dimanche 17 août 2014

Four Sides Live (The Genesis Live Series 3/5)

N'en déplaise à tous ceux qui espéraient s'être débarrassé de ces dinosaures grâce à l'électrochoc punk de la fin des 70s, Genesis est encore bien là dans les années 80, fier de son présent et de son passé comme le prouve le présent live.

Genesis "Three Sides Live" (1982)
ou "3 faces et plus"


C'est entendu, le Genesis des années 80 n'est plus le Genesis historique, celui qui, de 1971 à 1976, de Trespass à Wind & Wuthering, combla d'aise les amateurs de rock progressif. Ceci vaut en studio comme en live comme tend à le démontrer le très professionnel Three Sides Live, troisième offrande en concert du désormais trio.
 
Peut-être parce que Daryl Stuermer n'est pas Steve Hackett (enfonçage de porte ouverte, je sais), plus certainement parce que l'obligatoire évolution entraînée par la drastique réduction du line-up dans son acceptation studio, la simplification et la modernisation de l'écriture et du son du groupe, pour continuer à exister autrement que comme le fantôme de son propre passé, a profondément redéfini la donne.
Or donc, quand il s'agit de donner un successeur à l'impeccable Seconds Out, Genesis le fit avec les armes qu'il possédait alors, celles d'une formation privilégiant une écriture plus pop mais un professionnalisme et une application aucunement démentis à reproduire, le supplément d'âme du direct en sus, sa musique d'alors sans tout à fait oublier, via quelques extraits bien sentis si moins habités, ce qui fit sa légende, plus particulièrement dans la version "Four Sides Live" disponible depuis les remasterisations de 1994. Cette nouvelle édition se vit amputée de sa face studio (dont le contenu est disponible sur le coffret 1976-1982), pour remplacer, et même mieux que ça !, elle fut glorieusement augmentée de trois pistes essentielles, dont une, la plus savoureuses de toutes, propose un medley d'It et de Watcher of the Skies captée en 1976 avec Hackett toujours présent et Bill Bruford au drumkit, frissons garantis !
Le reste de la sélection, à l'exception d'Afterglow et du pot-pourri "old-school" In the Cage/The Cinema Show/The Colony of Slippermen, se concentre sur les trois albums sortis depuis le départ d'Hackett. C'est forcément un peu moins excitant mais n'en possède pas moins quelques très beaux moments compensant le côté "greatest hits" du reste de la tracklist. On apprécie particulièrement les versions de Dodo/Lurker et d'Abacab, on aime aussi l'inclusion de Duchess et de Me and Sarah Jane, on a forcément plus de doutes sur un Turn It On Again, un Behind the Lines, un Follow You Follow Me et un Misunderstanding, autant d'indices que les temps changent, certainement pas pour le meilleur mais pas obligatoirement pour le pire pour autant, enfin, pas encore. Parce que Genesis, à ce point de sa carrière, demeure un combo qui sait faire sur scène et que, finalement, ce nouvel élan mainstream lui va plutôt bien au teint (et à la voix de Collins).
Côté technique, on apprécie la clarté et la puissance du son et tient ici la meilleure captation live du groupe jusqu'alors. On peut regretter qu'il ne s'agisse pas d'un concert unique mais de performances collectées majoritairement lors de divers concerts de la tournée Abacab, mais c'était déjà le cas sur Seconds Out et même sur Genesis LiveThe Return of the Giant Hogweed provenait d'un autre concert que le reste des titres proposés. Bien monté, bien mixé, l'illusion est presque parfaite... mais reste une illusion, un assemblage artificiel d'une performance n'ayant, formellement, jamais existé.

Toujours est-il que Three Sides Live, excellent complément de ses deux prédécesseurs dans l'exercice, est un live de qualité par un groupe sûr de son fait et encore presque en pleine possession de sa force créatrice. La suite sera nettement moins glorieuse mais, ça, c'est une autre histoire...


CD 1
1. Turn It On Again 5:16
Nassau Coliseum, Long Island NY, 29 Nov 1981
2. Dodo/Lurker 7:19
National Exhibition Centre, Birmingham, 23 Dec 1981
3. Abacab 8:47
National Exhibition Centre, Birmingham, 23 Dec 1981
4. Behind the Lines 5:26
Nassau Coliseum, Long Island NY, 29 Nov 1981
5. Duchess 6:43
Nassau Coliseum, Long Island NY, 29 Nov 1981
6. Me & Sarah Jane 5:59
Nassau Coliseum, Long Island NY, 29 Nov 1981
7. Follow You Follow Me 4:58
Lyceum Ballrooms, London, 6 May 1980

CD 2
1. Misunderstanding 4:06
Savoy Theatre, New York NY, 28 Nov 1981
2. In the Cage/The Cinema Show/The Colony of Slippermen 11:53
National Exhibition Centre, Birmingham, 23 Dec 1981
3. Afterglow 5:14
National Exhibition Centre, Birmingham, 23 Dec 1981
4. One for the Vine 11:04
Theatre Royal Drury Lane, London, 5 May 1980
5. The Fountain of Salmacis 8:37
Knebworth Park, Hertfordshire, England, 24 June 1978
6. It/Watcher of the Skies 7:22
Apollo Theatre, Glasgow, Scotland, 8 Jul 1976


Tony Banks – keyboards, background vocals
Phil Collins – lead vocals, drums, percussion
Mike Rutherford – bass, guitar, background vocals
&
Daryl Stuermer
– guitar, bass
Chester Thompson – drums, percussion

it / Watcher of the Skies
Tony Banks – keyboards
Phil Collins – vocals, drums
Steve Hackett – guitar
Mike Rutherford – bass, guitar
&
Bill Bruford
– drums

samedi 16 août 2014

Ennio (et Serge) forever

En attendant de voir à quelle sauce il accommodera les vétérans irlandais d'U2 (album prévu en 2015), penchons-nous sur le Rome de 2011 où Danger Mouse hommage Morricone... Mais pas seulement !

Danger Mouse & Daniele Luppi "Rome" (2011)
ou "Cinecittà revisited"


Il fallait oser ! Rendre hommage à Ennio Morricone en enregistrant sur son turf, avec des membres de son ensemble, un album reprenant peu ou prou le style et le son de ses meilleures bandes originales de western spaghetti (...et autres), c'est gonflé !
 
Mais plus rien n'arrête Danger Mouse (aka Brian Burton) qui n'a de cesse d'élargir son spectre musical s'éloignant, à chaque album, un peu plus de sa réputation originelle de hip-hopper.
Présentement, secondé par le producteur, compositeur et arrangeur Daniele Luppi,  un homme passé maître dans l'art de tisser de cinématiques ambiances, il crée la bande son d'un film imaginaire en s'inspirant, donc, de la façon de Monsieur Ennio Morricone (et souvent de notre Gainsbarre national et de sa Mélodie Nelson, ce son de basse !, ces cordes vaporeuses !, c'était à préciser). Ce faisant, il produit un album bourré d'atmosphères un brin kitsch et de mélodies immédiatement "ear-friendly" pour un résultat certes un peu dérivatif mais éminemment sympathique. Un album qui ne tente pas de réinventer la roue se contentant de bien faire ce qu'il promet, c'est déjà très bien.
Un bonheur ne venant jamais seul, on a le plaisir d'y retrouver deux vocalistes "in" : Norah Jones (alors en plein recadrage pop pour qui il produira bientôt le joli Little Broken Hearts) et l'inévitable Jack White, des Stripes de la même couleur, chacun pour trois chansons bien troussées ne nuisant nullement à l'unité d'ensemble, au contraire.
 
Rome est une réussite, un album, dont le plus grand défaut est finalement sa brièveté (35 minutes !), qu'on recommandera à tous mais plus particulièrement à ceux appréciant Ennio et Serge et, plus généralement, la pop filmique que l'un comme l'autre savaient si bien produire. Reste à Tarantino de faire le film mais ça, c'est une autre histoire (...on peut toujours rêver).
 

1. Theme of "Rome" 2:21
2. The Rose with the Broken Neck 3:23
3. Morning Fog (interlude) 0:39
4. Season's Trees 3:12
5. Her Hollow Ways (interlude) 0:57
6. Roman Blue 3:13
7. Two Against One 2:21
8. The Gambling Priest 2:03
9. The World (interlude) 1:02
10. Black 3:32
11. The Matador Has Fallen 1:47
12. Morning Fog 2:06
13. Problem Queen 2:37
14. Her Hollow Ways 2:30
15. The World 3:29


Musicians
Gegè Munari - Drums and percussion
Dario Rosciglione - Upright and electric bass
Luciano Ciccaglioni - Acoustic and electric guitars
Antonello Vannucchi - Celesta, harpsichord, organ and piano
Roberto Podio - Percussion
Gilda Buttà - Celesta and harpsichord
Cantori Moderni - Choir
Edda Dell'Orso - Soprano Vocals
Jack White - Vocals ("The Rose with a Broken Neck", "Two Against One" and "The World")
Norah Jones - Vocals ("Season's Trees", "Black" and "Problem Queen")

Recording and arrangements
Danger Mouse - Production, arrangements, mixing
Daniele Luppi - Production, arrangements, mixing, orchestra, and choir conductor
Fabio Patrignani - Engineer, mixing

vendredi 15 août 2014

LNAHO

Et si on prenait l'absolu contre-pied de Genesis avant d'attaquer la phase deux de leurs albums live ? Et quoi de mieux, pour ce faire, qu'une douceur pop française (par une belge, je sais) ? Go !

Helena Noguera "Née dans la Nature" (2004)
ou "Belle de Nature"


Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis. Mais venons-en à la musique et laissons l'aspect fantasmatique de côté, pas le choix.
 
Et vantons les mérites de cette collaboration de 2004 avec ce doux dingue de Philippe Katerine, une collaboration qui n'est pas alors une nouveauté puisque, déjà, Projet : Bikini et Azul (et plus tard Fraise Vanille, hommage à Serge Rezvani) avaient bénéficié de ses grâces compositionnelles et son savoir-faire d'arrangeur particulièrement compatibles avec les visées pop de mademoiselle Noguerra qui y apparaît comme une anti-Carla Bruni puisque maniant aussi bien la sensualité, la fraicheur que l'humour en plus d'avoir une voix, une vraie voix pour la french pop puisque c'est, fondamentalement, ce que Née dans la Nature nous offre. Et qu'on ne voudrait pas autre chose d'ailleurs parce que, groovy ou folk, ces chansons sont autant de douceurs sucrées qui vous fondent dans l'oreille et vous enrobent le cervelet dans un nuage rose barbapapa. Et oui, même quand on attaque la reprise très réussie du pourtant agaçant, dans sa version originale, I Just Can't Get You Out of My Head de l'australienne de poche Kylie Minogue, ici dégraissé, "dé-clubisé" pour un résultat extrêmement probant et satisfaisant prouvant que, sous la bouse, se cachait bel et bien la grâce. Bien vu Philippe et Helena ! Et bravo, en fait, pour l'ensemble d'un album varié, réussi de bout en bout qu'on se passe, encore et encore, avec l'assurance de la satisfaction répétée.

Ha ! Être un lion câliné par la belle Helena !, s'entendre susurrer "je t'aime salaud"... un petit goût de paradis... Facilement accessible à l'écoute de ce Née dans la Nature ô combien réussi et recommandé, qu'on se le dise !


1. Née Dans La Nature 2:34
2. L'Age De Ma Mère 2:26
3. Je T'Aime Salaud 3:46
4. Mary Popins 2:44
5. I Just Can't Get You Out Of My Head 4:37
6. Le Jardin Près De La Falaise 3:10
7. Aux 4 Vents 4:04
8. Les Fantômes 4:00
9. Quand Tu Dors 4:31
10. Je Nageais Nue 4:24
11. Qui Es Tu? 3:17
12. C'est Parapluie 1:19


Helena Noguerra - chant
Philippe Katerine - guitares, chœurs
Philippe Eveno - guitares, chœurs
Christophe "Disco" Mink - guitare basse, keys, contrebasse, harpe, chœurs
Christophe Lavergne - batterie
&
Olivier Libaux - guitare (12)
Fifi Chachnill - chant (12)

jeudi 14 août 2014

Précieuses secondes (The Genesis Live Series 2/5)

Peter Gabriel parti, Genesis n'est pas encore la machine à hits de années 80 que nous connaissons mais toujours bel et bien un groupe progressif de grande classe. La preuve :

Genesis "Seconds Out" (1977)
ou "Sans Gabriel mais avec du cœur"


Un double live, un vrai, enfin !
 
Parce que si le Genesis Live de 1973 avait ses mérites (ha ! cette version de The Knife), il souffrait d'une sélection trop peu étendue pour être réellement satisfaisante et d'un mixage par trop approximatif pour contenter les audiophiles (ce détail largement réparé par le remix de 2009, c'est à noter).
Sur les douze titres de la sélection, enregistrés en grande partie lors d'un concert parisien au Palais de Sports (13/06/77), cinq proviennent des deux albums sortis avec Phil Collins au chant, qui y est donc comme un poisson dans l'eau. Le reste, créé avec vous savez qui, constitue donc la vraie nouveauté, la gageure qu'est de devoir remplacer un vocaliste à la personnalité unique. Force est de constater que Phil s'en sort bien, trouve son propre chemin, sa propre voie (voix) imposant une tonalité plus pop sans ruiner le souffle épique de compositions qui, sans, ne s'en seraient pas remises. Il faut dire que ce Genesis là, que ce soit avec Chester Thompson ou Bill Bruford (ce dernier uniquement sur The Cinema Show) en suppléants de luxe au batteur intermittent a tous les atouts instrumentaux de son prédécesseur, à commencer par un Hackett quelque peu maltraité au mixage (pas sur la version définitive de 2009 cependant) mais bel et bien présent et ô combien utile comme sur Firth of Fifth (amputé de son intro de piano, dommage !) ou l'apothéose finale Los Endos où sa maîtrise technique n'a d'égale que le feeling qu'il infuse dans ses parties. Il suffit d'ailleurs de comparer les quelques morceaux communs avec le live suivant de Genesis, Three Sides Live, pour se rendre compte du vide qu'il laissera à son départ. Le reste du line-up, Banks et Rutherford, est évidemment à la hauteur de leurs comparses avec un Mike en soutien essentiel (et pas seulement bassiste) et un Tony toujours aussi flamboyant derrière ses claviers. Plus que de solide, c'est d'inspiré dont il s'agit avec un groupe toujours aussi progressif, toujours autant en maîtrise de son sujet sur une tracklist où, bien sûr, d'aucuns regretteront l'absence d'essentiels ou jugés comme tels (The Knife ou Watcher of the Skies viennent à l'esprit) mais proposant, une première alors, l'intégralité de Supper's Ready, ce qui n'est pas rien, convenons-en.

Doté, dès sa première édition, d'une captation de qualité, Seconds Out resplendit encore plus dans son mixage définitif de 2009 et demeure, quoiqu'en pensent ceux pour qui Genesis sans Gabriel n'est plus tout à fait Genesis, un excellent album live, introduction presque idéale à ce géant des 70s alors au sommet de son art... Plus pour très longtemps, hélas.


CD 1
1 Squonk 6:42
2 Carpet Crawlers 5:20
3 Robbery, Assault & Battery 6:02
4 Afterglow 4:25
5 Firth of Fifth 8:55
6 I Know What I Like (In Your Wardrobe) 8:44
7 The Lamb Lies Down on Broadway 4:59
8 The Musical Box [Closing Section] 3:21

CD 2
1 Supper's Ready 24:41 
2 The Cinema Show 10:58
3 Dance on a Volcano 5:09 
4 Los Endos 6:20


Tony Banks – RMI Electra Piano, Hammmond T. organ, Mellotron 400, ARP Pro Soloist synthesizer, Epiphone 12-string guitar, backing vocals
Phil Collins – lead vocals, percussion, drums on "Robbery, Assault and Battery" (during keyboard solo), "Firth of Fifth", "The Musical Box", "Supper's Ready" (during "Apocalypse in 9/8" section), "Cinema Show" (during keyboard solo) & "Los Endos"
Steve Hackett – Gibson Les Paul lead guitar, Hokada 12-string guitar
Mike Rutherford – Shergold Modulator doubleneck 12-string electric guitar/4-string bass guitar, 8-string bass guitar, Moog Taurus bass pedals, backing vocals
&
Chester Thompson
– drums & percussion on all tracks except "The Cinema Show"
Bill Bruford – drums & percussion on "The Cinema Show"

mercredi 13 août 2014

Genèse scénique augmentée (The Genesis Live Series 1/5)

Deuxième série consacrée à Genesis, en live cette fois. Vous y retrouverez toutes les sorties officielles du groupe dans l'exercice ainsi que quelques bonus dans le présent et inaugural volume. Enjoie !

Genesis "Genesis Live" (1973)
ou "Sous les feux de la rampe"


Premier live de Genesis, seul live officiel du quintet de référence, aussi, le sobrement titré Genesis Live reste une galette absolument incontournable même si certains titres y manquent cruellement.
 
Parce qu'en 1973, quelques mois avant la sortie de Selling England by the Pound, la formation progressive a largement de quoi proposer un double live et que Genesis Live, tristement simple, ne propose que 5 pistes. C'est d'autant plus rageant qu'on sait qu'un exemplaire promotionnel précéda la version officielle et que celui-ci contenait la chanson la plus référentielle de leur répertoire encore naissant : Supper's Ready. C'est d'autant plus rageant (bis) que le coffret Live 1973-2007 contient suffisamment de bonus pour magnifiquement allonger les splendeurs de la tracklist d'époque* (d'une captation audio d'extraits de The Lamb, à une autre, au Rainbow Theatre de Londres en 1973, pour la tournée de Selling England by the Pound).
Ca ne retire évidemment rien à l'album tel que nous le connaissons, particulièrement dans sa version remixée de 2009 (où tu est plus clair). Parce que ce Genesis là, s'il souffre des évidentes limitations techniques d'alors, est une fantastique machine. Une machine d'une rare précision menée par un Peter Gabriel encore plus trippé que dans les versions studio et d'un groupe explorant encore plus avant les possibles de leurs compositions. Pour preuve, il suffit d'écouter la meilleure version de The Knife disponible sur le marché qui bénéficie, outre d'un chanteur encore plus investi, de l'expertise des deux membres les plus récemment recrutés : Steve Hackett et Phil Collins. Parce qu'Hackett est un guitariste autrement plus passionnant que son pourtant très correct prédécesseur (Ant Phillips, co-fondateur de la maison, démissionnaire parce que traqueur) et que Collins, comme chacun le sait, est alors un des tous meilleurs batteurs au monde et apporte moult finesses à des compositions ne demandant que ça, dont The Knife, donc, surtout The Knife en vérité dont le solo de guitare est littéralement transfiguré, magnifié. Le reste tient forcément plus de la reproduction maniaque, perfectionniste, de ce qui fut enregistré pour les albums dont les interprétations sont tout de même essentielles puisque ce sont les versions définitives de morceaux désormais classiques par le line-up le plus révéré de la formation.

Les petits désagréments mentionnés mis à part, annihilés si vous faites l'acquisition du coffret précité, Genesis Live reste un fantastique album en concert d'un groupe dont, génération après génération, on n'a pas fini de louer les mérites... à raison !


* Chanceux que vous êtes, les bonus ont été rajoutés au fichier, pour un total de 2h20 de musique !, dont la tracklist est donc la suivante :

Genesis Live (remix 2009)
1. Watcher of the Skies 8:34
2. Get 'em Out by Friday 9:13
3. The Return of the Giant Hogweed 8:12
4. The Musical Box 10:54
5. The Knife 9:45
Bonus (rippé du DVD audio)
Enregistrements de 1975
6. Back in N.Y.C. 6:11
7. Fly on a Windshield 2:54
8. Broadway Melody of 1974 2:18
9. Anyway 3:33
10. The Chamber of 32 Doors 5:58

Bonus Cd
Live at the Rainbow 1973
1. Dancing With the Moonlit Knight 9:05
2. The Cinema Show 11:05
3. I Know What I Like (In Your Wardrobe) 5:23
4. Firth of Fifth 8:33
5. More Fool Me 3:24
6. The Battle of Epping Forest 12:23
7. Supper's Ready 23:42


Tony Banks – Hammond organ, Mellotron, Hohner Pianet, 12-string guitar, backing vocals
Phil Collins – drums, backing vocals
Peter Gabriel – lead vocals, flute, tambourine
Steve Hackett – lead guitar
Mike Rutherford – bass guitar, bass pedals, 12-string guitar, backing vocals

mardi 12 août 2014

Pogo à gogo !

Simplicité, énergie, bonne humeur, souvenons-nous des Shériff, un des plus beaux fleurons du punk et de l'alternatif français des années 80/90.

Les Shériff "La Saga des Shériff" (2012)
ou "Saga Ramona"


On les surnomme les Ramones de Montpellier, la réalité est évidemment un peu plus complexe que ça mais la description reste tout sauf erronée. Bienvenue dans le petit monde des Shériff !
 
...Et dans la double compilation récapitulative La Saga des Shériff, 39 morceaux où énergie punkoïde, bonne humeur communicative et innocence presque enfantine se marient pour le meilleur et pour le rire... Rien que ça !
 Notez, la formule est d'une simplicité absolue : des riffs punks de base, un emballage rythmique le plus souvent pied au plancher, des paroles à la touchante naïveté, une voix itou, et des chœurs de soutien juste comme il faut. Il est évident que c'est de l'art avec un tout petit a mais quelle tenue, quelle fougue ! Parce que, dans leurs meilleurs moments, les Shériff étaient capables de tout emporter, comme tout ceux qui ont eu l'honneur et le privilège d'assister à leurs électriques prestations scéniques peuvent en témoigner. Et comme, même dans leurs pires, pas souvent donc, quand l'inspiration n'est pas au top, ils restent une des plus sympathiques formations de punk rock de chez nous on rejoint sans rechigner la pogo party.
Alors, les Ramones d'ici ? En vérité, pour influents et importants que furent les faux frères de la Grosse Pomme, je leur préfère le joyeux chahut de nos Shériff à nous qui, certes, ne figureront jamais dans les livres d'histoire de la musique mais savaient (savent, puisqu'ils ressortent de temps en temps de leur cave) faire bien, faire simple. Une totale absence de prétention qu'il fait bon entendre.

La Saga des Shériff ? Un "good deal", peut-être un peu long pour qu'on se le fade d'une traite, où figure bel et bien le meilleur de nos étoilés, formation essentielle de l'agitation binaire tricolore. Punk's not dead, comme dirait l'autre.


CD 1
1. La saga des sheriff 1:39
2. Ne fais pas cette tête là 3:03
3. Hissez le drapeau noir 2:50
4. Panik (à Daytona Beach) 2:04
5. Les deux doigts dans la prise 2:01
6. A coup de batte de base ball 2:17
7. Jouer avec le feu 2:52
8. Plus haut 2:19
9. Dollars 3:21
10. Mayonnaise à gogo 2:43
11. 3,2,1... zéro 2:17
12. Pourvu que ça dure 2:20
13. Bongo kid 1:58
14. Pendons les haut et court 2:37
15. Je veux savoir pourquoi 2:50
16. Ça sert à rien 2:50
17. De toutes les couleurs 3:19
18. Ne comptez pas sur moi 1:52
19. Pile ou face 2:45
20. Arrête d'aboyer 2:31

CD 2
1. Ça fait mal 2:53
2. A la poubelle 2:52
3. Pas le temps d'attendre 2:21
4. Non ! Non ! Non ! 1:12
5. Je ne suis pas menteur 2:49
6. Pas besoin d'un dessin 2:44
7. Y'a comme un problème 2:57
8. État végétal 2:24
9. Question de fun 1:42
10. Donne moi plus2:02
11. A la porte 2:58
12. Tant de temps 2:18
13. Marteaux piqueurs 3:08
14. Génération atomique 3:21
15. Pagaille générale 2:32
16. Que pasa ? 2:44
17. Le goût du sang 2:46
18. Pour le meilleur et pour le pire 3:27
19. Le mur du son 2:35


Michel Conegero - basse
Olivier Téna - chant
Frédéric Bessière - guitare
Fabrice Albert-Birot - guitare
Emmanuel Larnaud - batterie
(line-up sujet à caution)

dimanche 10 août 2014

Le (double) retour de la machine à zorner

Après Dreamachines... Enfin la suite ! Même formation, même frisson. Zorn mystique, c'est quand même quelque chose !

John Zorn "On Leaves of Grass" (2014)
ou "Mystical Whitman"


Nova Express vous avait enchanté ? Dreamachines vous avait laissé tout chose ? Entrez sans crainte dans l'évocation mystique de Walt Whitman par John Zorn.
Pour l'innovation, vous repasserez, et ce n'est pas plus mal en l'occurrence parce que ce Zorn là, navigant quelque part entre grâce contemporaine et swing jazz en apesanteur, ne cherche nullement à choquer. Supérieurement, et superbement, mélodique, il n'offre pas autre chose que de charmantes (quoique  savantes) compositions magnifiquement interprétées par un quatuor, d'abord entendu sur un Nova Express prometteur en 2011, qu'on retrouva presque dans la même formule sur le At the Gates of Paradise dédié à William Blake la même année (un petit orgue alternant avec le piano en plus), et qui fit plus que confirmer l'an dernier sur le très réussi Dreamachines.
Ceci dit, un Zorn "facile" ne signifie pas pour autant un Zorn se reposant sur ses lauriers ou oubliant que quelques bienvenues sorties de routes, quelques dérapages contrôlés, ne font que renforcer, magnifier la mélodie voisine. Cette ambivalence, cette capacité finalement unique à son auteur de souffler alternativement le chaud et le froid, l'harmonique absolu et l'abstrait délicat, le très écrit et le plus improvisé est ce qui fait le sel de la galette et la rend, ultimement, si attirante. Et comme ce diable de Zorn le fait avec une simplicité et  naturel rien moins que confondant, toute résistance est futile. On se laisse ainsi happer dès l'inaugural Whispers of Heavenly Death où nous "pète à la face", façon de parler puisque c'est l'art de la nuance qui s'exprime ici, l'alliance évidente d'une paire rythmique (le bassiste Trevor Dunn et l'exceptionnel batteur Joey Baron) et du duo de solistes/mélodistes formé par le pianiste John Medeski et le vibraphoniste Kenny Wollesen, tous des habitués de la "Maison Zorn". Une formation parfaitement équilibrée donc, dotée de mélodistes admirablement complémentaires soutenus par une doublette basse/batterie experte, c'est déjà l'assurance que l'ensemble sera parfaitement interprété.
Au-delà des joueurs, il y a la partition, et, là encore, on est ébloui par Zorn et sa capacité assez inouïe de produire, bon an mal an, un si grand nombre d'albums et tant de mélodies où, forcément, on reconnaît sa plume, son style sans pour autant avoir l'impression qu'il ne s'agit que d'une redite de travaux précédents. Sans doute faut-il y voir, outre l'incroyable étendue de la palette d'un compositeur touche-à-tout, l'inspiration présentement puisée dans l'œuvre du poète américain Walt Whitman (1819-1892), chantre du vers libre et de l'expression d'une américanité à la fois quotidienne et transcendantale à laquelle Zorn ne répond pas autrement qu'en puisant dans le versant le plus émotionnel, romantique oserait-on, et un brin mystique aussi, de son âme compositionnelle.

Un groupe parfait, une partition aux petits oignons, une mise en son évidemment à la hauteur (on a l'habitude), il n'en faut pas plus pour célébrer un album réussi de bout en bout, encore un !


1. Whispers of Heavenly Death 5:35
2. Song at Sunset 3:22
3. Halcyon Days 4:26
4. Portals 4:03
5. Sea Drift 5:09
6. Song of the Open Road 3:47
7. The Body Electric 2:55
8. Mystic Cyphers 4:30
9. America 14:23


John Zorn - compositions, arrangements, production
Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - piano
Kenny Wollesen - vibes
&
Ikue Mori - electronics (8)


Bonus !
Je vous ai déjà parlé de Dreamachines, second opus concocté par la formation auteure de l'excellent On Leaves of Grass, il n'était que temps de revenir, aussi, sur Nova Express, chapitre inaugural de qualité consacré à William Burroughs. Dont acte.

John Zorn "Nova Express" (2011)
ou "Burroughs...by Zorn!"


Album inaugural d'une formation qui a depuis fait florès, Nova Express est un album passionnant, qu'on se le dise !
 
Rien que pour l'assemblage, fomenté par John Zorn, d'un line-up qui nous a, depuis, donné d'exquis frissons, de Dreamachines au récent On Leaves of Grass en passant par At the Gates of Paradise, on ne peut que louer l'expérience, celle d'un quartet juste parfait pour l'exercice présentement accompli et l'expression de l'art, versant mélodique quoique contemporain du compositeur le plus prolifique de la fin du XXème et du début du XXIème siècle.
Parce que Medeski et Wollesen, respectivement pianiste et vibraphoniste de la galette, forment un duo de solistes qu'on aurait à peine oser rêver, tout en complémentarité et en grâce. Ensuite parce que Baron et Dunn, basse et batterie, deux instrumentistes aussi précieux que précis, tissent le juste assemblage rythmique pour soutenir leurs deux collègues de l'occasion. Enfin parce qu'il y a les compositions qui, alternant contemporanéité avant-gardiste et swing jazz débordant d'âme, ne peuvent que séduire les amateurs d'une musique souvent osée, parfois un brin chaotique, généralement joliment mélodique, exprimant à merveille la talentueuse versatilité du Maître de cérémonie... Et sa capacité de renouvellement perpétuel (pourvu que ça dure !) présentement alimenté par l'œuvre de ce grand malade de William Burroughs.
 
Alors certes, ce n'est pas la plus réussie des quatre galettes du quatuor, on y préfèrera Dreamachines et On Leaves of Grass, ça n'en reste pas moins un opus tout à fait réussi, quelques franches coudées au dessus de la masse des swingueurs lambda, et donc recommandé à tous ceux ayant éprouvé de belles émotions à l'écoute des précités. Une belle œuvre, vraiment.


1. Chemical Garden 3:44
2. Port of Saints 5:21
3. Rain Flowers 4:41
4. The Outer Half 3:50
5. Dead Fingers Talk 2:20
6. The Ticket That Exploded 4:03
7. Blue Veil 7:21
8. IC 2118 7:37
9. Lost Words 2:20
10. Between Two Worlds 5:02


John Zorn - compositions, arrangements, production
Joey Baron - drums
Trevor Dunn - bass
John Medeski - piano
Kenny Wollesen - vibes

samedi 9 août 2014

Préhistoire (The Genesis Studio Series 15/15)

Où se conclut le passage en revue de l'œuvre studio de Genesis. Pas une fin en fanfare cependant mais, par quelque bout qu'on décide de faire sa rétrospective, on ne touche pas au classique, à l'indispensable. Et donc, From Genesis to Revelation... Avant de vous proposer la Genesis Live Series parce que je ne pouvais décemment pas vous laisser ainsi, au milieu du chemin.

Genesis "From Genesis to Revelation" (1969)
ou "L'enfance de l'art"


Genesis avant Genesis ou la préhistoire de ce qui allait devenir, sans qu'aucun signe avant-coureur ne vienne poindre, une des plus belles formations de rock progressif. Vous me direz qu'il fallait bien commencer quelque part mais, rétrospectivement, la route parait encore longue, interminable... Et la mue d'autant plus miraculeuse.
 
Parce que ce Genesis là n'a que très peu de point communs avec celui qui passera à la postérité. Déjà dans le format, la durée et le style de leurs chansons, petites constructions pop extrêmement typiques de leur époque mais, hélas, pas franchement remarquables (d'autres font alors ça bien mieux, indéniablement). Ces premiers pas ne sont certes pas très assurés mais pas indignes pour autant, et presque totalement détachables du reste de la discographie du groupe, donc. Bien sûr, il y a déjà la voix de Peter Gabriel, son approximation post-adolescente tout du moins, c'est à peu près le seul trait d'union qu'on puisse trouver avec ce qui suivra, fera florès. Point positif, parce qu'il y en a tout de même, il y a une innocence, une naïveté, qui rend la collection attachante, émouvante presque. Il n'est pas inutile de préciser que les quatre membres du Genesis d'alors (plus John Silver, rapidement adoubé parce qu'il fallait bien un batteur pour remplacer un Chris Stewart débarqué parce que pas au niveau) se rêvent plus en équipe de songwriters qu'en musiciens/performers à proprement parler, et qu'il faudra la foi et l'insistance de Jonathan King (un ancien de la Charterhouse School, comme eux) pour leur faire changer d'avis.
Musicalement, c'est donc de pop de la fin des 60s dont il s'agit, ce n'est pas plus compliqué que ça. Un peu de psychédélisme, un peu de folk, des influences criantes (des Bee Gees surtout, groupe que King apprécie alors particulièrement, aux Kinks en passant par les Moody Blues) et le tour est joué. Il y a quelques jolies chansons dessus, surannées aujourd'hui, forcément, dont When the Sour Turns to Sweet et son petit côté soul qui colle si bien à la voix d'un jeune Peter, The Serpent qui mieux développé aurait presque pu être progressif déjà, In the Wilderness où point déjà une certaine théâtralité et se voit doté d'un refrain accrocheur, ou un charmant Silent Sun (très Bee Gees d'alors) s'il n'avait été empesé de cordes envahissantes.
Assemblé comme un concept album où les pistes s'enchainent les unes aux autres par le producteur, augmenté de cordes sans consultation préalable du groupe qui s'en trouva fort marri, trop moyennement produit et mal emballé par une pochette aussi peu accrocheuse que possible, peu voire pas promu par le label (Decca), From Genesis to Revelation se trouvera souvent alors dans les bacs réservés à la musique religieuse, sans en être donc. Les chiffres de vente, logiquement, n'en seront pas (euphémisme) très élevés poussant le groupe à reprendre son destin en main et à changer radicalement de braquet mais ça, c'est une autre histoire, la Grande Histoire de Genesis que nous connaissons bien.

Il y en aura sûrement pour vanter ce Genesis par rapport à l'autre (aux autres ?), au vrai, mais il y en a toujours qui refusent de se rallier à la majorité, qu'elle ait raison ou tort (en l'occurrence, elle ne se trompe pas). Concrètement, on ne conseillera l'album qu'aux fans hardcore du groupe, ceux qui ne veulent rien rater quelque soit la qualité, et aux archivistes de la pop anglaise de la fin des années 60... ce qui ne fait pas beaucoup de monde. Parce que From Genesis to Revelation, sans être jamais vraiment mauvais, entendons-nous bien, n'est aucunement essentiel, anecdotique tout au plus.


Album
1. Where the Sour Turns to Sweet 3:16
2. In the Beginning 3:47
3. Fireside Song 4:20
4. The Serpent 4:40
5. Am I Very Wrong? 3:33
6. In the Wilderness 3:33
7. The Conqueror 3:42
8. In Hiding 2:40
9. One Day 3:22
10. Window 3:35
11. In Limbo 3:32
12. Silent Sun 2:15
13. A Place to Call My Own 2:00

Bonus Disc
1. Patricia (demo 1967) 3:08
2. Try a Little Sadness (demo 1967) 3:21
3. She is Beautiful (demo 1967) 3:48
4. Image Blown Out (demo) 2:49
5. The Silent Sun (single A-side) 2:15
6. That's Me (single B-side) 2:40
7. A Winter's Tale (single A-side) 3:32
8. One-Eyed Hound (single B-side) 2:34
9. Where the Sour Turns to Sweet (demo 1968) 3:16
10. In the Beginning (demo 1968) 3:32
11. In the Wilderness (rough mix without strings 1968) 2:59
12. One Day (rough mix 1968) 3:08
13. Image Blown Out (rough mix 1968) 2:13


Tony Banks – Farfisa & Hammond organs, acoustic & electric pianos, backing vocals
Peter Gabriel – lead vocals, flute
Anthony Phillips – acoustic & electric guitars, backing vocals
Mike Rutherford – bass guitar, acoustic & electric guitars, backing vocals
John Silver – drums, vocals, except on "Silent Sun"
&
Chris Stewart – drums on "Silent Sun"
Strings & horns arranged & conducted by Arthur Greenslade & Lou Warburton

vendredi 8 août 2014

Etoile naissante (The Genesis Studio Series 14/15)

Avant-dernier billet de ma série sur les albums studio de Genesis, pas des moindre si l'on considère qu'il s'agit, pour beaucoup, du vrai premier album du groupe, celui où tout prend forme. Et plein de bonus extraits du coffret 1970-75, parce que vous le valez bien !

Genesis "Trespass" (1970)
ou "Pas encore tout à fait tranchant"


Ha, Trespass ! Oubliés les errements psyché-pop d'un premier album dispensable, rétamées les petites chansonnettes de 3 minutes, sorti Jonathan King , producteur, manager, découvreur, et ses ambitions mainstream... Genesis nait à sa nouvelle vie, celle d'un courant tout juste naissant : le rock progressif. Rien que ça, est une excellente nouvelle !
 
Mais il y a en plus d'excellentes chansons où le groupe, plus que de déployer les atours dont il avait fait montre précédemment, fait sa révolution. Les compositions s'en trouvent notablement allongées, le format chanson pop explosé en de précieuses pièces aux multiples développements et la palette sonore dramatiquement élargie. On y trouve aussi, enfin !, un Peter Gabriel ayant trouvé sa voix, et sa voie dans des paroles certes plus cryptiques mais aussi nettement plus intéressantes. Il est, il faut dire, bien secondé par les finesses et emportements de ses quatre condisciples notamment sur un Looking for Someone , un White Mountain ou, bien sûr !, un The Knife n'hésitant pas à sortir l'électricité dans des passages échevelés contrebalançant à merveille quelques douceurs pastorales bien senties. Mais, parce qu'il y a un mais, il n'y a pas encore tout à fait, si fondamentalement tout ce qui fera le Genesis légendaire est déjà présent, ni la précision instrumentale ni le souffle lyrique ni même l'imagination qui feront de Nursery Cryme, de Foxtrot et de Selling England by the Pound les chefs d'œuvre que nous connaissons. Et même The Knife, celui qui se rapproche le plus de ses épiques successeurs se voit handicapé par un guitariste certes talentueux  mais pas exceptionnel, Anthony Phillips, et un batteur qui se contente de suivre la trame du morceau, John Mayhew, c'est particulièrement évident quand on compare la version Trespass à celle du Genesis Live de 1973 où, vraiment, Hackett et Collins apportent leur pierre au glorieux édifice alors largement mené, outre l'évidence Gabriel, par un Tony Banks déjà très sûr de son fait.
Il n'y a pas non plus la mise en son permettant de parfaitement jouir de toutes les finesses et trouvailles du combo, problème d'ailleurs partagé pas Nursery Cryme produit par le même John Anthony qui s'arrêtera là. Problème qui a fort heureusement été largement solutionné dans le remaster définitif de 2008 sur lequel on regrettera simplement l'absence des inédits d'époque disponibles dans le premier Archives et, évidemment, dans le coffret 1970-1975. Un manque qui devient alarmant quand on sait l'intérêt de la bande son avortée Genesis Plays Jackson où les embryons de quelques futures compositions (jusqu'à The Lamb !) s'offrent déjà à nos oreilles ravies.

Trespass, s'il n'est donc pas tout à fait à la hauteur du "vrai" Genesis, est une belle galette progressive, la naissance réelle d'une des formations les plus passionnantes des années 1970 et, logiquement, un opus qu'on recommande chaudement, malgré ses quelques petits défauts parce que c'est ici que commence l'Histoire de Genesis et que ça mérite vraiment d'être écouté... Encore et encore.


1. Looking for Someone 7:06
2. White Mountain 6:45
3. Visions of Angels 6:51
4. Stagnation 8:50
5. Dusk 4:13
6. The Knife 9:00
Bonus
7. Going Out to Get You (Demo '69) 4:55
8. Shepherd (BBC Session) 4:04
9. Pacidy (BBC Session) 5:44
10. Let Us Now Make Love (BBC Session) 6:16
11. Provocation (Demo '70 - Genesis plays Jackson) 4:10
12. Frustration (Demo '70 - Genesis plays Jackson) 3:42
13. Manipulation (Demo '70 - Genesis plays Jackson) 3:49
14. Resignation (Demo '70 - Genesis plays Jackson) 3:01


Tony Banks – organ, acoustic & electric pianos, mellotron (tracks 2, 3, and 4), acoustic guitar, backing vocals
Peter Gabriel – lead vocals, flute, accordion (track 1), bass drum, tambourine, percussion
John Mayhew – drums, percussion, backing vocals
Anthony Phillips – electric guitar, acoustic guitar, dulcimer, backing vocals
Mike Rutherford – bass, acoustic guitar, nylon string guitar, cello (track 2), backing vocals

jeudi 7 août 2014

Une bonne Pat

Un petit recyclage mais je ne sais plus d'où, avec toutes ces fermetures de blog, je m'y perds, mais un bon album, ça c'est sûr ! Ceci avant de "re-Genesiser". Enjoie !

Pat Benatar "Crimes of Passion" (1980)
ou "Foxy Lady"


Un an après un premier album quasi-parfait (In the Heat of the Night, 1979) Pat Benatar et ses acolytes remettent le couvert et renouvellent la performance.

La formule proposée est relativement simple mais, il faut bien l'avouer, d'une grande efficacité. Basiquement, si on voulait absolument étiqueter la musique de Pat, on pourrait la qualifier de Rock Fm. C'est sans compter sur les prouesses vocales de la miss (qui égalent aisément l'attrait provoqué par son charmant minois).
Indubitablement, musicalement, il n'y a pas grand chose qui sépare ce second long-jeu de Benatar & co de la cohorte des stadium rockers à orientation radiophonique assumée qui sévissent alors (Boston, Journey, Foreigner, pour ne citer que les plus connus). En l'occurrence, c'est bel et bien la voix de Patricia Mae Andrzejewski (son vrai nom) qui fait la différence.
Evidemment, sans une sélection de compositions de qualité et une production idoine, une telle tête de proue aurait été vaine, ce n'est - vous l'aurez compris - pas le cas et de Treat Me Right à Out-a-Touch en passant par une reprise un poil américanisée du Wuthering Heights de Kate Bush, il n'y a pas une composition faible ici.

Les tenants d'une certaine "bon-goutitude" vous diront que, vraiment, Pat Benatar, c'est vulgaire mais, clairement, si vous aimez votre rock mélodique et accrocheur, si vous souhaitez vous souvenir qu'il y eut des rockeuses mainstream (ce qui n'est présentement pas un gros mot) de qualité avant, par exemple, Alanis Morissette, Crimes of Passion vous ravira de bout en bout.


1. Treat Me Right 3:24
2. You Better Run 3:02
3. Never Wanna Leave You 3:13
4. Hit Me with Your Best Shot 2:51
5. Hell Is for Children 4:48
6. Little Paradise 3:32
7. I'm Gonna Follow You 4:28
8. Wuthering Heights 4:28
9. Prisoner of Love 3:05
10. Out-A-Touch 3:05


Pat Benatar - lead and backing vocals
Neil Giraldo - lead and rhythm guitars, keyboards, backing vocals
Scott St. Clair Sheets - rhythm guitars
Roger Capps - bass, backing vocals
Myron Grombacher - drums

mercredi 6 août 2014

Johnny n'a qu'un œil

Après le progressisme échevelé et la complexité instrumentale et compositionnelle de Genesis (avant d'y revenir, je vous rassure), il est bon de faire un petit retour à plus de simplicité. Quoi de mieux, en l'occurrence, que le rock originel de la première star du rock from UK ?

Johnny Kidd & the Pirates "Please Don't Touch!, the 1959-1962 Recordings" (2013)
ou "Avant les Beatles"


Alors que l'Angleterre roupille encore, se repaissant de chanteurs de charme ringards, un olibrius déguisé en pirate, chemise bouffante et un bandeau sur l'œil, se démène à imposer un son venu de l'autre côté de l'Atlantique : le rock and roll ! 
 
Son nom est Johnny Kidd, né Fred Heath, et sa musique a indéniablement contribué à lancer de nombreuses formations locales qui se rendirent compte que, oui, on pouvait être un anglais pur sucre et rocker avec autant de conviction et de crédibilité qu'un Gene Vincent ou qu'un Jerry Lee Lewis (de qui il fit d'ailleurs la première partie anglaise, impressionnant au passage celui qui jouait du piano debout), et qu'on pouvait créer tout ou partie de son répertoire, ce qui n'est pas rien. Surtout quand on considère qu'au nombre des originaux se trouvent Please Don't Touch (plus tard repris par le duo Motörhead/Girlschool) et, évidemment, l'immense Shakin' All Over, tube local pour Johnny et ses Pirates mais également pour de nombreuses autres formations dont les canadiens de The Guess Who.
Ces deux chansons, formidables l'une comme l'autre, ont justement été placées en premières positions de la présente compilation, ce n'est que justice. Mais il n'y a pas ici que des originaux puisqu'en plus de composer, Johnny Kidd s'y entendait aussi pour reprendre des classiques du blues et du rhythm and blues à une sauce bien rock and roll, rockabilly diraient certains, où sa voix faisait d'autant mieux merveille qu'il était accompagné, quelque soit le line-up, ils furent nombreux, de sidemen idéaux pour le genre.
Las, la postérité et la gloire ne furent que passagères. Bientôt effacé des tablettes pas le british boom mené fièrement pas les Fab Four et autres Pierres Qui Roulent, Johnny ne vécut plus que d'expédients avant de disparaître, dans un accident de voiture, à peine passé la trentaine. C'était en 1966, il y a une éternité.

Please Don't Touch!, the Complete Recordings 1959-1962, plus qu'une archive pour rafraichir la mémoire des oublieux est une impeccable collection d'enregistrements réussis de la première vraie star du rock d'Albion. Historiquement importante mais aussi encore très écoutable aujourd'hui, la présente galette mérite grandement qu'on s'y penche, Johnny Kidd mérite bien ça.


1. Please Don't Touch 1:52
2. Shakin' All Over 2:21
3. Growl 2:21
4. Feelin' 1:59
5. Linda Lu 2:33
6. Longin' Lips 1:46
7. Magic of Love 2:06
8. Let's Talk About Us 3:22
9. You Got What It Takes 2:02
10. Restless 2:11
11. Yes Sir, That's My Baby 1:41
12. I Want That 2:25
13. A Shot of Rhythm and Blues 1:58
14. Please, Don't Bring Me Down 2:13
15. Big Blon' Baby 2:05
16. Steady Date 2:38
17. Weep No More, My Baby 3:14 
18. More of the Same 1:51
19. If You Were the Only Girl in the World (and I Were the Only Boy) 2:36
20. Bad Case of Love 2:02
21. You Can Have Her 2:50
22. I Just Want to Make Love to You 3:00
23. I Can Tell 2:30
24. Hurry on Back to Love 2:29
25. So What 2:26


Johnny Kidd - lead vocals
&
The Pirates

(tracks 1-11, 14-22 & 25)
Alan Caddy - lead guitar (except 2, 7, 10 & 11), rhytm guitar (2, 7, 10 & 11)
Joe Moretti - lead guitar (2, 7, 10 & 11)
Johnny Patto - guitar (20, 21 & 25)
Brian Gregg - bass
Clem Cattini - drums
Morgan "Thunderclap" Jones - piano (25)
orchestra & chorus conducted by Ivor Raymode (19)
(tracks 12, 13, 23 & 24)
Mick Green - guitar
Johnny Spence - bass
Frank Farley - drums
orchestra & chorus conducted by Mike Sammes (12 & 24)

mardi 5 août 2014

Le vrai Genesis est né ! (The Genesis Studio Series 13/15)

Voilà enfin le vrai Genesis, celui qui fera florès avant que son charismatique vocaliste ne déserte. Une bonne nouvelle en en attendant une mauvaise, quelques années après.

Genesis "Nursery Cryme" (1971)
ou "Genius in the Nursery"


Anthony Phillips et John Mayhew respectivement parti et débarqué, un mal pour un bien, Genesis intronise l'arrivée de deux petits nouveaux dans sa maison progressive. Ce faisant, le trio restant ne se trompe pas et cimente ce qui restera à jamais le line-up de référence de la formation. Bienvenue donc à Steve Hackett et à Phil Collins. Et la Grande Histoire peut commencer.
 
Parce que si Trespass avait offert de belles émotions, et affirmé une nouvelle identité pour Genesis, c'est bel et bien avec Nursery Cryme que tout se concrétise.
C'est évident dès un Musical Box d'ouverture où les deux nouveaux brillent si bien qu'ils font facilement oublier leur prédécesseurs. Il faut dire que la composition en impose, progressant d'une douce mélopée à un puissant développement elle reprend, peu ou prou, les choses là où The Knife les avaient laissées supplémentée, donc, du doigté et de l'imagination d'un Steve Hackett soliste d'exception et d'un Phil Collins badaboumant expertement sur son kit mais, aussi, complémentant (et complimentant) à merveille Gabriel par sa douce voix d'ailleurs exploitée en lead dès la seconde piste, le court, sensible et réussi For Absent Friends. Suit une nouvelle épopée, l'exceptionnel Return of the Giant Hogweed, qui établit encore un peu plus ce nouveau Genesis décidément plus radical dans sa violence, plus précis dans son interprétation mais également supérieurement inspiré où s'expriment déjà toutes les qualités symphonico-progressives d'une formation où, miraculeusement, chaque performer a voix au chapitre sans fouler les arpions de ses petits copains. Quelle face A !
Alors, certes, l'autre côté de la cire noire est plus anecdotique. Seven Stones a une belle mélodie, un formidable emballage final mais pas le souffle lyrique entendu plus tôt. Harold the Barrel est rigolo mais, à tout juste 3 minutes, ne prend pas le temps d'explorer toutes les pistes potentielles à sa totale réussite. Harlequin renoue avec les douceurs acoustiques, pastorales presque, de Trespass sans laisser plus de trace que ça, une bonne chanson néanmoins. Mais il y a le troisième monstre de l'album en conclusion, le formidable The Fountain of Salmacis et, là, une fois encore, Genesis fait montre de ce nouvel esprit, de cette déjà bien affirmée capacité à jouer sur les ambiances, les alternances de passages calmes et d'autres plus orageux, le succès est total.
A l'époque, on a pu regretter la production un poil faiblarde d'un John Anthony qui n'avait pas fait mieux sur Trespass et ne se verra, logiquement, pas reconduit sur Foxtrot. Ce défaut mineur, qui n'a que trop longtemps handicapé un opus qui méritait décidément mieux, est majoritairement gommé par les deux générations de remasters et, plus particulièremet, par le définitif sorti en 2008 où tout est plus audible, enfin !

Entendons-nous bien, si Nursery Cryme est une indéniable réussite, et l'album qui lancera vraiment la carrière du groupe (via un surprenant succès italien), il n'est que le (beau) brouillon de ce qui suivra. Un grand, immense pas dans la direction d'un progressisme altier, racé et habité, ce qui est déjà énorme et en fait, forcément, un album chaudement recommandé si pas exactement parfait. Mais ça viendra...


1. The Musical Box 10:24
2. For Absent Friends 1:44
3. The Return of the Giant Hogweed 8:09
4. Seven Stones 5:08
5. Harold the Barrel 2:59
6. Harlequin 2:53
7. The Fountain of Salmacis 7:54


Tony Banks – organ, Mellotron, acoustic and electric pianos, twelve-string acoustic guitar, backing vocals
Phil Collins – drums, percussion, backing vocals, lead vocals (track 2)
Peter Gabriel – lead vocals, flute, bass drum, tambourine
Steve Hackett – electric guitar, twelve-string acoustic guitar
Mike Rutherford – bass guitar, bass pedals, twelve-string acoustic guitar, backing vocals

lundi 4 août 2014

Le premier chef d'œuvre (The Genesis Studio Series 12/15)

On continue de remonter le temps avec ce un album essentiel dont certains, dont votre serviteur, ne se sont toujours pas remis : Foxtrot.

Genesis "Foxtrot" (1972)
ou "A Flower?"


Le premier chef d'œuvre ? C'est démettre un peu facilement un Nursery Cryme déjà très réussi mais, indéniablement, il y a encore plus, encore mieux dans Foxtrot.
 
Peut-être parce qu'Hackett et Collins sont désormais bien installés dans Genesis, plus les petits nouveaux mais bel et bien des membres à part entière de ce qui reste le line-up de référence du groupe. Sans doute parce que l'écriture du quintet s'est encore affinée, encore démarquée d'une concurrence qui ne manque pourtant pas de panache avec ses King Crimson, Yes, et autres Van der Graaf Generator. Evidemment parce que ce groupe-là, aussi préoccupé par la mélodie que par la construction savante de pièces complexes, atteint ici la plénitude de sa verve créatrice.
S'il n'y avait que la première face, de Watcher of the Skies à Can-Utility and the Coastliners, soit trois monstres de compositions alliant finesse des mélodies et interaction magistrale entre cinq musiciens totalement en phase dans un monde qui n'appartient qu'à eux, on crierait déjà au génie parce que Genesis, qui a donc déjà épaté son monde sur l'excellent Nursery Cryme, fait encore mieux sauf, peut-être, sur un Time Table , jolie chanson aux mélodies accrocheuses, de belle qualité si moins viscéralement essentielle (c'est dire le voisinage !). Mais il y a, retournant la cire noire d'époque ou enchainant sur la cinquième piste de la galette argentée d'aujourd'hui, le degré encore supérieur de la création progressive. Et, non, pas Horizons, petite vignette acoustique absolument charmante de Mr. Hackett qui la joue d'ailleurs encore régulièrement aujourd'hui, juste après... C'est là qu'on trouve LA pièce, symphonie progressive en sept mouvements, celle-là même qui n'en finit pas de truster la tête des listes récapitulatives des morceaux fleuves d'anthologie, de l'inusable chef d'œuvre de cette première partie de la carrière du groupe dont il s'agit : Supper's Ready. Que dire qui n'ait déjà été écrit sur la divine entreprise et ses 23 minutes qui, pris dans le tourbillon créatif que nous sommes, passe aussi vite qu'une miniature ? S'esbaudir encore une fois sur la divine construction de la chose, sur les performances respectives de chaque instrumentiste, sur le texte un poil cryptique mais ultimement passionnant et l'interprétation parfaite d'un Peter Gabriel en état de grâce absolu ? Oui, tout ça ! Et encore, en se retenant et tentant de garder un poil d'esprit critique. Peine perdue. Supper's Ready est sans faille de son intro où, immédiatement, la voix vous prend pour ne plus jamais vous lâcher, à son final en apothéose en passant par toutes ses sections où, même, on retrouve un certain humour typiquement britannique. Terrassés sommes-nous par un tel tour de force par un groupe qui, rappelons-le, se compose de jeunes gens n'ayant pas même atteint le quart de siècle. A ce niveau là, on ne peut qu'applaudir et en redemander.
Il faut dire aussi que Genesis est bien aidé par son producteur, David Hitchcock, un spécialiste d'alors de la chose prog, connu aussi pour sa longue collaboration avec les canterburiens de Caravan, qui a parfaitement su mettre en son, donner la clarté et la précision nécessaires pour que l'œuvre soit idéalement mise en valeur, une sacrée progression par rapport au travail de John Anthony sur son estimé prédécesseur. Et encore plus, avouons, sur un remaster définitif améliorant encore la performance, diable !

Le progressisme de Genesis évoluera bientôt, ce qui évitera à la formation de tenter l'illusoire exploit de reproduire l'insensée réussite de Foxtrot et d'en produire de nouvelles (Selling England, The Lamb, Trick, Wind & Wuthering, rien que ça !). En l'état, on tient indéniablement le premier magnum opus d'une encore jeune carrière. Et de se pâmer devant le chemin parcouru depuis le gauche From Genesis to Revelation et sa pop adolescente et la grâce encore embryonnaire d'un Trespass sur la bonne voie. Foxtrot ? Monstrueux, tout simplement ! Et essentiel, cela va sans dire !


1. Watcher of the Skies 7:23
2. Time Table 4:45
3. Get 'Em Out by Friday 8:36
4. Can-Utility and the Coastliners 5:44
5. Horizons 1:41
6. Supper's Ready 22:58
I. Lover's Leap
II. The Guaranteed Eternal Sanctuary Man
III. Ikhnaton and Itsacon and Their Band of Merry Men
IV. How Dare I Be So Beautiful?
V. Willow Farm
VI. Apocalypse in 9/8 (Co-Starring the Delicious Talents of Gabble Ratchet)
VII. As Sure As Eggs Is Eggs (Aching Men's Feet)

Bonus
7. Happy the Man 3:10

Tony Banks – organ, acoustic and electric pianos, mellotron, twelve-string guitar, backing vocals
Phil Collins – drums, percussion, backing vocals
Peter Gabriel – lead vocals, flute, tambourine, oboe, percussion
Steve Hackett – electric guitar, twelve-string guitar
Mike Rutherford – bass guitar, bass pedals, cello, twelve-string guitar, backing vocals

dimanche 3 août 2014

L'Angleterre à la Livre (The Genesis Studio Series 11/15)

Dernier album "normal" avec Peter Gabriel, si tant est que Genesis ait jamais fait de la musique normale dans cette divine formation, Selling England by the Pound est un cadeau du ciel que je partage présentement avec un délicieux inédit en bonus. Enjoie.

Genesis "Selling England by the Pound" (1973)
ou "Malice in Wonderland"


Relever le gant d'un Foxtrot triomphant et de son Himalaya compositionnel, Supper's Ready, tenait de la gageure. Pas pour ces cinq lascars qui, décidément, boxent dans une toute autre catégorie que tous leurs petits copains progressifs d'alors.
 
Au début, on se dit que rien n'a vraiment changé. La voix de Gabriel nous accueille, familière, le groupe le rejoint, la mélodie est belle, le texte fait sens, c'est de classique et efficace dont il s'agit. Mais Genesis n'est pas de ceux qui restent figés, se reposent sur leurs lauriers. Et donc tout vole en éclat. C'est toujours Genesis mais un élément est venu s'ajouter à la mixture, désormais Genesis fusionne aussi, pousse encore un peu plus sa musique dans des retranchements inattendus. Parce que Genesis progresse, encore ! Dancing with the Moonlit Knight décolle et nous avec. La batterie de Collins, la guitare d'Hackett, la basse de Rutherford n'ont jamais aussi bien été mises en valeur par une composition toujours aussi mélodique, aussi épique que ses plus belles devancières et, pourtant, instrumentalement encore plus osée avec un ambianceur en chef, Banks évidemment, en trait d'union essentiel. Quel accueil !
Un "petit" single pour suivre, l'efficace I Know What I Like, premier tube du groupe dans son Angleterre natale. Une mélodie accrocheuse, un refrain entêtant, un esthétisme pop qui ne minore aucunement le progressisme du combo... Et c'est une des moins bonnes chansons de l'album, diantre ! Parce qu'il y a ensuite Firth of Fifth avec son intro de piano où on se dit que Bach n'est pas si loin, avec une mélodie de chant imparable avec, surtout !, une longue section solo centrale à couper le souffle où Steve nous offre ce qui reste, plus de quarante ans après, son plus beau solo : mélodique, technique, stratosphérique. Si énorme qu'on a bien besoin de reprendre ses esprits ce que, justement, propose la petite chanson acoustique chantée par Phil, More Fool Me, une réussite encore. Fin de la face A, on en reste pantois.
The Battle of Epping Forest en fait trop ? Probablement. Mais il le fait bien avec un Gabriel plus théâtral que jamais. Alors oui, c'est bavard, chargé jusqu'à la garde des mots du chanteur mais les mélodies sont là. Du bavardage comme ça, on en redemande ! Pas de suite..., il faut se reconcentrer, prendre une pause avec un instrumental tout en harmonie où Hackett, qui en est l'artisan principal, excelle aussi bien à l'acoustique qu'à l'électrique. Mineur After the Ordeal ? Pas si. Et puis The Cinema Show, quatrième baobab de l'opus, une symphonie de prog, un prog en symphonie, parfait tout simplement, n'en disons pas plus, la musique parle d'elle-même. Une petite reprise du Moonlit Knight en conclusion, pour dûment refermer la grande maison, c'est Aisle of Plenty qui le fait et le fait bien. Et c'est déjà fini, snif. Et dire qu'ils ont mis Twilight Alehouse, petit chef d'œuvre planqué en face B d'I Know What I Like, de côté, fallait oser !
La mise en son de John Burns, qui a déjà mixé le très réussi Genesis Live et produira The Lamb dans la foulée, était déjà très réussie, le remaster définitif enfonce encore le clou. Tout y est plus clair, tous les détails d'un album qui n'en manque pas explosent de tous leurs feux, y sont encore mieux révélés. Splendide. 
 
Selling England by the Pound, un classique inusable. Essentiel, c'est le mot.


1. Dancing with the Moonlit Knight 8:03
2. I Know What I Like (In Your Wardrobe) 4:10
3. Firth of Fifth 9:34
4. More Fool Me 3:10
5. The Battle of Epping Forest 11:43
6. After the Ordeal 4:15
7. The Cinema Show 10:41
8. Aisle of Plenty 1:58
Bonus
9.  Twilight Alehouse 7:47


Tony Banks - acoustic & electric pianos, organ, mellotron, synthesizers, twelve-string guitar
Phil Collins – drums, percussion, backing vocals, lead vocals on "More Fool Me"
Peter Gabriel – lead vocals, flute, oboe, percussion, additional backing vocals on "More Fool Me"
Steve Hackett – electric guitar, nylon guitar
Mike Rutherford – twelve-string guitar, bass guitar, electric sitar

samedi 2 août 2014

Le concept de référence (The Genesis Studio Series 10/15)

Gabriel dernière... Et ici première puisqu'on remonte l'histoire. C'est donc du Genesis de référence, celui qui n'a jamais déçu parce qu'il n'en a pas eu le temps.

Genesis "The Lamb Lies Down on Broadway" (1974)
ou "Double Noir"


Aussi névrosé que The Wall, aussi ambitieux que Tales from Topographic Oceans ou Thick As a Brick, The Lamb Lies Down on Broadway est une œuvre essentielle. Et atypique en bien des points pour Genesis, et pas seulement parce qu'elle sera l'ultime contribution à plein temps d'un certain Peter Gabriel.
 
Et donc, c'est d'un concept album dont il s'agit, l'histoire schizophrène de Rael qui cherche John, qui pourrait bien être lui-même, dans les bas-fonds d'un New York imaginaire plus proche des délires "nus-festinés" d'un Burroughs que des cartes postales de Woody. Mais en vérité, à moins que vous ne soyez de ceux qui analysent ad nauseam l'Œuvre, le concept n'a que peu d'importance outre qu'il influence la tonalité de ce qui restera l'opus le plus sombre du géant progressif, leur Double Noir.
Le plus noir ? C'est particulièrement évident sur certaines des plus belles pièces de ce tour de force. Sur le morceau titre d'ouverture et son pendant du second disque (The Light Dies Down on Broadway) où Gabriel délivre des performances écorchées vives qui magnifient des compositions par ailleurs fort inspirées. Sur In the Cage, évidemment, pièce épique également marquée par la performance à fleur de peau d'un chanteur poussant ses cordes vocales à la limite de la rupture. Sur un Back in NYC où on entend un Genesis oubliant l'art du compromis harmonique, nous rentrant frontalement dedans. Sur Carpet Crawlers, Anyway ou The Lamia où les douces mélodies ne sont qu'illusions, guet-apens cafardeux en plus de confirmer l'art consommé de Genesis à millimétrer ses savantes constructions sympho-progressives. Toutes d'excellentes compositions, ça va sans dire, où s'exprime avec classe un groupe de musiciens supérieurement doués.
Bien sûr, il y a quelques respirations, quelques salutaires bouffées d'oxygène dans l'étouffant tout. Un tout doux Cuckoo Cocoon où arpèges délicats et flûte gracile viennent nous caresser les tympans. Un presque pop Counting Out Time aux chœurs quasi-Bealtesiens et au solo de synthétiseur à la sonorité rigolote. Un The Chamber of 32 Doors, un des sommets de l'album ceci dit en passant, où Gabriel se fait presque soul sur une partition à la mélodie touchée par les dieux. Un Lilywhite Lilith où les chœurs angéliques de Collins viennent merveilleusement contrebalancer la rudesse de Gabriel. Que des sommets, une fois encore, ça commence à faire une somme !
Le reste ne dépare pas vraiment, parce qu'il n'y a pas un moment de baisse d'inspiration sur tout l'album, même sur les quatre intermèdes instrumentaux : le mélodieux Hairless Heart, le possédé The Waiting RoomSteve Hackett, artisan principal de la chose, sort des sonorités d'un autre monde de son instrument, et les respectivement mystique et ambient Silent Sorrow in Empty Boats et Ravine servant la progression du concept, et la servant bien.
Oui, vraiment, The Lamb Lies Down on Broadway est une fête, celle d'un rock progressif qui sait tenir ses formats sans partir dans de longuettes épopées sans queues ni têtes. Preuve en sont quelques unes des plus courtes compositions (l'enchainement Fly on the Windshield, Broadway Melody of 74, par exemple, splendide exemple). Parce que si Genesis sait faire Supper's Ready, The Cinema Show, il sait aussi se faire concis sans ne rien perdre de sa faconde mélodique. Ce qui tient quasiment du miracle quand on sait les conditions chaotiques de la création de l'œuvre (wikipédiez voir pour plus de détails).
Allez, pour minorer un peu cet idyllique tableau, on concèdera que l'album ne finit pas exactement sur ses meilleurs titres et que, sans être mauvaise pour autant, la doublette In the Rapids et it, ne clôt pas la performance sur le feu d'artifice final qu'on aurait pu attendre, mais le fait bien tout de même, parce que ces gens-là sont indéniablement très talentueux même quand ils sont un chouia moins inspirés.

Magnifiquement mis en son par le désormais coutumier John Burns, déjà auteur du mix du Genesis Live et producteur de l'immense Selling England by the Pound, The Lamb Lies Down on Broadway reste, 40 ans après sa conception, joyeux anniversaire !, une pièce de référence, un grandissime double album concept justement porté au nues, titulaire "panthéonique" de son style, évidemment !, mais aussi de la musique rock en général et de la musique tout court. Indispensable, c'est le mot.


CD 1
1. The Lamb Lies Down on Broadway 4:55
2. Fly on a Windshield 2:47
3. Broadway Melody of 1974 2:11
4. Cuckoo Cocoon 2:14
5. In the Cage 8:15
6. The Grand Parade of Lifeless Packaging 2:45
7. Back in N.Y.C. 5:49
8. Hairless Heart 2:13
9. Counting Out Time 3:45
10. The Carpet Crawlers 5:16
11. The Chamber of 32 Doors 5:44

CD 2
1. Lilywhite Lilith 2:40
2. The Waiting Room 5:28
3. Anyway 3:18
4. Here Comes the Supernatural Anaesthetist 2:50
5. The Lamia 6:57
6. Silent Sorrow in Empty Boats 3:06
7. The Colony of Slippermen 8:14
a) The Arrival
b) A Visit to the Doktor
c) Raven
8. Ravine 2:05
9. The Light Dies Down on Broadway 3:32
10. Riding the Scree 3:56
11. In the Rapids 2:24
12. it 4:58


Tony Banks – Hammond T-102 organ, RMI 368x Electra piano, Mellotron M400, Elka Rhapsody synthesizer, ARP 2600 & Pro Soloist synthesizers, acoustic piano
Phil Collins – drums, percussion, vibraphone, backing vocals
Peter Gabriel – lead vocals, flute, oboe, tambourine, experiments with foreign sounds
Steve Hackett – electric guitar, classical acoustic guitar
Mike Rutherford – bass guitar, twelve-string guitar, bass pedals, fuzz bass
&
Brian Eno
– enossification (treatments)

vendredi 1 août 2014

The best of Ian

Celui-ci, je suis sûr que vous le connaissez tous par cœur... Enfin, vous croyez ! Parce que l'édition 40ème anniversaire révèle (presque) un nouvel album.

Jethro Tull "Aqualung (40th anniversary special edition)" (1971)
ou "Lifting réussi"


On ne fait plus l'article sur Aqualung, sommet incontesté de la discographie de Jethro Tull. Plus de 40 ans après sa sortie, il demeure un sommet dans l'art d'accommoder blues, (hard) rock, folk et rock progressif avec, évidemment, en "tête de gondole" la flûte, la voix et la verve ô combien distinctives et inspirées d'Ian Anderson. Un album bourré de classiques aussi... Mais tous ça, vous ne le savez déjà que trop bien.

Sur l'album proprement dit, on ne vantera donc que la supérieure qualité d'une remasterisation enfin au niveau de la cire noire originelle voire optimisant, pour que de jeunes oreilles n'y entendent pas autre chose que le chef d'œuvre intemporel qu'il est définitivement, sa palette sonique à l'aulne des possibilités technologiques de ce troisième millénaire commençant. C'est particulièrement criant sur le traitement de guitares qui n'ont jamais été si acérées et de la voix de Mr. Anderson dont toutes les nuances sont présentement révélées. Et quel bonheur que de réentendre un album mariant progressisme, hard rock et folk dans de pareils atours ! Factuellement, on doit le tour de force à nul autre que Steven Wilson (Porcupine Tree, etc.) a qui avait déjà réalisé un similaire exploit sur la discographie de King Crimson. Et on l'en remercie comme il se doit avant de passer, puisque là est le "gras" de cette édition commémorative, à un généreux cd bonus.
Evidemment, les fans du Tull n'y découvriront pas grand chose, les nombreuses compilations et moult coffrets publiés par le groupe ont déjà largement défloré les archives du groupe en général et de cette période bénie en particulier. Les autres, ceux qui aiment Jethro Tull sans confiner à la maniaquerie complétiste, y trouveront largement de quoi contenter leur large appétit via quelques early versions, quelques intéressants inédits et autres chutes de studio ayant bénéficié, encore une fois, de l'expertise d'ingénieur du son d'un Steven Wilson décidément très précieux. D'aucuns trouveront la sélection de 45 minutes un peu chiche, elle double tout de même la durée de l'album originel mais, surtout !, n'étale que classe et talent là où il aurait été si simple de remplir jusqu'à la garde une galette qui y aurait perdu en majesté. Seul le bon grain s'y trouve, donc, et ça en fait largement assez à moudre d'autant qu'accompagné d'un riche livret, avec photos d'époque et texte inédit, il y a aussi à voir et à lire pour encore prolonger la très satisfaisante expérience.

Certaines des rééditions passées de cet Aqualung, classique absolu s'il en fut, pouvaient être qualifiées de douteuses, pas ici et on peut donc, sans la moindre crainte, recommander la galette jusqu'à ceux qui la possèdent déjà, et même en plusieurs version qui se verront bientôt remisées à prendre la poussière. Ils en auront pour leur argent et en ressortiront, nul doute !, les oreilles résonnantes de cette merveille intemporelle et les yeux pétillants d'étoiles... Carrément !


CD 1
1. Aqualung 6:35
2. Cross-Eyed Mary 4:09
3. Cheap Day Return 1:21
4. Mother Goose 3:52
5. Wond'ring Aloud 1:53
6. Up To Me 3:14
7. My God 7:11
8. Hymn 43 3:17
9. Slipstream 1:12
10. Locomotive Breath 4:41
11. Wind-Up 6:00

CD 2
1. Lick Your Fingers Clean (New Mix) 2:49
2. Just Trying To Be (New Mix) 1:37
3. My God (Early Version) 9:42
4. Wond'ring Aloud (13th December 1970) 1:51
5. Wind-Up (Early Version - New Mix) 5:21
6. Slipstream (Take 2) 0:54   
7. Up The 'Pool (Early Version) 1:12
8. Wond'ring Aloud, Again (Full Morgan Version) 7:07
9. Life Is A Long Song (New Mix) 3:19
10. Up The 'Pool (New Mix) 3:12
11. Dr Bogenbroom (2011 - Remaster) 3:00
12. From Later (2011 - Remaster) 2:08
13. Nursie (2011 - Remaster) 1:37
14. US Radio Spot 0:52


Ian Anderson – vocals, acoustic guitar, flute
Martin Barre – electric guitar, descant recorder
John Evan – piano, organ, mellotron
Jeffrey Hammond – bass guitar, alto recorder and odd voices (and backing vocals on "Mother Goose")
Clive Bunker – drums and percussion
&
Glenn Cornick – bass guitar (played with the band at rehearsals for the album in June 1970, some of which may also have been recording sessions, although he is not credited on the album).