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dimanche 11 mai 2014

[Une semaine en 1971] France Dimanche (6)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie ! Et on termine la semaine avec un album mythique.

Dashiell Hedayat "Obsolète" (1971)
ou "Gong lettré"


     Et si je vous disais que cet album peut potentiellement rassembler toutes les chapelles, ou presque, du paysage musical français, du paysage musical français qui cherche tout du moins ? Vous me direz que je suis fou, sans doute... Je vais cependant tenter de vous prouver le contraire :
 
     1 - Les amateurs de rock progressif, psychédéliques et de musiques fusionnantes seront ravis de retrouver une bonne partie du gang Gong dans cette aventure aussi improbable que le sont les albums des furieux pixies de Daevid Allen.
     2 - Les intellos "qui-se-la-pètent" apprécieront le dadaïsme de l'entreprise et l'adjonction d'un ponte de la beat generation : Mister William Burroughs. Ils se souviendront aussi que ce Dashiell Hedayat, à l'état civil Daniel Théron,  est aussi connu sous d'autres pseudonyme, Jack-Alain Léger , Melmoth ou Paul Smaïl sous lequel il connut une carrière littéraire iconoclaste et décousue traversée d'éclairs.
     3 - Le rebelle en mal de s'encanailler y trouvera moult références contre-culturelles et allusions psychotropes d'un Hedayat parolier (Eh Mushroom, will you mush my room? ça a le mérite d'être clair !) en plus d'un véritable esprit "maverick", parce que, des albums comme ça, la France n'en a pas produit beaucoup, voire peut-être aucun autre.
     4 - Même le metalleux, le rapper et le jazzeux ne pourront rester insensibles. Amateur de belle technique qu'est le premier, il pourra savourer les soli en altitudes et les jeux rythmiques d'une musique riche en rebondissements. Le second, lui, plus axé sur l'aspect lyrique de la chose découvrira qu'un vieux hippie peut en remontrer aux armées de hoodies/baggies qui riment souvent sans but. Quand au troisième, à la simple lecture de la participation de Didier Malherbe (récemment revenu en grâce via son Hadouk Trio/Quartet), il plongera sans la moindre réserve, à raison.
     5 - Last but not least, l'amateur de bonne musique découvrira qu'Obsolete est, avant tout, une vraie belle galette qui vaut même déracinée de son contexte historique, un des tous meilleurs albums français d'une décennie qui n'en manquera pourtant pas, tous genre confondus, carrément !
 
      Alors, certes, certains me feront remarquer une démonstration parfois quelque peu capilotractée, j'en conviens, mais l'usage d'arguments "limites", en l'occurrence, vaut pour faire découvrir une Œuvre majuscule...
     ...Parce qu'en conclusion, jeune ou vieux ou entre les deux, en recherche de flaveurs nostalgisantes, du parfum d'un temps révolu, ou d'une aventure musicale à nulle autre pareille, Obsolete de Dashiell Hedayat est pour vous, un album rare, précieux, de ceux qu'on se passe sous le manteau entre connaisseurs parce que, tout de même, on ne donne pas de la confiture aux cochons, ou du Dashiell Hedayat à un fan de Mylène Farmer, faut pas déconner non plus !

Eh Mushroom, will you mush my room ?
1. Chrysler 6:40
2. Fille de l'Ombre 2:18
3. Long Song for Zelda 7:45
Cielo Drive/17
4. Cielo Drive/17 21:09


Daevid Allen : guitare
William Burroughs : Voix sur Long song for Zelda
Dashiell Hedayat : guitare, voix, claviers...
Didier Malherbe : saxo, flûte...
Pip Pyle : batterie
Gilli Smyth : chant
Christian Tritsch : basse et guitare acoustique
Sam Ellidge (fils de Robert Wyatt): voix de bébé

dimanche 4 mai 2014

France Dimanche (5), ProgWeek 7

 Albert Marcoeur naît le 12/12/1947 à Dijon.

Auteur-compositeur-interprète, arrangeur et multi-instrumentiste, ce grand amateur de free-jazz et admirateur de Frank Zappa émerge dans les années 1975 à 1980 grâce à des disques (Armes et cycles, 1978) et à des concerts au style inclassable, riches en ruptures de ton et de rythme, et à l'humour iconoclaste.
 
Trop original peut-être, il ne parvient pas à dépasser le statut d'artiste avant-gardiste. Les musiciens de Kapak sa formation des années 1970, Patrice Tison à la guitare électrique, Pascal Arroyo à la basse et François Bréant aux claviers, deviennent ensuite les musiciens de Bernard Lavilliers.
 
En 1975 il travaille aux arrangements des albums Mireille et Anticyclone de Dick Annegarn. Il s'éloigne petit à petit du système et se consacre à des spectacles et des albums riches en expérimentations, Sports et Percussions en 1994 ou Travaux Pratiques en 2008. (source, Les Rémouleurs)
 

Albert Marcoeur "Album à Colorier" (1976)
ou "de A à Z(appa)"


     Depuis les débuts de sa carrière, Albert Marcoeur est un rigolo patenté et un expérimentateur tous azimuts... Il n'en fallait pas plus pour le voir labélisé "Frank Zappa français" ce qui, sans être totalement faux, est tout de même fort réducteur. Ce qu'à fort bien compris la chronique parue en 2003 sur l'excellent webzine Guts of Darkness :

     "Pour son deuxième album, Albert Marcoeur officialise la constitution d'un réel groupe tout autour de lui, chose qui lui donne plus d'assurance et de poids, et qui se traduit par un départ en trombe tributaire de ce nouvel état de fait. Pour le reste, si les mélodies faussement décalées du genre de celles qui illuminaient des titres comme "Simone" ou "Appalderie" semblent avoir quitté le navire, exception faite peut-être malgré tout du superbe instrumental "Doctorine", son côté absurde demeure, lui, bien intact et transparaît plus qu'autrefois au travers de textes complètement allumés. C'est qu'"Album à Colorier" a, par bien des aspects, les contours d'un album de chansons française, c'est à dire, avant toutes choses, de chansons. Songez aux débuts de Jacques Higelin, les contrepetries tardives de Bashung en plus. Et quelque chose de Captain Beefheart aussi quand même, si, si ("Là-D'dans"). En arrière plan, la musique paraît s'être revêtie d'une certaine gravité ("Le Fugitif"), notamment par le jeu des instruments à vents au travers desquels toutes les émotions passent, du solennel au tragique, du dépressif au guilleret, quand elle n'est pas aussi imbibée d'une certaine tristesse ("Le Père Grimoire"). Toujours touchant de par son approche presqu'enfantine ("La Cueillette des Noix", "Elle était belle"), cette naïveté de bon aloi est un des aspects indéfectibles de son univers (la jolie conclusion de l'album qu'est la berceuse déguisée "Ouvre-toi"). En résumé, on dira qu'en deux ans de temps, Albert Marcoeur a déjà appris à canaliser cette inventivité débridée pour la mettre au service d'un format plus populaire, non pas dans l'optique de devenir plus consensuel mais bien pour justement se détourner des conventions. Court mais dense, tout comme son premier album et son troisième, "Armes & Cycles", "Album à Colorier" est uniquement disponible à la vente sur le site officiel d'Albert Marcoeur."
 
     Essentiel, donc. Vous savez ce qu'il vous reste à faire !
 

1. Monsieur Lépousse 1:19
2. Le fugitif 3:16
3. Le nécessaire à chaussures 1:53
4. Le père Grimoire 3:31
5. Doctorine 2:57
6. Le jus d'abricot 2:31
7. La cueillette des noix 3:47
8. Elle était belle 3:34
9. Fermez la porte 1:29
10. Là-d'dans 4:28
11. Ouvre-toi 2:10


Albert Marcoeur - Clarinet, Sax, Piano, Drums, Vocals
Christian Leroux - Guitars
Pascal Arroyo - Bass
Claude Marcoeur - Drums, Sax
Gérard Nouvel - Flugelhorn, Trumpet, Melodion
Pierre Vermeire - Clarinet, Bass, Trombone, Guitar, Pipeau, Cornemuse
Gérard Marcoeur - Percussion, Drums, Balafon
Denis Brély - Bassoon, Pipeau
Francois Lasalle - Sax, Flute, Pipeau
Monique Lorillard, Francoise Noirot - Voices
Michel Cousin - Bandonéon
Francoise Ovide - Guitar
Francois Bréant - Piano
Marc Duconseille - Sax
Les enfants de Sébécourt - Choir


Albert Marcoeur "Armes et Cycles" (1979)
ou "Etrangeté Manufacturée"


     Armes et Cycles ou la suite des aventures inattendues d'Albert Marcoeur, artisan de la chanson française d'avant-garde, arrive trois longue années après le très réussi Album à Colorier, une petite éternité pour, finalement, une formule assez similaire.  Encore une fois, je cède la place au bienveillant chroniqueur de chez Guts of Darkness ayant eu la bonne idée d'écrite sur Albert :

     "Sur "Armes & Cycles", dernier disque à paraître dans ces folles années soixante-dix avant un long silence, Albert Marcoeur n'en demeure pas moins toujours aussi accro du détail, et c'est précisément ici qu'il va trouver l'équilibre le plus adéquat et le plus convainquant entre l'exubérance de son premier essai et le lyrisme parfois quelque peu redondant du second. N'abandonnant pas pour autant le format chanson, les parties instrumentales sont toutefois nettement plus mises en valeurs ici, mention spéciale au guitariste François Ovide que l'on n'avait pas remarqué jusqu'ici et pour lequel Marcoeur taille des espaces propice à l'expression libre ("La Dame qui est Assise à Côté de Moi", "Histoire d'Offrir"). L'ensemble sonne plus que jamais rock et la compétence de son groupe dépassera de loin le cadre limitatif franco-français ; soutenu par Fred Frith (Henry Cow, Art Bears), et au bout du compte réclamé par Lars Hollmer que Denis Brély finira par rejoindre au sein de Von Zamla. La folie sous-jacente s'exprime plus que jamais à tous les niveaux, mais l'on perçoit très clairement une maturation de l'écriture et une recherche d'équilibre dans l'harmonie, ou la désharmonie, des instruments, comme sur le final de "Emploi du Temps" ou encore les indescriptibles "Linge Sale" et "Ampoule Grillée" d'où pleuvent des colliers de notes plus belles les unes que les autres, quelque part dans un croisement fantasmé entre Soft Machine et Gentle Giant. L'enchaînement quasi instantané entre tous les titres confère au disque une dynamique exaltante, elle-même boostée par un programme musical qui va s'abreuver à la source des musiques nouvelles pour se retrouver en symbiose totale avec elles, à la manière de "Son Sac" et ses motifs à répétition. Nous sommes en 1979 et Albert Marcoeur est effectivement bien en phase avec la scène d'avant-garde de l'époque, dite "Rock in Opposition", de Aksak Maboul à Art Bears, et ce sans jamais en avoir réellement fait partie. Un grand disque, mais aussi un grand bonhomme."
 
     Essentiel itou, une écoute est très fortement recommandée, suivie de plein d'autres, évidemment !


1. Ici 2:36
2. Emploi du temps 3:25
3. La dame qui est assise à côté de moi 5:21
4. Linge sale 2:12
5. Histoire d'offrir 3:35
6. Ampoulle grillée 1:34
7. Réveil 1:24
8. Son sac 6:20
9. Micheline 3:30
10. Bonjour Monsieur Monsieur 4:35


Albert Marcoeur - Sax, Clarinet, Piano, Drums, Pipeau, Vocals
Pierre Vermeire - Sax, Clarinet, Cello, Guimbarde, Trombone, Saxhorn, Vocals
Denis Brély - Sax, Oboe, Bassoon, Vocals
Francois Ovide - Guitars, Piano, Vocals
Jaques Garret - Guitars, Bass, Cello, Harmonica, Vocals
Claude Marcoeur - Drums, Xylophone, Vocals
Gérard Marcoeur - Percussion, Pipeau, Gongs, Melodion, Xylophone, Accordeon, Piano, Vocals
Jaqueline Thibault - Organ

dimanche 27 avril 2014

France Dimanche (4)

Nicolas Repac "La Vile" (1997)
ou "Chanson Industrielle"


     Tout premier album solitaire du sideman préféré d'Arthur H, La Vile voit Nicolas Repac, guitariste et chanteur mais tellement plus encore, se tracer un improbable chemin...
 
     Parce que la collision de la chanson rock et du rock industriel n'était pas vraiment un pari gagné d'avance. Un peu de Gainsbourg épicé au Nine Inch Nails ? Y a de quoi avoir peur, avouez.
     De Gainsbourg, Repac retient un chant presque pas chanté mais surtout un goût des mots avec lesquels il joue avec une audible délectation si un maniérisme un peu systématique et parfois maladroit (comparé à son modèle), mais finalement charmant et tellement au-dessus de la mêlée qu'on aurait mauvaise grâce à faire la fine bouche.
     De Nine Inch Nails, Repac reprend (ou cousine) un art de texturer la musique d'électricité et d'électronique, de concasser les sons jusqu'à les rendre méconnaissables et pourtant étrangement organiques, on notera aussi ce qui le différencie fondamentalement de la formation de Trent Reznor à savoir que musicalement, c'est tout de même nettement moins agressif, et beaucoup plus musical empruntant à de nombreux folklores sans en avoir jamais vraiment l'air, signe indéniable d'un vrai beau talent d'arrangeur et d'explorateur musical débridé. D'ailleurs, ce goût des mariages improbables se retrouvera dans ses deux excellents opus pour No Format, Swing Swing et Black Box mais déjà, ici, on pouvait entrevoir le potentiel d'assembleur malin même si le contexte est éminemment différent. On y retrouve même la source africaine (via l'usage du balafon ou du sanza) mais aussi des approches rythmiques tribales qui lui seront si utiles dans sa double collaboration avec Mamani Keita.
     Parce que c'est de chansons dont il s'agit ici, de bonnes chansons. Où la voix souffreteuse de Repac fait merveille, des chansons sales, urbaines, souvent désespérées, hantées. Clairement, il n'y a pas beaucoup de lumière dans ce brouet inhabituel et attirant non dénuée d'une certaine sensualité trip-hoppante. Globalement, la collection est très belle et forme un tout quasi-indissociable dont on ne retirerait rien si tout n'y est pas d'une égale réussite mais où les grands hauts (le ludique Madame Desastre, la beauté ambient blues de Le Ciel Aigri, le talking jazz indus de Le Fric, le tribalisme délicat et discret de Prier, etc.) compensent largement les petits bas (le passage difficile de deux titres mélodiquement mineurs que sont Le Moribond et Bordel à Queue avant le redémarrage gothique du Grand Corbeau Noir en final réussi). 
 
     Après un si beau succès, artistique parce que commercialement..., il fallut attendre 10 ans pour retrouver Repac chanteur sur le recommandé La Grande Roue. C'est long mais, évidemment, moult autres projets occupèrent le lascar dans l'intervalle. Et depuis ? Plus rien et c'est bien dommage parce que Repac compositeur et interprète de ses propres chansons est presque aussi savoureux que Repac monteur sonore de génie ou Repac accompagnateur et co-créateur de grande classe (voir L'Or Noir avec Arthur H). La Vile est, vous l'aurez compris, un album qu'il est chaudement conseillé d'écouter... Si vous parvenez à mettre la main (l'oreille) dessus !


1. Madame Desastre 4:30
2. Ego 5:02
3. Dans Le Ghetto 3:39
4. Le Ciel Aigri 4:48
5. Le Fric 4:34
6. Metropolis 5:22
7. La Vile 4:48
8. Prier 3:53
9. Le Moribond 4:10
10. Bordel à Queue 3:34
11. Le Grand Corbeau Noir 3:34


Nicolas Repac - voix, guitares, flûte, balafon, sanza, programmation, samples, arrangements
Pierre Fruchard - guitares, illustrations, arrangements
Laurent Robin - batterie
David Coulter - violon, mandoline, didjeridoo
&
Najette - prières (8)
Stéphane Hervé - samples additionnels, prières (8), photos, coproduction artistique
Philippe Teissier du Cros - zen cymbales (11), production, enregistrement, mixage
Pierre Guinot - samples additionnels

dimanche 20 avril 2014

France Dimanche (3)

Jean-Louis Murat "Parfum d'Acacia au Jardin" (2004)
ou "Jean-Louis en toute intimité"

     Quelque part entre le massif et excellent Lilith et le petit, précieux, pop et recommandé aussi A Bird on a Poire (collaboration avec son bassiste également membre d'AS Dragon, Fred Jimenez compositeur, et la vocaliste d'Elysian Fields, Jennifer Charles), Jean-Louis Murat réunit une petite équipe habituelle et joue, live en studio le 3 décembre 2003, quelques compositions inédites de son cru sous l'œil du réalisateur Don Kent.
 
     Quant on le questionne à l'époque sur sa frénésie d'enregistrement, seulement six mois s'étant écoulés depuis son précédent opus et le suivant étant déjà annoncé, Jean-Louis Murat répond qu'il ne fait que son métier qui se trouve être aussi, surtout !, sa passion. De fait, on entend la passion du musicien dans ces interprétations brutes de décoffrages d'un projet vite bouclé puisque n'ayant pas, non plus, nécessité un énorme travail de répétition.
     A l'instinct, cette équipe se trouve bien parce qu'elle se connaît parfaitement, et ce n'est pas l'addition d'une petite nouvelle, Camille qui a fait la carrière que l'on sait depuis mais n'avait alors qu'un album à son actif, qui viendra troubler cet état de fait, instinctive justement, la demoiselle s'intègre sans soucis et apporte même clairement sa pierre à un édifice de (fausse ?) simplicité qu'on qualifiera de chanson rock (base rock mais avec les paroles et la voix...) avec un Murat de plus en plus éloigné de son image de dandy désespéré un peu trop bellâtre pour être honnête, de plus en plus proche de  quelques grands anciens dont on sait depuis longtemps qu'ils font partie de son panthéon musical (Springsteen ou Neil Young). C'est le meilleur Murat justement, ça tombe bien !
     A l'image de la musique, le filmage choisi par Kent ne déploie pas d'effets de manche excessifs et se contente d'être là, au milieu de musiciens en plein exercice créatif, petit espion vite oublié témoignant de l'expérience. Pour le coup, c'est parfait. Et encore plus dans l'édition limitée avec CD audio bonus proposant quelques morceaux qui n'ont pas passé le "cut" tout en étant de belle qualité et inspiration ou des versions alternatives pas inutiles.
 
     Parfum d'Acacia au Jardin ? C'est Jean-Louis Murat en toute intimité, l'expression d'un auteur, compositeur et interprète unique du PaMF (paysage musical français), artisan passionné et passionnant dont chaque apparition mérite le détour, ici aussi, évidemment.


NB : la partie DVD est un rip audio.


DVD (audio rip)
1. Parfum d’acacia au jardin 6:01
2. La petite idée derrière la tête 6:59
3. Ce qui n’est pas donné est perdu 6:32
4. Au cabaret 4:15
5. Call baby call 4:11
6. Fille d’or sur le chemin 3:35
7. Ton pire ennemi 7:13
8. Elle avait le béguin pour moi 4:22
9. En souvenir de Jade 7:16
10. Dix mille (Jean) Louis d’or 5:05
11. Plus vu de femmes 5:56
12. On se découvre en regardant 2:35
13.Qu’entends-tu de moi que je n’entends pas 6:24

CD (bonus audio)
01. On se découvre en regardant 6:04
02. La petite idée derrière la tête (guiatre-voix) 3:36
03. En souvenir de Jade 8:07
04. Elle avait le béguin pour moi 5:55
05. Chappaquiddick 3:41
06. La petite idée derrière la tête 7:04
07. Marquis 5:02


Jean-Louis Murat - chant, guitare, piano, harmonica
Fred Jimenez - basse
Stéphane Reynaud - batterie
Camille - chœurs
Christophe Pie - claviers, guitare


Et la captation vidéo :

dimanche 13 avril 2014

France Dimanche (2)

Marc Ogeret "Chansons "Contre"" (1968/88)
ou "C'est la lutte finale !"


     Vous ne le connaissez probablement pas alors, avant de parler de l'album, commençons par une petite biographie empruntée au site du Centre National de Documentation Pédagogique (je sais, ça fait un peu peur) : "Marc Ogeret naît à Paris en 1932. Son père travaille au service santé du ministère de la Guerre et sa mère est couturière. Il suit sa scolarité aux lycées Montaigne et Louis Le Grand. À 17 ans, il abandonne ses études et devient apprenti dans une fonderie. Puis il travaille chez IBM et chez Renault. Poussé par une bande d’amis qui montent une troupe de comédiens, il abandonne son poste. En 1950, il entre au Centre dramatique de la rue Blanche. Il y reste trois ans tout en faisant la manche avec sa guitare aux terrasses des cafés. Il interprète Léo Ferré, Félix Leclerc et Jacques Douai. Pierre Prévert le remarque et lui donne sa chance. Il le fait passer en 1956 dans son cabaret La Fontaine des Quatre Saisons, dans le programme de Philippe Clay. En 1957, Marc Ogeret chante chez Agnès Capri. Il devient l’un des interprètes majeurs de la chanson poétique. Il consacre ses premiers enregistrements à partir de 1960 aux poètes Marc Alyn, Pierre Seghers, Louis Aragon, Luc Bérimont, André Salmon, Paul Gilson… En 1962, il reçoit Le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. En 1965, il chante à Bobino en première partie de Georges Brassens. Il interprète Aragon aux Trois Baudets en 1966. Marc Ogeret a consacré de nombreux disques à des œuvres : Louis Aragon (1966, 1974, 1992), Jean Genet (Le Condamné à mort, 1971), Aristide Bruant (1978), Jean Vasca (1990), Léo Ferré (1999)... Il a aussi chanté la Commune (1968), des chansons contestataires (1968, avec notamment Le Métingue du Métropolitain, Gloire au 17e), la Révolution (1988, La Carmagnole, La Complainte de Louis XVI aux Français, La Liberté des nègres...), la Résistance (1990), et la mer et les marins (1970, 1996)." Voilà, ça situe le personnage, dans les grandes lignes en tout cas. Nous sommes donc clairement dans le côté gaucho-lettré pré puis soixante-huitard. Rien de mal là dedans, à mon avis et ce n'est pas Leny Escudero qui dira le contraire.

     En l'occurrence, ce Chanson "Contre", originellement prévu pour une sortie en avril 1968 sera repoussé... du fait des évènements naissants et de leur suite bien connue de toute la population française, ses pavés, ses barricades, ses jeunes gens et ouvriers prêts à  en découdre avec une intelligentsia sourde à leurs requêtes pourtant pas si excessives que ça. Une France paralysée, une France à la charnière entre hier et demain.  Mais donc, Chanson "Contre" ne verra le jour officiellement que quelques mois plus tard, 9 chansons traditionnelles ou historiques, 9 chansons de rébellion et d'insoumission ici supplémentées par 9 autres enregistrées en 1973 et 1980 qui couvrent évidemment les mêmes préoccupations, le même univers frondeur et résistant.
     Musicalement, la facture de l'ensemble des sessions, quelque soit leur date, tend vers un extrême classicisme de la chanson française à texte, à texte résistant, bien sûr ! Le chant est donc l'atout principal de la galette et, dans le genre, Marc Ogeret se pose un peu là avec sa voix franche et ses interprétations millimétrées et passionnées mais sans emphase excessive, bien supportées par quelques orchestrations discrètes typiques de la chanson "à texte" si chère à l'exception culturelle française. Si la voix d'Ogeret est indéniablement l'atout de Chansons "Contre", c'est bel et bien le matériau sélectionné qui en est la vedette absolue.
     Evidemment, une petite connaissance de la période à laquelle les chansons ont été composées ne nuira pas à l'appréciation de leur parfaite interprétation. En l'occurrence, datant d'après la commune et d'avant la Première Guerre Mondiale, elles sont le reflet d'une France en changement, une France encore largement rurale mais où l'industrie et la prospection minière créent des pôles de concentration humaine, et des concentrations de mécontentement, de grogne, forcément. Parce que la "Belle Epoque" est aussi une période de scandales politico-financiers, le début d'un certain capitalisme triomphant brulant inconsidérément son combustible humain, et Monsieur le Curé, complice implicite de l'ordre établi comme de l'ordre s'établissant, et de l'état qui veut que des frères humains se battent pour des intérêts qui ne les touchent pas. On trouve tout ça dans Chansons "Contre", collection rouge et noire résonnant plus qu'on ne le penserait avec les maux modernes.

     Un vrai bel album à la facture classique lui ayant permis de ne pas prendre trop de rides avec de bons bouts du patrimoine historique français ? Ca ne se refuse pas. Merci M. Ogeret.


1. Le Déserteur 3:40
2. Nos vingt ans 4:40*
3. Le Conscrit 4:39*
4. Révision 4:18*
5. Les conscrits insoumis 3:20
6. J'avions reçu commandement 2:06**
7. Gloire au 17e 3:15
8. Faut plus de gouvernement 2:40
9. Plus de patron 1:20
10. Le Triomphe de l’Anarchie 5:45
11. La Marseillaise anticléricale 6:15
12. La Carmagnole 3:33**
13. L'Expulsion 3:25
14. 1er mai 2:27*
15. La Chanson du Père Duchesne 2:54*
16. Le père Lapurge 3:15*
17. Fille d'ouvriers 3:40*
18. Le métingue du métropolitain 3:20
* bonus, enregistrement 1980
**bonus, enregistrement 1973


Marc Ogeret - chant
Michel Villard - arrangements, direction d'orchestre
André Clergeat - réalisation artistique

l'arrière de la pochette (édition originale)

dimanche 6 avril 2014

France Dimanche (1)

La Foule "La Foule" (1996)
ou "Emporté par La Foule"


     Ha le rock en français, le rock français en français même... Souvent un sujet d'embarras quand on parle avec un anglais ou un américain et qu'on n'a qu'un "maigre" Jojo lalalidé , un Trust qui porte beau sur quelques albums avec ses diatribes péri-syndicalistes mais est de toute façon plus hard que rock, un Téléphone dont on bénit que son interlocuteur ne comprenne pas les paroles douloureusement adolescentes (ce à quoi vous me répliquerez que les Beatles, les Beatles !, en leur temps, etc. Oui mais en anglais ça sonne !). Bref, si notre langue est riche elle se prête assez mal à l'adaptation rythmée et vocalisée de la musique de danse de jeunes originaires des fifties finissantes étatsuniennes.
 
     A chaque règle, évidemment, il y a des exceptions et, justement, avec La Foule, groupe mené par l'excellent toulousain Antoine Essertier, nous en tenons une belle, à défaut d'une qui fit florès mais tout ce qui est bon n'a pas forcément la chance de rencontrer le succès comme vous ne le savez que trop bien...
     Et donc, en 1996 parait le premier, et hélas unique, d'une formation de rock française, s'exprimant en français sans que jamais la moindre gêne, le moindre décalage culturel, ne se fasse jour. La recette du miracle ? Une forte personnalité déjà parce que j'ai eu beau chercher à quel luminaire anglophone les petits français me faisaient penser, et rien. Il y a bien des influences, des effluves de quelques grands anciens comme Led Zeppelin (et les orientalismes bienvenus de Robert Johnson et d'autres), des rapprochements avec le meilleur de quelques "collègues" (Bertignac sur Ecoutez-moi, Daran, un grand pote d'Essertier avec lequel il a justement collaboré ceci dit en passant, sur la Folie) mais rien qui ne soit criant ou particulièrement envahissant. La Foule sont avant tout eux-mêmes, on ne les voudrait pas autrement.
     Parce qu'on a là une fine équipe de musiciens, un groupe resserré, un quatuor au line-up assez inhabituel pour le genre de musique pratiqué puisqu'au classique de chez classique guitare, basse et batterie se voient ajoutées des percussions. Une fine équipe donc, possiblement des virtuoses mais la démonstration technique n'étant pas l'objet on ne pourra parler que d'une absolue maîtrise instrumentale en la circonstance. Quoiqu'il en soit, on ne peut que remarquer une basse particulièrement riche ici (L'âge du capitaine), des riffs si bien trouvés qu'on a parfois l'impression de les avoir entendu ailleurs sans vraiment pouvoir définir d'où ou de qui, des chœurs riches supportant la voix médium d'Antoine et ses "pétages de plombs" énervés bienvenus, une batterie à la lourdeur proverbialement Bonhamienne, et des percus qui sont définitivement un élément décisif offrant un supplément d'allant, d'énergie autant que de finesse au son de la formation. Et de foutues bonnes compositions surtout ! Des refrains qu'on retient instantanément et ne lassent pourtant pas (Demain c'est dimanche, Ecoutez moi, La chanson préférée). Des paroles bien troussées, poétiques et pas connes qu'on n'en entend pas tous les jours en rock francophone (évoquant même des sujets parfois difficiles, voir Constance Lerouge). Des idées musicales comme s'il en pleuvait dans un cadre rock pourtant toujours respecté stricto sensu. En un mot comme en mille, une formation DOUEE. Et bien mise en son avec la voix bien dans le mix comme il se doit pour le rock'n'roll, et une clarté d'ensemble d'autant plus appréciable que la performance est, je me répète, pas grave, belle.

     Hélas, mille fois hélas le succès ne fut pas au rendez-vous et de suite à La Foule il n'y eut point. Antoine Essertier disparut d'ailleurs de la sphère exposée de la musique française même si je ne doute pas que, quelque part, il ronge son frein et prépare son retour (vivement !). Reste cet album, quasi-introuvable aujourd'hui (sauf d'occasion), une vraie belle réussite prouvant que rock et français peuvent fonctionner ensemble quand ils sont confiés à d'habiles artisans comme c'est clairement le cas ici.


1. Robert Johnson 3:43
2. Demain c'est Dimanche 5:13
3. Ecoutez-moi 4:18
4. La Folie 3:19
5. L'âge du Capitaine 4:20
6. Au Sexe Moderne 3:00
7. Les Fantômes 3:49
8. Je reste au lit 4:12
9. Viens voir ailleurs 5:04
10. La chanson préférée 3:06
11. Constance Lerouge 3:57
12. Terence Hill 3:43


Skiz - basse, chœurs
Syl East - batterie, chœurs
Fab "Koala" Drigues - percussions, chœurs
Antoine Essertier - chant, guitares