mercredi 2 juillet 2014

On remet ça !

Un live de Steve Hackett reprenant (de son) Genesis avec un groupe de qualité et quelques invités prestigieux ? Ca ne se manque pas ! Ca ne s'attend pas non plus... Voici donc (en VBR HQ) :

Steve Hackett "Genesis Revisited: Live at the Royal Albert Hall" (2014)
ou "C'est dans les vieux pots..."


Certains diraient que Steve Hackett ferait mieux de se remettre à l'ouvrage de sa carrière solo plutôt que de continuer à puiser dans le vivier des compositions de la formation qui fit de lui ce qu'il est aujourd'hui. Ces mêmes diront qu'il y a ici un élan opportuniste et mercantile évident, pensez !, un album (vendu en deux versions) suivi de deux tournées et de deux lives, trop c'est trop !

Oui mais, ayant (re)pris à bras le corps l'entreprise de continuer à faire vivre une musique référentielle, et bénéficiant ce faisant, il est vrai, d'un retour d'affection peu prévisible, Hackett se voit avant tout comme un archiviste, voire un concertiste, donnant aux foules progressives ce qu'elles demandent depuis trop longtemps : une reformation  du VRAI Genesis, celui qui, de 1970 à 1977, jusqu'au départ du présent maître de cérémonie (tiens, tiens...), éblouit par une musique complexe, alambiquée mais toujours mélodique.  Alors, certes, il en est le seul composant restant mais, bien entouré, il fait le métier avec une précision, un allant et une passion absolument incontestables.
Côté groupe, c'est très simple, c'est exactement le même que sur le premier volet de la tournée (et sur le live de l'Hammersmith, par conséquent). Pas de Nick Beggs , donc, qui remplacera Lee Pomeroy à la basse un peu plus tard comme nous le vîmes à l'Olympia récemment. Du classique, avec Roger King, vieux compagnon d'Hackett, aux claviers, un Nad Sylvan au timbre Gabrielo-Collinsien tout à fait approprié, Gary O' Toole dont les facultés percussives et vocales sont essentielles à l'exercice, et Rob Townsend aux claviers, chœurs, flute et saxophone en complément idéal. Et Hackett en mage guitaristique "intersidérant" évidemment, fallait-il le préciser ? Parfait.
Côté tracklist, là encore, ce bon vieux Steve ne fait pas dans la fantaisie, l'expérimental... Ces braves gens veulent du bon gros Genesis classique ? Donnons-en leur ! De Dance on a Volcano à Los Endos, c'est une setlist attendue mais efficace qui nous est proposée avec les obligatoires passages par une certaine Musical Box, de jolis Horizons acoustiques, le seul tube du GeneGab (I Know What I Like, dont je me serais volontiers passé),  le titre comprenant LE solo d'Hackett dans Genesis (Firth of Fifth), l'épopée progressive de référence (Supper's Ready), etc. Je regretterai simplement que The Knife (composé avant l'arrivée de Steve mais auquel il avait imprimé sa marque), dernièrement joué à l'Olympia, n'y soit pas inclus. Un tout petit bémol dans un océan d'allégresse.
Côté invités, épice immanquable de la prestation londonienne, on a déjà le plaisir d'assister à la double apparition de la belle voix rauque de Ray Wilson, ultime vocaliste à avoir jamais enregistré un album de Genesis (le plutôt réussi Calling All Stations). Le monsieur rappelle, au passage, sur un émotionnel Carpet Crawlers et un enjoué I Know What I Like, que son timbre est une alternative viable à celui de Peter Gabriel, ce qui n'est pas rien et répare l'injustice dont Ray fut victime dans le canon génésien.  On apprécie également le travail guitaristique de Roine Stolt (des Flower Kings, Transatlantic, etc.) sur un Return of the Giant Hogweed tout émoustillant mais fondamentalement inchangé (c'est heureux). Comme ça ne suffit pas encore, rajoutons-y deux vieilles connaissances : John Wetton qui nous avait fait le coup de l'Afterglow la fois précédente mais reviens cette fois sur le baobab Firth of Fifth (comme déjà vu et entendu sur les Tokyo Tapes du même Hackett), et Amanda Lehman (souvent membre du Hackett Band et déjà présente à l'Hammersmith) parfaite sur un Ripples finement féminisé en sa version duo acoustique. Du beau monde bien employé, bravo Mr. Hackett.
Concernant le package proprement dit, présenté en un efficace digipack dépliant, offrant la version audio ET une captation vidéo classique et accomplie, avec le choix entre la stéréo et le surround, c'est un objet sobre qui est "offert" et permet d'approximer au plus près l'expérience du concert en Vrai. Pour mégoter, on regrettera l'absence d'un livret mais, toutes les images étant disponibles dans le DVD, c'est vraiment pour trouver à y redire et se prouver qu'on a encore une once d'esprit critique.
 
On attend maintenant le prochain live avec Collins en invité, avant le suivant avec l'élusif Gabriel... On peut toujours rêver ! Toujours est-il qu'on tient encore là un bel objet, un peu redondant certes, mais qui comblera d'aise le fan de la genèse toujours en manque des leurs héros qui, en ce qui concerne Steve Hackett tout du moins, portent beau. On n'en demandait pas plus, ni moins, on est servi, et bien servi (avec 2h25 de musique tout de même !). Recommandé.


CD 1
1. Dance on a Volcano 6:39
2. Dancing with the Moonlit Knight 7:53
3. Fly on a Windshield 3:39
4. Broadway Melody of 1974 2:54
5. Carpet Crawlers (featuring Ray Wilson) 6:09
6. The Return of the Giant Hogweed (featuring Roine Stolt) 8:38
7. The Musical Box 11:25
8. Horizons 2:01
9. Unquiet Slumbers for the Sleepers... 2:13
10. ...In That Quiet Earth 4:59
11. Afterglow 4:12
12. I Know What I Like (featuring Ray Wilson) 6:37

CD 2
13. Firth of Fifth (featuring John Wetton) 10:15
14. Ripples (featuring Amanda Lehmann) 5:28
15. The Fountain of Salmacis 8:01
16. Supper's Ready 26:15
17. Watcher of the Skies 9:07
18. Los Endos 8:55


Steve Hackett - electric & acoustic guitar, backing vocals
Roger King - keyboards
Gary O'Toole - drums, percussion, lead & backing vocals
Rob Townsend - saxophone, woodwinds, keyboards, percussion, backing vocals
Lee Pomeroy - bass, bass pedals, variax, 12 strings acoustic guitar, backing vocals
Nad Sylvan - lead & backing vocals
&
Ray Wilson
- lead vocals (5, 12)
Roine Solt - lead vocals, electric guitar (6)
John Wetton - lead vocals (13)
Amanda Lehman - lead vocals (14)

dimanche 15 juin 2014

Un Ange est mort

Emporté il y a une dizaine de jours par la vilaine tumeur contre laquelle il luttait, il n'est que tant de rendre hommage à un grand rocker australien : Doc Neeson, chanteur et leader des Angels.

The Angels  "Face to Face" (1978)


Aux côtés d'AC/DC et de Rose Tatoo, The Angels représentent le meilleur du hard rock australien, un genre particulier qui sent la bière tiède, la sueur, le sang et le liquide séminal, quelque chose de sale et d'incorrect comme seul un pays de brigands (ce qu'étaient les premiers Aussies "importés") peut en produire.
 
Face to Face est le second opus des ces Anges (alors connu à l'export sous le nom de Angel City pour de bêtes questions de droit) et voit le groupe réaliser son plein potentiel ajoutant à son hard rock bluesy une bonne dose de punk rock et même quelques "machins" en directe provenance de la nouvelle scène qui agite alors la Prude Albion (la New Wave, quoi). Et, avec un chanteur avec la gouaille de Doc Neeson, l'effet est abassourdissant. Ca riffe sévère, ça soloïse relativement peu (le chorus est dieu, les frères Brewster sont ses disciples), c'est nerveux, tendu comme l'élastique du string d'une pimpante bimbo et, pour tout dire, absolument jouissif.
Et les grands moments ne manquent pas ! Du speedé Take a Long Line à l'entraînant Marseilles en passant par le feutré Out of the Blue, chaque chanson de ce Face à Face atteint son but. Bien sûr, les Anges ne sont pas les lames les plus fines du business mais ils forment une unit si resserrée et cohérente que rien n'y paraît et - mieux ! - qu'on se félicite de l'économie technique avec laquelle le groupe exécute chacune de ses compositions.
 
La chance eût-elle été de leur côté que ces Angels si peu fréquentables auraient pu changer la face du rock. Las, reste de grands albums qui ont admirablement bien vieilli avec - en tête - ce Face to Face brut de décoffrage.


1. Take A Long Line 3:02
2. Marseilles 4:50
3. After The Rain 3:11
4. Am I Ever Gonna See Your Face Again 3:39
5. Shadow Boxer 2:44
6. Comin' Down 3:21
7. Out Of The Blue 3:17
8. Can't Shake It 4:48
9. Waiting For The World 3:14
10. No Exit 6:44


Doc Neeson - vocals
John Brewster - guitar, vocals
Rick Brewster - guitar, organ
Chris Bailey - bass, vocals
Graham Bidstrup - drums


DOC NEESON
1947-2014
R.I.P.

vendredi 13 juin 2014

un Vendredi 13 avec Master Michards

C'est sans doute suite à mon postage d'Ogre et de quelques autres que Keith a eu l'idée de glisser dans ma boîte cet album. Qu'il en soit remercié, d'ailleurs mais, au fait, a-t-il eu raison ?...

Bloody Hammers "Under Satan's Sun" (2014)
ou "Même pas peur !"


Voici déjà venu le temps du troisième album pour les stakhanovistes américains de Bloody Hammers signés sur le label autrichien Napalm Records (3ème album depuis novembre 2012, diable !). J'avoue, si j'avais lu quelques chroniques de leurs œuvres, être totalement passé à côté de leur deux premiers, la faute sans doute à une impression d'opportunisme stylistique nullement démentie par des pochettes, avec des modèles féminins dénudés façon film d'horreur italien des années 70, essayant un peu trop fort d'attirer l'œil du chaland pour être tout à fait honnêtes.
 
Mais ces pochettes, fondamentalement, ne sont-elles pas symptomatiques d'un groupe qui essaye un peu trop fort d'être de la hype de ces nouveaux doomsters qui font swinguer les moumoutes jusqu'au dehors du petit cercle réduit des afficionados "cuir-et-cloutés" habituels ? Indéniablement, ces Bloody Hammers collent au plus près de certains de leurs plus fameux petits cousins tels que Ghost ou Uncle Acid and the Deadbeats. non sans ajouter à la mixture quelques éléments gothiques (pour ratisser encore un peu plus large, on ne sait jamais).
A vrai dire, l'affaire commence plutôt bien avec The Town That Dreaded Sundown avec son riff à la Uncle Acid et son ambiance évoquant avec goût le genre de films d'horreurs dont la fameuse Hammer s'était fait la spécialité. Ca continue même vraiment bien avec un groovy, riffu et supra-efficace Spearfinger ou, plus loin, un Welcome to the Horror Show où on notera l'usage parfait d'orgues horrifiques. Hélas, ce ne sont que quelques éclairs et trop de faux-pas s'accumulent d'un single gothico-putassier (Death Do Us Part) à de nombreux morceaux qui, si on ne pourra décemment les critiquer sur la manière, nous avons ici affaire à de vrais professionnels, n'accrochent pas assez l'oreille pour avoir ce goût de reviens-y si inséparable d'une écoute satisfaite.

De fait, tout au long de l'album, je n'ai donc pu me départir de cette impression de n'entendre qu'un disque de pop metal déguisé "pour faire peur"... Pour faire peur ? Il faudra être sacrément pétochard pour s'y laisser prendre. Reste un album correct, avec quelques chansons particulièrement bien senties hélas perdues dans un océan de banalité opportuniste, dommage.


1. The Town That Dreaded Sundown 4:50
2. Spearfinger 4:08
3. Death Does Us Part 4:10
4. The Moon-Eyed People 5:45
5. Second Coming 3:41
6. Welcome to the Horror Show 4:39
7. Under Satan's Sun 4:16
8. Dead Man's Shadow on the Wall 4:17
9. The Last Alarm 4:29
10. Necromancer 4:43


Zoltan - guitars
Devallia - organ
Anders Manga - vocals, bass
Mendoza - drums

mardi 10 juin 2014

Au pif ! (parfois ça marche...)

Pour occuper un peu de temps d'un lundi de Pentecôte à la maison, j'ai décidé me livrer au petit jeu du cd choisi au hasard, ceci en baladant négligemment l'index sur mon "mur de musique"... Coup de bol !, je suis tombé sur une double galette de qualité. Enjoie !

Gong "25th Birthday Party (London, The Forum)" (1995)
ou "Celebrate good times, come on!"


On ne peut qu'apprécier l'évènement. Pensez, le line-up (presque) historique de Gong réuni lors d'un mini-festival historique célébrant le 25ème anniversaire de la légendaire formation psyché-space-prog... L'eau à la bouche, quoi !
 
Le festin qu'est la captation de la partie purement "Gonguienne" de la manifestation est, autant le dire tout de suite, pantagruélique. Sorte de best of toutes périodes confondues de cette belle bande de barjots, il offre, qui plus est, des versions suffisamment remaniées pour que jamais, ô grand jamais !, l'ennui de ne guette les amateurs des loufoqueries d'Allen & co.
Certains iront, c'est en somme le seul défaut de l'objet, regretter une qualité sonore du niveau d'un bon bootleg. A mon humble avis, c'est une préoccupation d'audiophile qui n'a pas lieu d'être en la circonstance considérant que la vérité de la performance, son pouvoir quasi-psychotrope s'y trouve parfaitement restitué... Sans les enjolivements, ajustements, réenregistrements souvent coutumiers pour l'exercice.   
 
Au final, échevelé et trippé comme il se doit, ce concert anniversaire mérite toute votre attention, que vous soyez un novice de la formation (le côté best of fera, en l'occurrence, parfaitement son office) ou un spécialiste (parce qu'il y a du grain à moudre dans des interprétations libérales, voire libertaires). Une belle fiesta, quoi !


Cd 1
1. Thom Intro 1:20
2. Floating into a Birthday Gig 5:44
3. You Can't Kill Me 6:20
4. Radio Gnome 25 7:06
5. I Am Your Pussy 4:52
6. Pot Head Pixies 2:52
7. Never Glid Before 5:43
8. Sad Street 6:24
9. Eat That Phonebook 3:27
10. Gnomic Address 1:35
11. Flute Salad 2:34
12. Oily Way 3:30
13. Outer Temple/Inner Temple 5:34
14. She is the Great Goddess 3:12
15. IAOM Riff 7:48

Cd 2
1. Clouds Again 9:59
2. Tri-Cycle Gliss 10:44
3. Get a Dinner 2:02
4. Zero Where are You? 1:29
5. Be Who You Are My Friends 2:32
6. It's the World of Illusion 2:58
7. Why Don't You Try 2:18
8. I Am You 6:34
9. Introducing the Musicians 3:00
(Hé non, aucun extrait !)


Daevid Allen - vocals, guitar, gliss guitar
Tim Blake - synthesizer, vocals
Mike Howlett - bass guitar
Didier Malherbe - saxophones, flute, vocals
Pip Pyle - drums
Steffi Sharpstrings - guitar, gliss guitar, vocals
Gili Smyth - space whisper, vocals

dimanche 8 juin 2014

Out of their Cave... and back in Business!

C'est d'un retour dont il s'agit, celui d'une formation dont je vous avais parlé il y a peu, un retour que j'avais envie de partager avec vous sans plus attendre. Dont acte.

Ogre "The Last Neanderthal" (2014)
ou "Bestial retour!"


Ogre is back, et ça fait un bien fou ! Ben oui, on était sans nouvelle du secret le mieux gardé du hard'n'heavy étasunien depuis leur excellent concept album de 2008, Plague of the Planet, suite auquel le groupe, sans doute usé par le peu de retentissement de leurs impeccables galettes passé un underground spécialisé, avait débranché les amplis, empaqueté le drumkit et fait ses adieux en bonne et due forme.
 
Mais donc Ogre is back, tudiou !, et la vraie surprise c'est qu'en vérité rien ne change, ni dans le style, ni dans la supérieure inspiration d'un trio encore jamais pris en faute de ce côté là. On retrouve donc avec bonheur un hard rock régressif métallisé à sauce Black Sabbath, un beau petit monstre qui, c'est acquis, n'invente rien mais sert avec une telle vérité, une telle conviction, son cocktail revivaliste qu'on y croit... Dur comme fer !
On y croit d'autant plus facilement que, passée une tonitruante introduction instrumentale, on entre dans le vif du sujet avec le costaud et très réussi Nine Princes in Amber, impeccable démonstration de lourdeur riffée et racée filant droit au but et ne faisant aucun prisonnier, guerrier, quoi, et accessoirement, morceau le plus frontalement rentre-dedans de l'album. Parce que la suite, sans jamais perdre les éléments distinctifs du style Ogre, est plus nuancée avec, notamment, une belle place laissée aux exactions six-cordées d'un Ross Markonish aussi à l'aise dans le troussage d'un riff que l'emballage d'un long solo trippé comme, par exemple, sur le baobab final, The Hermit et ses 11 minutes bien remplies. Le trio se permet même un petit instrumental tranquillou (White Plume Mountain) et la reprise d'un homonyme inconnu originaire des Etats-Unis et du cœur des 70s (Soulless Woman), en l'occurrence, deux respirations bienvenues dans leur implacable brouet en fusion.

Bref, si vous cherchiez un bon gros power trio traditionnaliste et inspiré pour vous ramoner les cages à miel à grands coups de saillies électriques échevelées, ne cherchez plus, Ogre est de retour et The Last Neanderthal répondra à toutes les attentes des amateurs du genre... Carrément !


1. Shadow Earth 0:46
2. Nine Princes in Amber 4:17
3. Bad Trip 8:16
4. Son of Sisyphus 7:20
5. Soulless Woman (Ogre cover) 5:16
6. Warpath 8:28
7. White Plume Mountain 2:20
8. The Hermit 11:00


Ed Cunningham - bass, vocals 
Will Broadbent - drums, percussion 
Ross Markonish - guitars, synths 
&
The Moron Tallywhacker Choir
(5)

mercredi 4 juin 2014

Discovering Graham...

Petit passage pour "vendre" aux oublieux un extraordinaire disque de rock'n'roll. J'avais envie, c'est tout. ^_^

Graham Parker (& the Rumour) "Squeezing Out Sparks" (1979)
ou "Graham fait des étincelles !"


Dans la catégorie des rockers britanniques qui eurent si peu froid aux oreilles qu'ils relevèrent sans coup férir le gant d'une punk rock finissante et d'un Two-Tone ska à l'éclat ô combien éphémère - je parle évidemment de cette caste de classe dont les noms les plus évidemment cités sont Elvis Costello, Joe Jackson ou Paul Weller et son Jam - je demande Graham Parker et son chef d'œuvre de la période, Squeezing Out Sparks
 
Rien de bien compliqué en fait, du rock classique, franc, mélodiquement réussi, doté de paroles intelligentes et sarcastiques... Pour réussir l'affaire, cependant, c'est une autre paires de mitaines... Alors il y a les chansons, 10 excellents exemples d'icelles (dont Protection en must absolu de votre serviteur) présentement supplémentées de deux très savoureux bonus bourrés de soul, un style qui hérite du punk sa sécheresse de ton, son dépouillement sonique, et du rock originel un esprit mélodique fun et primesautier qui fait un bien fou après les exactions excitées des crêtés précités, le tout évidemment délicatement remis au goût du jour d'une Angleterre en crise (ça ne fait que commencer avec Maggie "De Fer" arrivée au pouvoir)...
Ce rock, qui se permet même d'aller dans la ballade acoustique sans "clicheter" le moins du monde (You Can't Be Too Strong), c'est celui de Graham Parker & the Rumour (qu'on n'oublie pas tant ils forment une fine équipe secondant parfaitement son leader naturel), un secret encore trop bien gardé qui n'a jamais vraiment franchi les côtes de son Royaume Uni natal, que c'en est un mystère parce que, quelle fête quoi ! Et mis en son, bien, forcément !, par le regretté Jack Nitzsche (qui fut le bras droit de Phil Spector, excusez du peu), cerise sur le gâteau, etc.
 
Squeezing Out Sparks est un triomphe de rock nerveux, énergique, profondément honnête et admirablement troussé. Pas le seul album de Graham à réussir le tour de force, le plus réussi cependant. Ecoutez !


1. Discovering Japan 3:32
2. Local Girls 3:44
3. Nobody Hurts You 3:42
4. You Can't Be Too Strong 3:21
5. Passion Is No Ordinary Word 4:26
6. Saturday Nite Is Dead 3:18
7. Love Gets You Twisted 3:02
8. Protection 3:54
9. Waiting for the UFO's 3:08
10. Don't Get Excited 3:04
Bonus
11. Mercury Poisoning 3:09
12. I Want You Back 3:26


Graham Parker – lead vocals, rhythm guitar
Brinsley Schwarz – guitar, backing vocals
Martin Belmont – rhythm guitar, backing vocals
Bob Andrews – keyboards, backing vocals
Steve Goulding – drums, backing vocals
Andrew Bodnar – bass

Ca vous connaissez :

Graham Parker & the Rumour "I Want You Back"
Désolé pour la qualité de l'image et du son, c'est d'époque !

lundi 2 juin 2014

Walk Off The Earth

Un peu de bonne humeur pour commencer la semaine, ça vous dit ?


En plus d'être une bonne reprise (de Gotye) d'une belle chanson, c'est aussi un charmant clip et une jolie performance de canadiens ne manquant ni de talent ni d'humour.


D'ailleurs :


ou


Allez donc visiter les petits rigolos si inspirés de Walk Off The Earth, leur SITE regorge de plein d'autres petits trésors.

samedi 31 mai 2014

Devoir de résistance

Pas besoin de long discours, une piqûre de rappel* suffira:

...et pas que la jeunesse d'ailleurs.
 
RESISTONS !
 

*The only good fascist is a very dead fascist:

Swastikas and Klan robes.
Sexist, racist homophobes.
Aryan-Nations and Hammerskins,
You can wear my nuts on your Nazi chins.
I love a man in uniform.
Just what exactly are the great historical accomplishments
Of your race that make you proud to be white?
Capitalism? Slavery? Genocide? Sitcoms?
This is your fucking white history, my friend.
So why don't we start making a history worth being proud of
And start fighting the real fucking enemy?
Swastikas and Klan robes.
Sexist, racist homophobes.
This one's for the Master Race.
My brown-power ass in your white-power face.
Kill them all and let a Norse god sort 'em out.
 
 
Parce que le FN, "reMariné" ou pas, c'est encore (et toujours !) ça :
(et ce n'est qu'un exemple...)
 
Jamais ça !

vendredi 30 mai 2014

Un lion dépressif ?

Encore un hors série dont j'ai eu envie de vous parler après l'avoir réécouté (une demi douzaine de fois, mais ça faisait longtemps...) ce qui me permet aussi de tenter de raccourcir mon format critique habituel, on y est pas encore mais presque... Bref, à bientôt, peut-être, pour un prochain coup de cœur "printestival" !

Pedro the Lion "Control" (2002)
ou "Indie triste"


Et si, en guise d'introduction, je vous disais que ce Control par Pedro the Lion est un concept album ? Vous fuyez vous imaginant avec horreur une énième resucée de GeneYes ou de Crimson, Lake & Palmer... Et vous vous plantez totalement !
 
Pour simplifier, on dira que David Bazan, maître à penser incontestable, joue de l'indie triste quelque part entre shoegaze et  slocore avec quelque tentations grungy pour épicer tout ça mais jamais d'excès de vitesse, oh, jamais ! Control est tout de même l'album le plus frontalement  électrique jamais produit par la formation, un album encore et toujours marqué par le songwriting, paroles et musique, de Bazan, son goût de ne pas se contenter d'une bête structure pop. Il reste tout de même quelques hooks mélodiques mais l'ambiance, la progression globale de l'œuvre importe audiblement plus à son concepteur qu'une approche plus directe et accrocheuse. Ce qui colle parfaitement à une lugubre histoire d'amour qui finit mal sur fond d'Amérique désenchantée. Pas la joie mais de bonnes compositions articulant un concept définitivement plus humain, et donc plus intelligent, que la moyenne habituelle de l'exercice. On craquera ainsi facilement sur les "facilités" de l'album (Rapture, Penetration, Indian Summer, Second Best) qui serviront d'idéales portes d'entrée à l'entièreté de l'œuvre. Une œuvre qu'on espère cathartique pour Bazan qui conclut tout de même par un:
"You're gonna die
 We're all gonna die
 Could be twenty years
 Could be tonight
 Lately I have been wondering why
 We go to so much trouble
 To postpone the unavoidable
 And prolong the pain of being alive
 
Wouldn't it be so wonderful if everything were meaningless
 But everything is so meaningful
 And most everything turns to shit
 Rejoice"
qui ne laisse pas exactement augurer du meilleur quand à l'avancée de sa dépression. Courage, David, on est avec toi !
 
Bref, cet album est une merveille, pas un truc qui saute à l'oreille, plus une beauté (triste, donc) qu'on découvre au fur et à mesure d'écoutes de plus en plus attentives et admiratives. Que les amateurs de rock fin (mais costaud quand il faut !) se le tiennent pour dit !


1.Options 3:56
2.Rapture 3:26
3.Penetration 3:55
4.Indian Summer 3:21
5.Progress 4:09
6.Magazine 4:01
7.Rehearsal 3:48
8.Second Best 6:00
9.Priests And Paramedics 4:35
10.Rejoice 3:11


David Bazan – vocals, drums, guitars, bass guitar, keyboards
Casey Foubert – bass guitar, keyboards, guitars, percussion

jeudi 29 mai 2014

Du neuf !


Un nouveau "Mange Mes Disques !*" ? Ben oui, histoire de rompre la routine, j'ai décidé de changer ma formule... Pas complètement puisque vous y retrouverez certaines des rubriques qui y existait déjà : Devoir de mémoire, les Immanquables et France Dimanche. En fait, j'ai décidé de coller un thème (ouvert, le thème) à chaque journée parce que finalement, un contenu bien tenu, c'est pas plus mal.
En clair, tout ça s'organisera comme suit :


Lundi:
Devoir de mémoire
Un album à remettre en lumière d'un artiste connu ou pas. Une rubrique évidemment ouverte à des intervenants extérieurs, qu'on se le dise !

Mardi:
Les Diableries ou Kicéceluila
La musique du diable, c'est vaste vous me direz mais ça devrait majoritairement comprendre le genre "vilain petit canard" par excellence : le Metal ! Alternativement, on s'intéressera à un artiste pas connu mais qui mériterait de l'être.

Mercredi:
Les Immanquables
Un incontournable, un machin légendaire que tout le monde connaît ou devrait connaître. Une rubrique ouverte à des invités pour qu'ils partagent leur expérience.

Jeudi:
L'Evènement du Jeudi
Une nouveauté, probablement. Mais ça pourrait aussi être une réédition évènement genre super Deluxe de la mort ou un live sorti des limbes...

Vendredi:
L'invité du Vendredi ou Oldies but Goodies
Soit une journée de libre parole pour qui souhaite la prendre (même si on tentera de rester dans le thème de la musique, hein...), soit une bonne vieillerie, ce qui ne manque pas.

Samedi:
What's in the Box? ou Thema
Soit un coffret (ce qui était déjà le thème informel du jour comme vous l'aurez sans doute remarqué), soit un thème unissant plusieurs albums, c'est le gros post de la semaine.

Dimanche:
France Dimanche ou Au Pif !
Soit de la musique de France et, si possible, de la musique en français ( Et si un demandeur pointe le bout de son nez, c'est avec plaisir que je lui cèderai la parole !), soit un cd pris au hasard dans ma collection (ou la votre si vous souhaitez participer).

 
L'autre nouveauté sera le "format chronique" revu et corrigé avec des billets plus courts, sans doute moins littéraires (quoique...) mais, souhaitons, aussi vibrant de la passion qui habite le tenancier de ce blog.
Et tout ça commencera lundi 1er septembre**. Ceci dit, je ne m'interdis pas un petit passage de temps en temps avant la reprise... En attendant, vos avis et suggestions seront les bienvenues, rien n'est figé !


* ou un autre nom si une nouvelle crèmerie.
** sauf si Jimmy du Club nous refait le coup du grand jeu trimestriel à ce moment là...

NB: pour vous inviter, il suffit de me contacter à zornophage@gmail.com, venez nombreux !

mardi 27 mai 2014

Mains pleines !

Comme une envie irrépressible de vous en parler parce que que viens de le réécouter, béat d'admiration, muet d'envie... Je ne pouvais pas attendre, voici :

Karate "Some Boots" (2002)
ou "Bottes de sept lieues"


Le groupe n'est plus sa musique demeure, intemporelle, indémodable parce que jamais à la mode. Ha, Karate, c'était quand même quelque chose ! Un vrai power trio, puissant dans ses climats, ses pleins et ses déliés. Las, sa mixture de blues, de jazz, d'indie rock, etc., le plaça le cul entre trop de chaises pour jamais trouver une assise confortable et le public qui va avec, le groupe se contenta donc d'un maigre auditoire, fidèle auditoire aussi vouant un culte à cette bête à nulle autre pareille.
Dans le "canon" de l'œuvre de la formation, Some Boots est l'avant dernier, le plus jammy aussi. Il faut dire que ces trois là - Geoff Farina, chant, guitare et leader naturel; Jeff Godard, bassiste de son état; et Gavin McCarthy, batteur extraordinaire, s'y entendent pour tisser de longues compositions exploratoires où les hooks et soli de guitare, le son plein et chaud d'une basse omniprésente, et la volubile extravagance des figures rythmiques se marient à merveille. Certaines mauvaises langues iront médire que Farina n'est pas un brillant technicien, c'est avant tout un beau mélodiste et un créateur d'ambiances qui sait user de son instrument comme d'une seconde voix, soulignant, rehaussant, la monotonie assumée de ses lignes de chant collant idéalement à la poésie du quotidien de ses textes.
Some Boots, déjà 12 ans après sa sortie, n'a pas pris une ride, chaque écoute (et nombreuses furent-elles) y ajoute au contraire une patine, une profondeur à priori insoupçonnée. Ca s'appelle un grand album, tout simplement !
 
 
1. Original Spies 6:38 
2. First Release 7:43 
3. Ice Or Ground 6:17 
4. South 7:46 
5. In Hundreds 7:11 
6. Airport 4:43 
7. Baby Teeth 5:48 
8. Corduroy 8:44 
9. Remain Relaxed 3:11

 
Jeffrey Goddard - basse
Gavin McCarthy - batterie
Geoff Farina - chant, guitare

dimanche 25 mai 2014

Mother's Day

V/A "Mama!" (2014)
ou "Filialement votre"


Je n'aurais certainement pas dit mieux ni aussi bien que ce diable d'Alfred. Pour l'évènement, je lui cède donc bien volontiers la parole :

"A ma mère"
(Alfred de Musset )

Après un si joyeux festin,
 Zélés sectateurs de Grégoire,
 Mes amis, si, le verre en main
 Nous voulons chanter, rire et boire,
 Pourquoi s’adresser à Bacchus ?
 Dans une journée aussi belle
 Mes amis, chantons en ” chorus “
A la tendresse maternelle. (Bis.)


Un don pour nous si précieux,
 Ce doux protecteur de l’enfance,
 Ah ! c’est une faveur des cieux
 Que Dieu donna dans sa clémence.
 D’un bien pour l’homme si charmant
 Nous avons ici le modèle ;
 Qui ne serait reconnaissant
 A la tendresse maternelle ? (Bis.)


Arrive-t-il quelque bonheur ?
 Vite, à sa mère on le raconte ;
 C’est dans son sein consolateur
 Qu’on cache ses pleurs ou sa honte.
 A-t-on quelques faibles succès,
 On ne triomphe que pour elle
 Et que pour répondre aux bienfaits
 De la tendresse maternelle. (Bis.)


Ô toi, dont les soins prévoyants,
 Dans les sentiers de cette vie
 Dirigent mes pas nonchalants,
 Ma mère, à toi je me confie.
 Des écueils d’un monde trompeur
 Écarte ma faible nacelle.
 Je veux devoir tout mon bonheur
 A la tendresse maternelle. (Bis.)
"

Et la musique ? Je vous laisse apprécié mais c'est sans doute plus pour le fils qui aime sa maman que pour la maman elle même... Quoique l'emballage final, saccharosé à souhait à les atours sentimentaux, voire un poil niaiseux (ne nous voilons pas), de l'occasion.


1. Ben Harper "Mama's Trippin'" 3:44
2. Oingo Boingo "Mama" 4:23
3. J.J. Cale "Crazy Mama" 2:22
4. 10cc "Fresh Air for Mama" 3:03
5. Sharon Shannon "Mama Lou" 2:50
6. The Move "Until Your Mama's Gone" 5:03
7. Parliament "Red Hot Mama" 4:14
8. Aerosmith "Mama Kin" 4:25
9. Alela Diane "Oh! My Mama" 3:11
10. Ambrosia "Mama Frog" 6:03
11. The Pretty Things "Stone-Hearted Mama" 3:25
12. Bob Dylan "Tough Mama" 4:14
13. The Band "Rag Mama Rag" 3:01
14. Leon Redbone "Sweet Mama Hurry or I'll Be Gone" 2:36
15. Hicksville Bombers "Heartbreaking Mama" 2:31
16. Ozzy Osbourne "Mama, I'm Coming Home" 4:09
17. Genesis "Mama" 6:01
18. Paul McCartney "Only Mama Knows" 4:17
19. Elvis Presley "Mama Liked the Roses" 2:45
20. Steelheart "Mama Don't You Cry" 5:49

mercredi 21 mai 2014

Je me souviens...

Non, ce n'est pas encore le retour de la bête en sa pleine activité, des nouvelles là-dessus bientôt... C'est juste un passage pour partager la trouvaille d'un objet sonique mémoriel à nul autre pareil (ou presque) pour votre serviteur.

Fugazi "Espace Ornano, Lundi 5 Novembre 1990" (1990)
ou "Explosive Madeleine"


     Près d'un quart de siècle plus tard, je garde de très vifs souvenirs de ce concert : une petite salle idéale pour ce genre de musique, comble évidemment d'une foule interlope et surchauffée par la prestation de qualité de Dirty District, et la prestation du fameux quatuor de Washington DC, bien sûr, une performance extraordinaire de puissance, de crudité, d'honnêteté.
 
     Parce que Fugazi ne sont pas les punks moyens. Intellos, musicalement aventureux (on n'en est encore qu'au début mais les germes sont là), avec une éthique, un dogma, strict et défini : pas de concerts chers, pas de merchandising, pas d'attitude à la con, pas de drogue, pas d'alcool. Ca n'en laisse que plus de sève pour les décharges électriques présentement démontrées. Et boudiou, ce fut quelque chose ! Avec, en particulier un Guy Picciotto totalement possédé, déchirant sa guitare, ses cordes vocales, couché sur la scène, pris des spasmes de sa transe... Bon, vous n'avez pas l'image, présentement, mais ça doit bien s'entendre...
     Et donc un show d'une heure et demie, que je pensais venir de la tournée Steady Diet of Nothing (1991) mais que non en fait, c'est de Repeater (1990) mais il y a déjà pas mal de morceaux du suivant, d'où ma confusion, sans doute. Puisque c'est d'un official bootleg dont il s'agit, les petits gars de Fugazi ayant, tôt dans leur carrière, pris l'habitude de capturer chacune de leurs prestations sur bande magnétique, il faut parler du son qui, en l'occurrence, sans répondre aux critères d'un audiophile tatillon, est tout à fait correct, voire bon, qui permet de goûter comme il se doit au show.
 
     On se retrouve donc, 23 ans et demi plus tard, avec un machin improbablement sauvé des limbes, et c'est une excellente nouvelle parce que, dans le domaine d'un post-punk/hardcore, on a toujours pas fait mieux que les efforts combinés et inspirés de Brendan Canty, Joe Lally, Ian Mackaye et Guy Picciotto. Carrément !
 
 
PS: Si vous avez assisté à un concert de Fugazi et que vous souhaitez en retrouver l'enregistrement, vous pouvez tenter votre chance dans les Fugazi Live Series

 
1.  Styrofoam 2:38
2.  Sieve-Fisted Find 3:20
3.  Reclamation 3:26
4.  Interlude 1 0:38
5.  Turnover 4:27
6.  Interlude 2 0:32
7.  Two Beats Off 4:46
8.  Repeater 3:25
9.  Interlude 3 0:19
10.  Lockdown 2:16
11.  Burning Too 2:41
12.  Margin Walker 2:40
13.  Bad Mouth 2:31
14.  Interlude 4 0:39
15.  Bulldog Front 2:55
16.  Waiting Room 2:58
17.  Interlude 5 0:30
18.  Long Division 1:58
19.  Blueprint 3:49
20.  Merchandise 2:41
21.  Interlude 6 0:32
22.  Runaway Return 4:05
23.  Interlude 7 0:31
24.  Shut the Door 5:50
25.  Encore 1 1:37
26.  Exit Only 3:38
27.  Promises 4:44
28.  Reprovisional 4:55
29.  Encore 2 2:09
30.  Suggestion 6:51
31.  Give Me The Cure 3:12
32.  Outro 0:50
(pas d'extrait cette fois, il faudra me faire confiance)


Brendan Canty – drums
Joe Lally – bass
Ian MacKaye – guitar, vocals
Guy Picciotto – guitar, vocals
Recorded by Joey Picuri
Mastered by Warren Russell-Smith
Original Source: Cassette Sound

lundi 19 mai 2014

Steve sort sa lame à l'Olympe



L'image est un peu crue (téléphone portable probablement) mais suffisamment correcte, et le son suffisamment audible pour qu'on puisse goûter à cette version de The Knife à l'Olympia (j'y étais !) le 15 mai dernier.  Viva Hackett ! Enjoie !
 
Et à bientôt pour le retour (en fanfare !)

mercredi 14 mai 2014

Zorn et miroirs

John Zorn (featuring the Stephen Gosling Trio) "In the Hall of Mirrors" (2014)
ou "a new trio"


     S'il arrive sur la queue de la comète que fut le Book of Angels volume 21 d'Eyvind Kang, une merveille ! ceci dit en passant, la nouvelle création du stakhanoviste new-yorkais John Zorn se doit de ne pas être négligée.
 
     D'une parce qu'elle propose un nouveau trio, ce qui n'arrive pas si souvent dans une écurie de musiciens étendue et versatile dans laquelle le compositeur peut puiser à loisir, avec cependant un vénérable ancien, le fidèle d'entre les fidèles contrebassiste Greg Cohen.
     De deux parce que la musique qui y est proposée, louvoyant entre exigence contemporaine et swing expert, y est d'une beauté, d'une luminosité... Comme la galerie des miroirs du Château de Versailles à qui elle emprunte le titre et le visuel d'habillage mais en moins clinquant, en moins rococo/milliardaire russe/sofia-coppola-ladurée (rayez les mentions inutiles), parce que Zorn a du goût, évidemment.
     Concrètement, comprenant six pièces rondement menées par le piano de Stephen Gosling pour un peu moins de 50 minutes, In the Hall of Mirrors pourrait, si on cédait à la facilité, être comparé à moult autres projets du compositeur. On évoquera, par exemple, un Gnostic Trio où la responsabilité de soliste aurait été transféré de la guitare de Frisell et du vibraphone de Wollesen vers le piano du susnommé sur une partition notablement intensifiée, ou à l'admirable Dreamachines sorti l'an dernier avec un composition instrumentale seulement augmentée des marteaux tapants du même Magic Kenny W. ce dernier doté d'une contemporanéité nettement moins exacerbée, cependant. De fait, c'est un bon résumé, mais seulement un résumé !, d'un album qui n'oublie jamais d'être mélodique même quand il glisse vers des territoires plus exigeants. Parce que Zorn, tenant en Gosling un pianiste d'exception ayant d'ailleurs publié quelques albums chez l'excellente maison Naxos, lui a préparé une partition puisant dans les capacités techniques d'un "exécutant" aussi bien capable de jazzer, y en a !, que d'explorer expertement les aspects classiques et avant-gardistes parties intégrantes de son art. 
     Evidemment, si Gosling et la partition du Maître sont les attractions principales de cette Galerie des Miroirs, on n'en oubliera pas l'impeccable et versatile socle rythmique pourvu par la contrebasse sûre de l'ami Cohen et la jeu sur les peaux et les cymbales de Tyshawn Sorey qui, taillé comme un truck américain (genre Buddy Miles, voyez) délivre, en puissance, technique ou inventivité, une prestation si extraordinaire qu'on a parfois l'impression que Kali l'a doté de quelques membres supplémentaire. Pas tout à fait étonnant pour un gars ayant joué avec quelques pontes tels que Wadada Leo Smith, Steve Coleman, Vijay Iyer, Dave Douglas, ou Anthony Braxton, mais une révélation tout de même.
     On précisera que si, souvent, Zorn laisse une large part d'improvisation à ses musiciens, ce ne fut pas le cas ici où tout est très écrit justement pour profiter au maximum des doigts d'or de Gosling. Sans doute y a-t-il un fantasme de virtuose frustré là-dessous, au résultat, on ne s'en plaindra pas.
 
     Je l'avoue, j'ai parfois envie de dire du mal de John Zorn, juste histoire de rompre la routine louangeuse. Mais non, parce qu'à 60 piges maintenant passées, les idées clair, le regard perçant et la mine vive, Zorn se répand musicalement comme un jouvenceau courant la gueuse aux premières sèves printanières. De la joie, il en prend et en donne beaucoup en retour aussi, par son art multiple, sa capacité à sans cesse trouver de nouvelles mélodies, de nouveaux horizons, de nouvelles options toutes aussi viables les unes que les autres. Alors, qu'il joue ou pas pendant les sessions, chaque parution discographique de Master Z est un évènement, celle-ci presque plus qu'une autre, serait-on tenté d'avancer... C'est dire si on recommande ce délicieux, précieux et virtuose In the Hall of Mirrors, en attendant la suite, vite !


1. Epode 5:47
2. Maldoror 10:08
3. Tender Buttons 4:50
4. In Lovely Blueness 11:01
5. Illuminations 12:09
6. Nightwood 4:48


Stephen Gosling - piano
Greg Cohen - bass
Tyshawn Sorey - drums
John Zorn - composition, production

mardi 13 mai 2014

Ici, avant...

Ici, avant, il y avait :

 
L'album est toujours aussi recommandé mais plus disponible sur ce blog ayant été dénoncé par un quelque zélé délateur, tant pis.
Je vous en livre tout de même le billet :
 
"Ayant retenu la leçon des quelques suffisances instrumentales qui éloignèrent leur second opus, Countdown to Ecstasy, des masses vinylophages,  c'est avec un tout autre état d'esprit que reviennent les classieux californiens de Steely Dan sur un Pretzel Logic plus slick et jazzy que jamais. Leur premier chef d'œuvre ? Ca se discute... Mais c'est sûrement ça.
 
Indéniablement, c'est un opus important dans la carrière de la formation menée par Walter Becker et Donal Fagen, un album de faux-semblants aussi parce tout ceci est infiniment plus complexe qu'il n'y parait.
Si les compositions sont en effet plus resserrées, plus concises, et mélodiquement, mama mia !, des bombes, petites miniatures précieuses et esthétiques spécialement conçues, semble t'il, pour un bonheur auditif maximal, elles expriment aussi la science du montage sonore, de l'arrangement juste et recherché qui ne tend qu'à un but, magnifier la composition. Evidemment, vous me direz et vous aurez raison, que tout ceci n'est pas nouveau que, de tout temps, la pop jazzée californienne de Steely Dan est connue pour ses imparables  mélodies enrobées dans la production la plus chaudement confortable qui soit, et c'est exactement de ça dont il s'agit sauf que ça n'empêche nullement d'apprécier la préciosité de la mise en forme et l'exceptionnel travail de précision d'instrumentistes capables de beaucoup plus, de beaucoup plus compliqué, mais présentement trop occupé à concurrencer les Beatles et les Beach Boys dans la catégorie de la galette pop parfaite tout en, petit miracle dont peu purent se targuer, ne sonnant absolument pas comme leurs vénérables devanciers. C'est juste qu'il y a ici la même aisance mélodique, la même évidence de mélopées qu'on sait éternelles dès leur premier passage.
Alors oui, et sans entrer dans le détail de la tracklist qui est parfaite, c'est dit !, ça groove, ça cuivre, ca jazze, ça fait des chœurs angéliques, du miel pour les cages... à miel, justement ! La production, signée Gary Katz, metteur en son habituel de la formation est évidemment formidable de précision, de largeur de spectre, de profondeur, de chaleur aussi, un peu comme si vous vous prélassiez sur la plage de Malibu, un daiquiri à la main, une belle blonde (ou pour ces dames, un bel éphèbe) alanguie sur le transat adjacent et qu'il fait beau, et que tout va bien, et que la vie est belle... Californien, quoi ! Bien sûr, à plonger dans les lyrics malicieux des leaders, les anglophones y trouveront un tout autre éclairage mais, musicalement, c'est du pur bonheur ensoleillé.
 
Pretzel Logic ? Sa pochette étrange est à l'opposé de son contenu. Pretzel Logic ? De la feelgood music à son pinacle. Merci Walter, merci Donald, merci Steely Dan."

Et la version streaming (aussi illégale, ceci dit en passant) :
 

lundi 12 mai 2014

Devoir de mémoire (17)

Ogre "Plague of the Planet" (2008)
ou "Gros appétit !"


     Célébrons la joie de retrouver l'un des plus précieux power-trios de ces 20 dernières années, si pas le plus connu, en nous intéressant à leur concept album de 2008 : Plague of the Planet.
 
     Parce qu'Ogre avait plié les gaulles en 2009, sur la lancée de leur plus belle œuvre, qui nous intéresse présentement. Evidemment, ils sont revenus depuis, et c'est une bonne nouvelle, mais on ne le savait pas à l'époque alors que le trio sortait de 10 années d'activité ininterrompue, un trio au line-up stable depuis sa formation d'ailleurs, c'est assez rare pour être signalé.
      Et donc, Plague of the Planet, méga-plage de 37 minutes et 16 secondes, contenant en fait 11 titres enchaînés les uns aux autres puisque c'est un concept, vous suivez ? Musicalement, nous sommes clairement ancrés dans les seventies hard rock et heavy metal, quelque part entre Black Sabbath, Deep Purple, et Rush. Rien que de très classique, en fait, s'il n'y avait les compositions et la maîtrise de trois protagonistes particulièrement inspirés.
     Pour le coup, même si certains crieront à l'hideur, on ne passera pas outre la pochette et son graphisme "à la Marvel" celui-ci étant partie intégrante du concept "science-fictionesque" fièrement développé par Ogre. D'ailleurs, originale dans le contexte de la scène auquel il appartient, l'artwork a au moins le mérite d'éviter les clichés du genre, ce n'est pas rien. Et puis ça en fait au moins un, de cliché évité, quand Ogre, sinon, sa vautre avec délectation dans les figures imposées du genre, n'en omettant aucune et c'est justement ça qui est bon, parce que c'est fait sans lourdeur, avec naturel, et que l'inspiration est là. Si on caricaturait l'œuvre, on dirait volontiers qu'on tient là l'ultime rejeton du culte 2112 de Rush, dans le thème c'est certain, dans le construction c'est évident, dans le son on doit y ajouter quelques excès électriques inconnus au proverbial trio canadien mais on n'en est pas très loin non plus. Concrètement, l'album s'écoute donc comme une longue pièce, où la voix de Ed Cunningham récite, feule, crie, explose, habite la composition quelque part entre Ozzy Osbourne et Dave Windorf (Monster Magnet), c'est un organe idéal pour ce genre de musique à la fois progressive et puissante, directe et rouée, où les riffs sont essentiels, fondamentaux de construction, ciment solidissime sur lesquels s'appuie les fioritures nécessaires au plaisir de l'auditeur. Et on est gâté de ce côté là, non seulement parce que Ross Markonich est un soliste plein d'instinct et de feeling mais aussi parce que le trio a particulièrement soigné ses arrangements ajoutant d'utiles synthétiseurs structurant, enrichissant la bouillant bouillon.

     Et comme tout ceci est impeccablement mis en son, que les influences pour audibles y sont bien assimilées donnant à Ogre sa propre identité, et son meilleur album au moment de sa sortie !, on obtient bêtement une merveille de revivalisme malin et réussi, un hard prog doomisant qui, à condition que les détracteurs naturels du genre passent outre leurs idées préconçues, peut aisément séduire hors de sa chapelle consacrée. Plague of the Planet ? Un de ces trésors cachés qu'on est toujours heureux de partager.


1. Plague of the Planet  37:16
I. Requiem
II. End-Days
III. Drive
IV. Queen Of Gasoline
V. A Call To Colossus
VI. Deus Ex Machina
VII. Colonizer Rex
VIII. Battle At Doom Capital
IX. Homo Sapiens Ferreus
X. G.F.R.
XI. Dawn Of The Proto-Man



Ed Cunningham - bass, vocals, synthesizer 
Will Broadbent - drums, synthesizer 
Ross Markonish - guitars, synthesizer

dimanche 11 mai 2014

[Une semaine en 1971] France Dimanche (6)

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie ! Et on termine la semaine avec un album mythique.

Dashiell Hedayat "Obsolète" (1971)
ou "Gong lettré"


     Et si je vous disais que cet album peut potentiellement rassembler toutes les chapelles, ou presque, du paysage musical français, du paysage musical français qui cherche tout du moins ? Vous me direz que je suis fou, sans doute... Je vais cependant tenter de vous prouver le contraire :
 
     1 - Les amateurs de rock progressif, psychédéliques et de musiques fusionnantes seront ravis de retrouver une bonne partie du gang Gong dans cette aventure aussi improbable que le sont les albums des furieux pixies de Daevid Allen.
     2 - Les intellos "qui-se-la-pètent" apprécieront le dadaïsme de l'entreprise et l'adjonction d'un ponte de la beat generation : Mister William Burroughs. Ils se souviendront aussi que ce Dashiell Hedayat, à l'état civil Daniel Théron,  est aussi connu sous d'autres pseudonyme, Jack-Alain Léger , Melmoth ou Paul Smaïl sous lequel il connut une carrière littéraire iconoclaste et décousue traversée d'éclairs.
     3 - Le rebelle en mal de s'encanailler y trouvera moult références contre-culturelles et allusions psychotropes d'un Hedayat parolier (Eh Mushroom, will you mush my room? ça a le mérite d'être clair !) en plus d'un véritable esprit "maverick", parce que, des albums comme ça, la France n'en a pas produit beaucoup, voire peut-être aucun autre.
     4 - Même le metalleux, le rapper et le jazzeux ne pourront rester insensibles. Amateur de belle technique qu'est le premier, il pourra savourer les soli en altitudes et les jeux rythmiques d'une musique riche en rebondissements. Le second, lui, plus axé sur l'aspect lyrique de la chose découvrira qu'un vieux hippie peut en remontrer aux armées de hoodies/baggies qui riment souvent sans but. Quand au troisième, à la simple lecture de la participation de Didier Malherbe (récemment revenu en grâce via son Hadouk Trio/Quartet), il plongera sans la moindre réserve, à raison.
     5 - Last but not least, l'amateur de bonne musique découvrira qu'Obsolete est, avant tout, une vraie belle galette qui vaut même déracinée de son contexte historique, un des tous meilleurs albums français d'une décennie qui n'en manquera pourtant pas, tous genre confondus, carrément !
 
      Alors, certes, certains me feront remarquer une démonstration parfois quelque peu capilotractée, j'en conviens, mais l'usage d'arguments "limites", en l'occurrence, vaut pour faire découvrir une Œuvre majuscule...
     ...Parce qu'en conclusion, jeune ou vieux ou entre les deux, en recherche de flaveurs nostalgisantes, du parfum d'un temps révolu, ou d'une aventure musicale à nulle autre pareille, Obsolete de Dashiell Hedayat est pour vous, un album rare, précieux, de ceux qu'on se passe sous le manteau entre connaisseurs parce que, tout de même, on ne donne pas de la confiture aux cochons, ou du Dashiell Hedayat à un fan de Mylène Farmer, faut pas déconner non plus !

Eh Mushroom, will you mush my room ?
1. Chrysler 6:40
2. Fille de l'Ombre 2:18
3. Long Song for Zelda 7:45
Cielo Drive/17
4. Cielo Drive/17 21:09


Daevid Allen : guitare
William Burroughs : Voix sur Long song for Zelda
Dashiell Hedayat : guitare, voix, claviers...
Didier Malherbe : saxo, flûte...
Pip Pyle : batterie
Gilli Smyth : chant
Christian Tritsch : basse et guitare acoustique
Sam Ellidge (fils de Robert Wyatt): voix de bébé

samedi 10 mai 2014

[Une semaine en 1971] Serge en Melody

Cette semaine c'est mon anniversaire alors, chaque jour, je vous proposerai un album de mon année de naissance : 1971. Enjoie !
Et pour cette avant-dernière journée, vous êtes gâtés, du légendaire, pas moins !

Serge Gainsbourg "Histoire de Melody Nelson, édition 40ème anniversaire" (1971/2011)
ou "Project: Melody"

     Qui a dit qu'un album ambitieux devait s'étirer sur une bonne heure ? Qui a dit qu'on ne pouvait pas trousser un concept en moins de temps qu'il n'en faut à GeneYes pour conclure une intro de harpe cacaphonique et guitare tendue comme l'élastique d'un slip ? Et si il y a un artiste capable de ce rare prodige, c'est bien ce vieux grigou de Lucien Ginsburg aka Serge Gainsbourg.

     Les années soixante-dix n'ont pas encore fini de massacrer la Belle France qu'un demi-crasseux amouraché d'un ressortissante britannique commet l'irréparable viol de la Chanson Française avec une scandaleuse déliquescence psychédélico-hippie... Et qu'Est-ce que c'est bon !
     Il n'est pas, en effet, inutile de se replonger dans le contexte historique, la France post-Soixante-Huitarde de Pompompidou et Georges « Eliane, prépare la valise on rentre à la maison » Marchais. Un vieux pays Européen qui s'accroche désespérément à sa supposée splendeur passée à l'ombre d'un Général trépassé. La scène musicale, si elle bruisse de quelques « allumés » - hélas confinés à l'underground - (Ange, Magma, et quelques autres), affiche une rare morosité. Les shows de Maritie et Gilbert Carpentier font les délices du français moyen qui dit plus souvent stop qu'encore quand on le secoue dans son conformisme moutonnier.
     Et, au milieu de cet océan de bêtise normalisée, le renégat. Il n'en est pas exactement à ses premiers faits d'armes lui qui hante la scène parisienne depuis la seconde moitié des années cinquante. Il a même déjà eu des succès pour le moins sulfureux avec, évidemment, un mémorablement sexuel « Je t'aime moi non plus » en duo sensuel avec Jane, sa muse. Il n'a pas encore, cependant, fait exploser le format chanson comme il le fait sur ce divin opus. Car, oui, cet album est important, capital même, dans la carrière de Serge Gainsbourg. Si, jusque-là, il avait réservé son écriture cinématographique au Grand Ecran, justement, il franchit ici un pas décisif en la transposant sur un album de chansons.
     Et quelles chansons ! De l'épique, jazzy et psychédélique Melody d'ouverture (où la voix parlée de Serge fait merveille) ; en passant par les trois courtes mais précieuses petites pièces suivantes (Ballade, Valse, Ah !) qui s'enchainent comme dans un rêve, tout ici pointe au génie d'un artiste qui touche de si près au divin qu'il en convaincrait l'athée le plus réfractaire à vouer culte et dévotion à cette Melody si captivante.
     Bien sûr, comme c'est d'un Album Concept dont il s'agit, Serge nous compte une histoire, en l'occurrence, celle d'un homme entre deux âges et d'une lolita ingénue et perverse au destin forcément funeste. Il le fait avec toute la malice et la rouerie verbale qu'on lui connaît alors déjà. Cependant, il ne nous afflige pas ici de quelques jeux de mots téléphonés et ne cède donc pas à la facilité qui est - rappelons-le - souvent l'apanage des touts grands quand il leur prend l'envie de fainéanter (et le bougre n'a pas été le dernier dans l'exercice même si il a souvent réservé ses errances à d'autres qu'à lui-même, par folle la guêpe ! Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de ça ici. L'offrande est ciselée et précise mais - surtout ! - profondément émotionnelle et comme l'émotion (qu'il maîtrise pourtant à la perfection) n'est pas forcément la marque de fabrique la plus reconnaissable de la prose Gainsbourgienne, nous ne bouderons pas notre plaisir surtout quand textes et musique forment une si parfaite osmose.
     Révolutionnaire, cette Histoire de Melody Nelson l'est. Pas tant par le thème - qui reviendra souvent, parfois larvé, dans l'œuvre de Serge - mais bien par l'exquise variété, l'infinie richesse et l'intégrité artistique absolue d'une musique rare qui - pour appartenir indéniablement à son époque - a traversé les ans en conservant sa magie intacte, inaltérée.

Chronique Bonus:
     Les bonus audio sont constitué quasi-intégralement de prises légèrement différentes mais aussi d'un court inédit présenté en version chantée et instrumentale. Outre deux prises complètes plus longues que leurs originales (près de deux minutes pour l'inaugural Melody Nelson, une pour L'Hôtel Particulier), l'essentiel du contenu se présente sous forme d'outtakes (oui, comme on en voit souvent sur les rééditions d'albums jazz) où la prise chant diffère sensiblement (il faut cependant bien connaître l'album pour remarquer sans peine la différence). Enfin, rien qui ne permette de révolutionner l'œuvre mais un coup d'œil intéressant à la cuisine interne dans la progression d'une musique jusqu'à la version définitive présente sur l'album. L'inédit quand à lui, Melody Lit Babar, est anecdotique mais heureusement suffisamment rigolo pour ne pas trop faire tâche. Ceci dit, on comprend sans difficulté la raison de son exclusion de l'album définitif où il aurait inévitablement cassé une ambiance ô combien déterminante dans sa réussite.
     La 3ème galette plastique du package comprend un court (une quarantaine de minutes) documentaire, sorte de panégyrique pas désagréable mais où le fan hardcore n'apprendra rien. C'est tout de même un témoignage en image sympathique qui vient joliment compléter cette édition soignée même si on doute y revenir très souvent et qu'on sait avec certitude que d'autres douceurs (la version filmée de Jean-Christophe Averty par exemple) existaient... A noter aussi la présence d'une édition 5.1 dont on questionnera l'utilité l'album n'ayant pas été enregistré pour cette technologie.

     Vous l'aurez compris, cette édition Deluxe n'est pas essentielle. Elle fera avant tout plaisir aux fans mais peut aussi constituer une opportunité supplémentaire pour ceux qui n'auraient pas encore plongé dans l'univers si particulier de ce chef d'œuvre de le découvrir dans des conditions optimales.


CD 1:
l'album
1. Melody 7:34
2. Ballade de Melody Nelson 2:00
3. Valse de Melody 1:32
4. Ah ! Melody 1:46
5. L'hôtel particulier 4:08
6. En Melody 3:27
7. Cargo culte 7:37

CD 2:
les sessions de Melody Nelson
1. Melody (prise complète) 9:25
2. Ballade de Melody Nelson (prise voix alternative) 2:07
3. Valse De Melody (prise voix alternative) 1:39
4. Ah ! Melody (prise voix alternative) 1:54
5. Melody Lit Babar (version chantée) 1:03
6. Melody Lit Babar (version instrumentale) 1:11
7. L'Hôtel Particulier (prise complète, voix alternative) 5:10
8. En Melody (version violon électrique, solo complet) 3:39
9. Cargo Culte (version instrumentale) 7:44


Musiciens
Serge Gainsbourg : chant, composition, textes
Jane Birkin : voix
Alan Parker : guitare électrique
Dave Richmond, Herbie Flowers : basse
Dougie Wright (présumé) : batterie
Georges Barboteu : cor solo (piste 4)
Jean-Luc Ponty : violon solo (piste 6)
Jean-Claude Vannier : piano, orgue, harmonium, timbales
Jeunesses musicales de France : chœur

Production
Composition, orchestration, direction musicale : Jean-Claude Vannier
Prise de son guitare, basse, batterie : Marble Arch, Londres (21-23 avril 1971)
Prise de son cordes et voix : Jean-Claude Charvier
Assistant : Rémy Aucharles
Production : Jean-Claude Desmarty
Mastering : Jean-Marie Guérin
Réédition : Jean-Yves Billet