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lundi 10 juillet 2017

U comme...

Unique, universel, utile ou usurpateur, on a toujours besoin d'un p'tit coup de U (dada!) dans la vie. La preuve par 8. Enjoie !

U comme...
U.K. "U.K." (1978)
Supergroupe

Quelle drôle d'idée est passée par la tête des deux ex-King Crimson John Wetton et Bill Bruford quand il décidèrent  de choisir chacun un musicien pour enfin compléter un vieux projet commun remontant à 1976, Bruford convoquant son partenaire de Bruford (le groupe), le guitariste Allan Holdsworth, qui avait auparavant frayé avec Soft Machine, Tony Williams et Gong, excusez du peu !, tandis Wetton misait sur Eddie Jobson, connu pour ses exactions avec Roxy Music et, présentement, "volé" au groupe de Frank Zappa, que pensaient-ils obtenir d'une formation aussi artificiellement assemblée ? Une sacré galette de progressisme fusionnant et modernisé, enfin !
Mais avec de vraies chansons alors parce que, déjà, les prémices de ce que Wetton tentera d'accomplir ensuite, une parfaite fusion de progressisme et de rock FM (avec Asia) sont déjà bien présents dès un In the Dead of Night au refrain d'une radiophonique efficacité. Mas comme il y a les rythmes particuliers de Bruford, la guitare admirablement contenue et émotionnelle d'Holdsworth, et les gris gris d'un Jobson aux multiples talents, ça passe comme une lettre à la poste. Ca passe encore mieux quand, semblant vouloir faire une de ces ballades "à la King Crimson" qui fonctionnenent tellement mieux, les compères font dans le nuancé et la finesse sur un beau By the Light of Day, parfait pendant planant à son explosif devancier permettant, qui plus est, à Jobson de sortir son doux violon pour un solo dont il a le secret. Et que dire de la pièce de conclusion de la trilogie d'ouverture, Presto Vivace and Reprise, si ce n'est que cette sorte de Gentle-Gianterie, clavier psychotique, polyrythmies passionnantes,  cassure harmonieuses (oui !) et évidemment rappel mélodique de l'ouverture pour un final tonitruant sinon qu'elle vous laisse avec un de ces petits sourires idiots fiché sur la face parce que c'est tout de même très bon, tout ça. La suite est à l'avenant de ce spectaculaire début avec un beau et long Thirty Years, 8 minutes tout de même, où un Holdsworth déchainé et inspiré s'en donne à cœur joie, un Alaska en deux parties dont on préfère nettement le dynamisme d'une deuxième partie ébouriffante transitant vers le costaud Time to Kill (encore du pré-Asia qui gagne à l'énergie et à une belle section solo, cette fois) qu'une première nappée de synthétiseurs seuls où, franchement, on peine à garder son intérêt. Puis vient Nevermore, une intro de guitare acoustique de haute volée (ha ! Allan !), quelques nappes de synthés en lien vers le développement d'une composition évoquant fortement ce qu'on image que King Crimson aurait commis avec une équivalente formation, et c'est bon, qu'Est-ce que c'est bon !, parce qu'évidemment, la comparaison avec le navire amiral de l'éminence grise Fripp était un compliment. Après ça, Mental Medication parait presque normal parce que, mélodiquement plus direct, et reprenant certains des "tours" dont le groupe a auparavant fait montre (comme ces petites explosions fusionnantes), il étonne moins. Mais, bien-sûr, avec de pareils musiciens, dans un contexte créatif aussi favorable, il y a de nombreuses raisons de ce contenter d'un final pas exactement en fanfare mais d'une fort belle qualité tout de même notamment dans les interventions solistes d'Holdworth guitariste électrique d'exception et de Jobson qui le taquine sérieusement avec son électro-violon.
Bon, côté obscur de la force, on admettra que certains sons de synthétiseurs (les 80s ne sont plus loin !) n'ont pas exactement bien vieilli (l'intro de Thirty Years m'en est témoin) et que certains "trucs" de productions, des effets inutiles sur la belle voix de Wetton, un côté un peu clinique dans une mise en son manquant un peu de chaleur viennent un tout petit peu tâcher la belle copie sinon sans faute de musiciens qui modernisent un rock progressif qu'ils ont participé à enfanter sur un album efficace, gracieux où virtuosité et mélodie ne se séparent jamais, une vraie belle réussite, quoi !
Ceci dit, il était écrit que ça ne pouvait pas durer, qu'un aussi beau miracle ne pouvait pas se répéter, et si un deuxième album d'U.K. il y eut, Danger Money un an plus tard, c'est sans Bruford et Holdsworth que l'affaire se fit avec un résultat, comment dire ?, pas exactement indigne parce que Jobson et Wetton y font de l'excellent travail et que le batteur choisi, Terry Bozzio (de chez Zappa si vous ne le saviez pas) est un vraie pointure du badaboum technique, mais loin, très loin des sommets atteints par l'impeccable éponyme, un album que j'ai récemment redécouvert, après l'avoir un peu hâtivement démis dans ma jeunesse, et qui, croyez-moi, mérite qu'on s'y (re)penche et examine en détail les moult merveilles qui y figurent.

1. In the Dead of Night 5:38
2. By the Light of Day 4:32
3. Presto Vivace and Reprise 2:58
4. Thirty Years 8:05
5. Alaska 4:45
6. Time to Kill 4:55
7. Nevermore 8:09
8. Mental Medication 7:26

Allan Holdsworth – guitar
Eddie Jobson – keyboards, electric violin, electronics
John Wetton – bass, lead and backing vocals
Bill Bruford – drums, percussion


U comme...
ULTRAVOX "Ultravox!" (1977)
Première incarnation

Alors que le punk rock n'en est qu'à ses premières gesticulations britanniques, déjà, quelque part en Angleterre, l'avenir se prépare...
Evidemment, l'élément qui changera tout du son du groupe et le transformera en authentique formation synthpop, Midge Ure évidemment, n'est pas encore arrivé mais déjà, sous le vernis post-punk, les tentations pop et électroniques apparaissent déjà. Evidemment, l'assistance de Brian Eno (producteur de l'opus) est pour beaucoup dans un esthétisme abouti et avant-gardiste à la fois permettant à moult compositions du groupe de prendre un tout autre essor en plus d'un cousinage avec quelques gloires passées (Roxy Music et Hawkwind en particulier).
Dans les faits, ça donne des chansons tantôt encore largement assimilables à l'explosion crêtée qui vient de secouer les sujets de sa gracieuse majesté (Sat'day Night in the City of the Dead qui n'est pas moins énergique qu'un Clash de la même année, Life at Rainbow's End (For All the Tax Exiles on Main Street) qui bien que plus calme contient une vraie colère larvée, Wide Boys qui semble vouloir réveiller le glam rock à l'aulne d'une régénération punkoïde), tantôt d'authentiques chansons pop aux arrangements révélant ce que le groupe deviendra quelques années plus tard (le presque progressif I Want to Be a Machine, les tentations synthé-reggae de Dangerous Rhythm, la kraftwerkerie réussie de My Sex) mais, surtout, d'excellentes compositions n'ayant pas pris la moindre ride aujourd'hui, ce n'était pas gagné d'avance.
Et donc, alors que son quarantième anniversaire n'est plus très loin, Ultravox! demeure un album à la fois typique de son époque et en même temps intemporel et, par conséquent, aussi écoutable aujourd'hui que le jour de sa révélation au monde ébahi, oui, au monde ébahi et tant pis si ce ne sera pas le plus grand succès du groupe, c'est indéniablement une de ses plus belles pages.

1. Sat'day Night in the City of the Dead 2:35
2. Life at Rainbow's End (For All the Tax Exiles on Main Street) 3:44
3. Slip Away 4:19
4. I Want to Be a Machine 7:21
5. Wide Boys 3:16
6. Dangerous Rhythm 4:16
7. The Lonely Hunter 3:42
8. The Wild, The Beautiful and the Damned 5:50
9. My Sex 3:01
Bonus
10. Slip Away (Live) 4:12
11. Modern Love (Live) 2:31
12. The Wild, The Beautiful and the Damned (Live) 5:18
13. My Sex (Live) 3:05

Warren Cann – drums, backing vocals
Chris Cross – bass, backing vocals
Billy Currie – keyboards, violin
John Foxx – lead vocals, acoustic guitar on "I Want to Be a Machine"
Stevie Shears – guitars
&
Phil Collins - drums (sampled from "Sky Saw") on "My Sex"


U comme...
UNDERWORLD "Second Toughest in the Infants" (1996)
Rave with your Head on!

Dubnobasswithmyheadman, le premier opus électronique d'Underworld, on préfèrera oublier ce qui s'est passé avant puisqu'il ne mérite pas notre attention, avait été une révélation, Second Toughest in the Indants est une confirmation, encore plus dans la version bonussée ici présente, une version cousine d'un film alors tout nouveau tout beau (Trainspotting) puisque le principal bonus en est la musique utilisée par Danny Boyle pour son épopée dope (Born Slippy évidemment). L'album dans son ensemble est un incroyable exercice d'équilibre entre transe technoïde hyper-sudatoire et musique électronique intelligente, sensible et mélodique parce que si, évidemment, cette musique peut servir à danser, elle est avant tout l'expression complexe d'un trio qui se soucie réellement de créer des ambiances, de repousser les limites des "boum boum" des rave parties en leur donnant une vie en dehors du dance-floor. Certes l'album est nettement plus transe cette fois-ci que le coup d'avant mais ménage de salutaires plages de planeries ouateuses qui font parfaitement le balancier. Et puis, franchement, comme tout est fait avec une classe et un esprit qu'on ne croise pas si souvent dans les musiques électroniques, il n'en faut pas plus, et certainement pas de se lancer dans l'analyse méthodique de l’œuvre, pour la recommander pour ce qu'elle est : une des plus belles réussites d'une intelligent techno qui, au cœur des 90s, révolutionne le monde de la musique au moins autant que les agissements électriques des gars de Seattle... Essentiel !

1. Juanita : Kiteless : To Dream of Love 16:36
2. Banstyle/Sappy's Curry 15:22
3. Confusion the Waitress 6:47
4. Rowla 6:31
5. Pearl's Girl 9:36
6. Air Towel 7:37
7. Blueski 2:55
8. Stagger 7:37

Bonus CD
9. Born Slippy .NUXX 11:40
10. Rez 9:55

Karl Hyde - vocals, guitars
Rick Smith - keyboards and mixing, backing vocals
Darren Emerson - keyboards and mixing


U comme...
UNIVERS ZERO "Hérésie" (1979)
Sombre Belgique

Des belges qui font peur ! Parce que, dans leur définition sombre et hantée du rock progressif, nos amis d'outre-Quiévrain n'ont pas leur pareil pour construire d'angoissantes beautés, comme sur leur seconde création, le fascinant Heresie.
Univers Zero, fondé en 1974 par le batteur Daniel Denis et le trompetiste Claude Deron sous le lovecraftien patronyme de Necronomicon, a certes des atours des français de Magma (dont il accepte d'ailleurs l'influence) mais aussi une vraie personnalité qui le voit souvent glisser vers la musique contemporaine, en particulier Stravinsky. Présentement, en seulement trois titres (trois épopées, plutôt, vu leur impressionnant format), trois compositions à glacer les sangs où les cinq musiciens n'en font pas plus que nécessaire pour construire leur impressionnants climats, où la maîtrise est instrumentale indéniable d'authentiques virtuoses n'est jamais vainement mise en avant. Dans les faits, ça nous donne déjà La Faulx, le plus Magma du lot du fait des vocalistes "vanderiennes" de Guy Segers, et ses 25 minutes commençant dans l'abstraction puis, comme si le groupe sortait d'un épais brouillard pour construire un magistrale et sombre crescendo où violon, batterie tribale, voix possédée avant que le climat ne s'apaise en une belle mélodie nous emmenant vers un final éthéré mais encore tendu en forme de progressif retour vers la réalité. Enorme ! Après ce monstrueux "machin", Jack the Ripper et Vous le Saurez en Temps Voulu auraient presque des allures de normalité mais, encore grandement infusés des précieuses sorties de routes, des détours harmoniques, des polyrythmies imaginatives, il s'y passe toujours quelque chose. On y remarque en particulier l'immense talent d'un Patrick Hanappier, violoniste/violiste de son état, contribuant idéalement aux climats tendus comme élégiaques.
Parfaitement mis en son, ça pulse, ça gronde, ça grince mais jamais ça n'agresse le tympan délicat, Heresie est probablement l'œuvre la plus fantastiquement renversante de ses créateurs (ce qui n'est pas peu dire vu la qualité de leur catalogue où 1313, Uzed et Clivages sont également essentiels), une galette comme on n'en croise hélas pas assez souvent et qui, plus de 35 ans après sa sortie, continue d'épater jusqu'aux jeunes pousses clientes des nouvelles tendances de musiques sombres. Fort, très fort.

1. La Faulx 25:18
2. Jack the Ripper 13:29
3. Vous le saurez en temps voulu 12:56
Bonus
4. Chaos Hermétique 11:51

Roger Trigaux: guitar, piano, organ, harmonium
Guy Segers: bass, voice
Michel Berckmans: oboe, bassoon
Patrick Hanappier: violin, viola
Daniel Denis: drums, percussion


U comme...
UNION STATION, ALISON KRAUSS & "Paper Airplane" (2011)
Belle de Nature

L'album du retour à la normalité après l'énormissime succès d'un Raising Sand ayant vu une superbe, et surprenante, rencontre avec la légende du (hard) rock que vous savez ? Oui. Mais un petit évènement en soi puisque fêtant les retrouvailles d'Alison Krauss et d'Union Station 7 ans après leur dernière collaboration, mais ça c'est pour les américains parce qu'en France...
C'est un fait qui ne pourra être nié, la France est imperméable à la musique country quelque soit son inclinaison (parce que la country est un ensemble de sous-genres) ou sa valeur. Parlez à un de nos nationaux de contemporary bluegrass, ce dont il s'agit ici, et vous obtiendrez, au mieux, un roulement d'yeux circonspect, presque moqueur. Sans doute les cliché de la country traditionnelle, ou au moins de celle qui se vend massivement outre-Atlantique, chapeaux de cowboys et américanisme triomphant, sont il en grande partie responsables de cette désaffection parce que, franchement, à l'écoute de ce Paper Airplane, 5ème album avec d'Alison Krauss avec Union Station (6ème en comptant le Live at the Louisville Palace de 2002), il y a moult motifs de satisfaction. Déjà parce que la voix douce et caressante d'Alison, au chant lead sur 8 des 11 compositions, y est l'indéniable star servie qu'elle est par les instrumentations essentiellement acoustiques qu'elle produit avec ses camarades de jeu. Ensuite parce qu'il y a, dans ce panorama roots voguant entre chansons entraînantes et douces-amères, on trouve une variété qui, ne nuisant nullement à la cohérence de l'ensemble, vous promène dans une Amérique rurale mais pas attardée. Enfin parce que, outre la qualité de l'ensemble de la tracklist, on découvre les interprétations joueuses d'instrumentistes précieux s'amusant visiblement beaucoup à habiter le répertoire de petits tours savoureux mais jamais, merci !, envahissants.
Paper Airplane, c'est l'évidence, est une galette qu'on aimera posséder ne serait-ce que pour prouver, en plus du réel plaisir d'écoutes solitaires, aux méchants esprits que la musique country, et bluegrass présentement, peut aisément dépasser le cadre clicheteux où on a trop souvent tendance à la remiser. Recommandé.

1. Paper Airplane 3:36
2. Dust Bowl Children 3:06
3. Lie Awake 3:55
4. Lay My Burden Down 3:52
5. My Love Follows You Where You Go 4:03
6. Dimming of the Day 5:20
7. On the Outside Looking In 3:35
8. Miles to Go 2:54
9. Sinking Stone 4:42
10. Bonita and Bill Butler 4:03
11. My Opening Farewell 4:08

Barry Bales - bass, vocal harmony
Ron Block - banjo, guitar
Jerry Douglas - dobro, vocal harmony
Alison Krauss - fiddle, vocals, harmony, vocals
Dan Tyminski - guitar, mandolin, vocal harmony, vocals


U comme...
UNUN "Super Shiny Dreams" (1995)
Petite boutique des merveilles

Outre le fait qu'il fut formé par un ex-Sugarcubes (Thor Eidon, le guitariste) quand ceux-ci furent lâchés par leur elfique vocaliste (Björk, évidemment), il y a peu d'infos sur Unun, formation islandaise aujourd'hui séparée et, pour ainsi dire, oubliée.
L'album, le seul d'Unun en fait, Super Shiny Dreams, aurait d'abord été disponible dans leur langue avant d'être adapté et proposé à une échelle plus internationale par l'indépendant Bad Taste Records, c'est de cette version dont il s'agit ici. Sans vraiment de surprise, on retrouve ici le même allant, la même légèreté que dans les œuvres des Sugarcubes avec, toutefois, une inclinaison vers le plus rock de la britpop féminisée comme exemplifié sur le dynamique single I See Red (où on pense à Echobelly), quelques atours new-waveux et même d'une influence Pixies parfois évidente si jamais envahissante (First Aid). Comme les Cubes, Unun, mené par une vocaliste à la voix mutine et post-adolescente (Heida), crée une musique sans complication artistique particulière, juste un bouquet de bonnes petites chansons accrocheuses et efficaces qui, leur chance offerte d'atteindre un public plus large, aurait bien pu créer une petite sensation du type dont les médias anglais spécialisés du genre (NME, Melody Maker) sont friands. D'attaques punkoïdes toujours mélodiques (I See Red, Unun, Ve la Gonzesse, SOS Aurora) à d'agréables douceurs power pop (Fistful of Love, Kung Fu Blue, The Good Friday) en passant par quelques instants plus tempérés récupérateurs (Dead & Breakfast, Première), les cinq couvrent habilement le spectre du genre garnissant leurs compositions de gimmicks attirants, d'arrangements malins dopant de déjà joliment troussées compositions.
Si l'originalité de la chose peut largement être contestée, Super Shiny Dreams n'en est pas moins un album attachant et réussi d'une formation qui méritait mieux que le complet anonymat où elle se voit aujourd'hui reléguée. Soyez curieux, jetez y une oreille... et même les deux !

1. First Aid 4:49
2. Fistful Of Love 3:43
3. I See White 0:59
4. I See Red 3:29
5. Far 4:39
6. Unun 1:25
7. Kung Fu Blue 3:25
8. Dead & Breakfast 4:09
9. The Good Friday 4:20
10. Ve La Gonzesse 3:33
11. Sos Aurora 2:27
12. Premiere 5:18
13. Blow My Fuse 1:52
14. Lie To Me 3:03

Heida - vocals
Thor Eidon - guitar
Dr. Gunni - bass, guitar, throat
Johan Johansson - keyboards, sampling
Obo - drums
&
Sigtryggur Baldursson - drums (9)
Amar G. Omarsson - drums (2, 4, 6, 11, 14)
José Cuervo - brute & frenchman


U comme...
UPSETTERS, MAX ROMEO & THE "War Ina Babylon" (1976)
Balcony Wars

C'est une des plus fameuses réussites de cette première vague reggae qui débarqua sur les talons de l'explosion commerciale de Bob Marley et de ses Wailers, c'est War Ina Babylon par Max Romeo et les Upsetters, et Lee "Scratch" Perry, éminence grise et producteur, que l'on n'oublie évidemment pas.
D'ailleurs, même si on voulait l'oublier, la mise en son nous ramènerait vite à la réalité parce que ces basses aquatiques, cette lourdeur groovy quasi-dub immédiatement identifiable, c'est du Lee Perry tout craché ! Et c'est parfait pour la belle collection de composition roots reggae fomentée par le producteur et son vocaliste de la circonstance, ce Max Romeo déjà auteur d'un Revelation Time un an plus tôt, déjà pour le label Black Ark mais sans Perry (au moins officiellement).
C'est donc l'opus de la confirmation et, pour beaucoup, l'album de la révélation que Bob Marley n'était pas le seul à combiner spiritualité et résistance dans une musique où la chaleur et la chaloupe ne doit pas faire oublier la situation socio-économique dans laquelle tout ceci vit le jour. Parce que Romeo n'est pas que le chanteur grivois que certains avait repéré au début des septantes (auteur de joyeusetés telles que Wet Dream ou Pussy Watch Man) mais aussi un auteur conscient qui sait recracher l'amère constat d'une Jamaïque inégalitaire et  violente.
Ca donne un album qui en remontre aux Burning Spear et autres Wailers dans le domaine du reggae qui pense très fort à la révolution. Et puis, considéré par Lee "Scratch" Perry soi-même comme faisnt partie de sa Sainte Trinitié de la période Black Ark (avec Police and Thieves de Junior Murvin et le Party Time des Heptones), c'est une recommandation qu'on peut faire aux amateurs du genre les yeux fermés mais les oreilles grandes ouvertes !

1. One Step Forward 5:15
2. Uptown Babies 5:00
3. Chase the Devil 3:27
4. War ina Babylon 4:51
5. Norman 4:50
6. Stealin' 3:04
7. Tan and See 4:36
8. Smokey Room 3:03
9. Smile out of Style 3:32

Lead vocals – Max Romeo
Male harmony vocals – Barry Llewellyn, Earl Morgan
Female harmony vocals – Cynthia Scholas, Marcia Griffiths
Production and engineering – Lee "Scratch" Perry
The Upsetters 1976
(non crédités sur l'album autrement que par le nom du groupe)
Michael "Mikey Boo" Richards – drums
Anthony "Benbow" Creary – drums
Noel "Skully" Simms – percussion
Boris Gardiner – bass
Earl "Chinna" Smith – guitar
Keith Sterling – piano
Bobby Ellis – horns
"Dirty" Harry Hall – horns
Herman Marquis – horns
Vin Gordon – trombone


U comme...
URIAH HEEP  "Demons & Wizards" (1972)
Heep Heep Heep... Uriah !

On les décrit souvent comme un Deep Purple de seconde division, c'est une indéniable injustice parce qu'Uriah Heep en 1972, qui sort alors son 4ème album, a une vraie personnalité illustrée de suffisamment de trucs personnels, et d'une histoire aussi ancienne que celle de leurs prétendus modèles, pour les considérer comme leur propre animal.
Il suffit d'ailleurs, pour s'en convaincre, d'écouter ce Demons and Wizards depuis justement passé à la postérité, dans la légende. A commencer par l'emballage initial de trois chansons aussi variées que concises avec un The Wizard qui, mené par une guitare acoustique déborde tout juste sur le hard rock et fonctionne parfaitement comme ça, un Traveller in Time qui semble vouloir commencer très dur mais tourne vite en classic rock parfaitement mené pas la voix d'un David Byron sachant quand pousser ses cordes vocales dans leurs derniers retranchements, et un Easy Livin', tube incontestable, où l'orgue prend définitivement plus de place que la guitare. Evidemment, parce qu'ils ont largement les facultés pour, les gars d'Uriah Heep savent aussi injecter quelque doses d'un progressisme tellement d'époque qu'on ne peut quasiment pas l'éviter, c'est le cas sur les deux longues chansons de l'album, Circle of Hands et The Spell, mais sans jamais le moindre excès, sans se reposer sur une construction alambiquée, non, là n'est pas le style des londoniens préférant les crescendos poignants aux vaines démonstrations instrumentales. Et il est peut-être là le particularisme fondamental d'Uriah Heep, posséder la puissance et la capacité de faire beaucoup et bien mais garder toujours en tête que, fondamentalement, seule la chanson compte et que, jusque dans les soli, on se doit de rester supra-mélodique, ce qui est présentement magnifiquement accompli. Parce que si Mick Box, guitare, et Ken Hensley, claviers, Gary Thain, basse, décédé en 1975 à seulement 27 ans, etc., sont de brillants instrumentistes, ils sont avant tout de précieux compositeurs et arrangeurs pour qui cette nouvelle donne, cette nouvelle façon de faire plus de bruit avec ses instruments, est avant tout le véhicule de l'écriture, on ne les critiquera pas là-dessus.
Surtout quand ça donne un album tel que Demons and Wizards, petite merveille d'équilibre entre lourdeur et légèreté, électricité et acoustique, pompe et finesse, où tout est bon. Rien que ça laisserait baba, quand on sait, en plus, qu'ils renouvelleront l'exploit seulement six mois plus tard, avec l'également recommandé The Magician's Birthday, on se dit que, vraiment, Uriah Heep, dans sa période classique (70-78, en gros), mérite mieux qu'une réputation d'éternel second-couteau parfaitement en-dessous de lui.

1. The Wizard 2:59
2. Traveller in Time 3:25
3. Easy Livin' 2:37
4. Poet's Justice 4:15
5. Circle of Hands 6:25
6. Rainbow Demon 4:25
7. All My Life 2:44
8. Paradise 5:10
9. The Spell 7:32
Bonus
10. Why (B-side) 4:53
11. Why (Long version) 7:39
12. Home Again to You (demo) 5:28

David Byron - Lead Vocals
Mick Box - Lead Guitars
Ken Hensley - Keyboards, Guitars, Percussion, Vocals
Lee Kerslake - Drums, Percussion, Vocals
Gary Thain - Bass Guitar
&
Mark Clarke - Bass Guitar (1, 10, 11), vocals (1)


samedi 8 avril 2017

I comme...

Dans les I, vous trouverez un peu de tout, mais que de la qualité ! Alors sans plus mettre les point sur qui vous savez, voici la sélection hebdomataire d'un Zornophage for occupé ailleurs... Enjoie !


I comme...
IAN GILLAN BAND "Live at the Budokan" (1978)
Imparfait mais attachant

Sans doute conscient qu'il ferme un chapitre de sa carrière «post-Purple», Ian Gillan sort son premier album live en tant que leader à part entière (et pas en solo, la nuance mérite d'être notée). C'est donc ainsi que se clôt la tentation expérimentale de l'Enfant du Temps qui, faute d'adoubement commercial, se repliera bientôt sur un terrain plus convenu.
A l'origine sorti en deux parties uniquement sur le territoire japonais (en 1977 et 1978) puis en double album vinyl au Royaume Uni en 1983 ou encore dans une première édition cd mondiale en 1989, ce live connut indéniablement un parcours chaotique. Tant et si bien qu'il aura fallu attendre la campagne de rééditions menée par Edsel pour enfin le découvrir dans l'ordre réel du concert et bonussée d'un My Baby Loves Me omis des précédentes éditions.
Enregistré au légendaire Budokan de Tokyo le 22 septembre 1977 (choix pas tout à fait innocent, l'enceinte ayant déjà été témoin d'un enregistrement devenu depuis légendaire, Made in Japan), Live at the Budokan s'assoit majoritairement sur le répertoire des 3 albums du Ian Gillan Band (Child in Time inclus puisque présenté dans une version similaire à celle proposée sur l'album du même nom). Les deux morceaux restants, provenant du répertoire du Pourpre Profond (Smoke on the Water et Woman from Tokyo), y sont joué nettement plus fidèlement et de façon tout à fait convaincante.
Ceux qui connaissent les trois albums studio du Ian Gillan Band ne seront pas surpris d'y retrouver un groupe voyageant sur les frontières du rock progressif, du jazz fusion et du hard rock. Indéniablement, les compositions des trois long-jeux n'étaient pas toujours satisfaisantes mais l'effort de renouvellement était louable, qui plus est, passé au filtre de la sélection live, on s'aperçoit qu'on est tout de même en présence d'un sacré groupe défendant de sacrés bons morceaux et mené par un sacré frontman.
Certes, par rapport aux standards modernes de prise de son, ce Live at the Budokan a des atours digne d'un bootleg d'assez bonne qualité seulement, ça ne surprendra pas les anciens mais risque de contrarier le plaisir de jeunes pousses plus habitués aux rutilantes captations désormais d'actualité. Ceux qui passeront l'obstacle - souhaitons qu'ils soient nombreux - pourront se délecter d'un vocaliste en belle forme accompagné d'un quatuor composé de tout sauf de branquignols qui sait mettre Gillan parfaitement en valeur sur une tracklist pas exempte de défauts mais terriblement attachante.

1. Clear Air Turbulence 12:07
2. My Baby Loves Me 8:11
3. Scarabus 4:56
4. Money Lender 10:52
5. Twin Exhausted 4:37
6. Over The Hill 8:26
7. Mercury High 4:48
8. Child In Time 9:54
9. Smoke On The Water 9:49
10. Woman From Tokyo 4:15

Ian Gillan: chant
Ray Fenwick: guitare, choeurs
John Gustafson: basse, choeurs
Colin Towns: claviers, choeurs
Mark Nauseef: batterie, percussions


I comme...
IL BALLETTO DI BRONZO "Ys" (1972)
Trip progressif à l'italienne

Ils font, avec PFM, Banco del Mutuo Soccorso, New Trolls, Le Orme, Museo Rosenbach ou Alphataurus, partie de l'explosion progressive italienne initiée par l'énorme succès rencontré par Pawn Hearts de Van der Graaf Generator de l'autre côté des Alpes, virtuoses d'un genre auquel ils se sont récemment initiés (leur cru 70, Sirio 2222 ne l'est que périphériquement), voici Il Balletto di Bronzo et leur chef d'oeuvre, Ys.
Factuellement, c'est d'un concept album dont il s'agit décrivant l'incroyable voyage et disparition du dernier homme sur terre, pourquoi pas. Le sel, évidemment, se trouve ailleurs, plus précisément dans la musique des napolitains qui, ayant abandonné le hard rock psychédélique de leur premier opus, se lance corps et âme, avec l'addition d'un claviériste virtuose à la Keith Emerson (Gianni Leone) et l'arrivée d'un nouveau batteur (Gianchi Stringa) dans un symphonic prog échevelé du plus bel effet. Si tout y commence par une voix féminine rêveuse (Daina Dini) enchainant sur un thème d'orgue assez simple servant d'écrin à une mélodie de chant (par Leone cette fois) assez classique, c'est quand un vent de folie souffle sur le quintet et en particulier sur son virtuose claviériste que l'intérêt s'éveille vraiment. Bonheur !, c'est le cas de la quasi-entièreté de la galette où les musiciens accompagnant l'instrumentiste star (Manzani à la basse, Ajello à la guitare et le précité Stringa à la batterie) un peu, si musicalement dans un tout autre contexte, à la manière de la section rythmique de l'Experience accompagnant les délires de son Jimi Hendrix de vedette. L'effet, particulièrement sur les deux mastodontes de l'album, Introduzione et Epilogo, est celui d'une grosse jam plus ou moins organisée mais totalement jouissive où piano, mellotron, moog, celesta et Hammond, Leone quoi !, ne laissent que miettes au reste de l'équipe. Et ça fonctionne ! Parce que tout ça est extrêmement maîtrisé, glorieusement épique et absolument trippant. Plus incroyable encore, Ys résiste au choc d'écoutes répétées et y gagne même en une cohérence qui, honnêtement, peut vous échapper à la primo-écoute d'un machin qui, finalement, se tient tout à fait bien et qui, d'éruptions furieuses en calmes angoissés, sait emporter l'auditeur.
Reste à regretter la trop courte carrière de la formation, qui pliera les gaules après ce monumental effort, et à démettre une reformation en trio avec le seul Gianni Leone en membre originel qui, de toute manière, ne débouchera que sur un live (Trys) pas franchement affolant. Or donc, Il Balletto di Bronzo est un authentique "one album Wonder" mais, vu (ou entendu) l'album, quel album !, on aurait mauvaise grâce de se plaindre parce qu'Ys est tout simplement incontournable.

1. Introduzione 15:11
2. Primo incontro 3:27
3. Secondo incontro 3:06
4. Terzo incontro 4:33
5. Epilogo 11:30
Bonus
6. La tua casa comoda 3:46

Gianni Leone - voice, organ, piano, mellotron, moog synth, celesta
Vito Manzari - bass
Gianchi Stringa - drums
Lino Ajello - guitar
Daina Dini - voice


I comme...
IQ "The Wake" (1985)
Néo-Délice

Si la vague punk avait mis sous l'éteignoir les dinosaures progressifs des années 70, dans les années 80, le genre, pourtant tout sauf à la mode, se refuse obstinément de mourir via quelques talentueux résistants dont IQ, formation britannique participant à la création de ce qu'il est désormais convenu d'appeler le "néo-prog", une anomalie dans l'histoire des musiques populaires, une belle anomalie en vérité.
Comme Marillion, IQ s'inspire largement de Genesis, comme Marillion, IQ possède un vocaliste évoquant le type qu'on entendait dans les années 70 (option Peter Gabriel pour les deux, au moins dans l'esprit, la passion d'interprétation), mais IQ n'est pas Marillion comme on l'entend aisément sur leur 2ème album, The Wake. La différence fondamentale tient dans la volonté de chaque formation de faire avancer, ou non, le schmilblick progressif. Là où les leaders incontesté du genre et leur leader king-size produisent un Misplaced Childhood fermement ancré dans la production de son temps, IQ suit benoîtement la tradition de ses aînés et le fait tellement bien qu'on ne voudrait, en vérité, pas autre chose.
Parce qu'en 7 chansons et une petite cinquantaine de minutes, avec, ce sont les seuls points faibles de la galette, une mise en son un peu plate (le remaster rattrape ça, tout juste) et un batteur un peu trop martial pour être tout à fait convaincant (Paul Cook est un peu le Mick Pointer du groupe, sauf que lui est resté), IQ offre aux amateurs du genre leur dose de doux nectar progressif traditionaliste d'excellente qualité. Evidemment, en se fixant sur l'aspect électrique et théâtral de Genesis, a placé la barre haut, très haut. Mais ces diables s'en sortent remarquablement bien parce que, déjà, leurs compositions, les structures, mélodies et habillages instrumentaux d'icelles fonctionnent admirablement bien, parce que, aussi, IQ a sa propre personnalité malgré l'encombrant et si évident parrainage précité, sans doute la moindre virtuosité, quoique Martin Orford en Banks-bis le fait très bien (écoutez Widow's Peak et ses habits de synthétiseurs variés et théâtraux !), et que, finalement, Mike Holmes est un beau six-cordiste autant inspiré d'Hackett que de Gilmour ou The Edge (ce gout du delay), fut-elle un facteur contribuant à ce particularisme qui fait qu'IQ, au bout du compte, sonne avant tout comme IQ, c'est un compliment. Si la tracklist possède son vrai, énorme, indéniable highlight, le précité Widow's Peak où, jusque dans la performance passionnée d'un Peter Nicholls particulièrement en voix, le groupe explore tous les possibles de son pré-carré dans une composition "à tiroirs" glorieusement réalisée, c'est, globalement un album sans ratage qui s'offre à nous. Allez, pour mégoter on éraflera simplement un Corners où, s'essayant à la "quatre-vingtisation" de son style, une petite boîte à rythme et une montée à la Mama, ne convainc pas vraiment, mais c'est juste pour mégoter parce que c'est vraiment du beau boulot, du prog de compet' !
Quand à l'édition "Deluxe de la mort qui tue" de 2010, l'album augmenté de deux cd de bonus et un DVD offrant live, commentaire de l'album, matériau bonus supplémentaire, n'en jetez plus la coupe est pleine !, c'est un festin ! Un festin qu'on conseillera avant tout aux amateurs hardcore du groupe et de cet album en particulier parce qu'il se compose essentiellement d'un plongée dans le making of de l'aeuvre ce qui pourra rebuter l'auditeur lambda et sa proverbiale petite patience pour ce genre de choses. En gros choisissez votre camp !
Enfin, votre camp pour le choix de l'édition parce que, l'album, ce The Wake qui a survécu à 30 ans de moqueries de ceux qui ont le goût qu'il faut, si vous êtes un tant soit peu intéressé par le rock progressif, et si vous me lisez vous devez l'être !, il vous le faut, c'est ce qu'il est convenu d'appeler un classique, un vrai !

CD 1
2010 Remaster
1. Outer Limits 8:13
2. The Wake 4:11
3. The Magic Roundabout 8:20
4. Corners 6:21
5. Widow's Peak 9:13
6. The Thousand Days 5:12
7. Headlong 7:33

CD 2
Bonus Tracks
1. Outer Limits (Work In Progress Demo) 3:49
2. Outer Limits (Demo) 7:50
3. Outer Limits (Vocal Outtakes) 6:25
4. The Wake (Vocal Outtake) 1:02
5. The Wake (Rough Mix) 4:15
6. The Magic Roundabout (Writing Session) 5:48
7. The Magic Roundabout (Demo) 6:13
8. The Magic Roundabout (Vocal Outtakes) 4:43
9. The Magic Roundabout (Rough Mix) 6:24
10. Corners (Demo) 6:01
11. Corners (Vocal Outtake) 3:39
12. Corners (7" Single Remix) 4:06

CD 3
Bonus Tracks
1. Widow's Peak (First Live Performance) 5:46
2. Widow's Peak (BBC Friday Rock Show Session) 8:51
3. Widow's Peak (Vocal Outtakes) 3:23
4. Widow's Peak (Alternative Mix) 9:14
5. The Thousand Days (Writing Session) 5:11
6. The Thousand Days (Demo, Early Take) 3:58
7. The Thousand Days (Rough Mix) 3:58
8. Headlong (Work In Progress Demo) 3:45
9. Headlong (First Complete Run-Through) 6:37
10. Headlong (Vocal Outtake) 2:25
11. Headlong (Vocal Outtake) 1:54
12. Headlong (Rough Mix) 6:34

Paul Cook - drums and percussion
Tim Esau - bass guitar
Mike Holmes - guitars and sitar
Peter Nicholls - vocals and tambourine
Martin Orford - flute, keyboards and backing vocals


I comme...
IRON AND WINE "Kiss Each Other Clean" (2011)
Barbe à Trucs

Si Sam Beam et son Iron and Wine étaient connus pour une folk désossée et plutôt lugubre (quoique pas sans ses salvatrices éclaircies), la mue "hi-fi" entamée avec le prédécesseur du présent (The Shepherd's Dog) est ici pérénisée sur tout un album, le d'ailleurs très réussi Kiss Each Other Clean. Pas, ceci dit, que Mister Beam ait pour autant découvert la recette du bonheur universel, sa musique reste indéniablement habitée d'une noirceur dont on ne voudrait d'ailleurs pas le voir se départir totalement, juste que cette fois-ci les petit plats ont été mis dans grands et la déco notoirement modernisée. C'est ainsi qu'Iron and Wine nous offre un album d'indie pop/rock raffiné où des éléments électroniques, des chœurs délicats et, plus généralement, l'intervention de nombreux invités venu porter, chacun, leur petite pierre à l'ambitieux édifice qui tout en restant absolument typique des thèmes et de la faconde mélodique de son auteur sait trouver de nouvelles pistes dans une carrière qui commençait à tourner en rond. Hélas, Beam ne se tiendra pas à ces excellentes dispositions et préfèrera, dès l'album suivant (Ghost on Ghost) revenir à une mise en forme plus académique. Reste donc deux albums dont Kiss Each Other Clean, une galette sans la moindre fausse note, est le plus réussi de ce diable de barbu qui, quand il veut... Chaudement recommandé évidemment.

1. Walking Far from Home 4:47
2. Me and Lazarus 3:03
3. Tree by the River 3:58
4. Monkeys Uptown 3:48
5. Half Moon 3:16
6. Rabbit Will Run 5:30
7. Godless Brother in Love 3:50
8. Big Burned Hand 4:12
9. Glad Man Singing 4:40
10. Your Fake Name Is Good Enough for Me 7:01

Sam Beam
&
Joe Adamick, Justin Amelsch, Thomas Bartlett, Jim Becker, Stuart Bogie, Rob Burger, Tim Coffman, Brian Deck, Nate Lepine, Matt Lux, Ben Massarella, Sarah Simpson, Chad Taylor


I comme...
IRON MAIDEN "Somewhere in Time" (1986)
Maiden FM ?

Comme Judas Priest qui se lança, quelques mois plus tôt, corps et âme et sans filet dans une pop metal qu'on n'attendait pas, Iron Maiden change en partie son approche sonique en 1986 mais, fondamentalement, reste bel et bien l'Iron Maiden que nous connaissons. Et même le Iron Maiden que nous allons apprendre à connaître, où les synthétiseurs ne sont plus un gros mot mais une addition intéressante au panorama heavy metal progressif développé par le groupe. Alors, certes, il y a le single, excellent eu demeurant, peut-être la toute meilleure réalisation d'Iron Maiden dans l'exercice en fait, ce Wasted Years composé par le guitariste Adrian Smith (ceci expliquant probablement cela), qui rapprocherait la Vierge de Fer des choix radio-compatibles de leur collègues précités mais comme, avec ces satanées guitare-synthés qui furent fraichement reçue par les plus puristes qui craignirent le pire, et qui pour la plupart on depuis changé d'avis, c'est la seule concession, si c'en est une, à un mercantilisme tout sauf évident, on est loin de la conversion au dieu MTV dans laquelle certains versèrent franchement (Def Leppard, Saxon, Tygers of Pan Tang... c'était une épidémie !). De fait, du chant immédiatement reconnaissable de Bruce Dickinson, de la basse toujours galopante de Steve Harris, de ces doubles guitares si absolument typiques et évidemment présentes, et du jeu nerveux et précis d'un batteur refusant encore et toujours de céder aux sirènes de la double grosse caisse (on l'en remercie), Iron Maiden enquille les habitudes et nous sert, une fois de plus et ce n'est pas prêt de changer, un pur album de Heavy Metal comme eux seuls en son capables. Et comme l'inspiration est belle et bien au rendez-vous (seul Déjà-Vu, rituelle virgule créative du peu prolifique Dave Murray, ici avec Harris, est un peu en-deçà mais demeure plus que correcte) que toutes les "cases" de ce qu'un fan attend de son groupe préféré sont dûment cochées (du morceau épique et bastonnant d'ouverture, Caught Somewhere in Time au titre heavy progressif de conclusion, Alexander the Great, en passant par la chanson hymne qui fera bien sur scène, Heaven Can Wait et ses ho-ho-ho à reprendre en chœur), que la production une fois de plus confiée au fidèle Martin Birch assaisonne parfaitement le velouté, on applaudit la performance chaudement. Pour la petite histoire, on notera la totale absence de Bruce dans les compositions, ce qu'il proposa ayant été jugé incompatible avec Iron Maiden selon le bassiste/leader, fait sans doute pas étranger de la parution, quelques années plus tard, d'un album solo récréation (Tattooed Millionaire) et à son retrait de quelques années conséquemment, et c'est bien le seul grain de sable à trouver dans la belle machine d'un Iron Maiden encore au sommet de son art. Un classique.

1. Caught Somewhere in Time 7:22
2. Wasted Years 5:06
3. Sea of Madness 5:42
4. Heaven Can Wait 7:24
5. The Loneliness of the Long Distance Runner 6:31
6. Stranger in a Strange Land 5:43
7. Deja-Vu 4:55
8. Alexander the Great 8:35

Bruce Dickinson - vocals
Dave Murray - guitar, guitar synthesiser
Adrian Smith - guitar, guitar synthesiser, backing vocals
Steve Harris - bass guitar, bass synthesiser
Nicko McBrain - drums


I comme...
ISAACS, GREGORY "Cool Ruler" (1978)
Love Reggae

Un des créateurs du Lovers Rock, le reggae de l'amour pour résumer, Gregory Isaacs avait la voix de velours qui correspondait au riddims soyeux et aux paroles sexy qu'il chantait.
Cool Ruler, son 6ème album, est une démonstration du plus smooth et du plus sexy reggae des 70s, un machin à se trémousser sous les cocotiers avec sa chacune avec de vilaines idées en tête.
Ceci dit, le reggae de Gregory va au-delà de l'obsession sexuelle (on est pas chez Franky Vincent, que diable), avec quelques textes résistants et revendicateurs (John Public, Party in the Slum, Word of the Farmer) mais toujours avec la cool attitude d'une voix chaude et habitée. Quand on constate, en plus, qu'il est servi par la crème des sessionmen reggae de l'époque et a été enregistré au légendaire Channel One Studio, tout doute sur l'excellence de la chose s'envole.
Gregory Isaacs rules, mais cool parce que le soleil brille, que les filles sont belles, que jah a fourni ses petites herbes... Plus jouisseur que rastafari combattant sans être détaché du monde pour autant, Isaacs a du cœur à revendre et l'offre généreusement sur ce très réussi, son meilleur en fait, long-jeu. Recommandé !

1. Native Woman 3:02
2. John Public 3:06
3. Party in the Slum 3:26
4. Uncle Joe 3:50
5. World of the Farmer 4:08
6. One More Time 3:14
7. Let's Dance 2:56
8. Don't Pity Me 2:22
9. Created by the Father 2:31
10. Raving Tonight 3:57

Gregory Isaacs - Vocals
The Heptones - Backing Vocals
The Revolutionaries - Backing Band
Sly Dunbar - drums
Robbie Shakespeare, Ernest Wilson - bass
Eric "Bingy Bunny" Lamont, Earl "Chinna" Smith, Ranchie McLean - guitar
Ansel Collins - Keyboards
Bobby Ellis, Tommy McCook, Herman Marquis - Horns


I comme...
ISRAELITE, KOBY "King Papaya" (2009)
La bonne fusion du cousin Koby

J'avais découvert Koby Israelite à l'occasion d'un Book of Angels, fameuse série d'albums où John Zorn invite d'autres à jouer, ré-imaginer sa musique, composée pour l'occasion. Il s'y était illustré avec un volume (Orobas, le 4) où il faisait déjà le multi-instrumentiste fou, tout comme sur les deux albums qu'il avait déjà sorti sur Tzadik, le label de Zorn, tous des acquisitions recommandées. Koby a donc les "credentials", tant de compositeur que d'instrumentiste, pour entreprendre des projets ambitieux... Comme ce King Papaya.
Présentement, dans une nouvelle crèmerie (Circus Mayhem) avant de vite retourner chez Tzadik après ce "one shot", et simplement joint de trois invités pour une apparition chacun et par Yaron Stavi à la basse (instrument dont il doit pourtant pouvoir jouer, c'est pas sorcier ! Un petit coup de mou ou le bassiste est un pote ?), Koby contrôle tout, jusque la production. Et il s'en donne à cœur joie !
De fait, pour Mr. Israelite, la définition de la fusion est simple : tout ce qui me passe par la tête, tout ce que j'aime, tout ce que je sais faire, je le fais ! On y retrouve donc, pêlemêles comme imbriqués, jazz, klezmer, funk, rock, metal, tango, musique de film, des Balkans, etc., parce que la limite, ici, est clairement l'imagination du concepteur de l'œuvre et qu'icelle est particulièrement étendue. Le résultat en est tourbillonnant, mélodique toujours, plan-plan jamais ! Bien sûr, quelques mauvais esprits iront dire que ça part dans tous les sens, manque de cohérence... Vraiment ? Pourtant les enchainement ne crissent jamais, les retournements surprennent mais toujours dans le bon sens du terme et, surtout !, cette musique chamarrée et multiple ne manque ni d'humour ni d'esprit ! Et puis, vous en connaissez beaucoup des mecs qui passent avec une aise aussi déconcertante d'Astor Piazzolla à Ennio Morricone, de Metallica à John Zorn, et parfois mixe le tout en un improbable et vibrante fusion qui n'appartien qu'à lui? Pas moi, enfin, pas beaucoup, et je veux bien les noms, au fait.
Foutraque, rigolo, spirituel, émouvant, King Papaya a toutes ces qualités et quelques autres encore. Et vous hésitez ? Mécréants ! Foncez, vous dis-je, foncez !, Koby vous remboursera au centuple. Le roi de la Papaye ? C'est Mister Israelite, bien sûr !(...)

1. Overture 2:42
2. The King's Laughter 4:37
3. Peardition Girls 4:22
4. Word Travels Fast 2:26
5. The Moroser 4:07
6. Still Laughing 0:27
7. Circus Mayhem 4:27
8. Bald Patch 2:41
9. A Band of Gypsies 4:16
10. Hell's Kitchen 1:26
11. Arrival of the Telepather 2:15
12. Into the Subconscious 1:43
13. Meeting an Angel 3:57
14. Jacky Jones 1:24
15. Last Laugh 0:52
16. Molly's Sacrifice 4:06
17. The Saddest Joke Ever 5:23

Koby Israelite: accordion, drums, piano, keyboards, guitar, bouzouki, clarinet, duduk, indian banjo, vocals
Yaron Stavi : acoustic and electric bass
&
Lucy Randell: vocals (14)
Charlotte Burke: vocals (3)
John Telfer: baritone saxophone (15)


dimanche 25 septembre 2016

L'Automne Mange-Disques - 7 Easy

C'est de saison, on se replie dans son intérieur pour éviter un vent devenu trop froid, lounge confortablement dans son salon enveloppé dans des musiques flattant l'oreille, pas tout à fait de l'easy listening mais quelque chose nous enveloppant dans un doux sentiment de sécurité, un gentil coussin pour nos tympans... C'est le point qu'essaye de faire passer la sélection hebdomadaire de la série saisonnière qu'elle ouvre, enjoie !

DiMaNCHe
Chet Baker "My Funny Valentine" (1994)
ou "Gueule d'Amour"

Rien qu'à voir la gueule d'amour de Chet et la nuque prometteuse de la dame qui l'accompagne sur la pochette, il n'y a pas mensonge sur la marchandise : intime et doux, ce jazz de salon est une arme de séduction massive.
Ici, sur une sélection de sessions enregistrées pour Pacific Jazz entre 1953 et 1956, une sélection maline composée de neuf chansons et de 5 instrumentaux pour (dé)couvrir tout l'art de Mr. Baker, on nage en plein cool jazz, une musique qui sied aussi bien au timbre caressant qu'à la trompette soyeuse de Chet.
Niveau marketing aussi, c'est impeccable parce qu'avec un titre pareil on imagine le très net redressement des ventes à l'approche de chaque 14 février. Il faut dire que cette musique douce et sensuelle, qui si bien chante l'amour, ou l'évoque quand elle est instrumentale, semble avoir été conçue pour parler aux amants/aspirants/requérants en mal de romantisme ou souhaitant célébrer leur emportement psychologico-hormonal saisonnier. Et ça commence donc par l'inusable, et magnifique, My Funny Valentine ou le souffle chaud de la voix de velours vous berce de sa tendre langueur.
Le reste de la tracklist est à l'avenant, alternant avec bonheur les chansons immortelles (Someone to Watch Over Me, Time After Time, Let's Get Lost) où Chet Baker étale la classe fragile de sa voix presque diaphane, et des instrumentaux où il "trompette" cool en concurrent idéal d'un jeune black du prénom de Miles. accompagné de musiciens roués, dont Bud Shank sur quelques morceaux, et expertement mis en son (et remasterisé, en la circonstance).
Excellente introduction à une période faste du chanteur/trompettiste pour les nouveaux venus, bon résumé pour les (plus) spécialistes, My Funny Valentine est une jolie petite compilation (pas chère ! et plutôt dans les mieux ficelées du marché) d'un artiste d'exception. Et, bis, une arme de séduction massive parce, la sensualité du machin, quoi!

1. My Funny Valentine 2:15
2. Someone To Watch Over Me 3:00
3. Moonlight Becomes You 3:24
4. This Is Always 3:06
5. I'm Glad There Is You 3:10
6. Time After Time 2:44
7. Sweet Lorraine 3:08
8. It's Always You 3:31
9. Let's Get Lost 3:41
10. Moon Love 3:15
11. Like Someone In Love 2:23
12. I've Never Been In Love Before 4:23
13. Isn't It Romantic? 3:41
14. I Fall In Love Too Easily 3:18

Chet Baker - vocals, trumpet
&
Russ Freeman, Pete Jolly - piano
Carson Smith, Red Mitchell, Joe Mondragon, Leroy Vinegar, Jimmy Bond, Bob Whitlock - bass
Bob Neel, Shelly Manne, Stan Levey, Peter Littman, Lawrence Marable, Bobby White - drums
Bud Shank - flute, baritone saxophone
Corky Hale - harp
Herb Geller - alto & tenor saxophone
Bob Brookmayer - valve trombone

CHET BAKER

LuNDi
Elvis Presley "Blue Hawaii" (1961)
ou "UkulElvis"

En 1961, avec il est vrai assez peu de concurrence, l'Elvis tout feu tout flamme des débuts a vécu. Transformé par son Colonel Parker de manager en pop idol hollywoodienne, œuvrant désormais dans de nombreux nanars taillés sur mesure pour ses capacités particulières, belle gueule et voix de velours, c'est un rocker dompté qui sort essentiellement les albums de ses films... Prenez ce Blue Hawaii au titre on ne peut plus explicite sur son contenu, dès la pochette Elvis y pose, collier de fleurs, chemises bariolée et ukulélé, comme le garçon sage qu'il est devenu, ce chat jadis sauvage aujourd'hui coupé et dégriffé par quelques executives particulièrement roués et, sans doute, une ambition sans cesse renouvelée de rester une star, coute que coute. Le pire c'est que ce n'est même pas mauvais, juste trop gentil pour ce gars qui, pas si longtemps avant, représentait la jeunesse américaine en rébellion générationnelle. Concrètement, la musique de cette romcom vaut surtout pour la belle ballade acoustique Can't Help Falling in Love entouré de remplissages parfois sympathiques (Blue Hawaii, Rock-A-Hula Baby, Beach Boy Blues) souvent anecdotiques toutes épicées d'un exotisme îlien pacifique un peu kitsch tout de même. Le film sera un succès, la bande-son itou, poussant encore un peu plus le rocker dans une douce routine dorée dont il ne sortira vraiment, comme on sait, que grâce au comeback scénique de 1970 mais ça c'est une autre histoire qui ne fait pas de Blue Hawaii autre chose qu'un petit album sans grande importance qu'on écoute cependant sans le moindre déplaisir d'autant que, bien remasterisé et généreusement bonussé, il sait prolonger l'expérience "Easy Elvis" de quelques jolies douceurs supplémentaires.

1. Blue Hawaii 2:36
2. Almost Always True 2:25
3. Aloha 'Oe 1:53
4. No More 2:22
5. Can't Help Falling in Love 3:01
6. Rock-A-Hula Baby 1:59
7. Moonlight Swim 2:20
8. Ku-U-I-Po 2:23
9. Ito Eats 1:23
10. Slicin' Sand 1:36
11. Hawaiian Sunset 2:32
12. Beach Boy Blues 2:03
13. Island of Love 2:41
14. Hawaiian Wedding Song 2:48
Bonus
15. Steppin' Out of Line (originally issued on the Pot Luck With Elvis LP) 1:53
16. Can't Help Falling in Love (movie version) 1:54
17. Slicin' Sand (alternate take 4) 1:45
18. No More (alternate take 7) 2:35
19. Rock-A-Hula Baby (alternate take 1) 2:15
20. Beach Boy Blues (movie version) 1:58
21. Steppin' Out of Line (movie version) 1:54
22. Blue Hawaii (alternate take 3) 2:40

Elvis Presley – lead vocals
The Surfers – backing vocals
The Jordanaires – backing vocals
Boots Randolph – saxophone
George Field – harmonica
Freddie Tavares, Bernie Lewis – ukulele
Hank Garland, Tiny Timbrell – acoustic guitar
Scotty Moore – electric guitar
Alvino Rey – pedal steel guitar
Floyd Cramer – piano
Dudley Brooks – piano, celeste
Bob Moore – double bass
D.J. Fontana, Bernie Mattinson, Hal Blaine – drums

ELVIS PRESLEY

MaRDi
Gregory Isaacs "Cool Ruler" (1978)
ou "Love Reggae"

Un des créateurs du Lovers Rock, le reggae de l'amour pour résumer, Gregory Isaacs avait la voix de velours qui correspondait au riddims soyeux et aux paroles sexy qu'il chantait.
Cool Ruler, son 6ème album, est une démonstration du plus smooth et du plus sexy reggae des 70s, un machin à se trémousser sous les cocotiers avec sa chacune avec de vilaines idées en tête.
Ceci dit, le reggae de Gregory va au-delà de l'obsession sexuelle (on est pas chez Franky Vincent, que diable), avec quelques textes résistants et revendicateurs (John Public, Party in the Slum, Word of the Farmer) mais toujours avec la cool attitude d'une voix chaude et habitée. Quand on constate, en plus, qu'il est servi par la crème des sessionmen reggae de l'époque et a été enregistré au légendaire Channel One Studio, tout doute sur l'excellence de la chose s'envole.
Gregory Isaacs rules, mais cool parce que le soleil brille, que les filles sont belles, que jah a fourni ses petites herbes... Plus jouisseur que rastafari combattant sans être détaché du monde pour autant, Isaacs a du cœur à revendre et l'offre généreusement sur ce très réussi, son meilleur en fait, long-jeu. Recommandé !

1. Native Woman 3:02
2. John Public 3:06
3. Party In The Slum 3:26
4. Uncle Joe 3:50
5. World Of The Farmer 4:08
6. One More Time 3:14
7. Let's Dance 2:56
8. Don't Pity Me 2:22
9. Created By The Father 2:31
10. Raving Tonight 3:57

Gregory Isaacs - Vocals
The Heptones - Backing Vocals
The Revolutionaries - Backing Band
Sly Dunbar - drums
Robbie Shakespeare, Ernest Wilson - bass
Eric "Bingy Bunny" Lamont, Earl "Chinna" Smith, Ranchie McLean - guitar
Ansel Collins - Keyboards
Bobby Ellis, Tommy McCook, Herman Marquis - Horns

GREGORY ISAACS

MeRCReDi
Stevie Wonder "Hotter Than July" (1980)
ou "Still a Wonder"

Ce n'est peut-être plus la période de gloire, cette parenthèse enchantée qui, du début au milieu des septantes, fit de Stevie une des toutes premières attractions du monde de la musique, tous genres confondus, mais ce n'est pas non plus l'absolu abysse créatif que certains s'imaginent, non, Hotter Than July, premier cru des 80s de l'ex-petite merveille de la Motown, tient formidablement la route. Alors, certes, la musique s'est simplifiée, des synthétiseurs de leur temps viennent aussi empeser les arrangements de quelques choix discutables mais, dans l'ensemble, qu'il donne dans la ballade tire-larmes (le jazzy Lately), dans l'hymne "positive attitude" (Happy Birthday, wikipédiez !), qu'il fasse le meilleur reggae américain d'alors (Master Blaster), se la joue disco sans se perdre totalement (I Ain't Gonna Stand for It), etc., c'est encore et toujours le compositeur expert auteur d'album aussi essentiels qu'Inner Visions ou Songs in the Key of Life. La suite, on le sait, sera nettement moins glorieuse mais, avec tous ses défauts, l'air du temps n'étant pas le moindre, Hotter Than July demeure une galette qu'on recommande au amateur de soul/funk d'exception, qui n'y trouveront certes pas une totale satisfaction mais suffisamment de bons moments pour ne pas regretter, loin s'en faut !, ce petit tout du côté de chez wonderful Stevie.

1. Did I Hear You Say You Love Me 4:07
2. All I Do 5:06
3. Rocket Love 4:39
4. I Ain't Gonna Stand for It 4:39
5. As If You Read My Mind 3:37
6. Master Blaster (Jammin') 5:07
7. Do Like You 4:25
8. Cash in Your Face 3:59
9. Lately 4:05
10. Happy Birthday 5:57

Stevie Wonder - Vocals, Synthesizer, Drums, Fender Rhodes, Bass Synthesizer, Clavinet, Background Vocals, Arp, Vocoder, Piano, Harpsichord, Celeste, Keyboards, Bass Melodeon, Harmonica, Cabasa, Percussion, Bells, Handclaps, Flute Synthesizer
Nathan Watts - Bass, Background Vocals
Benjamin Bridges - Guitar, Background Vocals
Dennis Davis - Drums on "Did I Hear You Say You Love Me," "As If You Read My Mind", and "Master Blaster (Jammin')"
Earl DeRouen - Percussion, Background Vocals
Isaiah Sanders - Fender Rhodes, Background Vocals, Pianet
Hank Redd - Saxophone, Handclaps
Robert Malach - Saxophone
Larry Gittens - Trumpet
Nolan A. Smith Jr. - Trumpet
Paul Riser - String Arrangement
Hank Devito - Steel Guitar
Rick Zunigar - Guitar
Background Vocals - Angela Winbush, Mary Lee Whitney Evans, Susaye Greene Brown, Alexandra Brown Evans, Shirley Brewer, Ed Brown, Charlie Collins, Eddie Levert, Walter Williams, Michael Jackson, Jamil Raheem, Betty Wright, Ronnie J. Wilson, Charles K. Wilson, Syreeta Wright, Marva Holcolm, Melody McCulley, Delores Barnes
Handclaps - Stephanie Andrews, Bill Wolfer, Trevor Lawrence, Dennis Morrison, Kimberly Jackson

STEVIE WONDER

JeuDi
The Style Council "Café Bleu" (1984)
ou "Je voudrais être noir"

Il y a toujours eu, chez Paul Weller, cette tentation soul et jazz, ce désir d'être noir qui, quand on est un petit blanc du Surrey, n'est pas forcément le but le plus aisé à atteindre. Vous connaissez Café Bleu, au fait ?
Parce que le voilà le bon coup ! Le voici l'album où Paul Weller réalise son potentiel "Nino-Ferrerien" (je voudrais être noir !) assisté en l'occurrence d'un compagnon de jeu ayant précédemment œuvré chez les Dexys Midnight Runners, le claviériste Mike Talbot (qui voulait être noir aussi, ça tombe bien !). Bon, ce n'est pas le premier bon coup du duo et de sa troupe en perpétuel renouvellement, les deux hommes ayant testé leur nouvelle formule sur l'embryonnaire Introducing, c'est celui où The Style Council se révèle tel qu'en lui même, orchestre multiple embrassant hier comme aujourd'hui (celui de 1984, bien sûr), dans un cocktail black music totalement réussi.
Qui dit orchestre multiple dit, forcément, styles multiples. Qu'il emprunte à la Motown (les délicats The Whole Point of No Return et My Ever Changing Moods, le dynamique Here's One That Got Away et son surprenant petit coup de violon, le cuivré Headstart for Happiness), qu'il semble hommager Verve ou Blue Note (l'instrumental piano Mick's Blessings, le big-bandant Me Ship Came In!, le velours lascif de The Paris Match, le "bopesque" Dropping Bombs on the Whitehouse) ou tente de coller au goût du jour dans ce qui peut être perçu comme les seules fautes de goût d'un album sinon sans faille (le rap The Gospel qui sonne daté aujourd'hui, l'urban funk Strength of Your Nature et la ballade mélo You're the Best Thing itou), The Style Council le fait bien avec une équipe parfaitement assemblée où les voix féminines (Tracey Horn d'Everything but the Girl, Dee C. Lee, la Mme Weller d'alors) et des cuivres rutilants viennent joliment complémenter un songwriting solide et inspiré si, exercice nostalgique oblige, dérivatif de bien d'autres artistes jalons d'un glorieux passé.
Les promesses de cet impeccable premier long-jeu feront malheureusement long-feu et The Style Council ira trop vite se perdre dans de peu convaincantes aventures (à partir de 1986 et Home Abroad, en fait) avant de définitivement plier les gaules avant même la décennie épuisée. Reste ce Café Bleu et son gracieux successeur (Our Favourite Shop), petites pépites toujours aussi recommandées.

1. Mick's Blessings 1:15
2. The Whole Point of No Return 2:40
3. Me Ship Came In! 3:06
4. Blue Café 2:15
5. The Paris Match 4:25
6. My Ever Changing Moods 3:37
7. Dropping Bombs on the Whitehouse 3:15
8. A Gospel 4:44
9. Strength of Your Nature 4:20
10. You're the Best Thing 5:40
11. Here's One That Got Away 2:35
12. Headstart for Happiness 3:20
13. Council Meetin' 2:29

Paul Weller - Vocals/Guitar
Mick Talbot - Keyboards/Piano/Hammond organ
Ben Watt - Guitar
Chris Bostock - Double Bass
Steve White - Drums
Billy Chapman - Saxophone
Barbara Snow - Trumpet
Hilary Seabrook - Saxophone
Tracey Thorn - Vocals
Dee C. Lee - Vocals
Dizzy Hites - Rap
Bobby Valentino - Violin

THE STYLE COUNCIL

VeNDReDi
The Cardigans "Emmerdale" (1994)
ou "Swing & Dream & Pop!"

De petits suédois à peine sortis de l'adolescence pour une dream pop délicieusement lounge et rétro ? Vous avez sans doute entendu parler des excellents Cardigans mais connaissez-vous leur opus débutant, Emmerdale ?
Oubliez le cocker, oubliez le titre emprunté à un soap britannique, Emmerdale c'est avant tout de la musique, légère comme une bulle de champomy ou de canada dry, du sixties swinging London dans la suède des années 90, un anachronisme charmant.
Et surtout une voix mutine et câline, celle d'une toute jeune Nina Persson (20 ans !) qui a le physique qui va avec, en plus. Et ensuite des compositions et des arrangements (signés Peter Svensson, 20 ans itou) qui ne laissent nullement entrevoir la jeunesse de leur auteur qui maîtrise comme un vieux briscard cette fusion de pop et de swing jusque dans une relecture inspirée du Sabbath Bloody Sabbath de Black Sabbath qu'on reconnaît mais qui a tout de même subi un ripolinage en règle. Il y a évidemment d'autres très belles chansons, l'emballage joyeux d'un Sick & Tired ou d'un Rise & Shine, la douceur feutrée de Black Letter Day, After All et Celia Inside.
Tout ceci, dont une production (signée Tore Johansson) sachant mettre en valeur les qualités du quintet, de précieux arrangements encore enrichis par d'utiles guests, et un album qui donnera le la de ses deux successeurs qui, cependant, n'en posséderont pas la touchante naïveté si typique des premiers essais. Emmerdale recommandé ? Mais carrément !

1. Sick & Tired 3:24
2. Black Letter Day 4:31
3. In the Afternoon 4:10
4. Over the Water 2:13
5. After All... 2:56
6. Cloudy Sky 4:07
7. Our Space 3:30
8. Rise & Shine 3:28
9. Celia Inside 3:34
10. Sabbath Bloody Sabbath 4:32
11. Seems Hard 3:56
12. Last Song 3:21

Lars-Olof Johansson - acoustic guitar, piano
Bengt Lagerberg - percussion, bassoon, drums, recorder
Nina Persson - vocals
Magnus Sveningsson - bass
Peter Svensson - bass, guitar, percussion, piano, arranger, conductor, vocals, bells, vibraphone
&
David Åhlén - violin
Ivan Bakran - grand piano
Lasse Johansson - guitar, piano
Tore Johansson - trumpet, producer, beats
Jens Lingård - trombone
Anders Nordgren - flute

THE CARDIGANS

SaMeDi
Helena Noguerra "Née dans la Nature" (2004)
ou "Belle de Nature"

Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis. Mais venons-en à la musique et laissons l'aspect fantasmatique de côté, pas le choix.
Et vantons les mérites de cette collaboration de 2004 avec ce doux dingue de Philippe Katerine, une collaboration qui n'est pas alors une nouveauté puisque, déjà, Projet:Bikini et Azul (et plus tard Fraise Vanille, hommage à Serge Rezvani) avaient bénéficié de ses grâces compositionnelles et son savoir-faire d'arrangeur particulièrement compatibles avec les visées pop de mademoiselle Noguerra qui y apparaît comme une anti-Carla Bruni puisque maniant aussi bien la sensualité, la fraicheur que l'humour en plus d'avoir une voix, une vraie voix pour la french pop puisque c'est, fondamentalement, ce que Née dans la Nature nous offre. Et qu'on ne voudrait pas autre chose d'ailleurs parce que, groovy ou folk, ces chansons sont autant de douceurs sucrées qui vous fondent dans l'oreille et vous enrobent le cervelet dans un nuage rose barbapapa. Et oui, même quand on attaque la reprise très réussi du pourtant agaçant, dans sa version originale, I Just Can't Get You Out of My Head, de l'australienne de poche Kylie Minogue, ici dégraissé, "dé-clubisé" pour un résultat extrêmement probant et satisfaisant prouvant que, sous la bouse, se cachait bel et bien la grâce. Bien vu Philippe et Helena ! Et bravo, en fait, pour l'ensemble d'un album varié, réussi de bout en bout qu'on se passe, encore et encore, avec l'assurance de la satisfaction répétée.
Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis... Facilement accessible à l'écoute de ce Née dans la Nature ô combien réussi et recommandé, qu'on se le dise !

1. Née dans la nature
2. L'âge de ma mère
3. Je t'aime salaud
4. Mary poppins
5. Can't Get You Out of My Head
6. Le jardin près de la falaise
7. Aux quatre vents
8. Les fantômes
9. Quand tu dors
10. Je nageais nue
11. Qui es-tu ?
12. C'est parapluie (en duo avec Fifi Chachnil)

Helena Noguerra - chant
Philippe Katerine - guitares, chœurs
Philippe Eveno - guitares, chœurs
Christophe "Disco" Mink - guitare basse, keys, contrebasse, harpe, chœurs
Christophe Lavergne - batterie
&
Olivier Libaux - guitare (12)
Fifi Chachnill - chant (12)


HELENA NOGUERRA