Hanni El Khatib |
L'occasion fait le larron, c'est bien connu ! Et donc, à l'occasion de la sortie de son troisième long-jeu, Moonlight, je vous propose icelui mais aussi, bonheur !, un retour sur les deux épisodes précédents de la frémissante carrière du californien possédé Hanni El Khatib ! Elle est pas belle la vie ?
FRoM ouT oF NoWHeRe
"Will the Guns Come Out" (2011)
ou "l'Apparition"
Avec un patronyme pareil (son vrai nom), une pochette de cet acabit et un titre d'album aussi cryptique, on ne peut pas, à moins d'en avoir lu quelque information, présager de ce qui nous attend sur le premier album d'Hanni el Khatib... La surprise n'en est que plus "douce".
En l'occurrence, c'est à une relecture "garage" du meilleur esprit rock'n'rollien à laquelle nous sommes conviés, un album simple, franc et direct où une jeune pousse étale son amour d'un traditionalisme tout sauf calculé offert avec l'énergie de son post-adolescent enthousiasme. Et il n'y perd pas de temps bouclant l'aventure en 11 titres et 32 petites minutes où se rencontrent, se télescopent rock franc, blues sale et folk possédée, et même doo-wop garage... un beau petit panorama en somme. Précisons qu'il y fait tout, de la cave au grenier, avec une aisance et une fraicheur (une innocence) qui font grand plaisir à entendre. C'est d'ailleurs dans cette juvénile énergie que tient tout le sel d'une galette sinon d'un immense classicisme. Ainsi y retrouve-t-on, tour à tour, du Tom Waits, du Troggs, du Rolling Stones, du Stooges, du Beatles, du Neil Young, du Bob Dylan, etc. Oui, tout ça ! Les sources sont sûres, l'héritage honnête, en demander plus serait sans doute en demander trop surtout que c'est déjà beaucoup et très fun, qui plus est.
Côté highlights, ça se presse avec en tête l'irrésistible F*** It, You Win et sa simplicité toute "White-Stripesienne", le chant de dément d'Hanni en sus. Plus loin, au détour d'un blues mutant, Come Alive, quelque part entre le loner Canadien, Bo Diddley et André 3000, il continue de nous épater. Et ça continue avec la reprise d'Elvis, Heartbreak Hotel qui, toute en irrévérence, ravive le mythe en le transformant en blues "Waitsien" en diable. Que dire, enfin, parce qu'on ne va pas tous les faire non plus !, d'un supra-efficace Wait Wait Wait, bel intermède d'American Folk Tradition tout en émotion et en retenue. Bref... 8 compositions originales qui n'ont pas à rougir du voisinage de 3 reprises réussies, Hanni el Khatib a amassé une bien belle collection qui fait parfois un peu de bruit, c'est comme ça que c'est bon !
Depuis, le jeune homme d'origine palestinienne a fait du chemin, des publicitaires se sont entichés de sa musique (présence dans de nombreux spots pour des marques dont on taira pudiquement le nom) et, surtout !, a fait la rencontre de son nouveau producteur, le totalement 'in' Dan Auerbach (The Black Keys, Dr. John, etc. producteur à la mode aussi) avec qui il a enregistré le tout nouveau tout beau Head in the Dirt. A suivre, donc... Mais, en attendant, il fait bon revenir sur cet originel tour de force toujours chaudement recommandé.
1. Will the Guns Come Out 1:25
2. Build. Destroy. Rebuild. 2:58
3. F—k It, You Win 3:11
4. Dead Wrong 3:28
5. Come Alive 2:35
6. Loved One 2:37
7. Heartbreak Hotel 3:12
8. Wait Wait Wait 3:56
9. Garbage City 3:54
10. You Rascal You 2:21
11. I Got a Thing 2:00
Hanni El Khatib - tous instruments, chant
&
Greg Reeves - guitarron (4)
Nicolas Fleming-Yaryan - batterie (10)
Marc Bianchi - batterie additionnelle (1-5, 7, 9)
2011 |
iNTo THe WiLD
"Head in the Dirt" (2013)
ou "la Belle Suite"
Après un très réussi premier album, Will The Guns Come Out, où il s'occupait de tout ou presque, Hanni El Khatib revient sous le patronage bienveillant du Black Keys Dan Auerbach, producteur "in" s'il en fut, mettant tous les atouts du côté de son garage rock revivaliste et de son envol vers des sommets inespérés, commerciaux et artistiques (c'est tout le mal qu'on lui souhaite !).
De fait, si l'approche lo-fi n'est pas tout à fait remisée, elle est nettement amenuisée par une production "au goût du jour" sans être raccoleuse, c'est aussi vrai de l'énergie brute du premier album qui est ici nettement plus domptée. Ceci dit, ce que la musique d'Hanni perd en agressive fraicheur, elle le gagne en rouerie mélodique et compositionnelle, c'est évident dès le shuffle extrêmement catchy d'Head in the Dirt, la chanson, dès l'ouverture de l'album. C'est aussi à une galette notablement plus variée à laquelle nous avons affaire avec la sunshine soul'n'pop de Penny (qu'on croirait presque les Dexys Midnight Runners en pleine relecture Motown !), le reggae rock au refrain énervé de Move ou le Them meets Black Keys de Low. Il reste évidemment de ces salves rageuses du même acabit que celles qui firent le succès du premier opus d'El Khatib comme le furieux Family, Pay No Mind ou Sinking in the Sand, trois parfaits exemples de maîtrise garage rock. On notera aussi le blues Stonien à l'excellent emballage final qui clôt l'album (House on Fire), parfaite façon de finir sur une vraie bonne note un album globalement très réussi.
Avant de conclure, on évoquera évidemment la production et les co-arrangements de Dan Auerbach qui, discret, s'est parfaitement intégré à l'univers de son "client". Tout juste a-t-il su doper la recette préexistante pour la rendre, certes un peu plus policée mais encore plus addictive.
Avec Head in the Dirt, Hanni El Khatib se place, souhaitons-lui, durablement dans le club de ces jeunes qui possèdent la capacité de faire revivre le passé sans donner l'impression de le vampiriser. Un joli tour de force de l'ex-skateboarder en attendant la suite d'évènements s'annonçant sous de brillants auspices si l'on en croit la qualité de son catalogue naissant.
1. Head in the Dirt 3:18
2. Family 2:27
3. Skinny Little Girl 3:55
4. Penny 3:17
5. Nobody Move 2:31
6. Can't Win Em All 3:04
7. Pay No Mind 3:05
8. Save Me 2:49
9. Low 2:31
10. Sinking in the Sand 2:30
11. House on Fire 3:45
Hanni El Khatib - guitar, farfisa, lead vocals, percussion
Dan Auerbach - bass, guitar, background vocals, percussion
Patrick Keeler - drums, percussion
Bobby Emmete - hammond organ, piano, keyboards, electric sitar
Nikki Lane, Jesse Darlin, Nikki Darlin - background vocals
2013 |
SNaKe CHaRMeR
"Moonlight" (2015)
ou "la Confirmation"
Avec la régularité d'un coucou suisse, Hanni El Khatib, le skater/designer californien devenu rocker, nous livre notre petite dose bisannuelle de bon son, la troisième à son encore jeune catalogue, une bonne nouvelle.
S'il avait conçu son précédent opus, le toujours recommandé Head in the Dirt, avec le Black Keys producteur super-in Dan Auerbach, il revient présentement à la formule de son premier méfait, l'excellentissime Will the Guns Come Out, et redevient le presque unique instrumentiste, compositeur, producteur de sa petite entreprise s'adjoignant simplement les services d'un dénommé Ron Marinelli aux badaboums de circonstance et de quelques guests pour se sentir moins seul et épicer son délicieux brouet rock'n'rollesque, et sans doute pour se sentir moins seul parce qu'avouons, la musique c'est rigolo en communauté, aussi .
Et donc Moonlight... Vous dire qu'Hanni s'y réinvente, s'y révolutionne serait, plus qu'une exagération, une grossière distorsion de la réalité. Parce qu'Hanni fait ce qu'il aime depuis ses débuts et, un homme de plaisirs simples sans doute, n'a pas tant changé depuis que sa réputation en a fait un nom qui commence sérieusement à compter. En fait, il y ferait presque un pas en arrière et un peu de côté, revenant au son plus dru de son premier long-jeu, à l'énergie séminale qui s'en dégageait sans pour autant s'y "auto-revivaliser". Seul maître à bord, si évidemment, nécessairement secondé dans son entreprise par une bonne équipe de professionnels de studio, ingénieurs du son & Cie, El Khatib y retrouve en effet ce je-ne-sais-quoi de fraicheur qui s'était fugitivement absentée avec le parrainage d'Auerbach... Mais ne refait heureusement pas une illusoire tentative de copie carbone de son originel tour de force ! Parce que Moonlight, allez, par le menu : du garage rock presque théâtral (Moonlight, When The Teeth Begin to Show) , du rock brut de décoffrage (Melt Me, Servant, All Black, le revivaliste sixties Home), et même quelques mignonettes expérimentations du psyché (Chasin') à un jazz/blues sale et possédé que ne renierait pas Mr. Waits (Worship Song) jusqu'à un essai réussi de power ballad (Mexico) et un final (Two Brothers) ouvrant sur bien des possibles avec ses cordes emphatiques, sa rythmique disco (oui, disco !) pour un résultat presque french touch (Air !) du meilleur effet. Oui, c'est une belle collection que nous livre Hanni, une qui ne le coupe pas de ses bases mais le pousse juste ce qu'il faut vers un autre chose qu'il sera libre de définir tant il s'ouvre moult portes.
Et, en attendant, c'est d'un excellent album dont il s'agit, et d'un premier beau coup de semonce rock'n'rollesque majeur en ce début 2015. Bravo Hanni !
Et donc Moonlight... Vous dire qu'Hanni s'y réinvente, s'y révolutionne serait, plus qu'une exagération, une grossière distorsion de la réalité. Parce qu'Hanni fait ce qu'il aime depuis ses débuts et, un homme de plaisirs simples sans doute, n'a pas tant changé depuis que sa réputation en a fait un nom qui commence sérieusement à compter. En fait, il y ferait presque un pas en arrière et un peu de côté, revenant au son plus dru de son premier long-jeu, à l'énergie séminale qui s'en dégageait sans pour autant s'y "auto-revivaliser". Seul maître à bord, si évidemment, nécessairement secondé dans son entreprise par une bonne équipe de professionnels de studio, ingénieurs du son & Cie, El Khatib y retrouve en effet ce je-ne-sais-quoi de fraicheur qui s'était fugitivement absentée avec le parrainage d'Auerbach... Mais ne refait heureusement pas une illusoire tentative de copie carbone de son originel tour de force ! Parce que Moonlight, allez, par le menu : du garage rock presque théâtral (Moonlight, When The Teeth Begin to Show) , du rock brut de décoffrage (Melt Me, Servant, All Black, le revivaliste sixties Home), et même quelques mignonettes expérimentations du psyché (Chasin') à un jazz/blues sale et possédé que ne renierait pas Mr. Waits (Worship Song) jusqu'à un essai réussi de power ballad (Mexico) et un final (Two Brothers) ouvrant sur bien des possibles avec ses cordes emphatiques, sa rythmique disco (oui, disco !) pour un résultat presque french touch (Air !) du meilleur effet. Oui, c'est une belle collection que nous livre Hanni, une qui ne le coupe pas de ses bases mais le pousse juste ce qu'il faut vers un autre chose qu'il sera libre de définir tant il s'ouvre moult portes.
Et, en attendant, c'est d'un excellent album dont il s'agit, et d'un premier beau coup de semonce rock'n'rollesque majeur en ce début 2015. Bravo Hanni !
1. Moonlight 3:33
2. Melt Me 3:40
3. When The Teeth Begin to Show 3:11
4. Chasin' 2:49
5. Worship Song (No. 2) 4:01
6. Mexico 4:56
7. Servant 4:16
8. All Black 2:39
9. Home 3:10
10. Dance Hall 3:29
11. Two Brothers 5:47
Hanni El Khatib - vocals, guitars, bass, piano, mellotron, synthesizers, percussion
Ron Marinelli - drums, percussion, harlow
&
Matt Sweeney - snake guitar (Moonlight)
Hayden Tobin - mellotron (Chasin')
Greg Reeves - bass (Chasin')
Robert Ackroyd - additional guitar (Worship Song (No. 2))
Yasi Salek - background vocals (Servant)
Nathan "Hey Hey" Awelu - additional guitar (Two Brothers)
Tom Lea - viola, violin (Two Brothers)
Sonny DiPerri - modular synth (Two Brothers)
2015 |