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dimanche 25 septembre 2016

L'Automne Mange-Disques - 7 Easy

C'est de saison, on se replie dans son intérieur pour éviter un vent devenu trop froid, lounge confortablement dans son salon enveloppé dans des musiques flattant l'oreille, pas tout à fait de l'easy listening mais quelque chose nous enveloppant dans un doux sentiment de sécurité, un gentil coussin pour nos tympans... C'est le point qu'essaye de faire passer la sélection hebdomadaire de la série saisonnière qu'elle ouvre, enjoie !

DiMaNCHe
Chet Baker "My Funny Valentine" (1994)
ou "Gueule d'Amour"

Rien qu'à voir la gueule d'amour de Chet et la nuque prometteuse de la dame qui l'accompagne sur la pochette, il n'y a pas mensonge sur la marchandise : intime et doux, ce jazz de salon est une arme de séduction massive.
Ici, sur une sélection de sessions enregistrées pour Pacific Jazz entre 1953 et 1956, une sélection maline composée de neuf chansons et de 5 instrumentaux pour (dé)couvrir tout l'art de Mr. Baker, on nage en plein cool jazz, une musique qui sied aussi bien au timbre caressant qu'à la trompette soyeuse de Chet.
Niveau marketing aussi, c'est impeccable parce qu'avec un titre pareil on imagine le très net redressement des ventes à l'approche de chaque 14 février. Il faut dire que cette musique douce et sensuelle, qui si bien chante l'amour, ou l'évoque quand elle est instrumentale, semble avoir été conçue pour parler aux amants/aspirants/requérants en mal de romantisme ou souhaitant célébrer leur emportement psychologico-hormonal saisonnier. Et ça commence donc par l'inusable, et magnifique, My Funny Valentine ou le souffle chaud de la voix de velours vous berce de sa tendre langueur.
Le reste de la tracklist est à l'avenant, alternant avec bonheur les chansons immortelles (Someone to Watch Over Me, Time After Time, Let's Get Lost) où Chet Baker étale la classe fragile de sa voix presque diaphane, et des instrumentaux où il "trompette" cool en concurrent idéal d'un jeune black du prénom de Miles. accompagné de musiciens roués, dont Bud Shank sur quelques morceaux, et expertement mis en son (et remasterisé, en la circonstance).
Excellente introduction à une période faste du chanteur/trompettiste pour les nouveaux venus, bon résumé pour les (plus) spécialistes, My Funny Valentine est une jolie petite compilation (pas chère ! et plutôt dans les mieux ficelées du marché) d'un artiste d'exception. Et, bis, une arme de séduction massive parce, la sensualité du machin, quoi!

1. My Funny Valentine 2:15
2. Someone To Watch Over Me 3:00
3. Moonlight Becomes You 3:24
4. This Is Always 3:06
5. I'm Glad There Is You 3:10
6. Time After Time 2:44
7. Sweet Lorraine 3:08
8. It's Always You 3:31
9. Let's Get Lost 3:41
10. Moon Love 3:15
11. Like Someone In Love 2:23
12. I've Never Been In Love Before 4:23
13. Isn't It Romantic? 3:41
14. I Fall In Love Too Easily 3:18

Chet Baker - vocals, trumpet
&
Russ Freeman, Pete Jolly - piano
Carson Smith, Red Mitchell, Joe Mondragon, Leroy Vinegar, Jimmy Bond, Bob Whitlock - bass
Bob Neel, Shelly Manne, Stan Levey, Peter Littman, Lawrence Marable, Bobby White - drums
Bud Shank - flute, baritone saxophone
Corky Hale - harp
Herb Geller - alto & tenor saxophone
Bob Brookmayer - valve trombone

CHET BAKER

LuNDi
Elvis Presley "Blue Hawaii" (1961)
ou "UkulElvis"

En 1961, avec il est vrai assez peu de concurrence, l'Elvis tout feu tout flamme des débuts a vécu. Transformé par son Colonel Parker de manager en pop idol hollywoodienne, œuvrant désormais dans de nombreux nanars taillés sur mesure pour ses capacités particulières, belle gueule et voix de velours, c'est un rocker dompté qui sort essentiellement les albums de ses films... Prenez ce Blue Hawaii au titre on ne peut plus explicite sur son contenu, dès la pochette Elvis y pose, collier de fleurs, chemises bariolée et ukulélé, comme le garçon sage qu'il est devenu, ce chat jadis sauvage aujourd'hui coupé et dégriffé par quelques executives particulièrement roués et, sans doute, une ambition sans cesse renouvelée de rester une star, coute que coute. Le pire c'est que ce n'est même pas mauvais, juste trop gentil pour ce gars qui, pas si longtemps avant, représentait la jeunesse américaine en rébellion générationnelle. Concrètement, la musique de cette romcom vaut surtout pour la belle ballade acoustique Can't Help Falling in Love entouré de remplissages parfois sympathiques (Blue Hawaii, Rock-A-Hula Baby, Beach Boy Blues) souvent anecdotiques toutes épicées d'un exotisme îlien pacifique un peu kitsch tout de même. Le film sera un succès, la bande-son itou, poussant encore un peu plus le rocker dans une douce routine dorée dont il ne sortira vraiment, comme on sait, que grâce au comeback scénique de 1970 mais ça c'est une autre histoire qui ne fait pas de Blue Hawaii autre chose qu'un petit album sans grande importance qu'on écoute cependant sans le moindre déplaisir d'autant que, bien remasterisé et généreusement bonussé, il sait prolonger l'expérience "Easy Elvis" de quelques jolies douceurs supplémentaires.

1. Blue Hawaii 2:36
2. Almost Always True 2:25
3. Aloha 'Oe 1:53
4. No More 2:22
5. Can't Help Falling in Love 3:01
6. Rock-A-Hula Baby 1:59
7. Moonlight Swim 2:20
8. Ku-U-I-Po 2:23
9. Ito Eats 1:23
10. Slicin' Sand 1:36
11. Hawaiian Sunset 2:32
12. Beach Boy Blues 2:03
13. Island of Love 2:41
14. Hawaiian Wedding Song 2:48
Bonus
15. Steppin' Out of Line (originally issued on the Pot Luck With Elvis LP) 1:53
16. Can't Help Falling in Love (movie version) 1:54
17. Slicin' Sand (alternate take 4) 1:45
18. No More (alternate take 7) 2:35
19. Rock-A-Hula Baby (alternate take 1) 2:15
20. Beach Boy Blues (movie version) 1:58
21. Steppin' Out of Line (movie version) 1:54
22. Blue Hawaii (alternate take 3) 2:40

Elvis Presley – lead vocals
The Surfers – backing vocals
The Jordanaires – backing vocals
Boots Randolph – saxophone
George Field – harmonica
Freddie Tavares, Bernie Lewis – ukulele
Hank Garland, Tiny Timbrell – acoustic guitar
Scotty Moore – electric guitar
Alvino Rey – pedal steel guitar
Floyd Cramer – piano
Dudley Brooks – piano, celeste
Bob Moore – double bass
D.J. Fontana, Bernie Mattinson, Hal Blaine – drums

ELVIS PRESLEY

MaRDi
Gregory Isaacs "Cool Ruler" (1978)
ou "Love Reggae"

Un des créateurs du Lovers Rock, le reggae de l'amour pour résumer, Gregory Isaacs avait la voix de velours qui correspondait au riddims soyeux et aux paroles sexy qu'il chantait.
Cool Ruler, son 6ème album, est une démonstration du plus smooth et du plus sexy reggae des 70s, un machin à se trémousser sous les cocotiers avec sa chacune avec de vilaines idées en tête.
Ceci dit, le reggae de Gregory va au-delà de l'obsession sexuelle (on est pas chez Franky Vincent, que diable), avec quelques textes résistants et revendicateurs (John Public, Party in the Slum, Word of the Farmer) mais toujours avec la cool attitude d'une voix chaude et habitée. Quand on constate, en plus, qu'il est servi par la crème des sessionmen reggae de l'époque et a été enregistré au légendaire Channel One Studio, tout doute sur l'excellence de la chose s'envole.
Gregory Isaacs rules, mais cool parce que le soleil brille, que les filles sont belles, que jah a fourni ses petites herbes... Plus jouisseur que rastafari combattant sans être détaché du monde pour autant, Isaacs a du cœur à revendre et l'offre généreusement sur ce très réussi, son meilleur en fait, long-jeu. Recommandé !

1. Native Woman 3:02
2. John Public 3:06
3. Party In The Slum 3:26
4. Uncle Joe 3:50
5. World Of The Farmer 4:08
6. One More Time 3:14
7. Let's Dance 2:56
8. Don't Pity Me 2:22
9. Created By The Father 2:31
10. Raving Tonight 3:57

Gregory Isaacs - Vocals
The Heptones - Backing Vocals
The Revolutionaries - Backing Band
Sly Dunbar - drums
Robbie Shakespeare, Ernest Wilson - bass
Eric "Bingy Bunny" Lamont, Earl "Chinna" Smith, Ranchie McLean - guitar
Ansel Collins - Keyboards
Bobby Ellis, Tommy McCook, Herman Marquis - Horns

GREGORY ISAACS

MeRCReDi
Stevie Wonder "Hotter Than July" (1980)
ou "Still a Wonder"

Ce n'est peut-être plus la période de gloire, cette parenthèse enchantée qui, du début au milieu des septantes, fit de Stevie une des toutes premières attractions du monde de la musique, tous genres confondus, mais ce n'est pas non plus l'absolu abysse créatif que certains s'imaginent, non, Hotter Than July, premier cru des 80s de l'ex-petite merveille de la Motown, tient formidablement la route. Alors, certes, la musique s'est simplifiée, des synthétiseurs de leur temps viennent aussi empeser les arrangements de quelques choix discutables mais, dans l'ensemble, qu'il donne dans la ballade tire-larmes (le jazzy Lately), dans l'hymne "positive attitude" (Happy Birthday, wikipédiez !), qu'il fasse le meilleur reggae américain d'alors (Master Blaster), se la joue disco sans se perdre totalement (I Ain't Gonna Stand for It), etc., c'est encore et toujours le compositeur expert auteur d'album aussi essentiels qu'Inner Visions ou Songs in the Key of Life. La suite, on le sait, sera nettement moins glorieuse mais, avec tous ses défauts, l'air du temps n'étant pas le moindre, Hotter Than July demeure une galette qu'on recommande au amateur de soul/funk d'exception, qui n'y trouveront certes pas une totale satisfaction mais suffisamment de bons moments pour ne pas regretter, loin s'en faut !, ce petit tout du côté de chez wonderful Stevie.

1. Did I Hear You Say You Love Me 4:07
2. All I Do 5:06
3. Rocket Love 4:39
4. I Ain't Gonna Stand for It 4:39
5. As If You Read My Mind 3:37
6. Master Blaster (Jammin') 5:07
7. Do Like You 4:25
8. Cash in Your Face 3:59
9. Lately 4:05
10. Happy Birthday 5:57

Stevie Wonder - Vocals, Synthesizer, Drums, Fender Rhodes, Bass Synthesizer, Clavinet, Background Vocals, Arp, Vocoder, Piano, Harpsichord, Celeste, Keyboards, Bass Melodeon, Harmonica, Cabasa, Percussion, Bells, Handclaps, Flute Synthesizer
Nathan Watts - Bass, Background Vocals
Benjamin Bridges - Guitar, Background Vocals
Dennis Davis - Drums on "Did I Hear You Say You Love Me," "As If You Read My Mind", and "Master Blaster (Jammin')"
Earl DeRouen - Percussion, Background Vocals
Isaiah Sanders - Fender Rhodes, Background Vocals, Pianet
Hank Redd - Saxophone, Handclaps
Robert Malach - Saxophone
Larry Gittens - Trumpet
Nolan A. Smith Jr. - Trumpet
Paul Riser - String Arrangement
Hank Devito - Steel Guitar
Rick Zunigar - Guitar
Background Vocals - Angela Winbush, Mary Lee Whitney Evans, Susaye Greene Brown, Alexandra Brown Evans, Shirley Brewer, Ed Brown, Charlie Collins, Eddie Levert, Walter Williams, Michael Jackson, Jamil Raheem, Betty Wright, Ronnie J. Wilson, Charles K. Wilson, Syreeta Wright, Marva Holcolm, Melody McCulley, Delores Barnes
Handclaps - Stephanie Andrews, Bill Wolfer, Trevor Lawrence, Dennis Morrison, Kimberly Jackson

STEVIE WONDER

JeuDi
The Style Council "Café Bleu" (1984)
ou "Je voudrais être noir"

Il y a toujours eu, chez Paul Weller, cette tentation soul et jazz, ce désir d'être noir qui, quand on est un petit blanc du Surrey, n'est pas forcément le but le plus aisé à atteindre. Vous connaissez Café Bleu, au fait ?
Parce que le voilà le bon coup ! Le voici l'album où Paul Weller réalise son potentiel "Nino-Ferrerien" (je voudrais être noir !) assisté en l'occurrence d'un compagnon de jeu ayant précédemment œuvré chez les Dexys Midnight Runners, le claviériste Mike Talbot (qui voulait être noir aussi, ça tombe bien !). Bon, ce n'est pas le premier bon coup du duo et de sa troupe en perpétuel renouvellement, les deux hommes ayant testé leur nouvelle formule sur l'embryonnaire Introducing, c'est celui où The Style Council se révèle tel qu'en lui même, orchestre multiple embrassant hier comme aujourd'hui (celui de 1984, bien sûr), dans un cocktail black music totalement réussi.
Qui dit orchestre multiple dit, forcément, styles multiples. Qu'il emprunte à la Motown (les délicats The Whole Point of No Return et My Ever Changing Moods, le dynamique Here's One That Got Away et son surprenant petit coup de violon, le cuivré Headstart for Happiness), qu'il semble hommager Verve ou Blue Note (l'instrumental piano Mick's Blessings, le big-bandant Me Ship Came In!, le velours lascif de The Paris Match, le "bopesque" Dropping Bombs on the Whitehouse) ou tente de coller au goût du jour dans ce qui peut être perçu comme les seules fautes de goût d'un album sinon sans faille (le rap The Gospel qui sonne daté aujourd'hui, l'urban funk Strength of Your Nature et la ballade mélo You're the Best Thing itou), The Style Council le fait bien avec une équipe parfaitement assemblée où les voix féminines (Tracey Horn d'Everything but the Girl, Dee C. Lee, la Mme Weller d'alors) et des cuivres rutilants viennent joliment complémenter un songwriting solide et inspiré si, exercice nostalgique oblige, dérivatif de bien d'autres artistes jalons d'un glorieux passé.
Les promesses de cet impeccable premier long-jeu feront malheureusement long-feu et The Style Council ira trop vite se perdre dans de peu convaincantes aventures (à partir de 1986 et Home Abroad, en fait) avant de définitivement plier les gaules avant même la décennie épuisée. Reste ce Café Bleu et son gracieux successeur (Our Favourite Shop), petites pépites toujours aussi recommandées.

1. Mick's Blessings 1:15
2. The Whole Point of No Return 2:40
3. Me Ship Came In! 3:06
4. Blue Café 2:15
5. The Paris Match 4:25
6. My Ever Changing Moods 3:37
7. Dropping Bombs on the Whitehouse 3:15
8. A Gospel 4:44
9. Strength of Your Nature 4:20
10. You're the Best Thing 5:40
11. Here's One That Got Away 2:35
12. Headstart for Happiness 3:20
13. Council Meetin' 2:29

Paul Weller - Vocals/Guitar
Mick Talbot - Keyboards/Piano/Hammond organ
Ben Watt - Guitar
Chris Bostock - Double Bass
Steve White - Drums
Billy Chapman - Saxophone
Barbara Snow - Trumpet
Hilary Seabrook - Saxophone
Tracey Thorn - Vocals
Dee C. Lee - Vocals
Dizzy Hites - Rap
Bobby Valentino - Violin

THE STYLE COUNCIL

VeNDReDi
The Cardigans "Emmerdale" (1994)
ou "Swing & Dream & Pop!"

De petits suédois à peine sortis de l'adolescence pour une dream pop délicieusement lounge et rétro ? Vous avez sans doute entendu parler des excellents Cardigans mais connaissez-vous leur opus débutant, Emmerdale ?
Oubliez le cocker, oubliez le titre emprunté à un soap britannique, Emmerdale c'est avant tout de la musique, légère comme une bulle de champomy ou de canada dry, du sixties swinging London dans la suède des années 90, un anachronisme charmant.
Et surtout une voix mutine et câline, celle d'une toute jeune Nina Persson (20 ans !) qui a le physique qui va avec, en plus. Et ensuite des compositions et des arrangements (signés Peter Svensson, 20 ans itou) qui ne laissent nullement entrevoir la jeunesse de leur auteur qui maîtrise comme un vieux briscard cette fusion de pop et de swing jusque dans une relecture inspirée du Sabbath Bloody Sabbath de Black Sabbath qu'on reconnaît mais qui a tout de même subi un ripolinage en règle. Il y a évidemment d'autres très belles chansons, l'emballage joyeux d'un Sick & Tired ou d'un Rise & Shine, la douceur feutrée de Black Letter Day, After All et Celia Inside.
Tout ceci, dont une production (signée Tore Johansson) sachant mettre en valeur les qualités du quintet, de précieux arrangements encore enrichis par d'utiles guests, et un album qui donnera le la de ses deux successeurs qui, cependant, n'en posséderont pas la touchante naïveté si typique des premiers essais. Emmerdale recommandé ? Mais carrément !

1. Sick & Tired 3:24
2. Black Letter Day 4:31
3. In the Afternoon 4:10
4. Over the Water 2:13
5. After All... 2:56
6. Cloudy Sky 4:07
7. Our Space 3:30
8. Rise & Shine 3:28
9. Celia Inside 3:34
10. Sabbath Bloody Sabbath 4:32
11. Seems Hard 3:56
12. Last Song 3:21

Lars-Olof Johansson - acoustic guitar, piano
Bengt Lagerberg - percussion, bassoon, drums, recorder
Nina Persson - vocals
Magnus Sveningsson - bass
Peter Svensson - bass, guitar, percussion, piano, arranger, conductor, vocals, bells, vibraphone
&
David Åhlén - violin
Ivan Bakran - grand piano
Lasse Johansson - guitar, piano
Tore Johansson - trumpet, producer, beats
Jens Lingård - trombone
Anders Nordgren - flute

THE CARDIGANS

SaMeDi
Helena Noguerra "Née dans la Nature" (2004)
ou "Belle de Nature"

Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis. Mais venons-en à la musique et laissons l'aspect fantasmatique de côté, pas le choix.
Et vantons les mérites de cette collaboration de 2004 avec ce doux dingue de Philippe Katerine, une collaboration qui n'est pas alors une nouveauté puisque, déjà, Projet:Bikini et Azul (et plus tard Fraise Vanille, hommage à Serge Rezvani) avaient bénéficié de ses grâces compositionnelles et son savoir-faire d'arrangeur particulièrement compatibles avec les visées pop de mademoiselle Noguerra qui y apparaît comme une anti-Carla Bruni puisque maniant aussi bien la sensualité, la fraicheur que l'humour en plus d'avoir une voix, une vraie voix pour la french pop puisque c'est, fondamentalement, ce que Née dans la Nature nous offre. Et qu'on ne voudrait pas autre chose d'ailleurs parce que, groovy ou folk, ces chansons sont autant de douceurs sucrées qui vous fondent dans l'oreille et vous enrobent le cervelet dans un nuage rose barbapapa. Et oui, même quand on attaque la reprise très réussi du pourtant agaçant, dans sa version originale, I Just Can't Get You Out of My Head, de l'australienne de poche Kylie Minogue, ici dégraissé, "dé-clubisé" pour un résultat extrêmement probant et satisfaisant prouvant que, sous la bouse, se cachait bel et bien la grâce. Bien vu Philippe et Helena ! Et bravo, en fait, pour l'ensemble d'un album varié, réussi de bout en bout qu'on se passe, encore et encore, avec l'assurance de la satisfaction répétée.
Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis... Facilement accessible à l'écoute de ce Née dans la Nature ô combien réussi et recommandé, qu'on se le dise !

1. Née dans la nature
2. L'âge de ma mère
3. Je t'aime salaud
4. Mary poppins
5. Can't Get You Out of My Head
6. Le jardin près de la falaise
7. Aux quatre vents
8. Les fantômes
9. Quand tu dors
10. Je nageais nue
11. Qui es-tu ?
12. C'est parapluie (en duo avec Fifi Chachnil)

Helena Noguerra - chant
Philippe Katerine - guitares, chœurs
Philippe Eveno - guitares, chœurs
Christophe "Disco" Mink - guitare basse, keys, contrebasse, harpe, chœurs
Christophe Lavergne - batterie
&
Olivier Libaux - guitare (12)
Fifi Chachnill - chant (12)


HELENA NOGUERRA

dimanche 22 novembre 2015

Recyclage hétéroclyte (Solo Boys)

Parce qu'il n'est jamais inutile de revenir sur l'ouvrage, parce que ces albums, quoique très différents, ont le point commun d'être la création d'artistes solo masculins en plus de tous être d'une belle qualité, voici, à mon avis, une sélection qui fait sens et que j'espère que vous apprécierez. Enjoie !

SuPeRLee
Lee Hazlewood "13" (1972)
 ou "Hazlewood au top !"

Tout le monde connaît Lee Hazlewood pour son duo couronné de succès avec Nancy Sinatra. Du moins, tout le moindre devrait connaître le génie de ce grand songwriter trop méconnu de par chez nous. Réparons cette injustice avec son album de 1972, le court mais quasi-parfait "13".
Cet album, je suis tombé dessus totalement par hasard. Récemment réédité par quelque bonne âme, il siégeait là, entre un Isaac Hayes et un Laibach, tout de noir vêtu avec un portrait où un Lee, sans moustache et cheveux mi-longs, me regardait avec un air rigolard comme jubilant d'avance du bon tour qu'il allait me jouer. Ayant lu quelque feuille bien sentie sur son prétendu talent, je me procurait la galette persuadé d'y entendre une musique vieillotte et sans grand intérêt... Quelle erreur !
Et en effet, ce mélange astucieux et bien troussé de lounge, de country, de pop et de rhythm'n'blues marche admirablement bien. La production, claire comme le cristal, ne fait pas dans la pyrotechnie ce qui sert juste comme il faut de (passez-moi l'expression) de putains de bonne chansons où la voix habitée d'Hazlewood fait merveille.
D'une durée scandaleusement courte pour un album de cette qualité - vous savez, de ceux dont on voudrait qu'ils durent un petit peu plus longtemps - "13" est un diamant qui brille et brillera longtemps.

1. You Look Like a Lady 2:14
2. Tulsa Sunday 2:20
3. Ten or 11 Towns Ago 2:40
4. Toocie and the River 4:40
5. She Comes Running 2:32
6. Rosacocke Street 2:46
7. I Move Around 2:28
8. And I Loved You Again 3:35
9. Hej, I'm Riding 1:59

LEE HAZLEWOOD

iCe iCe BaBy
Denim "Denim on Ice" (1996)
ou "Fun! Fun! Fun!"

Dire que ce second album des Britanniques de Denim est distrayant est en dessous de la vérité. Il vaut dire qu'avec une personnalité aussi extravagante que Lawrence Hayward (ex-Felt) aux commandes, nous sommes en bonne compagnie.
Musicalement, Denim fait dans l'improbable. On y retrouve pêle-mêle du Glam Rock, Pub Rock, de la Synthpop, de la New Wave, de la Britpop et souvent tout ceci en même temps ! Les éléments organiques du son se marient formidablement bien avec des synthés et boîtes à rythmes tout droit sorti des pires heures de la musique des 80s dans un parti pris stylistique au mauvais goût délicieusement assumé. Autre élément important de l'identité du groupe, les paroles où Lawrence Hayward alterne non-sens bienvenu et stupidité amusante. Le tout aurait pu être une horreur absolue si ces chansons n'étaient pas si incroyablement accrocheuses et admirablement troussées.
Comme trop souvent dans la multitude des sorties plus ou moins intéressantes, cet album de Denim, s'il rencontra un incontestable succès critique, ne rencontra pas son public. Cependant, le temps passant et les admirateurs du groupe étant motivés pour promouvoir ce combo peu commun, la rumeur qu'il y avait ici quelque chose de particulièrement savoureux perça... En grande partie grâce au partage illicite de musique d'ailleurs.
Et, donc, les amateurs d'une pop/rock typiquement britannique qui n'auraient pas encore posé l'oreille sur cette réjouissante collection n'ont plus qu'à cliquer où il faut pour avoir accès à un album qui, si il ne révolutionne rien, leur amènera une heure de vrai bonheur.

1.The Great Pub Rock Revival 4:14
2.It Fell off the Back of a Lorry 3:21
3.Romeo Jones Is in Love Again 1:44
4.Brumburger 4:23
5.The Supermodels 4:02
6.Shut Up Sidney 2:27
7.Mrs Mills 3:55
8.Best Song in the World 2:44
9.Synthesisers in the Rain 4:59
10.Job Centre 3:00
11.Council Houses 2:39
12.Glue and Smack 3:44
13.Jane Suck Died in '77 3:09
14.Grandad's False Teeth 2:53
15.Silly Rabbit 2:03
16.Don't Bite Too Much Out of the Apple 3:20
17.Myriad of Hoops 2:32
18.Denim on Ice 1:32

Lawrence Hayward: Vocals, Guitars, Synthesizer
Tony Barber: Guitar, Synthesizer
Bill Bass: Bass, Backing Vocals
Kevin Dempsey: Guitar
Tim Dorney: Electronics, Programming
Duncan Goddard: Synthesizer
Gerry Hogan: Dobro, Guitar, Pedal Steel
Gerard Johnson: Synthesizer, Vocoder
Terry Miles: Farfisa Organ, Hammond, Piano, Synthesizer, Wurlitzer, Backing Vocals
Brian O'Shaughnessy: Roland MC-303, Synthesizer
Peter Phipps: Drums, Backing Vocals
Sean Read: Backing Vocals
Neil Scott: Guitar, Backing Vocals
Steve Walwyn: Guitar
Norman Watt-Roy: Bass
John Williams: Roland MC-303
Pete Z.: Mellotron, Hammond, Piano, Roland MC-303, Synthesizer
Produced by Brian O'Shaughnessy & Denim

DENIM
(Lawrence Hayward)

NeW CHaNSoN
Bertrand Betsch "La Soupe à la Grimace" (1997)
ou "Un mauvais vivant"

Même si la période d'éclosion de Bertrand Betsch correspond avec l'apparition de la "nouvelle scène française", il serait bon de ne pas confondre ce bricoleur dépressif avec la nuée de bobos et bobettes apparus à l'occasion.
D'ailleurs, ce n'est pas tout à fait par hasard que le succès a fuit Betsch et semble encore, bien qu'il ait mis de la lumière dans sa musique depuis, lui échapper malgré ses vraies qualités d'auteur compositeur déjà affirmées sur ce premier opus paru sur l'excellent label Lithium.
Il faut dire que là où pas mal de ses contemporains ont une nette tendance à brosser l'auditeur dans le sens du poil (que ce soit pour les textes ou les musiques), Betsch est un animal rétif au compromis et trop fier de son art pour s'abaisser à essayer d'avoir du succès autrement que par le mérite propre des ses compositions. Une intégrité qui l'honore.
Ce que ça donne concrètement ? Une fusion unique et savoureuse où se rencontrent synthpop, new wave, folk, chanson et même quelques touches industrielles bienvenues (mais diffuses, ce n'est pas du Rammstein, que diable !) sur laquelle Betsch pose sa voix timide, hésitante parfois (ce qui fait une partie de son charme) mais toujours révélatrice de profondes émotions. On n'en attendait pas moins vu les textes sombres, mélancoliques, désespérés presque, écrit par Bertrand pour l'occasion.
C'est évident, La Soupe à la Grimace n'est pas un album joyeux ; Patrick Sébastien peut dormir sur ses deux oreilles, Le Grand Embarras, Un Mauvais Vivant ou Les Rendez-Vous Manqués ne viendront pas concurrencer ses loufoqueries populaires. Et qu'importe, cet album a la beauté de sa souffrance et c'est très bien comme ça.
 
1. A L'Ouverture Des Miroirs 3:13 
2. Passer Sous Le Métro 4:16 
3. Colère 5:16 
4. L'Ensilencement 5:38 
5. Un Mauvais Vivant 2:28 
6. Quand On Se Frôle 2:34 
7. Les Rendez-vous Manqués 3:06 
8. La Revanche Du Manchot 1:20 
9. La Complainte Du Psycho-killer 4:53 
10. Le Grand Embarras 2:34 
11. Un Mot De Trop 2:56 
12. Le Lâche 2:47 
13. Pagaille 2:09 
14. Pour Un Seul Moment D'Absence 6:43 

Bertrand Betsch: piano, keyboards, guitar, bass, accordion, programmings, vocals
Christian Quermalet: guitar, bass, drums
Vincent Courtois: cello
Christian Capot : clarinet
Dominique Depret: guitar
Produced by Christian Quermalet & Bertrand Betsch

BERTRAND BETSCH

JaMLeSS
Eddie Vedder "Ukulele Songs" (2011)
ou "Bittersweet ballads"

Que se passe-t-il quand un parangon de la grungitude rencontre une guitare de poche hawaïenne ? Un bien bel album, ma foi.
Evidemment, comme Eddie Vedder nous avait déjà gratifiés de travaux se rapprochant de la folk music (sur la BO de Dead Man Walking, sur celle d'Into the Wild et, ponctuellement, avec son groupe, Pearl Jam), il n'est pas très surprenant de le retrouver ici en pleine résurgence acoustique. Ca l'est plus quand on considère l'épure de l'instrumentation et le choix du seul artifice sonore (outre la voix, évidemment) : le ukulélé.
Il faut dire que cet instrument à la sonorité si ensoleillée, si primesautière n'est pas franchement celui qu'on aurait le plus facilement accolé à l'univers torturé et tortueux du sieur Vedder, et ceux qui pensaient que l'album serait - pour le coup - une joyeuse petite ballade en seront pour leur frais. Vedder reste Vedder et ses chansons ont, cette fois encore, plus à voir avec les tourments et la mélancolie qu'avec un sirotage de Pina Collada sur une plage de sable blanc.
Et pourtant... Ce petit rayon de soleil qu'amène le ukulélé à la musique de Vedder est bienvenue et même exactement ce qu'il fallait pour alléger le propos et tempérer les noirceurs du maître.
Certes, le minimalisme à sa "downside" et Ukulele Songs ne sauraient être de ces divines galettes qu'on dévore boulimiquement. Cependant, un matin calme ou un après-midi fainéant, il fera son petit effet.
Anecdotique donc mais exactement le genre d'album que tout un chacun se doit d'avoir dans sa collection.
 
1. Can't Keep 2:35
2. Sleeping by Myself 1:54
3. Without You 3:19
4. More Than You Know 2:25
5. Goodbye 2:28
6. Broken Heart 2:36
7. Satellite 2:19
8. Longing to Belong 2:48
9. Hey Fahkah 0:09
10. You're True 3:23
11. Light Today 2:41
12. Sleepless Nights 2:39
13. Once in a While 1:45
14. Waving Palms 0:37
15. Tonight You Belong to Me 1:42
16. Dream a Little Dream 1:29

EDDIE VEDDER

FieR aRVeRNe
Jean-Louis Murat "Le Cours Ordinaire des Choses"(2009)
ou "Un bon cru"

Evidemment, Murat est agaçant. Pédant aussi... Et quand il fait sa tête de cochon avec son pull fait main, on a parfois l'irrépressible envie de lui en retourner une bonne paire, parce que, bon, ça suffit !
Maintenant, mettez un album de Murat... Le Cours Ordinaire des choses, au hasard. Enregistré à Nashville c'est, en toute logique, un album qui navigue entre rock et country... Musicalement. Rien que de très classique s'il n'y avait les mots et les mélodies de Jean-Louis, cette classe innée qui en fait un auteur/compositeur/interprète essentiel du PMF (paysage musical français). Parce qu'il est bon, parfois, d'élever le débat... D'utiliser autre chose que le dictionnaire de rimes acheté chez le libraire du coin. Jean-Louis a lu, a compris ce qu'il a lu et sait s'en resservir dans son art mineur à lui : la chanson. En ceci, la tradition est clairement française. Comme ses devanciers, Murat aime les mots qui le lui rendent bien. Et il sait s'entourer, pour la circonstance de requins de studio capables de mettre en notes ses fantasmes. Et ça reste du Murat. Comme chaque fois qu'il s'aventure dans un style Jean-Louis l'accapare.
Le Cours Ordinaire des Choses n'est pas un grand album, quoique..., mais incontestablement un bon cru sans temps trop faible et avec quelques très jolies réussites (l'introductif Comme un Incendie ou l'introspectif Chanter Est Ma Façon d'Errer en tête). Un album qui ne décevra pas les fans et en gagnera quelques nouveaux, comme de (bonne) habitude.
 
1. Comme un incendie 5:41
2. Falling in Love Again 4:45
3. M maudit 2:57
4. Chanter est ma façon d'errer 4:23
5. Lady of Orcival 4:35
6. 16h00 qu'est-ce que tu fais ? 3:42
7. Ginette Ramade 3:28
8. La Mésange bleue 6:09
9. Comme un cow-boy 3:12
10. La Tige d'or 5:33
11. Taïga 5:02

JEAN-LOUIS MURAT

yeS "e" CaN!
Eels "Hombre Lobo" (2009)
ou "Howling at the moon"

C'est l'histoire d'un 7ème album qui a été long à accoucher mais qui, en fait, n'est que la première partie d'une trilogie sur le désir et ses désenchantements. Présentement, ces derniers tiennent le haut du pavé.
Mark Oliver Everett (alias E) s'y détache notablement de l'intimiste collection qu'avait été Blinking Lights and Other Revelations. Un peu à la manière d'un Lou Reed sobre ( !), ou d'un Tom Waits « normal », il y déroule le blues habituel de l'amoureux déçu - ici représenté par l'enfant loup devenu homme déjà rencontré dans le Dog Faced Boy de l'album Souljacker - à coups, tour à tour, de riffs secs, de voix saturées ou de mélopées douces amères. En soit, la formule n'est pas nouvelle, la différence se fait sur l'inné talent de compositeur du monsieur et le « primalisme » d'une production qui nous offre la viande sur l'os, pas d'inutiles fioritures (quoiqu'on pourra reprocher que la batterie sonne parfois comme une boîte à ryhtme, n'en sont-ce pas d'ailleurs ?).
Evidemment on reconnait la patte d'E, In My Dreams, par exemple n'est pas sans rappeler Beautiful Freak sur l'album du même nom sans qu'on en soit gêné ou puisse invoquer quelque auto-plagiat que ce soit, c'est juste le style d'E, sa marque. De fait, dans l'intimiste (The Longing) ou dans le frontal (Tremendous Dynamite, un blues électrique à la Tom Waits), ces chansons ont une valeur d'évidence qui vient promptement se nicher dans l'oreille et le cortex. Directement familier, une sacré force mais aussi le talon d'Achille de la collection. A l'usage, on se retrouvera de plus en plus souvent à « zapper » quelque titres moins éclatants pour avoir trop vite dévoilé leurs charmes quand d'autres, au premier abord passables, deviennent les favoris (le technoïde et épique Fresh Blood).
Hombre Lobo n'est donc pas un grand album, juste un bon album ce qui, vous en conviendrez, n'est pas négligeable d'autant que les splendeurs (une bonne moitié du tout, quand même !) y font bien vite oublier les (petites) déconvenues. Les fans d'Eels s'y retrouveront forcément, les autres peuvent s'y risquer avec peu de chances de déception.
 
1. Prizefighter 2:53
2. That Look You Give That Guy 4:15
3. Lilac Breeze 2:36
4. In My Dreams 3:22
5. Tremendous Dynamite 2:46
6. The Longing 4:22
7. Fresh Blood 4:25
8. What's a Fella Gotta Do 3:25
9. My Timing Is Off 2:58
10. All the Beautiful Things 2:22
11. Beginner's Luck 3:37
12. Ordinary Man 3:15

E: chant, guitare, claviers
Knuckles: batterie
Koool G Murder: basse

EELS
(Mark Oliver Everett)

Du BoN
Jacques Dutronc "Dutronc 4 (L'aventurier)" (1970)
ou "Les 70s commencent fort !"

Pas le plus célébré de l'ère Vogue de l'ami Dutronc, L'Aventurier (surnom d'un album portant encore uniquement le nom de son compositeur/interprète) mérite sa rédemption.
Comme de coutume - on ne change pas une équipe qui gagne - Dutronc continue de collaborer avec Lanzmann (son « jumeau » textuel) pour un retour vers des influences anglo-américaines gardées à minima sur l'album d'avant, le trois, l'ayant vu s'en éloigner et élargir notablement son spectre artistique. Ainsi, cette fois, retrouve-t-on du Dutronc à l'ancienne dès le premier titre (Le Responsable, une petite bombe ceci dit en passant) et presque jusqu'au dernier (la fameuse Hôtesse de l'Air à l'esprit si gaulois). Le style Dutronc désormais bien établi et les expérimentations précédentes bien digérées, c'est à un album « ciel sans nuage » auquel nous avons affaire tant et si bien qu'on ne se plaindra même pas de bonus tenu au strict minimum (A la vie à l'amour... et c'est tout !).
L'aventurier ? Une petite merveille, tout simplement et un début de 70s en fanfare pour Jacques (et Jacques).
 
1. Le Responsable 2:35
2. L'Idole 2:45
3. L'Amour est le moteur du monde 2:19
4. La Maison des rêves 3:31
5. Quand c'est usé on le jette 2:33
6. Les Petites annonces 2:49
7. Où est-il l'ami pierrot 3:10
8. L'Aventurier 2:29
9. Laquelle des deux est la plus snob 2:32
10. Les Femmes des autres 3:12
11. La Paresse 2:25
12. L'Hotesse de l'air 3:11
Bonus
13. A la vie, à l'amour 2:30

JACQUES DUTRONC

LoST STaR
Johnny "Guitar" Watson "The Funk Anthology" (2005)
ou "La classe sexy funk 'n' blues"

Au panthéon des musiciens black qui comptent ou ont compté et dont l'influence n'est plus à vanter (quoique il ne soit jamais inutile de remettre sur l'ouvrage...), Johnny "Guitar" Watson fait trop souvent figure de grand oublié.
Né en 1935 et décédé en 1996, ce chanteur et guitariste, comme son nom l'indique !, mais surtout multi-instrumentiste (il n'était pas rare qu'il joue de presque tout sur ses albums et excellait aux synthétiseurs comme on l'entend souvent sur cette Anthology) et compositeur est/fut ainsi régulièrement cité en référence par de nombreux musiciens tels que Steve Miller (qui le reprit même à deux reprises dont l'anthémique Gangster Of Love), Etta James (qui se disait autant la Johnny "Guitar" féminine qu'elle considérait Johnny comme l'Etta James masculin, excusez du compliment) ou Frank Zappa (qui de son propre aveu eut envie de jouer de la guitare grâce au Three Hours Past Midnight de 1966)... Etc. (n'est-ce pas Mr. Nelson, n'est-ce pas messieurs les hip-hoppers qui le samplez sans vergogne).
Concrètement, cette Funk Anthology couvre la seconde carrière de Johnny - de l'Ain't That a Bitch de 1976 au And The Family Clone de 1981 avec un détour obligatoire par l'éphémère retour des années 90 avec Bow Wow (1994) - où, s'inventant un personnage de Super-Mac et funkisant sa soul'n'blues, Watson produit les plus belles pièces de sa pourtant longue et riche carrière. Il faut dire que ce funk salace injecté de blues licks ô combien maîtrisés a tout pour réjouir. Et la sélection (riche de 31 titres et 2 heures et demie), n'oubliant ni les indispensables ni l'inclusion de quelques savoureuses raretés, est, en l'occurrence, parfaite montrant l'étendue du talent d'un artiste se jouant des frontières entre les genres (et les races), un peu à la manière d'un Sly Stone ou d'un George Clinton (Funkadelic) tous deux, vous l'aurez deviné... Influencés par Johnny "Guitar" Watson.
Incomplète puisqu'elle exclut tout enregistrement antérieur à 1976 (pour une carrière discographique commencée en 1955), la Funk Anthology de Johnny "Guitar" Watson a le mérite de la cohérence stylistique si ce n'est celle du bon goût avec un artwork un poil kitsch (bien rattrapé par un livret riche de moult informations). Evidemment, in fine, seule la musique compte, elle est ici simplement excellente et on ne peut donc que chaudement recommander ce riche double cd à toutes celles et ceux qui n'auraient pas encore croisé la route de ce trublion du funk (et du blues !) qui saura faire blueser les popotins et danser les âmes (ou l'inverse). Diantre !
 
CD 1
1. Ain't That A Bitch 5:01
2. Superman Lover 5:43
3. I Need It 4:42
4. A Real Mother For Ya 5:03
5. I Want To Ta-Ta You Baby 5:47
6. Baby's In Love With The Radio 3:50
7. Tarzan 4:58
8. Funk Beyond The Call Of Duty 5:13
9. It's About The Dollar Bill 4:12
10. Love That Will Not Die 3:47
11. I'm Gonna Get You Baby 4:05
12. E T 4:30
13. Miss Frisco (Queen Of The Disco) 5:00
14. You Can Go But The Noise Must Go 6:08
15. Feel The Spirit Of My Guitar 3:15
16. Gangster Of Love 3:47

CD 2
1. Don't Be What U C 4:52
2. What The Hell Is This? 6:09
3. I Don't Want To Be President 3:42
4. Strung Out 7:26
5. Cop & Blow 5:11
6. Booty Ooty 5:23
7. Lone Ranger 6:07
8. Telephone Bill 4:43
9. Love Jones 4:45
10. Before I Let You Go 5:27
11. Voodoo What You Do 5:17
12. Come And Dance With Me 5:16
13. Ain't Nobody's Business 4:52
14. Bow Wow 4:46
15. Johnny G. Is Back 5:15

JOHNNY "GUITAR" WATSON

aLLBLueS
Gregg Allman "Low Country Blues" (2011)
ou "High quality blues"

Quoi? 14 ans d'attente pour un album de reprises ? Se fatigue pas trop le père Allman ! Et comme, en plus, on est sans nouvelles de son fraternel groupe depuis 2003, c'est dire si on attendait ce légendaire musicien américain au tournant et qu'il avait plutôt intérêt à être au rendez-vous.
Et puis Low Country Blues, certes un album quasiment dépourvu de matériau original (ce qu'on ne regrettera pas au vu d'un Just Another Rider, seule original de la sélection, qui peine à égaler les sommets de ses voisins d'album) mais une réussite néanmoins. Une œuvre éprise de blues comme son auteur et son producteur (T Bone Burnett) où de relativement obscures chansons, d'artistes qui le sont souvent moins, se voient retravaillées, accommodées avec goût, talent et une expertise qu'on ne pourra nier à un si chevronné artiste. Evidemment, quand on a une gorge travaillée au bourbon et tabac virginien (et sans doute aussi aux champignons totems de l'ABB), ça aide, ça donne une patine, une crédibilité qu'un jeunot au timbre clair n'aura jamais. Et il y a aussi la fine équipe réunie par Gregg et son producteur, pas forcément les noms les plus connus du business (quoique Doyle Bramhall II et ce bon vieux Dr. John sont des blazes qui en impose) mais un assemblage malin et, au vu du résultat, particulièrement efficace et inspiré dans une interprétation épurée, sobre, idéale. Musicalement, c'est tout le champ de la note bleue qui est exploré avec du blues rock, de l'acoustique façon delta blues, bien roots (Devil Got My Woman), du cuivré suintant de Soul Music (Blind Man) ou encore du jazzy et swinguant (I Can't Be Satisfied) et tout ça avec un égal bonheur et une mise en son forcément au diapason d'une impeccable tracklist.
C'est un fait, il y a sur ce Low Country Blues tout ce qu'il faut pour contenter l'amateur de blues dans une formule qui, certes, n'apporte rien de neuf à l'idiome mais réussit son petit tour de force en sonnant à la fois vieux et frais comme tout bon blues se doit d'être.
 
1. Floating Bridge 4:45
2. Little by Little 2:45
3. Devil Got My Woman 4:52
4. I Can't Be Satisfied 3:31
5. Blind Man 3:46
6. Just Another Rider 5:39
7. Please Accept My Love 3:07
8. I Believe I'll Go Back Home 3:49
9. Tears, Tears, Tears 4:54
10. My Love Is Your Love 4:14
11. Checking on My Baby 4:06
12. Rolling Stone 7:04

Gregg Allman: chant, orgue, guitare acoustique
Jay Bellerose: batterie, percussions
Dennis Crouch: contrebasse
Doyle Bramhall II: guitare
T-Bone Burnett: guitare (1, 4, 6, 7, 8, 11)
Dr. John: piano
Hadley Hawkensmith: guitare ("Floating Bridge")
Colin Linden: dobro ("Devil Got My Woman", "Rolling Stone")
Lester Lovitt , Daniel Fornero: trompette ("Blind Man")
Joseph Sublett, Jim Thompson: saxophone ténor (5, 6, 7, 9, 11)
Thomas Peterson: saxophone bariton (5, 6, 7, 9, 11)
Darrell Leonard: arrangements de cuivres (5, 6, 7, 9, 11), trompette basse (6, 7, 9, 11), trompette (7, 9, 11)
Vincent Esquer: guitar ("Just Another Rider")
Mike Compton: mandoline, chœurs ("I Believe I'll go Back Home")
Judith Hill, Alfie Silas-Durio, Tata Vega, Jean Witherspoon - chœurs ("My Love Is Your Love")

GREGG ALLMAN

RiDeau RouGe
David Lynch "Crazy Clown Time" (2011)
ou "A son image..."

S'il peut s'avérer surprenant, à priori, de voir Lynch se lancer sur le tard dans la « chanson », ce serait oublier l'importance allouée à la musique dans ses films, sa très proche collaboration avec son compositeur favori, Angelo Badalamenti, et sa fugitive participation aux travaux d'indie rockers tout à fait recommandables (Dark Night Of The Soul de Danger Mouse et SparklehorseLynch « pige » sur deux pistes). C'est évident, l'exercice le taraudait, il était donc plus que temps qu'il passe, en 2011, aux choses sérieuses avec un premier album à son image : Crazy Clown Time.
A son image... Soit d'une étrange beauté. Une musique de rideaux rouges, de nains en reverse et de trips psychotiques nocturnes sur de vastes routes rectilignes bordées par le désert. Parce que, c'est un fait acquis, la bizarrerie est compagne du réalisateur, il n'y avait pas de raison qu'il en soit autrement pour le musicien. Et pourtant, les deux compositions inaugurales affichant un inhabituel voile de normalité masquerait presque ces fêlures, que ce soit le presque trip-hopant Pinky's Dream (avec la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, Karen O, en invitée de marque) ou le synth-pop vocodé Good Day Today, deux réussites, ceci dit.
La suite répond plus à comment on imaginait que la musique de Lynch se devait de sonner. Une sorte de Neil Young (duquel on ne résiste pas de rapprocher son timbre) mal dans sa peau, maladif qui aurait entrepris de faire un album « à la Tricky » sur des guitares primitives et des beats, nappes et glitches synthétiques concassés qui n'agréeront pas avec tout le monde. En vérité, l'album, 69 minutes !, traîne un peu en longueur pour les variations rythmiques - il est majoritairement très lent - qu'il a à offrir, heureusement, ses belles hauteurs (les deux morceaux d'ouverture, Noah's Ark, Strange and Unproductive Thinking, et quelques autres) en justifient aisément l'écoute.
A son image (Lynch!), Crazy Clown Time l'est indéniablement. C'est un machin bizarroïde qu'on déconseillera aux dépressifs chroniques, un album à la beauté oblique pas toujours très compréhensible mais jamais bêtement nonsensique. Reste à espérer que son géniteur poursuive l'expérience parce que le potentiel est là et qu'on est curieux d'entendre de quoi il en retournera.
 
1. Pinky's Dream 4:00
2. Good Day Today 4:39
3. So Glad 3:35
4. Noah's Ark 4:54
5. Football Game 4:20
6. I Know 4:03
7. Strange and Unproductive Thinking 7:29
8. The Night Bell with Lightning 4:59
9. Stone's Gone Up 5:21
10. Crazy Clown Time 7:00
11. These Are My Friends 4:58
12. Speed Roadster 3:55
13. Movin' On 4:14
14. She Rise Up 5:16
 
David Lynch: chant, guitare, synthétiseurs, percussions
Dean Hurley: batterie, guitare, basse, programmations, synthétiseurs, Hammond
Karen O: chant sur "Pinky's Dream"

DAVID LYNCH

dimanche 30 mars 2014

Un dimanche de rêve... ou pas ? [ZornWeek#7]

Et pour finir la ZornWeek en feu d'artifice...

 
le RÊVE

John Zorn "The Dreamers" (2008)
ou "Doux songes en Zornie"


     Ca faisait longtemps que ça lui pendait au nez, tôt ou tard le trublion de la Grosse Pomme devait s'assagir. Il était dit, aussi, qu'un projet en serait le reflet le plus criant, ce projet, c'est The Dreamers dont la première des (pour le moment) quatre galettes apparut en 2008.
 
     Ceci dit, on comprit vite qu'assagissement ne rimerait ni avec reniement, ni avec changement complet de ton ou de "grille mélodique". Clairement, les Dreamers ont leurs racines quelque part vers Bar Kokhba dont ils conservent la langoureuse luminosité, et dans le voisinage du pourtant énervé Electric Masada dont ils empruntent une bonne part du line-up également (il n'y manque en fait qu'Ikue Mori et un Zorn plus instrumentalement présent que sur le seul Toys de ce Dreamers).
     Donc le propos n'est pas éloigné du jazz de chambre modernisé de Bar Kokhba presque défait, ici, de sa judaïté. Débarrassé de la plupart de ses aspérités et de ses tentations classisantes aussi. On en trouve en fait la source dès Naked City, sur l'excellent Sunset Surfer du très recommandé Radio (1992) par exemple. Droit au but donc, un but de douceur et d'harmonie ceci dit. Où la guitare chaude de Marc Ribot ne part que très rarement dans les soli débridés dont on sait le six-cordiste habitué, où le claviers de Jamie Saft viennent doucement caresser l'oreille de leurs nappes et figures harmoniques, où le vibraphone rêveur de Kenny Wollesen vient habiter les interstices de ses douces résonnances, où les percussion chaudes du brésilien Cyro Baptista viennent complémenter et complimenter les grooves et patterns tout en délicatesse du divin chauve et irremplaçable batteur Joey Baron, et où, enfin, Trevor Dunn, bassiste de son état, fait exactement ce qu'il faut quand il faut avec la discrétion et la dextérité qui sied à la nature du projet.
     Il faut dire qu'entre jazz finalement très classique (A Ride on Cottonfair, qui pourrait être du Dave Brubeck), lounge-klezmer sauce exotica bien troussé (l'irrésistible et inaugural Mow Mow, l'également très réussi Nekashim), rêveries plus mystiques d'admirable facture (Anulikwutsayl, Mystic Circles), c'est un John Zorn avant tout concerné par l'ambiance et la mélodie, particulièrement pointilleux et attentifs d'icelles donc, qui dirige son petit monde sur des pièces dûment sélectionnées pour l'occasion. Ce qui n'empêche pas quelques bienvenues sorties de routes, quelques jolis dérapages, évidemment discret mais épice indispensable à l'élaboration de la recette.

     Le résultat est du pur Zorn... en mode easy. A se demander si ce Dreamers premier (les trois autres étant, par ailleurs, également chaudement recommandés, en particulier un O'o en état de grâce exotique), ne serait pas le sésame idéal à qui veut entrer en Zornie sans prendre trop de risques...


1. Mow Mow 3:04
2. Uluwati 3:37
3. A Ride On Cottonfair 4:21
4. Anulikwutzayl 9:01
5. Toys 2:43
6. Of Wonder And Certainty 4:29
7. Mystic Circles 6:07
8. Nekashim 3:56
9. Exodus 7:01
10. Forbidden Tears 3:07
11. Raksasa 5:15

Cyro Baptista - percussion
Joey Baron - batterie
Trevor Dunn - basse
Marc Ribot - guitare
Jamie Saft - claviers
Kenny Wollesen - vibraphone
John Zorn - saxophone alto (Toys)


le CAUCHEMAR
 
John Zorn "Nosferatu" (2012)
ou "Après le rêve..."

     Quand John Zorn s'attèle au thème du vampirisme, forcément, on dresse l'oreille. En l'occurrence, c'est pour le spectacle d'une troupe polonaise que ce score a été composé. Et, pour la petite histoire, on se doit de préciser qu'il est sorti le jour des 100 ans de la mort de Bram Stoker (auteur de Dracula, pour ceux qui vivent sur une autre planète), le 20 avril 2012.

     Pour la circonstance, Zorn a assemblé un groupe comprenant son vieux pote bassiste Bill Laswell, l'organiste/pianiste Rob Burger, le percussionniste Kevin Norton (croisé notamment chez Fred Frith, David Krakauer ou Anthony Braxton) et lui-même au saxophone alto, piano acoustique et électrique et bruitages anatomiques et électroniques. Le résultat alterne fureur et douceur dans un tout convaincant même si pas forcément très facile à appréhender... Ce qui ne surprendra sans doute pas les suiveurs attentifs de ce compositeur polymorphe. Ainsi, souvent, un thème chaotique et angoissant précède-t-il une composition plus douce mais pas forcément plus apaisée, ce qui n'est que logique vu le thème couvert.
     Concrètement, le brassage du jour inclut des emprunts au rock industriel, au dub, au jazz (et free jazz), à l'ambient, au classique contemporain et, plus marginalement, au klezmer ; autant de genres que Zorn a souvent revisité durant sa longue et prolifique carrière (de Painkiller à Masada en passant par Naked City ou son répertoire contemporain) et qu'il maîtrise donc parfaitement. Impossible de le nier, nombreuses sont les dissonances et aspérités de ce répertoire visiblement conçu avec autre chose en tête que le confort de l'auditeur dans son salon (on regrette d'ailleurs de ne pas avoir l'opportunité d'entendre ces 16 titres dans leur contexte théâtral). De fait, Zorn joue souvent avec nos neurones (et nos tympans) tout au long de cette heure tendue où on accueille chaque respiration mélodique comme le messie (le sax baladin et la basse aquatique sur Fatal Sunrise ou le dub first class, The Stalking) avant de replonger avec appétit dans le bain acide.

     En définitive, comme souvent avec les oeuvres « difficiles » de John Zorn, Nosferatu est un album qu'il faut prendre son temps à digérer, parce que cette musique (profondément émotionnelle tout en restant éminemment cérébrale) est faite pour se jouer de nos sens, nous faire perdre les points de repères qui jalonnent habituellement ce qui nous tombe dans l'oreille. Il y a de quoi faire peur aux néophytes, qui auront en l'occurrence bien tort, ceux qui feront « l'effort » trouveront ici moult trésors, qu'ils en soient convaincus... Une réussite (de plus!).


1. Desolate Landscape 4:32
2. Mina 3:35
3. The Battle of Good and Evil 5:14
4. Sinistera 3:22
5. Van Helsing 3:25
6. Fatal Sunrise 3:17
7. Hypnosis 2:10
8. Lucy 2:46
9. Nosferatu 2:27
10. The Stalking 7:33
11. The Undead 4:00
12. Death Ship 2:00
13. Jonathan Harker 5:29
14. Vampires at Large 4:17
15. Renfield 3:31
16. Stalker Dub 3:24


Rob Burger: piano, orgue
Bill Laswell: basse
Kevin Norton: vibraphone, tambours, cloches d'orchestre, bols tibétains de prière
John Zorn: piano, saxophone alto, Fender Rhodes, électronique, souffle


RÊVE BONUS
 
John Zorn "Dreamachines" (2013)
ou "La machine à rêver"
 
 
     Qu'importe le concept (en l'occurrence un hommage à deux "beat auteurs", William Burroughs et Brion Gysin , créateurs de l'art du cut-up si cher à Zorn), l'important est qu'il offre à John Zorn de nouvelles cartouches pour étendre encore et toujours son impressionnante série de compositions/enregistrements. Qu'importe le quatuor assemblé pour l'occasion, on sait Zorn sûr dans ses choix et possédant un "cheptel" d'exceptionnels instrumentistes dans lequel il puise à foison, à l'envie. Et voici donc Dreamachines, déjà 5ème livraison de l'an pour un compositeur dont la productivité délirante ne se dément pas, pensez !, depuis le début des années 90 chaque nouvelle levée calendaire apporte sa cinq à dizaine d'œuvres originales... Mais comment fait-il ?!
 
     Musicalement, c'est à du Zorn classique et varié auquel nous sommes, cette fois, confrontés. Classique parce qu'on y retrouve la patte mélodique du maître, reconnaissable entre mille. Varié parce que le spectre présentement déployé touche au jazz, au classique contemporain, au klezmer et à l'imprévisibilité "cut & paste" de ses explorations rock, noise et filmiques de Naked City... Une somme ! Et une sacré performance que d'associer ainsi les deux facettes de son art : celle presque easy-listenning avec l'autre, exigeante de l'auditeur et souvent atonale voire carrément chaotique... Comme vous le réaliserez dès l'ambivalente pièce d'ouverture, Psychic Conspirators.
     Certes, connaître son "personnel", ce quatuor de pointures habituées de la "Maison Zorn" sur le bout des doigts aide, et posséder ainsi chaque style depuis si longtemps n'est aucunement un facteur aggravant. Parce qu'il faut bien le dire, si le cocktail est présentement relativement nouveau, du fait d'un assemblage presque inédit de musiciens (même équipe que Nova Express), on reste dans la zone de confort du compositeur. Et tant mieux, après tout ! Parce que ce Zorn expert, qui vous attrape par des mélodies enjôleuses (mais écoutez moi cet hypnotique Git-le-Cœur ou ce Masadien en diable The Conqueror Worm !) pour mieux vous brutaliser les tympans de courtes virgules éruptives et bouillonnantes (Psychic Conspirators, Note Virus) est absolument divin bien aidé, il faut le dire, par, en premier lieu, un Kenny Wollesen au vibraphone tutoyant les anges et culbute les démons (tout l'album est un festival de ses capacités, vraiment) ! C'est aussi un bonheur d'entendre John Medeski (Medeski, Martin & Wood) tâter du piano (souvent dingue et parfait partenaire soliste du précité) en lieu et place de ses plus réguliers orgues et synthétiseurs. Quand à la section rythmique composée du bassiste Trevor Dunn (Mr Bungle, Secret Chiefs 3, Tomahawk) et de l'indéboulonnable chauve rythmicien (Joey Baron), que dire si ce n'est que le "couple" assure impeccablement mariant prouesse et sensibilité, douceur et rage... Où il faut quand il faut tels les grands professionnels et artistes inspirés qu'ils sont. Car enfin, oui, il faut bien le dire, Zorn a, encore une fois, su s'entourer, ce n'est pas la moindre raison de son insensée réussite récurrente.
 
     Au risque de me répéter, mais tant pis, des fois il faut, John Zorn, compositeur multiple et volubile, fait mouche avec, pour le coup, un album à recommander autant aux initiés de son art musical qu'aux newbies qui n'en reviendront pas s'ils seront certainement un peu chahutés par l'expérience... Immense, quoi !


1. Psychic Conspirators 3:18
2. Git-Le-Coeur 4:27
3. The Conqueror Worm 6:58
4. The Third Mind 6:34
5. Light Chapels 5:20
6. The Dream Machine 5:58
7. Note Virus 3:31
8. 1001 Nights In Marrakech 6:30
9. The Wild Boys 3:26


John Medeski - piano
Kenny Wollesen - vibraphone
Trevor Dunn - basse
Joey Baron - batterie

 
CAUCHEMAR BONUS
 
Naked City "Radio" (1993)
ou "Ondes étranges"


     Peut-être l'album le plus abouti de Naked City, le plus pensé en tout cas, un concept, "Radio", où tout commence en douceur histoire de ne pas braquer l'auditeur, puis, doucement mais sûrement, on s'aventure dans des paysages plus chaotiques, performances péri-grindcoresques où la formation excelle. En vérité je vous le dis, Radio Naked City, c'est quelque chose ! 
 
     D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil au livret et d'y repérer la liste des influences musicales assumées par le combo, de Charles Mingus à Extreme Noise Terror, de Quincy Jones à Morton Feldman, de Carole King à Boredoms, de Funkadelic à Carcass (etc.). Un grand écart qui se retrouve évidemment dans le(s) style(s) pratiqué(s) par Naked City sur leur avant-dernier album studio ici présent.
     Et donc, progression oblige, on démarre par ce jazz emprunt de funk, de (surf) rock, d'influences "morriconiennes" qui font merveille à démontrer l'imagination du sextet, de John Zorn, son compositeur, arrangeur, saxophoniste alto et agitateur en chef mais également d'un Bill Frisell qui, loin de sa zone de confort habituelle (l'americana jazz), offre moult atours chatoyants à ses 6 cordes, d'une section rythmique aussi improbable qu'efficace (l'ex-Henry Cow Fred Frith à la basse, l'irremplaçable jazz batteur fidèle d'entre les fidèles Joey Baron) qui jazze aussi bien qu'elle rocke, et d'un claviériste fin et inventif tel que Wayne Horwitz (qui sait aussi être un pianiste de 1ère classe comme le démontre le Sonny Clark Mémorial Quartet, déjà avec Zorn).  Les highlights de la "section" ? Le jazz rigolo et coureur d'Asylum ou Zorn dérape joyeusement dans les virages en épingles tracés par ses petits copains, le presque exotica Sunset Surfer qui rappelle un peu les Dreamers d'avant les Dreamers, le pur fun rock'n'rollesque de Party Girl, le funk enragé de Triggerfingers, le groove organ-ique de Sex Friend avec Wayne Horwitz en Eddy Louiss d'après l'apocalypse et Frisell en fine lame fusionnante,  ou The Bitter and the Sweet en jazz ambiant presque atonal.
     Et puis vient le second volet, celui où tout ne change pas tout à fait mais où l'agression sonore se fait plus fréquente, plus jazz-punkeuse. C'est aussi la partie où les hurlements possédés de Yamatsuka Eye viennent perforer les tympans innocents d'auditeurs jusqu'alors trop installé dans une écoute un brin chaotique mais finalement plutôt confortable et rigolarde. Le début du cauchemar ? The Vault, rampant jazz rock se muant en noise japonaise est la transition (quoique qu'un Krazy Kat cousin de Mr. Bungle l'esquisse déjà)... Et ça fait mal, mais ça fait parfois du bien de se faire mal comme sur un Metal Tov (plus tard repris par Electric Masada) en faux-Heavy Metal juif mais vrai trait de génie énergétique. La suite est à l'avenant enchainant, pour simplifier, jazz qui rocke très fort et grindcore qui récure à fond, du costaud, pas pour les fillettes !
     Enfin, jusqu'à un American Psycho, revenant à une fusion plus accessible, et son final ambient semblant pointer vers l'ultime Naked City qui paraîtra plus tard la même année : Absinthe.

     Il y en a pour tous les gouts sur Radio, il y a surtout un sacré bon dieu d'album avec un groupe au sommet de son art, au maximum de sa maîtrise. Un chef d'œuvre, indéniablement.


1. Asylum 1:54
2. Sunset Surfer 3:22
3. Party Girl 2:33
4. The Outsider 2:27
5. Triggerfingers 3:31
6. Terkmani Teepee 3:56
7. Sex Fiend 3:31
8. Razorwire 5:28
9. The Bitter And The Sweet 4:48
10. Krazy Kat 1:51
11. The Vault 4:44
12. Metaltov 2:07
13. Poisonhead 1:09
14. Bone Orchard 3:53
15. I Die Screaming 2:29
16. Pistol Whipping 0:57
17. Skatekey 1:24
18. Shock Corridor 1:05
19. American Psycho 6:09


Joey Baron - batterie
Yamatsuka Eye - voice
Bill Frisell - guitare
Fred Frith - basse
Wayne Horwitz - claviers
John Zorn - saxophone alto