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mercredi 4 décembre 2019

vieux motard que j'aimais (vol. 1): Made in France Pt. 1

J'avais, il y a plus d'un an et demi, lancé le projet de SAV des liens... Et puis rien, je ne m't étais jamais mis... Mais bon, tout venant à point qui sait attendre, voici le premier volume d'une série pour laquelle je me garderais bien de vous donner une date de suite... Mais bon, celui-ci ayant été, de loin, le plus demandé, voilà quoi... Bashung, immensément regretté en intégrale... Enjoie !, pleure le disparu.


Alain Bashung "A Perte de Vue" (2009)
ou "...(Presque) Tout Bashung"

Sept petites années après une première, Les Hauts de Bashung, A Perte de Vue est la seconde intégrale d'Alain Bashung, un bon gros coffret sorti en (vraie) édition limitée et donc collector aujourd'hui qui n'est pas, cependant, sans tort et sans reproche...
Et, donc, commençons par qui fâche, ce qu'on peut regretter qu'un aussi monumental projet ait oublié : les pochettes autrement que via de ridicules vignettes, un texte pour présenter l'artiste, les différents aspects de son œuvre et ce qui est présentement proposé (tout, ou presque, ça fait du matos), les notes de pochettes d'origine et donc de la liste des musiciens impliqués et, mais là c'est pour une raison de calendrier, la version de l'Homme à la Tête de Chou version Alain sorti posthumément en 2011.
Vous le constaterez, les critiques sont surtout formelles parce que la musique, elle, pas toujours essentielle puisque commençant aux débuts hésitants d'un jeune artiste qui cherchait autant sa voix que sa voie, est là, au rendez-vous pour démontrer à quel point Bashung (et Boris Bergman, l'essentiel parolier qu'on n'oublie évidemment pas) fut un monstre d'une chanson française en pleine (r)évolution. Parce que loin des Carpentier, loin des paillettes d'une variétoche seventies souvent totalement indigeste, Bashung est de ces francs-tireurs, on pensera également à Higelin, Lavilliers ou Thiéfaine (dont il est de la même génération), de ces artistes tardivement adoubés par l'intelligentsia de l'industrie du disque mais tout de même encore trop à la marge pour se glisser chez, au hasard, les Enfoirés. Parce que Bashung a certes eu des tubes (Vertiges de l'Amour, Gaby, Osez Joséphine, Ma Petite Entreprise les plus écrasants d'iceux) mais c'est surtout imposé comme un artiste d'album qui, d'une new wave revisitée à une chanson rock arty, a tracé un chemin unique dans le paysage musical français.
Comme vous le savez sans doute, de l'avis général, cette démarche artistique culmine sur l'immense Fantaisie Militaire mais, franchement, tout chez Bashung de 1981, avec un Pizza enfin au diapason de ses ambitions, à sa prématurée disparition, couronnée d'un très réussi Bleu Pétrole, mérite qu'on s'y penche. Et donc les moult inédits, collaborations, versions alternatives qui foisonnent dans les deux cds d'instrumentaux et les trois de raretés que propose généreusement le package, où ne sont évidemment pas oubliés les cinq lives qui expliquent à ceux qui n'ont pas vu l'homme en action scénique, que sa réputation ne tint pas d'une coquetterie intellectuelle de médias élitistes mais bien d'un vrai gros boulot sur les routes comme dans les studios.
Bref, comme il n'est pas la calamité logistique que certain décrivirent (les belles photos glacées ne sont pas pour rien dans la satisfaction fétichiste de posséder l'objet), et, surtout !, comme il offre une passionnante aventure musicale, A Perte de Vue vous est chaudement recommandé, si vous arrivez à mettre la main dessus !



CD 1
Roman-Photos 
1. Roman Photos 2:43
2. L'Amour C'Est Pas Confortable 3:33
3. Blablas 2:59
4. Le Pianiste De L'Eden 3:15
5. C'Est La Faute A Dylan 3:43
6. Kimono 4:59
7. Te Revoir 3:44
8. Y'A Des Jours 3:31
9. Cendrillon De Chinatown 4:43

CD 2
Roulette Russe 
1. Je Fume Pour Oublier Que Tu Bois 4:15
2. Station Service 3:19
3. Elsass Blues 3:19
4. Y'A Un Yeti 2:38
5. Guru, Tu Es Mon Führer De Vivre 3:07
6. Milliards De Nuit Dans Le Frigo 2:47
7. Pas Question Que J'Perde Le Feeling 3:55
8. Bijou Bijou 4:07
9. Les Petits Enfants 1:12
10. Toujours Sur La Ligne Blanche 4:39
11. Squeezé 3:30

CD 3
Pizza 
1. Ca Cache Quekchose 2:49
2. L'Araignée 2:49
3. J'Sors Avec Ma Frangine 2:47
4. Aficionado 2:36
5. Idylle Au Caire 2:44
6. Privé 3:04
7. Vertige De L'Amour 3:19
8. Rebel 3:55
9. Retour 2:13
10. Reviens Va-T-En 3:11
11. Fan 4:16
12. Elle S'Fait Rougir Toute Seule 3:08
13. Gaby Oh Gaby 3:57

CD 4
Play Blessures 
1. C'Est Comment Qu'On Freine 3:15
2. Scènes De Manager 3:47
3. Volontaire 4:05
4. Prise Femelle 1:07
5. Martine Boude 3:44
6. La Vabo 3:17
7. J'Envisage 4:35
8. J'Croise Aux Hébrides 4:50
9. Junge Männer 2:29
10. Trompe D'Erection 3:16
11. Strip Now 4:37
12. Bistouri Scalpel 4:18
13. Procession 14:48

CD 5
Figure Imposée 
1. What's In A Bird? 3:22
2. Horoscope 2:54
3. Imbécile 6:27
4. Hi ! 3:07
5. Chaque Nuit Bébé 3:32
6. Elégance 4:44
7. Poisson D'Avril 2:54
8. Lou Ravi 3:34
9. Week-end Doux 2:25
10. Nuits Halloween 2:45

CD 6
Passé Le Rio Grande 
1. Helvète Underground 3:39
2. Camping Jazz 3:46
3. Dean Martin 4:19
4. Douane Eddy 3:11
5. Malédiction 3:38
6. L'Arrivée Du Tour 4:01
7. Herr Major 3:29
8. Milady 3:12
9. Rognons 1515 3:54
10. Chat 2:40
11. S.O.S.Amor 4:04
12. Tu Touches Pas A Mon Pote 4:12
13. Les Européennes 4:11

CD 7
Novice 
1. Pyromanes  3:57
2. Résidences 3:34
3. Légère Eclaircie 4:20
4. Alcaline 5:00
5. Tu M'As Jeté 4:31
6. Elle Fait L'Avion 4:47
7. Bombez ! 3:02
8. Intrépide Malgré La Fièvre 4:01
9. Etrange Eté 3:33
10. Outrage 0:36
11. By Proxy 3:50

CD 8
Osez Joséphine 
1. J'Ecume 3:43
2. Volutes 3:25
3. Happe 3:05
4. Well All Right 2:09
5. Les Grands Voyageurs 4:47
6. Blue Eyes Crying In The Rain 2:13
7. Osez Joséphine 2:59
8. Kalabougie 3:24
9. She Belongs To Me 4:09
10. Madame Rêve 4:50
11. Bashung Nights In White Satin 4:49

CD 9
Chatterton 
1. A Perte De Vue 5:07 
2. Que N'Ai-Je 3:56
3. Ma Petite Entreprise 4:12
4. Elvire 4:20
5. Un Ane Plane 3:56
6. Après D'Apres Hostilités 4:25
7. J'Avais Un Pense-bête 3:26
8. J'Passe Pour Une Caravane 3:42
9. Danse D'Ici 4:05
10. A Ostende 4:03
11. L'Apiculteur 4:38
12. J'Ai Longtemps Contemplé 3:57

CD 10
Fantaisie Militaire 
1. Malaxe 4:33
2. La Nuit Je Mens 4:24
3. Fantaisie Militaire 4:47
4. 2043 3:46
5. Mes Prisons 4:09
6. Ode A La Vie 4:18
7. Dehors 3:31
8. Samuel Hall 5:06
9. Aucun Express 4:05
10. Au Pavillon Des Lauriers 4:44
11. Sommes-Nous 3:59
12. Angora 2:06

CD 11
L'Imprudence 
1. Tel 5:10
2. Faites Monter 4:24
3. Je Me Dore 5:07
4. Mes Bras 7:47
5. La Ficelle 4:38
6. Noir De Monde 4:22
7. L'Irréel 3:37
8. Jamais D'Autre Que Toi 2:00
9. Est-Ce Aimer 3:59
10. Le Dimanche A Tchernobyl 5:47
11. Dans La Foulée 5:26
12. Faisons Envie 3:49
13. L'Imprudence 9:39

CD 12
Chloé Mons & Alain Bashung
Cantique Des Cantiques 
1. Cantiques Des Cantiques 26:58

CD 13
Chloé Mons, Alain Bashung & Rodolphe Burger
La Ballade De Calamity Jane 
1. Introduction 0:37
2. Saddle In The Wind 1:55
3. Lecture 2:20
4. I'll See Your Eyes Again 1:14
5. Lecture 7:38
6. Bill And Jane 1:48
7. Lecture 6:21
8. See You Later 1:21
9. Lecture 2:39
10. Sad And Free 1:54
11. Lecture 3:41
12. By The River 2:31
13. Lecture 2:26
14. Old And Queer 2:12
15. Lecture 1:01
16. To Bill 4:01

CD 14
Bleu Pétrole 
1. Je T'Ai Manqué 3:41
2. Résidents De La République 3:21
3. Tant De Nuits 4:17
4. Hier A Sousse 3:56
5. Vénus 4:19
6. Comme Un Légo 9:06
7. Sur Un Trapèze 3:48
8. Je Tuerai La Pianiste 6:13
9. Suzanne 4:09
10. Le Secret Des Banquises 3:37
11. Il Voyage En Solitaire 4:04
 
CD 15
Instrumentaux Vol. 1 
1. Climax 4 4:20
2. La Peur Des Mots 2:37
3. No Tonight Joséphine 3:13
4. White Spirit 4:23
5. La Coupole 1:14
6. Scènes De Manager 3:50
7. Touche Ether 2:14
8. Toile Emeri 3:30
9. Flash Limonade 3:20
10. Art Pégiator 5:21
11. Voyage A Honfleur 3:03
12. Madame Rêve 4:51
13. Métamorphose 4:57
14. Climax 3 4:22
15. Sonnet Pour Hélène 0:52

CD 16
Instrumentaux Vol. 2 
1. Que N'Ai-Je 6:24
2. A Perte De Vue 5:06
3. Elvire 4:34
4. Après D'Apres Hostilités 5:37
5. Danse D'Ici 6:11
6. J'Ai Longtemps Contemplé 3:49
7. Un Dimanche A Tchernobyl 5:48
8. L'Irréel 3:39
9. Faites Monter 4:24
10. Hier A Sousse 3:55
11. Le Secret Des Banquises 3:33
12. Vénus 4:19
13. Sonnet  0:57

CD 17
Live Tour 85 
1. Imbécile 5:09
2. Martine Boude 3:10
3. Toujours Sur La Ligne Blanche 6:09
4. Vertige De L'Amour 3:17
5. S.O.S. Amor 3:42
6. What's In A Bird 3:53
7. Bijou Bijou 5:56
8. Gaby Oh Gaby 5:02
9. Je Fume Pour Oublier Que Tu Bois 6:17
10. Les Petits Enfants 1:04
11. Junge Männer 9:19
12. Volontaire 4:02
13. Fan 4:09
14. Ca Cache Quekchose 3:38

CD 18
Tour Novice 
1. Outrage 1:54
2. Pyromanes 3:15
3. Légère Eclaircie 3:47
4. Elle Fait L'Avion 4:41
5. Bombez ! 3:59
6. Privé 4:31
7. Trompé D'Erection 2:12
8. J'Envisage 5:38
9. Scènes De Manager 4:55
10. Rebel 4:20
11. Alcaline 4:57
12. Imbécile 3:30
13. Lavabo 2:54
14. Reviens, Va-T-En 3:10
15. Douane Eddy 2:50
16. C'Est Comment Qu'On Freine 2:58
17. Les Européeenes 3:46
18. Chat 2:48

CD 19/20
Confessions Publiques 

CD 1 
1. Les Grands Voyageurs 4:14
2. Un Ane Plane 3:24
3. A Ostende 4:26
4. Elvire 4:55
5. J'Ecume 3:50
6. Osez Joséphine 3:25
7. A Perte De Vue 5:07
8. Etrange Eté 4:28
9. Les Lendemains Qui Tuent 2:34
10. J'Avais Un Pense Bête 4:52
11. Les Petits Enfants 0:49
12. Martine Boude 4:21
13. Bombez 3:10
14. L'Apiculteur 7:47

CD 2
1. Volutes 3:40
2. Danse D'Ici 4:44
3. Après D'Apres Hostilités 4:14
4. Vertige De L'Amour 3:00
5. Ma Petite Entreprise 4:04
6. Madame Rêve 5:13
7. Happe 3:08
8. J'Passe Pour Une Caravane 3:26
9. Gaby Oh Gaby 3:55
10. Rebel 4:10
11. Toujours Sur La Ligne Blanche 4:48
12. Bijou Bijou 5:54

CD 21/22
La Tournée Des Grands Espaces 

CD 1 
1. Tel 5:03
2. Je Me Dore 4:22
3. Faites Monter 4:28
4. La Nuit Je Mens 4:44
5. Sommes-Nous 3:40
6. Aucun Express 4:42
7. Le Dimanche A Tchernobyl 4:11
8. L'Irréel 3:12
9. Mes Prisons 3:44
10. Fantaisie Militaire 4:53
11. Volontaire 3:00
12. Etrange Eté 3:30
13. Légère Eclaircie 3:39
14. Bombez ! 3:08
15. What's In A Bird 3:58
16. Mes Bras 6:39


CD 2 
1. Elvire 4:51
2. J'Passe Pour Une Caravane 3:50
3. Osez Joséphine 3:09
4. Les Grands Voyageurs 3:52
5. Samuel Hall 5:50
6. Vertige De L'Amour 3:21
7. 2043 3:44
8. Faisons Envie 3:42
9. (En Duo Avec Chloé Mons) Cantique Des Cantiques 7:35
10. Madame Rêve 5:11
11. Ma Petite Entreprise 4:09
12. Martine Boude 5:22
13. Bijou Bijou 6:29
14. Angora 2:26
15. Malaxe 6:51

CD 23/24
Dimanches A L'Elysée 

CD 1 
1. Comme Un Légo 9:44
2. Je T'Ai Manqué 3:40
3. Hier A Sousse 3:39
4. Volontaire 2:58
5. Mes Prisons 3:42
6. Samuel Hall 5:50
7. Vénus 4:01
8. La Nuit Je Mens 4:55
9. Je Tuerai La Pianiste 4:42
10. Légère Eclaircie 5:18
11. Mes Bras 5:32


CD 2 
1. A Perte De Vue 7:04
2. Happe 3:24
3. J'Passe Pour Une Caravane 3:54
4. Everybody's Talkin' 3:14
5. Osez Joséphine 3:56
6. Fantaisie Militaire 5:51
7. Madame Rêve 6:46
8. To Bill 4:36
9. Vertige De L'Amour 3:24
10. Malaxe 8:30
11. Angora 2:52
12. Nights In White Satin 4:25 



CD 25
Documents Duos Raretés Vol. 1 
1. Kalabougie (Version Kalabougé) 7:35
2. Les Lendemains Qui Tuent 2:24
3. (Avec Françoise Hardy) Que Reste-T'Il De Nos Amours ? 4:18
4. Inside Dope 3:37
5. Avec Le Temps 6:01
6. (Avec Rodolphe Burger) Samuel Hall 5:27
7. (Avec Daniel Darc) L.U.V. 5:13
8. Elégance (Version Divan) 5:03
9. Beaujolais Novö 3:16
10. Spiele Mich An Die Wand 4:44
11. Bombez ! 3:03
12. Lavabo (Live) 3:37
13. (Avec Dionysos) La Panique Mécanique 4:07
14. Feu 3:20
15. Stille Nacht 3:51
16. Silence Mes Anges 4:39
17. (Avec Zend Avesta) Mortel Battement/Nocturne 6:04

CD 26
Documents Duos Raretés Vol. 2 
1. (Avec Jean-Paul Roy & Marc Ribot) A Ostende 4:46
2. L'Eau Et Le Vin 4:14
3. (Avec Marc Ribot) Les Grands Voyageurs 3:19
4. Le Sud 4:48
5. Les Mots Bleus 5:08
6. (Avec Arman Méliès) Ivres 3:54
7. (Avec Rachid Taha) Ode A La Vie 4:37
8. (Avec Brigitte Fontaine) City 3:21
9. Tue-Moi, Je Te Couvrirai 3:04
10. (Avec Aston Villa) Slow Food 2:47
11. (Avec Noir Désir) Volontaire 3:22
12. (Avec M*) What's In A Bird 3:45
13. Chanson Du Loup 2:24
14. Animal On Est Mal 3:50
15. Le Tango Funèbre 4:15
16. Céline 4:07
17. Les Amants D'Un Jour 3:23
18. Bruxelles 2:41
19. Sur Un Trapèze (Live Acoustique) 3:15
20. Je T'Ai Manqué (Live Acoustique) 3:15
21. Résidents De La République (Live Acoustique) 3:14

CD 27
Documents Duos Raretés Vol. 3 
1. La Nuit Je Mens (Archive) 4:26
2. Dehors (Live Studio) 4:46
3. Max Amphibie 2:56
4. Hier A Sousse (Version Alternative) 3:33
5. That's All Right Mama 1:47
6. Station-service (Live) 2:38
7. Hey Joe (Live Studio) 4:56
8. Cadillac (Maquettes) 2:43
9. La Foule Est Beautiful (Inédit - Archive) 5:04
10. Osez Joséphine (Archive) 6:10
11. Ma Petite Entreprise (Archive) 4:53
12. J'Braconne (Inédit - Archive) 4:08
13. La Fille De La Maison Des Dunes (Inédit) 3:54
14. Angora Irréel 6:10
15. Malaxe (Archive) 4:17
16. Comme Un Légo (Archive) 8:46


BONUS
Alain Bashung "L'Homme à la Tête de Chou" (2011)
ou "Hommage"

Avec des modifications mineures à l'œuvre originale, Bashung reprend l'intégralité du grand classique de Gainsbourg de 1976 : L'Homme à la Tête de Chou. Quand aux circonstances de cet enregistrement, je ne sais rien. Sa sortie posthume m'a, je dois l'avouer, cueilli. Mais, à vrai dire, on se fout des circonstances, l'important est ailleurs. En l'occurrence dans l'interprétation qui, pour être réussie, n'en demeure pas moins trop fidèle pour réellement se démarquer, malgré de mineurs changements apportés aux arrangements. Il n'y a, ici, quasi-rien qui permette de considérer cette version comme autre chose qu'une relecture appliquée (presque scolaire) de son modèle. Le résultat n'est pas désagréable, loin s'en faut, et tournera probablement régulièrement sur les platines de ceux qui l'auront acheté, on eût simplement espéré une approche radicale, plus déviante... C'est donc un album agréable, troussé par une bande de musiciens révérends et talentueux où Bashung (comme un poisson dans l'eau) n'a qu'à poser sa voix (ce qu'il fait avec succès).

1. L'Homme à tête de chou 2:42
2. Chez Max coiffeur pour hommes 1:12
3. Marilou Reggae 2:36
4. Transit à Marilou 1:32
5. Flash Forward 2:18
6. Aéroplanes 2:09
7. Premiers symptômes 2:25
8. Ma Lou Marilou 3:06
9. Variations sur Marilou 8:59
10. Meurtre à l'extincteur 3:16
11. Marilou sous la neige 2:38
12. Lunatic Asylum 3:21

Interprétation : Alain Bashung
Orchestration, arrangements : Denis Clavaizolle
Claviers, piano, programmations, guitares, basses : Denis Clavaizolle
Programmations : Jean Lamoot
Trompette : Erik Truffaz
Guitare : Frédéric Havet
Percussions : Pierre Valéry Lobé et Mamadou Koné
Batterie : Yann Clavaizolle
Violon : Aurélie Chenille
Violoncelle : Guillaume Bongiraud
Chœurs : Morgane Imbeaud

BONUS DE PLUS
Alain Bashung "En Amont" (2018)
ou "Je vous laisse juge..."

On peut se demander s'il fallait vraiment sortir les outtakes de Bleu Pétrole parce que, enfin, aller au-delà de la volonté de l'artiste qui avait écarté ces chansons à un côté forcément mercantiliste et un peu indécent. Mais, bon, quand on est fan, on tombe forcément dans le panneau et on se dit, même si on n'arrive pas à ne pas totalement tripper, que ça ne vaut pas un Fantaisie Militaire, une Imprudence ou un Osez Joséphine, mais que c'est toujours ça de pris et qu'on ne boudera pas son plaisir, fut-il un peu forcé...
On peut, à partir de là, craindre un tsunami de chutes réarrangées mais, promis juré par Mme Bashung herself, Chloë Mons, ce sera tout, il n'y aura plus rien d'autre. On apprécie donc, pour ce qu'elles sont, de petites chansons qu'on aurait pu ne jamais entendre, forcément accessoires mais pas désagréables, et présentement retapées par la Valentine Edith et Dominique A., un En Amont, accessoire, dira-t'on...
Clap de fin ? Souhaitons, à moins qu'une vraie belle œuvre perdue ne se cache quelque part... Mais sinon, c'est sûr, la messe et dite et En Amont, à défaut d'un final en apothéose, est un petit bonus sympathique d'un grand artiste qui fit beaucoup mieux au meilleur de sa forme.

1. Immortels 4:24
2. Ma peau va te plaire 3:50
3. La Mariée des roseaux 4:35
4. Elle me dit les mêmes mots 4:52
5. Les Salines 3:32
6. Montevideo 3:17
7. Les Arcanes 5:26
8. Seul le chien 4:03
9. Les Rêves du vétéran 4:04
10. Un beau déluge 3:03
11. Nos âmes à l'abri 4:40

Alain Bashung
: voix, harmonica
Dominique A : guitare acoustique sur Immortels et Seul le chien
Édith Fambuena : Guitares, programmation

lundi 10 juillet 2017

U comme...

Unique, universel, utile ou usurpateur, on a toujours besoin d'un p'tit coup de U (dada!) dans la vie. La preuve par 8. Enjoie !

U comme...
U.K. "U.K." (1978)
Supergroupe

Quelle drôle d'idée est passée par la tête des deux ex-King Crimson John Wetton et Bill Bruford quand il décidèrent  de choisir chacun un musicien pour enfin compléter un vieux projet commun remontant à 1976, Bruford convoquant son partenaire de Bruford (le groupe), le guitariste Allan Holdsworth, qui avait auparavant frayé avec Soft Machine, Tony Williams et Gong, excusez du peu !, tandis Wetton misait sur Eddie Jobson, connu pour ses exactions avec Roxy Music et, présentement, "volé" au groupe de Frank Zappa, que pensaient-ils obtenir d'une formation aussi artificiellement assemblée ? Une sacré galette de progressisme fusionnant et modernisé, enfin !
Mais avec de vraies chansons alors parce que, déjà, les prémices de ce que Wetton tentera d'accomplir ensuite, une parfaite fusion de progressisme et de rock FM (avec Asia) sont déjà bien présents dès un In the Dead of Night au refrain d'une radiophonique efficacité. Mas comme il y a les rythmes particuliers de Bruford, la guitare admirablement contenue et émotionnelle d'Holdsworth, et les gris gris d'un Jobson aux multiples talents, ça passe comme une lettre à la poste. Ca passe encore mieux quand, semblant vouloir faire une de ces ballades "à la King Crimson" qui fonctionnenent tellement mieux, les compères font dans le nuancé et la finesse sur un beau By the Light of Day, parfait pendant planant à son explosif devancier permettant, qui plus est, à Jobson de sortir son doux violon pour un solo dont il a le secret. Et que dire de la pièce de conclusion de la trilogie d'ouverture, Presto Vivace and Reprise, si ce n'est que cette sorte de Gentle-Gianterie, clavier psychotique, polyrythmies passionnantes,  cassure harmonieuses (oui !) et évidemment rappel mélodique de l'ouverture pour un final tonitruant sinon qu'elle vous laisse avec un de ces petits sourires idiots fiché sur la face parce que c'est tout de même très bon, tout ça. La suite est à l'avenant de ce spectaculaire début avec un beau et long Thirty Years, 8 minutes tout de même, où un Holdsworth déchainé et inspiré s'en donne à cœur joie, un Alaska en deux parties dont on préfère nettement le dynamisme d'une deuxième partie ébouriffante transitant vers le costaud Time to Kill (encore du pré-Asia qui gagne à l'énergie et à une belle section solo, cette fois) qu'une première nappée de synthétiseurs seuls où, franchement, on peine à garder son intérêt. Puis vient Nevermore, une intro de guitare acoustique de haute volée (ha ! Allan !), quelques nappes de synthés en lien vers le développement d'une composition évoquant fortement ce qu'on image que King Crimson aurait commis avec une équivalente formation, et c'est bon, qu'Est-ce que c'est bon !, parce qu'évidemment, la comparaison avec le navire amiral de l'éminence grise Fripp était un compliment. Après ça, Mental Medication parait presque normal parce que, mélodiquement plus direct, et reprenant certains des "tours" dont le groupe a auparavant fait montre (comme ces petites explosions fusionnantes), il étonne moins. Mais, bien-sûr, avec de pareils musiciens, dans un contexte créatif aussi favorable, il y a de nombreuses raisons de ce contenter d'un final pas exactement en fanfare mais d'une fort belle qualité tout de même notamment dans les interventions solistes d'Holdworth guitariste électrique d'exception et de Jobson qui le taquine sérieusement avec son électro-violon.
Bon, côté obscur de la force, on admettra que certains sons de synthétiseurs (les 80s ne sont plus loin !) n'ont pas exactement bien vieilli (l'intro de Thirty Years m'en est témoin) et que certains "trucs" de productions, des effets inutiles sur la belle voix de Wetton, un côté un peu clinique dans une mise en son manquant un peu de chaleur viennent un tout petit peu tâcher la belle copie sinon sans faute de musiciens qui modernisent un rock progressif qu'ils ont participé à enfanter sur un album efficace, gracieux où virtuosité et mélodie ne se séparent jamais, une vraie belle réussite, quoi !
Ceci dit, il était écrit que ça ne pouvait pas durer, qu'un aussi beau miracle ne pouvait pas se répéter, et si un deuxième album d'U.K. il y eut, Danger Money un an plus tard, c'est sans Bruford et Holdsworth que l'affaire se fit avec un résultat, comment dire ?, pas exactement indigne parce que Jobson et Wetton y font de l'excellent travail et que le batteur choisi, Terry Bozzio (de chez Zappa si vous ne le saviez pas) est un vraie pointure du badaboum technique, mais loin, très loin des sommets atteints par l'impeccable éponyme, un album que j'ai récemment redécouvert, après l'avoir un peu hâtivement démis dans ma jeunesse, et qui, croyez-moi, mérite qu'on s'y (re)penche et examine en détail les moult merveilles qui y figurent.

1. In the Dead of Night 5:38
2. By the Light of Day 4:32
3. Presto Vivace and Reprise 2:58
4. Thirty Years 8:05
5. Alaska 4:45
6. Time to Kill 4:55
7. Nevermore 8:09
8. Mental Medication 7:26

Allan Holdsworth – guitar
Eddie Jobson – keyboards, electric violin, electronics
John Wetton – bass, lead and backing vocals
Bill Bruford – drums, percussion


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ULTRAVOX "Ultravox!" (1977)
Première incarnation

Alors que le punk rock n'en est qu'à ses premières gesticulations britanniques, déjà, quelque part en Angleterre, l'avenir se prépare...
Evidemment, l'élément qui changera tout du son du groupe et le transformera en authentique formation synthpop, Midge Ure évidemment, n'est pas encore arrivé mais déjà, sous le vernis post-punk, les tentations pop et électroniques apparaissent déjà. Evidemment, l'assistance de Brian Eno (producteur de l'opus) est pour beaucoup dans un esthétisme abouti et avant-gardiste à la fois permettant à moult compositions du groupe de prendre un tout autre essor en plus d'un cousinage avec quelques gloires passées (Roxy Music et Hawkwind en particulier).
Dans les faits, ça donne des chansons tantôt encore largement assimilables à l'explosion crêtée qui vient de secouer les sujets de sa gracieuse majesté (Sat'day Night in the City of the Dead qui n'est pas moins énergique qu'un Clash de la même année, Life at Rainbow's End (For All the Tax Exiles on Main Street) qui bien que plus calme contient une vraie colère larvée, Wide Boys qui semble vouloir réveiller le glam rock à l'aulne d'une régénération punkoïde), tantôt d'authentiques chansons pop aux arrangements révélant ce que le groupe deviendra quelques années plus tard (le presque progressif I Want to Be a Machine, les tentations synthé-reggae de Dangerous Rhythm, la kraftwerkerie réussie de My Sex) mais, surtout, d'excellentes compositions n'ayant pas pris la moindre ride aujourd'hui, ce n'était pas gagné d'avance.
Et donc, alors que son quarantième anniversaire n'est plus très loin, Ultravox! demeure un album à la fois typique de son époque et en même temps intemporel et, par conséquent, aussi écoutable aujourd'hui que le jour de sa révélation au monde ébahi, oui, au monde ébahi et tant pis si ce ne sera pas le plus grand succès du groupe, c'est indéniablement une de ses plus belles pages.

1. Sat'day Night in the City of the Dead 2:35
2. Life at Rainbow's End (For All the Tax Exiles on Main Street) 3:44
3. Slip Away 4:19
4. I Want to Be a Machine 7:21
5. Wide Boys 3:16
6. Dangerous Rhythm 4:16
7. The Lonely Hunter 3:42
8. The Wild, The Beautiful and the Damned 5:50
9. My Sex 3:01
Bonus
10. Slip Away (Live) 4:12
11. Modern Love (Live) 2:31
12. The Wild, The Beautiful and the Damned (Live) 5:18
13. My Sex (Live) 3:05

Warren Cann – drums, backing vocals
Chris Cross – bass, backing vocals
Billy Currie – keyboards, violin
John Foxx – lead vocals, acoustic guitar on "I Want to Be a Machine"
Stevie Shears – guitars
&
Phil Collins - drums (sampled from "Sky Saw") on "My Sex"


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UNDERWORLD "Second Toughest in the Infants" (1996)
Rave with your Head on!

Dubnobasswithmyheadman, le premier opus électronique d'Underworld, on préfèrera oublier ce qui s'est passé avant puisqu'il ne mérite pas notre attention, avait été une révélation, Second Toughest in the Indants est une confirmation, encore plus dans la version bonussée ici présente, une version cousine d'un film alors tout nouveau tout beau (Trainspotting) puisque le principal bonus en est la musique utilisée par Danny Boyle pour son épopée dope (Born Slippy évidemment). L'album dans son ensemble est un incroyable exercice d'équilibre entre transe technoïde hyper-sudatoire et musique électronique intelligente, sensible et mélodique parce que si, évidemment, cette musique peut servir à danser, elle est avant tout l'expression complexe d'un trio qui se soucie réellement de créer des ambiances, de repousser les limites des "boum boum" des rave parties en leur donnant une vie en dehors du dance-floor. Certes l'album est nettement plus transe cette fois-ci que le coup d'avant mais ménage de salutaires plages de planeries ouateuses qui font parfaitement le balancier. Et puis, franchement, comme tout est fait avec une classe et un esprit qu'on ne croise pas si souvent dans les musiques électroniques, il n'en faut pas plus, et certainement pas de se lancer dans l'analyse méthodique de l’œuvre, pour la recommander pour ce qu'elle est : une des plus belles réussites d'une intelligent techno qui, au cœur des 90s, révolutionne le monde de la musique au moins autant que les agissements électriques des gars de Seattle... Essentiel !

1. Juanita : Kiteless : To Dream of Love 16:36
2. Banstyle/Sappy's Curry 15:22
3. Confusion the Waitress 6:47
4. Rowla 6:31
5. Pearl's Girl 9:36
6. Air Towel 7:37
7. Blueski 2:55
8. Stagger 7:37

Bonus CD
9. Born Slippy .NUXX 11:40
10. Rez 9:55

Karl Hyde - vocals, guitars
Rick Smith - keyboards and mixing, backing vocals
Darren Emerson - keyboards and mixing


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UNIVERS ZERO "Hérésie" (1979)
Sombre Belgique

Des belges qui font peur ! Parce que, dans leur définition sombre et hantée du rock progressif, nos amis d'outre-Quiévrain n'ont pas leur pareil pour construire d'angoissantes beautés, comme sur leur seconde création, le fascinant Heresie.
Univers Zero, fondé en 1974 par le batteur Daniel Denis et le trompetiste Claude Deron sous le lovecraftien patronyme de Necronomicon, a certes des atours des français de Magma (dont il accepte d'ailleurs l'influence) mais aussi une vraie personnalité qui le voit souvent glisser vers la musique contemporaine, en particulier Stravinsky. Présentement, en seulement trois titres (trois épopées, plutôt, vu leur impressionnant format), trois compositions à glacer les sangs où les cinq musiciens n'en font pas plus que nécessaire pour construire leur impressionnants climats, où la maîtrise est instrumentale indéniable d'authentiques virtuoses n'est jamais vainement mise en avant. Dans les faits, ça nous donne déjà La Faulx, le plus Magma du lot du fait des vocalistes "vanderiennes" de Guy Segers, et ses 25 minutes commençant dans l'abstraction puis, comme si le groupe sortait d'un épais brouillard pour construire un magistrale et sombre crescendo où violon, batterie tribale, voix possédée avant que le climat ne s'apaise en une belle mélodie nous emmenant vers un final éthéré mais encore tendu en forme de progressif retour vers la réalité. Enorme ! Après ce monstrueux "machin", Jack the Ripper et Vous le Saurez en Temps Voulu auraient presque des allures de normalité mais, encore grandement infusés des précieuses sorties de routes, des détours harmoniques, des polyrythmies imaginatives, il s'y passe toujours quelque chose. On y remarque en particulier l'immense talent d'un Patrick Hanappier, violoniste/violiste de son état, contribuant idéalement aux climats tendus comme élégiaques.
Parfaitement mis en son, ça pulse, ça gronde, ça grince mais jamais ça n'agresse le tympan délicat, Heresie est probablement l'œuvre la plus fantastiquement renversante de ses créateurs (ce qui n'est pas peu dire vu la qualité de leur catalogue où 1313, Uzed et Clivages sont également essentiels), une galette comme on n'en croise hélas pas assez souvent et qui, plus de 35 ans après sa sortie, continue d'épater jusqu'aux jeunes pousses clientes des nouvelles tendances de musiques sombres. Fort, très fort.

1. La Faulx 25:18
2. Jack the Ripper 13:29
3. Vous le saurez en temps voulu 12:56
Bonus
4. Chaos Hermétique 11:51

Roger Trigaux: guitar, piano, organ, harmonium
Guy Segers: bass, voice
Michel Berckmans: oboe, bassoon
Patrick Hanappier: violin, viola
Daniel Denis: drums, percussion


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UNION STATION, ALISON KRAUSS & "Paper Airplane" (2011)
Belle de Nature

L'album du retour à la normalité après l'énormissime succès d'un Raising Sand ayant vu une superbe, et surprenante, rencontre avec la légende du (hard) rock que vous savez ? Oui. Mais un petit évènement en soi puisque fêtant les retrouvailles d'Alison Krauss et d'Union Station 7 ans après leur dernière collaboration, mais ça c'est pour les américains parce qu'en France...
C'est un fait qui ne pourra être nié, la France est imperméable à la musique country quelque soit son inclinaison (parce que la country est un ensemble de sous-genres) ou sa valeur. Parlez à un de nos nationaux de contemporary bluegrass, ce dont il s'agit ici, et vous obtiendrez, au mieux, un roulement d'yeux circonspect, presque moqueur. Sans doute les cliché de la country traditionnelle, ou au moins de celle qui se vend massivement outre-Atlantique, chapeaux de cowboys et américanisme triomphant, sont il en grande partie responsables de cette désaffection parce que, franchement, à l'écoute de ce Paper Airplane, 5ème album avec d'Alison Krauss avec Union Station (6ème en comptant le Live at the Louisville Palace de 2002), il y a moult motifs de satisfaction. Déjà parce que la voix douce et caressante d'Alison, au chant lead sur 8 des 11 compositions, y est l'indéniable star servie qu'elle est par les instrumentations essentiellement acoustiques qu'elle produit avec ses camarades de jeu. Ensuite parce qu'il y a, dans ce panorama roots voguant entre chansons entraînantes et douces-amères, on trouve une variété qui, ne nuisant nullement à la cohérence de l'ensemble, vous promène dans une Amérique rurale mais pas attardée. Enfin parce que, outre la qualité de l'ensemble de la tracklist, on découvre les interprétations joueuses d'instrumentistes précieux s'amusant visiblement beaucoup à habiter le répertoire de petits tours savoureux mais jamais, merci !, envahissants.
Paper Airplane, c'est l'évidence, est une galette qu'on aimera posséder ne serait-ce que pour prouver, en plus du réel plaisir d'écoutes solitaires, aux méchants esprits que la musique country, et bluegrass présentement, peut aisément dépasser le cadre clicheteux où on a trop souvent tendance à la remiser. Recommandé.

1. Paper Airplane 3:36
2. Dust Bowl Children 3:06
3. Lie Awake 3:55
4. Lay My Burden Down 3:52
5. My Love Follows You Where You Go 4:03
6. Dimming of the Day 5:20
7. On the Outside Looking In 3:35
8. Miles to Go 2:54
9. Sinking Stone 4:42
10. Bonita and Bill Butler 4:03
11. My Opening Farewell 4:08

Barry Bales - bass, vocal harmony
Ron Block - banjo, guitar
Jerry Douglas - dobro, vocal harmony
Alison Krauss - fiddle, vocals, harmony, vocals
Dan Tyminski - guitar, mandolin, vocal harmony, vocals


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UNUN "Super Shiny Dreams" (1995)
Petite boutique des merveilles

Outre le fait qu'il fut formé par un ex-Sugarcubes (Thor Eidon, le guitariste) quand ceux-ci furent lâchés par leur elfique vocaliste (Björk, évidemment), il y a peu d'infos sur Unun, formation islandaise aujourd'hui séparée et, pour ainsi dire, oubliée.
L'album, le seul d'Unun en fait, Super Shiny Dreams, aurait d'abord été disponible dans leur langue avant d'être adapté et proposé à une échelle plus internationale par l'indépendant Bad Taste Records, c'est de cette version dont il s'agit ici. Sans vraiment de surprise, on retrouve ici le même allant, la même légèreté que dans les œuvres des Sugarcubes avec, toutefois, une inclinaison vers le plus rock de la britpop féminisée comme exemplifié sur le dynamique single I See Red (où on pense à Echobelly), quelques atours new-waveux et même d'une influence Pixies parfois évidente si jamais envahissante (First Aid). Comme les Cubes, Unun, mené par une vocaliste à la voix mutine et post-adolescente (Heida), crée une musique sans complication artistique particulière, juste un bouquet de bonnes petites chansons accrocheuses et efficaces qui, leur chance offerte d'atteindre un public plus large, aurait bien pu créer une petite sensation du type dont les médias anglais spécialisés du genre (NME, Melody Maker) sont friands. D'attaques punkoïdes toujours mélodiques (I See Red, Unun, Ve la Gonzesse, SOS Aurora) à d'agréables douceurs power pop (Fistful of Love, Kung Fu Blue, The Good Friday) en passant par quelques instants plus tempérés récupérateurs (Dead & Breakfast, Première), les cinq couvrent habilement le spectre du genre garnissant leurs compositions de gimmicks attirants, d'arrangements malins dopant de déjà joliment troussées compositions.
Si l'originalité de la chose peut largement être contestée, Super Shiny Dreams n'en est pas moins un album attachant et réussi d'une formation qui méritait mieux que le complet anonymat où elle se voit aujourd'hui reléguée. Soyez curieux, jetez y une oreille... et même les deux !

1. First Aid 4:49
2. Fistful Of Love 3:43
3. I See White 0:59
4. I See Red 3:29
5. Far 4:39
6. Unun 1:25
7. Kung Fu Blue 3:25
8. Dead & Breakfast 4:09
9. The Good Friday 4:20
10. Ve La Gonzesse 3:33
11. Sos Aurora 2:27
12. Premiere 5:18
13. Blow My Fuse 1:52
14. Lie To Me 3:03

Heida - vocals
Thor Eidon - guitar
Dr. Gunni - bass, guitar, throat
Johan Johansson - keyboards, sampling
Obo - drums
&
Sigtryggur Baldursson - drums (9)
Amar G. Omarsson - drums (2, 4, 6, 11, 14)
José Cuervo - brute & frenchman


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UPSETTERS, MAX ROMEO & THE "War Ina Babylon" (1976)
Balcony Wars

C'est une des plus fameuses réussites de cette première vague reggae qui débarqua sur les talons de l'explosion commerciale de Bob Marley et de ses Wailers, c'est War Ina Babylon par Max Romeo et les Upsetters, et Lee "Scratch" Perry, éminence grise et producteur, que l'on n'oublie évidemment pas.
D'ailleurs, même si on voulait l'oublier, la mise en son nous ramènerait vite à la réalité parce que ces basses aquatiques, cette lourdeur groovy quasi-dub immédiatement identifiable, c'est du Lee Perry tout craché ! Et c'est parfait pour la belle collection de composition roots reggae fomentée par le producteur et son vocaliste de la circonstance, ce Max Romeo déjà auteur d'un Revelation Time un an plus tôt, déjà pour le label Black Ark mais sans Perry (au moins officiellement).
C'est donc l'opus de la confirmation et, pour beaucoup, l'album de la révélation que Bob Marley n'était pas le seul à combiner spiritualité et résistance dans une musique où la chaleur et la chaloupe ne doit pas faire oublier la situation socio-économique dans laquelle tout ceci vit le jour. Parce que Romeo n'est pas que le chanteur grivois que certains avait repéré au début des septantes (auteur de joyeusetés telles que Wet Dream ou Pussy Watch Man) mais aussi un auteur conscient qui sait recracher l'amère constat d'une Jamaïque inégalitaire et  violente.
Ca donne un album qui en remontre aux Burning Spear et autres Wailers dans le domaine du reggae qui pense très fort à la révolution. Et puis, considéré par Lee "Scratch" Perry soi-même comme faisnt partie de sa Sainte Trinitié de la période Black Ark (avec Police and Thieves de Junior Murvin et le Party Time des Heptones), c'est une recommandation qu'on peut faire aux amateurs du genre les yeux fermés mais les oreilles grandes ouvertes !

1. One Step Forward 5:15
2. Uptown Babies 5:00
3. Chase the Devil 3:27
4. War ina Babylon 4:51
5. Norman 4:50
6. Stealin' 3:04
7. Tan and See 4:36
8. Smokey Room 3:03
9. Smile out of Style 3:32

Lead vocals – Max Romeo
Male harmony vocals – Barry Llewellyn, Earl Morgan
Female harmony vocals – Cynthia Scholas, Marcia Griffiths
Production and engineering – Lee "Scratch" Perry
The Upsetters 1976
(non crédités sur l'album autrement que par le nom du groupe)
Michael "Mikey Boo" Richards – drums
Anthony "Benbow" Creary – drums
Noel "Skully" Simms – percussion
Boris Gardiner – bass
Earl "Chinna" Smith – guitar
Keith Sterling – piano
Bobby Ellis – horns
"Dirty" Harry Hall – horns
Herman Marquis – horns
Vin Gordon – trombone


U comme...
URIAH HEEP  "Demons & Wizards" (1972)
Heep Heep Heep... Uriah !

On les décrit souvent comme un Deep Purple de seconde division, c'est une indéniable injustice parce qu'Uriah Heep en 1972, qui sort alors son 4ème album, a une vraie personnalité illustrée de suffisamment de trucs personnels, et d'une histoire aussi ancienne que celle de leurs prétendus modèles, pour les considérer comme leur propre animal.
Il suffit d'ailleurs, pour s'en convaincre, d'écouter ce Demons and Wizards depuis justement passé à la postérité, dans la légende. A commencer par l'emballage initial de trois chansons aussi variées que concises avec un The Wizard qui, mené par une guitare acoustique déborde tout juste sur le hard rock et fonctionne parfaitement comme ça, un Traveller in Time qui semble vouloir commencer très dur mais tourne vite en classic rock parfaitement mené pas la voix d'un David Byron sachant quand pousser ses cordes vocales dans leurs derniers retranchements, et un Easy Livin', tube incontestable, où l'orgue prend définitivement plus de place que la guitare. Evidemment, parce qu'ils ont largement les facultés pour, les gars d'Uriah Heep savent aussi injecter quelque doses d'un progressisme tellement d'époque qu'on ne peut quasiment pas l'éviter, c'est le cas sur les deux longues chansons de l'album, Circle of Hands et The Spell, mais sans jamais le moindre excès, sans se reposer sur une construction alambiquée, non, là n'est pas le style des londoniens préférant les crescendos poignants aux vaines démonstrations instrumentales. Et il est peut-être là le particularisme fondamental d'Uriah Heep, posséder la puissance et la capacité de faire beaucoup et bien mais garder toujours en tête que, fondamentalement, seule la chanson compte et que, jusque dans les soli, on se doit de rester supra-mélodique, ce qui est présentement magnifiquement accompli. Parce que si Mick Box, guitare, et Ken Hensley, claviers, Gary Thain, basse, décédé en 1975 à seulement 27 ans, etc., sont de brillants instrumentistes, ils sont avant tout de précieux compositeurs et arrangeurs pour qui cette nouvelle donne, cette nouvelle façon de faire plus de bruit avec ses instruments, est avant tout le véhicule de l'écriture, on ne les critiquera pas là-dessus.
Surtout quand ça donne un album tel que Demons and Wizards, petite merveille d'équilibre entre lourdeur et légèreté, électricité et acoustique, pompe et finesse, où tout est bon. Rien que ça laisserait baba, quand on sait, en plus, qu'ils renouvelleront l'exploit seulement six mois plus tard, avec l'également recommandé The Magician's Birthday, on se dit que, vraiment, Uriah Heep, dans sa période classique (70-78, en gros), mérite mieux qu'une réputation d'éternel second-couteau parfaitement en-dessous de lui.

1. The Wizard 2:59
2. Traveller in Time 3:25
3. Easy Livin' 2:37
4. Poet's Justice 4:15
5. Circle of Hands 6:25
6. Rainbow Demon 4:25
7. All My Life 2:44
8. Paradise 5:10
9. The Spell 7:32
Bonus
10. Why (B-side) 4:53
11. Why (Long version) 7:39
12. Home Again to You (demo) 5:28

David Byron - Lead Vocals
Mick Box - Lead Guitars
Ken Hensley - Keyboards, Guitars, Percussion, Vocals
Lee Kerslake - Drums, Percussion, Vocals
Gary Thain - Bass Guitar
&
Mark Clarke - Bass Guitar (1, 10, 11), vocals (1)


samedi 27 mai 2017

P comme...


Toujours adepte de la diversité, le Zornophage vous propose une sélection qui vous promènera du jazz, au rock en passant par d'la chanson bien d'chez nous (mais revisitée !), de la folk, du funk ou du heavy metal ! Bref, pour tous les goûts et toutes les P-riples ! Enjoie.

P comme...
PASTORIUS, JACO "Jaco Pastorius" (1976)
Le Roi de la Fusion

Membre d'une authentique légende du jazz fusion, Weather Report évidemment, instrumentiste d'exception comme chacun le sait, grand espoir détruit par des addictions autodestructrices à un beaucoup trop jeune âge hélas, Jaco Pastorius ne connut qu'une trop brève et peu productive carrière solo dont cet éponyme inaugural est assurément le "crown jewel". Au programme, pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce vrai beau classique, évidemment une énorme démonstration de guitare basse, c'est son album après tout, mais pas seulement parce que Jaco est aussi un compositeur et arrangeur (le Donna Lee de Bird en intro de l'opus est une splendeur tout en ascèse et délicatesse). C'est aussi un fantastique vulgarisateur n'hésitant pas à élargir le spectre (de la funk/soul de Come On Come Over, avec Sam & Dave aux vocaux, à des morceaux d'inspiration quasiment classique, Okonkole Y Trompa ou Speak Like a Child) ce créateur vorace et touche-à-tout ne se refuse rien, n'oubliant évidemment pas sa base fusion, et, plus fort encore !, réussit tout. Et dire qu'il n'a alors que 24 ans ! On sait l'immense gâchis que fut sa déchéance physique et mentale, et l'impact que tout ceci eut sur sa musique mais, en 1976, Jaco Pastorius est simplement le jazzman de l'année !, et son album un immanquable indispensable à toute collection qui se respecte.

1. Donna Lee 2:27
2. Come On, Come Over 3:54
3. Continuum 4:33
4. Kuru/Speak Like A Child 7:43
5. Portrait Of Tracy 2:22
6. Opus Pocus 5:30
7. Okonkolé Y Trompa 4:25
8. (Used to Be A) Cha-Cha 8:57
9. Forgotten Love 2:14

- "Donna Lee"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas

- "Come On, Come Over"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas
Herbie Hancock - clavinet, Fender Rhodes electric piano
Narada Michael Walden - drums
Sam Moore - vocals
Dave Prater - vocals
Randy Brecker - trumpet
Ron Tooley - trumpet
Peter Graves - bass trombone
David Sanborn - alto sax
Michael Brecker - tenor sax
Howard Johnson - baritone sax

- "Continuum"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Alex Darqui - Fender Rhodes electric piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Kuru/Speak Like A Child"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - piano
Don Alias - congas, bongos
Bobby Economou - drums
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Michael Gibbs - string arrangement

- "Portrait of Tracy"
Jaco Pastorius - electric bass

- "Opus Pocus"
Jaco Pastorius - electric bass
Wayne Shorter - soprano sax
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Othello Molineaux - steel drums
Leroy Williams - steel drums
Lenny White - drums
Don Alias - percussion

- "Okonkole Y Trompa"
Jaco Pastorius - electric bass
Peter Gordon - French horn
Don Alias - okonkoko iya, congas, afuche

- "(Used To Be A) Cha Cha"
Jaco Pastorius - electric bass
Hubert Laws - piccolo, flute
Herbie Hancock - piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Forgotten Love"
Herbie Hancock - piano
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Matthew Raimondi - violin
Max Pollinkoff - violin
Arnold Black - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Al Brown - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Alan Shulman - cello
Richard Davis - bass
Homer Mensch - bass
Michael Gibbs - string arrangement, conductor


P comme...
PEARL JAM "No Code" (1996)
Classic Rock

Pearl Jam change, Pearl Jam évolue, Pearl Jam surprend... Mais seulement ceux qui n'avaient pas prêté attention aux racines bien implantées de cinq de Seattle, et de leur quasi-inamovible producteur, Brendan O'Brien. Les racines en question sont celles qui relient Vedder et ses amis à Bruce Springsteen, Neil Young et plus généralement à toute la tradition du rock américain blue collar concerné. Il y avait déjà de très présents indices sur Ten, Vs. et Vitalogy, de plus en plus évidents à chaque album, sur No Code, la transition est accomplie. Ce n'est pas à dire que toute trace d'agressivité électrique punkoïde ait disparue, non, encore cette fois, depuis Vitalogy en fait, ces gars-là savent faire parler la poudre dans de courtes saillies cure-tympans de première bourre (Hail Hail, Habit, Lukin, tous très réussis) mais, cette fois, ils s'aventurent aussi très souvent dans de territoires qu'ils n'avaient précédemment qu'effleuré d'une folk rock plus que convaincante (Who You Are et ses flaveurs indiennes, Off He Goes ou le Boss romantique bien revisité, l'aérien Present Tense ou la magnifique ballade "à la Neil" de clôture, Around the Bend) à un rock mesuré encore bouseux sous les semelles (un Sometimes rampant d'ouverture, un Smile ou un Red Mosquito qui doivent beaucoup au Loner). Et donc, fidèle à lui-même et malgré tout en constante évolution, avec cette fois une production "normale" (contrairement aux délires de Vitalogy) qui met parfaitement en valeur les qualités d'auteurs de Gossard, Ament & Cie, mais surtout d'Eddie Vedder qui s'y impose, encore plus que le coup d'avant où il dominait pourtant, comme l'aiguillon d'une formation qui sait où elle va, directement au Panthéon des grands rockers étatsuniens !

1. Sometimes 2:40
2. Hail, Hail 3:41
3. Who You Are 3:50
4. In My Tree 3:59
5. Smile 3:52
6. Off He Goes 6:02
7. Habit 3:35
8. Red Mosquito 4:03
9. Lukin 1:02
10. Present Tense 5:46
11. Mankind 3:28
12. I'm Open 2:57
13. Around the Bend 4:35

Jeff Ament – bass guitar, guitar, Chapman, vocals
Stone Gossard – guitar, vocals, piano, lead vocals on "Mankind"
Jack Irons – drums
Mike McCready – guitar
Eddie Vedder – lead vocals, guitar, harmonica
&
Brendan O'Brien – piano


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PENTANGLE "Open the Door" (1985)
Retour d'affection

L'album du retour pour les folk-rockers anglais de Pentangle, avec un line-up quasiment inchangé, seul le guitariste John Renbourn manque remplacé par le guitariste et violoniste Mike Piggott, Open the Door est tout sauf une surprise reprenant les choses exactement là où le quintet les avaient laissés, 13 ans plus tôt, avec le mi-cuit Salomon's Seal... L'inspiration en plus !
On y retrouve donc cette folk typiquement anglaise où quelques bruns de jazz viennent se glisser, moins que pendant le premier run de Pentangle mais toujours bien présents, salutairement. Parce que sans leur edge, sans ces soli à la marge d'un Mike Piggott digne remplaçant du Renbourn manquant, violoniste inspiré en plus de guitariste, il est fort à parier que ce groupe n'aurait pas départi des nombreuses formations d'un genre plus ou moins similaire et, du coup, probablement sombré dans la masse. Mais il y a ce particularisme et des chansons, toutes composées par le groupe outre une belle reprise de Milton Nascimento (Mother Earth), qui continue donc, là où certains de leurs collègues favorisent l'adoption d'un répertoire séculaire, de créer son propre morceau d'histoire entre passé et présent. Parce qu'il y a indéniablement un lien fort avec une tradition musicale britannique dans l'art consommé de Pentangle et de son songwriter en chef, Bert Jansch, d'accommoder ce style fondamentalement ancien à sa verve compositionnelle.
En chansons, ça donne 9 originaux plein de sensibilité et de nuance où voix masculines et féminine s'épousent pour le meilleur et où, forcément, les performances instrumentales, Jansch et Piggott, l'un acoustique l'autre électrique, sont deux fameux six-cordistes tout sauf outrancièrement démonstratifs, qui plus est. Parfois, on pense presque au Fleetwood Mac de Rumours débarrassé de ses oripeaux américains (Dragonfly, Sad Lady), d'autre fois, on plonge dans une merveille de petit instrumental mélodieux et délicat (The Dolphin), parfois encore, on flirte avec le blues avec talent (Lost Love) ou une folk jazzée et progressive avec doigté (Street Song et un mémorable solo de contrebasse de Danny Thompson), ou ailleurs on plonge dans de belles ballades hors du temps où la voix caressante de Jacqui McShee fait fureur (Child of the Winter,  Yarrow), toujours avec talent, avec une qualité d'écriture et d'interprétation qui fait qu'on ne peut que fêter ce retour aux affaires en forme de triomphe créatif.
Open the Door, longtemps indisponible en format CD avant un salutaire retour en 2006 sur le label revivaliste Talking Elephant, relance réussie d'une formation trop longtemps absente est tout simplement un petit bijou de folk d'aujourd'hui, même 30 ans après sa sortie.

1. Open the Door 4:20
2. Dragonfly 3:14
3. Mother Earth 2:43
4. Child of the Winter 5:08
5. The Dolphin 2:45
6. Lost Love 3:42
7. Sad Lady 3:48
8. Taste of Love 4:11
9. Yarrow 4:38
10. Street Song 5:31

Terry Cox - drums, percussion, vocals
Bert Jansch - acoustic guitar,vocals
Jacqui McShee - vocals
Mike Piggott - violin, acoustic and electric guitar
Danny Thompson - double bass


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PIGALLE "Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant" (1990)
Regards Admiratifs sur la gracieuse et palpitante œuvre de François Hadji-Lazaro, personnage rondelet mais ô combien talentueux

Le second album de Pigalle. Avec son titre à rallonge, son écriture reliée au quotidien sans perdre un iota de sa qualité littéraire, sa pochette quasi-légendaire (signée Tardi), Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant est le triomphe de François Hadji-Lazaro pourtant également membre/leader des Carayos et des Garçons Bouchers, le triomphe d'une certaine idée de la musique de chez nous, aussi.
Pour qui connaît le parcours de François, un folkeux à l'origine, un amoureux de la chanson réaliste des Mmes Damia, Fréhel et Piaf aussi, ce second album de son Pigalle, parce que s'il y a d'autres musiciens avec lui ils ne sont que de simples exécutants ici, est tout sauf une surprise. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, ce n'est pas d'une histoire, pas d'un concept album dont il s'agit même si une vraie thématique d'ensemble relie toutes les créations en un tout cohérent absolument satisfaisant. Hybride des goûts de son leader, Regards Affligés est donc, avant tout, une fantastique collection de chansons néo-réalistes comme la nouvelle chanson française s'y essaiera quelques années plus tard.
Musicalement, cependant, on est loin de rester uniquement dans ce petit domaine avec de vraies traces du punk du premier album (Dans les Prisons, En bas en haut), de la folk en veux-tu en voilà (Marie la Rouquine, Les Lettres de l'Autoroute, Eternel Salaud, Sophie de Nantes), un vrai bel héritage de la chanson française classique (Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs, Chez Rascal et Ronan, Le Chaland, Renaître) et même d'autres choses qu'on n'attendait pas forcément là (l'érotique Une Nuit, le funk camembert d'Angèle, un décrochage "rapoïde" sur Un Petit Paradis) qui viennent agréablement épicer la galette.
Evidemment, sans l'écriture du chef, sans son esprit mélodique, sa voix immédiatement reconnaissable, ses incroyables capacités de multi-instrumentiste, sans les parti-pris de production aussi (pas de batterie, remplacée par une boîte à rythmes qui sévit aussi chez ses Garçons Bouchers), le triomphe n'aurait pas pu être le même. Parce que triomphe il y a dans cette collection de 18 titres où rien n'est à jeter, tout satisfait, entraînant l'auditeur dans une ambiance souvent nostalgique, toujours écorchée vive qui fonctionne au-delà des plus folles espérances d'un Hadji-Lazaro en état de grâce compositionnel.
Grâce à son emblématique single, Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs évidemment, l'album se vendra exceptionnellement bien pour une production indépendante (rappelons que François est encore le boss de son propre label Boucherie Productions), c'est mérité. 25 ans plus tard, déjà !,  Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant demeure un incontournable jalon du rock alternatif de chez nous, d'une nouvelle chanson qui n'a plus honte d'assumer son héritage hexagonal. Un triomphe, vous dis-je et une galette éminemment recommandée, tout simplement.

1. Écris-moi 2:53
2. Marie la rouquine 2:17
3. Une nuit 3:01
4. Le tourbillon 2:08
5. Y a l'aventure 1:38
6. Premières fois 1:35
7. Les lettres de l'autoroute 4:37
8. Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs 3:02
9. Sophie de Nantes 2:08
10. Éternel salaud 2:56
11. Chez Rascal et Ronan 3:13
12. Dans les prisons 2:03
13. Angèle 1:49
14. En bas, en haut 2:38
15. Le chaland 2:02
16. Un petit paradis 2:28
17. Paris le soir 2:51
18. Renaître 3:39

François Hadji-Lazaro - accordéon, banjo, basse, claviers, cornemuse, dobro, flûte traversière, guimbarde, guitares, harmonica, mandoline, piccolo, vielle, violon, violoncelle, voix
Riton Mitsouko - basse
Stefff - saxo baryton
Toto - trombone
&
Alain Wampas - contrebasse
Gepetto - saxos soprano, alto et basse, clarinette


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PORTISHEAD "Portishead" (1994)
Et hop !, quel trip !

Ce son ! Quel énorme choc quand, en 1994, un trio de Bristol balance sa musique à la fois absolument nouvelle mais, dans un même temps, totalement revivaliste. Un exercice d'équilibriste tout en grâce, et des chansons... Ha, ces chansons !
Nouveau, Dummy l'est, dans l'accaparation electro-sensuelle d'un héritage où l'on croise aussi bien John Barry qu'Henry Mancini ou qu'Ennio Morricone, et donc vintage il l'est aussi, dans les sources auxquelles il se réfère, rétro-moderniste dira t-on. Le reste, la magie qui fait d'un album un vrai phénomène de société, une référence sur laquelle se construisent de nombreuses autres carrières (de Morcheeba à Hooverphonic en passant par Neneh Cherry et j'en passe, ils se reconnaîtront), tient à l'équilibre entre les deux tendances, à la transformation réussie d'une vieille grammaire en rutilant nouveau style littéraire. Et à la qualité des chansons, évidemment !, onze merveilles de grâce ouatée avec le tube, l'énorme, implacable, impeccable tube, ce Glory Box si totalement inusable, si hors du temps qu'il continue d'hanter les ondes aujourd'hui sans paraître plus vieux d'un jour du moment de sa sortie.
Elle est là la magie de Portishead, avoir su marier un groove électronique délicat à une faconde compositionnelle d'un extrême classicisme, avoir su créer des ambiances où le rêve peut se muer à tout instant en cauchemar (parce que Dummy n'est pas que lumière, certainement pas !), réussir à communiquer une sensualité d'un autre monde par la voix magnifiquement habitée de Beth Gibbons, parfaite partenaire des arrangements précieux de Geoff Barrow et d'Adrian Utley en une intemporalité autant bienvenue que rarement aussi totale.
Dummy est un immense album, tout le monde le sait alors, si vous n'en avez pas eu l'occasion, emparez-vous de ce petit moment de l'Histoire de la Musique, vous ne le regretterez pas.

1. Mysterons 5:02
2. Sour Times 4:11
3. Strangers 3:55
4. It Could Be Sweet 4:16
5. Wandering Star 4:51
6. It's a Fire 3:48
7. Numb 3:54
8. Roads 5:02
9. Pedestal 3:39
10. Biscuit 5:01
11. Glory Box 5:06

Beth Gibbons - vocals, production
Geoff Barrow - drums, Rhodes piano, string arrangements, production, programming
Adrian Utley - guitar, bass guitar, theremin, hammond organ, string arrangements, production
&
Gary Baldwin – Hammond organ
Clive Deamer – drums
Andy Hague – trumpet
Dave McDonald - nose flute
Richard Newell – drum programming
Neil Solman – rhodes piano, hammond organ
Strings Unlimited – strings


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PRIDE & GLORY "Pride & Glory" (1994)
New Direction

Découvert par Ozzy Osbourne qu'il vient de quitter, Zakk Wylde n'a pas été long pour trouver sa nouvelle voix (et voie) comme on l'entend dans le premier et unique album de Pride & Glory, celle d'un aggro metal flirtant avec des racines rock, blues et country qui lui va, en vérité, merveilleusement au teint. Parce qu'ici, Zakk assume d'être un plouc et d'aimer ça, et ça s'entend parce que d'un Losin' Your Mind, sorte de country hard'n'heavy avec son petit banjo et sa lourde rythmique, à la country rigolarde de l'excellent Hate Your Guts final, c'est un Wylde audiblement content d'être là, si bien acccompagné (la section rythmique, composée du polyvalent bassiste James LoMenzo, ex-White Lion et futur Megadeth, tu parles d'un grand écart, et Brian Tichy qu'on aura remarqué chez Stevie Salas, Gilby Clarke ou Billy Idol, font l'excellent travail dont ces deux grand professionnels sont capables). Si bien accompagné qu'il se laisse même aller à des ambitions le rapprochant de Led Zeppelin (The Chosen One) ou à une ballade avec piano et cordes qu'il réussit d'ailleurs fort bien (Sweet Jesus). Parce que si Zakk a de bonnes chansons, une excellente maîtrise de son instrument évidemment, tout ça on le savait de son passage chez l'affreux de Birmimgham, il a aussi une bonne voix bien rocailleuse aussi apte à blueser, rocker, crooner que de faire s'activer les glandes lacrymales. Bref, si Pride & Glory s'arrêtera là, avant de quelque part renaître en Black Label Society, c'est bien d'un album de toute première bourre dont il s'agit, un album qu'on recommande chaudement au amateur de metal infusé roots.

1. Losin' Your Mind 5:28
2. Horse Called War 5:00
3. Shine On 6:44
4. Lovin' Woman 3:46
5. Harvester of Pain 5:06
6. The Chosen One 6:49
7. Sweet Jesus 3:48
8. Troubled Wine 5:39
9. Machine Gun Man 4:56
10. Cry Me a River 4:37
11. Toe'n the Line 5:19
12. Found a Friend 6:03
13. Fadin' Away 4:56
14. Hate Your Guts 4:36

Zakk Wylde – lead and backing vocals, guitars, piano, mandolin, banjo, harmonica
James LoMenzo – bass, backing vocals, double bass, twelve-string guitar on "Fadin' Away"
Brian Tichy – drums, percussion
&
Paul Buckmaster – musical arrangements on "The Chosen One", "Sweet Jesus", and "Fadin' Away"
Featuring the Seattle Symphony conducted by Paul Buckmaster


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PRINCE "Dirty Mind" (1980)
Prince and the (First) Revolution

S'il fallait décrire en quelques mots la transformation de Prince pour ce Dirty Mind ? Prince libéré, Prince déniaisé mais, surtout !, Prince à la pointe, Prince qui ose ! Parce qu'en se permettant une fusion funky qui en emprunte à la new wave (plus blanc, tu meurs !) et à la pop (on le sait, Prince, adore les Beatles auxquels il rendra d'ailleurs un hommage appuyé, quelques années plus tard, sur l'inégal Arount the World in a Day), le petit homme de Minneapolis tombe sur un mirifique filon. Du coup, il désale salement son écriture transformant l'aimable et assez standard chanteur soul/funk en implacable machine de guerre groovy et sexuée qui n'a peur de rien, pas même d'une androgynie, d'un doute plus qu'entièrement assumé, revendiqué. Provocation ? Sans doute un peu, mais quelle claque aussi ! Parce qu'en plus il a exactement les chansons qui vont bien, le bougre !, avec le funk robotique (merci Kraftwerk) d'un Dirty Mind d'ouverture, les atours new wave d'un glorieusement troussé When You Were Mine et même du vrai rock'n'roll sur le très réussi si beaucoup trop court Sister, ce sans oublier les plus "black moments" du moite Gotta Break Heart Again ou des très "shake your booty" Uptown et Partyup. Une collection d'anthologie, quoi, que, c'est à noter, Prince n'est pour la première fois pas le seul à enfanter avec les guests que sont les deux futurs The Revolution, Lisa Coleman et Doctor Fink, ce dernier étant même participé à la composition de la chanson-titre. Évidemment, Prince faisant le reste, soit presque tout, on reste encore près de ses habitudes débutantes mais, déjà, l'avenir semble se préparer. Et ça tombe bien parce que Dirty Mind c'était l'avenir en 1980, une fusion inédite qui fera florès et influencera chez les afro-américains comme chez les WASP, c'est dire l'astronomique portée du machin ! En fait, si vraiment vous m'y poussez, je ne vois qu'un défaut à cette troisième livraison, son extrême brièveté parce que, enfin, quand c'est aussi bon que ça, on en voudrait quand même plus que cette minuscule demie-heure. Sinon ? Obligatoire !

1. Dirty Mind 4:14
2. When You Were Mine 3:47
3. Do It All Night 3:42
4. Gotta Broken Heart Again 2:16
5. Uptown 5:32
6. Head 4:44
7. Sister 1:31
8. Partyup 4:24

Lisa Coleman – vocals on "Head"
Doctor Fink – synthesizer on "Dirty Mind" and "Head"
Prince – all other vocals and instruments