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lundi 19 juin 2017

R comme...

Oh! le con, il a sauté le Q ! C'est ce que certains s'écrieront probablement en découvrant la sélection de retour post-congés du Zornophage dans une série alphabétique jusqu'alors strictement ordonnée et séquentielle. Mais ne vous inquiétez pas, le Q, c'est important, il viendra ! Et donc au R, un consonne triplée en colère (Grrr!) et donc, logiquement, représentant quelques beaux excités heureusement tempérés par quelques artistes plus fins. Mais que des classiques et donc, pour ceux qui seraient passés à côté d'un d'iceux, un choix sans le moindre risque ! Enjoie !

R comme...
RAMONES "Ramones" (1976)
Faux Frères, Vrais Punks

Un album enregistré à l'ancienne pour un groupe qui amorce une révolution dans le monde de la musique ? C'est l'éponyme des Ramones, un album qui inscrit le punk rock dans les annales. Bon, pour le coup, je vais faire comme les Ramones et filer droit au but car, enfin, quoi de plus bêta que les trois accords, la rythmique frénétique et simplette et ce chant qui a l'air de ne pas vraiment y être mais finalement si (c'est tout le charme de Joey que de ne pas être un vocaliste punk lambda) ? Hein ? Ben rien. Sauf que réussir ce machin là, dès le supra-accrocheur Blitzkrieg Bop, c'est pas si simple, c'est même en vérité très compliqué. Alors, à l'image de nos Shériffs à nous (qui leur doivent beaucoup mais le font tellement bien !), c'est dans un innocence, une naïveté inattendue que réside tout l'irrésistible succès de ces faux frères fameux. On se dit même que les early-Beatles ne sont parfois pas bien loin (I Wanna Be Your Boyfriend) sauf que l'agression électrique et la punkitude (dont il sont quand même un peu les inventeurs) ressurgit bientôt (Now I Wanna Sniff Some Glue) et ça fait un bien fou ! Parce que, souvenez-vous, en 1976 ce sont les dinosaures du prog rock et du heavy metal/hard rock qui domine le bal et que souvent ces messieurs, tout pétris de leur autosuffisance, ont des tendances à l'excès d'ambition. Et donc ça fait du bien d'entendre du rock qui sent la graisse de mob, le cuir rapé et la bière tiède, de la musique qu'on se dit qu'on pourra jouer aussi avec les potes (on ne pourra pas en fait, voir plus haut). 14 titres bien crus (et d'ailleurs crument enregistrés) plus loin, rallongés par des bonus, des démos, dans le remaster, qu'a-t-on ? Une bouffée d'air frais, de bonne chansons à reprendre en chœur sans trop se poser de question. Du punk rock tel que les anglais en feront bientôt mais ça c'est une autre histoire qui ne doit pas vous dévoyer de ce péché originel chaudement recommandé.

1. Blitzkrieg Bop 2:12
2. Beat on the Brat 2:30
3. Judy Is a Punk 1:30
4. I Wanna Be Your Boyfriend 2:24
5. Chain Saw 1:55
6. Now I Wanna Sniff Some Glue 1:34
7. I Don't Wanna Go Down to the Basement 2:35
8. Loudmouth 2:14
9. Havana Affair 2:00
10. Listen to My Heart 1:56
11. 53rd & 3rd 2:19
12. Let's Dance 1:51
13. I Don't Wanna Walk Around with You 1:43
14. Today Your Love, Tomorrow the World 2:09
Bonus
15. I Wanna Be Your Boyfriend (demo) 3:02
16. Judy Is a Punk (demo) 1:36
17. I Don't Care (demo) 1:55
18. I Can't Be (demo) 1:56
19. Now I Wanna Sniff Some Glue (demo) 1:42
20. I Don't Wanna Be Learned/I Don't Wanna Be Tamed (demo) 1:05
21. You Should Never Have Opened That Door (demo) 1:54
22. Blitzkrieg Bop (single version) 2:12

Joey Ramone – lead vocals
Johnny Ramone – lead guitar
Dee Dee Ramone – bass guitar, backing vocals, co-lead vocals in "53rd & 3rd"
Tommy Ramone – drums


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RAVEN "Nothing Exceeds Like Excess" (1988)
Brit Assault

Ils sont anglais, ils sont trois, ils aiment le rock qui va à 200 à l'heure, et arrache tout, construit sur des riffs péri-métalliques qui sont un bon carburant... Et non, ce n'est pas de Motörhead dont il s'agit mais bel et bien de Raven, le groupe des autres frères Gallagher (ceux-ci même qu'on ne doit pas confondre avec les deux têtes de c... au nom de boisson fruitée). Comment-ça vous ne connaissez pas Raven ? Pourtant, depuis les débuts des années 80, les deux frangins et leur batteur d'élection du moment (y aura du mouvement avant l'arrivée de Joe Hasselvander), membres, et pas des moindres, de la New Wave of British Heavy Metal, ont imposé leur vision "toute nuancée" d'un rock'n'roll barbare et réjouissant ! Alors, oui, il y a bien eu, 3 petites années avant l'album qui nous intéresse, une tentative, une tentation de quelque chose de plus commercial (The Pack Is Back, un vrai flop mais pas un si mauvais album), c'est bien tout ce qu'on peut reprocher à une formation sinon restée fidèle à une approche testostéronée et sans concession de la chose hard'n'heavy. D'ailleurs, quand sort en 1988 Nothing Exceeds Like Excess, ils ont déjà rectifié le tir sur un "poétique et finaud" Life's a Bitch, écartant le faux-pas précité et ramenant leur power-trio dans un registre qui lui sied bien mieux, et rassuré ce faisant ceux qui pensaient les avoir perdu. Cette seconde salve de relance arrive donc sans qu'on ne doute un seul instant de son contenu, reste à juger de sa qualité. Et là, c'est un vrai "ouf" de soulagement parce que l'essai du précédent (vraiment bon sans être tout à fait exceptionnel) est plus que transformé sur ce qui demeure une des plus belles galettes de la formation, un machin lourd, rapide, agressif, porté par la voix de sirène d'alarme de John (également bassiste), les guitares en fusion de Mark (riffs efficaces, soli inspirés), et la batterie de Joe (à la Phil "Animal" Taylor, la double grosse caisse en sus). Et des compos qui font mouche, toutes !, en ne cherchant surtout pas à se compliquer la tâche ou à innover. Le tout servi par une production mettant parfaitement en valeur la belle, l'énorme énergie du combo. Culte dans la scène, le vrai succès leur échappant systématiquement, inoxydables puisque toujours en activité (avec le même line-up depuis cet album, justement), Raven est une force à réévaluer, un groupe généralement seulement connu pour son grand classique (All for One) mais dont la majeure partie de la discographie en impose. De la seconde division ? Il en faut, et celle-ci a tout d'une grande. Laissez vous donc tenter par ces "Brits on speed" et plus particulièrement par leur cru 1988, vous ne le regretterez pas !

1. Behemoth 1:05
2. Die for Allah 4:58
3. Gimme a Break 3:19
4. Into the Jaws of Death 6:08
5. In the Name of Our Lord 3:46
6. Stick It 3:10
7. Lay Down the Law 4:45
8. You Gotta Screw Loose 4:22
9. Thunderlord 4:30
10. The King 4:25
11. Hard as Nails 5:06
12. Kick Your Ass 3:18
Bonus
13. Lay Down the Law (live bootleg)

John Gallagher - bass, vocals
Mark Gallagher - guitar, backing vocals
Joe Hasselvander - drums, backing vocals


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REFUSED "The Shape of Punk to Come" (1998)
HardCore et Encore

Si je ne devais garder qu'un album de hardcore ? The Shape of Punk to Come de Refused, évidemment !, parce qu'il a tout cet album : de l'agression intelligente, de la prospection musicale, de la grâce mélodique (et oui !), de l'humour aussi... Et pourtant, en détournant le titre d'un légendaire album d'Ornette Coleman, les suédois avait mis la barre haut, très haut.
Ce qui est encore plus fou c'est que rien, à priori, ne laissait présager ce bond en avant, cette révolution sonique, le groupe n'ayant, précédemment, pas exactement brillé pour son immense originalité. Evidemment, Songs to Fan the Flames of Discontent, deux ans plus tôt, avait épaté pour son approche passionné, sa puissance hors-norme mais pas vraiment pour son unicité, un excellent album oui, un album d'exception non. Et donc, voici The Shape of Punk to Come, un opus où la liberté créatrice va de pair avec l'excellence compositionnelle. Bien-sûr, il y a le single, l'impeccable et implacable New Noise et ses bienvenus ajouts électroniques venus doper une composition à la fois accrocheuse et agressive, un triomphe. Mais c'est loin d'être tout Refused se laissant aller à toutes ses envies, toutes ses extravagances comme sur un Worms of the Senses/Faculties of the Skull et un Protest Song '68 où les 5 soufflent alternativement le chaud et le froid, un Liberation Frequency ou un Summerholidays Vs. Punkroutine aux allures presque pop et pourtant toujours furieusement harcore, un Tannhäuser/Derivé où, avec le concours d'un violoncelle, ces garçons pas comme les autres plongent dans l'art-punk tendance post-rock avec une classe et un talent qui laissent bouche bée, ou encore un The Apollo Programme Was a Hoax aux allures slo-core inattendues. Le reste de la galette, plus classiquement "core" n'est pas pour autant à négliger tant le groupe, sans avoir l'air d'y toucher, à créé un hybride où leur genre originel est bel et bien présent mais surtout comme carburant pour des ambitions artistiques réalistes et réussies. En un mot comme en mille ? Une Rolls cet album !
L'édition Deluxe, recommandée si vous n'avez pas encore cet indispensable, propose en bonus une captation de belle qualité enregistrée lors d'un festival en leur mère patrie en avril 1998. Une excellente façon non seulement de prolonger l'expérience mais aussi de découvrir ce que le groupe fit avant via quelques extraits de ses deux précédents opus et un documentaire sur le parcours de ces gars hors du commun.
Aux dernières nouvelles, après quelques concerts de reformation vendus comme exceptionnels, Refused sera bel et bien de retour au début de l'été avec son, seulement, 4ème album, Freedom. Dire qu'on attend beaucoup de cette réapparition discgraphique 17 ans après tient indéniablement de l'euphémisme. En attendant, vous pouvez vous plonger dans ce passionnant Shape of Punk to Come qui n'a non seulement pas pris une ride mais demeure à l'avant-garde d'un genre, le hardcore, ou les misfits de leur sorte ne sont pas légion. En un mot ? Obligatoire !

CD 1 - Album
1. Worms of the Senses/Faculties of the Skull 7:05
2. Liberation Frequency 4:08
3. The Deadly Rhythm 3:34
4. Summerholidays vs. Punkroutine 4:01
5. Bruitist Pome #5 1:25
6. New Noise 5:08
7. The Refused Party Program 2:38
8. Protest Song '68 4:32
9. Refused Are Fuckin Dead 5:08
10. The Shape of Punk to Come 5:06
11. Tannhäuser/Derivè 8:07
12. The Apollo Programme Was a Hoax 4:13

CD 2 - Bonus
Live at Umeå Open festival (April 3, 1998)
1. The Shape of Punk to Come 4:38
2. The Refused Party Program 1:28
3. Circle Pit 2:48
4. Worms of the Senses/Faculties of the Skull 5:31
5. Hook, Line and Sinker 2:51
6. Summerholidays vs. Punkroutine 3:54
7. Rather Be Dead 3:42
8. Burn It 2:33
9. The Deadly Rhythm 4:05
10. Coup d'Ètat 5:10
11. New Noise 4:48
12. Tannhäuser 7:30

Dennis Lyxzén – vocals
Kristofer Steen – guitars, drums
Jon Brännström – guitars, samples, programming, synthesizers
David Sandström – drums, melodica
Magnus Björklund – bass guitar, cello
&
Torbjörn Näsbom – violin
Jakob Munck – upright bass
Pelle Henricsson – tambourine


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RENAISSANCE "Turn of the Cards" (1974)
Symphowoman

Un peu de douceur dans un monde de brutes, ça a toujours été le programme du Renaissance d'Annie Haslam, formation de rock progressif symphonique d'autant plus mélodique qu'il a le rare avantage d'être une des seules formations des septantes à posséder une vocaliste féminine en lieu et place de l'hurluberlu de service habituel de la formule (qu'on apprécie mais ça fait du bien de changer, parfois).
Il n'en est pas autrement sur Turn of the Cards, leur cinquième album qui, sur les talons d'un Ashes Are Burning déjà glorieusement réussi, creuse le sillon d'une musique ayant la beauté comme valeur cardinale. Il faut dire qu'avec dans leur arsenal la voix angélique d'Annie, ils auraient eu tort de se priver, les londoniens. Dans les faits, c'est avec une formation enfin stabilisée, avec le retour du guitariste Michael Dunford en temps que membre à part entière quand il n'en était plus que le compositeur et un instrumentiste à temps partiel (drôle de formule...), que Renaissance aborde la création d'un opus qui comptera dans leur histoire. Et donc, toujours avec les paroles de Betty Thatcher (ça date depuis Prologue et le groupe en est ravi), on retrouve ces précieux et délicats arpèges, ces pianos d'obédience classique si imposants, ces claviers orchestraux tissant d'excellents climats, ces rythmes qui, contrairement à ceux de leurs condisciples (de Yes à Genesis en passant par Camel), n'heurtent pas le flow des mélodies, et évidemment la voix de la dame Haslam, cerise de choix sur la pâtisserie fine. En chansons, six d'icelles, ça va de l'épique progressif symphonique de Running Hard, Things I Don't Understand et Mother Russia qui, toutes d'excellentes pièces, démontrent qu'on a pas besoin de faire crier les guitares pour pondre une pièce complexe, multiple et dynamique, et encore moins trois ! Ajoutez trois jolies ballades, l'une aux accents folk (I Think of You), les autres orchestrales (Black Flame et Cold Is Being) qui, toutes réussies, offrent de bienvenus pauses dans le déluge néo-classique de leurs voisines complètant ainsi à merveille ce qu'il est convenu de considérer une collection sans la moindre faille.
Certains vous conseillerons Ashes Are Burning, d'autres Scheherazade and Other Stories, tous deux d'excellents albums, ne le nions pas, mon choix d'introduction à l'excellent Renaissance et son rock progressif symphonique d'exception restera ce Turn of the Cards si bien équilibré, si totalement abouti qu'il sera difficile de lui résister.

1. Running Hard 9:36
2. I Think of You 3:08
3. Things I Don't Understand 9:28
4. Black Flame 6:25
5. Cold Is Being 3:02
6. Mother Russia 9:18

Annie Haslam – lead and backing vocals
Michael Dunford – acoustic guitar, backing vocals
Jon Camp – bass, backing vocals
John Tout – keyboards, backing vocals
Terence Sullivan – drums, backing vocals, percussion
&
Jimmy Horowitz – orchestral arrangements


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ROXY MUSIC "For Your Pleasure" (1972)
Rien que du plaisir !

C'est pas parce qu'on est glam qu'on doit faire dans le bêta, c'est pas parce qu'on a la classe qu'on peut faire dans le facile, c'est ce qu'a magnifiquement compris Roxy Music pour son deuxième et ultime album avec celui qui n'aura, ensuite, de cesse de leur manquer, Brian Eno.
En l'espèce, l'espace de deux albums du début des années 70, le présent et l'éponyme qui le précède, Roxy Music invente sa propre niche, Art Glam qu'on pourrait l'appeler. Parce qu'on ne peut pas nier qu'avec Brian Eno en influence décisive sur la tendance, ces chansons diablement accrocheuses (Do the Strand, Editions of You, Grey Lagoons) ou simplement belles (le reste de l'album, plus modéré, plus atmosphérique, plus exploratoire aussi) si elle sont indéniablement portée par la gouaille de dandy post-moderne de Bryan Ferry, bénéficient largement des expérimentations riches et texturantes et les arrangements amoureusement concocté par le futur démissionnaire. Ici, Roxy Music est déjà sexy et classieux, ici, Roxy Music est, en plus !, un foutu sacré bon groupe de rock prospectif, qu'on n'osera pas qualifier de progressif même s'il y a de ça...
Après ? Rien ne sera plus jamais comme avant. Jamais plus Roxy Music ne sera aussi libre, aussi gracieusement épris de chansons aussi étranges que réussies. Ha, l'Art Glam, c'était bien...

1. Do the Strand 4:04
2. Beauty Queen 4:41
3. Strictly Confidential 3:48
4. Editions of You 3:51
5. In Every Dream Home a Heartache 5:29
6. The Bogus Man 9:20
7. Grey Lagoons 4:13
8. For Your Pleasure 6:51

Bryan Ferry – vocals, piano, Hohner Pianet, Mellotron, harmonica
Brian Eno – VCS3 synthesiser, backing vocals
Andy Mackay – oboe, saxophone, Farfisa electronic organ
Phil Manzanera – electric guitar
Paul Thompson – drums
&
John Porter – bass guitar


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RUSH "Moving Pictures" (1981)
Pictures of Victory

On pourrait éventuellement taxer Moving Pictures d'album darwinien tant il est le triomphe d'une adaptation à de nouvelles conditions, à une nouvelle période qui permit au plus grand groupe rock progressif canadien de tous les temps de survivre et, même !, de continuer de se développer. Ha ! Moving Pictures, c'est quelque chose !
Evidemment, Rush n'ont pas magiquement sorti cette nouvelle formule de leur chapeau, la mutation a commencé sur le précédent album, Permanent Waves, mais c'est bien ici qu'elle trouve son accomplissement. Concrètement, avec des compositions globalement plus courtes et plus concises (The Camera Eye et ses 11 minutes étant l'exception qui confirme la règle, une belle exception en plus), mises en valeur par une production et des arrangements modernisés, Rush parvient, ce qui n'était pas gagné d'avance, à s'adapter à une nouvelle décennie sans aucunement perdre une once de sa spécificité. De fait, dès l'authentique tube Tom Sawyer reconnaît-on le trio où la basse, les claviers et la voix si particulière de Geddy Lee, les guitares tranchantes d'Alex Lifeson et, évidemment, l'emballage rythmique technique et dynamique de Neil Peart continue d'être la force d'une formation soudée et cohérente toujours progressive, évidemment, mais n'hésitant pas à se remettre en question. Et c'est exactement ce que confirme la suite de l'album où les haut-faits s'accumulent à chaque nouvelle piste s'annonçant. Du coup, il est quasi-impossible de sortir une des belles chansons d'un lot sans la moindre baisse de forme, sans le moindre faux-pas. On citera tout de même l'instrumental YYZ qui, en substance, est le mètre étalon de tout le prog-metal qui le suivra jusqu'à aujourd'hui, rien que ça !
Galette exceptionnelle, une bonne habitude prise par Rush avec 2112 et non-encore démentie quand sort l'album sort (ça fait quand même 5 albums que ça dure !), adaptation intelligente et réussie à une nouvelle ère et à de nouveaux sons, Moving Pictures est un triomphe qu'on ne peut que recommander à tous les fans de rock progressif, en particulier à ceux qui imaginent les années 80 comme une période d'immense disette dans le genre, présomption que le 8ème album de Rush nie avec grâce et majesté.

1. Tom Sawyer 4:34
2. Red Barchetta 6:08
3. YYZ 4:24
4. Limelight 4:21
5. The Camera Eye 10:57
6. Witch Hunt (Part III of Fear) 4:44
7. Vital Signs 4:47

Geddy Lee - basses, bass pedals, synthesizers, vocals
Alex Lifeson - guitars, bass pedals
Neil Peart - drums, timbales, gong, bass drums, bells, glockenspiel, chimes, crotales, plywood
&
Hugh Syme - synthesizers (6)


R comme...
RUTS "The Crack" (1979)
Punk Masterpiece

Ruts est un groupe de rock britannique formé à Londres en 1976 sous l'influence des groupes punks et de la scène reggae. Le premier 45 tours du groupe est d'ailleurs sorti par Misty In Roots. Après quelques 45 tours et une implication importante dans les festivals « Rock Against Racism », le groupe sort un album culte en 1979: The Crack sous le label Virgin Records. Leurs morceaux les plus célèbres sont Jah War et Babylon's Burning, sortis en 1979. Le décès du chanteur Malcolm Owen le 14 juillet 1980, d'une overdose d'héroïne, mettra fin à la carrière du groupe, qui malgré un album posthume (singles, live) intitulé Grin & Bear It et un album principalement instrumental et dub sous le nom de RUTS DC, disparaîtra de la scène, non sans laisser son empreinte dans les musiques métissées qui se développeront dans les années 1980 (Bad Brains, Fishbone, par exemple).
Bon, ça c'est pour l'histoire parce que ça ne fait pas de mal, des fois, de rappeler de quoi on parle. En, ce qui me concerne, je n'échangerais pas "The Crack" contre toute la discographie des Clash ou des Damned, qui ne sont pas manchots pourtant... Car, enfin, en 1979 les Ruts avaient tout ! Des chansons à mélodies entêtantes, à grooves implacables, à riffs percutants, à métissage intelligent et naturel... Un bijou d'album dont chaque chanson (y compris les morceaux bonus de la version cd présentée ici) est un diamant resplendissant sur un improbable diadème de sueur et de sang.
Ben oui, de sueur et de sang, crénonvindiou ! On parle de punk rock et ça ne fait donc pas toujours dans la dentelle. Mais les Ruts ont cette particularité d'être des musiciens doués (sans excès) en plus d'être de furieux bestiaux ce qui est tout bénéfice pour l'auditeur.
Allez, je ne vais pas m'étendre, je vais simplement conclure en disant que, dans mon panthéon personnel de la chose punk (ceci incluant le hardcore), The Crack est une des plus belles pièces et, ramené à la vague punk qui déferla sur la Prude Albion à la fin des Septantes, probablement (un des si ce n'est) l'album le plus essentiel.

1. Babylon's Burning 2:35
2. Dope for Guns 2:11
3. S.U.S. 3:49
4. Something That I Said 3:53
5. You're Just A… 2:55
6. It Was Cold 6:48
7. Savage Circle 3:05
8. Jah War 6:55
9. Criminal Mind 1:34
10. Backbiter 3:02
11. Out of Order 1:50
12. Human Punk 4:34
Bonus
13. Give Youth a Chance 3:07
14. I Ain't Sofisticated 2:16
15. The Crack 5:49

Malcolm Owen - vocals
Paul Fox - guitar, organ
John "Segs" Jennings - bass guitar, piano on "Jah War"
Dave Ruffy - drums
Richard Mannah - backing vocals on "S.U.S" & "Criminal Mind"
Mick Glossop - synthesizer on "It Was Cold"
Gary Barnacle - saxophone
Luke Tunney - trumpet


samedi 6 mai 2017

M comme...

Quand on "M" la musique, on "M" la diversité, aussi le Zornophage vous a-t-il concocté une sélection... Vous m'en direz des nouvelles ! Enjoie !

M comme...
MALICORNE "Malicorne 1" (1974)
France Folk

Voici la salve originelle d'un des tous meilleurs groupe français tous styles et toutes époques confondues : Malicorne 1, surnommé Colin, création de multi-instrumentistes désireux d'accommoder de lointaines racines.
Malicorne est avant tout la création d'un couple, Gabriel et Marie, monsieur et madame Yacoub, un couple bien complété de deux autres partenaires en la personne d'Hugues de Courson (désormais plus connu dans l'imaginaire populaire pour ses relectures orientalisantes de Wolfgang Amadeus Mozart) et de Laurent Vercambre.
Musicalement, si Malicorne est souvent assimilé à la vague progressive, c'est de fait d'évolutions qui ne touchent pas encore leur musique en ces jeunes années où la transmission de traditions anciennes prédomine totalement quelque volonté prospective que ce soit (que certains veulent sans doute tellement entendre qu'ils y parviennent). C'est donc de folk music dans le sens séculaire du terme dont il s'agit, par de jeunes gens redécouvrant en même temps que leurs auditeurs le bénéfice d'une tradition orale pluri-centennale. Evidemment, ça joue, ca vibre, ça balance du solo, rien que de très normal, rien que de très classique dans un genre ayant servi précédemment à raconter des histoires (drôles, gaies, nostalgiques, dramatiques) mais aussi à danser. Dans les deux domaines, Malicorne , habillant sa musique des sonorités d'instruments anciens telle que la vielle à roue ou l'épinette des Vosges, s'y entend à merveille, pas vraiment une surprise considérant l'implication du couple leader dans le très réussi Pierre de Grenoble un an plus tôt (1973).
Ce Colin, premier album, n'est pas parfait, ce qui participe d'ailleurs à son charme un poil suranné. Un charme qu'on ne peut que conseiller à celles et ceux appréciant les musiques héritées du moyen-âge, de traditions locales autant auvergnates que celtes (françaises, quoi !).

1. Colin 0:56
2. Dame Lombarde 3:04
3. La Pernette 7:01
4. Les Filles Sont Volages/Ronde 3:16
5. La Fille Soldat 3:58
6. Landry 4:01
7. Le Chant des Livrées 2:59
8. Bourrée 2:20
9. Réveillez-Vous Belle Endormie/Branle Poitevin 3:43
10. Le Deuil d'Amour 5:38
11. Colin 0:53

Gabriel Yacoub - guitars, vocals, épinette des vosges
Marie Yacoub - electric dulcimer, bouzouki, vielle, vocals
Hughes de Courson - drums, electric guitar, bass, krummhorn
Laurent Vercambre - violin, bouzouki, psaltery, harmonium, vocals, mandolin


M comme...
MASTERS OF REALITY "Sunrise on the Sufferbus" (1993)
un Bus pour le Paradis

5 ans après un premier album remarqué à défaut de rencontrer un véritable succès, Masters of Reality, l'ex-quatuor de l'indéboulonnable Chris Goss, devient trio avec un invité de marque venu apporter sa pierre à l'édifice : Ginger Baker.
Le mariage tombe sous le sens pour ces Masters of Reality dont la filiation avec Cream était si évidente sur le premier album éponyme de 1998. Sauf que, cette fois, la formation, enfin, le duo qu'il en reste, le second guitariste ayant disparu dans le même élan que le précédent batteur, a décidé d'élargir le champs vers un rock infusé de country qu'on ne leur connaissait pas. Et c'est une excellente nouvelle dans laquelle le rouquin batteur se glisse sans la moindre difficulté, avec une évidente délectation, même. Evidemment, sur d'autres morceaux, un petit tiers de l'épatante galette, il reste la forte emprunte du trio de Clapton, Bruce et Baker, une emprunte d'autant plus profonde et réussie qu'elle bénéficie du style unique du frapadingue Ginger. On a même des relents de Beatles, sur deux courts intermèdes déjà, si gracieux qu'on aurait aimé les entendre plus développés, et même à un spoken word mis en musique où l'anglais du lot, l'ancien aussi, Ginger donc, critique la crasse incapacité des américains à faire une bonne tasse de thé, irrésistible ! Tout ça nous fait un album, varié sans rien perdre de sa cohérence, qui plus est efficacement mis en son par le trio lui-même.
Evidemment, c'était trop beau pour dure et, Ginger Baker étant aussi volubile que volatile comme on le sait, le projet restera un one shot qu'il désertat bientôt pour vaquer à d'autres activités, reste ce Sunrise on the Sufferbus sans tâche, une perle perdue dans les limbes qu'il est plus que nécessaire de recommander comme la vraie belle grande réussite qu'il est, la plus belle d'un groupe à la discographie pourtant globalement réussie, ces trop méconnus Masters of Reality.

1. She Got Me (When She Got Her Dress On) 2:47
2. J.B. Witchdance 3:37
3. Jody Sings 3:03
4. Rolling Green 3:41
5. Ants in the Kitchen 3:22
6. V.H.V. 4:21
7. Bicycle 0:47
8. 100 Years (Of Tears on the Wind) 4:06
9. T.U.S.A. 2:59
10. Tilt-A-Whirl 3:42
11. Rabbit One 3:33
12. Madonna 0:38
13. Gimme Water 2:23
14. Moon in Your Pocket 3:31

Chris Goss - vocals, guitars, keyboards
Googe - bass, backing vocals
Ginger Baker - drums, backing vocals, lead vocals (T.U.S.A.)


M comme...
MELVINS "Houdini" (1993)
Fun Sabbath

Si Black Sabbath avaient de l'humour, ils s'appelleraient les Melvins.
Le résumé est un poil lapidaire mais fait bien la synthèse de l'esprit de ces vétérans, natifs de Portland (Oregon) dont Kurt Cobain était grand fan. Il est d'ailleurs co-producteur d'une partie du présent Houdini et y fait aussi quelques parties de guitare. On se doute aussi que son soutien vocal au groupe n'est pas étranger dans la décision d'Atlantic records de les signer, une partie de la promotion étant faite par un musicien alors quasi-intouchable.
A partir de là, il n'y a pas vraiment de surprise (à l'instar d'un Sonic Youth recruté par Geffen, par exemple) de constater que leur premier album pour une major est aussi, alors, leur plus accessible. Pas que le groupe se soit vendu ou quoique ce soit du genre cependant, on retrouve bien leur son lourd et sale et toujours le sens de l'humour décalé dont ces punk-metalleux émérites ont le secret. En l'occurrence, les Melvins paraissent creuser un sillon préalablement tracé avec un album somme de leurs capacités - pour une fois doté d'une production digne de ce nom (c'était l'un des points faibles des précédents opus du groupe, manque de moyens sans doute) - et une sélection de compositions d'une implacable efficacité.
Il va sans dire qu'Atlantic ne trouva pas, avec ces trois zozos, le potentiel number one de demain. Les Melvins étaient, sont et seront toujours trop décalés pour prétendre à quoique ce soit de plus que le statut culte qu'ils ont depuis gagné et grandement mérité. Il n'en reste pas moins qu'Houdini - une des plus belles références du catalogue Melvinien encore aujourd'hui - et ses auteurs ont largement profité du soutien logistique et financier d'un mastodonte de l'industrie du disque tel qu'Atlantic pour s'établir durablement comme une référence du décalage du ton.
Evidemment, cette musique étrange, toute en riffs et en lourdeurs, ne plaira pas à tous - de toute façon les Melvins ne cherchent pas l'adoubement universel - mais pour ceux qui goûtent à ce genre de chose, Houdini risque fort de devenir un de ces albums référence sur lesquels on revient souvent sans jamais la moindre déception.

1. Hooch 2:49
2. Night Goat 4:41
3. Lizzy 4:43
4. Going Blind 4:32
5. Honey Bucket 3:01
6. Hag Me 7:06
7. Set Me Straight 2:25
8. Sky Pup 3:50
9. Joan Of Arc 3:36
10. Teet 2:51
11. Copache 2:07
12. Pearl Bomb 2:46
13. Spread Eagle Beagle 10:13

King Buzzo - guitar, bass, vocals
Lorax - bass
Dale - drums, bass, vocals
&
Bill Bartell - Bass and Lead Guitar on track 4
Al Smith - additional percussion on track 13
Mike Supple - additional percussion on track 13


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MINGUS, CHARLES "Pithecanthropus Erectus" (1956)
Fondations

C'est la pierre fondatrice de l'art de Charles Mingus, le premier album où il développe et impose vraiment un style qui n'appartient qu'à lui, un jazz savant, inventif, lettré mais aussi terriblement habité par la personnalité entière d'un compositeur et instrumentiste entré dans la légende. C'est Pithecanthropus Erectus, une œuvre dont on ne dirait pas qu'elle aura, déjà !, 60 ans l'an prochain.
C'est entendu, Pithecanthropus Erectus n'est pas aussi révolutionnaire que Mingus Ah Um, pas aussi radicalement fou et avant-gardiste que The White Saint and the Sinner Lady, ça n'en demeure pas moins la base sur laquelle les chefs d'œuvres futur de Charles seront construits, celle d'un jazz s'extirpant du courant bop alors encore en vogue pour créer son propre paysage, sa propre grammaire, ses propres possibles. Sans doute le fait que le créateur ne joue pas d'un des instruments stars du genre (saxophone et piano aux premiers d'iceux), influence-t'il notablement l'aspect compositionnel et prospectif de la chose, sans doute, d'ailleurs, la formation classique de jeunesse de Mingus au violoncelle était-elle déjà l'élément décisif sur lequel tout une carrière, et quelle carrière !, sera érigée, mais tout de même, il faut le talent du colérique et parfois violent contrebassiste, ces acquis d'un jeune temps où il se chercha une appartenance, lui le métisse, cette continue contrariété qui semblait habiter un personnage définitivement "larger than life" qui du se battre pour s'imposer comme autre chose qu'un simple accompagnateur puisque tel était le lot de ceux pratiquant le même instrument que lui.
Du coup, Mingus en fait plus, travaille plus, cherche plus, et trouve... des merveilles ! Comme l'adaptation plus que réussie du Foggy Day de George et Ira Gershwin originellement composé pour Fred Astaire et le grand écran et, ici, gracieusement méconnaissable porté, chahuté qu'il est pas un groupe dévoué à la démarche prospective de son leader, une version si décisive qu'il faudra attendre 30 ans et le Standard Time Volume 1 de Branford Marsalis pour qu'un autre jazzman ose se risquer à en rejouer une version instrumentale. Le reste de l'opus se compose de trois compositions originales du maître qui, à commencer par celle qui donne son titre à l'œuvre, un poème tonal en quatre parties illustrant l'évolution, le développement puis la déchéance du genre humain, rien que ça !, osent l'ambition sans jamais s'éloigner d'une faconde instrumentale demeurant le fil d'Ariane entre innovation et tradition. Il faut dire que, maître de la session, Mingus ouvre moult opportunités à ses partenaires de s'exprimer via le filtre de sa fantastique imagination offrant ici à Mick Waldron ou Jackie McLean, respectivement pianiste et altiste, leur plus belle opportunité de briller en soliste.
Or, donc, Charles Mingus fera mieux, mais pas beaucoup !, il n'en reste pas moins que Pithecanthropus Erectus, album important dans sa discographie comme dans l'histoire du jazz tout court, est un absolu incontournable pour les amateurs de jazz moderne, inventif et gracieux en plus d'une excellente porte d'entrée pour toutes celles et tous ceux qui ne se seraient pas encore frotté à "la bête"... Un classique, tout simplement.

1. Pithecanthropus Erectus 10:36
2. A Foggy Day 7:50
3. Profile of Jackie 3:11
4. Love Chant 14:59

Charles Mingus – bass
Jackie McLean – alto saxophone
J. R. Monterose – tenor saxophone
Mal Waldron – piano
Willie Jones – drums


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MINUTEMEN "3-Way Tie (For Last)" (1985)
Thinking Punk

Quatrième et ultime album de Minutemen qui ne pouvait décemment pas continuer du fait du décès de leur guitariste/chanteur D. Boon dans un accident de la route à 27 ans seulement, 3-Way Tie (For Last), album au titre tristement prémonitoire, est aussi l'opus le plus évolué d'une formation qui avait précédemment fait dans un punk rock on ne peut plus direct et abrasif, avec des morceaux plus courts les uns que les autres, sa trademark d'alors. Mais plus de ça ici où, dès un fort surprenant Price of Paradise (plus Neil Young que Jello Biafra pour situer) on se rend compte qu'il se passe définitivement quelque chose et que ce D. Boon en pleine mue classic rock, sans rien perdre cependant de son côté sale gosse et d'acquis d'un passé électrique nourrissant ses nouvelles ambitions. De fait, la face D., celle du regretté, est une suite d'inattendus réussis qui d'un cousinage avec les Talking Heads (Lost), d'un penchant même pas coupable pour le rockabilly (The Big Stick), d'une belle reprise de Creedence Clearwater Revival (Have You Ever Seen the Rain?) où même le punk rock sort des sentiers battus (ha ! l'excellent Political Nightmare !). Forcément, la face Mike, celle de l'autre compositeur de la formation, le bassiste et également chanteur Mike Watt, de belle qualité mais nettement moins surprenante (quoique le folk triste de Stories, l'inspiration latino de What Is It? ou le protest rock presque free de Just Another Soldier font leur petit effet) est un peu en deçà mais complète finalement bien l'inspiration "dans tous les sens" de Boon. Bref, meilleur album si le plus atypique de ces Minutemen furieusement anti-establishment, est ce qu'il est convenu d'appeler un final en fanfare, qui laisse un goût amer parce que sans ce satané sort... Immanquable !

Side D.
1. Price of Paradise 3:38
2. Lost 2:33
3. The Big Stick 2:34
4. Political Nightmare 3:56
5. Courage 2:35
6. Have You Ever Seen the Rain? 2:30
Side Mike
7. The Red and the Black 4:09
8. Spoken Word Piece 1:07
9. No One 3:29
10. Stories 1:36
11. What Is It? 1:51
12. Ack Ack Ack 0:27
13. Just Another Soldier 1:58
14. Situations at Hand 1:23
15. Hittin' the Bong 0:41
16. Bermuda 1:41

D. Boon – electric guitar, acoustic guitar, vocals, piano
Mike Watt – bass, vocals, acoustic guitar, electric guitar
George Hurley – drums
&
Joe Baiza – lead guitar ("Situations At Hand")
Ethan James – Linn drum ("What Is It?"), Vietnam War battlefield tape ("Spoken Word Piece")


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MORPHINE "Cure for Pain" (1993)
Bueno !

Un power trio pas comme les autres ? Certainement, parce qu'avec sa basse deux cordes joué en slide, son saxophone remplaçant la guitare, on peut dire que Morphine cultive sa différence mais quand c'est fait avec autant de classe, d'imagination et avec autant de compositions de qualité que sur ce magnifique Cure for Pain, leur second album, comment résister ?
Evidemment, ceux qui les avait découvert avec Good, un an plus tôt, savent les prodiges dont est capable la formation menée par Mark Sandman (qui disparaitra, hélas, foudroyé sur scène par une crise cardique, en 1999 à seulement 46 ans), Sauf que cette fois, c'est encore mieux. Déjà parce que les compositions sont bien meilleurs mais aussi parce que l'alchimie de l'inhabituel trio s'est idéalement établie et fonctionne, présentement, à plein régime ce qui n'était pas exactement le cas sur un très honorable mais encore embryonnaire Good, un an plus tôt. Or donc les chansons y sont meilleures, c'est l'évidence ! Du très accrocheur Buena, petit hit à l'époque tout à fait mérité, qui arrive juste après une courte et accessoire intro à  un All Wrong qui jazze autant qu'il rocke en passant par un A Head with Wings au groove irrésistible ou un tout doux In Spite of Me mais encore un Thursday qui, pour le coup, mérite l'étiquette souvent malvenue de jazz rock, et j'en passe forcément puisque tout est bon sur Cure for Pain, on va de bonnes en excellentes surprises grâce à l'interaction millimétrée des trois (dont un nouveau batteur, Billy Conway, qui ne participe qu'épisodiquement aux sessions). Pas de guitare ? Et alors ? Morphine n'en a nullement besoin et, au contraire, on se dit qu'un instrument de plus serait vraiment un instrument de trop qui viendrait faire perdre de sa belle fraicheur à une galette, je pèse mes mots, d'exception.
Morphine n'aura jamais caracolé en tête des charts, jamais affolé les adolescents alors plus braqués sur l'explosion grunge en général et le nihilisme d'un certain Kurt. Reste que, sur le présent album mais plus généralement dans toute leur œuvre, ces mecs là avaient réussi, l'air de rien, à s'inventer leur propre genre tout en gardant fermement en tête l'absolue nécessité de, surtout, composer de bonnes chansons. Très fort, très recommandé aussi.

1. Dawna 0:44
2. Buena 3:19
3. I'm Free Now 3:24
4. All Wrong 3:40
5. Candy 3:14
6. A Head with Wings 3:39
7. In Spite of Me 2:34
8. Thursday 3:26
9. Cure for Pain 3:13
10. Mary Won't You Call My Name? 2:29
11. Let's Take a Trip Together 2:59
12. Sheila 2:49
13. Miles Davis' Funeral 1:41

Mark Sandman - 2-string slide bass; tritar; guitar; organ; lead vocals
Dana Colley - baritone saxophone; tenor saxophone; backing vocals
Jerome Deupree - drums
&
Billy Conway - drums on tracks 9 & 11; cocktail drum overdub on track 8
Jimmy Ryan - Mandolin on track 7
Ken Winokur - Percussion on track 13


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MUSE "Showbiz" (1999)
Welcome to the Club

Ils débarquent tout juste avec leurs allures de Radiohead qui aurait bouffé du Queen, trois petits gars d'Angleterre pas encore bouffés par les ambitions irréalistes ou les compromis commerciaux de leur leader. Showbiz, c'est la quintessence de Muse, une première déclaration d'intention tout simplement indispensable.
Parce que, outre la définition forcément un peu caricaturale de leur son, Muse, et donc Matthew Bellamy LE compositeur du trio, est une sacrée usine à chansons ! Avec le producteur qui a fait le son de The Bends, John Leckie, les natifs du Devon produisent leur cocktail originel de pop (les mélodies mémorables), d'indie rock (une certaine délicatesse dans le propos), de hard rock (les riffs, l'énergie) et de rock progressif (l'emphase, l'ambition instrumentale) avec un naturel et un professionnalisme tout bonnement stupéfiant chez de si jeunes gens (la petite vingtaine chacun). Evidemment, la voix de Bellamy est voisine de celle de Thom Yorke, de là vient probablement l'insistante comparaison, plaintive et soupirante qu'elle est (ça en agace certains, chez l'un comme chez l'autre, parait-il) mais elle s'imbrique à merveille dans ces chansons passionnées, puissantes, épiques.
Et ça commence dès Sunburn, dès l'intro au piano, la batterie qui groove, et la voix qui s'immisce dans un crescendo qui déboule, forcément !, sur un refrain glorieux, mais il y a aussi de la finesse dans la façon, du soin dans les arrangements, du contrôle dans la passion. Et ça continue avec le tube, Muscle Museum, et ses faux airs de sirtaki, sa partie de basse obsédante et sa mélodie presque cabaret, et ses explosions irrésistibles, et donc une construction comme on aimerait en entendre beaucoup plus souvent. Mais ça ne s'arrête pas là, que non ! D'un Filip à l'énervement guitaristique proche d'un Sonic Youth sur lequel Bellamy appose tout le lyrisme de son maniérisme vocal et qui n'hésite pas à partir en complète vrille le temps d'un interlude mené par un piano vibrionnant, d'un Falling Down très Radiohead, petite ballade où le groupe infuse tout de même un je-ne-sais-quoi soul qui fait la différence, d'un Cave d'une belle énergie rockante comparable à celle d'un Supergrass débutant, les trips vocaux en sus ici, d'un Showbiz en long crescendo qui ne perd jamais son souffle, d'un joli Unintended presque pastoral et, une fois encore, proche de Yorke & Cie, et on arrête là l'énumération d'une tracklist sans défaut pour ne pas lasser, c'est à une belle palette, à une excellente sélection de rock ambitieux mais cependant abordable auquel nous avons affaire. Epatant !
Evidemment, Muse sortira d'autres très bons albums (Absolution !, immanquable !) mais jamais plus cet émouvant, peut-être parce que débutant, ensemble d'innocence et de maîtrise, cette parfaite collection de chansons plus réussies les unes que les autres, c'est sans doute le charme des premières fois, plus certainement celui d'un travail longtemps pensé, fantasmé. Et pour l'auditeur, plus de 15 ans après sa sortie, c'est toujours le même amour d'album, un incontournable.

1. Sunburn 3:54
2. Muscle Museum 4:23
3. Fillip 4:01
4. Falling Down 4:33
5. Cave 4:46
6. Showbiz 5:16
7. Unintended 3:57
8. Uno 3:37
9. Sober 4:04
10. Escape 3:31
11. Overdue 2:26
12. Hate This & I'll Love You 5:09

Matthew Bellamy – vocals; lead and rhythm guitars; piano; Hammond organ on "Falling Down", "Unintended" and "Escape"; mellotron on "Muscle Museum" and "Unintended", Wurlitzer electric piano on "Fillip" and "Hate This & I'll Love You"; synthesizers on "Cave", guitar synthesizer on "Sober"; harmonium on "Escape"; string arrangements on "Showbiz"; production and mixing on "Muscle Museum", "Unintended", "Uno" and "Sober"; artwork
Christopher Wolstenholme – bass; backing vocals; double bass on "Falling Down" and "Unintended"; production and mixing on "Muscle Museum", "Unintended", "Uno" and "Sober"
Dominic Howard – drums; percussion on "Showbiz", "Uno" and "Hate This & I'll Love You"; synthesizer on "Muscle Museum"; production and mixing on "Muscle Museum", "Unintended", "Uno" and "Sober"
&
Paul Reeve – backing vocals on "Unintended", "Uno", "Overdue" and "Hate This & I'll Love You"


samedi 4 mars 2017

D comme...

Au début sur des petits chevaux, du fun à s'en damner. Et un président mort dans un sac en jean... Alors, tous au Brésil, chez les Hippies ou chez les Fous ! Oui-da ! Enjoie ! 

Et sinon, grande nouvelle !, que vous pouvez aussi retrouver dans mon blogroll, Jimmy le Mangeur de Disques en croque désormais à une nouvelle adresse avec tout plein de bonne musiques, quelques bons mots et de quoi s'en prendre plein les mirettes ! Bref, c'est Absolutely Cool !, allez y nombreux !

https://absocool.blogspot.fr/

D comme...
DADA "Puzzle" (1992)
Jeu d'Enfant

De l'indie rock ligne claire aux roots à peine planquées, trois gars aussi sympathiques que compétents, c'est Dada et leur premier long-jeu, l'excellent Puzzle.
Dans la musique de Dada, peut-être parce que c'est un trio, plus certainement parce qu'ils possèdent une similaire "sécheresse", il y a un peu de Police. Dans la musique de Dada, peut-être parce qu'ils sont américains, plus certainement parce qu'il partagent un identique amour de la chanson bien calibrée mais pas formatée pour autant, il y a un peu de R.E.M.. Dans la musique de Dada il y a, surtout !, les personnalités et capacités combinées de trois musiciens et compositeurs doués qui, qui plus est, savent marier leur voix avec un quelque chose d'un certain quatuor de Liverpool, d'Oyseaux plus que recommandés. Voilà, c'est pour situer parce que, à l'image du titre de leur premier long-jeu, c'est à un puzzle d'influences et de vécu dont il s'agit. En chansons, ça donne une douzaine de compositions originales toutes réussies dont on ressortira, pour l'exemple, les plus beaux spécimens. A commencer par un Dorina qui n'a l'air de rien porté par une basse omniprésente et une guitare aérienne mais qui, d'un couplet où bassiste et guitariste unissent leurs voix, d'un refrain planant aux interventions guitaristiques de Michael Gurley (une fine gâchette) fait son petit effet. Il y a aussi Mary Sunshine Rain qui d'un démarrage folk déboule sur un rock bien troussé à bon riff tranchant mène bien sa barque, les inclinaisons pop d'un Dog et de son refrain accrocheur, un vrai quelque chose de U2 sans perdre de leur personnalité sur un Dizz Knee Land qui n'oublie pas de groover, un vrai ancrage roots sur un très réussi Here Today, Gone Tomorrow, le rock'n'roll entrainant et percussif d'un Posters de qualité, un Dim qui ressemble à s'y méprendre à une recontre entre Cure et l'indie rock étatsunien, ou encore le groove irrésistible d'un Who You Are, tout ça sans oublier l'alien de l'album, ce Timothy baladin porté par un des cordes un texte émouvants en perle délicate sur la précieuse parure.
Une belle collection d'un groupe qui a audiblement travaillé son sujet avant d'être dignement mis en son par un certain Ken Scott pour un album, sorti sur le label de Miles Copeland, I.R.S Records, qui ne rencontrera hélas pas le succès qu'il mérite mais est toujours disponible pour tous les amateurs d'indie tempéré de qualité très supérieure. Bravo Dada, très très bien joué.

1. Dorina 6:06
2. Mary Sunshine Rain 4:39
3. Dog 4:13
4. Dizz Knee Land 4:06
5. Surround 3:38
6. Here Today, Gone Tomorrow 4:42
7. Posters 4:05
8. Timothy 4:00
9. Dim 4:21
10. Who You Are 3:24
11. Puzzle 6:20
12. Moon 5:18

Joie Calio: Guitars, Bass, Percussion, Vocals
Michael Gurley: Guitars, Keyboards, Vocals
Phil Leavitt: Drums, Percussion, Vocals
&
Robert Becker: Viola (8)
Henry Corbett: Cello (8)
Bruce Dukov: Violin (8)


D comme...
DAMNED, THE "Strawberries" (1982)
La belle transition

Ce ne sont plus tout à fait les Damned punks électriques d'exception, ce ne sont pas encore les Damned new waveux maquillés, Strawberries est un album de transition, un excellent album aussi.
Dans les faits, après un 2ème album, Music For Pleasure, produit par Nick Mason de Pink Floyd, on aurait dû le sentir, qui a fait flop, et deux galettes conséquentes passées à se racheter (l'excellent Machine Gun Etiquette et le plus nuancé The Black Album), les Damned continuent de faire évoluer leur son, d'élargir le champ de leur investigations, expérimentent avec les forces à leur disposition et en ressortent avec une collection les remettant sur les rails de l'actualité musicale, et grandis aussi parce que cette fois, alors que les essais étaient encore maladroits sur leur précédent, ils y parviennent joliment.
Pour rassurer une fan-base qui aime avant tout le "gros qui tâche", ils entament le bal avec un costaud Ignite et, plus tard, avec l'énervé Under the Floor Again rappelant les jeunes pousses punk de 1977, la finesse mélodique en sus, la suite, par contre est un affaire nettement plus variée avec du rock penchant vers la new wave (Generals), de la soul-rock aux réminiscences Motown évidentes (Stranger on the Town), du revival psyché (Gun Fury, The Pleasure and the Pain, Don't Bother Me), une folie gothico-progressive parfaitement troussée (The Dog), une ballade cousine de ce que faisait alors The Cure (Bad Time for Bonzo) même si Cure le faisait mieux. Tout ça pourrait nous donner un album dispersé mais, d'une, il y a la voix de Dave Vanian en trait d'union providentiel, de deux, il y a un talent d'écriture et une mise en son rendant l'aeuvre cohérente.
Rajoutons à ça, sur la présente édition dûment remasterisée et bonussée, une joyeuse sélection supplémentaire, aussi éclatée que celle de l'album, permettant de prolonger encore le plaisir d'une expérience divertissante et vous obtiendrez, ce qui n'était pas gagné d'avance, une résurrection d'un des leaders de la première vague punk britannique. Une embellie qui ne durera pas pour les Damned qui continueront, bon an mal an, un parcours en dent de scie mais Strawberries, vraiment !, mérite que vous vous y plongiez.

1. Ignite 4:53
2. Generals 3:24
3. Stranger on the Town 5:14
4. Dozen Girls 4:34
5. The Dog 7:25
6. Gun Fury (Of Riot Forces) 2:57
7. Pleasure and the Pain 4:23
8. Life Goes On 4:09
9. Bad Time for Bonzo 3:29
10. Under the Floor Again 5:29
11. Don't Bother Me 2:10
Bonus
12. The Missing Link 0:30
13. Lovely Money (Extended Version) 6:56
14. I Think I'm Wonderful 2:55
15. Take That 2:47
16. Mine's a Large One Landlord 1:16
17. Torture Me 1:24
18. Disguise 3:28
19. Rat vs. The Omni 0:45
20. Citadel Zombies 1:58
21. Bimbo Jingle 0:08

Dave Vanian - vocals
Captain Sensible - guitar, keyboards, vocals
Paul Gray - bass guitar
Roman Jugg - keyboard solos
Rat Scabies - drums, synthesizer
&
Simon Lloyd - brass
Rachel Bor - cello


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DEAD KENNEDYS "Fresh Fruit for Rotten Vegetables" (1980)
L'essentiel début

C'est le cri primal, la déclaration d'intention originelle d'une bande de San-Franciscains colériques et radicaux, une galette punk et politique qui fera date aussi, c'est Fresh Fruit for Rotting Vegetables, premier opus d'un certain Jello Biafra et des ses Dead Kennedys. Enorme !
Il n'y a d'ailleurs qu'à scruter la liste des morceaux de ce tour de force de 1980 pour se convaincre qu'on tient bien là un sommet discographique du genre punk/hardcore : Let's Lynch the Landlord, Chemical Warfare, California Über Alles, Holidays in Cambodia sont quatre indéniables classique du genre, et les 10 autres titres de l'opus, dont aucun ne décevra l'amateur de musique agressive ET intelligente, d'un groupe ayant un vrai beau sens de l'humour mais aussi une vraie conscience politique et sociale, complètent idéalement le tableau. Alors, certes, musicalement, on n'a pas exactement affaire à des virtuoses mais l'intérêt est ailleurs, dans l'incroyable énergie, la saine et fière conviction d'un quatuor mené par un vocaliste possédé (Jello) bien secondé par un bloc façon char d'assaut qui terrasse tout sur son passage.
Comme en plus cette version "Deluxe" propose les titres complémentaires d'époque, qu'on peut aussi retrouver sur l'excellente et essentielle compilation Give Me Convenience or Give Me Death, les gouteux Police Truck et Too Drunk en particulier, il n'en faut pas plus pour qu'on célèbre, sans long discours mais avec un réel enthousiasme, un authentique classique du punk/hardcore.
Fresh Fruit for Rotting Vegetables, dont l'influence se ressentira chez la plupart des groupes du genre, est ce qu'il est tenu d'appeler un incontournable de Dead Kennedys qui ne le sont pas moins, c'est aussi simple que ça.

CD 1
1. Kill the Poor 3:07
2. Forward to Death 1:23
3. When Ya Get Drafted 1:23
4. Let's Lynch the Landlord 2:13
5. Drug Me 1:56
6. Your Emotions 1:20
7. Chemical Warfare 2:55
8. California Über Alles 3:03
9. I Kill Children 2:04
10. Stealing People's Mail  1:34
11. Funland at the Beach 1:49
12. Ill in the Head 2:46
13. Holiday in Cambodia 4:37
14. Viva Las Vegas 2:42

CD 2
1. Holiday in Cambodia (single version) 3:46
2. Police Truck 2:24
3. Kill the Poor (single remix) 3:07
4. In-Sight 1:40
5. Too Drunk to Fuck 2:41
6. The Prey 3:50

Jello Biafra - lead vocals
East Bay Ray - lead guitar
Klaus Flouride - bass, backing vocals
Ted - drums
&
6025 - rhythm guitar on "Ill in the Head"
Paul Roessler - keyboards
Ninotchka - keyboards, backing vocals
Dirk Dirksen - backing vocals
Bobby Unrest - backing vocals
Michael Synder - backing vocals
Bruce Calderwood - backing vocals
Barbara Hellbent - backing vocals
HyJean - backing vocals
Curt - backing vocals
Chi Chi - backing vocals


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DENIM "Denim on Ice" (1996)
Fun! Fun! Fun!

Dire que ce second album des Britanniques de Denim est distrayant est en dessous de la vérité. Il vaut dire qu'avec une personnalité aussi extravagante que Lawrence Hayward (ex-Felt) aux commandes, nous sommes en bonne compagnie.
Musicalement, Denim fait dans l'improbable. On y retrouve pêle-mêle du Glam Rock, Pub Rock, de la Synthpop, de la New Wave, de la Britpop et souvent tout ceci en même temps ! Les éléments organiques du son se marient formidablement bien avec des synthés et boîtes à rythmes tout droit sorti des pires heures de la musique des 80s dans un parti pris stylistique au mauvais goût délicieusement assumé. Autre élément important de l'identité du groupe, les paroles où Lawrence Hayward alterne non-sens bienvenu et stupidité amusante. Le tout aurait pu être une horreur absolue si ces chansons n'étaient pas si incroyablement accrocheuses et admirablement troussées.
Comme trop souvent dans la multitude des sorties plus ou moins intéressantes, cet album de Denim, s'il rencontra un incontestable succès critique, ne rencontra pas son public. Cependant, le temps passant et les admirateurs du groupe étant motivés pour promouvoir ce combo peu commun, la rumeur qu'il y avait ici quelque chose de particulièrement savoureux perça... En grande partie grâce au partage illicite de musique d'ailleurs.
Et, donc, les amateurs d'une pop/rock typiquement britannique qui n'auraient pas encore posé l'oreille sur cette réjouissante collection n'ont plus qu'à cliquer où il faut pour avoir accès à un album qui, si il ne révolutionne rien, leur amènera une heure de vrai bonheur.

1.The Great Pub Rock Revival 4:14
2.It Fell off the Back of a Lorry 3:21
3.Romeo Jones Is in Love Again 1:44
4.Brumburger 4:23
5.The Supermodels 4:02
6.Shut Up Sidney 2:27
7.Mrs Mills 3:55
8.Best Song in the World 2:44
9.Synthesisers in the Rain 4:59
10.Job Centre 3:00
11.Council Houses 2:39
12.Glue and Smack 3:44
13.Jane Suck Died in '77 3:09
14.Grandad's False Teeth 2:53
15.Silly Rabbit 2:03
16.Don't Bite Too Much Out of the Apple 3:20
17.Myriad of Hoops 2:32
18.Denim on Ice 1:32

Lawrence Hayward: Vocals, Guitars, Synthesizer
Tony Barber: Guitar, Synthesizer
Bill Bass: Bass, Backing Vocals
Kevin Dempsey: Guitar
Tim Dorney: Electronics, Programming
Duncan Goddard: Synthesizer
Gerry Hogan: Dobro, Guitar, Pedal Steel
Gerard Johnson: Synthesizer, Vocoder
Terry Miles: Farfisa Organ, Hammond, Piano,
Synthesizer, Wurlitzer, Backing Vocals
Brian O'Shaughnessy: Roland MC-303, Synthesizer
Peter Phipps: Drums, Backing Vocals
Sean Read: Backing Vocals
Neil Scott: Guitar, Backing Vocals
Steve Walwyn: Guitar
Norman Watt-Roy: Bass
John Williams: Roland MC-303
Pete Z.: Mellotron, Hammond, Piano, Roland MC-303, Synthesizer


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DEODATO "Deodato 2" (1973)
Le jazz, le funk et l'orchestre

Si son cru de 1972, Prelude, est généralement le plus célébré, il faudrait voir à ne pas négliger sa suite logique, continuation d'une formule mêlant jazz, funk, orchestre et reprises de grands classiques puisés tous azimuts, parce qu'Eumir Deodato sait faire ça a merveille comme démontré sur ce Deodato 2 ô combien addictif.
Evidemment, la clé du succès de pareille entreprise tient presque autant dans le choix du répertoire que dans la qualité des arrangements. Presque parce qu'il faut savoir accommoder et enchainer, pêle-mêle, Gershwin, les Moody Blues, Maurice Ravel, Steely Dan et ses propres compositions en un tout cohérent comme c'est le cas ici, une réussite qui tient beaucoup à l'esprit infusé par cet homme aux multiples talents. Il faut dire qu'avec une paire de batteurs tels que Billy Cobham et Jerry Marotta, quelques bassistes de haute volée dont l'excellent Stanley Clarke, un ensemble orchestral qu'il dirige lui-même et une belle collection de musiciens de studio en complément (et qui, à les entendre, ont l'air de bien s'amuser, en plus !), le brésilien a mis toutes les chances de son côté. Mais c'est bien dans la manière, dans cette capacité à faire swinguer des morceaux à priori par conçu pour pareil traitement que réside la force de l'album, et de son créateur. Parce que, ce Rhapsody in Blue funky, jazzy et orchestral à une allure folle, que la vieille scie d'Hayward et Cie (Nights in White Satin) prend de nouveaux atours qui fonctionnent parfaitement et même que la Pavane pour une Infante Défunte du créateur du fameux Boléro se glisse dans ses nouveaux habits de lumière sans perdre de sa beauté mélodique originelle. Ajoutez à ça quelques compositions qui n'ont pas à rougir d'un si glorieux voisinage (Super Strut, Latin Flute et Skyscrapers, les deux premiers inclus à la soundtrack du jeu Grand Theft Auto Vice City pour le bonheur d'un public et d'une génération qui n'aurait, sinon, probablement jamais entendu parler d'Eumir Deodato) et vous comprendrez que l'œuvre en impose.
Evidemment, les chagrins pointeront que ce n'est, finalement, qu'une suite, du Prelude précité. Et alors ? Quand la musique est bonne comme c'est le cas ici il faut savoir ne pas bouder son plaisir sous prétexte qu'il tient d'une formule déjà usitée. Ne boudons donc pas et jouissons de cet album tout à fait réussi.

1. Super Strut 9:31
2. Rhapsody in Blue 8:48
3. Nights in White Satin 6:01
4. Pavane for a Dead Princess 4:08
5. Skyscrapers 7:01
Bonus
6. Latin Flute 4:49
7. Venus 3:32
8. Do It Again 5:30

Eumir Deodato - Arranger, Composer, Conductor, Keyboards
John Tropea - Flugelhorn, Guitar, Trumpet
Alvin Brehm, Stanley Clarke, John Giulino, Russell Savkas - Bass
Billy Cobham, Rick Marotta - Drums
Gilmore Digap, Rubens Bassini - Congas, Percussion
Garnett Brown, Tony Studd, Wayne Andre - Trombone
James Buffington, Jim Buffington, Brooks Tillotson - French Horn
Burt Collins, Marvin Stamm, Jon Faddis, Victor Paz, Alan Rubin, Joe Shepley - Flugelhorn, Trumpet
Joe Temperley - Sax
Jerry Dodgion, Hubert Laws, George Marge, Romeo Penque - Flute
Emanuel Vardi, Alfred Brown - Viola
Harry Cykman, Max Ellen, Paul Gershman, Harry Glickman, Emanuel Green, Harold Kohon, Harry Lookofsky, Joseph Malin, David Nadien, Gene Orloff, Elliot Rosoff, Irving Spice - Violin
Charles McCracken, Alan Shulman, George Ricci - Cello


D comme...
DEVO "Freedom of Choice" (1980)
Synth Devo, priez pour nous

C'est Devo avant la chute, avant que les deux paires de frangins et leur copain batteur ne se perdent dans des 80s qui, clinquantes et vulgaires, ne vont pas bien au teint de ces doux-dingues. En attendant, si Devo a un peu perdu de sa folie, il sait encore faire de l'excellente musique ! Et même son album le plus cohérent, le plus cohésif où, certes, ce punk angulaire et foutraque qui a fait leur réputation a fini par disparaître mais où d'excellents hooks synthétiques font admirablement l'affaire. Mais si le son a changé, et la folie s'est canalisée, Devo n'en demeure pas moins un étrange animal comme démontré par un hit sadomasochiste, Whip It, qui, en d'autres mains, aurait probablement sué la vulgarité. Et donc, à coup d'efficaces petites chansons où se glisse leur humour décalé en indispensable épice, les frères Casale et Mothersbaugh et le robotique Myers au drumkit balancent-ils avec un aisance déconcertante autant d'addictives vignettes que l'album comporte de pistes. Car enfin, comment résister à un sautillant Girl U Want, à un délicieusement kraftwerkien Snowball, à un rockant Freedom of Choice, ou à l'irrésistible synthpop d'un Cold War ou d'un Planet Earth ? Impossible ! Une réussite d'ensemble à laquelle le coproducteur, avec Devo, Robert Margouleff, collaborateur du Stevie Wonder de la meilleure période (Innervisions, Talking Book), qui, versé dans la chose synthétique dont il fut l'un des précurseurs, aida grandement la formation à raffiner son son. On dira ce qu'on veut de Freedom of Choice, dans le genre proto-synthpop, mais tout de même décalé du troupeau qui ne tardera plus à débouler (surtout d'Angleterre d'ailleurs), c'est une immense réussite, et le dernier grand album de Devo aussi.

1. Girl U Want 2:55
2. It's Not Right 2:20
3. Whip It 2:37
4. Snowball 2:28
5. Ton o' Luv 2:29
6. Freedom of Choice 3:28
7. Gates of Steel 3:26
8. Cold War 2:30
9. Don't You Know 2:14
10. That's Pep! 2:17
11. Mr. B's Ballroom 2:45
12. Planet Earth 2:45
Bonus
13. Freedom of Choice Theme Song (Live) 2:46
14. Whip It (Live) 2:41
15. Girl U Want (Live) 2:56
16. Gates of Steel (Live) 3:17
17. Be Stiff (Live) 2:50
18. Planet Earth (Live) 2:32

Mark Mothersbaugh – guitar; keyboards; vocals
Gerald V. Casale – bass guitar; keyboards; vocals
Bob Casale – guitar, keyboards; vocals
Bob Mothersbaugh – guitar; vocals
Alan Myers – drums


D comme...
DR. STRANGELY STRANGE "Heavy Petting" (1970)
Hippie Trip

Probablement le plus imprévisible, et le plus hippie, des groupes de folk psyché rock/prog de la République d'Eire, Dr. Strangely Strange, les Incredible String Band de Dublin diraient certains, ils en sont assurément les plus proches cousins irlandais, est surtout sa propre voix/voie comme on le constat sur leur second long-jeu, l'excellent Heavy Petting.
La première chose qui frappe, dès The Ballad of Wasps, l'ouverture de l'album, est que Dr. Strangely Strange ne se force pas à être irlandais, c'est l'évidence, ces dublinois ne cherchent pas à composer de la folk, il y a du prog, du rock psychédélique à gogo dans leur musique, mais voilà, irlandais ils sont et ça s'entend dans la mélodie de chant, dans de petits décrochages solo, dans un esprit qui ne peut être que d'Eire. Ainsi, tout l'album, même sa pochette !, débordant de trouvailles et de fantaisie, a tout de ce à quoi on imagine qu'un amalgame naturel de l'Irlande éternelle et de l'explosion flower power de la fin des années soixante et débuts des années soixante-dix ressemblerait.
Dans le détail, le trio et ses nombreux invités (qui deviendra d'ailleurs quatuor dès son album suivant avec l'adjonction de Linus Greville en tant que membre de plein droit), nous propose 11 titres pour une quarantaine de minutes de musique, les compositions sont plutôt courtes mais toujours développées (ça bouillonne là-dedans, on vous a dit), allant de tentations folk bien naturelles (Jove Was at Home, When Adam Delved) à un psychédélisme de bon ton (Ballad of the Wasps) en passant par un peu de prog rock (Gave My Love an Apple), de pop (Kilmanoyadd Stomp) et même un petit coup de presque hard rock (Mary Malone of Moscow au riff quand même très hard). C'est varié et cohérent, excellemment bien joué par des instrumentistes certifiés (à noter la présence de Gary Moore, d'Andy Irvine de Planxty et de Dave Mattacks de Fairport Convention dans les guests).
Toujours suffisamment léger, dans le bon sens du terme, pour ne pas aliéner les plus sensibles, Heavy Petting est une belle réussite pour Dr. Strangely Strange qui, eussent-ils été des poulains d'une contrée moins éloignée de l'épicentre commercial qu'ils auraient probablement connu un tout autre destin que se retrouver plonger aujourd'hui dans un quasi-complet anonymat. Mais dans ces seventies débutantes, peu de groupes ou d'artistes parvenaient à transiter avec succès de leur verte Irlande vers la perfide Albion, et encore plus difficilement dans un Londres surpeuplé de toutes les tendances possibles et imaginables. Reste cette musique, chaudement recommandée.

1. Ballad of the Wasps 3:22
2. Summer Breeze 3:35
3. Kilmanoyadd Stomp 2:41
4. I Will Lift up my Eyes 1:50
5. Sign on my Mind 8:19
6. Gave my Love an Apple 6:05
7. Jove Was at Home 2:30
8. When Adam Delved 2:10
9. Ashling 4:40
10. Mary Malone of Moscow 3:52
11. Goodnight my Friends 1:12

Tim Booth - vocals, banjo, bass, guitar, keyboards
Tim Goulding - vocals, keyboards, recorder, violin
Ivan Pawle - bass, guitar, keyboards, Mandolin, tin whistle, vocals, whistle
&
Caroline "Linus" Greville - autoharp, percussion, vocals, whistle
Dave Mattacks - drums, percussion
Johnny Moynihan - bazouki
Heather Wood - vocals
Brendan Shields - bass guitar
Johnny Mounthay - bazouki
Brush Shiels - bass
Johanna - vocals, keyboards
Annie Christmas - keyboards, vocals
Gary Moore - guitar
Andy Irvine - mandolin