excellente nouvelle chez un Zorn qui, dernièrement, semblait ne souhaiter enchainer qu'easy listening et avant-garde contemporaine (oui, sauf pour le quatuor Abraxas qui semble hélas avoir vécu). L'autre bonne c'est que le projet connaîtra une suite que, franchement, on est impatient de découvrir tant cet originel tour de force fonctionne au-delà des espérances.

PS 11/2015 : Le premier volume de Simulacrum n'est pas le meilleur ce qui, vu son immense qualité, est un hommage à ses interprètes et son compositeur.

1. The Illusionist 12:02
2. Marmarath 5:18
3. Snakes and Ladders 5:28
4. Alterities 2:49
5. Paradigm Shift 4:35
6. The Divine Comedy 12:54

Kenny Grohowski - batterie
Matt Hollenberg - guitare
John Medeski - orgue

JOHN MEDESKI

GaRDe L'aVaNT !
John Zorn "Hen to Pan" (2015)
ou "Zorn au Pot"

Le Zorn contemporain vous effraie ? Prenez votre courage à deux mains et plongez hardiment dans son nouvelle opus du genre, l'étrangement titré Hen to Pan (littéralement Poule au Pot). Au programme, 3 partitions dont une divisée en 3 sections par un pianiste, un batteur et 3 violoncellistes.
Tout commence par le gros morceau, Ouroboros, dont trois versions sont ici proposées. C'est à cette composition qu'à trait l'artwork panthéiste, démonique, héraldique ou autre (choisis ton camp, camarade, ce type d'imagerie étant largement usité) et le titre qui, outre ses atours culinaires, se réfèrent en fait à l'éternel renouvellement (Un es tout). Mystique, donc. Quid de la musique ? Assurément. Même si, Zorn oblige, Carl Stalling (Merry Melodies), n'est jamais très loin et que, si bon vous semble, il sera facile de choisir un rôle à chaque instrument (chat et souris, tiens !) et à la  batterie de Tyshawn Sorey le chaos occasionné par les deux précités. Outre l'aspect figuratif de la chose, on y apprécie aussi la performance d'instrumentistes (sur)doués que ce soit dans les trios piano, violoncelle, batterie (piste 1 et 5) ou le duo de violoncellistes (Jay Campbell et Michael Nicolas). Facile ? Certes non mais pas inabordable pour autant, surtout pas si un chaos organisé parsemé d'éclairs mélodiques ne vous effraie point, et comme il n'y a, objectivement, pas de raison d'avoir si peur...
Les deux autres pistes, celles sandwichées du pain Ouroboros, ne sont pas très différentes dans l'esprit. Occam's Razor (Jay Campbell au violoncelle, Stephen Gosling au piano), plus mélodique et contemplatif, est d'un abord plus aisé, d'une beauté moins fugace tout en restant une pièce contemporaine avec, évidemment, son lot de grincements et d'abstraction, ses sommets vertigineux et gouffres insondables, mais plutôt dans le plus abordable du Zorn contemporain. The Aristos, les mêmes plus Chris Otto (violoncelle aussi), est plus ou moins du même moule... en plus radical mais pas moins dramatique. De fait, on y entend une musique qui, en n'excluant jamais tout à fait la mélodie, ne lésine pas, de calmes passages presque caressants à leurs voisins immédiats de bruit et de fureur, à brinquebaler l'auditeur plus ou moins consentant mais globalement très satisfait de ce traitement sans compromis.
Les 49 minutes et quelques secondes de l'exercice passées, on se dit que, décidément, alors que le même jour sort un 24ème volume à son second livre de Masada (Amon), ce diable de Zorn a un talent protéiforme à nul autre pareil et que si ses expérimentations contemporaines ne sont pas à mettre entre toutes les oreilles, elles gagnent tout de même à être connues et que ce Hen to Pan réussi vaudra aisément en introduction d'un monde musical aussi différent qu'attirant.

PS 11/2015 : Pas tous les jours mais, en le ressortant au moment propice, il refait volontiers son effet, ce Hen to Pan.

1. Ouroboros (trio version 1) 9:03
2. Occam's Razor 9:26
3. Ouroboros (duo version) 9:02
4. The Aristos 13:02
5. Ouroboros (trio version 2) 9:00

John Zorn - composer, arranger, producer
&
- Ouroboros (trio version 1 & 2)
Jay Campbell - cello
Michael Nicolas - cello
Tyshawn Sorey - drums
- Occam's Razor
Jay Campbell - cello
Stephen Gosling - piano
- Ouroboros (duo version)
Jay Campbell - cello
Michael Nicolas - cello
- The Aristos
Chris Otto - cello
Jay Campbell - cello
Stephen Gosling - piano

JAY CAMPBELL

VoiLà (eNCoRe !) LeS aNGeS
John Zorn/Klezmerson "Amon: Book of Angels Volume 24" (2015)
ou "Les Anges du Fils"

C'est un fait sur lequel tous les zélotes Zorniens s'accordent : chaque nouveau chapitre du Book of Angels est un évènement attendu avec impatience. Sur les pas d'Aguares, l'excellent volume de Roberto Rodriguez, qui n'est finalement pas si vieux lui qui ne date que de septembre 2014 (5 mois ! toujours aussi rapide le John !), voici le 24ème dans une série qui, semble-t-il, n'est pas prêt de s'éteindre, tant mieux !
Cette fois-ci, la bande à qui Zorn a décidé de confier ses partitions s'appelle Klezmerson, vient de Mexico City, a sorti un album en 2011 sur la bonne maison Tzadik (Siete) où elle pratique une fusion tous azimuts cousine des Secret Chiefs 3 ou du Banquet of the Spirits de Cyro Baptista, deux formations déjà usitées dans le Livre des Anges pour deux exemplaires réussites (Xaphan, Caym), très compatible avec l'univers du composteur new yorkais, c'est le moins que l'on puisse dire.
Evidemment, ces diables étant mexicains, leurs racine latines ne tardent pas à poindre le bout de leur joli nez et donner, avec ô combien de grâce et d'imagination, une nouvelle couleur à la palette pourtant déjà si large du Book of Angels. C'est évident dès l'introductif Samchia où, entre Rumba, Tango et un maniérisme semblant tout droit hérité d'exotiques bandes originales de film d'un Hollywood à l'âge d'or, on se laisse aisément emporter. Le ton ainsi donné ne faiblira pas. Variée, dynamique, créative, la musique de Zorn s'habille particulièrement bien des atours dont la dote Benjamin Schwartz (leader de Klezmerson) et ses nombreux acolytes. D'ailleurs, le réservoir instrumental, déjà multiple en ne considérant que la formation de base, étant encore étendu par l'addition de cordes, de cuivres ou d'instruments plus surprenants (jaranas, oud), c'est à un festin auditif de tous les instants auquel nous sommes conviés, un festin d'autant plus réjouissant que si la musique de Klezmerson sait ne pas toujours être sage, elle demeure absolument mélodique et, vous l'aurez compris, brillamment arrangée, enregistrée et mixée.
A ranger aux côtés d'autres préciosités multiformes (les précités mais aussi le volume du Cracow Klezmer Band, celui de Koby Israelite ou le toujours chaudement recommandé Lucifer de Bar Kokhba, que du beau monde !), Amon est une nouvelle addition de qualité à une série qui n'en finit plus d'épater, un album fortement conseillé aussi, évidemment, et une preuve de plus que la musique de qualité n'a pas de frontière, stylistique ou géographique. Et sinon  ? Vite, la suite !

PS 11/2015 : Et dire que c'est le moins essentiel des trois Book of Angels de l'an, alors qu'il est objectivement excellent !

1. Samchia 4:02
2. Iahmel 4:25
3. Abachta 5:24
4. Yefefiah 5:41
5. Mashith 4:52
6. Sehibiel 3:43
7. Zikiel 5:22
8. Kabshiel 2:56
9. Amabiel 6:39

Benjamin Schwartz - viola, piano, organ, jaranas
Chali Mercado - drums
Maria Emilia Martinez - flute
Juan Manuel Ledesma - guitar, requinto, leona
David Zlotnik - saxophone, clarinet
Mario Renteria, Carina Lopez - bass
Chatran Gonzalez - percussion
&
Gustavo Nandayapa - drums, percussion
Osiris Caballero Leon - violin, jarana
Rolando Morejon - violin
Alex Otaola - guitar
Natalia Perez - cello
Moises Garcia - trumpet
Homero Santiago - trombone
Rodrigo Santoyo - oud
John Zorn - composer, executive Producer

KLEZMERSON

aRCHéoZoRNie
John Zorn/Dither "Olympiad volume 1: Dither Plays Zorn" (2015)
ou "New Series, Old Memories"

Une nouvelle série dans la galaxie Zornienne, rien que ça tient de l'évènement, aiguise les appétits de ceux qui savent que l'homme Zorn ne se lance jamais à la légère dans de nouvelles explorations.
En l'occurrence, les Olympiades, dont est proposé ici le volume inaugural, nous ramèneront à l'origine du mythe ou presque, à une période où Zorn, empêcheur de jouer en rond, abat une à une les cloisons séparant le jazz le plus free, le contemporain le plus exploratoire, et l'esprit punk le plus juvénilement irrévérencieux (pour bonne mesure). Autant dire que ceux qui se sont fait aux élans lyriques, souvent mélodiques et mystiques peuplant le plus gros dernières années de l'intense production du compositeur pourront repasser. Hockey, Curling, Fencing, trois sports olympiques pour trois "compositions par cartes"* datant de 1977 et 1978, c'est du rude !
Mais qui dit nouvelle série dit nouvelle interprétation, nouvelle appropriation par une formation qu'on découvre pour l'occasion, une formation dominée par la guitare, instrument que les quatre instrumentistes pratiquent, mais où ne sont pas absentes quelques saveurs cousines (des cordes, toujours des cordes !). Et qui dit nouvelle interprétation, nouvelle appropriation dit, forcément !, la surprise de découvrir ces "machins" antédiluviens, que peu ont entendu pour la bonne raison qu'ils ont été rarement joués et enregistrés (l'exception Hockey, sur l'album éponyme ou le coffret Parachute Years), par de jeunes pousses prêtes à en découdre avec ce qui n'est pas le "body of work" le plus exactement abordable du furieux New Yorkais. Dither s'en sort avec une rare classe honorant comme il se doit l'insigne honneur d'ouvrir la collection. Les quatre gars viennent, comme de bien entendu, de la grosse pomme, ont collaboré avec des pointures telles que Fred Frith (Henry Cow, Art Bears, Massacre, etc.), Lee Ranaldo (Sonic Youth, bien sûr !) ou Elliott Sharp, c'est dire si le roué Zorn n'a pas confié son matériau au hasard.
Concrètement, ça ressemble à quoi ? Un chaos contrôlé, de belles bulles mélodiques bientôt perturbées de sorties de routes spectaculaires, et des cordes, bien sûr !, des cordes, puisque telle est la spécialité des quatre instrumentistes composant la formation, tous guitaristes versatiles et exploratoires qui jouent, comme on joue au lego, une musique aussi imprévisible que ludique. Pas clair tout ça ? C'est parce qu'il faut le vivre pour le comprendre comme c'est toujours le cas des œuvres les plus "libres" du compositeur new-yorkais qu'elles voisinent avec le contemporain ou le jazz, ou les deux comme c'est présentement le cas.
Quand à ce qu'apportera la série des Olympiades dans l'avenir, puisque c'est un volume 1, hein !, le mystère demeure intégral. Se basant sur ce premier volume, vous l'aurez compris chaudement recommandé aux oreilles aventureuses, on en salive déjà !

* Les règles d'un Game Piece sont définies par un jeu de 18 cartes, qui codifient les relations entre les musiciens. Un exemple de carte est : Les gens qui jouent actuellement s'arrêtent, ceux qui ne jouaient pas peuvent désormais jouer s'ils le souhaitent. Lors de l'exécution d'un Game Piece, les musiciens choisissent eux-mêmes quelles cartes ils veulent jouer, en faisant un signe à Zorn, qui répercute alors sur l'ensemble du groupe le choix en montrant la nouvelle carte, et donc les nouvelles règles - wikipedia

PS 11/2015 : Si on attend toujours la suite (qui ne devrait plus tarder), on continue d'apprécier l'avant-gardisme accessible, la virtuosité intelligente de ces relectures "en cordes".

1. Curling (electric short) 7:31
2. Hockey (acoustic dry) 3:59
3. Fencing (electric) 11:55
4. Curling (acoustic) 13:16
5. Hockey (electric wet) 6:35
6. Fencing (acoustic) 11:20
7. Hockey (electric dry) 4:04
8. Curling (electric long) 19:22
(Hockey en version live)

Taylor Levine - electric and acoustic guitars
Joshua Lopes - electric and acoustic guitars, bajo sexto, zhong 'wan
James Moore - electric and acoustic guitars, banjo, mandoline
Gyan Riley - electric and acoustic guitars, banjo

DITHER

HeRMeTiC uK
John Zorn "The Hermetic Organ Vol. 3 (St. Paul's Hall, Huddersfield)" (2015)
ou "Toujours plus orgue !"

Et un Hermetic Organ de plus, un ! Depuis 2014, janvier semble être devenu le rendez-vous rituel des explorations "organiques" de John Zorn, bonne nouvelle.
En l'occurrence, celui-ci fut enregistré lors du festival de musique contemporaine d'Huddersfield, West Yorkshire, c'est dont le premier qui voit Zorn s'éloigner de ses bases new yorkaises. Ce que ça change ? Pas grand chose en fait... A tel point que je pourrais facilement concocter une improbable fusion de mes billets sur les deux précédents volumes sans vraiment tomber loin du cœur de la cible.
Sans le moindre doute, Zorn a son approche, son style à l'orgue, une approche, un style qui combine théâtralité et avant-gardisme sans pour autant tout à fait oublier la mélodie, juste ce qu'il en faut. Comment pleinement goûter cet étrange moment, ces drones organiques, ces crescendos glorieux, ces climats angoissants ? En musique d'un film d'horreur expressionniste imaginaire... Fermez les yeux, imaginez Nosferatu montant l'escalier son ombre portée en stigmate d'un funeste destin... On n'est pas loin du compte. Imaginez ces scènes surnaturelles que surent si bien filmer un Dario Argento ou un Mario Bava ornées de cet orgue seul, certes, mais définitivement apte à construire de complexes et émotionnelles ambiances particulièrement adéquates pour illustrer le malaise jusque dans son côté étrangement attirant.
Entre improvisation et composition, entre un avant-gardisme plus que jamais affirmé et un traditionalisme mélodique rattrapant l'audieur lambda, Zorn construit un excellent chapitre à ses créations pour orgue d'église. On n'a qu'une hâte en fait, pouvoir assister, enfin !, à telle représentation in vivo ! En attendant, on se contentera avec plaisir du pis-aller en galette argentée.

PS 11/2015 : Toujours un trip et donc pas pour tous les jours, mais quel plaisir que d'entendre Zorn se confronter à un instrument si riche !

Office Nr 11
1. The Fall of Satan 14:37
2. Spectral Angels 10:06
3. The Revelation of St. John 13:02

John Zorn - orgue d'église

ZORN à l'ORGUE