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lundi 24 juillet 2017

W comme...

Wow! Du Cabaret Jazz à la Soul/Funk en passant par la Country New School ou le Hard Rock millésimé et ô combien influent, en passant par du Rock Prog indémodable et libre, une petite merveille Indie Pop et l'album d'un Ange Cassé, si l'alphabet finit, la qualité ne baisse pas (...à mon humble avis). Alors, en rajouter, pour quoi faire ? Enjoie !

W comme...
WAITS, TOM "Nighthawks at the Diner" (1975)
Vrai Live en Vrai Studio

Live, mais en studio, Tom Waits égrène ses petites histoires d'une Amérique à la marge devant quelques happy-fews conviés à l'évènement, c'est Nighthawks at the Diner et c'est vachement bien !
Et donc, nous sommes au Record Plant de Los Angeles les 30 et 31 juillet 1975, ou au Raphael's Silver Cloud Lounge comme annoncé par Tom, où un jeune Waits, d'âge et de carrière, il n'a alors que deux albums studio dans sa besace, égrène non pas les beaux morceaux de son petit répertoire mais une sélection de nouveaux titres dans une ambiance de club enfumé et alcoolisé impeccablement recréé par l'équipe de production, les musiciens et, évidemment, un chanteur, compositeur et parolier sachant aussi bien raconter des histoires (les nombreux intermèdes introductifs où Tom fait preuve d'humour, souvent !, mais aussi d'un don de conteur qui ne fera que se confirmer) qu'habiter son répertoire de l'occasion. Et le répertoire, justement, mes amis, quelle belle collection de blues/jazz déjà très représentative du Waits que nous avons appris à connaître et à aimer, un artiste déjà en contrôle d'un songwriting héritier d'une vraie belle tradition étatsunienne qui sait la faire sienne,  jusqu'à une reprise d'une vieillerie country sauvée des eaux (Big Joe and Phantom 309)... Grand !
Les fans de Tom Waits connaissent déjà ce Nighthawks at the Diner ô combien référentiel, comme quasiment toute la carrière du monsieur, quoi, les autres feraient bien de se pencher sur cet objet atypique, sympathique et, c'est le mot, recommandé.

1. (Opening Intro) 2:58
2. Emotional Weather Report 3:47
3. (Intro) 2:16
4. On a Foggy Night 3:48
5. (Intro) 1:53
6. Eggs and Sausage (In a Cadillac with Susan Michelson) 4:19
7. (Intro) 3:02
8. Better Off Without a Wife 3:59
9. Nighthawk Postcards (From Easy Street) 11:30
10. (Intro) 0:55
11. Warm Beer and Cold Women 5:21
12. (Intro) 0:47
13. Putnam County 7:35
14. Spare Parts I (A Nocturnal Emission) 6:25
15. Nobody 2:51
16. (Intro) 0:40
17. Big Joe and Phantom 309 6:29
18. Spare Parts II and Closing 5:13

Pete Christlieb – tenor sax
Bill Goodwin – drums
Jim Hughart – upright bass
Mike Melvoin – piano, electric piano, guitar
Tom Waits – vocals, piano, guitar


W comme...
WATERS, ROGER "Amused to Death" (1992)
Amusement for the Masses

C'est, de loin, le meilleur album solo de son auteur, un concept album inspiré d'un livre de Neil Postman, Amusing Ourselves to Death, qui décrypte les us d'une société ultra-médiatisée, c'est Amused to Death de Roger Waters, œuvre à la fois terriblement moderne tout en se situant dans une grande tradition à laquelle elle fait honneur, un opus de toute première bourre en vérité.
Comme souvent avec Waters, un garçon tenu par ses obsessions, le développement du concept de l'album a commencé bien avant sa sortie, pendant la création de son précédent opus en fait, le controversé mais recommandé Radio K.A.O.S.. Dans les faits, album sur la dangereuse décadence de la société occidentale (capitalisme, guerre, médias, mépris d'autrui, etc.), œuvre sombre donc, on en a l'habitude avec le taciturne Waters, Amused to Death n'est pas exactement le genre d'opus qu'on conseillera à un dépressif chronique. Quoique la musique, souvent percée d'irremplaçables beauté, vient tempérer la noirceur du propos. Parce que côté composition, Roger s'est dépassé ! Dès l'introductif The Ballad of Bill Hubbard, un belle chanson d'ambiance dotée d'un puissant récitatif et de cordes émouvantes, on est pris par un tourbillon créatif qui ne se démentira pas, un rock progressif moderne et classique à la fois, de son temps dans le son mais encore héritier de la période dorée (les 70s !) dans la manière. La suite, entre rock épique (What God Wants Part I, The Bravery of Being Out of Range), et compositions plus nuancée (Watching TV avec la contribution vocale de Don Henley des Eagles, It's a Miracle et le moog magique du l'ancien collègue de Madonna, Patrick Leonard, l'éthéré Three Wishes, ou un magistral Amused to Death de conclusion), est un parfait panorama musical pour qui apprécie son rock exploratoire et mélodique.
Avec un line-up "all-star" plus venu pour contribuer que se montrer (Jeff Beck, Luis Conte, Steve Lukather, Jeff Porcaro, Don Henley, etc.), une production absolument parfaite, riche de moult field-recordings texturants, claire et précise, et, donc, un ensemble compositionnel constituant l'indéniable sommet de la carrière de Roger Waters en solo, Amused to Death, presque l'égal des plus belles heures de son ancien groupe, c'est dire !, est un album plus que recommandé, obligatoire !

1. The Ballad of Bill Hubbard 4:19
2. What God Wants, Part I 6:00
3. Perfect Sense, Part I 4:16
4. Perfect Sense, Part II 2:50
5. The Bravery of Being Out of Range 4:43
6. Late Home Tonight, Part I 4:00
7. Late Home Tonight, Part II 2:13
8. Too Much Rope 5:47
9. What God Wants, Part II 3:41
10. What God Wants, Part III 4:08
11. Watching TV 6:07
12. Three Wishes 6:50
13. It's a Miracle 8:30
14. Amused to Death 9:06

Roger Waters – vocals (all tracks except 1), bass guitar (tracks 2 and 13), synthesisers (tracks 2 and 4), guitar (tracks 5, 11 and 14)
Patrick Leonard – keyboards (all tracks except 6 and 7), percussion programming (track 1), choir arrangement (tracks 2, 9-11 and 13), vocals (track 4), acoustic piano (tracks 11 and 13), Hammond organ (track 5), synthesisers (tracks 5 and 13)
Jeff Beck – guitar (tracks 1, 2, 10-14)
Randy Jackson – bass guitar (tracks 2 and 9)
Graham Broad – drums (all tracks except 1, 5, 11 and 13), percussion (tracks 6 and 7)
Luis Conte – percussion (all tracks except 2, 5, 9, 11, 13 and 14)
Geoff Whitehorn – guitar (tracks 2, 8, 10 and 14)
Andy Fairweather Low – guitar (tracks 2, 6-9, 11 and 12), vocals (tracks 6 and 7)
Tim Pierce – guitar (tracks 2, 5, 9 and 12)
B.J. Cole – guitar (tracks 3 and 4)
Steve Lukather – guitar (tracks 3, 4 and 8)
Rick DiFonso – guitar (tracks 3 and 4)
Bruce Gaitsch – guitar (tracks 3 and 4)
James Johnson – bass (all tracks except 1, 2, 5, 9 and 11)
Brian Macleod – snare (tracks 3 and 4), hi-hat (tracks 3 and 4)
John Pierce – bass guitar (track 5)
Denny Fongheiser – drums (track 5)
Steve Sidwell – cornet (tracks 6 and 7)
John Patitucci – bass guitar (track 11)
Guo Yi & the Peking Brothers – dulcimer, lute, zhen, oboe, bass (track 11)
John "Rabbit" Bundrick – Hammond organ (track 12)
Jeff Porcaro – drums (track 13)
Marv Albert – vocals (track 4)
Katie Kissoon – vocals (tracks 2, 8, 9, 12 and 14)
Doreen Chanter – vocals (tracks 2, 8, 9, 12 and 14)
N'Dea Davenport – vocals (track 2)
Natalie Jackson – vocals (tracks 2 and 5)
P.P. Arnold – vocals (tracks 2, 3, 4 and 10)
Lynn Fiddmont-Linsey – vocals (track 5)
Jessica Leonard – vocals (track 8)
Jordan Leonard – vocals (track 8)
Don Henley – vocals (track 11)
Jon Joyce – vocals (track 13)
Stan Farber – vocals (track 13)
Jim Haas – vocals (track 13)
Rita Coolidge – vocals (track 14)
Alf Razzell – vocals (tracks 1 and 14)


W comme...
WEEN "White Pepper" (2000)
Epicé Pop

Que se passe-t-il quand l'un des plus beaux fleurons bizarro-pop se met dans l'esprit d'accoucher d'un album normal ? Il se passe White Pepper, 7ème album des faux-frères Dean & Gene Ween, et le pire c'est que ça marche du tonnerre de Zeus !
Indéniablement, il y a du Beatles (mais pas seulement...) dans ce Ween-là, et pas que dans un titre jouant avec ceux de deux des plus fameuses créations de quatre de Liverpool (Sgt. Pepper, White Album), dans la manière d'accommoder la pop, de l'épicer de moult flaveurs pour un résultat aussi flatteur à l'oreille qu'imaginatif. Evidemment, les Beatles étant passés bien avant et ayant tout inventé (ou presque), c'est à un exercice revivaliste auquel s'adonnent les natifs de New Hope (ça ne s'invente pas !), Pennsylvanie, mais un exercice revivaliste tellement rondement menée qu'on aurait mauvaise grâce à ne pas le célébrer comme il le mérite.
Parce que, mes amis, quelle belle collection de chansons voici ! Parce qu'en couvrant tout le panorama de la pop, d'un psychédélisme à peine modernisé sur la morceau d'ouverture, Exactly Where I'm At, à de douces flaveurs orientales sur Flutes of Chi, à une pop à la Revolver sur Even If You Don't, à un doux décrochage caribéen façon Elvis sous les cocotiers (Bananas and Blow), à une pop folk mélodieusement réussie (Back to Basom, quelque chose de Donovan et du Bowie débutant, She's Your Baby, que Macca ne renierait pas), à une petite jazzerie convoquant le fantôme de Phil Lynott (ce chant !) avec Pandy Fackler, jusqu'à un petit coup de country bienvenu (Stay Forever), c'est avec rouerie et un talent compositionnel qui laisse béat d'admiration que le duo et leurs compères réussissent magistralement leur petit hold-up multi-genres. On a même droit, parce qu'il faut quand même un peu de bruit blanc sur un album de Ween, à une sorte de Motörhead revisité (leur Helter Skelter ? pas loin à entendre l'agressif et addictif Stroker Ace) et à une sorte de sludgerie héritière indirecte de Black Sabbath (The Grobe). Bref, tous azimuts sans jamais le moindre faux-pas, sans la plus petite trace de faute de goût que ce soit... Grand !
Les amateurs de ce genre de chose, de la musique maline toujours un peu dans le second degré mais pas dans le pastiche, en auront pour leurs sesterces, nul doute ! Les autres, les curieux surtout, peuvent plonger dans ce qui demeure l'œuvre la plus attachante et abordable d'un magnifique duo. Youpi !

1. Exactly Where I'm At 4:31
2. Flutes of Chi 3:30
3. Even If You Don't 3:25
4. Bananas and Blow 3:34
5. Stroker Ace 2:08
6. Ice Castles 2:05
7. Back to Basom 3:46
8. The Grobe 3:32
9. Pandy Fackler 3:57
10. Stay Forever 3:32
11. Falling Out 2:28
12. She's Your Baby 3:00

Claude Coleman - Drums
Dave Dreiwitz - Bass
Glen McClelland - Keyboards
Dean Ween - Guitar, Vocals
Gene Ween - Guitar, Vocals
(& other musicians)


W comme...
WEILAND, SCOTT "12 Bar Blues" (1998)
Gone Solo

Celui qui connut la gloire en tant que vocaliste des grungers adaptables de Stone Temple Pilots et frontman du supergroupe Velvet Revolver n'est plus, une vie d'excès en tous genres, narcotiques particulièrement, aura fini par le rattraper et ainsi nous voler l'un des plus beaux spécimens de lucky loser que l'Amérique nous ait offerte depuis les années 90 comme exemplairement démontré par son premier album solo, 12 Bar Blues. Un album qui diffère notablement des travaux de ses partenaires d'alors. La petite trentaine, Weiland y explore ses possibles, y assouvit ses envies entrainant l'auditeur dans une aventure auditive à laquelle il ne s'attendait sans doute pas. Parce que Weiland ose !, ne réussit pas toujours mais a tellement, palpablement, envie qu'on ne peut qu'être séduit sans même avoir à prêter attention aux quelques guests de luxe de la galette (Sheryl Crow, à l'accordéon !, et Brad Mehldau). Ainsi, du glam mutant d'ouverture (Desperation #5, y  du Bowie dedans !), d'une power-pop bricolée à l'électro (Barbarella), d'une belle power-ballad qui prouve qu'il peut faire aussi bien que son groupe sans lui (Where's the Man) à un genre de cyber-groove depuis lourdement usité par Muse (Jimmy Was a Stimulator), il y a du grain à moudre et de la qualité à dénicher dans un album parfois un peu too much, la marque des débuts où l'on veut trop bien faire, mais éminemment sympathique hélas aujourd'hui difficile à trouver puisque pour le moment plus édité. Et unique dans la discographie de son auteur qui, comme ses collègues de l'époque, Layne Staley d'Alice In Chains et Kurt Cobain de qui vous savez, aura ultimement été emporté par son malaise. R.I.P.

1. Desperation #5 4:05
2. Barbarella 6:36
3. About Nothing 4:48
4. Where's the Man 4:55
5. Divider 4:23
6. Cool Kiss 4:55
7. The Date 5:21
8. Son 5:04
9. Jimmy Was a Stimulator 3:58
10. Lady, Your Roof Brings Me Down 5:26
11. Mockingbird Girl 5:02
12. Opposite Octave Reaction 4:18

Scott Weiland – lead vocals, beatbox, guitar, keyboards, piano, bass, synthesized bass, drum loops
Tracy Chisolm – theremin
Blair Lamb – beatbox
Holly Reiger – guitars
Jeff Nolan – guitars
Zander Schloss – guitars
Sheryl Crow – accordion
Brad Mehldau – piano
Peter DiStefano – guitars, bass
Victor Indrizzo – vocals, guitar, piano, keyboards, bass, drums
Daniel Lanois – synthesizers
Tony Castaneda – guitars, bass
Martyn LeNoble – bass, cello
Michael Weiland – drums, percussion, drum loops
Suzie Katayama – cello
Novi Novog – viola
Joel Derouin, Robin Lorentz – violin


W comme...
WHITMORE, WILLIAM ELLIOTT "Ashes to Dust" (2005)
Old is New

William Elliot Whitmore ou comment faire du neuf avec du vieux.
Natif de l'Iowa, 27 ans au moment de la sortie de l'album, son quatrième déjà depuis 1999, William Elliott Whitmore et de ces gars hors du temps qui, dans un cousinage évident avec Tom Waits (style vocal compris), assurent la pérennité d'une Amérique des laissés pour compte et marginaux via une folk/country/blues où, guitariste et banjoïste doué en plus de vocaliste hanté, il assure comme un vieux pro sur des compositions exclusivement de son cru.
Comme Ashes to Dust demeure sa plus fine lame, et son opus le plus sombre ceci dit en passant, il n'est pas besoin de "faire l'article" plus avant, si la musique roots écorchée vive étatsunienne est votre dada, plongez !

1. Midnight 3:34
2. The Day the End Finally Came 4:18
3. When Push Comes to Love 3:50
4. Diggin' My Grave 4:06
5. The Buzzards Won't Cry 2:22
6. Sorest of Eyes 3:30
7. Lift My Jug (Song for Hub Cale) 3:36
8. Gravel Road 3:52
9. Porchlight 5:47

William Elliott Whitmore – vocals, guitar, banjo
Zach Action – bass
Jay Thomas Dandurand – drums


W comme...
WISHBONE ASH "Argus" (1972)
Lucky Bone

On ne dira jamais assez tout le bien qu'il faut penser de Wishbone Ash, l'influence décisive qu'eut ce grand groupe trop méconnu sur moult formations ô combien référentielles telles que Thin Lizzy ou Iron Maiden (et indirectement la myriade de formations suivant ces deux autres authentiques légendes). Alors quand on en vient à évoquer une des plus belles pages de leur foisonnant catalogue (24 albums studio, 12 lives, des compilations et des singles comme s'il en pleuvait), cet Argus de 1972, on commence, forcément, par mentionner les doubles-guitares d'Andy Powell et Ted Turner, élément décisif du son d'une formation navigant entre hard rock, blues et rock progressif. C'est peut-être de là, de cette polyvalence stylistique, que vinrent les difficultés du groupe à s'imposer à un plus grand public que celui qui se repaît des délices musicaux dont il est capable. Et il en est très capable, en particulier dans ses jeunes années, en particulier sur cet Argus où rien n'est autre que très bon, 8 titres, 8 bombes de rock finement composé, supérieurement interprété par un quatuor mariant acoustique et électrique, compositions directes et raffinées en un tout qui ne devrait pas laisser indifférent. Parce que Time Was vaut bien toutes les formations de classic rock de ces bouillonnantes 70s avec ses atours sudistes, son lent et progressif développement, les performances de ses deux guitaristes virtuoses, celle-ci, tour de force introductif d'un album qui ne baissera jamais de niveau, juste citée pour l'exemple d'une galette ô combien réussie (mais peut-être pas assez frontalement hard rockante que certains l'auraient voulu, Wishbone Ash ne sont pas des brutes). Quand on ajoute les nombreux bonus live de la version remasterisée dite "Deluxe", étant entendu Wishbone Ash, excellent en studio l'est encore plus en live (voir un Phoenix partant souvent dans des jams de longue durée sans jamais lasser ou le référentiel Live Dates dont il sera difficile de se passer), il n'y a plus à hésiter pour recommander un groupe, et cet album encore un peu plus que les autres de sa période classique, à toutes celles et tous ceux qui goûtent à un (hard) rock pleinement développé mais jamais inutilement démonstratif parce que Wishbone Ash, toujours en activité si Powell en est le seul membre restant comme sur le Blue horizon de belle qualité sorti dernièrement, est un trésor et qu'Argus en est son plus beau joyau, on ne devrait pas avoir à en dire plus.

1. Time Was 9:42
2. Sometime World 6:55
3. Blowin' Free 5:18
4. The King Will Come 7:06
5. Leaf and Stream 3:55
6. Warrior 5:53
7. Throw Down the Sword 5:55
Bonus
"Live from Memphis" promotional EP
8. Jail Bait 4:57
9. The Pilgrim 10:10
10. Phoenix 17:05

CD Bonus
BBC session 1972
1. Time Was 10:14
2. Blowin' Free 5:51
3. Warrior 5:44
4. Throw Down the Sword 6:47
5. King Will Come 8:11
6. Phoenix 19:35
7. Blowin' Free 5:38
8. Throw Down The Sword 6:13

Martin Turner - bass guitar, vocals
Andy Powell - lead and rhythm guitar, vocals
Ted Turner - lead and rhythm guitar, vocals
Steve Upton - drums, percussion
&
John Tout - organ on "Throw Down The Sword"


W comme...
WONDER, STEVIE "Hotter Than July" (1980)
Still a Wonder

Ce n'est peut-être plus la période de gloire, cette parenthèse enchantée qui, du début au milieu des septantes, fit de Stevie une des toutes premières attractions du monde de la musique, tous genres confondus, mais ce n'est pas non plus l'absolu abysse créatif que certains s'imaginent, non, Hotter Than July, premier cru des 80s de l'ex-petite merveille de la Motown, tient formidablement la route. Alors, certes, la musique s'est simplifiée, des synthétiseurs de leur temps viennent aussi empeser les arrangements de quelques choix discutables mais, dans l'ensemble, qu'il donne dans la ballade tire-larmes (le jazzy Lately), dans l'hymne "positive attitude" (Happy Birthday, wikipédiez !), qu'il fasse le meilleur reggae américain d'alors (Master Blaster), se la joue disco sans se perdre totalement (I Ain't Gonna Stand for It), etc., c'est encore et toujours le compositeur expert auteur d'album aussi essentiels qu'Inner Visions ou Songs in the Key of Life. La suite, on le sait, sera nettement moins glorieuse mais, avec tous ses défauts, l'air du temps n'étant pas le moindre, Hotter Than July demeure une galette qu'on recommande au amateur de soul/funk d'exception, qui n'y trouveront certes pas une totale satisfaction mais suffisamment de bons moments pour ne pas regretter, loin s'en faut !, ce petit tout du côté de chez wonderful Stevie.

1. Did I Hear You Say You Love Me 4:07
2. All I Do 5:06
3. Rocket Love 4:39
4. I Ain't Gonna Stand for It 4:39
5. As If You Read My Mind 3:37
6. Master Blaster (Jammin') 5:07
7. Do Like You 4:25
8. Cash in Your Face 3:59
9. Lately 4:05
10. Happy Birthday 5:57

Stevie Wonder - Vocals, Synthesizer, Drums, Fender Rhodes, Bass Synthesizer, Clavinet, Background Vocals, Arp, Vocoder, Piano, Harpsichord, Celeste, Keyboards, Bass Melodeon, Harmonica, Cabasa, Percussion, Bells, Handclaps, Flute Synthesizer
Nathan Watts - Bass, Background Vocals
Benjamin Bridges - Guitar, Background Vocals
Dennis Davis - Drums on "Did I Hear You Say You Love Me," "As If You Read My Mind", and "Master Blaster (Jammin')"
Earl DeRouen - Percussion, Background Vocals
Isaiah Sanders - Fender Rhodes, Background Vocals, Pianet
Hank Redd - Saxophone, Handclaps
Robert Malach - Saxophone
Larry Gittens - Trumpet
Nolan A. Smith Jr. - Trumpet
Paul Riser - String Arrangement
Hank Devito - Steel Guitar
Rick Zunigar - Guitar
Background Vocals - Angela Winbush, Mary Lee Whitney Evans, Susaye Greene Brown, Alexandra Brown Evans, Shirley Brewer, Ed Brown, Charlie Collins, Eddie Levert, Walter Williams, Michael Jackson, Jamil Raheem, Betty Wright, Ronnie J. Wilson, Charles K. Wilson, Syreeta Wright, Marva Holcolm, Melody McCulley, Delores Barnes
Handclaps - Stephanie Andrews, Bill Wolfer, Trevor Lawrence, Dennis Morrison, Kimberly Jackson

samedi 27 mai 2017

P comme...


Toujours adepte de la diversité, le Zornophage vous propose une sélection qui vous promènera du jazz, au rock en passant par d'la chanson bien d'chez nous (mais revisitée !), de la folk, du funk ou du heavy metal ! Bref, pour tous les goûts et toutes les P-riples ! Enjoie.

P comme...
PASTORIUS, JACO "Jaco Pastorius" (1976)
Le Roi de la Fusion

Membre d'une authentique légende du jazz fusion, Weather Report évidemment, instrumentiste d'exception comme chacun le sait, grand espoir détruit par des addictions autodestructrices à un beaucoup trop jeune âge hélas, Jaco Pastorius ne connut qu'une trop brève et peu productive carrière solo dont cet éponyme inaugural est assurément le "crown jewel". Au programme, pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce vrai beau classique, évidemment une énorme démonstration de guitare basse, c'est son album après tout, mais pas seulement parce que Jaco est aussi un compositeur et arrangeur (le Donna Lee de Bird en intro de l'opus est une splendeur tout en ascèse et délicatesse). C'est aussi un fantastique vulgarisateur n'hésitant pas à élargir le spectre (de la funk/soul de Come On Come Over, avec Sam & Dave aux vocaux, à des morceaux d'inspiration quasiment classique, Okonkole Y Trompa ou Speak Like a Child) ce créateur vorace et touche-à-tout ne se refuse rien, n'oubliant évidemment pas sa base fusion, et, plus fort encore !, réussit tout. Et dire qu'il n'a alors que 24 ans ! On sait l'immense gâchis que fut sa déchéance physique et mentale, et l'impact que tout ceci eut sur sa musique mais, en 1976, Jaco Pastorius est simplement le jazzman de l'année !, et son album un immanquable indispensable à toute collection qui se respecte.

1. Donna Lee 2:27
2. Come On, Come Over 3:54
3. Continuum 4:33
4. Kuru/Speak Like A Child 7:43
5. Portrait Of Tracy 2:22
6. Opus Pocus 5:30
7. Okonkolé Y Trompa 4:25
8. (Used to Be A) Cha-Cha 8:57
9. Forgotten Love 2:14

- "Donna Lee"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas

- "Come On, Come Over"
Jaco Pastorius - electric bass
Don Alias - congas
Herbie Hancock - clavinet, Fender Rhodes electric piano
Narada Michael Walden - drums
Sam Moore - vocals
Dave Prater - vocals
Randy Brecker - trumpet
Ron Tooley - trumpet
Peter Graves - bass trombone
David Sanborn - alto sax
Michael Brecker - tenor sax
Howard Johnson - baritone sax

- "Continuum"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Alex Darqui - Fender Rhodes electric piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Kuru/Speak Like A Child"
Jaco Pastorius - electric bass
Herbie Hancock - piano
Don Alias - congas, bongos
Bobby Economou - drums
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Michael Gibbs - string arrangement

- "Portrait of Tracy"
Jaco Pastorius - electric bass

- "Opus Pocus"
Jaco Pastorius - electric bass
Wayne Shorter - soprano sax
Herbie Hancock - Fender Rhodes electric piano
Othello Molineaux - steel drums
Leroy Williams - steel drums
Lenny White - drums
Don Alias - percussion

- "Okonkole Y Trompa"
Jaco Pastorius - electric bass
Peter Gordon - French horn
Don Alias - okonkoko iya, congas, afuche

- "(Used To Be A) Cha Cha"
Jaco Pastorius - electric bass
Hubert Laws - piccolo, flute
Herbie Hancock - piano
Lenny White - drums
Don Alias - congas

- "Forgotten Love"
Herbie Hancock - piano
David Nadien - violin
Harry Lookofsky - violin
Paul Gershman - violin
Joe Malin - violin
Harry Cykman - violin
Harold Kohon - violin
Matthew Raimondi - violin
Max Pollinkoff - violin
Arnold Black - violin
Stewart Clarke - viola
Manny Vardi - viola
Julian Barber - viola
Al Brown - viola
Charles McCracken - cello
Kermit Moore - cello
Beverly Lauridsen - cello
Alan Shulman - cello
Richard Davis - bass
Homer Mensch - bass
Michael Gibbs - string arrangement, conductor


P comme...
PEARL JAM "No Code" (1996)
Classic Rock

Pearl Jam change, Pearl Jam évolue, Pearl Jam surprend... Mais seulement ceux qui n'avaient pas prêté attention aux racines bien implantées de cinq de Seattle, et de leur quasi-inamovible producteur, Brendan O'Brien. Les racines en question sont celles qui relient Vedder et ses amis à Bruce Springsteen, Neil Young et plus généralement à toute la tradition du rock américain blue collar concerné. Il y avait déjà de très présents indices sur Ten, Vs. et Vitalogy, de plus en plus évidents à chaque album, sur No Code, la transition est accomplie. Ce n'est pas à dire que toute trace d'agressivité électrique punkoïde ait disparue, non, encore cette fois, depuis Vitalogy en fait, ces gars-là savent faire parler la poudre dans de courtes saillies cure-tympans de première bourre (Hail Hail, Habit, Lukin, tous très réussis) mais, cette fois, ils s'aventurent aussi très souvent dans de territoires qu'ils n'avaient précédemment qu'effleuré d'une folk rock plus que convaincante (Who You Are et ses flaveurs indiennes, Off He Goes ou le Boss romantique bien revisité, l'aérien Present Tense ou la magnifique ballade "à la Neil" de clôture, Around the Bend) à un rock mesuré encore bouseux sous les semelles (un Sometimes rampant d'ouverture, un Smile ou un Red Mosquito qui doivent beaucoup au Loner). Et donc, fidèle à lui-même et malgré tout en constante évolution, avec cette fois une production "normale" (contrairement aux délires de Vitalogy) qui met parfaitement en valeur les qualités d'auteurs de Gossard, Ament & Cie, mais surtout d'Eddie Vedder qui s'y impose, encore plus que le coup d'avant où il dominait pourtant, comme l'aiguillon d'une formation qui sait où elle va, directement au Panthéon des grands rockers étatsuniens !

1. Sometimes 2:40
2. Hail, Hail 3:41
3. Who You Are 3:50
4. In My Tree 3:59
5. Smile 3:52
6. Off He Goes 6:02
7. Habit 3:35
8. Red Mosquito 4:03
9. Lukin 1:02
10. Present Tense 5:46
11. Mankind 3:28
12. I'm Open 2:57
13. Around the Bend 4:35

Jeff Ament – bass guitar, guitar, Chapman, vocals
Stone Gossard – guitar, vocals, piano, lead vocals on "Mankind"
Jack Irons – drums
Mike McCready – guitar
Eddie Vedder – lead vocals, guitar, harmonica
&
Brendan O'Brien – piano


P comme...
PENTANGLE "Open the Door" (1985)
Retour d'affection

L'album du retour pour les folk-rockers anglais de Pentangle, avec un line-up quasiment inchangé, seul le guitariste John Renbourn manque remplacé par le guitariste et violoniste Mike Piggott, Open the Door est tout sauf une surprise reprenant les choses exactement là où le quintet les avaient laissés, 13 ans plus tôt, avec le mi-cuit Salomon's Seal... L'inspiration en plus !
On y retrouve donc cette folk typiquement anglaise où quelques bruns de jazz viennent se glisser, moins que pendant le premier run de Pentangle mais toujours bien présents, salutairement. Parce que sans leur edge, sans ces soli à la marge d'un Mike Piggott digne remplaçant du Renbourn manquant, violoniste inspiré en plus de guitariste, il est fort à parier que ce groupe n'aurait pas départi des nombreuses formations d'un genre plus ou moins similaire et, du coup, probablement sombré dans la masse. Mais il y a ce particularisme et des chansons, toutes composées par le groupe outre une belle reprise de Milton Nascimento (Mother Earth), qui continue donc, là où certains de leurs collègues favorisent l'adoption d'un répertoire séculaire, de créer son propre morceau d'histoire entre passé et présent. Parce qu'il y a indéniablement un lien fort avec une tradition musicale britannique dans l'art consommé de Pentangle et de son songwriter en chef, Bert Jansch, d'accommoder ce style fondamentalement ancien à sa verve compositionnelle.
En chansons, ça donne 9 originaux plein de sensibilité et de nuance où voix masculines et féminine s'épousent pour le meilleur et où, forcément, les performances instrumentales, Jansch et Piggott, l'un acoustique l'autre électrique, sont deux fameux six-cordistes tout sauf outrancièrement démonstratifs, qui plus est. Parfois, on pense presque au Fleetwood Mac de Rumours débarrassé de ses oripeaux américains (Dragonfly, Sad Lady), d'autre fois, on plonge dans une merveille de petit instrumental mélodieux et délicat (The Dolphin), parfois encore, on flirte avec le blues avec talent (Lost Love) ou une folk jazzée et progressive avec doigté (Street Song et un mémorable solo de contrebasse de Danny Thompson), ou ailleurs on plonge dans de belles ballades hors du temps où la voix caressante de Jacqui McShee fait fureur (Child of the Winter,  Yarrow), toujours avec talent, avec une qualité d'écriture et d'interprétation qui fait qu'on ne peut que fêter ce retour aux affaires en forme de triomphe créatif.
Open the Door, longtemps indisponible en format CD avant un salutaire retour en 2006 sur le label revivaliste Talking Elephant, relance réussie d'une formation trop longtemps absente est tout simplement un petit bijou de folk d'aujourd'hui, même 30 ans après sa sortie.

1. Open the Door 4:20
2. Dragonfly 3:14
3. Mother Earth 2:43
4. Child of the Winter 5:08
5. The Dolphin 2:45
6. Lost Love 3:42
7. Sad Lady 3:48
8. Taste of Love 4:11
9. Yarrow 4:38
10. Street Song 5:31

Terry Cox - drums, percussion, vocals
Bert Jansch - acoustic guitar,vocals
Jacqui McShee - vocals
Mike Piggott - violin, acoustic and electric guitar
Danny Thompson - double bass


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PIGALLE "Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant" (1990)
Regards Admiratifs sur la gracieuse et palpitante œuvre de François Hadji-Lazaro, personnage rondelet mais ô combien talentueux

Le second album de Pigalle. Avec son titre à rallonge, son écriture reliée au quotidien sans perdre un iota de sa qualité littéraire, sa pochette quasi-légendaire (signée Tardi), Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant est le triomphe de François Hadji-Lazaro pourtant également membre/leader des Carayos et des Garçons Bouchers, le triomphe d'une certaine idée de la musique de chez nous, aussi.
Pour qui connaît le parcours de François, un folkeux à l'origine, un amoureux de la chanson réaliste des Mmes Damia, Fréhel et Piaf aussi, ce second album de son Pigalle, parce que s'il y a d'autres musiciens avec lui ils ne sont que de simples exécutants ici, est tout sauf une surprise. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, ce n'est pas d'une histoire, pas d'un concept album dont il s'agit même si une vraie thématique d'ensemble relie toutes les créations en un tout cohérent absolument satisfaisant. Hybride des goûts de son leader, Regards Affligés est donc, avant tout, une fantastique collection de chansons néo-réalistes comme la nouvelle chanson française s'y essaiera quelques années plus tard.
Musicalement, cependant, on est loin de rester uniquement dans ce petit domaine avec de vraies traces du punk du premier album (Dans les Prisons, En bas en haut), de la folk en veux-tu en voilà (Marie la Rouquine, Les Lettres de l'Autoroute, Eternel Salaud, Sophie de Nantes), un vrai bel héritage de la chanson française classique (Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs, Chez Rascal et Ronan, Le Chaland, Renaître) et même d'autres choses qu'on n'attendait pas forcément là (l'érotique Une Nuit, le funk camembert d'Angèle, un décrochage "rapoïde" sur Un Petit Paradis) qui viennent agréablement épicer la galette.
Evidemment, sans l'écriture du chef, sans son esprit mélodique, sa voix immédiatement reconnaissable, ses incroyables capacités de multi-instrumentiste, sans les parti-pris de production aussi (pas de batterie, remplacée par une boîte à rythmes qui sévit aussi chez ses Garçons Bouchers), le triomphe n'aurait pas pu être le même. Parce que triomphe il y a dans cette collection de 18 titres où rien n'est à jeter, tout satisfait, entraînant l'auditeur dans une ambiance souvent nostalgique, toujours écorchée vive qui fonctionne au-delà des plus folles espérances d'un Hadji-Lazaro en état de grâce compositionnel.
Grâce à son emblématique single, Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs évidemment, l'album se vendra exceptionnellement bien pour une production indépendante (rappelons que François est encore le boss de son propre label Boucherie Productions), c'est mérité. 25 ans plus tard, déjà !,  Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant demeure un incontournable jalon du rock alternatif de chez nous, d'une nouvelle chanson qui n'a plus honte d'assumer son héritage hexagonal. Un triomphe, vous dis-je et une galette éminemment recommandée, tout simplement.

1. Écris-moi 2:53
2. Marie la rouquine 2:17
3. Une nuit 3:01
4. Le tourbillon 2:08
5. Y a l'aventure 1:38
6. Premières fois 1:35
7. Les lettres de l'autoroute 4:37
8. Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs 3:02
9. Sophie de Nantes 2:08
10. Éternel salaud 2:56
11. Chez Rascal et Ronan 3:13
12. Dans les prisons 2:03
13. Angèle 1:49
14. En bas, en haut 2:38
15. Le chaland 2:02
16. Un petit paradis 2:28
17. Paris le soir 2:51
18. Renaître 3:39

François Hadji-Lazaro - accordéon, banjo, basse, claviers, cornemuse, dobro, flûte traversière, guimbarde, guitares, harmonica, mandoline, piccolo, vielle, violon, violoncelle, voix
Riton Mitsouko - basse
Stefff - saxo baryton
Toto - trombone
&
Alain Wampas - contrebasse
Gepetto - saxos soprano, alto et basse, clarinette


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PORTISHEAD "Portishead" (1994)
Et hop !, quel trip !

Ce son ! Quel énorme choc quand, en 1994, un trio de Bristol balance sa musique à la fois absolument nouvelle mais, dans un même temps, totalement revivaliste. Un exercice d'équilibriste tout en grâce, et des chansons... Ha, ces chansons !
Nouveau, Dummy l'est, dans l'accaparation electro-sensuelle d'un héritage où l'on croise aussi bien John Barry qu'Henry Mancini ou qu'Ennio Morricone, et donc vintage il l'est aussi, dans les sources auxquelles il se réfère, rétro-moderniste dira t-on. Le reste, la magie qui fait d'un album un vrai phénomène de société, une référence sur laquelle se construisent de nombreuses autres carrières (de Morcheeba à Hooverphonic en passant par Neneh Cherry et j'en passe, ils se reconnaîtront), tient à l'équilibre entre les deux tendances, à la transformation réussie d'une vieille grammaire en rutilant nouveau style littéraire. Et à la qualité des chansons, évidemment !, onze merveilles de grâce ouatée avec le tube, l'énorme, implacable, impeccable tube, ce Glory Box si totalement inusable, si hors du temps qu'il continue d'hanter les ondes aujourd'hui sans paraître plus vieux d'un jour du moment de sa sortie.
Elle est là la magie de Portishead, avoir su marier un groove électronique délicat à une faconde compositionnelle d'un extrême classicisme, avoir su créer des ambiances où le rêve peut se muer à tout instant en cauchemar (parce que Dummy n'est pas que lumière, certainement pas !), réussir à communiquer une sensualité d'un autre monde par la voix magnifiquement habitée de Beth Gibbons, parfaite partenaire des arrangements précieux de Geoff Barrow et d'Adrian Utley en une intemporalité autant bienvenue que rarement aussi totale.
Dummy est un immense album, tout le monde le sait alors, si vous n'en avez pas eu l'occasion, emparez-vous de ce petit moment de l'Histoire de la Musique, vous ne le regretterez pas.

1. Mysterons 5:02
2. Sour Times 4:11
3. Strangers 3:55
4. It Could Be Sweet 4:16
5. Wandering Star 4:51
6. It's a Fire 3:48
7. Numb 3:54
8. Roads 5:02
9. Pedestal 3:39
10. Biscuit 5:01
11. Glory Box 5:06

Beth Gibbons - vocals, production
Geoff Barrow - drums, Rhodes piano, string arrangements, production, programming
Adrian Utley - guitar, bass guitar, theremin, hammond organ, string arrangements, production
&
Gary Baldwin – Hammond organ
Clive Deamer – drums
Andy Hague – trumpet
Dave McDonald - nose flute
Richard Newell – drum programming
Neil Solman – rhodes piano, hammond organ
Strings Unlimited – strings


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PRIDE & GLORY "Pride & Glory" (1994)
New Direction

Découvert par Ozzy Osbourne qu'il vient de quitter, Zakk Wylde n'a pas été long pour trouver sa nouvelle voix (et voie) comme on l'entend dans le premier et unique album de Pride & Glory, celle d'un aggro metal flirtant avec des racines rock, blues et country qui lui va, en vérité, merveilleusement au teint. Parce qu'ici, Zakk assume d'être un plouc et d'aimer ça, et ça s'entend parce que d'un Losin' Your Mind, sorte de country hard'n'heavy avec son petit banjo et sa lourde rythmique, à la country rigolarde de l'excellent Hate Your Guts final, c'est un Wylde audiblement content d'être là, si bien acccompagné (la section rythmique, composée du polyvalent bassiste James LoMenzo, ex-White Lion et futur Megadeth, tu parles d'un grand écart, et Brian Tichy qu'on aura remarqué chez Stevie Salas, Gilby Clarke ou Billy Idol, font l'excellent travail dont ces deux grand professionnels sont capables). Si bien accompagné qu'il se laisse même aller à des ambitions le rapprochant de Led Zeppelin (The Chosen One) ou à une ballade avec piano et cordes qu'il réussit d'ailleurs fort bien (Sweet Jesus). Parce que si Zakk a de bonnes chansons, une excellente maîtrise de son instrument évidemment, tout ça on le savait de son passage chez l'affreux de Birmimgham, il a aussi une bonne voix bien rocailleuse aussi apte à blueser, rocker, crooner que de faire s'activer les glandes lacrymales. Bref, si Pride & Glory s'arrêtera là, avant de quelque part renaître en Black Label Society, c'est bien d'un album de toute première bourre dont il s'agit, un album qu'on recommande chaudement au amateur de metal infusé roots.

1. Losin' Your Mind 5:28
2. Horse Called War 5:00
3. Shine On 6:44
4. Lovin' Woman 3:46
5. Harvester of Pain 5:06
6. The Chosen One 6:49
7. Sweet Jesus 3:48
8. Troubled Wine 5:39
9. Machine Gun Man 4:56
10. Cry Me a River 4:37
11. Toe'n the Line 5:19
12. Found a Friend 6:03
13. Fadin' Away 4:56
14. Hate Your Guts 4:36

Zakk Wylde – lead and backing vocals, guitars, piano, mandolin, banjo, harmonica
James LoMenzo – bass, backing vocals, double bass, twelve-string guitar on "Fadin' Away"
Brian Tichy – drums, percussion
&
Paul Buckmaster – musical arrangements on "The Chosen One", "Sweet Jesus", and "Fadin' Away"
Featuring the Seattle Symphony conducted by Paul Buckmaster


P comme...
PRINCE "Dirty Mind" (1980)
Prince and the (First) Revolution

S'il fallait décrire en quelques mots la transformation de Prince pour ce Dirty Mind ? Prince libéré, Prince déniaisé mais, surtout !, Prince à la pointe, Prince qui ose ! Parce qu'en se permettant une fusion funky qui en emprunte à la new wave (plus blanc, tu meurs !) et à la pop (on le sait, Prince, adore les Beatles auxquels il rendra d'ailleurs un hommage appuyé, quelques années plus tard, sur l'inégal Arount the World in a Day), le petit homme de Minneapolis tombe sur un mirifique filon. Du coup, il désale salement son écriture transformant l'aimable et assez standard chanteur soul/funk en implacable machine de guerre groovy et sexuée qui n'a peur de rien, pas même d'une androgynie, d'un doute plus qu'entièrement assumé, revendiqué. Provocation ? Sans doute un peu, mais quelle claque aussi ! Parce qu'en plus il a exactement les chansons qui vont bien, le bougre !, avec le funk robotique (merci Kraftwerk) d'un Dirty Mind d'ouverture, les atours new wave d'un glorieusement troussé When You Were Mine et même du vrai rock'n'roll sur le très réussi si beaucoup trop court Sister, ce sans oublier les plus "black moments" du moite Gotta Break Heart Again ou des très "shake your booty" Uptown et Partyup. Une collection d'anthologie, quoi, que, c'est à noter, Prince n'est pour la première fois pas le seul à enfanter avec les guests que sont les deux futurs The Revolution, Lisa Coleman et Doctor Fink, ce dernier étant même participé à la composition de la chanson-titre. Évidemment, Prince faisant le reste, soit presque tout, on reste encore près de ses habitudes débutantes mais, déjà, l'avenir semble se préparer. Et ça tombe bien parce que Dirty Mind c'était l'avenir en 1980, une fusion inédite qui fera florès et influencera chez les afro-américains comme chez les WASP, c'est dire l'astronomique portée du machin ! En fait, si vraiment vous m'y poussez, je ne vois qu'un défaut à cette troisième livraison, son extrême brièveté parce que, enfin, quand c'est aussi bon que ça, on en voudrait quand même plus que cette minuscule demie-heure. Sinon ? Obligatoire !

1. Dirty Mind 4:14
2. When You Were Mine 3:47
3. Do It All Night 3:42
4. Gotta Broken Heart Again 2:16
5. Uptown 5:32
6. Head 4:44
7. Sister 1:31
8. Partyup 4:24

Lisa Coleman – vocals on "Head"
Doctor Fink – synthesizer on "Dirty Mind" and "Head"
Prince – all other vocals and instruments


samedi 11 mars 2017

E comme...

Et maintenant le E. Et quel éventail, tous azimuts et dans tous les sens, comme se doit de l'être une zornolettre digne de ce nom ! Alors, plutôt que de me lancer dans de longs discours, les billets accompagnant chaque album sont là pour ça, laissons parler la musique et... Enjoie !

E comme...

EAGLES OF DEATH METAL "Zipper Down" (2015)
Eagles Fly Free

Bien-sûr, les Eagles of Death Metal, suite aux "incidents" du Bataclan que chacun sait, ne sera plus jamais un groupe tout à fait comme les autres pour nous, public français. Pour ceux qui se s'intéressassent pas forcément à ce projet annexe de l'ex-leader de Kuyss, fomenteur en chef des Desert Sessions et actuelle tête pensante des Queens of the Stone Age, Josh Homme, et de Jesse Hughes, son plus fidèle lieutenant/pote avec qui il collabore depuis longtemps (une Desert Session de 1998, Volume 3 & 4), il n'est pas inutile de préciser que les trois premiers albums de cette formation drôlement nommée (parce que de Death Metal, il n'est évidemment jamais question) ont été de beaux exemples de stoner garage et qu'à défaut de vraiment nous avoir emporté, ils ont satisfait l'amateur de rock gras mais fin. Et donc quand vient Zipper Down, 4ème long-jeu du duo sorti, sept longues années après son devancier, Heart On, le 2 octobre 2015, avant qu'on ne sache, comment aurait-on pu ?, l'impensable, on est fin prêt à accorder à ces Aigles du Metal de Mort notre indéfectible et bienveillante attention et on a bien raison parce que, passé une pochette d'un goût douteux et en plus assez laide, c'est à une sacrée galette de rock'n'roll de chenapans à laquelle nous sommes convies. Parce qu'ils n'ont peur de rien, Josh et Jesse, pas peur de s'aventurer dans le glam rock dynamisé, du presque-Rolling Stones de première bourre, du boogie à faire rosir d'envie le fan d'AC/DC, de la ballade folk-rock 70s, bref, du rock qui n'a d'autre but que de faire secouer les têtes, remuer les popotins avec un large sourire polisson. Caricatural ? Dérivatif ? Oui da!, ce qui semble être le but des deux compères qui se réjouissent dans l'empilement des clichés et leur détournement et est, présentement, absolument glorieusement mené en 34 trop courtes minutes (le seul défaut de l'opus) par un duo qui, souhaitons-le, n'est pas prêt de rendre les armes, avec leur Aigles ou dans leurs autres nombreux projets.

1. Complexity 2:46
2. Silverlake (K.S.O.F.M.) 3:35
3. Got a Woman 2:02
4. I Love You All the Time 3:09
5. Oh Girl 4:08
6. Got the Power 3:28
7. Skin-Tight Boogie 3:12
8. Got a Woman (Slight Return) 0:41
9. The Deuce 3:06
10. Save a Prayer 4:40
11. The Reverend 3:29

Jesse Hughes ("Boots Electric") – guitar, vocals, baritone, bass, talk box
Joshua Homme ("Baby Duck") – vocals, baritone, drums, bass, guitar, electric guitar, duduk, knee slaps, organ, percussion, piano, slapstick, slides, talk box, trumpet
&
Tuesday Cross – additional vocals
Matt Sweeney – additional guitar


E comme...
EARTH, WIND & FIRE "Spirit" (1976)
Funky Spirit!

Enregistré sous la pression d'un prédécesseur ayant atteint les cimes des Charts (That's the Way of the World, 1975), Spirit est une nouvelle démonstration de l'incroyable grâce funky d'Earth Wind & Fire dans les années 70.
En l'espèce, rien de nouveau sur ce 7ème album de la formation qui continue de fusionner funk et jazz avec des cuivres millimétrés, des grooves à se déboîter les hanches et des mélodies... Comme on en redemande ! Porté par deux singles énergiques et supra-efficaces (Getaway et Saturday Night), l'album vaut aussi par ses pistes plus tempérées telles qu'Earth Wind & Fire (le titre), On Your Face ou le final (pour l'édition original) et épique Burning Bush. Il est à noter que les arrangements commencent déjà à changer avec, notamment, des cordes gagnant peu à peu du terrain. Rien de dramatique, le groupe conserve encore ici tout le sel de ses premières années et ne sombre pas encore dans le racolage sonore et la facilité mélodique qui marquera leurs années 80.
Fidèle à l'esprit du groupe, Spirit est indéniablement une des plus belles pièces des référentiels funksters. Dans la présente version, dûment et impeccablement remasterisée (et augmentée de quelques savoureux bonus), il brille de mille feux et offre à l'amateur 50 minutes de pur bonheur. Et ça, ça ne se refuse pas.

1. Getaway 3:47
2. On Your Face 4:33
3. Imagination 5:15
4. Spirit 3:12
5. Saturday Nite 4:02
6. Earth, Wind and Fire 4:40
7. Departure 0:27
8. Biyo 3:37
9. Burnin' Bush 6:46
Bonus
10. Saturday Nite (Alternate Mix) 4:55
11. Seraphim 2:06
12. Imagination (Angels Mix) 1:02
13. Departure (The Traveler) 3:37
14. African Symphony 1:52

Maurice White: chant, kalimba, timbales, batterie
Philip Bailey: chant, congas, percussions
Larry Dunn: piano, orgue, moog
Jerry Peters: piano
Johnny Graham: guitare
Al McKay: guitare, percussions
Verdine White: basse, percussion, chant
Fred White, Ralph Johnson: batterie, percussions
Andrew Woolfolk, Harvey Mason: percussions
Don Myrick, Andrew Woolfolk: saxophone
Charles Loper, George Bohanon, Louis Satterfield: trombone
Lew McCreary: trombone basse
Charles Findley, Michael Harris, Oscar Brashear, Steve Madaio: trompette
Arthur Maebe, David Duke, Marilyn Robinson, Sidney Muldrow: cor français
Tommy Johnson: tuba
Dorothy Ashby: harpe
Dennis Karmazyn, Harry Shlutz, Marie Fera, Ronald Cooper: violoncelle
Barbara Thomason, David Campbell, Denyse Buffum, James Dunham, Lynn Subotnick, Marilyn Baker, Paul Polivnick, Rollice Dale: viola
Asa Drori, Carl La Magne, Haim Shtrum, Harris Goldman, Joy Lyle, Ken Yerke, Sandy Seemore, Winterton Garvey: violon


E comme...
ECHO AND THE BUNNYMEN "Crocodiles" (1980)
Important

Triste mais vrai, en voici un qu'on n'évoque pas assez souvent, et pourtant, quel bestiaire d'album !, singes, crocodiles et hommes-lapins !, quelle influence sur l'évolution du punk rock vers des territoires plus expérimentaux et délayés, aussi. Il faut pour ça un amour consommé et bien digéré du Velvet Underground, quelques sources provenant d'un rock qu'on appelait encore quelques années plus tôt psychédélique (les Doors surtout) et, évidemment, les chansons qu'il faut pour articuler l'exercice. De ce côté là, le Crocodiles d'Echo and the Bunnymen a tout d'un premier album longuement fomenté, précieusement mis au point par des musiciens qui, enfin !, ont le droit à la reconnaissance professionnelle après laquelle il courait tant. Pas que McCullough and Cie soient en quoique ce soir opportunistes, avant-gardistes d'une indie-England un peu sombre mais tout de même très cool, comme dirait le Fonz' !, avec un guitariste à concurrencer l'excellent John McGeogh (Magazine), Will Sergeant, parce qu'il sait créer des climats sortant des sentiers battus et rebattus sans rien perdre de la puissance qui définit le genre, un indie post-punk un poil psyché pour ceux qui ne suivraient pas. Et comment ne pas citer la voix passionnée de Ian McCullough, autre atout majeur d'une formation n'en manquant pourtant pas et qui, capable de passion mais aussi d'imagination, il vocalise volontiers en mode presque free, qui génèrera moult clones jamais aussi inspirés ? Et puis, forcément, on se doit de mentionner le batteur de l'exercice, Pete de Freitas, moteur puissant et inépuisable de l'opus qui succomba d'un accident de la route à l'âge mythique de 27 ans, l'âge du club duquel on ne veut surtout pas faire partie. Avant de revenir aux chansons qui d'un trippant Going Up d'ouverture (les Doors déshabillé par le Velvet ou quelque chose du genre), d'un Stars Are Stars spatial et tendu, d'un Pride glorieusement tribal, d'un Rescue larvé et rampant, d'un All That Jazz presque dansant mais certainement pas jazz, d'un Happy Death Men possédé et théâtral aux nombreux bonus de cette riche édition, inédits, démos, lives, tout tout tout, vous saurez tout sur le croco !, est une impeccable et implacable collection qu'on revisite souvent avec toujours un plaisir renouvelé. Parce que Crocodiles n'est pas qu'un album important dans l'histoire du rock indépendant, c'est surtout une sacrée galette à recommander à tous !

1. Going Up 3:57
2. Stars Are Stars 2:45
3. Pride 2:41
4. Monkeys 2:49
5. Crocodiles 2:38
6. Rescue 4:26
7. Villiers Terrace 2:44
8. Pictures on My Wall 2:52
9. All That Jazz 2:43
10. Happy Death Men 4:56
Bonus
11. Do It Clean 2:44
12. Read It in Books 2:31
13. Simple Stuff 2:38
14. Villiers Terrace (early version) 3:08
15. Pride (early version) 2:54
16. Simple Stuff (early version) 2:37
17. Crocodiles (live) 5:09
18. Zimbo (live) 3:36
19. All That Jazz (live) 2:53
20. Over the Wall (live) 5:28

Ian McCulloch – vocals, guitar
Will Sergeant – lead guitar
Les Pattinson – bass
Pete de Freitas – drums


E comme...
EELS "Hombre Lobo" (2009)
Howling at the Moon

C'est l'histoire d'un 7ème album qui a été long à accoucher mais qui, en fait, n'est que la première partie d'une trilogie sur le désir et ses désenchantements. Présentement, ces derniers tiennent le haut du pavé.
Mark Oliver Everett (alias E) s'y détache notablement de l'intimiste collection qu'avait été Blinking Lights and Other Revelations. Un peu à la manière d'un Lou Reed sobre ( !), ou d'un Tom Waits « normal », il y déroule le blues habituel de l'amoureux déçu - ici représenté par l'enfant loup devenu homme déjà rencontré dans le Dog Faced Boy de l'album Souljacker - à coups, tour à tour, de riffs secs, de voix saturées ou de mélopées douces amères. En soit, la formule n'est pas nouvelle, la différence se fait sur l'inné talent de compositeur du monsieur et le « primalisme » d'une production qui nous offre la viande sur l'os, pas d'inutiles fioritures (quoiqu'on pourra reprocher que la batterie sonne parfois comme une boîte à ryhtme, n'en sont-ce pas d'ailleurs ?).
Evidemment on reconnait la patte d'E, In My Dreams, par exemple n'est pas sans rappeler Beautiful Freak sur l'album du même nom sans qu'on en soit gêné ou puisse invoquer quelque auto-plagiat que ce soit, c'est juste le style d'E, sa marque. De fait, dans l'intimiste (The Longing) ou dans le frontal (Tremendous Dynamite, un blues électrique à la Tom Waits), ces chansons ont une valeur d'évidence qui vient promptement se nicher dans l'oreille et le cortex. Directement familier, une sacré force mais aussi le talon d'Achille de la collection. A l'usage, on se retrouvera de plus en plus souvent à « zapper » quelque titres moins éclatants pour avoir trop vite dévoilé leurs charmes quand d'autres, au premier abord passables, deviennent les favoris (le technoïde et épique Fresh Blood).
Hombre Lobo n'est donc pas un grand album, juste un bon album ce qui, vous en conviendrez, n'est pas négligeable d'autant que les splendeurs (une bonne moitié du tout, quand même !) y font bien vite oublier les (petites) déconvenues. Les fans d'Eels s'y retrouveront forcément, les autres peuvent s'y risquer avec peu de chances de déception.

1. Prizefighter 2:53
2. That Look You Give That Guy 4:15
3. Lilac Breeze 2:36
4. In My Dreams 3:22
5. Tremendous Dynamite 2:46
6. The Longing 4:22
7. Fresh Blood 4:25
8. What's a Fella Gotta Do 3:25
9. My Timing Is Off 2:58
10. All the Beautiful Things 2:22
11. Beginner's Luck 3:37
12. Ordinary Man 3:15

E: chant, guitare, claviers
Knuckles: batterie
Koool G Murder: basse


E comme...
ENFORCER "From Beyond" (2015)
New Wave of Swedish Heavy Metal

Album après album, les suédois d'Enforcer poursuivent leur entreprise : faire renaître le vrai heavy metal de la première moitié des années 80, celui de la fameuse New Wave of British Heavy Metal.
Evidemment, Olof Wikstrand & Cie ne sont pas seuls à appeler de leurs vœux un retour aux valeurs traditionnelles du heavy metal, il existe, depuis une bonne dizaine d'année, un courant est apparu, revitalisant une musique qu'on croyait bel et bien perdue outre les albums de certains de ses serviteurs originaux qui conservait les flaveurs, le charme d'une musique un peu idiote mais réellement distrayante.
Et donc, voici From Beyond, quatrième album d'une formation n'ayant d'autre ambition que de faire revivre le passé pour son amusement et celui de ceux que ça intéressera, et le fait excellemment bien, en l'occurrence. C'est d'ailleurs un soulagement parce que si Diamonds, le second opus de ces messieurs, avait été une révélation revivaliste, son successeur, le très correct Death by Fire, n'avait pas tout à fait reproduit la performance. Mais cette fois, tout va mieux et ce dès un Destroyer introductif mené tambour battant par une formation qui connaît par cœur tous les codes du genre et les applique avec talent et enthousiasme. Ce premier coup d'éclat est bientôt confirmé par un Undying Evil au tempo plus mesuré, aux double-guitares évoquant forcément quelques fantômes d'un passé pas si distant et plus précisément les joutes six-cordées d'un Glenn Tipton et d'un K.K. Downing (Judas Priest). La suite, du bon heavy sans la moindre baisse de régime, est exactement du même tonneau d'eau de feu que ces deux salves d'ouverture avec même, passage quasi-obligatoire de ce genre de galette, deux morceaux épiques du plus bel effet (Below the Slumber et Mask of Red Death) rappelant, le chant androgyne d'Olof Wikstrand mis à part, ce dont Iron Maiden était capable dans le genre, ou, toujours dans le sillage de la fameuse Vierge de Fer, et de ses nombreux héritiers, un Hungry They Will Come qui fera s'agiter les chevelures en un joyeux headbanging qui n'épargnera pas les cervicales d'auditeurs qui n'attendaient de toute façon que ça. Alors, évidemment, il n'y a rien d'original là-dedans. Très référencé, sous influence dirait-on, Enforcer fait le travail bien aidé par une production, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, assumée par le groupe.
En 2015, anachronique en diable, Enforcer continue son objectif revivaliste avec une fougue et une conviction qui font plaisir à entendre sur un From Beyond, vous l'aurez compris, chaudement recommandé aux amateurs du genre qui y trouveront moult raisons d'être satisfaits.

1. Destroyer 3:41
2. Undying Evil 3:52
3. From Beyond 3:22
4. One with Fire 2:52
5. Below the Slumber 6:21
6. Hungry They Will Come 4:32
7. The Banshee 4:17
8. Farewell 4:12
9. Hell Will Follow 3:19
10. Mask of Red Death 6:12

Olof Wikstrand - vocals, guitars
Jonas Wikstrand - drums
Joseph Tholl - guitars
Tobias Lindqvist - bass


E comme...
EURYTHMICS "Sweet Dreams (Are Made of This)" (1983)
Rêves Dorés

Après la courte aventure des Tourists, Dave Stewart et Annie Lennox continuent en duo. En 1981, ils sortent un premier album, le peu concluant In the Garden, avant d'enfin trouver la formule avec leur second opus, Sweet Dreams (Are Made of This) et le reste, comme on dit, is history.
La formule ? Transcender une synth-pop alors en vogue en y incluant une bonne dose de soul, bien vu !, et de féminité, forcément, et ainsi générer une mouture originale et, on le verra, décisive, d'un genre confiné à la prude Albion et à des explorations majoritairement masculines. C'est tout simple en fait, il suffisait d'y penser, et d'avoir les armes pour fourbir tel arsenal. Evidemment, sans bonnes chansons, tout ceci resterait un vaeu pieux mais les bonnes chansons, justement, sont là et propulsent le deux d'aspirants vers les sommets des charts mondiaux avec d'abord le morceau titre de la galette auquel il fut alors impossible de résister. Mais ce n'est pas tout. Sur la foi de cette excellente saillie, moult autres sucreries qui filent droit au but et aux chaeurs d'auditeurs qui n'en croient pas leurs oreilles. Des exemples ? L'introductif Love Is a Stranger déjà, une excellente façon d'installer l'esthétique chic et pop et pas idiote du duo, I've Got an Angel, où Lennox déploie tout le potentiel de son impressionnant organe, The Walk, qui a tout d'une réponse aestrogènée au mâles du mouvement en plus d'un catalogue de tous les trucs de production du père Stewart, ou la longue ballade rampante qui clôt l'album d'origine, This City Never Sleeps. Et encore plus dans la version bien remasterisée et généreusement bonussée proposant quelques douceurs supplémentaires telles qu'une jolie reprise du Satellite of Love de Lou Reed ou l'inédit Home Is Where the Heart Is, ou de plus accessoires tels les deux remixes des deux tubes de l'opus.
Sweet Dreams (Are Made of This), la chanson et l'album, contribueront largement à installer, durablement qui plus est, un duo qui s'est bien trouvé parmi le best of d'années 80 souvent décriées mais qui, présentement, apportent leur eau au moulin de la pop musique, toutes époques confondues. Et dire qu'Eurythmics feront encore mieux, la même année avec Touch, à peine croyable !

1. Love Is a Stranger 3:43
2. I've Got an Angel 2:45
3. Wrap It Up 3:33
4. I Could Give You (A Mirror) 3:51
5. The Walk 4:40
6. Sweet Dreams (Are Made of This) 3:36
7. Jennifer 5:06
8. This Is the House 4:56
9. Somebody Told Me 3:29
10. This City Never Sleeps 6:33
Bonus
11. Home Is Where the Heart Is 3:03
12. Monkey Monkey 4:14
13. Baby's Gone Blue 5:15
14. Sweet Dreams (Are Made of This) (Hot Remix) 5:17
15. Love Is a Stranger (Coldcut Remix) 7:18
16. Satellite of Love 4:37

Annie Lennox - vocals, keyboards, synthesisers, flute
David A. Stewart - guitar, keyboards, synthesisers, programming, backing vocals
&
Robert Crash - guitar, e-drums, synth, robotic vocals
Green Gartside (of Scritti Politti) - guest vocal duet on "Wrap it Up"
Dick Cuthell - trumpet
Adam Williams - bass, synthesiser
Andy Brown - bass
Reynard Falconer - synthesisers
John Turnbull - guitar


E comme...
EZ3KIEL & NAPHTALINE ORCHESTRA "Live au Théâtre de Tours" (2012)
Electro-Orchestral Bliss

S'il y a une formation française qui ne manque jamais ni de souffle, ni d'ambition artistique, c'est bien EZ3kiel qui nous revient cette fois avec une relecture live et orchestrale de son répertoire avec comme colonne vertébrale son album majeur, Naphtaline... Rien que ça !
Pari gonflé tant le matériau originel était d'une immense qualité, en particulier Naphtaline qui a tant marqué la carrière d'EZ3kiel, un opus où la puissance cinématique du groupe prenait tout son essor, un album qui jouait sur les textures sonores, trip-hoppait sur le Quai des brumes, "electronisait" Les Tontons flingueurs... Une vraie réussite artistique rétro-futuriste qu'il n'est donc pas aisé de revisiter.
Pour mener à bien leur tâche, les tourangeaux ne se sont pas ménagés : adjonction d'une formation orchestrale dévouée au projet (l'orchestre de la ville de Tours), réarrangement scrupuleux, pointilleux de tous les morceaux sans oublier, bien sûr, l'aspect visuel du travail du collectif jamais secondaire et bien représenté par Yann Nguema qui en assume la responsabilité en plus des programmations (et avant ça de la basse qu'il a depuis délaissée). Bref, il aura fallu deux ans, du lancement de l'idée à l'accomplissement de l'œuvre, du travail particulièrement soigné donc.
Le résultat ? Il dépasse les plus folles espérances et ce dès la première piste, Derrière l'Ecran, où il est d'emblée évident qu'EZ3kiel n'a pas juste superposé les parties orchestrales à sa musique mais bien reconstruit sa musique pour y inclure des parties orchestrales qui, du coup, magnifient, "cinématisent" encore plus le morceau, alors qu'il l'était pourtant déjà beaucoup ! En ceci, on peut comparer la démarche à celle de Peter Gabriel sur New Blood/Live Blood à l'exception notoire que l'orchestre complémente le groupe là où il le remplaçait chez l'ancien frontman de Genesis. La suite des titres confirme sans peine cet excellent état d'esprit et la parfaite adéquation trouvée entre l'électrique, l'acoustique et l'électronique (discret). On rajoutera que la captation live de qualité (le groupe nous avait déjà fait le coup sur son grand Collision Tour enregistré en commun avec les noise-post-rockers angevins d'Hint) retranscrit magnifiquement les finesses et l'emphase d'enregistrements en état de grâce où l'auditeur consentant n'a qu'à se laisser porter pour voyager.
On n'oubliera évidemment pas de répéter que, comme d'habitude, formation totale contrôlant et développant toutes les facettes de son art et toujours généreuse avec son public, EZ3kiel a particulièrement soigné le package et ajouté une captation live en image rallongeant encore un peu plus le plaisir (ceci dit pour ceux qui achèteront l'objet).
EZ3kiel est de ces collectifs (on ne dit plus groupe à ce niveau) qui ont besoin du soutien du public, le méritent !, parce que chacune de leur sortie discographiques, chacun de leurs "live events" est un évènement mûrement réfléchi et brillamment exécuté. Artisans d'excellence, rares dans un high-tech ayant une récurrente tendance à niveler par le bas, ils satisfont toujours, sur ce Naphtaline Orchestra aussi, forcément.

1. Derrière L'Ecran 5:33
2. Naphtaline 6:13
3. Lady Deathstrike 2:32
4. Adamantium 5:30
5. Lac Des Signes 6:04
6. Insomnies 3:30
7. Exebecce 3:10
8. The Wedding 13:15
9. Leopoldine 4:37
10. Subaphonic 6:26
11. Volfoni's Revenge 13:16
12. Kika 4:33

Directed By, Arranged By – Stéphane Babiaud
Drums, Percussion – Matthieu Fays
Bass, Contrabass – Thomas Lesigne
Guitar – Gérald Bouvet
Performer, Percussion – Erick Pigeard
Piano – Cyril Soufflet
Saxophone, Theremin, Saw – Thomas Quinart
Violin – Christelle Lassort
Guitar, Keyboards, Accordion – Joan Guillon
Orchestra [Le Naphtaline Orchestra] – Orchestre Symphonique Francis Poulenc Du CRR De Tours