Affichage des articles dont le libellé est zorn. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est zorn. Afficher tous les articles

dimanche 4 septembre 2016

L’Été Mange-Disques - 7 en Zornie

En vacances, il est toujours bon de revisiter les classiques, ces lieux dans lesquels on revient avec toujours un plaisir renouvelé. Hé bien, en musique c'est exactement pareil et, chez Mange Mes Disques, l'obsession étant ce bon vieux John Zorn, rien que de très normal de revenir sur quelques-unes de ses magnifiques exactions avec, présentement, un retour sur la période 2015-2009 et sept albums... dont vous me direz des nouvelles ! Enjoie !

DiMaNCHe
John Zorn/The Dreamers "Pellucidar: A Dreamers' Fantabula" (2015)
ou "Dreamers' Hollywood"

Enfin ! Enfin ce 5ème album des merveilleux Dreamers, ce tant attendu successeur à un album de Noël tout mignonnet mais en aucun cas aussi enthousiasmant que, au hasard, un O'o, l'album aux chants d'oiseaux. Et donc, 4 longues années, une éternité en zornie, après, revoici les Dreamers: Marc Ribot, Jamie Saft, Kenny Wollesen, Trevor Dunn, Joey Baron et Cyro Baptista... Youpi !
Première constatation, et pas des moindres pour ceux qui ont apprécié le jazz mélodique teinté d'exotica de la formation, on retrouve bel et bien le son Dreamers soit, peu ou prou, ce qui se fait de plus facile, de plus immédiatement approchable dans l'œuvre d'un compositeur ne rechignant jamais à l'expérimentation plus ou moins absconse. Présentement, avec comme concept un hommage à un genre littéraire plus souvent moqué que célébré, la fantasy, il y a forcément des éléments de nouveauté dans un cocktail sonique reconduit mais enrichi, mais pas suffisamment pour qu'on ne reconnaisse pas cette latinité un peu de pacotille (c'est voulu), ce kitsch aussi assumé que savoureux qui, c'est heureux, colle bien au concept. Comme, en plus, ce qui ne surprendra en vérité personne, il y a de fantastiques interventions solo de Marc Ribot à la furieuse et vibrante six-cordes, du magique Jamie Saft sur ses claviers ô combien essentiels, ou de Kenny Wollesen dont on ne vantera jamais assez le talent de vibraphoniste virtuose, et des mélodies qui vont longtemps vous hanter l'oreille et le ciboulot !, on peut, sans aller vraiment plus loin, sans déflorer le contenu plus avant, recommander un opus de retrouvailles aussi attendu que réussi.
Ha si, pour ceux que l'objet émeut encore, on notera un bon gros livret bourré d'illustrations dans le plus pur style (naïf) des précédentes œuvres des Dreamers mais pas, cette fois, de ces précieuses notes de pochette dont John Zorn use pour ses plus osées excursions, tant pis. Et pas trop grave la musique parlant ici d'elle même et parlant avec une telle éloquence avec un tel brio qu'on ne peut, encore une fois, que recommander l'expérience, particulièrement à toutes celles et tous ceux qui pensent (encore ?) que ce diable de Zorn pour agitateur et prolifique qu'il soit, et polyvalent, ne l'oublions pas, est vraiment trop "out there" pour eux, Pellucidar (A Dreamers Fantabula), opus frais et joyeux, leur prouvera aisément le contraire.

1. Magic Carpet Ride 7:25
2. Gormenghast 8:28
3. Queen of Ilium 5:18
4. Once Upon a Time 5:13
5. A Perfume from Cleopolis 4:19
6. Flight from Salem 3:34
7. Pellucidar 4:59
8. Jewels of Opar 6:09
9. Atlantis 6:10

Marc Ribot - guitar
Jamie Saft - keyboards
Kenny Wollesen - vibraphone
Trevor Dunn - bass
Joey Baron - drums
Cyro Baptista - percussion
John Zorn - direction, composition, arrangements

Marc Ribot

LuNDi
John Zorn/Nova Express Quartet "On Leaves of Grass" (2014)
ou "Zorn on Walt Whitman"

Nova Express vous avait enchanté ? Dreamachines vous avait laissé tout chose ? Entrez sans crainte dans l'évocation mystique de Walt Whitman par John Zorn.
Pour l'innovation, vous repasserez, et ce n'est pas plus mal en l'occurrence parce que ce Zorn là, navigant quelque part entre grâce contemporaine et swing jazz en apesanteur, ne cherche nullement à choquer. Supérieurement, et superbement, mélodique, il n'offre pas autre chose que de charmantes (quoique savantes) compositions magnifiquement interprétées par un quatuor, d'abord entendu sur un Nova Express prometteur en 2011, qu'on retrouva presque dans la même formule sur le At the Gates of Paradise dédié à William Blake la même année (un petit orgue alternant avec le piano en plus), et qui fit plus que confirmer l'an dernier sur le très réussi Dreamachines.
Ceci dit, un Zorn "facile" ne signifie pas pour autant un Zorn se reposant sur ses lauriers ou oubliant que quelques bienvenues sorties de routes, quelques dérapages contrôlés, ne font que renforcer, magnifier la mélodie voisine. Cette ambivalence, cette capacité finalement unique à son auteur de souffler alternativement le chaud et le froid, l'harmonique absolu et l'abstrait délicat, le très écrit et le plus improvisé est ce qui fait le sel de la galette et la rend, ultimement, si attirante. Et comme ce diable de Zorn le fait avec une simplicité et naturel rien moins que confondant, toute résistance est futile. On se laisse ainsi happer dès l'inaugural Whispers of Heavenly Death où nous "pète à la face", façon de parler puisque c'est l'art de la nuance qui s'exprime ici, l'alliance évidente d'une paire rythmique (le bassiste Trevor Dunn et l'exceptionnel batteur Joey Baron) et du duo de solistes/mélodistes formé par le pianiste John Medeski et le vibraphoniste Kenny Wollesen, tous des habitués de la "Maison Zorn". Une formation parfaitement équilibrée donc, dotée de mélodistes admirablement complémentaires soutenus par une doublette basse/batterie experte, c'est déjà l'assurance que l'ensemble sera parfaitement interprété.
Au-delà des joueurs, il y a la partition, et, là encore, on est ébloui par Zorn et sa capacité assez inouïe de produire, bon an mal an, un si grand nombre d'albums et tant de mélodies où, forcément, on reconnaît sa plume, son style sans pour autant avoir l'impression qu'il ne s'agit que d'une redite de travaux précédents. Sans doute faut-il y voir, outre l'incroyable étendue de la palette d'un compositeur touche-à-tout, l'inspiration présentement puisée dans l'œuvre du poète américain Walt Whitman (1819-1892), chantre du vers libre et de l'expression d'une "américanité" à la fois quotidienne et transcendantale à laquelle Zorn ne répond pas autrement qu'en puisant dans le versant le plus émotionnel, romantique oserait-on, et un brin mystique aussi, de son âme compositionnelle.
Un groupe parfait, une partition aux petits oignons, une mise en son évidemment à la hauteur (on a l'habitude), il n'en faut pas plus pour célébrer un album réussi de bout en bout, encore un !

1. Whispers of Heavenly Death 5:36
2. Song at Sunset 3:22
3. Halcyon Days 4:26
4. Portals 4:03
5. Sea Drift 5:10
6. Song of the Open Road 3:48
7. The Body Electric 2:55
8. Mystic Cyphers 4:31
9. America 14:14

John Zorn - composition, arrangements, production
Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - piano
Kenny Wollesen - vibes
&
Ikue Mori - electronics (8)

John Medeski

MaRDi
John Zorn/The Sapphites "Shir Hashirim" (2013)
ou "Cantique en Voix"

Zorn et la voix, ce n'est pas exactement une grande histoire d'amour... A brûle-pourpoint, on rappellera un filmworks (The Last Supper) ou un Livre des Anges (Mycale), pas une occurrence folle, donc, plutôt une rareté qu'il faut accueillir comme telle, avec tout le plaisir de croiser un phénomène rarement rencontré.
Formellement, Shir Hashirim est court, trop court : 31 petites minutes qui passent comme un rêve. Concrètement, c'est l'unisson de cinq voix féminines - The Sapphites, déjà croisées sur Frammenti del Sappho en 2004 - d'un compositeur à la fois libre et sous influence et, ne l'oublions pas, de dessins érotiques signés Auguste Rodin (preuve supplémentaire, s'il en fallait, de la francophilie de Zorn) pour illustrer le (bel) objet. Musicalement, c'est une démonstration de plus du rétro-modernisme d'un compositeur n'hésitant pas à allier les madrigaux médiévaux au minimalisme contemporain et à une érotomanie débridée. Le résultat, aussi savant que sensuel, se laisse assez facilement apprivoiser enluminé qu'il est de la grâce palpable de cinq dames de gorge vocalisant passionnément l'imagination de leur compositeur en 8 pistes évocatrices et éthérées. On y retrouve, évidemment !, la faconde mélodique d'un Zorn incroyablement jamais en panne d'inspiration.
Sans paroles, ne vous laissez pas prendre par les titres définissant chaque étape de cet orgasme auditif, si Shri Hashirim n'ouvre pas forcément de nouvelle voie dans l'univers zornien, il satisfait au-delà des espérances par sa grâce et son harmonie jamais démentie. Une réussite (de plus !).

1. Kiss Me 4:08
2. Rose of Sharon 3:10
3. At Night in My Bed 3:45
4. How Beautiful You Are 3:07
5. I Have Come Into My Garden 5:21
6. Where Has Your Lover Gone 3:44
7. Dance Again 3:36
8. O, If You Were Only My Brother 4:07

Lisa Bielawa: voice
Martha Cluver: voice
Abigail Fischer: voice
Kathryn Mulvehill: voice
Kirsten Sollek: voice
John Zorn: composition, arrangements, production

Lisa Bielawa

MeRCReDi
John Zorn "Nosferatu" (2012)
ou "Bloody Zorn!"

Quand John Zorn s'attèle au thème du vampirisme, forcément, on dresse l'oreille. En l'occurrence, c'est pour le spectacle d'une troupe polonaise que ce score a été composé. Et, pour la petite histoire, on se doit de préciser qu'il est sorti le jour des 100 ans de la mort de Bram Stoker (auteur de Dracula, pour ceux qui vivent sur une autre planète), le 20 avril 2012.
Pour la circonstance, Zorn a assemblé un groupe comprenant son vieux pote bassiste Bill Laswell, l'organiste/pianiste Rob Burger, le percussionniste Kevin Norton (croisé notamment chez Fred Frith, David Krakauer ou Anthony Braxton) et lui-même au saxophone alto, piano acoustique et électrique et bruitages anatomiques et électroniques. Le résultat alterne fureur et douceur dans un tout convaincant même si pas forcément très facile à appréhender... Ce qui ne surprendra sans doute pas les suiveurs attentifs de ce compositeur polymorphe. Ainsi, souvent, un thème chaotique et angoissant précède-t-il une composition plus douce mais pas forcément plus apaisée, ce qui n'est que logique vu le thème couvert. Concrètement, le brassage du jour inclut des emprunts au rock industriel, au dub, au jazz (et free jazz), à l'ambient, au classique contemporain et, plus marginalement, au klezmer ; autant de genres que Zorn a souvent revisité durant sa longue et prolifique carrière (de Painkiller à Masada en passant par Naked City ou son répertoire contemporain) et qu'il maîtrise donc parfaitement. Impossible de le nier, nombreuses sont les dissonances et aspérités de ce répertoire visiblement conçu avec autre chose en tête que le confort de l'auditeur dans son salon (on regrette d'ailleurs de ne pas avoir l'opportunité d'entendre ces 16 titres dans leur contexte théâtral). De fait, Zorn joue souvent avec nos neurones (et nos tympans) tout au long de cette heure tendue où on accueille chaque respiration mélodique comme le messie (le sax baladin et la basse aquatique sur Fatal Sunrise ou le dub first class, The Stalking) avant de replonger avec appétit dans le bain acide.
En définitive, comme souvent avec les œuvres « difficiles » de John Zorn, Nosferatu est un album qu'il faut prendre son temps à digérer, parce que cette musique (profondément émotionnelle tout en restant éminemment cérébrale) est faite pour se jouer de nos sens, nous faire perdre les points de repères qui jalonnent habituellement ce qui nous tombe dans l'oreille. Il y a de quoi faire peur aux néophytes, qui auront en l'occurrence bien tort, ceux qui feront « l'effort » trouveront ici moult trésors, qu'ils en soient convaincus.
Une réussite (de plus!).

1. Desolate Landscape 4:33
2. Mina 3:36
3. The Battle of Good and Evil 5:14
4. Sinistera 3:23
5. Van Helsing 3:26
6. Fatal Sunrise 3:18
7. Hypnosis 2:11
8. Lucy 2:46
9. Nosferatu 2:28
10. The Stalking 7:34
11. The Undead 4:01
12. Death Ship 2:01
13. Jonathan Harker 5:30
14. Vampires at Large 4:18
15. Renfield 3:32
16. Stalker Dub 3:25

Rob Burger: piano, orgue
Bill Laswell: basse
Kevin Norton: vibraphone, batterie, cloches, bols de prières tibétains
John Zorn: piano, saxophone alto, fender rhodes, electronique, souffle

Bill Laswell

JeuDi
John Zorn "At the Gates of Paradise" (2011)
ou "Zorn on William Blake"

On pourrait faire long et compliqué, j'ai décidé de faire court et clair pour vous vanter les grandes qualités d'un album qui mérite vraiment tout votre attention. Prêts ? C'est parti !
- Qui y joue ?
John Medeski, un tiers de Medeski Martin & Wood, formidable formation de jazz moderne. John est pianiste et organiste ici.
Kenny Wollesen, vieux compagnon de Zorn (il a même été le premier batteur d'Acoustic Masada), Kenny est batteur et vibraphoniste. C'est de ce dernier instrument qu'il joue ici.
Trevor Dunn, bassiste chez Mr Bungle, Electic Masada, Fantômas, Secret Chiefs 3 (et ici donc). Excusez du peu !
Joey Baron, le divin chauve batteur et membre récurrent de la diaspora Zornienne. On l'a aussi vu chez Bill Frisell, Stan Getz, David Bowie, Tony Bennett, Laurie Anderson, Michael Jackson, Dizzy Gillespie, etc. Oui, tout ça !
- La musique
John Zorn en est le compositeur, arrangeur, producteur et "chef d'orchestre".
C'est du Zorn mélodique (et spirituel), n'ayez pas peur !
- Le concept
Un hommage musical à l’œuvre du poète et peintre britannique William Blake, chantre et influence majeure du courant romantique.
- Conclusion
Du John Zorn romantique... Pas gnangnan ! On y reconnait bien la patte mélodique du maître, classique donc mais pas rance, mélodiquement réussi et superbement arrangé (et forcément bien joué vu les pointures réunies). La beauté est parfois sombre ici mais toujours présente, comme la passion.
Très chaudement recommandé... que vous soyez un aficionado de Zorn ou pas !

1. The Eternals 5:55
2. Song of Innocence 6:44
3. A Dream of Nine Nights 8:33
4. Light Forms 3:23
5. The Æons 5:52
6. Liber XV 6:28
7. Dance of Albion 6:36
8. Song of Experience 4:58

Joey Baron - batterie
Trevor Dunn - basse
John Medeski - piano, orgue
Kenny Wollesen - vibraphone
John Zorn: composition, arrangements, production

Joey Baron

VeNDReDi
John Zorn "Interzone" (2010)
ou "Zorn par Cartes, Pli gagnant !"

Avec des influences telles que William Burroughs et Brion Gysin, on se doute que l'Interzone de John Zorn, sorti en 2010 et donc depuis suivi d'une massive cohorte de créations diverses et variées, n'est pas de ceux qu'on conseillera aux débutants...
Avec un groupe très classique, que des habitués (ou qui le deviendront pour le Medeski de Martin et Wood) pour une musique où la confiance absolue du groupe pour son meneur, qui donc présente des cartes qui représentent des ambiances et des mélodies, comme seul instrument de direction. Avant-garde ? Pour sûr, mais avec une sextet aussi finement assemblé, un esprit beat (libre et fou et qui s'assume comme tel) qui colle bien à la palette de Zorn, c'est un pari absolument gagné auquel on assiste, ébahis.
Pour situer musicalement la chose dans l’œuvre tentaculaire de l'hyperactif new-yorkais, on dira qu'on y reconnaît indéniablement la patte du maître, que ce soit en matière d'improvisation structurée ou de tics mélodiques, dans un cadre certes un peu "dans tous les sens et dans tous les styles", du rock au jazz en passant par de justes tentations contemporaines et, plus largement, tout ce qui passe par la tête du combo et de son meneur, qui, chaos absolument souhaité mais tout de même nettement plus abordable que les expérimentations les plus outrageuses de Zorn (des Game Pieces à Cobra, et j'en passe !) atteint à chaque fois son but. La raison de ce petit miracle ? L'omniprésence de petites vignettes de mélodies du type jadis traitées en intruses dans le "early Downtown Style" de John, est ici belle et bien présente et que, bonheur supplémentaire, le maître de cérémonie y souffle dans son divin biniou (ce qui se fait de plus en plus rare).
En résumé, Interzone n'est peut-être pas facile mais ceux qui s'y accrocheront seront largement récompensés.

1. Interzone 1 15:20
2. Interzone 2 27:37
3. Interzone 3 11:21

Cyro Baptista - percussions
Trevor Dunn - basses
John Medeski - claviers
Ikue Mori - électronique
Marc Ribot - guitare, banjo, sintir, cümbüş
Kenny Wollesen - batterie, vibraphone, chimes, timbales, Wollesonics, percussions
John Zorn - saxophone alto, direction, composition

Cyro Baptista

SaMeDi
John Zorn "Filmworks XXIII: el General" (2009)
ou "Ballad in Americana"

Musique du documentaire de Natalia Almada sur le président/dictateur mexicain marxiste Plutarco Elias Calles, en place de 1924 à 1928, dont les agissements conduisirent à la funeste guerre de religion dite des Cristeros (80.000 victimes).
Avec un si peu recommandable personnage, on pourrait s'attendre à un score chaotique et violent, il n'en est rien ! En l'occurrence, voisin malin d'un Bill Frisell, il tisse une "amerimexicana" de chambre (de l'americana cotonneux de la frontière) où un quatuor d'habitués de choix (Rob Burger, pianiste et accordéoniste, et Marc Ribot, guitariste, en tête) brille particulièrement dans une partition étonnamment apaisée et mélodique qu'on imaginerait plus volontiers à l'illustration sonore de quelque balade en de luxuriants et ensoleillés paysages à quelques dramatiques bémols près. Ainsi, la majorité des thèmes traîne joyeusement au rythme d'un âne broutant tranquillou les pâquerettes. Et c'est bien agréable, en vérité ! Et finalement, assez consistant avec le relatif adoucissement (et pas amollissement) de l'écriture et des aspirations constatées chez de ce diable de Zorn qui sait tout de même mettre le feu comme pas deux mais pas, ou presque, ici, comme vous l'aurez compris.
El General, 23ème de la série des Filmworks et pas des moindres, est une vraie belle réussite à côté de laquelle les amateurs de belles guitares (Ha ! Ribot !) et de délicats arrangements se doivent de ne surtout pas passer. Et, l'air de rien, ça fait un Filmworks de plus qu'on peut recommander les yeux fermés... mais les oreilles grandes ouvertes !

1. Los Cristeros 4:26
2. El General 4:56
3. Besos De Sangre 7:25
4. Maximato 2:51
5. Soviet Mexico 3:42
6. Lagrimas Para Ti 2:58
7. Mala Suerte 5:44
8. Exilio 3:21
9. Recuerdos 2:58
10. Besos De Sangre (Piano Trio) 5:45
11. Exactamente Eso 5:29

Rob Burger: piano, accordéon
Greg Cohen: basse
Marc Ribot: guitares
Kenny Wollesen: marimba basse, vibraphone, batterie
John Zorn: composition, arrangements, production
 
Greg Cohen

dimanche 21 août 2016

L’Été Mange-Disques - 7 au Pif

En vacances, il est parfois bon de choisir "au pif" une destination, c'est risqué mais quand ça fonctionne, la surprise est divine. En musique, quand on a un CDthèque qui se respecte, on peut s'amuser au même jeu, promenant le doigt et tirant, au pif !, la sélection de la semaine. Dont acte... Enjoie !

DiMaNCHe
Pigalle "Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant" (1990)
ou "Regards Admiratifs sur la gracieuse et palpitante œuvre de François Hadji-Lazaro, personnage rondelet mais ô combien talentueux"

Le second album de Pigalle. Avec son titre à rallonge, son écriture reliée au quotidien sans perdre un iota de sa qualité littéraire, sa pochette quasi-légendaire (signée Tardi), Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant est le triomphe de François Hadji-Lazaro pourtant également membre/leader des Carayos et des Garçons Bouchers, le triomphe d'une certaine idée de la musique de chez nous, aussi.
Pour qui connaît le parcours de François, un folkeux à l'origine, un amoureux de la chanson réaliste des Mmes Damia, Fréhel et Piaf aussi, ce second album de son Pigalle, parce que s'il y a d'autres musiciens avec lui ils ne sont que de simples exécutants ici, est tout sauf une surprise. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, ce n'est pas d'une histoire, pas d'un concept album dont il s'agit même si une vraie thématique d'ensemble relie toutes les créations en un tout cohérent absolument satisfaisant. Hybride des goûts de son leader, Regards Affligés est donc, avant tout, une fantastique collection de chansons néo-réalistes comme la nouvelle chanson française s'y essaiera quelques années plus tard.
Musicalement, cependant, on est loin de rester uniquement dans ce petit domaine avec de vraies traces du punk du premier album (Dans les Prisons, En bas en haut), de la folk en veux-tu en voilà (Marie la Rouquine, Les Lettres de l'Autoroute, Éternel Salaud, Sophie de Nantes), un vrai bel héritage de la chanson française classique (Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs, Chez Rascal et Ronan, Le Chaland, Renaître) et même d'autres choses qu'on n'attendait pas forcément là (l'érotique Une Nuit, le funk camembert d'Angèle, un décrochage "rapoïde" sur Un Petit Paradis) qui viennent agréablement épicer la galette.
Évidemment, sans l'écriture du chef, sans son esprit mélodique, sa voix immédiatement reconnaissable, ses incroyables capacités de multi-instrumentiste, sans les parti-pris de production aussi (pas de batterie, remplacée par une boîte à rythmes qui sévit aussi chez ses Garçons Bouchers), le triomphe n'aurait pas pu être le même. Parce que triomphe il y a dans cette collection de 18 titres où rien n'est à jeter, tout satisfait, entraînant l'auditeur dans une ambiance souvent nostalgique, toujours écorchée vive qui fonctionne au-delà des plus folles espérances d'un Hadji-Lazaro en état de grâce compositionnelle.
Grâce à son emblématique single, Dans la Salle du Bar Tabac de la Rue des Martyrs évidemment, l'album se vendra exceptionnellement bien pour une production indépendante (rappelons que François est encore le boss de son propre label Boucherie Productions), c'est mérité. 25 ans plus tard, déjà !, Regards affligés sur la morne et pitoyable existence de Benjamin Tremblay, personnage falot mais ô combien attachant demeure un incontournable jalon du rock alternatif de chez nous, d'une nouvelle chanson qui n'a plus honte d'assumer son héritage hexagonal. Un triomphe, vous dis-je et une galette éminemment recommandée, tout simplement.

1. Ecris moi 2:53
2. Marie la rouquine 2:17
3. Une nuit 3:01
4. Le tourbillon 2:08
5. Y a l'aventure 1:38
6. Premières fois 1:35
7. Les lettres de l'autoroute 4:37
8. Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs 3:02
9. Sophie de Nantes 2:08
10. Éternel salaud 2:56
11. Chez Rascal et Ronan 3:13
12. Dans les prisons 2:03
13. Angèle 1:49
14. En bas, en haut 2:38
15. Le chaland 2:02
16. Un petit paradis 2:28
17. Paris le soir 2:51
18. Renaitre 3:39

François Hadji-Lazaro - accordéon, banjo, basse, claviers, cornemuse, dobro, flûte traversière, guimbarde, guitares, harmonica, mandoline, piccolo, vielle, violon, violoncelle, voix
Riton Mitsouko - basse
Stefff - saxo baryton
Toto - trombone
&
Alain Wampas - contrebasse
Gepetto - saxos soprano, alto et basse, clarinette

PIGALLE (François Hadji-Lazaro)

LuNDi
Kevin Ayers "Bananamour" (1973)
ou "Un amour de fruit"

Toujours un peu poète maudit, toujours un peu l'outsider de service, bien entouré par un line-up "all-star" Kevin Ayers sort en 1973 son 4ème album studio, le très réussi Bananamour. Pas de surprise, Ayers ne faiblit pas et délivre, sans en avoir l'air, un vrai petit classique du rock 70s.
Ici, l'ex-Soft Machine, qui ne contribuât que sur quelques chansons de leur premier album et ne doit donc pas faire peur du fait de ses origines communes avec le chantre du prog-jazz que nous connaissons, livre sa galette la plus accessible jusqu'alors. Aussi, qu'il combine psychédélisme et rhythm 'n' blues (Don't Let It Get You Down), produise un blues acoustique un peu désuet mais délicieusement troussé (Shouting in a Bucket Blues), semble pasticher la soul en version éprise de boisson (When Your Parents Go to Sleep), donne dans un bon gros délire bien réjouissant (Interview), ironise le flower power (la courte chorale d'Internotional Anthem), aille flirter avec de distants territoires (l'Inde sur Decadence), offre une sucrerie acoustique idiote et ravissante (Oh! Wot a Dream), s'engage dans un divin dialogue éthéré (Hymn, avec Robert Wyatt), ou pose sa digne voix sur de belles constructions cuivrées pour un final, de l'album originel, en beau crescendo (Beware of the Dog), Ayers vise toujours juste et atteint, en toute logique, le cœur de l'auditeur. Rajoutez à ça un reggae/ska chelou (Connie on a Rubber Band), un bon rock bien solide mais pas sans finesse ou fantaisie (Take Me to Tahiti) et une amusante chanson d'inspiration caribéenne (Caribbean Moon) en jolis bonus et vous obtiendrez un album varié à l'extrême et pourtant cohérent, un petit chef d'œuvre d'un songwriter trop souvent oublié quand on réfléchit aux grands faiseurs du format chanson dont Kevin Ayers est, définitivement.
Et dire que Bananamour n'est même pas son meilleur, juste le premier qu'on conseillerait parce qu'il fonctionne immédiatement quand d'autres, le super-classique Joy of a Toy en particulier, demande plus d'investissement, plus d'attention. Recommandé comme premier Ayers et à tous ceux qui connaissent Kevin mais l'auraient, irraisonnablement, oublié.

1. Don't Let It Get You Down 4:04
2. Shouting In A Bucket Blues 3:45
3. When Your Parents Go To Sleep 5:47
4. Interview 4:43
5. Internotional Anthem 0:43
6. Decadence 8:05
7. Oh! Wot A Dream 2:48
8. Hymn 4:35
9. Beware Of The Dog 1:27
Bonus
10. Connie On A Rubber Band 2:56
11. Decadence (Early Mix) 6:57
12. Take Me To Tahiti 3:37
13. Caribbean Moon 3:02

Kevin Ayers - Guitar, Vocals
Archie Legget - Bass, harmony vocals, lead vocal on track 3
Eddie Sparrow - Drums
&
Steve Hillage - Lead Guitar on track 2
Mike Ratledge - Organ on track 4
Robert Wyatt - Harmony Vocal on track 8
David Bedford - Orchestral Arrangement on track 9
Howie Casey - Tenor Saxophone
Dave Caswell - Trumpet
Tristan Fry - Cymbal
Lyle Jenkins - Baritone Saxophone
Ronnie Price - Piano
Barry St. John - Vocals
Liza Strike - Vocals
Doris Troy - Vocals

KEVIN AYERS

MaRDi
Marisa Monte "Mais" (1991)
ou "Brasileira in New York"

Une brésilienne à New York, avec moult musiciens du cru à commencer par l'excellent Arto Lindsay, producteur de l'objet et de pas mal d'autres albums de Marisa, c'est ce que propose Mais, la cuvée 1991 de Marisa Monte.
La musique de Marisa ? Brésilienne bien sûr mais pas seulement, sans doute sous l'influence de son producteur, des musiciens présentement impliqués et de l'environnement urbain new yorkais, elle est infusée de flaveurs funk et rock relevant joliment la faconde samba pop naturelle de la dame.
Des moult guests qui peuplent l'album - un casting impressionnant, ceci dit en passant, allant de Ryuichi Sakamoto à Melvin Gibbs en passant par Bernie Worrell ou John Zorn (sage sauf sur quelques dérapages contrôlés sur Volte para o Seu Lar) - on retient surtout la dévotion à ne pas chambouler l'équilibre fomentée par le producteur/arrangeur Arto sur un album avant tout grand public dans le sens noble du terme, qui veut toucher le plus grand monde sans abandonner sa quintessentielle qualité instrumentale et compositionnelle. Ce qui sied admirablement à la voix de Marisa, douce mais énergique, fondamentalement brésilienne mais ô combien compatible à cette fusion moderniste, en un mot comme en mille, une réussite.
Et un album qu'on recommande évidemment à tous ceux qui apprécient la musique brésilienne "progressive", fusionnante mais, ultimement, abordable.

1. Beija Eu 3:13
2. Volte para o Seu Lar 4:44
3. Ainda Lembro 4:10
4. De Noite Na Cama 4:28
5. Rosa 2:45
6. Borboleta 2:02
7. Ensaboa 4:20
8. Eu Não Sou Da Sua Rua 1:32
9. Diariamente 4:12
10. Eu Sei (Na Mira) 2:41
11. Tudo Pela Metade 4:13
12. Mustapha 2:26

Marisa Monte - vocals
John Zorn - alto saxophone (tracks 2 & 7)
Marty Ehrlich - tenor saxophone (tracks 2 & 7)
Arto Lindsay - guitar, vocals (tracks 2, 4, 10 & 11)
Robertinho do Recife (tracks 3, 6, 10 & 12), Romero Lubambo (tracks 8 & 9), Marc Ribot (tracks 1, 2, 4 & 11) - guitar
Carol Emanuel - harp (track 9)
Ryuichi Sakamoto (tracks 3, 5, 7, 10 & 12), Bernie Worrell (tracks 1, 2, 4 & 11) - keyboards
Ricardo Feijão (tracks 7, 10 & 12), Melvin Gibbs (tracks 1, 2, 4 & 11) - bass
Dougie Bowne (tracks 1, 2, 4 & 11), Gigante Brazil (tracks 7, 10 & 12) - drums
Cyro Baptista (track 9), Prince Vasconcelos de Bois (track 6), Armando Marçal (tracks 3, 4, 5, 7, 10 & 12), Naná Vasconcelos (tracks 2, 4, 8 & 11) - percussion
Criançada - backing vocals (track 11)

MARISA MONTE

MeRCReDi
Ancestors "Neptune with Fire" (2008)
ou "Lame de Fond"

S'il ne contient que deux titres, le premier album des spatiaux stoner/doomistes d'Ancestors s'approche tout de même des 40 minutes, et ça ne doit pas faire peur parce que tout ça, à l'opposé des prétentions, démonstrations progtessivo-techniques cliniques et onanistes d'un Dream Theater, par exemple, est tout à fait digeste.
Parce que cette musique, totalement bercée d'influences 70s, d'Hawkwind à Black Sabbath, si elle n'est pas tout à fait dénuée de compétence instrumentale, il en faut pour mener pareille entreprise à bien, est avant tout le véhicule des trippantes ambitions de ses compositeurs/concepteurs.
Si on sent déjà, sous la furie des explosions électriques de guitares en fusion ou de vocaux possédés, de tentations progressives, le propos est tout de même, ici, largement orienté vers un auditoire metallo-compatible enfumé de volutes cannabiques, stoner metal, quoi ! Et du meilleur du genre avec des climats, mes aïeux, des montées de sève, mamma mia, et des accalmies, plus rares mais servant leur but à merveille, rendant l'exercice aussi attractif qu'il est réussi. C'est bien simple, dans le genre, hélas pas aussi répandu qu'on le souhaiterait, Neptune with Fire tient sans problème le haut du panier.
Et c'est donc un opus tout à fait recommandé à la condition évidente de pouvoir apprécier son relatif extrémisme, parce que ça reste de la musique d'hommes, indéniablement.

1. Orcus Avarice 16:46
2. Neptune with Fire 21:38

Nick Long - Bass, Vocals
Justin Maranga - Guitars, Vocals
Jason Watkins - Organ, Piano, Vocals
Brandon Pierce - Drums, Gong
Chico Foley - Electronics, Keyboards, Vocals
&
McKenna Mitchell - Additional Vocals (2)

ANCESTORS

JeuDi
Graham Parker "Squeezing Out Sparks" (1979)
ou "Graham fait des étincelles"

Dans la catégorie des rockers britanniques qui eurent si peu froid aux oreilles qu'ils relevèrent sans coup férir le gant d'une punk rock finissante et d'un Two-Tone ska à l'éclat ô combien éphémère - je parle évidemment de cette caste de classe dont les noms les plus évidemment cités sont Elvis Costello, Joe Jackson ou Paul Weller et son Jam - je demande Graham Parker et son chef d’œuvre de la période, Squeezing Out Sparks.
Rien de bien compliqué en fait, du rock classique, franc, mélodiquement réussi, doté de paroles intelligentes et sarcastiques... Pour réussir l'affaire, cependant, c'est une autre paires de mitaines... Alors il y a les chansons, 10 excellents exemples d'icelles (dont Protection en must absolu de votre serviteur) présentement supplémentées de deux très savoureux bonus bourrés de soul, un style qui hérite du punk sa sécheresse de ton, son dépouillement sonique, et du rock originel un esprit mélodique fun et primesautier qui fait un bien fou après les exactions excitées des crêtés précités, le tout évidemment délicatement remis au goût du jour d'une Angleterre en crise (ça ne fait que commencer avec Maggie "De Fer" arrivée au pouvoir)...
Ce rock, qui se permet même d'aller dans la ballade acoustique sans "clicheter" le moins du monde (You Can't Be Too Strong), c'est celui de Graham Parker & the Rumour (qu'on n'oublie pas tant ils forment une fine équipe secondant parfaitement son leader naturel), un secret encore trop bien gardé qui n'a jamais vraiment franchi les côtes de son Royaume Uni natal, que c'en est un mystère parce que, quelle fête quoi ! Et mis en son, bien, forcément !, par le regretté Jack Nitzsche (qui fut le bras droit de Phil Spector, excusez du peu), cerise sur le gâteau, etc.
Squeezing Out Sparks est un triomphe de rock nerveux, énergique, profondément honnête et admirablement troussé. Pas le seul album de Graham à réussir le tour de force, le plus réussi cependant. Ecoutez !

1. Discovering Japan 3:32
2. Local Girls 3:44
3. Nobody Hurts You 3:42
4. You Can't Be Too Strong 3:21
5. Passion Is No Ordinary Word 4:26
6. Saturday Nite Is Dead 3:18
7. Love Gets You Twisted 3:02
8. Protection 3:54
9. Waiting for the UFO's 3:08
10. Don't Get Excited 3:04
Bonus
11. Mercury Poisoning 3:09
12. I Want You Back 3:26

Graham Parker - lead vocals, rhythm guitar
Brinsley Schwarz - guitar, backing vocals
Martin Belmont - rhythm guitar, backing vocals
Bob Andrews - keyboards, backing vocals
Steve Goulding - drums, backing vocals
Andrew Bodnar - bass

GRAHAM PARKER

VeNDReDi
Elvis Costello and the Roots "Wise Up Ghost" (2013)
ou "Des racines et des ailes"

Le mariage de la carpe et du lapin ? Vraiment ? Il est vrai que, sur le papier, rien ne rapprocherait, à priori, ce vieux pub rocker anglo-irlandais reconverti aux sources de la musique nord-américaine et une des formations les plus respectées du hip-hop étasunien.
Pourtant, à y réfléchir, il y a un sacré tronc commun qui les unit à commencer par une adoration d'une certaine soul 60s que chacun, à sa manière, recycla. A l'énergie électrique de ses Attractions pour Elvis Costello, au (re)traitement moderne digitalo-acoustique pour The Roots. Deux conceptions pour un même amour, deux conceptions désormais fusionnées en un album : Wise Up Ghost (and other songs).
Composé et produit par le trio Costello, Questlove (ou ?uestlove ou Ahmir Thompson) et Steven Mandel, Wise Up Ghost est une formidable réussite, une merveille d'album où modernité et tradition s'accouplent pour le meilleur, à savoir une galette au charme si intemporel qu'on se dit sans coup férir qu'on l'aimera encore dans 10 ans, 20 ans, 30 ans... Parce que dès Walk Us Uptown, funk millésimé à la lourde basse dubbesque et au melodica joué par Elvis himself, on est pris dans l'esprit "rétromoderniste" de l'affaire. La suite ne fait que confirmer l'impression initiale avec le Motownisant Sugar Won't Work, son groove languissant, ses cordes tire-larmes et son refrain référencé. Ou quand Elvis s'essaie à un rap sur fond funkadelicisant sur l'infectieux Refuse to be Saved, un P-Funk-style convaincant par le petit gars de Londres et ses ponctuels compagnons de jeu... Et dire que ce ne sont que les trois premiers titres !!! Trois tueries qui nous font bénir l'admirable rencontre des Racineux hip-hopers et du Declan au talk show de Jimmy Fallon, là justement où naquit l'idée même de cette divine collaboration. La bénir avec d'autant plus d'enthousiasme que le reste de la sélection est à l'avenant de cet admirable trio introductif et déroule avec rouerie et intelligence tout le catalogue de la black music américaine des années 60 et 70... Et même un peu au delà mais, chut !, on ne va quand même pas tout dire !
Afin d'aussi combler les amateurs de quadri-capilo-découpage, on mentionnera que, pour arriver à leurs fins, Elvis et ses Roots utilisèrent moult cuivres et cordes sans que jamais, ô grand jamais, l'avalanche ne vienne ruiner la précieuse pièce-montée de quelque lourdeur que ce soit. Arrangé avec un goût divin, les 12 compositions coulent absolument de source.
Wise Up Ghost, vous l'aurez compris, est un triomphe... c'est aussi simple que ça. On peut, d'ores et déjà le classer dans les plus belles réussites de l'an et sérieusement le considérer comme une des plus belles galettes de ces dernières années. Parole de musicophage, une bonne dizaine d'écoutes n'ont pas réussi à démentir mon enthousiasme, ce n'est pas si souvent que ça m'arrive alors, tenez-le vous pour dit, c'est de grande classe qu'il s'agit ici et, évidemment !, d'un album totalement, définitivement, absolument recommandé.

1. Walk Us Uptown 3:22
2. Sugar Won't Work 3:31
3. Refuse To Be Saved 4:23
4. Wake Me Up 5:52
5. Tripwire 4:28
6. Stick Out Your Tongue 5:28
7. Come The Meantimes 3:53
8. (She Might Be A) Grenade 4:36
9. Cinco Minutos Con Vos 5:01
10. Viceroy's Row 5:01
11. Wise Up Ghost 6:27
12. If I Could Believe 3:58
Bonus
13. My New Haunt 4:39
14. Can You Hear Me? 6:27
15. The Puppet Has Cut His String 4:57

Elvis Costello - vocals, organ, piano, melodica, baritone guitar, wurlitzer, delay guitar, ampeg bass, wah wah baritone guitar
?uestlove - drums
Kirk Douglas - electric & acoustic guitars, backing vocals (1-4, 7-11, 13, 14)
Mark Kelley - bass (1, 3, 5, 7, 9-11, 13, 14))
Frank Knuckles - tambourine, chimes, percussion, bells (5, 7, 9-11)
Ray Angry - clavinet, farfisa, bells, keys (2, 3, 5, 9, 10, 12, 13, 15)
James Poyser - keys, piano (9, 10)
Kamal Gray - keys (13)
Pino Palladino - bass (2, 12, 15)
Korey Riker - tenor & barritone saxophone (1, 4-6, 8, 9, 11, 14)
Matt Cappy - trumpet, flugelhorn (1, 3-6, 8-11, 14)
Chris Farr - saxophone, flute (3, 10)
Damon Bryson - sousaphone (1, 3, 4, 10)
La Marisoul - vocals (9)
Hedi Mandel - screams (13)
Diane Birch - backing vocals (5)
&
The Brent Fischer Orchestra (3, 4, 8, 9, 12)
orchestrated and conducted by Brent Fischer
Assa Drori - concertmaster/contractor
Robert Berg, Roland Kato, Kazi Pitelka - viola
Sally Berman, Mark Cargill, Mike Ferrill, Sam Fischer, Alex Gorlovsky, Anna Kostyuchek, Elizabeth Wilson - violin
Miguel Martinez, Kevan Torfeh, Cecilia Tsan - cello
Drew Dembowski, Ken Wild - bass
Alex Budman - bass clarinet
Bob Carr - bassoon, contrabassoon
Steve Hughes - euphonium
Bill Reichenbach - contrabass trombone, euphonium, tuba

ELVIS COSTELLO

SaMeDi
Van der Graaf Generator "Live in Concert at Metropolis Studios, London" (2012)
ou "VdGG is Alive!"

Il est de ces groupes qui se soucient si peu du commerce qu'ils finissent par avoir une réputation très en deçà de celle qu'ils auraient justement méritée. Van der Graaf Generator, chevalier imputrescible d'un rock progressif libre et (donc) changeant, est de ceux-ci. Longtemps rare en lives enregistrés, le désormais trio toujours mené par l'habité Peter Hammill, y est devenu plus présent, signe de temps où il est plus simple d'obtenir une captation professionnelle à moindre coût et où, en toute logique, les misfits en tous genres (dont les trois papys surpuissants ici présents font définitivement partie), saisissent l'aubaine avec l'appétit créatif qu'on leur connait habituellement.
Evidemment, comme sur les précédentes aventures live du trio (Live At The Paradiso, 2009), les chagrins iront regretter l'absence d'un David Jackson (saxophone) devenu si ingérable pour Hammill & Co qu'ils durent s'en débarrasser pour vital fut-il à leur son. Décidant, courageusement, de continuer sans cet élément décisif, les trois membres restants s'en sortent, ici comme précédemment, merveilleusement bien. On s'en doute, le répertoire conçu pour cette formation resserrée fonctionne parfaitement, on est plus surpris de constater que les classiques inoxydables du groupe (de Lemmings à Childlike Faith en passant par Man-Erg) y résistent si bien à l'amputation d'une partie à priori si soniquement indispensable. C'était sans compter sur la rouerie et l'expérience accumulée au cours de leur chaotique carrière par Hammill, Banton et Evans qui n'y font décidément pas leur soixantaine et donnent, l'air de rien, quelque cours d'énergie et d'intensité dramatique à la jeune concurrence.
Enregistré devant un petit nombre d'heureux privilégiés au Metropolis Studios de Londres, comme son titre on ne peut plus explicite l'indique, le présent live nous offre non seulement une prestation hantée comme seuls VdGG en ont le secret mais aussi une captation parfaite qui permettra de saisir et d'apprécier toutes les nuances d'interprétations perfectibles mais passionnées... et donc passionnantes. Un petit (et réel) bonheur présentement agréablement complété d'une captation vidéo de belle tenue pour un lot, vous l'aurez compris, indispensable à tout amateur du groupe.

CD 1
1. Interference Patterns 4:22
2. Nutter Alert 5:35
3. Your Time Starts Now 4:25
4. Lemmings 14:26
5. Lifetime 5:24
6. Bunsho 5:38
7. Childlike Faith 12:14

CD 2
1. Mr. Sands 5:22
2. Over The Hill 12:21
3. We Are Not Here 4:54
4. Man-Erg 11:50

Peter Hammill: chant, claviers, guitare
Hugh Banton: orgue, basses pédales
Guy Evans: batterie

VAN DER GRAAF GENERATOR

lundi 25 avril 2016

Zornophagie 2016 (1er trimestre)

Plutôt que de vous abrutir mensuellement des exactions plus ou moins musicales de Mon Héros, j'ai décidé de vous proposer des récaps trimestrielles d'icelles faites de courts billets explicatif pour chaque opus. Je complèterai, à l'envie, de sorties de chez Tzadik, comme cette fois, ou de nouveautés jazz ou "à la marge" (comme l'ultime album ici proposé). Enjoie !

eN VoiX
John Zorn "Madrigals" (2016)
ou "Nuit sur le Mont Zorn"

Il semblerait que John Zorn soit de plus en plus attiré par la voix, tant mieux. Aussi quand il invite l'ensemble des Saphittes (qu'on avait déjà repréré sur le Frammenti del Sappho de Mysterium et pour la version du new yorkais du Cantique des Cantiques) pour une évocation sensuelle et passionnée des œuvres du poète romantique Percy Bysshe Shelley, c'est un bonheur auquel on ne résiste pas. Parce qu'on ne résiste pas à des vocalises qui, unissant l'avant-garde (l'atonalité étant une composante décisive de l’œuvre) et le sacré (l'influence de chants monacaux ou liturgiques est évidente), vous emmène dans un monde aussi dépaysant  que beau, un monde où se côtoient les anges et les démons dans une polyphonie mêlant extraits de vers et transes vocales qui, techniquement parfaites, n'en oublient pas d'être émotionnelles. Bref, en deux livres, 10 vignettes toutes plus réussies les unes que les autres et 39 trop courtes minutes (on en aurait bien repris une petite tranche ou deux), c'est à un vrai trip que Zorn et ses Saphittes nous invitent, et ça, ça ne se refuse pas.

Book I
1. Adonais 3:17
2. The Witch of Atlas 3:52
3. Epipsychidion 3:49
4. The Devil’s Walk 2:35
5. Endymion 5:43
Book II
6. Ocean Nymphs 5:18
7. Old Silenus 3:21
8. Twilight Phantasms 3:59
9. Queen Mab 3:28
10. Universal Pan 3:41

Lisa Bielawa: Voice
Sarah Brailey: Voice
Rachel Calloway: Voice
Mellissa Hughes: Voice
Jane Sheldon: Voice
Kirsten Sollek: Voice

Jane Sheldon

oRGaNiC
John Zorn "The Hermetic Organ vol. 4—St. Bart's" (2016)
ou "Zorn's Klavier"

Toujours seul, toujours en totale improvisation (même si on se doute qu'il y a des petits machins préparés d'avance), Zorn revient avec le quatrième volume de ses aventures "organiques". Et quoi de neuf, au fait ? Ben, pas grand chose en vérité. Zorn continue d'y hanter l'instrument produisant bruits et mélodies, et parfois les deux à la fois, évoquant des vampires et des démons, cette musique serait parfaite pour un Nosferatu par exemple, avec une évident maîtrise en plus d'un audible amusement du bon tour qu'il est en train de jouer à un public médusé. En gros, si vous aviez aimé les volumes 1, 2 et 3, vous aimerez le 4. Si vous aviez trouvé ça ennuyant (je ne vous comprend pas mais tout est possible), vous aurez raison de vous en tenir éloigné. Parce que, voilà, c'est de Zorn à l'orgue dont il s'agit, un domaine qu'on a appris à connaître et dans lequel, s'il ne surprend plus, nous offre une nouvelle tranche d'aventures soniques uniques qu'on accueille avec plaisir.

Office Nr. 14
1. Bell, Book and Candle 14:20
2. The Witch's Sabbath 24:30

John Zorn: Organ

John Zorn

PRoG' PoWeR
John Zorn/Simulacrum "The Painted Bird" (2016)
ou "Simulacrum IV"

Un nouveau Simulacrum, le quatrième déjà, et une belle nouvelle pour une équipe cette fois enrichie d'un percussionniste (Ches Smith) et du divin vibraphone de l'habitué Kenny Wollesen (toujours une bonne nouvelle ça), comme on n'a pas été déçu par les épisodes précédents, on en salive d'avance ! Comme avec Zorn rien n'est jamais fait au hasard, cet ajout de personnel coïncide avec une altération notable du heavy jazz prog des trois volumes précédents rapprochant, cette fois, Simulacrum d'une version "sévèrement burnée" des Dreamers. Et ça fonctionne ! Bien mieux que quand le trio s'était précédemment vu adjoint deux nouveaux compères (sur The True Discoveries of Witches and Demons, avec pourtant Marc Ribot et Trevor Dunn) où la normalisation avait été dommageable à l'identité de la formation. Cette fois, ce petit coup d'exotica par ici, cette petite pincée de surf rock par là, etc., va parfaitement au teint du trio augmenté, lui offre de nouveaux et attrayants atours qui ne minorent en rien son mordant. Et puis, quel plaisir que d'entendre l'ami Wollesen et son gracile vibraphone ! Évidemment, tous les participants sont au diapason de la performance du précité, Medeski et son orgue tantôt lourd, tantôt baladin, Grohowski, un monstre de batteur aussi puissant que fin, Hollenberg dont on apprécie toujours autant le tranchant des riffs et l'arraché des soli, et les percussions africaines de Smith pour un plus de tribalisme discret mais bienvenu. Très content de son nouveau joujou (quatrième album en à peine plus d'un an, tout de même !) Zorn lui a qui plus est offert des compositions qui pour être immédiatement reconnaissables comme étant de lui, sont suffisamment inspirées et habitées pour qu'on évite la redondance. The Painted Bird ? La quatrième très belle aventure du nouveau combo qui rentre dedans de John Zorn qui, comme Naked City, Electric Masada et Moonchild avant lui, offre aux amateurs de l'hyperactif new-yorkais comme aux amateurs de fusion progressive cuirassée, des frissons de la plante des pieds à la pointe des cheveux.

1. Snakeskin 7:43
2. Plague 2:58
3. Ravens 3:51
4. Comet 3:20
5. Cinders 3:23
6. Nettles 3:06
7. Night 5:19
8. Spike 3:27
9. Missal 4:19

John Medeski: Organ
Kenny Grohowski: Drums
Matt Hollenberg: Guitar
&
Ches Smith: Congas, Voudun Drums
Kenny Wollesen: Vibes

Kenny Wollesen

aNGeS 27
John Zorn "Flaga: The Book Of Angels Volume 27" (2016)
ou "Angels Trio"

Et un Book of Angels de plus, un ! Il parait qu'on arriverait bientôt à la fin de la série, vu la qualité d'icelle, on n'est pas pressé. Et ce n'est pas ce 27ème opus qui va changer la donne, ha, ça non ! D'autant que le trio inédit concocté pour l'occasion, un beau trio de trois valeurs montantes de la nouvelle scène jazz U.S. mené par le pianiste Craig Taborn qui avait déjà frayé avec des amis de Zorn, Tim Berne et Dave Douglas, et n'est donc pas étranger à l'univers du new-yorkais. Comme en plus il est secondé d'une excellente paire rythmique (Christian McBride, qui a joué avec à peu près tout le monde et souvent très bien, à la contrebasse, faut-il le préciser, et Tyshawn Sorey, riche batteur plutôt versé dans le free et l'avant-garde jazz) on a d'emblée l'assurance que ces gars-là sauront se trouver. Dans les faits, c'est sans l'ombre d'un doute l'album le plus classiquement jazz de la série où, sans que soient tout à fait gommées les racines klezmer indissociables d'un Livre des Anges, l'arrangement de Taborn tire clairement et décisivement la partition de Zorn dans son monde à lui. Du coup de la rencontre, de l'assimilation de l'un par l'autre résulte un étonnant animal d'un Masada qui n'a jamais été aussi dépaysé qu'ici, et tout ceci sans le moindre artifice, de la pure musique de trio jazz comme on en fait depuis près d'un siècle, fort ! Fort, parce que convaincant, parce que la souplesse d'une partition, l'exceptionnelle performance d'un trio (Ha ! Sorey, quel diable !) où trois individualités se renforcent mutuellement. On approche de la fin de la série des Anges, parait-il... Avec de telles galettes, ce sera avec regret.

1. Machnia 7:59
2. Peliel 4:34
3. Katzfiel 4:18
4. Talmai take 1 4:43
5. Shoftiel 10:41
6. Agbas 4:08
7. Rogziel 2:38
8. Harbonah 4:09
9. Talmai take 2 5:42

Craig Taborn: Piano
Christian McBride: Bass
Tyshawn Sorey: Drums

Craig Taborn

BONUS
ouTReMoNDe
Cyro Baptista "Bluefly" (2016)
ou "Voyages en Baptistie"

Six ans qu'on l'attendait ! Six ans depuis la dernière parution de son Banquet of the Spirits, un Book of Angels, Caym, volume 17 de la série et toujours aussi recommandé, et enfin le retour du foutraque percussionniste et vocaliste brésilien avec une de ces fusions tous azimuts dont il a le secret. Comme d'habitude, autour d'une petite unité de base (Tim Keiper, Ira Coleman et Vincent Segal secondent Cyro) c'est à un large casting que nous avons affaire, exactement ce qu'il faut pour habiller les fantaisies exploratrices d'un Baptista toujours plus libre, toujours plus haut ! Parce que Bluefly, mamma mia !, quelle claque. Qu'il nous travaille en douceur Carioca (Menina) ou en tribalisme (Trovão), qu'il reste fermement ancré en son Brésil natal (Bala) ou s'aventure en orient (Kong), c'est un Cyro divin, un nectar des Dieux, qui nous est offert. Plus mesuré, plus nuancé que les beaux albums qui jonchent son passé en solo, Bluefly est un galette douce et chaude, chatoyante et chaloupée où les rencontres sont toujours heureuses, les glissement avant-gardistes (le rampant Hammer par exemple) jamais barbants et qui, 47 minutes durant, nous invite dans un voyage en sons, et en performances instrumentales impeccables évidemment, à chambouler les sens. Essentiel !

1. Menina 4:40
2. Trovão 4:28
3. Kong 2:25
4. Bala 5:18
5. Tarde (homage to luiz vieira) 4:46
6. Hammer 3:06
7. Aguidavi 4:21
8. From The Belly 4:53
9. T Rex Constitution 3:11
10. Love Song 5:58
11. Under The Influence 2:34
12. Menina Interlude 1:18

Cyro Baptista: Percussion, Vocals
Tim Keiper: Kamel Ngoni, Drum Set
Ira Coleman: Bass
Vincent Segal: Cello
&
Romero Lubambo
: Guitar
Brian Marsella: Shahi Baaja, Andes #25F, Fender Rhodes
Ikue Mori: Laptop
Amir Ziv: Drums
Mark Ari: Samples
Justin Bias: Samples
Kevin Breit: Mandolin Orchestra
Cabello: Percussion
Felipe Calderon: Samples
Andy Caploe: Samples
Alessandro Ciari: Samples
Cadu Costa: Guitar, Clarinet
Chikako Iwahori: Surdo
Franca Landau: Samples
Zé Maurício: Surdo
Marcelo Paganini: Samples
Max Pollak: Surdo
Steve Sandberg: Samples
Leni Stern
Gene Torres
: Samples

Cyro Baptista

SPiRiTS oF THe eaST
Blue Buddha "Blue Buddha" (2016)
ou "Jazz Trip"

D'abord, on est interpellé par la formation, le trompettiste du Masada de Zorn, disciple élégant et inspiré de l'immortel Miles et de Don Cherry, Dave Douglas, le vétérant bassiste new yorkais amoureux de dub par dessus tout mais fondamentalement multicarte, Bill Laswell, le puissant et créatif Tyshawn Sorey à la batterie et, qu'on a croisé chez God Is My Copilot ou Rashied Ali, Louie Belogenis au sax ténor, on se demande bien à quelle sauce on va être mangé... Et puis on glisse la galette et là, c'est un chaos brillamment orchestré qui nous accueille à commencer par un Purification, gros morceau d'introduction avec ses douze minutes, en lent et long crescendo jusqu'à une explosion où, double soli croisés, Douglas et Belogenis se croisent, s'opposent, se complètent. Et puis on barre en free avec un duo Sorey/Belogenis qui n'aurait pas déplu au regretté Ornette et doit ravir le patron de leur label (John Zorn) lui-même client de telles exactions. Et voilà les deux pôles de la galettes installés, des exploration quasi-mystiques où la basse aquatique de Laswell fait merveilles aux saillies bruitives et jouissives (Ha! Wrathful Compassion, ça pète !) et parfois aux deux à la fois (Diamond Vehicle). Album de jazz à la marge fomenté par quatre excellents instrumentistes, Blue Buddha ne sera pas à mettre entre toutes les oreilles mais, pour les amateurs de jazz aventureux, quel trip !

1. Purification 12:14
2. Double Dorje 5:29
3. Renunciation 8:11
4. Truth of Cessation 9:40
5. Wrathful Compassion 3:54
6. Diamond Vehicle 6:54
7. Lineage 6:53

Dave Douglas: Trumpet
Bill Laswell: Bass
Louie Belogenis: Tenor Saxophone
Tyshawn Sorey: Drums

Dave Douglas

TeRRe PRoMiSe
Daniel Zamir "Redemption Songs" (2015)
ou "Ethnojazzism"

Un des plus beaux représentants du jazz israélien, une musique entre traditions (jazz et juives), transe et communion, c'est Redemption Songs, cru 2015 de Daniel Zamir pour le label de John Zorn, Tzadik. En fait, Zamir, c'est un peu le Coltrane israélien. Aussi à son aise à l'alto qu'au soprano (à quand le ténor ?), il déverse des torrents de notes qui, venant d'un autre, auraient tout de l'onanisme instrumental mais qui, par le feu sacré qui semble l'habiter ne ratent jamais leur cible. Évidemment, le monsieur sait aussi se faire plus sensuel, ralentir le tempo, chatoyer juste ce qu'il faut sans tomber dans le racolage, et brandir fièrement ses racines via l'implantation durable des divers folklores juifs dans son jazz à la fois hybride et traditionnel. En ceci, Redemption Songs n'est pas bien différent des nombreux albums qui l'ont précédé sauf que, est-ce l'équipe présentement réunie ?, une sélection de compositions encore plus inspirées qu'à l'accoutumée, il est encore meilleur. Du coup, on le recommande chaudement à ceux qui connaissent déjà le bel animal, qui ne seront fatalement pas déçus, comme aux nouveaux venus qui découvriront une des plus belles forces continuant de donner vie à un jazz qui naquit à la fin des années cinquante et qu'on est bien content de voir ainsi perdurer, si bien représenté.

1. Eleven 5:29
2. Forty One 7:06
3. Twenty Three 9:22
4. New Five 9:16
5. Forty 5:39
6. New Thirteen 4:59
7. Seventy Seven 7:07
8. Seventeen Eight 4:26
9. Twelve B 4:45

Daniel Zamir: Alto and Soprano Saxes
Gilad Abro: Bass
Amir Bresle: Drums
Mark Guiliana: Drums
NitaI Hershkowits: Piano
ShaI Maestro: Piano
Haggai Cohen Milo: Bass

Daniel Zamir

SPoTLiGHT
Bret Higgins' Atlas Revolt "Bret Higgins' Atlas Revolt" (2015)
ou "Fusion Sans Frontière"

Un joli petit cousin des œuvres "dreamesques" de John Zorn, ça vous dit ? Ça tombe bien, l'Atlas Revolt du canadien Bret Higgins et leur premier album éponyme, paru dans la série Spotlight du label de John Zorn, Tzadik, sont là pour ça ! Des preuves ? Sans rentrer dans le détail, afin de ne point trop déflorer l’œuvre qui, franchement, mérite le détour, on s'y retrouve avec du klezmer rock de toute première bourre (Atlas Revolt, Sanan), passe faire un tour en territoire tzigane (El Metale) avant de se retrouver dans un western de Sergio Leone (All About the Starry Dark)... Rien que ça ! Et la suite est à l'avenant avec un groupe aux petits oignons (le violoniste Aleksandar Gajic et le pianiste Robbie Grunwald sont des noms qu'on suivra de près, nulle doute) et une mise en son au diapason. Reste, à partir de là, à attendre la suite des aventures de cette fine équipe et de recommander à tous les amateurs de jazz mélodique, ouvert et chamarré de se plonger dans cette passionnante galette inaugurale.

1. Atlas Revolt 4:32
2. El Metate 4:32
3. All About The Starry Dark 4:36
4. Zagazig 4:09
5. Electric Sinner 5:14
6. Sanan 4:04
7. Meat For Dogs 4:05
8. Flashbulb Memories 4:50
9. Vorticism 3:55
10. Jakaranda 3:03

Aleksandar Gajic: Violin
Robbie Grunwald: Electric And Acoustic Pianos
Bret Higgins: Double Bass
Tom Juhas: Electric Guitar
Joshua Van Tassel: Drums, Percussion

Bret Higgins

HoRS SéRie
Médéric Collignon "MoOvies" (2016)
ou "Fusion Grand Ecran"

S'il y a une constante dans les œuvres de Médéric Collignon et de son Jus de Bocse, c'est l'amour d'hommager, que ce soit Miles sur un Porgy and Bess (ok, un peu Gershwin aussi) et un Shangri Tunkashi-La ou Robert Fripp sur l'excellente précédente offrande de la formation et de son turbulent leader (à la Recherche du Roi Frippé), le garçon s'est fait une spécialité des covers inspirées. S'attaquant présentement à un nouveau répertoire (dont les illustres auteurs ont pour nom Lalo Schifrin, David Shire ou Quincy Jones... Ça situe le style et la préoccupation de l'opus) Médéric Collignon ne déçoit pas faisant subir à ces compositions, certaines fort connues d'autres nettement plus obscures, le même genre de traitement à la fois respectueux et iconoclaste dont il est capable. Il faut dire que le bougre n'a rien perdu de sa légendaire énergie ni de son immense imagination ou de son vrai beau talent d'arrangeur dans le retraitement de vieilles scies à qui il offre une belle nouvelle vie entre respect et détournement. Tout ça fait de MoOvies un album de jazz hautement cinématique, complètement trippant et ultimement réjouissant, la routine pour Médéric ! Recommandé.

1. Snow Creatures 12:00
2. Dirty Harry's Creed 5:29
3. Scorpio's Theme 6:28
4. Brubaker Adagio's and Coda 3:49
5. The Taking of Pelham 1,2,3 2:55
6. The Pelham's - Moving - Again Blues 5:09
7. On the Way to San Mateo 6:56
8. Robbery Suspect 4:36
9. Money Runner 3:49
10. End Titles 4:01
11. Money Montage 5:02
12. Up Against the Wall 8:36

Médéric Collignon - cornet, bugle, chant et effets
Yvan Robilliard - Fender Rhodes
Philippe Gleizes - batterie
Emmanuel Harang - basse

Médéric Collignon